Le secret des Rostland
roman
par Catherine Breton
Published at Smashwords
Copyright 2011 Catherine Breton
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1884
L'émissaire remonta son capuchon sur sa tête. Il voulait passer inaperçu dans la nuit, loin du village. Il y avait trop de risque à ce qu'un enfant qui l'aurait vu dans les bois crie à tous qu'il était un sorcier. Il connaissait bien les habitudes des villageois et la manière qu'ils avaient d'accueillir un étranger dans leur village. Il serait mit au bûcher avant d'avoir pu expliquer la raison de sa présence.
Il devrait alors tout recommencer.
Il avait argumenté avec les Sages que ce qu'on lui demandait de faire n'aurait pas les résultats escomptés. Plusieurs des exilés n'accepteraient pas que les Sages se mêlent de leur vie, pas après tout ce temps laissé à eux-même sur cette Terre.
Les sages avaient cru qu'une fois sur Terre, ils ne pourraient rien faire de mal, qu'ils accepteraient leur sort et se fondraient avec la population locale. Ils espéraient qu'ils gagneraient un peu d'humilité et de sagesse entre temps, suffisamment pour se réconcilier avec les leurs, et peut-être pour être un jour réintégré dans la société.
Au contraire, les exilés s'étaient démarqués en prétendant être des dieux. Des dieux vengeurs et qui devaient régler leurs propres guerres avant d'aider les humains. Ceux-ci n'avaient rien compris et s'étaient courbés devant eux, les avaient accepté comme des êtres intouchables.
Après un certain temps, les humains, avec leur inventivité et le sang mêlé des exilés, avaient cessé de croire en ces dieux qui n'en étaient pas et avaient découverts les Dieux uniques qui ne menaient la guerre qu'au mal. Les exilés avaient dû fuir aux quatre coins de la planète, se cacher et cacher leurs pouvoirs. Les plus faible avaient été tués, d'autres étaient encore pourchassés par différentes factions.
Certains avaient tenté de retourner chez eux, mais ils s'étaient tous butés au refus des Sages. Ils n'étaient pas encore prêts. D'autres avaient semé le trouble dans la population et avaient causé des guerres entre les humains, plutôt qu'entre eux.
Ceux-là ne pourraient jamais retourner de leur exil.
Il y avait finalement ceux qui s'étaient tenus tranquilles après la chute des dieux, avaient fondé des familles et partagé leurs connaissances de façon discrète, tout en aidant la population locale.
L'émissaire s'approcha du manoir qui avait vu de meilleurs jours. Le chef de famille était un de ceux qui s'étaient rachetés aux yeux des Sages. Ils devaient seulement tenir un peu plus longtemps, pour ne pas que les autres ne s'en prennent à eux et que la population ait à souffrir de leur Guerre Éternelle.
Il frappa à la porte et un majordome le laissa entrer. Il ne parut pas surpris par la présence d'un visiteur nocturne et le fit passer au salon.
« Nous sommes honorés de rencontrer un émissaire des Sages. » Un homme dans la trentaine et sa jeune femme enceinte entrèrent dans le salon à leur tour. L'émissaire leur sourit et l'homme le reconnu aussitôt. Ils se serrèrent chaleureusement la main avant de passer au but de la visite de l'émissaire.
« Les Sages sont heureux de vos progrès. Ils ne peuvent cependant vous réintégrer dans la société pour l'instant. Comprenez que la situation ici est un peu... étrange. » L'homme hocha la tête sans dire un mot. Sa femme était assise à ses côtés et caressait son ventre gonflé. L'émissaire se tourna vers la femme.
« Soyez heureux, une petite fille va vous naître. » La femme sembla déçue et l'émissaire se mit à rire. L'homme souriait de bonheur.
« Ici, les héritiers mâles sont importants. » L'émissaire hocha la tête et regarda à nouveau la jeune femme.
« Sachez que cette petite fille est la première semence d'une nouvelle génération. » Elle le dévisagea, incertaine de ses paroles. Son mari lui posa une main sur son épaule et elle se détendit.
« Une nouvelle génération? Nous sommes ici depuis si longtemps... » L'homme ne semblait pas comprendre.
« Dès qu'elle naîtra, votre éternité disparaîtra et vous pourrez venir nous rejoindre à la fin de votre vie. Votre fille, Likalie de Rostland, possèdera beaucoup de connaissances qu'elle transmettra par les femmes. Elle restera comme gardienne, pour empêcher ceux en exil de mêler les cartes ici. »
« Pourquoi ne pas les envoyer ailleurs? » L'émissaire secoua la tête.
« Il est déjà trop tard pour cela. Nous devons garder la balance des choses. » L'homme hocha la tête, pensif.
« Qui d'autre? »
« Une dizaine d'autres exilés satisfont aux exigences des Sages. »
« Pourquoi ne pas faire perdre l'éternité aux autres? »
« Parce que ce n'est pas leur destin. » L'homme posa sa main sur le ventre de sa femme. « Une dernière chose. Elle sera en charge de garder le secret. Elle doit tout savoir, tout en restant muette. À la fin de sa vie, elle ira dans le tombeau de ses ancêtres où elle viendra te rejoindre. »
« Et ma femme? »
« Elle quittera ce monde au même moment que toi. Elle doit avoir la connaissance nécessaire, mais vous avez encore de longues années devant vous. » Il remit son chapeau et s'approcha de la porte. Il hésita. Il se retourna vers l'homme et sa femme.
« L'humanité est une créature étrange. Les gens de cette Terre ne sont pas encore au même stade de l'évolution que nous, mais les choses changent rapidement. Toi et les tiens avez semés une accélération dans les capacités des humains. C'est à toi, et aux autres familles qui possèderont le secret, que retombe la responsabilité de leur enseigner la voie de la sagesse. Tout arrivera bientôt, par des signes ici et là. C'est aux familles à juger du moment idéal pour partager les connaissances avec ceux qui ne sont pas comme nous. » Il sortit dans la nuit.
****
2011
Le soleil n'était pas encore levé. Il était beaucoup trop tôt pour qu'une autre personne dans le manoir ne soit réveillée, pourtant Victoria ouvrit les yeux en entendant des pas qu'elle ne reconnaissait pas dans le corridor. Ils s'arrêtèrent devant sa porte. Elle chercha à tâton l'interrupteur de sa lampe de chevet mais aucune lumière n'en sortit. Elle se leva, enfila une robe de chambre et s'en approcha.
« Qui est là? » Elle n'eut aucune réponse mais la personne bougea ce qui fit craquer une des planches de bois. Celle qui lui indiquait que quelqu'un était sur le point de toucher à la poignée de porte.
Victoria fouilla sous son matelas à la recherche du fusil qu'elle gardait toujours à la portée de sa main depuis la mort de son fils Richard. Elle fixa la poignée de porte qui tourna d'un quart de tour et revint en place sans que la porte ne s'ouvre.
« Qui est là? » Elle se sentait idiote de se répéter. Elle se leva de son lit et se plaça devant la porte.
Au même instant, la porte s'ouvrit et elle fut poussée au sol. Le fusil s'échappa de ses mains et glissa sous le lit. Un homme entra dans la pièce. Victoria se mit à genoux et chercha son arme mais l'homme l'agrippa par les pans de sa robe de chambre et la souleva. Il se mit à rire lorsque Victoria tenta de se défaire de sa poigne. La porte se referma derrière lui, en silence. Elle n'arrivait pas à voir le visage de l'homme dans la noirceur de la chambre. Elle aurait du suivre son instinct et crier.
« Qui es-tu? » Il secoua la tête en souriant.
« Ça n'a pas d'importance. Ce qui va arriver à tes petits-enfants est beaucoup plus intéressant si tu ne me réponds pas. » Elle avait de la difficulté à respirer sous la pression du vêtement sur sa gorge. Il attendait.
