
Pauline Doudelet
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Published by Pauline Doudelet at Smashwords
Copyright Pauline Doudelet, 2011
La lettre était là, sur la table basse. L'enveloppe arrachée avec la frénésie qui caractérise une réponse attendue. La feuille, elle-même, avait été à moitié arrachée en sortant de l'enveloppe. Non mais quelle idée de plier les feuilles comme ça, aussi ! Et tout était retombé là : l'enveloppe sur la table basse, la lettre sur le tapis et Delphine sur le canapé.
Neuvième... sur huit postes.
Recalée. À une place près. Les larmes coulèrent un moment avant que la jeune femme ne reprenne son souffle dans une aspiration violente qui déclencha des spasmes incontrôlables. Elle était là, seule devant la réponse à sa question : et si le monde des bibliothèques ne voulait pas de moi ?
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« Mais c'est une très bonne chose, Mademoiselle ! Vous êtes première sur la liste complémentaire, c'est un excellent résultat ! Si jamais il y a un désistement...
– Un désistement ? Vous avez eu combien de désistements l'année dernière ? Et l'année d'avant ? »
Le silence gêné dura un moment, tandis que Delphine, énervée, attendait qu'on lui raccroche au nez à cause de son emportement.
« Écoutez, Mademoiselle, nous n'aurions pas une liste complémentaire si il n'y avait aucun risque que cela n'arrive... vous êtes deux sur la liste. Généralement nous arrivons à prendre ces personnes en plus, vous comprenez ?
– Vraiment ?! »
Le cœur de Delphine faisait des bonds, l'adrénaline remontait le long de ses veines et elle pouvait sentir la fièvre l'envahir. Et si... oui, si c'était finalement possible.
« Les années précédentes, nous y sommes parvenus. »
Delphine se mit à sourire en sautillant. Oui, elle allait enfin devenir bibliothécaire. ENFIN !
« Mais je ne veux pas vous donner de faux espoirs. Cette année, le budget a été fortement réduit. Je doute que nous y parvenions... »
Le stress de tous ces concours passés pour rien, l'angoisse des résultats, de cet avenir rêvé depuis tant d'années, la peur de se retrouver sans rien : ni but, ni espoir, ni résultat palpable ; tout cela lui retomba dessus. Le combiné lui glissa des mains...
« Mademoiselle ? Allo ? Vous m'entendez ? »
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« Il faut juste qu'il y en ai un qui se désiste, c'est ça ? Et t'auras le poste ?
– Laisse tomber, Jo, tu veux ? J'ai pas envie qu'on parle de ça... »
L'ambiance du bar était d'une gaîté qui contrastait brutalement avec le visage déconfit de Delphine. Les deux vodkas-orange et le diabolo grenadine qu'elle avait bu lui torturaient l'estomac. Surtout la grenadine en fait, elle n'avait jamais supporté ça. Joachim regardait son amie en évaluant la probabilité d'un écart rapide du comptoir suite à une expectoration brutale de mucosités, entrainant le renvoi de la cavité digestive qu'il savait pourtant peu remplie. Il estimait le risque nul à 70%. N'ayant pas beaucoup l'habitude de voir Delphine boire autant sans rien avoir avalé, il ne pouvait négliger les 25% d'assez probable. Mais ne pariait pas sur les 5% restants, malgré la main lourde du serveur sur le sirop de la limonade et qui aurait écœuré n'importe quelle gamin pourri au sucre.
« Tu sais, ils prévoient du gel demain. Si ça se trouve, y'en a un qui va se péter la gueule dans un escalier de métro et devenir paraplégique.
– Ha, ha ! Très drôle... J'y crois pas. Je crois plutôt que je...
– Oui ?
– …je vais vomir. »
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Habituellement, les fins de soirées comme ça, Delphine préférait les passer chez elle. Pas en compagnie de Joachim, et surtout pas chez lui. Elle avait trop bu, n'était pas bien et sincèrement, pas en état de résister si ce pervers avait des envies pas très catholiques.
