Excerpt for Le tri dans l'héritage familial et la colline aux aïeux by Dominique Lamari, available in its entirety at Smashwords


Dominique Lamari











Le tri dans l'héritage familial


et la colline aux aïeux



PNL en Systémie



















éditions Dédicaces










Le tri dans l'héritage familial

et la colline aux aïeux


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Dominique Lamari












Le tri dans l'héritage familial


et la colline aux aïeux




















REMERCIEMENTS





Tout d’abord à mon mari, qui, de façon inconditionnelle, m’a soutenue dans mes recherches, expérimentations et envies, quelles que soient les heures du jour ou de la nuit, avec bonne humeur et amour comme à son habitude.


Ensuite à tous ceux, famille, amis et collègues, qui m’ont encouragée dans ce projet d’écriture, écoutant et participant par leur réflexion aussi à l’élaboration de ce livre, ainsi qu’à sa relecture. Et si je les ai parfois importunés (joyeusement), avec mes obsessions à vouloir comprendre tous les phénomènes rencontrés, je les prie de m’en excuser à nouveau avec toute mon affection pour eux, et un clin d’œil en prime…


Ils se reconnaîtront : Audrey et Mickaël, Brice, Héloïse, puis Edith, Catherine, Catherine et Alain, Nicole, Dominique et Francis, Philippe, Anne-Marie et François, Sylvie, Nadine, Betty, Odile, pour la France, et ma Geneviève tuniso-belge pour la Tunisie, et mes Céline et Jean-Jacques québécois, et Edith en Allemagne, et Gianella à Maurice, à Sylvie pour le mot de la fin, ainsi que quelques autres, merci bien sûr à Alain pour son aide à finaliser, et au professeur Kacha en Algérie, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de la préface, ainsi que par là-bas Salim, Fouad, Mourad, Amine et mes amis de l’association de Béjaïa.


Et à part égale merci à vous tous, personnes extraordinaires que j’ai eu le bonheur professionnel de croiser dans mon cabinet, dont j’ai eu l’honneur de la confiance, et sans qui ce travail n’aurait jamais vu le jour.


Dominique Lamari





LETTRE A MES MAÎTRES

Chers Danièle, André, Annick, et Michel,


Dire que j’ai beaucoup pensé à vous en écrivant ce qui suit est un euphémisme. En fait, pas plus que ces vingt dernières années.


C’est-à-dire plus ou moins tout le temps en filigrane… C’est qu’on n’échappe pas comme ça à ses références, surtout quand elles sont aussi puissantes.


J’ai trempé dans vos marmites professionnelles avec délice, y trouvant à chaque fois une profonde humanité, ainsi que beaucoup de respect, de confiance et d’encouragement à développer mes propres réflexions et stratégies d’interventions. Les influences de la sophro-logie, des thérapies familiales et de la systémie, de la gestalt, de la PNL, puis de l’hypnose, ont abouti pour moi à ce modèle que je développe avec tant de plaisir aujourd’hui.


En fait ça me démangeait depuis longtemps de mettre noir sur blanc le comment j'utilisais principalement la PNL avec les bases en systémie et tous leurs outils de manière complémentaire. Je crois qu'au départ cela correspondait surtout à une envie de clarifier ma pratique pour moi, de m'obliger à y réfléchir autrement.


Puis le temps passant, j'avais envie de partager, besoin de retour aussi sur mon travail, même si les résultats étaient là, mais aussi quand nos clients ont fait du bon travail ils ont souvent cette fâcheuse manie de vouloir nous en offrir les lauriers. Je n'étais pas dupe et voulais comprendre pourquoi et comment ça marchait. Michel m'a aidée à y réfléchir et à modéliser au départ. Merci à lui, j'ai mieux compris ce que je faisais à l’époque.

 

Puis, un jour, les pages ont pris forme. Je me suis laissée entraîner avec plaisir. Ce que je souhaite aujourd'hui, c'est juste pouvoir dire combien c'est passionnant de mêler ces outils et ces philosophies. En donner des exemples bien sûr. Et écrire autant sur les techniques que sur le plaisir... J'aimerais que quels que soient les professionnels qui le lisent, ils s'y retrouvent ou que ça fasse envie. C'est prétentieux ? Encore plus si je dis que j'aimerais aussi que des non- professionnels y prennent du plaisir et aient de quoi réfléchir autrement que comme d'habitude...

 

Bon, là, j'exagère franchement mais tant pis... J'assume !  


Voilà pour l’essentiel. La suite sera dans votre appréciation. Je souhaite que vous preniez aussi, vous qui lisez ces lignes, autant de plaisir au fur et à mesure de ces pages que moi à les écrire.