« Quoi? » Sa voix était faible et les ongles se plantèrent dans la main de l'homme, l'égratignèrent. Il ne broncha pas.
« Donne-moi le secret. »
« Jamais! » Elle avait crié. Il serra plus fort en entendant des pas dans le corridor. Elle reconnaissait le pas sec et décidé de Maribelle.
« Es-tu prête à mourir pour le protéger? » Elle ne pouvait voir que ses dents blanches. Elle frissonna.
« Qui es-tu? » Il marcha vers la fenêtre en continuant de la tenir au bout de son bras. Les jambes de Victoria battaient l'air sous elle. Elle réussit à tourner la tête vers la fenêtre et regretta de ne pas avoir écouté sa fille qui lui demandait de déménager au premier plancher. Bien sûr, Léanne ne voulait qu'occuper la plus grande chambre du manoir et cachait sa motivation sous les bons sentiments, mais elle avait eut raison, sans le savoir.
L'homme l'appuya contre la fenêtre et elle pouvait sentir son dos s'y presser, lentement.
« Grand-mère? » Le chuchotement de Maribelle l'appelait derrière la porte, mais elle n'osa pas répondre.
« Je suis ici pour rétablir la prophétie. » Il ne pouvait pas être sérieux, personne n'avait parlé de la prophétie depuis la naissance de sa propre grand-mère Likalie. Elle n'en avait jamais parlé elle-même et elle savait qu'elle n'aurait pas le temps de passer cette connaissance à ses petits-enfants. Son regard se tourna vers son lit. Elle espérait seulement que ses instructions seraient découvertes avant qu'il ne soit trop tard.
« Il n'y a pas de prophétie! » Il posa sa main libre sur sa tête et elle le sentit entrer dans son esprit. Elle voulait crier sous la douleur mais rien ne sortit de sa gorge.
« Il ne faut pas me mentir... » Il ferma les yeux, ignorant la voix derrière la porte. Victoria se concentra sur des choses sans importance, mais ses pouvoirs ne cessaient de revenir dans ses pensées.
« Lâche-moi! » Son ton était ferme. Il rit.
« C'est trop tard pour tenter tes petits trucs sur moi. »
« Grand-mère? » La porte s'entrouvrit et Maribelle passa la tête dans l'ouverture. L'homme se tourna vers elle et Victoria pu voir une étrange lueur jouer sur son visage.
« Ne la tue pas... » Il se mit à rire. Maribelle tourna la tête vers lui et la stupeur se dessina sur son visage. Elle se précipita à l'intérieur de la chambre. L'homme relâcha la vieille dame et lui chuchota à l'oreille.
« Suicide-toi. Elle est en sécurité avec moi... elle va être à mes côtés pour s'approprier du secret, mais elle n'est pas encore prête. » La tentation était trop forte. Elle regarda sa petite-fille.
« Va-t'en!!! » Victoria avait crié mais Maribelle gardait son regard sur l'homme, hypnotisée. Victoria fit un effort pour ne pas écouter l'homme, mais c'est tout ce qu'elle pouvait entendre dans sa tête. Elle devait se suicider. Elle devait mettre un terme à cela. Elle ouvrit les yeux, regarda l'homme devant elle.
« Tu ne pourras pas rien obtenir d'elle par la force. » Elle s'élança sur la fenêtre qui se brisa sous la pression de son dos et elle sentit des morceaux de vitre entrer dans sa chair. Elle avait vu la frustration dans les yeux de l'homme et elle entendit Maribelle crier avant de frapper le pavé de ciment directement placé devant la porte d'entrée principale du manoir. Tout devint noir.
Dominic s'était mis en route dès les premières lueurs du jour. Il voulait terminer sa mission le plus rapidement possible pour mettre l'idée de ce village et de toute sa population derrière lui. Il connaissait le trajet du village au manoir comme s'il n'avait jamais quitté la région. Tout était dans le même état que six ans auparavant. Il se souvenait également que la dernière fois qu'il avait mis les pieds au manoir des Rostland, il en était ressorti aussi rapidement.
Dominic arriva au manoir au même moment où un policier en sortait. Plusieurs voitures de police étaient présentes, un cordon rouge délimitait l'entrée principale. Une ambulance était stationnée en retrait, mais les paramédics ne semblaient pas être préoccupés. Dominic se trouva une place et sortit de la voiture en même temps qu'un policier s'approchait de lui.
« Vous êtes de la famille? » Dominic secoua la tête et fronça les sourcils. Il avait le pressentiment que quelque chose de grave s'était produit avant qu'il n'ait eut le temps de parler à Maribelle. Elle avait le don de rendre les choses impossibles. Le policier qui était sortit du manoir s'approcha de lui et il le reconnu aussitôt.
« Luc! Ça fait un bail! » Luc passa sous le cordon et le poussa en retrait des autres policiers. « Tu n'as pas changé! » Luc lui sourit, enleva sa casquette et replaça ses cheveux grisonnants en place. Malgré l'heure matinale, il avait déjà commencé à suer.
« Qu'est-ce que tu fais ici? » Dominic hésita. Il ne voulait pas dire le véritable but de sa mission sans avoir parlé aux Rostland en premier lieu. Ils n'étaient pas du genre à ouvrir leurs problèmes aux étrangers et Dominic ne savait pas jusqu'à quel point ils voulaient que la raison de sa présence soit connue.
« Je venais rendre visite à Maribelle. » Pas si loin de la vérité. Luc resta impassible.
« Tu veux rire? Après ce qui s'est passé? » Dominic haussa les épaules.
« Bah, les choses changent en dix ans. »
« Tu vas devoir repasser un autre jour. » Dominic regarda par-dessus l'épaule de l'homme. Une bâche brune avait été posé sur ce qu'il interpréta comme un corps devant la porte. Il reporta son attention sur Luc.
« Qui est mort? » Luc se mit à le pousser vers sa voiture.
« T'es un journaliste maintenant? Pas de commentaires. » Dominic sortit son porte-feuille et lui montra son propre badge. Luc s'immobilisa et regarda autour de lui.
« Je ne crois pas que mes hommes vont aimer savoir qu'un militaire enquête sur l'affaire. »
« Je n'étais pas ici pour ça. Je dois parler à Maribelle. Est-ce qu'elle va bien? »
« Physiquement, ça va. Je ne peux pas en dire autant de sa grand-mère. » Dominic ne savait pas trop quoi penser. Il était soulagé que Maribelle ne soit pas sous la bâche, ça lui rendait la tâche moins compliqué, mais la mort de la grand-mère ne l'aiderait pas à s'approcher de la famille. Maribelle utiliserait cette excuse pour le mettre à la porte du manoir avec force.
« Qu'est-ce qui s'est passé? »
Luc souleva le ruban rouge et ils s'approchèrent du corps. Dominic leva la tête vers la fenêtre du deuxième étage. Malgré la distance, il pouvait voir du sang sur la vitre cassée. Des personnes habillées de blanc étaient déjà au travail et relevaient les empreintes digitales.
« Un suicide? » Les apparences le lui faisaient croire, mais la présence d'autant de policiers lui indiquaient autre chose. Luc secoua la tête.
« Maribelle jure qu'elle a vu une autre personne dans la chambre de sa grand-mère. Elle est certaine qu'il l'aurait forcé à sauter. Personne d'autres dans le manoir ne peut confirmer, tout le monde était absent la nuit dernière à l'exception de Violaine qui s'est réveillée lorsque Maribelle s'est mise à crier. »
« Qui habite ici habituellement? » Luc sortit son calepin.
« Maribelle, sa tante Léanne et ses cousins Tobias, Cléa et Violaine. » Dominic les connaissait tous et n'avait pas eu que de bonnes relations avec eux. Il soupira et se tourna vers Luc qui continuait de feuilleter dans son calepin. « Il y a autre chose? » Luc soupira avant de fermer son calepin. Un policier arriva à ce moment avec un photographe. Luc s'éloigna d'eux.
