Antemurale christianitatis

CHRISTOPHE AUROS
CHRISTOPHE AUROS

Antemurale christianitatis
By Christophe Auros, pauper commilito Christi Templique Solomonici
Copyright 2011 Christophe Auros
Smashwords Edition

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7 . Gagner plus en vendant plus
8 . Mais y a son allure aussi…
16 . Donner sens et cohésion à ce qui en est dépourvu
17 . La fidélité peut-elle être encartée ?
18 . La philosophie dans le living-room
23 . L’enfer brûle de l’eau salée des larmes
27 . Journée de « boulot » au champagne
30 . Vandales, Arianisme, Islam
32 . Antemurale christianitatis
Antemurale christianitatis
Il faut savoir que le conflit est universel, que la justice est une lutte, et que toutes choses s’engendrent selon la lutte et la nécessité.
– HÉRACLITE
Le Coran est une prédication orale. Reçu fragmentairement de l'ange Gabriel, par voie auditive, comme parole incréée de Dieu, par Muhammad elle fût communiquée oralement par celui-ci et mise par écrit, de son vivant, par des scribes bénévoles sur des omoplates, des morceaux de parchemin, des tablettes de bois, des débris de poterie.
– Feu Cheikh HAMZA BOUBAKER, http://www.mosquee-de-paris.org/index.php?option=com_content&view=article&id=55&Itemid=29
Peut-on demander sans cruauté à la femme (fidèle aussi longtemps qu’elle aime) fidélité sans amour et don de soi sans plaisir ? C’est là qu’alors, des deux, l’homme se montre le plus cruel…
– SACHER-MASOCH, Vénus à la fourrure
Il fait beau et la lumière est belle au filtre des stores bleus désormais tirés. Une péniche lourde et gravide est passée ; enlacés et tangents à la baie vitrée, ils l’ont regardé filer : l’étrave moussante puis les turbulences du fleuve labouré. Ondoyant hors des bras de son amant, Khadija susurre :
– Tu te mets tout nu ?
– Et toi ? tente Hervé, des mains aussi.
– Pas tout de suite ; tu verras ! promet la belle malicieuse.
– Si tu savais depuis combien de temps je rêve de t’enlever ton tailleur noir !
Et les rangs de boutons dorés du Saint-Laurent Rive Gauche de Khadija surexcitent son jeune et beau polytechnicien, animent ses caresses, son regard, son dire enflammés.
– Non, non, résiste-t-elle, toute sourire, toute lèvres.
N’est-elle pas en mission de le coacher ? N’est-ce pas ainsi qu’ils se sont rencontrés ? Bientôt Hervé abdique et se déshabille, ravi de la réjouir de ce spectacle. Après avoir retiré son pantalon si long, tournant le dos à sa conquête, enlevant son caleçon face au lit vide, l’amant insiste :
– Viens sur le lit ; moi c’est moi qui vais te déshabiller.
– Non, non. Allonge-toi sur le ventre maintenant, intime l’espiègle adornée à l’homme nu.
Et une simple pichenette suffit à le basculer sur le lit. Il s’y étend docilement sur le ventre. Zébrant le silence de la chambre, Khadija dégrafe son soutien-gorge, en soulage la tension élastique – exacerbant celle d’Hervé, le dépitant même. Frottements, glissements entendus : Khadija prestidigite désormais le dessous par une manche de son chemisier et se fait, absente, désirer ; le galant s’en entretient avec son lit qui complaint doucement.
Hmm… Khadija plaquant ma verge contre son ventre et puis contre mon ventre, et puis contre son clitoris, son clitoris qui l’humectait et y trouvait – aussi – sa jouissance propre : c’était bien… Hmm… me frotter le gland contre les abdos, en flatter mon nombril, je n'y avais pas songé depuis quoi – quinze ans ? Et aujourd’hui ? Hervé veut présenter sa verge explosive et se fait gentiment gronder :
– Non ; tu ne te retournes pas.
Des reflets de lumière bleutée dansent sur les murs ; Hervé a un beau cul, encore un peu de bronzage ; et tandis que l’amante admire les belles épaules d’homme, quelque chose de soyeux choie presque sans bruit : changement de scénario, le chemisier a finalement rejoint la culotte et le soutien-gorge, tas bleu nuit et noir sur la moquette. Lentement Khadija remet sa veste, rajuste son ceinturon – cartouchière aux balles d’or stylisées – savourant l’instant et ses promesses ; l’impétrant prie la mystérieuse :
– Tu veux bien mettre de la musique ? J’ai laissé le CD des Pet Shop Boys.
– Actually ! se champagnise Khadija, appuyant sur la commande.
La musique rythmera leurs échines, leurs flancs piafferont. Hervé s’absorbe dans la musique, se frotte sans peut-être même s’en rendre compte. Rêvant d’aveuglement, piaffant d’impatience, il s’applique à s’enfouir le visage dans le traversin comme dans le souvenir. Un, deux, des sourires, le plaisir de se retrouver pour travailler ensemble et puis, un beau jour : « Voulez-vous jouer… ma femme ? Je suis célibataire. J’ai tout de suite pensé à vous. » Ainsi invita-t-il Khadija à célébrer la vente de missiles à quelque émirat au Jules Verne. « J’adore ; c’est là que je me suis mariée. Enfin, que nous avons dîné après. » Du grand restaurant de la tour Eiffel à chez lui, il n’y avait qu’un pas. Hier soir, cette nuit même. Bientôt la tête alanguie de l’amant tourne comme un manège. Hmmm… Khadija réminiscente, reconstituant et sublimant en une ellipse paradoxale retracée sur nos corps mêmes – le sien, le mien – l’histoire même de comment nous nous aimions nous-mêmes, adolescents : c’était trop bien… « N’imagine pas une fille se masturbant le sexe offert, pointant les genoux en l’air ! » C’était dominant le vide du lit. Et aujourd’hui ? Un cheval de bois monte et descend. Hervé s’accroche au poteau ; ou s’en libère, parfois. Il voudrait déséquilibrer Khadija et se retourne, décidé. Et se fait à nouveau gourmander :
– Noon ; patience ; bientôt.
Sous son tailleur, Khadija est nue. Son sexe est nu, ses seins sont nus. Modernes accessoires, ses bas se tiennent tout seul à mi-cuisses, élasticité contre élasticité.
Trop envie de partager l’excitation de la soie et de la laine tissée à même la peau ; je n’ai pas eu envie comme ça depuis longtemps, depuis nos nuits au Saint George, illuminées du Licabeth et de l’Acropole – Mehdi, avant. C’est fini tout ça, les grands hôtels, les petites semaines. S.F. : génial. À Sausalito est un restaurant sur l’eau ; la rampe de l'escalier est une verge signifiée aux deux extrémités ; après… des souvenirs. Et New York ! Que n’est-ce ainsi tous les jours ? C’était bien et ce n’est plus. Pourquoi les beaux hôtels m’ont-ils toujours excitée ?