Finir par un merci serait banal et je vous l’ai déjà dit, alors je me contente aujourd’hui de vous saluer de ma plus belle révérence avec toute l’affection que j’ai pour chacun de vous…

Préface






Au moment où les rivalités entre les différentes écoles de psychologie et de psychothérapie s’amplifient et débordent sur la place publique, chaque théorie s’estimant légitime, en position de certi-tudes infaillibles et définitives, Dominique Lamari, elle, développe avec sérénité une pratique faisant appel à une variété de techniques issues de différentes écoles.


Cet éclectisme technique lui a permis d’utiliser des méthodes d’accom-pagnement psychologique, choisies sur la base de l’efficacité démontrée de chacune d’entre elles.

Ainsi, elle utilise au cours de ses groupes tour à tour la dynamique de groupe, la systémique, l’hypnose, la gestalt, la thérapie familiale et la Programmation Neuro-Linguistique (PNL).


Cela peut paraître a priori troublant. En effet, comment aider au développement et à la croissance psychologique d’un groupe de personnes en faisant appel à des concepts issus d’orientations techniques divergentes ?


L’éclectisme technique est une attitude habituelle des psycho-thérapeutes. Ces praticiens confrontés au cours de leur expérience à la singularité des personnes, à la variabilité des demandes et des cadres d’intervention, sont parfois contraints de recomposer des méthodes d’intervention suggérées par différentes écoles de psychologie.


Pour donner une cohérence à leur pratique, il faut alors qu’ils entre-prennent une synthèse des attitudes techniques utilisées en fonction des buts à atteindre.


C’est pourquoi Dominique Lamari, avec finesse et persévérance, dans différents pays, travaille à asseoir tout au long de sa pratique, une conceptualisation capable d’assurer une cohérence, une intégration théorique, seule issue pour donner un sens aux diverses attitudes et techniques qu’elle utilise. Ainsi son éclectisme se complète d’une recherche intégrative complémentaire et d’une métathéorie :


  • Elle reste essentiellement attentive aux processus se déroulant dans l’ici et maintenant.

  • Elle pense que les processus qui nous gouvernent et qui déterminent notre relation à l’environnement sont de nature systémique.

  • Elle est convaincue que chacun de nous, possède en lui, grâce à son histoire et à sa préhistoire, les ressources nécessaires pour atteindre ses buts.

  • Le groupe est pour elle un espace indispensable pour diminuer les défenses et réduire la résistance au changement ; le changement occupant une place centrale dans la croissance humaine.


Le groupe va ainsi articuler et organiser des espaces psychiques variés individuels et communs. Dans cet espace se transforment et se forment des éléments psychiques ou chacun des membres du groupe va puiser ce dont il a besoin pour son développement et son évolution.

Enfin Dominique Lamari va utiliser au cours de chaque accompagne-ment les facteurs communs à toute psychothérapie que la plupart des auteurs regroupent en trois rubriques :


  • La première intéresse les affects et concerne le « soutien ».

  • La deuxième fait appel à la cognition et va permettre la prise de conscience et l’apprentissage.

  • La troisième enfin va intéresser le comportement et va permettre l’action pour réaliser le changement.

Chacun des participants se retrouvant face à un choix lui permettant de réécrire son scénario de vie.


Certes une brève préface n’est pas le lieu propice pour exploiter et développer les différents aspects qui permettent l’intégration des pratiques utilisées par l’auteur en analysant toutes les contributions particulières à chaque approche, mais je suis convaincu qu’il y a là de multiples développements intéressants à prolonger dans un autre contexte.


Cet ouvrage est écrit dans un style clair et accessible à chacun, il n’a pas été destiné exclusivement aux soignants. Il intéresse tous ceux qui sont curieux de l’aventure humaine, ceux qui croient à la croissance et au développement psychologique tout le long de la vie et il s’adresse également à ceux qui sont en panne de projet de vie.

Tous remarqueront l’enthousiasme, le plaisir et la complicité que Dominique Lamari a laissé transparaître tout au long de ses témoi-gnages.


Les soignants y trouveront, en plus, les arguments pour renforcer l’idée que la compréhension globale de l’être humain nécessite certainement plus qu’une théorie et plus qu’un principe,  en vertu des différents aspects de l’être humain, mais aussi, par respect pour la complexité infinie du fonctionnement de son esprit.


Merci Dominique de continuer d’avoir du Plaisir à nous en donner.



Professeur F. KACHA, psychiatre


Chef de service

Président de la société algérienne de psychiatrie

Professeur invité au centre psychosocial universitaire de Genève

Président du comité pédagogique national de psychiatrie

Prix magrébin de médecine république 87

Expert clinicien au ministère de la Santé et expert auprès des tribunaux.