« Tout semble pointer Maribelle, pourtant, les gens au village n'ont que des bons mots pour elle. Ce n'est pas son genre de faire une telle chose. Et voilà que tu te pointes en moins de deux heures. Il y a quelque chose d'étrange. » Dominic se mit à rire.
« Tu n'a aucune idée à quel point. » Dominic avait heureusement murmuré et Luc ne l'entendit pas. Celui-ci enjamba un coin de la bâche avant d'ouvrir la porte. Il fit signe à Dominic de le suivre.
« Est-ce que je peux savoir ce que les militaires veulent avec cette famille? » Dominic lui sourit.
« Je ne fais que travailler avec eux, et non tu ne veux pas savoir. »
« Est-ce que ça veut dire que tu vas me suivre comme un petit chien? »
« Plus ou moins. » Luc maugréa en retour et disparut dans le manoir.
Les deux jeunes femmes étaient dans le salon, sous la garde d'un jeune policier qui fut le seul à remarquer l'entrée de Dominic et Luc dans la pièce. Malgré le temps passé loin du village, Dominic les reconnaissait sans problème. Violaine, la petite-fille de Victoria, était assise près de la fenêtre d'où perçait le soleil matinal, lisait une romance, malgré ses yeux rougis. Elle gardait ses lèvres pincées et ne jetait pas un seul regard à sa cousine Maribelle.
Celle-ci était devant une bibliothèque, debout avec une tasse vide dans la main. Elle se tourna en entendant les pas dans le salon et Dominic compris qu'il n'y était pas le bienvenu. Elle posa sa tasse sur l'étagère d'une bibliothèque, releva le menton et se dirigea vers la porte pour quitter le salon. Luc lui bloqua le passage et lui indiqua de la tête de reprendre sa place. Elle hésita un moment avant de retourner près de la bibliothèque, tout en gardant son regard sur Dominic.
« Qu'est-ce que tu fais ici? » Sa voix était basse et menaçante. Si elle avait pu lui sauter à la gorge, elle l'aurait fait. Dominic haussa les épaules et laissa Luc s'avancer dans la pièce avant lui. Maribelle continuait de fixer le jeune homme.
« Je viens donner un coup de main à Luc. » Maribelle tourna son attention vers le policier avant de revenir à lui. Elle s'attarda sur ses cheveux grisonnants.
« Je crois qu'il est assez vieux pour s'occuper de ce cas par lui-même. Tu peux quitter. De toute façon, si tu ne pars pas, c'est moi qui doit quitter la pièce, » elle le regarda dans les yeux, « non, la maison. » Dominic se mit à rire. Elle avait la rancune tenace. Il était curieux de savoir jusqu'à quel point il pouvait la pousser.
« Maribelle! Arrête de faire l'imbécile! » Violaine avait laissé tomber son livre sur la table à côté d'elle avec un bruit sec. Maribelle sursauta. Violaine tourna son regard sévère vers Dominic et ses traits se détendirent aussitôt. Luc se racla la gorge.
« Nous avons des questions à vous poser. »
« Il n'y a rien à dire. Ma grand-mère a été poussée par la fenêtre. » La voix de Violaine tremblait sous la tristesse. Une larme glissa le long de sa joue qu'elle s'empressa d'essuyer d'un mouchoir.
« Première chose sensée qu'elle dit depuis ce matin. » Seul Dominic avait entendu le commentaire de Maribelle, mais sa cousine plissa les yeux en la regardant.
« Où étiez-vous ce matin avant que le corps ne soit découvert? »
« J'étais en train de dormir, mais Maribelle semblait avoir d'autres activités en tête. Maman devrait être de retour dans quelques heures pour s'occuper de tout ça.... » Le regard de Violaine ne quittait pas la jeune femme.
« Tu ne l'a pas entendu crier? » Maribelle avait haussé la voix en lui retournant son regard. Sa cousine secoua la tête.
« Tu crois vraiment qu'on va te croire? Grand-mère n'avait pas la force de sortir de son lit, je ne vois pas comment elle pouvait crier. Peut-être est-ce parce que tu étais tellement proche d'elle quand c'est arrivé que ça t'a semblé être un cri, plutôt qu'un râlement? Assez proche pour l'avoir tué toi-même? » Maribelle fit deux pas vers sa cousine, lorsque Luc lui attrapa le bras.
« Est-ce qu'on peut te parler en privé? » Maribelle garda son attention sur sa cousine qui la défiait du regard. « Maribelle? » La poigne sur son bras se fit plus insistante et elle suivit Luc et Dominic dans la pièce d'à côté.
Dominic ferma la porte du bureau. Les murs étaient cachés sous des livres aux couvertures de cuir, même au-dessus de la porte, mais il n'y avait pas une seule trace de poussière. Le sol était recouvert d'un tapis aux longs fils blanc. Un bureau de bois d'acajou était placé dos à la fenêtre qui donnait sur la forêt derrière le manoir. De lourds rideaux de velours bourgognes étaient retenus ouverts par des cordes dorées. Luc prit place derrière le bureau, avec le plus grand naturel. Il sortit son carnet de note et invita Maribelle à s'asseoir devant lui. Dominic resta près de la porte et Maribelle tourna la tête vers lui.
« Dis, est-ce que tu fous des ordonnances restrictives à toutes les filles qui veulent te parler? Si oui, tu devrais t'occuper d'elle. » Elle pointa la porte derrière elle.
« Est-ce que tu t'invites encore à des soirées et tombe dans la piscine toute habillée lorsque tu te sens embarrassée? » Dominic se mordit aussitôt la lèvre, regrettant les paroles qui s'étaient échappées d'elles-même. Elle n'avait pas mérité le coup bas. Luc toussota pour ramener l'attention sur lui-même.
« Raconte-nous ce qui s'est passé. » Dominic en profita pour la regarder. Elle avait changé en 8 ans, elle avait prit des rondeurs agréables, mais gardait toujours ses cheveux bruns dans une queue de cheval, bien lissée. Il pouvait voir la courbe de sa poitrine sous sa chemise verte à manches courtes, bien repassée.
« Est-ce que j'ai besoin d'un avocat? » Luc secoua la tête.
« Pas encore. Je veux juste ta version. » Maribelle croisa les bras sur sa poitrine et se tut. Après un silence qui s'éternisa, Luc ferma son calepin et se leva.
« Si tu ne me dis rien, je n'aurai pas le choix de t'emmener au poste avec moi. Avec ce que ta tante semble insinuer, ça regarde très mal pour toi... » Elle soupira et décroisa ses bras.
« Je ne l'ai pas tuée. Il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce. »
« Qui? »
« Je n'ai pas été capable de voir son visage. J'ai entendu un cri, ma chambre est juste de l'autre côté du corridor et j'ai le sommeil léger. J'ai été voir ce qui se passait, l'homme était dans la chambre, à côté de ma grand-mère, et il lui parlait. Je n'ai pas entendu ce qu'ils se disaient, mais après que je sois entrée, grand-mère s'est levée et a sauté par la fenêtre. »
« Où s'est dirigé l'homme? » Maribelle détourna les yeux et regarda par la fenêtre. Elle tapa sa cuisse d'un doigt.
« C'est ça le plus bizarre, il a simplement disparu. » Elle secoua la tête. « C'est probablement juste mon imagination en voyant ma grand-mère se suicider... » Dominic avait entendu l'hésitation dans sa voix. Elle ne croyait pas à ce qu'elle venait de dire.
Il se rapprocha d'elle.
« Tu nous caches la vérité. » Maribelle se tourna brusquement vers lui, ses yeux bruns brillants de colère.