De sa panoplie de bijoux Cartier, Khadija retire les deux bagues les plus saillantes et la montre. La voyageuse jette un œil rapide à la Seine qui coule sous le pont Mirabeau, à la statue de la Liberté – torche exaltante – et retrousse soigneusement sa jupe. Elle se sourit de bon cœur. Puis, les deux mains aux revers de sa veste – de leurs pointes en érection, frôlées, excitées – Khadija flatte de ses seins la colonne de son Apollon.
Frissons.
Son souffle muet et haletant descend des oreilles aux reins de l’homme.
Les petits poils sagement lovés dans le creux elle lève.
Irritation.
Remembrance de ses jeunes années et de ses jeux saphiques, l’amazone à cru sur le corps conquis y excite son clitoris – île au sommet du sillon des grandes lèvres écartées ; soie rebelle de la doublure, froide, soie contrainte des bas, laine frustrante du tailleur, soies du sexe et satin de sa peau mate et souple, Khadija glisse le long du corps de son mec et en sublime l’érection, l’énervant du frottement des tissus et en mouillant chaque saillance. Et elle fait du dessin de ses muscles son dessein. Et puis encore, Khadija appuie fort, comme s’il pouvait forer, son index sur ce périnée qui s’obstine à ne pas s’ouvrir chez les hommes.
Pas son sexe ! Pas déjà !
Alors, par va-et-vient puissamment appliqués – raveuse rêvant d’imposer le coït à l’homme interdit contre son lit, d’y creuser son sillon et de signifier la dureté – Khadija imprime son foutre et de violents coups de reins du haut des fesses au creux des reins de l’homme, petites saillies musculeuses.
Les traces à son dos blanchiront comme sel.
La pluie d’orage battait l’herbe drue des marais de Guérande ; ma culotte blanche chut comme éclataient les nuages, se déversant ; le ciel avait le bleu sombre du jeans à mes chevilles si fines… Ô oui ! Mehdi les saisissant fermement et me pliant à lui, s’enfonçant !
Au souvenir ancien assaisonnant le plaisir se substitue la perspective mouillée aux reliefs sculpturaux d’Hervé, corps luisant de gel sous la douche cette nuit. Khadija se dilate plus encore, frémit en saisissant l’attelage des muscles de son amant et l’oint – tout au présent, enfin.
Agenouillée en Y inversé face à son mec, la désirante résiste désormais à l’envie de le retourner et d’enserrer à deux mains le pénis brandi, appui. Elle résiste même à l’envie de retrouver l’efficacité du genou relevé dont Hervé la sillonna. Pourtant ! Combien elle jouit ainsi ; combien elle aima que les deux mains de son amant soient tout à l’intérieur de ses cuisses, tout à ses seins ; combien elle aima le sucer alors !
D’un élan, Hervé la déstabilisa pour la rattraper, paumes contre pommettes. Puis il fléchit les bras, jusqu’à ce que la bouche ouverte par la surprise entoure le gland et poursuive sa descente, n’obéissant qu’à l’attraction terrestre. Hervé sentit la griffe des ongles, craignit que sa conquête ne se libérât d’une impulsion sur son torse.
– Non, soupira Khadija, feignant le reproche.
Puis elle s’abandonna au mouvement souple et doux des hanches de son gaillard. Elle pouvait lui échapper à tout moment de volonté. Mais quelle volonté ? Elle se laissa maintenir fermement comme s’il forçait cette fellation qui remplissait leurs deux désirs.
« Hmm... Hmmm... Hmmmmmmmmm... »
Et la feinte soumission à l’homme décupla leur excitation. Il en joua, lèvres et yeux en sourire complice :
– Allonge-toi. Je ne te pénétrerai pas, je vais juste te caresser avec mon sexe. Donne ta main.
– Et le sida ? J’ai passé un test avant d’accoucher. Je n’ai jamais trompé mon mari. Lui non plus je pense. Je suis propre. Et toi ?
– J’ai passé des tests pour mes compétitions de basket : tout va bien.
Et la main qui contrôlait les mouvements de l’homme fut portée à la bouche de la femme adultère. Qui mordit son alliance, qui se mordit de jouir puis jouit sans vergogne, mains aux fesses de l’amant, fragile à ses impacts, le pressant, en accélérant les saillies, portées. Alors seulement Hervé pressa les paupières sur ses yeux bleus que sa conquête ne parvenait plus à fixer.
Tendre, Khadija caresse un instant les cheveux blonds et riches d’Hervé. Puis, rejetant la tête en arrière, l’invite au calice ceint de la perfection de ses abducteurs bandés, saillants sous les doigts fascinés de l’amant. Et plus le soupirant implore du regard sa poitrine (un mammographologue poète la qualifia « d’abondamment meublée et fortement charpentée ») tenue lointaine, plus la diva en sculpte le corps : le dos de l’homme a pris la cambrure de son sexe viril et masqué, raide, douloureux, et abandonné au lit. Mais est-il jouissance véritable sans mise au supplice ? Lorsqu’enfin l’officiant ose saisir de ses mains projetées les seins trop longtemps implorés, il disjoncte de n’en pouvoir tout posséder de l’aimée, stupéfait par sa propre sauvagerie. Khadija hurle et se soustrait vivement. Hagards, ils contemplent un instant l’index et le majeur toujours droits, désormais oints, causes de cet orgasme inattendu et immédiat. Doucement, presque craintivement (quoique assurément) Khadija reconduit Hervé à son clitoris. L’amant ne cherche plus à englober gloutonnement. Il recherche, précis, la saillance – si petite par rapport à la sienne qui, compressée, l’obsède – et la suce, volonté absorbée dans ses lèvres humides et mimétiques.
Jusqu’à ce que Khadija s’effondre et blottisse la tête de son amant contre son ventre, lui disant sa jouissance haletante et tremblante par pressions erratiques. Le rêve du pénis masqué l’a transpercée avant qu’elle ne jouisse, la subjuguant au désir d’être pénétrée, promesse d’autres jouissances. Elle s’en ouvre sans vergogne, presque suppliante :
– Je veux trop tout ton sexe ; maintenant !