Introduction

« Il était une fois… »


C’était vraiment important pour moi de vous présenter mes travaux sous la forme d’un presque roman. « Il était une fois », c’est le début d’une histoire, d’une aventure, et cela correspond bien à l’esprit dans lequel ce modèle est né. Une histoire, une aventure humaine dans la réflexion, la recherche, l’action, les réactions. Il était une fois la systémie, la PNL, l’hypnose ériksonienne et quelques autres approches dont la cohérence et la rencontre sont fort séduisantes et efficaces, quelle que soit la culture, la partie du monde où on les met en acte.


En tout premier, « il était une fois » la systémie, née du côté de l’école de Palo Alto, aux Etats-Unis. De nombreux chercheurs, à partir de la théorie générale des systèmes, se penchèrent sur ses applications en psychothérapie, entre autres. Un système est un ensemble régi par ses propres lois et croyances. Il a son histoire personnelle et réagit à chaque mouvement de l’un de ses membres. Il s’adapte ou résiste, est en perpétuelle évolution dans son contexte. Or chacun de nous appartient à plusieurs systèmes : social, professionnel, politique, etc. mais avant tout familial. C’est à cette étude que je me suis consacrée au départ.


Puis « il était une fois » la PNL. Programmation, parce que tous, par notre culture, notre famille, nos expériences, nous recevons et nous créons des « programmes », c’est-à-dire des stratégies qui nous permettent de comprendre, à notre façon, le monde dans lequel nous vivons et d’y agir. Neuro, parce que c’est par le neurologique que tout cela s’exprime, déterminant ainsi l’ensemble de nos réactions. Linguistique, parce que c’est par le langage que cela se traduit : langage verbal mais aussi langage du corps au sens le plus large. La PNL s’intéresse plus à l’individu, au départ, qu’au système. Mais d’une façon si respectueuse et complémentaire à la systémie que le mariage fut vite consommé dans la pratique ! La PNL est née d’une approche très pragmatique de la modélisation des compétences de l’homme, tant dans le domaine de la communication que dans celui du champ thérapeutique pour obtenir les changements nécessaires à ses objectifs. L’observation des plus grands experts de ces domaines a permis d’élaborer dès le départ quantité d’outils extrêmement perfor-mants. La PNL se concentre sur ce qui permet à l’individu de sortir de ses problèmes plus que sur la cause de ces problèmes. Elle étudie entre autre les croyances, les valeurs, les comportements, agit sur les émotions et les modes de pensée. Elle est également adaptable à toutes les cultures.


Enfin, « il était une fois » l’hypnose ériksonienne. Souple, respectant parfaitement l’écologie de la personne, cette méthode utilise, non pas des suggestions comme dans l’hypnose traditionnelle, mais des métaphores permettant d’avoir accès aux ressources de l’inconscient, dans un état de conscience modifié, entre veille et sommeil. C’est aussi une façon de s’exprimer, de communiquer avec une éthique impor-tante. La personne est détentrice des ressources nécessaires à la résolu-tion de son problème, le thérapeute l’accompagne en douceur pour aller puiser dans son trésor personnel...


« Il était une fois » aussi parce que j’ai choisi délibérément de garder, dans l’expression, le ton « humain » de mes interventions. Il est très important pour moi de vous faire participer à l’aventure de ces personnes au cours des pages qui vont suivre. Et si parfois mon discours devient plus technique et professionnellement précis, je me suis efforcée de vous présenter ce travail tel qu’il est dans la réalité : un accompagnement avec des mots de tous les jours, de part et d’autre, beaucoup d’énergie partagée, et de vraies relations. Un des mes soucis a aussi été dès le départ de vous faire « vivre » l’histoire d’un stage. J’en ai choisi, bien sûr, un des cadres les plus enchanteurs, tant qu’à faire, et page après page j’espère que les histoires en seront de plus en plus palpitantes. En tout cas, au fil de celles-ci, un approfondissement des techniques et les explications quant aux évolutions de chacun ont été crescendo dans mon esprit, et j’espère l’avoir bien couché sur le papier.


Alors, « il était une fois », c’est maintenant votre décou-verte, et je l’espère intense, joyeuse, et passionnée… comme ce travail !


AVENTURES MAURICIENNES,

ET QUELQUES AUTRES





Il était une fois une île superbe, dont la légende dit qu’elle est née d’une étoile tombée dans l’océan, ce qui expliquerait sa douceur de vivre et sa beauté. Maurice.

Il était une fois une dizaine de plus ou moins Français décidés d’y vivre une expérience hors du commun, une expérience hors du temps remaniant leurs émotions, leurs comportements les plus gênants, leurs perceptions douloureuses des faits principaux de leur vie.