« Tu ne saurais même pas la voir si elle était devant toi. Comme lorsqu'on était des adolescents. » Il recula sous la haine qu'il percevait dans sa voix. Il ne saurait rien d'elle, il aurait du tourner les pas lorsque Luc lui avait annoncé la mort de Victoria. Sa mission était terminée avant même de commencer. Luc se passa la main sur son visage.
« Est-ce que tu connais des ennemis à Victoria? »
« Léanne, Cléa, Violaine probablement Tobias. Elle ne voulait pas leur parler, c'est pour ça que j'ai du revenir ici, il y a six mois. »
« Toi? Tes raisons pour la tuer? » Maribelle se leva.
« Je n'ai plus rien à dire. Vous allez juste faire comme eux et m'accuser parce que j'étais là lorsque c'est arrivé. » Elle renifla de mépris. « Allez-y, posez-leur des questions. Ils vont se faire une joie de prouver que je l'ai tuée. » Dominic mit sa main sur son épaule pour tenter de la calmer, mais elle se dégagea.
« Je suis ici pour t'aider. » Maribelle eut un rire triste.
« C'est gentil, mais c'est trop tard. » Elle sortit de la pièce.
****
« Maribelle n'a pas vraiment été elle-même dans les derniers jours. »
Dominic avait envi de retirer l'une des cordes qui retenaient les rideaux ouverts dans le bureau, et de se pendre. Assise à côté de lui, Violaine ne cessait de lui faire des clins d'oeil, comme si la mort de sa grand-mère ne l'affectait plus et que tout cela n'était qu'un jeu pour flirter avec lui. Luc, toujours derrière le bureau, avait dû lui rappeler que la mort de la grand-mère n'avait pas encore été déterminée comme un suicide ou un meurtre. Considérant l'attitude de la plus jeune cousine de Maribelle, Dominic aurait volontiers penché vers le suicide. La grand-mère devait avoir craqué sous la honte d'avoir ce genre de personnes vivant sous son toit. Si Maribelle était coupable, il aurait préféré qu'elle s'attaque à un autre membre de la famille. Violaine, par exemple.
« Pouvez-vous élaborer? » Violaine l'ignora et se pencha vers Dominic qui ne put s'empêcher de regarder dans le décolleté de la jeune femme. Elle ne laissait pas beaucoup à l'imagination. Il aurait préféré ne pas savoir qu'elle ne portait pas de soutien-gorge. Il ferma les yeux une seconde, un mal de tête le menaçait de lui enlever toute sa volonté pour ne pas l'envoyer promener et quitter le manoir en avouant son échec.
Il était prêt à s'offrir comme alibi pour Maribelle si elle promettait de la tuer.
« Elle sortait de plus en plus souvent pour aller au village. Je me suis tout de suite doutée qu'elle avait un copain. Maman l'a averti de ne pas ramener de gars au manoir, et je crois que ça l'a frustrée. » Il se crispa à la mention d'un copain. Il devait se reprendre, Maribelle n'était que sa mission. Une fois qu'elle accepterait de collaborer, il serait hors de sa vie et elle n'entendrait plus parler de lui. Il ne devait pas penser à elle, pourtant c'est elle qu'il aurait voulu devant lui, à lui dévoiler ses charmes. Il secoua la tête. Luc le regarda en fronçant les sourcils.
« Est-ce que vous avez le nom de son copain? »
« Non, elle a toujours refusé de m'en parler. » Dominic sourit. Il n'aurait pas partager sa couleur préférée avec Violaine, même si sa vie en dépendait. Il scruta le visage de la jeune femme devant lui et elle prit ce signe pour se rapprocher de lui.
« Est-ce que quelqu'un aurait une raison de tuer votre grand-mère? » Elle haussa les épaules, clairement ennuyée par Luc. Elle étouffa un bâillement de sa main parfaitement manucurée.
« Ma mère peut-être? Elle se plaint toujours qu'elle n'a pas d'argent. Grand-mère refusait de lui en donner, même lorsqu'elle a accepté de contacter Maribelle pour qu'elle revienne habiter avec nous. Et vous voyez les résultats. Maribelle n'est pas heureuse de vivre avec nous, et elle m'a déjà confié que si ce n'était pas de grand-mère, ça ferait longtemps qu'elle serait retournée chez elle. Mais grand-mère était complètement manipulée par Maribelle et je m'en veux de n'avoir rien fait pour l'arrêter. »
« La manipuler? »
« Je suis certaine qu'elle a réussit à lui faire changer son testament pour tout hériter. »
« Avez-vous déjà parlé à votre grand-mère de ce sujet? » Violaine secoua la tête, garda ses yeux sur Luc et posa sa main sur la cuisse de Dominic. Il poussa la chaise pour être hors de sa portée.
« Elle était très discrète, mais personne ici ne doute que c'était une erreur d'avoir Maribelle dans le manoir. Elle n'a apporté que du trouble. » Violaine se pencha vers Dominic qui se leva pour s'en éloigner.
« Du trouble? » Violaine hocha la tête et se tourna vers Luc après un clin d'oeil à Dominic derrière elle.
« Au début, tout allait bien. Elle s'occupait de grand-maman, et en échange maman lui fournissait une chambre et elle n'avait pas à payer pour ses repas. Il y avait des choses qui disparaissaient dans le manoir et elle a tenté de nous accuser de voler des trucs qui appartenaient à la famille, et en particulier à son père. » Elle se mit à rire. « Son père devait se douter de son caractère puisqu'il l'a complètement sortie de son testament! »
« Est-ce que vous avez retrouvé ces objets? » Elle haussa les épaules
« Tobias l'a vu à plusieurs reprises admirer quelque chose qui disparaissait mystérieusement deux ou trois jours plus tard. Maman a exigé qu'on fouille sa chambre, ce qu'on a fait et on en a retrouvé certains et aussi beaucoup d'argent. »
Dominic cacha sa surprise du mieux qu'il le pouvait. Il voyait très mal Maribelle voler quoi que ce soit, mais il ne lui avait pas parlé depuis plusieurs années. Luc gribouilla dans son carnet, visiblement soucieux.
« Son excuse? » Elle se mit à rire.
« Le plus drôle, c'est qu'elle n'en avait pas! On a appris à cacher ce qui avait de la valeur. »
« Autre chose? » La voix de Luc restait formelle et monotone, alors que Dominic priait pour qu'il n'y ait pas de suite. Violaine souriait de plaisir à jouer la délatrice.
« Pour nous rembourser, maman est arrivé à une autre entente. Mais à ce point-ci, personne ne croyait que Maribelle pouvait être honnête, mais bon. Elle a accepté de faire un peu de ménage, de faire les repas, et tout ça, mais honnêtement, ça ne vaut rien! »
Dominic était tenté de lui poser des questions sur des phénomènes étranges qui se seraient produits autour de Maribelle, puisqu'il était ici pour cela, mais il cru bon ne pas mettre Violaine sur cette piste. Du moins, pas maintenant.
« Merci, ce sera tout. » Violaine hésita avant de se lever. Elle ignora Luc et s'approcha de Dominic pour ne se trouver qu'à quelques pouces de lui. Elle gardait les yeux au sol, posa ses mains sur son torse.
« Qu'est-ce que tu fais ce soir? » Dominic prit ses mains et les éloigna de lui. « On pourrait se rejoindre au village pour souper. » Sous la surprise, il hésita avant de répondre.
« Je tiens des relations professionnelles avec les gens que je rencontre sur un dossier. Merci. » Cette fois-ci, Dominic lui ouvrit la porte pour lui indiquer que c'était terminé. Violaine fit la moue, ses yeux devinrent brillant de larmes, mais Dominic resta de marbre. Elle quitta en s'essuyant les yeux.