Hervé se retourne, lentement, trop lentement, comme s’il s’était résigné à ne jamais libérer sa verge. Groggy, il se relève doucement, enlaçant sa coach, tuteur. Frémissante, elle le regarde lui retirer sa ceinture, dégrafer posément sa jupe, ne laisser à sa veste qu’un boutonnage, se bénir doucement les mains à sa chatte découverte. Bientôt les hanches magnifiées, la taille, les seins ardents, glissent tour à tour entre les mains d’Hervé comme Khadija, se soustrayant en gémissant, abdique à son tour et vient se poser aux pieds de son mec pour offrir enfin à sa bouche le pénis désiré. À genoux, les jambes écartées, elle monte et descend, le dos bien droit, comme si elle se pénétrait, aussi, de son mari absent. L’idée la fait frémir – d’excitation. Et elle s’applique comme s’il était condamné à la regarder sucer et en mourir de jalousie. Khadija aime totalement le sexe de l’homme présent, persuadée que sa langue articule son désir au phallus même. Parfois elle présente ses lèvres fascinantes, entrouvertes sur ses dents blanches et parfaitement alignées ; alors l’amant se baisse pour la relever et l’embrasser, noyant ses doigts dans les boucles courtes et noires de la nuque ; Khadija regarde le sourire d’Hervé, si haut, et imprime une paume sur le ventre plat et sculpté, tendre rejet ; l’autre main frénétique puis ample, contrôlée, parfaite, ne lâche pas la verge ; seule la tension régulière sur le frein prévient l’amant de mordre.
Là ! Il ne peut contenir un rugissement de plaisir.
Après un soupir d’aise, Khadija reprend le sexe gonflé en sa bouche ; elle s’en pénètre comme d’une figue fraîche et lisse dont elle n’éprouverait la résistance qu’au moment d’en éclater la peau verte – d’une aspiration puissante qui en révélerait la pulpe blanche –, satisfaite de ce que l’amant ait désiré la perfection du dessin de ses lèvres, qu’il la sache alors qu’elle les déforme en une alliance d’ardeur et de précision autour du membre tendu.
– J’adore ton sexe, exhale-t-elle soudain, simplement.
Et elle le reprend dans sa bouche, gourmande, éprouvant avec satisfaction la turgescence qu’elle comprime de ses mains.
– Alors maintenant laisse-moi te prendre comme j’en ai envie, feule l’homme, son propre dessein plein du goût de Khadija.
D’une caresse sur les cheveux, le maître la maintient agenouillée, admirant fièrement le décolleté sublimé par le collier d’or. Doucement, il libère sa verge pour jouir de nouveau de la perfection du dessin des lèvres qui l’honoraient. Khadija reste un instant passive, en attente, les mains jointes sur l’objet érectile, bouche ouverte entre la surprise et l’envie de chair, presque une envie de sperme (pas de son amertume, non ; de la joie sur le visage de l’homme bu, honoré, et qui ira chercher son goût autour de la langue de la femme, jusqu’à ce qu’il soit bon, dilué de salive). Une autre fois ? Et lorsque son mec se boira, Khadija s’en invaginera la verge vive mordue à l’éjaculation et en épuisera les restes de tumescence dans l’urgence ; et de cette urgence aussi elle jouira fortement. À moins qu’elle ne la laisse fondre dans sa bouche comme sucre d'orge ? Mais maintenant elle veut Hervé en elle maintenant. Il ferait d’elle ce qu’il veut pour autant qu’il la pénètre maintenant et lui donne ce pénis qui lui manque – longtemps, maintenant !
De sa gestuelle de danseuse, de sa fierté de jeune femme qui se sait belle, l’amant se convainquit de la noblesse de l’aimée. Qu’importe ? Verge absolument tendue de despotisme absolu, Hervé s’adoube chevalier et se place derrière Khadija, décidé à l’achever, à la liquider. La nuque courte à sa main à nouveau l’excite. D’autres nuques courtes, de garçons, il vit ainsi. Que sa propre sœur fût vase de sa semence préservait quelque intégrité. Que des garçons la reçussent… Dira-t-il à Khadija qu’elle est pratiquement la première à n’être ni sa sœur ni garçon ? Oublier. Agir. Le chevalier soulève la veste noire aux boutons dorés. Le long corps parfait par la danse est musclé, mais les courbes recentrent sur l’essentiel. Se ressourçant au bénitier de Khadija, Hervé commande :
– Pose tes mains sur le lit !
Ses phalanges glissent le long de la taille, jusqu’aux seins qu’elles enveloppent, libèrent et reprennent, les maculant du foutre exprimé en son honneur. Ne dit-il pas en substance : « Assouvis mon corps de toute ta virilité » ? Qu’est-il de plus excitant ? À peine les mains tremblantes de sa maîtresse viennent-elles toucher les siennes qu’il les saisit et les assigne au montant du lit – presque brutal, mâle. Alors, surfant le ventre levretté, les mains d’Hervé viennent explorer la contradiction de la turgescence toute soies du mont de Vénus. Sous ce pénil, lent, il impose la longueur de sa verge le long du clitoris. Il y attarde l’ouverture sabrée du gland, circulaire et sympathique.
Comme elle est svelte et musclée à la fois, toute en jambes, jusqu’au sexe !
– Non, pas ça ; prends-moi ; maintenant !
Divine supplique que celle à laquelle on ne veut qu’obéir ! Khadija bientôt toute subsumée à la pointe où je me tendrai entier, comme si je l’y comprimais tout entière par la volonté de mes poignets…
Hervé s’exécute gaillardement. Mais qu’est ce s ? Projetant sa verge au point de complétion du triangle défini, aussi, par ses mains imprimées sur les épaules de Khadija, l’amant la fait tout redoublement de l’Origine du monde occultée en cette position. À l’interrogation répond le cri de l’homme, soudainement tout conscience de consister son sexe et son sexe un instant fugitif. Puis le foutre perfuse, lubrifiant bientôt parfaitement leur union, lui rendant aussi sa mixité. Alors seulement – dard obsédant plus magnifique que jamais – Hervé disparaît tout entier. Aimant plus fort encore sa maîtresse de ce qu’elle ait signifié son parfait contrôle, l’ait forcé à la forer, Hervé jouit de Khadija comme de l’épaule lisse et vierge d’une vague puissante. Continûment le lieu qui le portait est transformé par le déferlement. Et le fracas menaçant de la fermeture rétrograde excite la transgression du surfeur vers l’avant, plus profond dans le surnaturel du tube. Take-off après take-off, tube après tube, il se reconstruit par va-et-vient réjouissants (bien que certains ne soient pas sans l’imploser de nouveau) et s’étend dans le temps – sensations multipliées par l'implication de la mémoire immédiate, subjuguée et régénérée par chaque nouvel extremum de plaisir.
Ad libitum.