Dix personnes qui pour la plupart ne se connaissaient pas avant de se rencontrer à l’aéroport quelques heures auparavant, et qui allaient pourtant partager de l’intime jusqu’au plus loin de leurs familles pendant quelques jours. Dix personnes, et moi.

Avant de profiter de vacances bien méritées…

Nul ne savait ce qui allait exactement se passer pendant ces quelques jours. Surtout pas moi. Je connaissais bien sûr la trame que j’allais utiliser, mais le contenu serait découvert au fur et à mesure du travail. L’intérêt du déplacement en pays étranger était dans l’accepta-tion de la perte de ses repères en se confrontant à des lieux et cultures fondamentalement différents des siens. Cela pouvait bien être dans mille autres endroits du monde. Mais cette fois-ci, c’était Maurice...


L’aventure avait commencé il y a une vingtaine d’années. J’étais à l’époque systémicienne, et je commençais à animer des groupes de thérapie, utilisant principalement les méthodes de sculptures familiales, avec des évolutions en jeux de rôles et des recadrages, ce qui me passionnaient tout à fait. A cela s’ajoutaient des influences de gestalt et de sophrologie. La PNL est venue plus tard, complétant avec bonheur ce travail si particulier. Puis l’hypnose.


Et sur cette île de rêve, tous les participants savaient au moins cela : à quelle sauce ils allaient se manger et se digérer eux-mêmes, avec mon aide, celle de leurs aïeux, et ces techniques-là…


Il y avait la douce et drôle Hélène, célibataire de presque quarante ans, ayant vécu quelques dépressions sévères ces dernières années sans en comprendre le sens, ayant mis toutes ses économies et ses espoirs dans ce double voyage, sur cette île et en elle-même.


Il y avait Stéphane et Alexandra, jeune couple souhaitant se marier bientôt et désireux de ne pas répéter les douleurs de leurs familles respectives dans celle qu’ils allaient créer, et de dépasser quelques comportements parlant d’une souffrance en suspend qui les effrayait parfois mutuellement.


Il y avait Salim, qui n’arrivait jamais à prendre de décision pour lui et passait son temps à se dévouer à sa famille à plus de quarante ans, torturé entre ses besoins de construire pour lui et s’occuper d’eux.


Il y avait Michel, survivant remarquable d’une famille en grande détresse sociale, ayant construit famille et travail avec brio, mais toujours aussi mal dans sa peau, malgré une belle intelligence, une belle sensibilité et ayant déjà fait beaucoup de travail avec divers thérapeutes avant de décider de tenter cette expérience à l’autre bout du monde.


Il y avait Noëlly, qui se battait avec une surcharge pondé-rale depuis si longtemps.


Et Patrick, qui ne se sentait jamais à sa place nulle part et surtout pas chez lui.


Et Monika, toujours en difficulté professionnelle et navi-guant de place en place.


Et Joëlle, responsable respectée dans son travail et si petite fille à la maison, capable de grosses colères qui la terrorisaient régulièrement.


Et enfin Alain et Michelle, parents perpétuellement inquiets de ce qu’ils pouvaient transmettre, conscients de leur héritage pas facile à gérer et des liens qu’ils commençaient à voir avec les comportements de leurs enfants.


Anuradha et Liseby allaient nous rejoindre le lendemain…


L’avion avait atterri, les bagages ouverts dans les apparte-ments, le lagon abordé avec sa douceur et ses petits poissons, le soleil a effleuré les peaux blanches de notre hiver européen, on va passer aux choses sérieuses. Dès demain.


PREMIER JOUR

METAPHORES, MERVEILLEUSES RESSOURCES





L’aurore s’est levée flamboyante sur le lagon. Un pêcheur, au chapeau de paille à larges bords, découpait sa silhouette en ombre chinoise et faisait filer sa frêle embarcation au rythme de sa longue perche. Un poisson rond et plat, multicolore et grand comme une assiette, m’a accompagnée juste au bord des vaguelettes dans lesquelles j’avance dans la douceur de ce matin-là. Quelques sarees et accents créoles plus tard, j’arrive dans l’hôtel où nous travaillons.Et nous nous retrouvons tous dans cette grande salle, laissant le lagon clapoter de toutes ces merveilles de l’autre côté de la large baie vitrée qui nous en sépare.