Catholique ou pas, l'ambiance était surréaliste. Une petite lampe recouverte d'un foulard rouge éclairait la chambre de bonne qui avait des airs d'antre démoniaque. D'accord, elle avait largement trop bu. Sa bouche était pâteuse, elle n'aurait pas pu rentrer chez elle... Alors elle referma les yeux pour éviter d'entendre les pas bruyants de Jo sur le parquet. Il lui colla une bouteille d'eau froide sur le front.
« Bois, t'en as besoin. »
Elle plissa un peu plus les paupières. OK, il pourrait lui faire tout ce qu'il voudrait. Ça sera jamais pire que mon mal de crâne. Au moins, on n'entendait plus que leurs deux respirations.
« Delphine, tu sais qu'on pourrait... pousser le sort.
– Tout ce que tu veux, tant que que tu parles moins fort... pitié...
– Tu sais qui sont les gens devant toi ?
– J'en connais deux ou trois... On a fait connaissance pendant le concours... »
Le visage de Jo s'éclaira, mais son sourire dans la pénombre et avec cette lumière rouge-orangée dansait devant les yeux de Delphine comme un rictus peu attirant.
« Jo, j'ai trop bu...
– Pour être sûr que t'ais le poste, il faudrait en zigouiller le maximum. On ne sait jamais, si ils survivent... Ça fait huit personnes, c'est faisable.
– De quoi tu parles, Jo...
– De rien, Delphine, dors. Tu verras, tu l'auras ta place de bibliothécaire. »
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« Jo, mais qu'est-ce qu'on fait là ? Tu veux bien m'expliquer ? »
L'homme, portant d'énormes lunettes hors d'âge mais à la mode, se cachait derrière une rangée de la bibliothèque Faidherbe, attirant à lui la jeune femme qui ne cherchait pas à être discrète. Vu en contreplongée depuis la rue, on aurait dit deux amoureux qui cherchaient un coin pour quelque rendez-vous coquin.
« Mais tu vas me dire ce qu'il se passe, bon sang !
– Chut ! Tu oublies que tu es dans un bibliothèque, chérie.
– Chérie ? Depuis quand tu m'appelles chérie ? »
Le rictus inquiétant réapparut sur le visage de Joachim, mais si Delphine avait cru que la faible luminosité de sa chambre l'avait diabolisé, elle ne pouvait que constater qu'il était bien plus effrayant quand l'ambiance était... normale.
« Mais voyons, chérie, depuis l'autre soir. Tu ne t'en souviens pas, chérie ? »
Le mot roulait dans sa bouche avec un plaisir indicible. Bon sang, qu'est-ce qu'on a fait l'autre soir ? Elle ne se souvenait que de s'être réveillée chez Joachim, la tête en vrac sans aucun souvenir de la soirée à l'exception de l'instant où elle avait vomi la grenadine sur les pieds du barman. Lui était déjà parti bosser, sans un mot ni une explication. Elle avait cru qu'ils n'avaient rien fait. Après tout, Joachim lui avait donné rendez-vous comme d'habitude, sans sous-entendre qu'il puisse désormais y avoir, entre eux, une situation équivoque. Il la pressa contre le rayonnage mais un sursaut de lucidité la fit se redresser.
« Arrête Jo, je... On n'a pas... Il n'y a rien entre nous, ok ? N'est-ce pas ? »
Mais Jo la repoussa contre le rayonnage à nouveau, plus fermement.
« Tais-toi, on va nous remarquer... Dis, Annette Legros, c'est elle ? »
En tordant le cou pour voir, à travers les livres, qui l'inquiétant séducteur des bars désignait de la tête, Delphine vit la stagiaire en bibliothèque qu'elle avait croisée au moment de passer son oral d'admissibilité. Elle rangeait des livres dans l'allée parallèle.
« Heu... oui, oui, c'est elle... pourquoi ? »
Joachim se rapprocha dangereusement, pressant bien plus son corps contre elle. Il ne la fixait plus. En fait, tout ce qui aurait pu porter à confusion dans ce tête-à-tête intime disparut quand Delphine comprit que leurs deux corps chutaient en arrière. Il était en train de pousser le rayonnage pour le faire basculer. Le faire basculer sur...