Jusqu’à ce que Khadija soustraie sa vulve fondue, presque toute liquide, et l’enjoigne – aussi doucement qu’assurément :
– Allonge-toi ; sur le dos maintenant.
Et elle sourit de la réticence de son amant, ignorante de ce qu’il souffre qu’elle ait – rétablissant une distance à son ventre – rétabli la finitude de la verge. Joyeuse, Khadija se place au-dessus d’Hervé : perversion toute étymologique, elle intervertit la position classique, la renverse. Fièrement redressée, l’amante jouit de tenir le pénis dont elle flatte doucement son clitoris – extension, prolongement, pair. Dominatrice et souriante, elle fixe les yeux bleus d’Hervé. Oui, bientôt je ne pourrai plus fixer tes yeux. Mais quand je veux. Tu me veux insupportablement belle, insupportablement belle je serai. Puissante finesse, maintenant le contact des sexes, Khadija éloigne lentement son regard dominateur, pointe la verge à son apogée.
Insupportablement belle.
Et la domination se fait flatterie.
Et la cavalière baise précisément de son sexe périnéen le gland, épousé.
Elle clôt les yeux, hiératique.
Devenue insupportablement belle à elle-même, la divine exhale sa descente tout au long de la hampe, sacrifie sa posture superbe au projet d’un continu d’alternance. Voici venu le temps de la quête sauvage d’assouvissement, quand tout n’est que dureté avide de souplesse et souplesse avide de dureté.
Ce temps est. Toute pensée abolie.
Quand sa vague est toujours vague mais ne tube plus, Hervé regarde son sexe, regarde leurs sexes inondés et leurs toisons électriques. Peau de sa verge, il hallucine : c’est Khadija qui le pénètre, coule en lui ; santé gémissante – toute jouissance de la longueur et de la cambrure du membre – Khadija impose le rythme, maîtresse du temps. Alors l’amant se courbe pour honorer les seins fiers l’un après l’autre dans sa bouche, réjoui de la jouissance qu’il donne. Puis il abdique, renonçant à revendiquer la propriété de son sexe – si disparu, si présent. Jusqu’à ce que Khadija s’achève en quelques coups de bassin plus fortement imprimés, puis plus lentement, alanguis, comme Hervé jouit lui-même, terriblement. Résonance et amortissement des spasmes qui l’annulent, sa verge s’évanouit dans la douce blessure et le mal suave des derniers soubresauts.
– Waouh ! Tu n’as pas que le corps de Sharon Stone ! exulte Hervé, célébrant le retour de Khadija comme elle rouvre les yeux.
– C’est moi qui lui ai tout appris ! pétille-t-elle, se blottissant contre le torse de son amant.
Elle en suçote les seins, s’abandonne à la complétude. De sa peau lisse la jouissance hérisse les poils à fleur de joues – duvet où savourer son triomphe. L’amant l’y parachève d’une langue légère. Khadija le repousse, dernier frisson, puis vient reposer sa tête sur l’épaule virile, enlaçant doucement le torse musclé. Leurs cœurs battent à l’unisson, le matelas même est impacté par les battements.
– Oh ; c’est impressionnant ! s’ébaudit Hervé. C’est ça un vrai cœur d’amour ?
– Quand je pense, rit Khadija, se lovant, que j’ai menacé Mehdi de lui couper les couilles si je le trouvais avec une nana ! Je ne voudrais pas qu’une autre le fasse jouir comme ça ; et jouisse de lui !
– C’était bien, hein ? vérifie Hervé.
– Oouii ! confirme longuement Khadija qui a saisi la verge qui dégonfle et en bat le ventre de son amant, scandant son affirmation. Tu sais ce qu’il m’a sorti ce matin pour résumer un de ses bouquins à la con ?
– Ton mari ?
– Oui ; « le phallus est à l’ordre symbolique des échanges ce que sont les pieux à la culture des moules de bouchot » : il est de plus en plus taré ! Lui et son pote Zinedine ne jurent plus que par Lacan ; tu imagines ?
– Tu le referas, de me faire jouir contre mes abdos ?
– Ouii ! promet joyeusement Khadija.
– Yes ! s’ébouriffe Hervé.
– Tous les surfeurs ont une belle queue ?
– Il n’y a pas de raison, se rengorge Hervé.
– Je te charge l’après-midi en consulting ? s’esclaffe Khadija.
– Pas de problème. D’ailleurs ce serait bien si nous pouvions travailler un peu…
L'arabe, langue de la Révélation :
Le texte du Coran, "dicté" en arabe, doit être appris et récité dans cette langue. Il est utilisé pour la liturgie uniquement en arabe car s'il est traduit, il cesse d'être la Parole de Dieu.
http://expositions.bnf.fr/parole/it/75/01.htm (Bibliothèque Nationale de France)
Non-axiomes.
Dans l’intérêt de la raison, DATEZ. Ne dites pas : « Les savants croient. » Dites : « Les savants croyaient en 1948… » ou « Jean Dupont (1948) est socialiste… » Toutes choses, y compris les opinions politiques de Jean Dupont, sont sujettes au changement, et l’on ne peut, par conséquent, les mentionner que si elles sont déterminées dans le temps.
– A.E. VAN VOGT, Les joueurs du non-A
Khadija part travailler de bonne heure, incroyablement enthousiaste. Je me lève d’un bond pour l'embrasser. Bon ; d’accord je traîne pieds nus, la queue pendante, me grattant, les cheveux ébouriffés, reniflant un peu ; mais c’est gentil quand même de m’être levé pour lui souhaiter une bonne journée, non ?
– Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Condescendante, Khadija fronce les sourcils et répond :
– Je te regarde comment ?
– J’sais pas. Ça te va bien les talons hauts. Pourquoi tu n’en mettais jamais avant ? Tu m'aimerais si t’étais vraiment si plus grande que moi ?
– Non, j'aurais encore plus envie d’être avec un mec grand, me toise ma moitié avant de soupirer : « Que fais-tu aujourd’hui ?
– J’ai un entretien et je vois Zinedine.
– Encore lui ! épingle Khadija. Vous montez un duo comique ? Deux beurs fans de Lacan, y a du potentiel… Tu ferais mieux de voir Paul.
– Tu crois vraiment ? souris-je, amusé.
– Et puis je croyais que tu ne pouvais pas saquer les Algériens avec vos histoires au Sahara occidental.
– Sahara marocain !
– Comme tu veux.
– Khalaoui, qu’est-ce tu me fais là ? Zinedine il est –
– Je m’en fous. Tu ne vas pas à la kiné aujourd’hui ?
– Non.
– Tu écris ? Tu as envoyé combien de cv depuis dimanche ?
« Alors ?
Je soupire, barbé grave ; elle aussi, méprisante. Et puis elle raille :
– Ouais ! Je vois. Bon, allez, bye !