On est tous là. Tout le monde se regarde. Il y a un silence tout à coup presque palpable. Cela ne dure pas. Mais c’est comme si on pouvait sentir que chacun est prêt pour l’aventure. Les regards ont changé. Hier, c’était dans la découverte superficielle des uns et des autres, dans la joyeuseté et l’excitation. Mais là, à présent, c’est dans un quelque chose de bien différent. Une inquiétude peut-être. Une espèce de gêne aussi. C’est que dans quelques instants le travail va commen-cer. Et chacun ayant une petite idée de ce qui pourrait vaguement se passer, enfin le croyant, les projections vont bon train. On pourrait presque lire les pensées, si on se laissait aller, et entendre battre certains cœurs…


Voilà, les règles du groupe ont été parlées, le déroulement de ces quelques jours ré expliqué, les questions ont eu des ébauches de réponses, le lagon est momentanément oublié. On peut commencer.


Hélène est crispée, le regard agrandi, elle observe constam-ment tous ceux qui l’entourent. Alexandra et Stéphane se tiennent par la main depuis déjà une bonne demi-heure, Salim regarde ses chaussu-res, Michel regarde les chaussures de Salim, Noëlly sourit en regardant par la fenêtre, Patrick regarde Michel qui regarde toujours les chaussures de Salim, Monika opine de la tête à chacune de mes phrases avec un air très attentif, Joëlle semble déjà perdue avec une moue qui pourrait en dire long si on la questionnait, Michelle et Alain sourient comme s’ils étaient très très décontractés. Nous ont rejoints deux Mauriciennes, Liseby, professionnelle de la communication en entre-prise, et Anuradha, psychiatre réputée venue « tester »  mon modèle. Anuradha et Liseby sont assises côte à côte et ont tendance à discuter entre elles à voix basse.


«  Nous allons donc élaborer dans un premier temps des représentations métaphoriques personnelles », dis-je. «  La conception est simple. Il s’agit de mettre en image ce que vous sentez de la problématique qui vous a amenés ici. C’est quelque chose que chacun sait faire, qu’il en soit conscient ou pas, dans le quotidien. La différence est que l’on va le faire exprès et apprendre à s’en servir, dans les jours qui viennent et dès maintenant, d’une façon très particulière. Faire exprès de se faire du bien dans l’avenir avec ce qu’on utilise souvent sans en comprendre forcément toute la richesse. »

La métaphore va s’élaborer ainsi :

« Avec ce que vous ressentez en contactant ce que vous vivez et qui vous pose problème, laissez venir maintenant une image qui peut représenter cela. »

On a tous une image de soi qui apparaît, parfois sponta-nément, pendant de simples discussions ou réflexions du quotidien. De ces moments où l’on se dit, où l’on dit aux autres, « c’est comme si j’étais… », remplissant ces trois petits points par un résumé en image, vivant, de notre état, de nos sensations, de notre représentation de nous-mêmes dans ce monde ou ce système qui nous entoure. Bien des gens pensent que leur créativité est réduite au minimum, que c’est une capacité développée surtout chez les artistes, les écrivains, etc. C’est faux.


La créativité fait partie de pratiquement chaque instant de notre vie et être dans la croyance inverse est un obstacle à l’utilisation de nombreuses ressources. Dès qu’on pense, on crée. A tout instant on la sollicite : Savoir où j’ai rangé ce papier. L’aurais-je mis dans le premier tiroir ou le second ? Voyons, dans le premier ce ne serait pas logique et je ne l’imagine pas, donc c’est plutôt dans le second qui contient le même type de papier. Mince, je suis en retard, quelle tête va faire mon collègue en m’attendant, je le vois d’ici. Et je vois d’ici les conséquences s’il est de mauvaise humeur, s’il conduit vite pour aller à ce rendez-vous. Etc.

Combien d’images mentales venez-vous de vous construire en lisant les lignes précédentes ? Combien d’expériences de ce genre avez-vous vécues dans les dernières quarante-huit heures ?


Alors que peut-on faire de tout cela lorsque l’on a construit sa métaphore personnelle ? Secouer peu à peu dans les jours à venir ces images souvent issues d’expériences et d’héritages poussié-reux. Sélec-tionner, avec le regard des autres et la transformation de sa perception, en toute conscience et dans le bonheur de commencer de vrais choix, ce qui en vaut la peine dans ces coups de folies, espoirs et désespoirs, grands bonheurs et petites vérités (à moins que ce ne soit l’inverse…) qui transparaissent à travers ces représentations. Mais cela ne se fera que grâce à l’expérience qui va suivre et je ne suis pas en train de dire qu’il suffit d’y penser et d’entendre de jolies phrases pour changer sa vie. Juste un peu déséquilibrer l’ensemble, pour commencer.


Bizarreries que ces images-là. Elles surgissent souvent sans commande au quotidien. Et l’on peut s’en servir. Elles sont parfois obsédantes, révélatrices, destructrices ou constructives. Mais dans tous les cas, on peut les faire évoluer, les utiliser pour avancer dans notre vie. Cela se fait quelquefois spontanément, quelquefois avec le temps. Par exemple, telle personne peut dire qu’à vingt ans elle se sentait « comme un oiseau sur la branche », et qu’aujourd’hui seulement elle commence « à prendre son envol ».