« Jo, arrête ! »
Mais le bruit effroyable qui suivit couvrit les cris de la jeune femme. Delphine fut entraînée par Joachim qui l'éloigna du lieu du drame, pour se retrouver dans le coin littérature jeunesse au milieu des autres usagers de la bibliothèque stupéfaits.
Un rayonnage venait de tomber, et les montants métalliques, désormais calés contre le rayonnage suivant, craquaient encore. Quelques volumes intacts sur les étagères résistaient à la pesanteur, mais finiraient par glisser également. Au sol, un amoncellement de volumes encyclopédiques formait un tas dont dépassaient à peine un escarpin noir et le pied de sa propriétaire. Passé le moment de stupeur qui s'abat lorsqu'un événement improbable se produit, la vie reprit brutalement avec des hurlements, un attroupement et la fuite discrète des deux complices.
« Si elle survit à ça, elle sera traumatisée à vie par les bibliothèques ! Tu vas l'avoir ton poste, ma chérie. »
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« Mais qu'est-ce que tu as fait ?
– Qu'est-ce que nous avons fait, chérie, nous étions deux.
– Je ne suis pas ta chérie ! Merde, Jo, on a... TU as tué cette fille !
– J'en sais rien. C'était que du papier, elle a peut-être survécu. Qu'est-ce que t'en sais ?
– Ça change rien ! Tu...
– Tu la veux ou pas cette place ?
– Jo, y'a des limites...
– C'est pas ce que tu as dit l'autre soir.
– L'autre soir ? Qu'est-ce que j'ai dit l'autre soir ?
– Que t'étais prête à tout. »
Et le regard mauvais revint. Mince, on n'a pas couché quand même ? L'idée s'installa en même temps que celle qu'elle ne pouvait pas avoir dit ça, en tout cas pas sérieusement. Et qu'il fallait vraiment être taré pour le prendre au pied de la lettre... et le mettre à exécution !
« Je vais y aller et te dénoncer... Tu es un monstre.
– Tu crois vraiment qu'ils croiront que tu n'es pas impliquée ? À qui profite le crime, hum ? Pas à moi. Moi, je ne suis que l'ami influençable que tu as séduit et poussé au meurtre. C'est tout.
– Non, non... Je n'ai rien fait du tout, je ne savais même pas ce que tu traficotais ! Il y a des caméras, elles t'auront filmé en train de pousser cette étagère. Ils verront bien que je n'y suis pour rien !
– Pas de caméra dans notre allée. Pourquoi est-ce que tu crois que j'ai choisi cette allée-là ? Parce qu'on ne pouvait pas nous voir depuis les caméras.
– Soit, t'es taré... On a dû nous voir entrer ! Attends, t'as jamais eu besoin de porter des lunettes...
– T'inquiète pas pour moi, chérie, personne ne pourra jamais me reconnaître sur les vidéos, toi par contre...
– Tu... tu m'as piégée !
– Quand on commet un crime, autant s'assurer que les témoins n'iront pas parler. C'est la moindre des choses, non ?
– Tu es abominable ! »
Mais elle était bel et bien coincée...
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Les autorités cherchaient les auteurs de cet affreux crime. Qui pouvait bien être ce couple, vu sur la vidéo-surveillance et qui s'était enfui si rapidement après l'accident ? Cet homme à lunettes et cette femme... qui actuellement portait une robe décolletée dans une soirée de bienfaisance au Muséum.
Delphine n'avait pas eu le choix, Joachim avait suffisamment insisté pour qu'elle vienne. Lourdement, avec un sous-entendu qu'elle n'aimait pas. Il avait insinué qu'une absence pourrait le rendre très bavard. De plus il avait exigé qu'elle colle sa poitrine dans une robe à la limite de la décence. Heureusement que celle-ci était serrée d'ailleurs, car l'absence de soutien-gorge aurait passablement désavantagé la jeune femme. Dommage, ça aurait ôté toute envie au pervers...
Mais les yeux de Joachim brillaient et il s'empressait d'escorter Delphine au milieu du monde, la présentait à tous comme son amie. La nouvelle fiancée contrainte s'enfilait coupe sur coupe pour éviter d'avoir à répondre. Il pouvait bien jouer à ce qu'il voulait, si Joachim osait lui faire du chantage pour obtenir d'elle plus qu'une simple présence à ses côtés, il rêvait : le champagne se supportait bien mieux que le diabolo grenadine.