– Bonne journée, lui souhaité-je, poli.
Ça m’exaspère : à peine a-t-elle claqué la porte qu’elle la rouvre.
– Mehdi !
– Quoi ?
– Ne conduis pas Aïcha trop tard à la crèche. On paye ! Enfin, JE paye. Allez, salut !
– Ouais, ouais ; bonne journée.
Décidément, je l’exaspère autant qu’elle m’exaspère.
Je vais me recoucher. Faudrait quand même que je lui dise ma lassitude de dissiper mon énergie sexuelle dans la masturbation à outrance…
Wö-llah ! [Note 1] constaté-je plus tard, même quand je me branle je pense à elle. Elle c’est carrément pas de don de soi sans amour… Quand je pense que j’avais tout pour être une porn’ star : quel gâchis. Avec la branlette je peux toujours vidanger, mais les câlins… Seul mon oreiller reçoit la pleine étreinte de mes câlins, personne ne me fait jamais de câlin. C’est dur. Les Kleenex crissent comme je les arrache de la boite dans la pénombre silencieuse de la chambre, je m’essuie sans tendresse, balance la boulette pleine de sperme qui retombe avec un bruit mat sur le plancher. J’y ramasse les télécommandes et allume le grand rétroprojecteur Pioneer face au lit. « Menu », « Configuration initiale » : j’affiche ses paramètres de réglage. Aujourd’hui optimiser la « Netteté » est mon obsession. Je lance le Laserdisc de Taxi Driver de Scorsese et commence à jouer avec mes télécommandes. Rétro : 0, Laserdisc : You talkin’ to me ? Télécommande du rétro : +3, télécommande du Laserdisc : You talkin’ to me ? Télécommande du rétro : 0, télécommande du Laserdisc : You talkin’ to me ? Télécommande du rétro : -2, télécommande du Laserdisc : You talkin’ to me ? Télécommande du rétro : +1, télécommande du Laserdisc : You talkin’ to me ? Télécommande du rétro : 0, télécommande du Laserdisc : You talkin’ to me ? C’est mieux à 0. Comme tous les jours, je remplis mon agenda avec les résultats de mes essais.
Khalaoui ! Je suis à la bourre.
– Aïiicha !
Je me transporte au cabinet de recrutement et radio zappe chemin faisant. Ah chouette ! Sur France Culture il y a une analyse du Président Schreber, cas princeps de la paranoïa. Ah bon ; le brave homme se croyait appelé à faire le salut du monde sous une incitation divine transmise dans une langue particulière, la langue fondamentale. Ils s’attaquent à ma race ou quoi ? Le Coran, s'il est traduit, cesse d'être la Parole de Dieu : l'Arabe, langue de la Révélation, est la langue fondamentale ; c’est bien évident pour tous les musulmans. Khalaoui, un tunnel. « Crouic ssshhhh (...) système délirant laisse intactes les facultés intellectuelles, la volonté et l’action psstt ssshhhh crouic (...) donner sens et cohésion à ce qui en est dépourvu crouic ssshhhh crouic (...) Grave, ils s’attaquent à ma race ! Ssshhhh crouic dissolution de l'autre en tant qu'identité dans une subjectivité spéculaire en dissolution. Psstt ssshhhh crouic (...) ce qui n'a pas été symbolisé chez Schreber est le signifiant père psstt ssshhhh crouic (...) acceptation crouic du fait du symbolique crouic ssshhhh crouic. » Fait chier : faut vraiment que je change d’autoradio, de caisse même.
Je m’installe dans la salle de longue attente.
– Ah ! On se connaît, remarque un consultant, narquois. Nous n’avons pas rendez-vous, si ?
– Non, non, me confis-je ; j’ai rendez-vous avec monsieur de Duponpuis.
Je me suis levé, agenda et stylo plume à la main, prêt à inscrire de nouveaux engagements. Le recruteur roule des yeux et me parcourt du regard de haut en bas, de bas en haut, de plus en plus vite. Folie ? Non : Travaux Pratiques de Programmation Neuro Linguistique sans doute aucun. Je continue à sourire jusqu’à ce que l’interrogation roulante du regard de l’autre se concentre sur mes tibias ; pourrai-je faire retirer les plaques métalliques vissées à mes os dans la bonne fenêtre de temps physiologique ? Je ne puis maîtriser un fléchissement sur ma jambe cassée.
– Ne soyez pas obséquieux ! triomphe le recruteur.
Je rêve de sang qui gicle et d’os broyés.
« C’est vous qui vous êtes cassé la jambe, non ? Oui, oui, je me souviens de vous : un peu « bras cassé ». Désolé ! Notre client recherchait des commerciaux grands, athlétiques, souriants et détendus. Vous aurez peut-être plus de chance aujourd’hui…
Un coup de marteau sur sa tempe ou un coup de cutter, un sourire à sa jugulaire ? Avec le marteau on verrait qui est cassé. Ouais ; qui vit en cassant doit périr cassé. Mais si je suis traité comme une multitude de chômeurs, multitude n’est pas mutualisation des risques ; et les chômeurs ont le droit de se suicider, pas de frapper en état de légitime défense. Rhataill ! Si seulement j’avais son don d’aimer me vivre goguenard et stupide ; ça se porte si bien dans ce milieu. Mais j’en suis incapable.
Encore un entretien pour rien, clair, conclus-je à la sortie. Encore un recruteur qui ne semble exercer son métier que pour prendre assurance du regard dédaigneux qu’il porte sur les dossiers des autres. Comment il m’a pressé dehors, ne me tendant la main que pour mieux m'exclure… Il a raidi son bras comme la justice, forçant la distance de lui à moi. Et s'est autorisé au mépris qui envahit son regard dès que je franchis à rebours le seuil…
Que faire en attendant Zinedine, de partager les occupations dérisoires de nos cerveaux depuis que nous ne sommes plus représentants de Yankeetek, depuis que cette multinationale de robotique américaine – une société contemporaine exemplaire – n’emploie plus notre agressivité à l’extension de son modèle, depuis que nous avons été jetés, hors services, depuis que nous en sommes réduits à nous réjouir et nous ressourcer de nos propres caricatures. D’en faire jeu ? Je vais me mater un bout de film de pif paf : cultiver la minceur pelliculaire nécessaire pour continuer à subir dans notre vrai monde – où les héros ne dézinguent pas les méchants – c’est ce que font tous les pauvres cons. Dont je suis.