Qui sommes-nous donc à travers nos images ? Quelles sont ces représentations de nous à travers ce que l’on tricote, détricote, retricote tout au long de notre vie, croyant souvent ainsi nous constituer une image unique, dans le meilleur cas. Et si tout cela était plus qu’une illusion magistrale, une tentative de rêve, puis de projet, de réalité ?


Ces images contiennent généralement une très grande quantité de ressources. Mais souvent nous ne savons pas et ne cherchons pas à nous en servir. Nous en faisons tous l’expérience de façon spontanée et plus ou moins consciente. Qui ne s’est jamais retrouvé à rêver d’une image qui s’est imposée ? A rêver les yeux ouverts, dans un état plus ou moins hypnotique, apportant spontané-ment des modifications, des commentaires, des évolutions en fonction de son imagination, de la projection de ses désirs ou besoins, vérifiant au fur et à mesure le changement des ressentis. Qu’est cela, sinon un travail spontané de constat puis de recherche de ressources à travers son imaginaire, sa créativité et son inconscient ?


En hypnose, on construit des métaphores pour aider les changements chez une personne. C’est un outil magnifique et remarquablement efficace lorsqu’on s’en sert bien, et l’on vérifie à quel point les sous-modalités, le langage non spécifique et l’absence d’interprétation sont importants. Là, on utilise les métaphores et le phénomène à l’inverse. Plutôt que de construire en fonction d’une structure particulière et avec des détails savamment élaborés avec soin pour un individu, on laisse celui-ci représenter son ressenti spontané-ment par une image, et on fait évoluer cette représentation par la suite, d’abord doucement, puis par un travail plus approfondi au cours des sculptures, que l’on associera à l’image, et au cours du travail de la colline aux aïeux bien évidemment, où elle sera tout à fait primordiale. Ainsi quelle que soit l’étape, la métaphore sera toujours présente, toujours active et activée, toujours en évolution consciente ou inconsciente.


Dans le vaste réservoir de notre inconscient, existent à peu près toutes les ressources dont nous avons besoin, quelles que soient les expériences auxquelles nous nous confrontons. Ces ressources sont quelquefois tellement intégrées aux expériences elles-mêmes qu’on peut avoir du mal à les en dissocier, et donc parfois tout simplement à les repérer. Comment alors savoir qu’elles existent en nous ? On les sent parfois confusément, mais notre esprit est ainsi fait, et notre culture le renforce, que ce n’est pas parce qu’on sent qu’on sait… Et pourtant ! Peut-être qu’on sait effectivement, mais comme on ne sait pas qu’on sait ni comment on sait, et ce que l’on sait vraiment précisé-ment, alors on croit savoir qu’on ne sait pas. Facile, non ?

Cela, c’est quand la croyance négative a pris le dessus, bien évidemment. Mais quelques intuitifs et autres ont bien perçu qu’il existait une autre approche de nos ressources et qu’on doit bien avoir, au fond de soi, dans le réservoir, des outils fort utiles à ceux qui savent aller les dénicher. Comme par hasard, lorsqu’on laisse nos « rêveries » s’exprimer dans les moments où l’on est un peu en panne de ressources, il se passe des choses fort intéressantes. Mais déguisées. A ceux qui accueillent ces rêveries spontanément et savent en cueillir les fleurs du bien sans se poser de questions, la vie peut parfois sourire de façon fort indécente. Mais pour la catégorie de ceux qui n’ont pas le mode d’emploi : c’est d’une injustice terrible.

Il y aurait donc des personnes qui auraient accès à leurs ressources sans conscience ni effort, récoltant ainsi les fruits de l’existence parce qu’ils se laissent porter par leurs métaphores plus facilement que d’autres, comme une espèce de don. Et il y a ceux qui doivent apprendre. Pire, il y a ceux qui ne voudront jamais apprendre parce que, par exemple, ça n’est pas rationnel. Et c’est vrai, ça n’est pas totalement rationnel. Et cela vaut la peine de s’interroger sur le comment ça marche pour ceux chez qui ça marche.