« Je suis tellement triste pour ma grand-mère. J'essaie juste de continuer ma vie! C'est la faute de Maribelle! » Dominic avait envi de rire. Elle avait passé le plus clair de l'entrevue à médire contre Maribelle pour ne se souvenir qu'à la dernière minute qu'elle devait jouer le rôle de la petite-fille triste. Il n'y avait aucune subtilité dans ses paroles venimeuses. Violaine couru et disparu dans les marches menant au deuxième étage.
Luc soupira. Son téléphone sonna et il se tourna vers la fenêtre. Dominic était incapable d'entendre ce qu'il disait. Il ferma la porte du bureau pour empêcher les oreilles curieuses. Il en avait déjà assez de la famille, il était prêt à appeler du renfort plutôt que de rester une minute de plus dans cette maison. Luc raccrocha et fit face à Dominic.
« Je n'ai pas le choix d'emmener Maribelle au poste, il semble qu'elle soit coupable et je ne veux pas qu'elle ait plus de problème qu'actuellement. »
« Qu'est-ce que tu as appris? » Luc se laissa tomber dans la chaise.
« Tu savais qu'elle a tenté de mettre le feu à sa chambre la semaine dernière? » Dominic haussa un sourcil. Il n'avait pas encore entendu cette histoire. « Léanne a posé une plainte au poste tout de suite après en la traitant de voleuse et de menteuse. Elle voulait qu'on arrête Maribelle, mais les procédures ont prit plus de temps. »
« Lorsque Léanne va savoir pour sa mère, elle va accuser Maribelle en disant qu'un meurtre n'était que la prochaine étape sur sa liste. » Luc hocha la tête comme si cela faisait du sens. Il soupira.
« Il y a également une autre plainte. D'après Tobias, elle aurait détourné l'argent du testament de son père en sa faveur. Personne ne sait où est l'argent. »
« Tu crois que c'est relié? » Luc haussa les épaules.
« Tu as vu comment Violaine agit? J'ai peur que tout le monde en profite pour régler leurs problèmes avec elle. À sa place, je plaiderais une maladie mentale quelconque si j'étais Maribelle. »
« Ce ne serait pas loin de la vérité. » La porte s'ouvrit derrière eux et une jeune femme de l'âge de Maribelle entra sans demander de permission. Elle était en colère et ne jeta pas un coup d'oeil à Dominic.
« Qu'est-ce qui se passe ici? Tout était correct hier quand je suis partie et je reviens ce matin avec ma grand-mère morte et des policiers qui fouillent dans ma chambre! » Luc l'invita à s'asseoir. Elle croisa les bras mais ne bougea pas.
« Cléa, je t'en pris, calme-toi. On n'a pas réussi à te rejoindre. »
« Tu sais dans quel état ma mère va être lorsqu'elle va se pointer ici? »
Cléa prit place devant le bureau. Luc sortit son carnet. Elle se tourna à demi vers Dominic qui se tenait près de la porte.
« Qu'est-ce que tu fais dans les parages? » Dominic haussa les épaules.
« J'étais dans le coin et je vais aider Luc. » Elle plissa les yeux.
« Vraiment? Maribelle ne doit pas être contente de te voir ici. »
« Nous avons déjà discuté de la situation... »
« Bien sûr, bien sûr... Tu es arrivé avant ou après la mort de Victoria? » Dominic fronça les sourcils sous l'accusation.
« Qu'est-ce que tu sais? »
« Maribelle a tué ma grand-mère, c'est évident. Elle venait de dire à ma mère qu'elle allait quitter le manoir dans deux semaines mais grand-mère ne voulait rien savoir. »
« Pourquoi voulait-elle partir? » Cléa haussa les épaules.
« Elle a perdu son emploi. Ça ne me surprend pas, elle est tellement paresseuse. »
« Qu'est-ce qu'elle faisait? »
« Je n'ai jamais demandé, sa vie ne m'intéresse pas du tout. Vous allez l'arrêter? Je peux partir et remettre de l'ordre avant que maman ne revienne? » Elle s'était levée mais Dominic posa sa main sur son épaule et elle dut se rasseoir. Dominic sentit les cheveux sur sa nuque se redresser sous son regard. Elle cligna des yeux et se mit à humer l'air. Elle fronça les sourcils, hésita avant de se détendre, les pieds sur le bureau.
« Victoria n'aurait pas d'autres ennemis? »
« Juste Maribelle. Ma mère voulait l'argent de grand-mère, mais je suis certaine que Maribelle le voulait encore plus. Ce n'est pas surprenant après ce qui vient de se passer. » Les deux hommes se redressèrent, attentifs.
« Quoi? » Cléa sourit en dévoilant ses dents. « Ne me dites pas que vous êtes ici sans savoir ce qui se passe? Maribelle a tout perdu à cause d'une fraude. On lui demande de rembourser 10 millions de dollars. Ça devrait être intéressant de savoir comme elle va se sortir de ce pétrin, elle ne peut pas vraiment coucher avec tout le monde pour effacer ça! » Dominic sentit un pincement au coeur. Il n'avait pas vu Maribelle depuis des années et entendre parler d'elle ainsi après l'avoir revue ce matin lui rappelait douloureusement les sentiments qu'il avait eut à l'époque à son égard. Il secoua la tête pour faire sortir toutes les images qui se présentaient à lui.
« À qui doit-elle l'argent? » Cléa passa sa langue sur ses lèvres comme si elle hésitait à leur dévoiler les détails croustillants.
« Ma mère a découvert le véritable testament de mon oncle Richard, le père de Maribelle. Il aurait laissé tout son argent à une société pour aider les malades mentales. »
« Est-ce que tu sais le nom de la société? »
« La fondation Laurent de Rostland. »
« Parenté? » Luc gardait toujours la tête sur son calepin. Elle se mit à rire.
« Tu connais beaucoup de Rostland dans la région? Cousin de ma mère. »
« Pourquoi aurait-il donné son argent à eux? »
« Parce que sa fille est aussi retardée que les autres malades? » Dominic se convainquit de rester impassible, il savait qu'elle n'avait aucun problème mental. Du moins, pas d'après ses dernières informations. Luc le regarda avant de se pencher à nouveau sur son carnet.
« Tu as mentionné que ce n'est pas la première fois qu'elle a des problèmes? »
« Quand ma mère a voulu qu'elle voit un psy, elle s'est sauvée en ville. D'après ce que j'ai entendu, ce n'était pas une gentille petite fille sage. Des partys, des chums différents d'une semaine à l'autre, ou deux gars dans la même soirée, vous voyez ce que je veux dire? » Dominic en avait assez entendu sur le sujet.
« Des noms? » Cléa secoua la tête en gardant toute son attention sur Dominic. Luc se leva et rangea son carnet. Dominic ouvrit la porte, il hésita. Cléa se leva et attendit qu'il la laisse passer.
« Est-ce que des choses étranges se sont produites avant la mort de Victoria? » Cléa inclina la tête en plissant les yeux.
« Je crois que c'est un sujet qui ne te regarde pas. » Ses yeux s'illuminèrent et sa bouche s'agrandit à son implication. Elle se mit à rire. « Quoi? Tu crois aux sornettes que Maribelle t'avait sortie au secondaire? Oh mon dieu! C'est trop drôle! »
« Si Maribelle est coupable, peut-être que ses hallucinations n'ont pas cessé. »
« Crois-moi, elle n'a jamais eu d'hallucinations, elle essayait simplement d'attirer ton attention. Ça a fonctionné! » Elle le regarda de la tête aux pieds, critique. « J'avoue qu'elle avait du goût. Elle doit être déçu que ça n'ait pas fonctionné entre vous! Un conseil, tiens-toi loin de Maribelle, elle va juste t'apporter plus de problèmes. Et aussi de Violaine, elle ne sait pas où s'arrêter, elle veut trop être comme mon imbécile de cousine! » Il pouvait encore entendre de le rire de Cléa lorsqu'elle quitta la pièce. Il referma la porte derrière elle.