Il y avait beaucoup de monde dans cette petite salle de réception d'une des ailes du Muséum d'Histoire Naturelle. Un truc caritatif auquel Joachim tenait visiblement pour une raison inconnue, mais qui n'intéressait pas Delphine. Les livres, elle adorait ça, les squelettes et les bêtes empaillées, beaucoup moins. Mais devant sa réticence à côtoyer des cadavres d'animaux, Joachim avait promis de ne pas la quitter d'une semelle. La jeune femme observait avec dégoût un gorille géant qui, empaillé au 19ème siècle, ressemblait plus à un vieil ours en peluche élimé qu'à un être qui fut, jadis, vivant. Dans l'euphorie provoquée par son verre désormais vide, Delphine allait se tourner vers Jo pour le lui faire remarquer, quand elle se rendit compte qu'il n'était plus là. La foule se pressait désormais à l'autre bout de la pièce autour d'un type grisonnant qui tenait un discours à dormir debout.
« Vous êtes vraiment charmante, vous savez ? »
Don Juan était sourire et costard sur mesure.
« Merci. »
Et Delphine, un peu pompette, se mit à pouffer sans raison. Le jeune homme distingué s'approcha et lui murmura à l'oreille.
« Ce vieux pompeux en a pour des heures. Je le sais, il m'a répété son discours toute la journée. Ça vous dirait d'aller faire un tour ? »
Ma foi, si Jo m'abandonne alors qu'il avait promis de me protéger de toutes ces bêtes féroces, je peux bien lui fausser compagnie. D'autant plus que la nouvelle est séduisante et saura aussi bien me défendre si un vautour déplumé décide de revenir à la vie.
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Le couple déambulait dans une des allées suspendues de la galerie de l'évolution, plus près de la rambarde que des vitrines. Don Juan semblait lui aussi ne pas apprécier les centaines de colibris qui le regardaient fixement derrière les vitres. La compagnie de Delphine, par contre, le ravissait. La jeune femme se laissait faire, tant par abus de champagne que par envie de faire enrager Joachim. Il l'avait bien cherché.
Le rire du jeune homme s'étendit jusqu'à la verrière.
« Et bien, j'en ai de la chance, ces jours-ci... J'obtiens enfin un boulot potable et je trouve une belle femme prête à s'abandonner... »
Enlacés contre la rambarde, quelques quinze mètres au-dessus du vide, ils disparaissaient dans la pénombre de la nuit. Autour d'eux, le silence impressionnant obligea la jeune femme à baisser la voix pour lui répondre.
« Et vous faites quoi comme boulot ? »
Delphine commençait à montrer de l'intérêt pour ce bel homme, un intérêt charnel qui ne le laissait pas indifférent. La discussion, bientôt ne serait plus d'actualité.
« Je viens d'obtenir un poste de bibliothécaire à la mairie de Paris.
– Vous... vous quoi ? »
Les mains de Delphine ne mirent à trembler, mais dans son empressement à éliminer ces questions de la conversation, Don Juan ne s'en aperçut pas.
« Oui, mon père a joué des pieds et des mains pour que j'obtienne ce boulot. Vous savez, c'est un homme très influent. » Son corps se rapprocha un peu plus d'elle, comme si la filiation de ce type avec une personnalité pouvait avoir une quelconque influence sur sa séduction. Le trouble de Delphine s'accentua, ce qu'il prit pour une action directe de son charme naturel de prédateur.
« Très influent... J'ai passé mon oral à parler en ami aux examinateurs. Vous savez... le genre comment va la famille ? ou encore et votre promotion, c'est pour bientôt ? Je peux en parler à mon père si vous voulez... »
La jeune femme suffoqua quand il l'embrassa. Ce type... ce type lui avait volé son poste ! Oui, volé ! Il n'avait eu qu'à jouer de son nom pour obtenir le poste qu'elle convoitait. Ce boulot pour lequel elle avait bossé si dur et si longtemps. Il la laissa reprendre son souffle un instant avant de recommencer avec un peu plus de poigne.