Régis Blachère a souligné le « désarroi » du lecteur occidental en face du Coran. Il est confronté à un texte qui déroute en vérité, toutes ses habitudes de pensée. Il est divisé en 114 sections des Sourates qui n’ont entre elles aucun lien logique ou chronologique. Les titres des Sourates ne relatent qu’une infime partie de leur contenu. Rares sont celles qui traitent d’un seul sujet par exemple l’histoire de Joseph (12), ou de Noé (71) ou même paraissent construites avec une certaine structure logique. Leurs péricopes ne sont rattachées les unes aux autres que par le lien apparent de l’inspiration qui les anime.
– ANDRE CHOURAQUI http://nachouraqui.tripod.com/id16.htm
L’obsession sexuelle du récit [Ancien Testament] à ses débuts lui donne une force extraordinaire, primitive, presque animale. Et pourtant, cette étroitesse même, cette intensité gardent quelque chose d’abstrait. Tout au moins jusqu’à l’histoire de Joseph, le Livre de la Genèse est un récit d’une brutale constance. Stérilité, conception, naissance ; masturbation, séduction, viol ; uxoricide, fratricide, infanticide : voilà à quoi se résume l’action.
– JACK MILES, Dieu, une biographie.
Yô Zizou, accueillé-je Zinedine, le charriant un peu.
« Lol !
Pas fait beaucoup plus de sport depuis la dernière fois, mon Zizou. Et son short et le sac à dos des surplus militaires dans lequel il trimballe ses disques compacts jurent avec sa calvitie naissante et son terrible embonpoint. Je l’aime bien. Grosso modo, ses phrases naissent dans l’emphase et s’achèvent colorées de bonhomie rieuse, toujours généreusement coffrées.
– Trop kiffant le dernier Khaled ! amorcé-je en sortant les bières du frigo.
– Oui, oui, choukrane, me remercie Zinedine en décapsulant sa canette.
– À la tienne, mécréant.
– À la tienne, kâfir toi-même.
– Quand même, je suis content d’être un peu renoi pour la zikmu : Miles, Jimi, James –
– Ça va, ça va…
– Wache ma couille, bien ou quoi ? T’as pas l’air.
– Je vais te dire, pose Zinedine.
Et il marque une pause, s’enfilant un glouc de bière. Il me séduit le bougre – énergie soudaine. Je m’en enfile un glouc de bière moi aussi.
– Dis-moi, dis-je, m’affalant dans le canapé.
– Tout ce que l’on a à faire, c’est baiser, prône Zinedine, incapable de s’assoir. En plus c’est facile : au cap de la trentaine un max de couples part en couilles.
– Ouais enfin, depuis que je suis au chôm’ je ne rencontre plus personne d’excitant ; et même avant…
– Et dans ta clinique de rééducation fonctionnelle ? Quand même ; sur les Champs !
Zinedine en tombe dans le fauteuil face à moi.
– Elles sont toutes cassées. Remarque, il y en a une ou deux quand même, quand tu les vois en maillot de bain… Ouais, y a une hôtesse de l’air qui n’a qu’un poignet foulé ; mais quelle conne ! Avant elle ne me regardait pas mais hier on est arrivés ensemble – elle a vu ma caisse – et maintenant elle me sourit, elle papote. Elle va se marier mais, minaudé-je, à Las Vegas ; comme ça, ça ne compte pas vraiment…
– Tu te prends trop la tête, prends ! Tiens ; tu connais Sophie, la femme de mon ami Laurent ?
– Lui, oui ; elle, non ; je ne crois pas, hésité-je.
– Je viens de me la faire ! se gonfle Zinedine.
– La femme d’un ami ! m’outré-je. Ce n’est pas bien. Sauf quand Allah fait descendre une sourate, bien entendu. Comme quand Mahomet a piqué sa meuf à Zaïd !
– C’était plus qu’un ami et disciple : un fils adoptif dans un contexte où le rapport social positionnait l’homme et la femme dans l’inceste, pas le lien du sang.
– Ah bon.
– Hamdou lah ! rote Zinedine après un nouveau glouc de bière. Tu comprends, Laurent n’avait qu’à mieux s’occuper de Sophie qui miaulait : « Tu te rends compte, il ne me fait plus l'amour ! » Et la condescendance ça va bien cinq minutes ; avec ses « pauv’ vieux » depuis que je suis au chômage, il commençait vraiment à me gonfler.
– Alors c’est bien joué. Moi j’aimerais trop m’en tirer une de la haute : la position sociale, n'est-ce pas encore plus excitant que la disposition d'une croupe aguicheuse ?
– Ça Mehdi, c’est un sujet plaisant pour un film de cul ! Ou un bouquin. Je te verrais bien écrire.
– Euhhah ! N’importe nawak ; je suis quasi analphabète.
– Bon, un film alors. J’ai même le titre : Le chômeur la bite au 21 avenue Foch. Pas mal, non ? Cette conne, scénarise Zinedine, d'abord tu l’abuses pire que naïve de chez naïve et après elle te bouffe la queue, t’avale et se fait sodomiser avec plaisir en te susurrant qu'elle refuse tout ça à son vieux mari : bien non ? On tourne ? Au fait ; tu as remarqué le nombre de pornos, en principe hétéros, où le sexe n’est qu’oral ou anal ? Wö-llah, on se croirait au bled ! Pourtant les actrices pornos n’ont pas à préserver leur virginité pour les barbus, si ?
– Ça c’est un sujet encore plus drôle ! pouffé-je. Je vais t’avouer un truc : voir une meuf, avoir envie de la soumettre à genoux devant mon zhabi, ouais ça m’arrive assez souvent – bien plus que je ne l’ai fait ; mais fort rares sont celles qui m’aient réellement donné envie de les pénétrer, de leur faire l’amour – moins que je ne l’ai fait.
– Allons ! argue Zinedine, hilare, des beaux mecs comme nous, yankeement formés à séduire puis à enculer, il faut bien que nous occupions notre temps libre.
– C’est vrai, opiné-je.
– Ben ouais ; zy-va Mehdi !
– Tous ces mecs en recrutement qui me demandent avec condescendance « Mais que faites-vous de vos journées ? » /« Vous êtes marié ? » /« Votre femme, que fait-elle ? », parfois je me mords pour ne pas répartir : « Et ta femme ? Je la baise ! »
– Nik mouk, tu leur dis ! s’exclame Zinedine, forçant sur l’accent petit beur.
– Ce matin c’est un trouduc à particule qui m'a accusé – trifouillant et agitant les tests qu’il m’avait fait passer – d'être séducteur pour masquer une intelligence limitée.
Je tranche et retranche frénétiquement l’air du plat de la main, sens un horrible rictus me déformer les lèvres. Puis je pavoise :
« C'était le truc de Jules César d'attaquer ses rivaux dans leur intimité en baisant leurs femmes ; top, non ?