Dominic et Luc se regardèrent un instant.
« J'ai un mauvais pressentiment. » Luc haussa les épaules.
« On emmène Maribelle au poste et on conforme tout ça. » Luc hésita avant de reprendre. « Est-ce que ta question sur des trucs bizarres fait partie de ta raison ici? Si oui, je te conseillerait de garder un profil bas. Les villageois sont superstitieux. »
Dominic ne répondit pas aussitôt. Il était là pour convaincre Maribelle de collaborer avec eux, mais avec ce qui venait de se produire, il ne savait plus s'il pouvait faire lui faire confiance. Luc le poussa vers la porte. « Rends-moi service, emmène-la au poste. J'ai encore des trucs à faire. Tu pourras toujours lui parler de la raison de ta présence ici, elle ne pourra pas s'enfuir. »
****
Maribelle attendait dans la cuisine, une tasse de café à la main. Elle n'avait pas soif, mais la chaleur qu'elle sentait à travers la porcelaine lui réchauffait les doigts, à défaut du reste de son corps. Depuis qu'elle avait vu la silhouette ordonner à sa grand-mère de sauter, et qu'elle avait entendu celle-ci le supplier de ne pas tuer sa petite-fille, une vague de froid l'avait envahie.
Elle n'avait pas eut le temps de faire quoi que ce soit avant que Violaine ne surgisse dans la chambre, en criant qu'elle avait tué leur grand-mère. Violaine l'avait frappée, l'avait expulsée de la chambre, avait barré la porte derrière elles, et s'était ensuite réfugiée dans sa chambre pour appeler la police qui s'était pointée en très peu de temps. Maribelle n'avait rien pu dire pour la convaincre du contraire et Cléa était arrivée au pire moment pour rapporter ses exploits des derniers jours aux policiers.
Maribelle serra un peu plus fort sa tasse. Il n'y avait aucun doute que Luc et Dominic faisaient fausse route dans leur enquête, mais elle ne pouvait rien leur dire. Elle devait laisser les choses aller et ne rien tenter tant qu'elle n'avait pas plus d'informations. Malheureusement, la chambre de sa grand-mère avait été mise hors limite par des rubans rouge et des policiers en permanence dans la pièce, à tout photographier, à chercher des indices. Elle ne pouvait pas juste marcher dans la pièce, aller dans la cachette de sa grand-mère et en retirer les objets que Victoria gardait précieusement. Elle devait faire preuve de patience.
« Maribelle de Rostland? » Maribelle hocha la tête. Elle avait croisé le jeune policier à plusieurs reprises lorsqu'elle visitait le village, mais son nom lui échappait. Son père n'aurait pas été fier d'elle, il prenait un véritable plaisir à connaitre chaque personne du village, à être mis au courant de chacune des naissances.
Elle ne devait pas penser à cela maintenant. Elle avait déjà pris sa décision de partir de cet endroit dans deux semaines, et ce n'était pas la mort de sa grand-mère qui changerait son idée. Après tout, c'était l'idée de Victoria qu'elle quitte, et il n'était pas question qu'elle revienne sur la promesse qu'elle lui avait fait.
Le policier gardait la même attitude détachée et professionnelle qu'il avait lorsqu'elle était avec sa cousine dans le salon. Il avait gardé son attention sur elle jusqu'à ce qu'elle quitte le salon, mais n'avait rien dit. Pour une raison qui lui échappait, son regard était maintenant plus sévère. Dominic se pointa derrière le policier. Elle posa sa tasse sur le comptoir.
« Je suis désolé. » Maribelle le regarda sans comprendre. Il soutient son regard pendant que le policier s'approchait d'elle, avec des menottes. Maribelle recula de quelques pas en levant les bras devant elle.
« Une minute! Qu'est-ce que tu fais? »
« Tu vas nous suivre au poste. »
« Quoi? Est-ce que j'ai au moins droit à un avocat? »
« Avec quoi est-ce que tu vas le payer? » Cléa était apparut dans la porte et s'appuya contre le cadre.
« Cléa, ne t'en mêle pas. » Le ton de Dominic était calme mais ferme. Cléa leva les mains en souriant.
« Tant que tu l'arrêtes, moi ça me va! »
« Je n'ai pas tué grand-mère. » Maribelle avait fait un effort pour ne pas élever la voix. Sa cousine la regardait avec défi.
« Tu devrais peut-être demander à voir un psy, t'aurais plus de chance de t'en sortir. » Le policier lui tira les mains dans son dos sans ménagement et Maribelle résista. La poigne du policier se fit plus dure.
« Ne résiste pas si tu ne veux pas plus de problèmes. »
« Je croyais que tu voulais juste m'emmener au poste pour me poser des questions, pas une arrestation! » Cléa rigola.
« Dominic est un policier. Si tu t'interposes, il pourrait t'arrêter pour obstruction ou quelque chose du genre. Ce ne serait pas la première fois qu'il utiliserait cette ruse pour se débarrasser de quelqu'un, non? »
« Cléa... » Le ton de Dominic ressemblait à un grognement qui fit frissonner la jeune fille. Le policier poussa Maribelle vers la porte. Dominic les suivit. Ils croisèrent Luc dans le salon alors qu'il se dirigeait vers le deuxième étage.
« Luc? Tu me laisses seule avec lui? » Elle fit un signe de tête vers Dominic. « Tu ne te souviens pas de l'ordonnance? » Luc s'arrêta pour mieux la regarder.
« Je te conseille de mettre tes inimités de côté pour les prochains jours. Dominic, elle est sous ta garde. » Il retourna à son enquête alors que le policier derrière elle la força à se remettre en marche.
Dominic n'osait pas toucher Maribelle et il avait laissé le policier l'aider à s'asseoir sur la banquette arrière de sa voiture. Le policier avait hésité, l'avait regardé pour s'assurer que tels étaient ses ordres et était retourné dans le manoir. Dominic avait attendu un moment avant de prendre place dans la voiture, il y avait tellement de questions qui étaient restées sans réponses. Luc n'avait pas apprécié lorsque Dominic avait demandé à conduire lui-même Maribelle au poste de police, mais il avait reçu un appel de son supérieur qui lui ordonnait de fournir tout ce que Dominic avait besoin pour terminer sa mission. Il avait maugréé et avait obtenu la promesse que Dominic ne lui cacherait rien en lien avec l'enquête.
Dominic n'avait pas prévu ce genre de complications dans sa mission et il ne savait pas si Maribelle accepterait maintenant son aide pour ensuite collaborer avec eux. Il regarda le manoir derrière lui avant de prendre place derrière le volant.
« Je ne sais pas si c'est moi qui ait mal lu l'ordonnance restrictive, mais je n'ai pas le droit de me retrouver à moins de cent mètres de toi. Tu devrais m'arrêter pour briser les règles de l'ordonnance. Non, attends, je suis déjà arrêté! » Il soupira, roula les yeux, sortit un papier de sa poche et le lança sur la banquette arrière. Maribelle ne fit pas un geste pour y toucher. Il se tourna vers l'avant et mit le moteur en marche.
« Je l'ai fait annulé il y a quatre ans. »
« Tu voulais t'assurer que je ne me sauverais pas? Est-ce que tu avais l'intention de me dire que tu étais maintenant un policier? Tu n'es pas ici par hasard. » Dominic ne répondit pas immédiatement, la voiture recula sur le gravier du stationnement, et ils se mirent en route. Dominic admira les érables qui s'enlignaient parfaitement d'un côté et de l'autre du chemin. Il ne parla pas jusqu'à ce qu'il ne puisse plus voir le manoir par son rétroviseur.
« Je suis là pour t'aider. » Elle se mit à rire.