Elle repoussa ses mains.
« Hé, calme-toi, chérie... Tu vas aimer...
– Non ! »
Elle le repoussa plus violemment cette fois, en y mettant toute la haine qu'elle pouvait éprouver. Elle le repoussa à deux mains et il bascula en arrière.
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« Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! Jo, c'est horrible ! Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Delphine s'était recroquevillée sur son canapé, face à l'écran d'ordinateur. Joachim lui apportait des croissants suite à l'appel paniqué qu'il avait reçu de son amie une heure plus tôt, en même temps que le déclenchement de son réveil.
« C'est pas si terrible, non ?
– Mais bien sûr que si ! Regarde ! Regarde ! »
Sur l'écran, un site de nouvelles en ligne annonçait la mort de Rodrigue Capret, fils de l'adjoint au maire de Paris Jean-François Capret. Le jeune homme avait été découvert, empalé sur une des défenses d'un mammouth placé pour une exposition temporaire, financée en partie par la générosité du père de la victime, au beau milieu de la Grande Galerie de l'évolution. Par chance, le fragile squelette, assuré pour une somme de 3 millions d'euros et vieux de quelques quinze mille ans, avait résisté à la chute du corps, permettant de ne pas reporter l'ouverture de l'exposition au public prévue pour ce mercredi. L'article était intitulé : Le mammouth sait se défendre !
« J'adore le titre !
– Jo, c'est horrible !
– Quoi ? Qu'un type se tue sur une défense de mammouth ? Moi, je trouve que c'est original comme mort !
– Non ! Tu ne comprends pas, c'est moi... c'est moi qui l'ai tué !
– Allez, chérie, tu te calmes. Pourquoi tu l'aurais tué, voyons ? Je croyais qu'un meurtre ça te suffisait...
– C'était pas exprès... Je t'assure. Je voulais te faire rager, il m'a dragué. Sauf que... sauf que...
– Sauf que quoi ?
– On était là-haut, contre la rambarde quand il m'a sorti qu'il avait obtenu son concours grâce au piston ! J'ai... je sais pas ce qui m'a pris, j'ai dû boire un peu trop...
– Ça ne serait pas la première fois...
– Je l'ai poussé... Il a voulu m'embrasser, je l'ai repoussé et je me suis enfuie ! »
Le regard de Jo redevint sérieux et se posa sur Delphine.
« Tu ne l'as pas poussé, OK ? Il a voulu t'agresser et tu t'es défendue.
– Mais je l'ai repoussé... Il a basculé, je l'ai senti...
– Tu l'as vu tomber ?
– Euh... je me rappelle plus... je... j'étais dans un état pitoyable... Je me rappelle même pas comment je suis rentrée chez moi ! Je me souvenais même plus de lui quand je me suis réveillée... et puis j'ai lu ça et tout est revenu. Mon Dieu ! Jo, c'est horrible... »
Joachim prit la jeune femme dans ses bras et la pressa contre lui.
« C'est sa faute, Delphine. Quand est-ce que tu comprendras que tu devais l'avoir ce poste? Tous ceux qui l'ont obtenu ne le méritaient pas... Toi seule en étais digne, et tu l'auras, je te le promets. On est liés maintenant. Je te protège, tu me protèges et je te promets que tu l'auras ton boulot. »
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Delphine rasait les murs. Derrière ses lunettes de soleil, elle cachait sa gueule de bois et sa tête de coupable. Elle avait tué quelqu'un. Tout le monde le savait, tout le monde la regardait de travers et tout le monde la désignait dans son dos. « C'est elle, c'est sa faute. »
Croisant une bande de gamins rieurs qui s'arrêtèrent en la regardant bizarrement quand elle leur rentra dedans de plein fouet, elle décida de se planquer derrière un verre de whisky dans un bar glauque du 8ème. Le constat de sa vie était là : chômage, vie à vau-l'eau et meurtres en série. Ça méritait bien un deuxième verre, tiens !
« Franchement, une jolie femme comme vous, ce n'est pas raisonnable. »
Ah ouais ? Et ben, ça sert à quoi d'être jeune, jolie ET intelligente dans ce monde ? À rien, allez vous faire voir...