– Tut tut, déboulonne Zinedine. « Voici venir l'homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes. » Pas bon. Et la bienséance romaine commandait que le sexe s’assouvisse dans la chair esclave. Posséder la femme d’un mari qui lui faisait peur ne relevait pas de la grande stratégie, révélait une faiblesse. Spartacus de Kubrick/Trumbo montre ça très bien. Pas pour César, et d’autant que la femme désirée y soit de plus esclave, mais bon.
– Eh ben ! m’ébahis-je. En tout cas moi les relations ancillaires – séduire par sa dominance sociale, genre patron qui se tape sa secrétaire, tout ça – ce n’est pas mon truc.
– Pas assez ou trop incestueux ? psychanalyse Zinedine, gouailleur.
– Je crains que ma psychanalyse ne soit vite vue et peu intéressante. Un père fier d’avoir été à l’école coranique mais dont je sais les bouquins de cul et les cassettes pornos : dégueulasses, cartographiant et révélant tous les angles de pénétration avec une précision primaire. Super primaire. Su père prit mère, ouais. Une mère qui considère avec appréhension l’intelligence et l’ambition…
– En parlant de psychanalyse ; me font trop marrer les cathos ! Le mythe de la Vierge : une femme qui ne serait pas fécondée par une figure de rival mâle où retrouver le père – premier homme d'identification, dégoût fondamental. Les pères des Pères de l'Église comme le tien, le mien. La première identification : abolition de la virginité vraie, le Paradis perdu ?
– Wö-llah ; kes tu te prends la tête là ?
– Mais tu le sais : on doit tous s’ouvrir au monde et ça passe par une identification, puis d’autres.
– Ouais, ouais. Allez ; on écoute un peu de musique ? proposé-je en me levant.
– Le monde existait et existera avant et après soi, hors notre conscience. Je crois que c’en est de l’acceptation, encore diffuse, inconsciente, que la première identification laisse un dégoût fondamental.
– Tiens, je vais t’encanailler avec les Stooges…
– Ce que je voulais te dire, c’est que nous sommes tous situés dans une histoire ; et comme l’Histoire, elle n’est jamais idéale.
– Ouais, ouais ; je vais te faire écouter Raw Power, « I'm the boy who's searching, searching just to destroy » ; destroy, ça c'est bon, hein ? Make love war !
– Eh ; pas mal ! me congratule Zinedine.
– « Somebody please save my soul » chantonné-je par anticipation, me trémoussant tout en fouillant ma discothèque. Juste avant de laisser la pointe du diamant vibrer dans les sillons, je commente, à retardement : « En tout cas je suis mithridatisé : le sang des non vierges ne m’empoisonne plus. Tu as vu Blood for Dracula de Morrissey ? J’adore quand Dracula verdit, s’étouffe et vomit le sang contaminé ; ça m’éclate trop !
– Je te l’avoue sans fard : moi aussi je suis mithridatisé, mais tant que je n’aime pas seulement. Sinon il ressort toujours un poison.
– Parce que tu n’aimes plus ? supputé-je. Ce qui me dégoûte surtout c’est quand elles ont couché avec des blonds aux yeux bleus.
– Mais les filles c’est mignon ; elles ont toujours un trait dont jouir : la peau douce, un galbe – bref, des trucs qu’on n’a pas nous.
– Mais je n’ai pas épousé une fille comme Khadija pour la tromper avec le premier trumeau venu…
– Ouvre les yeux, man ; tu es à Paris.
L’Hégire donna enfin aux musulmans un lieu où ils pouvaient déclarer ouvertement leur religion et la pratiquer en paix. Ce fut la naissance de l’État islamique. Les versets du Coran révélés à la Mecque avaient traité essentiellement de la nature de Dieu et de la relation de l’homme avec Lui. A la Mecque, il y avait peu de foyers dont tous les membres étaient musulmans. En ces temps, l’islam semblait se focaliser sur l’individu et son devenir dans l’au-delà. A l’opposé, les versets révélés à Médine portèrent davantage sur la relation de l’homme avec autrui - les dimensions sociale, politique et économique de l’islam qui ne pouvaient pas être développées auparavant, sous la persécution.
http://www.islamophile.org/spip/Au-tout-debut-l-Hegire.html
I wrote this for someone I missed very much. Her eyes were hazel.
– LOU REED, Between thought and expression, à propos de sa chanson Pale blue eyes
J’ai été convoqué à une réunion d’information sur un stage de re-motivation pour chômeurs très longue durée, j’y suis allé sans me poser de question.
– Les indemnités continueront-elles à être versées intégralement ? Pourrais-je encore bénéficier des Allocations Formation Reclassement si je reprends des études après ?
À chacune de mes questions, une nana soupire ostensiblement en regardant sa montre. Elle se prend pour qui cette pouffe devant ? Elle a les cheveux noirs et ondulés, elle est grande ; j’adore ça. Elle est comment ? Si je l’énerve, elle n’a qu’à se retourner que je voie sa gueule.
Ça y est, on sort enfin. Khalaoui ; y a une sortie par-devant : salope, elle décampe. Waouh ! Ses longues jambes fusent : j’y vais, le regard rivé sur son cul d’allumeuse en tailleur short très short. Par où s’est-elle volatilisée ? Occultation. Je n’avais pas vu une telle perfection depuis – comment elle s’appelait déjà ? Isabelle. Quoique, l’hôtesse de l’air… Non. Khadija ? Elle est un peu moins grande. En fait je crois que je n’ai jamais été aussi ébloui. Dommage… Si ça se trouve elle est moche… Bon ! À la kiné maintenant.
Je palme dans la cuve en inox pompeusement baptisée piscine ; l’hôtesse de l’air lève un petit poids ; je n’ai décidément rien à lui dire.
Waouh ! Je la regarde descendre l’échelle : une princesse longue et brune, ses cheveux tirés soulignent la perfection de ses traits, ses armes sont gravées dans l’or à ses doigts ; longue et brune aussi, l’hôtesse de l’air fait potiche ; la princesse descend précautionneusement : sa jambe droite est efflanquée. Qu’importe cet épiphénomène ! Elle est belle et sa jambe gauche est parfaite. La princesse aime mon regard qui transfigure son épreuve, sa poitrine gonfle généreusement son simple maillot de bain une pièce noir, sa prudence abdique à son propre désir de séduction, elle ne regarde plus ses jolis pieds brunis : elle me regarde et sourit. A-t-elle flashé sur moi aussi ? Inversion des sexes, est-elle Khosrow surprenant Chîrîne au bain et s’éprenant ? Mon braquemart doit ridiculiser tous les godemichés des vitrines d’Amsterdam. Mobilisation générale, orage, espoir, flash de drogues endogènes : c’est le coup de foudre, violent. Faust excité et stressé à la fois, vous avez demandé le diable ? Nous voici ! Que sera-t-il exigé en retour ? Ainsi je divague, fendant l’eau, torpille déboussolée par les mouvements de sa cible. Et quand elle se pose, je ne l’atteins pas ; au bout de mes bras tendus, mes mains saisissent le rebord près d’elle. Je masque mon érection en palmant sur le ventre et dis :
– Bonjour.