Je me rappelle ce monsieur qui n’arrivait pas à élaborer un projet de travail et se torturait depuis plusieurs jours devant son ordinateur dont l’écran restait désespérément blanc ou maculé de phrases presque sans queue ni tête, et qui, épuisé, se laissa rêver toute une journée autour d’un tableau. C’était un jardinier désemparé devant un parc magnifique mais envahi de mauvaises herbes. Il voyait ce jardinier, là, avec son chapeau, ses bottes et ses outils, prêt à travailler mais ne sachant par où commencer. Il voyait son air désespéré, ses bras ballants, ses épaules tombantes. Il voyait l’immensité de la tâche autour de lui, il envisageait les jours de travail comme quelque chose d’épuisant, de terriblement laborieux, sans fin et sans joie. Juste un boulot terrifiant, de la fatigue, un recommencement interminable. Il voyait les jours de pluie se profiler, le soleil écrasant, la terre gelée ou collante ou trop dure et sèche. Il voyait une vie de peines et le jardinier passant son temps à penser à cela au lieu de se mettre au travail juste pour élaborer un plan d’action, et ces pensées l’envahissaient tellement qu’il en restait sans force. Il voyait ce jardinier tourner sans fin dans ce jardin où les herbes folles poussaient de plus en plus belle, où les arbres non taillés prenaient de l’ampleur, où les fleurs se multipliaient sans soins et redevenaient sauvages, ou mouraient peu à peu. Il voyait ce jardinier vieillir immobile, comme ça, sur place, tandis que le jardin l’envahissait, l’étouffait peu à peu. Il voyait même la mort se profiler, sans que le jardinier ne réussisse à bouger. Il se sentait de plus en plus mal à l’évocation de ce tableau.


Et, fort heureusement, cela se remarqua de l’extérieur.


Ce fut sa chance, car un ami passa lui rendre visite. Cet ami s’aperçut tout de suite de son état et le questionna. Il lui décrivit son désarroi devant le travail à effectuer sur son ordinateur, puis le tableau qui l’obsédait depuis plusieurs heures. L’avantage de cet ami était qu’il ne développait pas du tout le même état interne. Lui, sa préoccupation était bien ailleurs : il rêvait depuis des mois de s’acheter une maison avec un jardin et sa rage montait de ne pas réaliser son projet parce qu’il ne trouvait pas la maison de ses rêves.


« Il a de la chance, ton bonhomme, d’avoir au moins un jardin, lui dit-il. Un parc, en plus, de quoi se plaint-il ? Que la mariée est trop belle ? Posséder un tel trésor et ne pas s’en servir est une vraie insulte à ceux qui n’ont rien et rêvent de beaucoup moins. Des arbres, de l’oxygène, des couleurs, les odeurs de la terre après la pluie ou les parfums des arbres et des fleurs, les bruits des oiseaux selon la saison, des insectes et des petits mammifères, des battements de son propre cœur sous les efforts de la terre retournée, la vie dans toute sa profusion, l’accord avec les mouvements de la nature, les sensations de fraîcheur, de chaleur, du vent, l’immensité du ciel, l’infini, voilà tout ce qu’il a, ton bonhomme ». Puis, sur cette belle envolée, l’ami prit congé, un peu pressé tout de même…


Notre homme resta un moment abasourdi. Sa première réaction avait été de trouver son ami indélicat et quelque peu naïf, puis il s’était senti tout bizarre. Que venait-il d’entendre de lui ? Comment n’avait-il pas vu ces richesses là en lui ? Alors ce serait si simple, se laisser porter par ce qui est autour de soi pour accomplir une tâche ? Cela l’avait plongé dans un état de perplexité qui le troublait. Quelque chose de sa raison lui donnait envie de nier tout ça, mais quelque chose au-delà de sa raison était tout à coup devenu joyeux et plein d’énergie. Une partie de lui continuait bien de critiquer et d’entretenir la morosité, mais une autre partie, que la première condamnait pourtant encore en la traitant de naïve, de crédule et d’un peu bête, il faut bien l’avouer, grandissait avec une espèce de joie qu’il n’avait pas ressentie depuis fort longtemps. Bien sûr, c’était encore fragile, mais une frénésie le saisit tout à coup…

C’est l’ordinateur qui n’en revint pas. Créativité et énergie se conjuguèrent et les pages commencèrent à se remplir. Les ressources, au-delà du champ de conscience, avaient été recontactées, sans que notre homme eût besoin de passer par le savoir et la compréhension.