« En m'arrêtant? » Il haussa les épaules.
« Je ne vois pas le problème. Tu devrais me remercier, avec la famille que tu as... »
« Elle n'est pas pire que d'autres. Au moins, avec eux je sais à quoi m'en tenir. » Il jura entre ses dents et jeta un coup d'oeil dans le miroir. Elle avait les yeux fermés.
« Est-ce qu'on peut mettre nos différents de côté? On va être pris ensemble pour un bout de temps. »
« Tu n'as pas répondu à ma question. Qu'est-ce que tu fais ici? »
« Ok, alors je vais commencer par te faire mes excuses. Au secondaire... »
« Tu n'as pas à t'excuser pour ça. Je n'avais pas toute ma tête, j'essayais juste d'attirer ton attention. » Il soupira. Rien n'était facile avec elle.
« On recommence à zéro. Lorsque tu m'as parlé de l'être qui me suivait et que tu voulais en savoir plus sur lui, j'ai pris peur. »
« Tu avais raison. »
« Laisse-moi parler! » Il frappa son volant de sa main. Maribelle se tue. « Je le voyais aussi, j'en avais parlé à ma mère mais elle m'a dit que j'étais trop vieux pour dire des trucs comme ça. Tu es arrivé à ce moment-là et j'ai eu peur que ma mère soit mise au courant. »
« Tu ne t'es pas gêné pour lui rapporter mon apparition. »
Dominic freina et Maribelle fut projeté contre le dossier en avant d'elle. Sans dire un mot, il sortit de la voiture, fit le tour vers l'arrière et ouvrit sa porte. « Qu'est-ce que tu fais? » Il lui agrippa le bras et la força à l'extérieur de la voiture. « Lâche-moi, tu me fais mal! » Il la fit se tourner vers la voiture, et lui détacha ses menottes qu'il laissa tomber sur la banquette arrière avant de refermer la porte. Dominic la força à le regarder et lui prit ses poignets dans ses mains.
« Tu vas arrêter de faire la pauvre victime que personne ne peut comprendre, et tu vas jouer franc jeu avec moi. Sinon, je ne peux rien faire pour toi. Je veux t'aider. » Maribelle regarda tout autour d'elle, la route déserte, la rivière en contrebas. Elle était seule avec lui. Il pouvait sentir son hésitation, elle avait besoin de quelqu'un.
« Pourquoi est-ce que tu veux m'aider? Tout le monde croit que j'ai tué ma grand-mère pour avoir son argent. Tu étais au courant que j'ai perdu mon emploi dernièrement? Pas que je me plains, j'étais juste une secrétaire et mon patron me détestait, mais au moins j'étais indépendante de cette famille. » Dominic la laissa reprendre son souffle avant de répondre.
« J'admire le courage que ça t'a pris pour m'approcher à l'époque. Et encore aujourd'hui, de continuer de supporter ta famille même si tu sais qu'ils veulent te mettre hors service. » Il s'arrêta avant de dire qu'il l'a trouvait beaucoup plus attirante qu'à l'époque, que son parfum l'enivrait, qu'il voulait l'embrasser. Maribelle pencha la tête, comme si elle pouvait suivre ses pensées.
« Tu as déduit ça après avoir seulement passé une heure au manoir? Bravo! » Elle applaudit lentement. Dominic n'était pas certain si elle parlait de sa famille ou de ce qui se passait dans sa tête. Il la lâcha et s'éloigna d'elle pour cacher son trouble.
« Je ne suis pas ici par hasard, tu es assez intelligente pour le savoir. Je suis ici à cause de ce que tu m'as dit au secondaire. » Ce fut au tout de Maribelle de s'éloigner. Il s'approcha mais elle l'arrêta en levant la tête.
« Ne me parle plus de ce qui s'est passé. Est-ce que tu as la moindre idée de ce que ça a fait de ma vie? J'ai eu cette stupide ordonnance placée sur ma tête, les gens à l'école chuchotaient dans mon dos et Cléa se faisait un plaisir de me rapporter ce qu'ils disaient. Je suis partie du village pour repartir à zéro et je croyais que les choses s'étaient finalement améliorées. Mais non! Je n'ai pas droit à une seconde de répit. Je perds mon travail et tu reviens le jour de l'assassinat de ma grand-mère et tu me dis que tu veux me parler de mes hallucinations? » Le dégoût teintait ses paroles. Elle faisait les cent pas près de la voiture et se décida à rouvrir la porte. Elle ramassa les menottes et tenta de se les passer. Dominic ne dit rien, ne fit rien pendant tout ce temps. Il gardait les bras croisés sur son torse, le regard perdu. « Tu devrais m'arrêter avant que je fasse encore une idiotie. » Dominic se frotta les yeux. Il n'arriverait à rien ainsi.
« Faisons un marché. Je t'aide à te sortir du pétrin, dont tu sembles dire que tout est de ma faute, et ensuite on discute de ce qui a causé tout ça. » Elle parut réfléchir. Il regardait le vent jouer dans sa queue de cheval de laquelle quelques mèches s'étaient échappées et tombaient sous ses épaules, ses yeux foncés, sa bouche fine, sa peau tannée. Elle avait quelques kilos de plus que la plupart des filles qu'il avait fréquentées, mais cela lui donnait des rondeurs qu'il appréciait.
« C'est tout? Tu m'aides et on discute? » Dominic entendit une forme de déception dans sa voix. Mais une autre pensée le figea sur place. Personne à l'agence n'était certain des capacités de Maribelle, et il se demandait en ce moment si elle ne pouvait pas lire dans ses pensées. Il secoua les épaules. Au pire, elle saurait qu'il appréciait ses charmes. Il recula un peu.
« Tu sonnes déçue. » Il sourit en la voyant rougir.
« Alors qu'est-ce que tu proposes de faire pour m'aider? »
« T'arrêter. » Son visage s'allongea sous la surprise.
« Tu veux rire? Tu m'accuses du meurtre de ma grand-mère en même temps que tu me demandes de te faire confiance? »
« Je vais rester dans le coin et enquêter avec Luc. Les gens pour qui je travaille vont tout faire pour me donner un coup de main. Pour l'instant, je ne peux pas juste effacer ce qui vient de se passer sans que ça ne paraisse louche. Le meurtrier pourrait également vouloir s'en prendre à toi et en t'arrêtant, je vais pouvoir garder un oeil sur toi. » Maribelle s'éloigna de la voiture et fit quelques pas sur le bord de la route.
« J'ai toujours voulu aller en prison. Est-ce que je peux au moins choisir mes repas? » Elle n'était pas enthousiaste. Dominic se rapprocha d'elle et se retint de mettre sa main sur son épaule. Il l'aurait laissée glisser le long de son bras sans le vouloir.
« Fais-moi confiance. » Maribelle se tourna vers lui mais ne sembla pas le regarder. Il se tourna pour voir ce qu'elle fixait, mais ne vit rien.
« De toute façon, ma vie est déjà n'importe quoi, me mettre en prison ne changera pas grand chose. »
« Tes problèmes financiers et familiaux ne disparaîtront pas du jour au lendemain, pas plus que l'homme mystérieux qui me poursuit partout où je vais et qui me protège contre tout ce qui aurait du me tuer. » Maribelle fronça les sourcils.
« C'est quoi cette histoire? » Il porta sa main à son front et la laissa tomber en soupirant.
« J'essaie de te dire que je te crois! Je sais qu'il y a un secret, ou une malédiction dans votre famille, qui n'a rien à voir avec la manière que les autres te traitent. C'est pour ça que j'étais venu te voir, mais je vais en premier t'aider. »
« Tu sais à propos de la malédiction? Comment? On en a parlé à personne. Est-ce que c'est si important que toi et tes..., » elle fit un vague geste de la main, « copains êtes prêts à croire à mon innocence? »
« C'est ici que tu dois me faire confiance et ne pas courir dans la direction opposée. » Elle se retourna vers lui en croisant ses bras sur sa poitrine, défiante. « Après ton départ du village, j'ai été curieux de savoir pourquoi tu pouvais voir mon compagnon, celui que je pouvais voir à l'époque, alors que personne d'autre ne le pouvait. Savoir que tu l'avais vu me confirmait que je n'étais pas fou et que je devais aller au fond de cette histoire. »
« À l'époque? »
« Je ne le vois plus... » Elle eut un rire moqueur.
« Qu'est-ce que tu as fait? »
« J'ai commencé à faire des recherches et je suis moi-même parti du village. J'ai rencontré des gens qui ont pu m'aider et qui en savaient long sur ta famille. Je travaille pour cette agence. »
Maribelle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Elle se remit à marcher de long en large, sans vraiment avoir un but. Elle se plaça devant lui et le repoussa. Il se laissa faire sans dire un mot. Ses yeux brillaient de colère.
« Depuis quand est-ce qu'ils surveillent ma famille? »
« Plus longtemps que tu ne le crois. Ils savent également que la personne qui hériterait à la mort de Victoria serait toi. »
« Elle n'a changé son testament que récemment. »
« Ce qui est un problème pour prouver que tu n'as rien à voir avec le meurtre. Mon agence sait que tu es innocente. C'est pour ça qu'ils vont t'aider. »
« Qu'est-ce qu'ils vont gagner? » Dominic eut une hésitation.
« On espère que tu vas collaborer avec nous par la suite. »
« Non! Je croyais que tu voulais qu'on parle de mes hallucinations, pas de ce que ma famille saurait. Tu peux m'arrêter pour vrai, parce que sinon je m'en vais. Il n'est pas question que qui que ce soit ait accès à ce que ma famille sait. »
« Tu préfères être en prison pour au moins 25 ans. »
« Ça m'éviterait d'être avec ma famille pour 25 ans. Bonus, ils ne se déplaceront pas pour venir me visiter. »
« Tu pourrais tout de même leur donner une chance. Juste les écouter, et ensuite tu pourras continuer ton chemin... » Il regarda autour de lui. « Tu n'as pas grand chose à perdre à les écouter. »
« Je peux juste m'asseoir avec eux, les écouter, et m'en aller? » Il secoua la tête en grimaçant.
« On traversera le pont lorsqu'on va y arriver. » Il lui fit signe de se taire et regarda tout autour de lui. Ils étaient seuls sur le chemin. Il aurait dû entendre les oiseaux gazouiller dans les arbres, ou le bruit du vent dans les feuilles, mais il n'y avait rien. Tout était trop silencieux. Dominic et Maribelle se regardèrent.
« On devrait peut-être se remettre en route? Je ne voudrais pas faire attendre la prison. » Sa voix tremblait légèrement et il leva la main pour l'empêcher de parler. Il écouta attentivement, et il l'entendit.
« À terre! » Maribelle s'accroupit au même instant qu'un coup de feu retentit. Dominic sortit son arme de sous son veston et se cacha derrière la voiture. Il cherchait du regard la provenance du coup de feu, de l'autre côté du chemin, dans les bois, mais rien ne bougeait. « Est-ce que ça va? »
Maribelle avait vu le compagnon de Dominic le repousser au moment où la balle parvint à leur hauteur, mais Dominic ne semblait pas s'en être rendu compte. Il restait concentré sur ce qui se passait de l'autre côté du chemin.
« Est-ce que c'est toi ou moi qu'ils visent? »
« J'en sais rien. » Il leva la tête au-dessus de la voiture et il fut accueillit par une rafale de balle. « Je dirais que c'est moi pour le moment. » Le compagnon fit un sourire à Maribelle avant de se mettre entre Dominic et les balles ce qui donna suffisamment de temps pour que celui-ci se cache derrière la voiture.
« Qu'est-ce que tu fais déjà comme travail? »
« Ce n'est pas le moment. » Il tira deux coups et une autre rafale de balles provenant d'une direction différente lui répondit. Maribelle ouvrit la porte de la voiture et se glissa à l'intérieur. « Qu'est-ce que tu fais? » Elle gardait la tête baissée et se plaça à la place du conducteur. Le compagnon lui adressa un regard inquisiteur, autant qu'elle pouvait déchiffrer son visage qui était toujours resté flou, avant de hocher la tête.
« Nous sortir d'ici. Ils sont trop nombreux, tu ne peux pas tous les abattre avec une dizaine de balles. » Elle démarra la voiture et passa en marche avant. « Embarque! » Dominic tira deux autres coups avant d'entrer dans la voiture à son tour. Maribelle enfonça le gaz et elle accéléra sur la route sinueuse. La vitre arrière éclata en morceaux, mais après deux courbes, il n'y avait aucun signe de poursuite. Maribelle ne ralentissait pas. Ses jointures étaient blanches sur le volant et elle n'osait pas laisser sa tête dépasser le dossier de son banc. Dominic regarda à nouveau derrière eux.
« Tu peux ralentir. »
« Pas question que je meure aujourd'hui. » Dominic posa sa main sur la sienne, la chaleur de son touché ne parvenait pas à la réchauffer.
« Ils ne sont plus derrière nous. Ça n'avait peut-être rien à voir avec toi. Personne ne s'attendait à ce que je te conduise au poste de police. » Maribelle le regard du coin de l'oeil, ralentit et s'arrêta sur le bas côté. Il semblait si sûr de ce qu'il disait.
« Il n'y a personne derrière nous? » Dominic ne se retourna pas pour vérifier. Il était assis, droit, à côté d'elle. Son compagnon n'était plus là.
« Nous sommes en sécurité. » Maribelle laissa tomber sa tête sur le volant.
« Qu'est-ce que tu fais dans la vie? »
« Je travaille pour une agence qui s'intéresse au paranormal. »
« Si ce n'est pas moi, pourquoi est-ce qu'ils voulaient te tuer? » Il haussa les épaules. Maribelle sortit de la voiture, fit quelques pas, respira en fermant les yeux. Elle sentait les muscles de son estomac se serrer et elle cru un moment qu'elle serait malade. Dominic vint la rejoindre. Elle avait été furieuse en le voyant au manoir le matin même. Maintenant, elle sentait qu'il était le seul à pouvoir l'aider. Et il avait des copains qui connaissaient le paranormal.
« Ils m'aident et on discute? Pourquoi ne demandent-ils pas à quelqu'un d'autre dans la famille? La réputation des autres est encore intacte. »
« Ils voulaient parler à Victoria, mais elle ne retourne pas ses appels. » Un sourire se pointa sur ses lèvres. « Tu es son héritière, c'est maintenant à Maribelle de Rostland qu'ils veulent parler. »
« Est-ce qu'ils savent dans quoi ils s'embarquent? » Il ne répondit pas. Maribelle regarda sur le chemin derrière elle. « C'est d'accord. Mais j'ai tendance à être suspicieuse, ça va m'en prendre beaucoup pour que je parle. » Dominic lui montra les menottes. Elle lui sourit. « Dans une autre circonstance, je pourrais trouver cela sexy! »
« Tu sais, on pourrait peut-être devenir amis? » Elle le laissa lui attacher les mains dans son dos.
« Ne sois pas trop enthousiaste, je pourrais te blesser ou même te tuer par erreur. »
« Je suis certain que ta curiosité va t'aider à me garder en vie. Au pire, tu vas me garder en vie juste pour ne pas être tué. »
« Bon point. »
****
Guillaume était furieux. Il regardait les policiers fouiller les alentours du manoir. Il espérait que leur enquête ne les amènerait pas jusqu'au cimetière qu'il gardait jalousement depuis plusieurs mois.