Qui n’a jamais testé ce type d’expérience ? Quels qu’en soient l’intensité et les résultats, cette gymnastique existe en chacun de nous. Nous l’entretenons plus ou moins en fonction de notre personnalité, de nos croyances, de nos apprentissages à la rêverie ou de nos interdits personnels ou éducatifs. Mais elles existent. C’est une capacité que nous possédons tous et nous avons le choix de l’utiliser ou pas, de la développer ou pas. Si l’on observe ce qui s’est passé, ce monsieur s’est effectivement laissé porter par une métaphore (il fait partie de ceux qui seraient doués pour ça ?). Puis il s’est laissé rêver aux détails, à un maximum de détails. Des détails de toutes sortes ont été évoqués ; visuels, olfactifs, auditifs, kinesthésiques, temporels… Puis il y a eu une intervention extérieure. Cette intervention a joué un rôle capital, elle a été le déclencheur, puisqu’elle a extirpé de la métaphore les ressources qui étaient imperceptibles aux yeux de l’auteur de la métaphore. C’est cette gymnastique qui change l’expérience. Au début ce charmant monsieur avait devant lui un tableau où les informations étaient trop nombreuses pour que les ressources recherchées surgissent d’elles-mêmes dans le cas présent. Ou alors il aurait fallu plus de temps pour les trouver seul. L’intervention de son ami de passage avait été décisive. Celui-ci était justement en recherche personnelle de cette situation, et ciblait parfaitement tous les avantages de ce tableau : il avait probablement rêvé de son côté à tout cela. Les ressources ont été exprimées vite, fort. Elles étaient justes aux yeux du monsieur et suffisamment puissantes pour déclencher un processus de capitalisa-tion et d’exploitation de capacités invisibles jusqu’alors.

Trop simple ? Peut-être, pour notre intelligence carté-sienne. Pourtant ça marche.


Mais revenons au groupe et au travail de confrontation des métaphores. Pour l’instant, dans le processus, nous en sommes à l’étape suivante :


PROCESSUS

Métaphore

  • Représentation subjective des affects et comportements d’un sujet dans un contexte donné.

  • La métaphore contient toutes les ressources et limites du sujet.


Maintenant chacun a élaboré sa métaphore et la redonne au groupe.

En très peu de temps, ce groupe se montre particulière-ment porteur et Hélène, en particulier, s’y sent en sécurité. Des liens de confiance agréables s’y développent et le travail peut commencer tranquillement.


« Je suis un oiseau en cage dont la porte est ouverte, qui n’ose pas sortir. La cage est au pied d’une montagne impressionnante, alourdie par le brouillard, recouverte de buissons épineux, de contours en friche et il est impossible de voir le soleil », dit-elle.


Le travail s’amorce. L’image est ensuite détaillée avec un maximum de détails, en prenant bien soin que la personne la décrive d’abord de l’extérieur, comme si elle regardait l’image sur un écran, par exemple , puis dans un deuxième temps en devenant l’image elle-même et en s’imprégnant de tout ce qui peut en être important.


Etre observateur d’abord permet bien sûr une dissociation émotionnelle dans l’approche du problème, ce qui est utile à l’interve-nant autant qu’à la personne. L’association permet ensuite de calibrer1 l’intensité émotionnelle de façon différente de celle ressentie quand la personne est dissociée2, afin de vérifier, entre autres, s’il y a par exemple besoin, pour la suite du travail, de préciser certains points, de vérifier des compétences et des ressources préalables.


Lorsque la personne est extérieure à l’image, non seule-ment cela distancie les émotions éventuellement limitantes, mais aussi cela permet, avec la colline aux aïeux par la suite, de travailler la méta-phore comme un objet extérieur représentatif de l’héritage familial, et éventuellement du dysfonctionnement du système, partie intégrante de ce système encore plus que de cette personne. Si celle-ci restait associée à l’image, cette distinction serait quasiment impossible.


La métaphore est donc élaborée. Construite avec beaucoup de soin et de nombreux détails, elle va ensuite être utilisée à différentes étapes et doit être mémorisée avec précision.


Ce travail peut être assez long, et il est important d’insister sur le fait qu’aucune interprétation ne doit être apportée, que les éventuels échanges dans le groupe doivent porter sur des interactions de métaphore à métaphore, et que tout « conseil » est strictement interdit afin de préserver chacun dans ce qui va suivre, ainsi que nous allons le découvrir ensemble..

 

Bien sûr, la calibration est importante, non seulement pour chacun, mais aussi pour toutes les interactions lorsque l’on travaille avec un groupe, car déjà se posent des interactions et des processus repérables et utilisables par la suite.


A ce stade on pourrait simplement faire un travail PNL classique de changement de sous-modalités en ne s’intéressant qu’à Hélène. Mais l’expérience sur quelques centaines de personnes a montré une efficacité bien supérieure avec les évolutions de sculptures et l’outil de la colline.

C’est que, au bout de quelques centaines d’accompagne-ments, il y a quelques années, ont commencé à m’apparaître des lignes fort intéressantes. Les métaphores s’avèrent être un outil puissant, respectueux et agréable renforçant entre autres le travail de repérage autour des rôles et missions de chacun, en lien avec les attentes de leur système d’appartenance. Elles sont en même temps représentatives de la problématique de fond de la famille.


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(Pages 1-21 show above.)