– Bonjour, répond l’inconnue.
– Moi c'est la gauche. Ça passe. Je crois que vais bientôt pouvoir reprendre le surf.
– Ça vous est arrivé en surf ?
– Non, au ski. Et toi ? flirté-je.
– En jouant au foot. Les ligaments croisés.
– En jouant au foot !
– Mmm, confirme-t-elle, c’est toujours con. C’est comme ça : en jouant au foot avec des copains.
Nous nous sourions. Elle ressemble vachement trop à Aïcha.
Margot – elle s’appelle Margot – et moi bougeons pour aller refaire du muscle, soulever les sacs de sable qui seront pendus à nos pieds : un petit à son pied droit de nouvelle, un gros à mon pied gauche de vétéran. J’aime ses yeux noisette, j’aime son petit ventre que je n’aime pas chez les femmes, j’aime son prénom : Margot avec un t ; pas Margo, comme Margo Timmins, l’émouvante chanteuse des Cow-boys Junkies ; pas Margaux comme Margaux Hemingway qui a dit quelque chose comme : « dans chaque famille il y a un enfant qui est là pour trinquer. » J’aime sa voix surtout : chaude, timbrée et équilibrée.
– Tu sais, raconté-je, la plus belle jambe que j'aie jamais vue était unique ; et cette fille rieuse était belle. Alors, que ta jambe droite soit provisoirement efflanquée...
Mon livre m’en tombe des mains. Margot le ramasse et je la remercie :
– Merci.
– J’y vais, signale-t-elle, prévenante.
– Je vais y aller aussi, préviens-je.
J’attends. Je me suis rhabillé trop vite. Non, c’est elle qui met un temps dingue. J’attends. Longtemps.
– Voulez-vous que j’appelle un taxi ? offre l’hôtesse d’accueil qui ne semble avoir d’autre occupation que de me deviner.
– Non, non, merci.
Je commence à me sentir un peu honteux, à penser à Khadija. D’ailleurs Margot fait pratiquement le même job que Khadija. Enfin ; elle est plus junior… Margot sort de sa cabine, tête basse. Elle boite, traîne ses boots de Hell’s angel ; je n’ai d’yeux que pour sa toute féminité que je sais sous le jeans, le Perfecto noir.
– Tu déjeunes ? l’invité-je.
– Non, non, décline-t-elle, baissant la tête.
Margot a rangé toute séduction. Elle regarde sa montre, me regarde, gênée, regarde sa montre, fait tomber ses cigarettes comme un blanc mouchoir à mes pieds de chevalier. Je suis ému, elle aussi je crois, lorsque je lui tends son paquet et que nos regards se croisent.
– La prochaine fois ? espéré-je.
– Peut-être, s’angoisse Margot.
– Tu reviens quand ?
– Je ne sais pas, élude-t-elle, les yeux adorablement baissés, torturée.
Margot, Marguerite qui ne s’effeuille pas comme ça, je t’aime : un peu, beaucoup.
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux...
1. Dis : "Ô vous les infidèles !
2. Je n'adore pas ce que vous adorez.
3. Et vous n'êtes pas adorateurs de ce que j'adore.
4. Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez.
5. Et vous n'êtes pas adorateurs de ce que j'adore.
6. A vous votre religion, et à moi ma religion".
– LE CORAN, LES EFFACEURS, AL-KÂFIRÛNA, cent neuvième sourate, dix-huitième dans l’ordre chronologique, d’inspiration mekkoise. [Note 2]
A'icha (qu'Allah soit satisfait d'elle) a dit :
« J'avais six ans lorsque le Prophète (pbAsl [paix et bénédiction d’Allah sur lui]) m'épousa et neuf ans lorsqu'il eut effectivement des relations conjugales avec moi. »
– Hadith numéro 2547 dans le Sahîh de Muslim [« excellent »] [Note 3].
Zinedine est revenu partager quelques bières et les occupations dérisoires de nos cerveaux. Les vitres tremblent sous la pression des boomers de trente six centimètres de mes Cabasse Albatros ; les diodes de leurs huit amplis clignotent (« mil deux cent watts, ça le fait bien ! ») ; les voisins cognent, qui au mur, qui au plafond ; les disques défilent : après Never Mind The Bollocks des Sex Pistols : Che de Suicide, Nevermind de Nirvana.
– Ces musiques, ce n'est pas un peu la guerre contre soi ? Je ne connaissais qu’à la radio ; d’écouter sur ta chaîne, je me demande si le suicide de Kurt Cobain ne trouve pas sa cohérence dans la beauté même des timbres de Nirvana…
Relevant avec vénération ma chère cellule Dynavector XX1, je m’enorgueillis :
– Je suis entièrement câblé en symétrique maintenant : j’ai mis de l’AudioQuest DIN/XLR entre l’EMT 930 et le Bel Canto.
– Tu as gardé le Cardas Golden Cross XLR/XLR entre le Bel Canto et ton Jeff Rowland ?
– Bien sûr ; y a pas mieux ! trompeté-je. Comme entre le Jeff et le Studer. Ceci dit, je suis toujours un punk !
Et je balance ma canette qui impacte le fond de la cheminée : « Schclac ! » ; le fracas de tôle fuse en écho au chaos des guitares électriques, stridences denses et super soniques.
« Simplement maintenant j'écoute les Sex Pistols sur deux cent cinquante kilos et trente plaques de matos. Et dans un séjour de 60 m² avec une belle hauteur sous plafond : faut ce qu’il faut pour que ça marche. Ça c'est du quantitatif. C’est énervant le quantitatif, non ?
– Non, me contredit Zinedine, clignant de l’œil. Et y a pas de débat ou je te casse !
– Tu veux être gagnant ou avoir raison ? contre-cassé-je, forçant un ton vulgaire et agressif.
– J’te fracasse le crâne avec un marteau, toi t’essayes de l'arrêter avec ton cerveau, là ! joute Zinedine, du même ton.
– C’est moi qui suis du bon côté du manche ; et je vais te caAasser parce que j'ai les gaAlons et que ça me fera plaisIr ! riposté-je.
– Ah ! Tout Yankeetek. Quand je pense que ça m’avait fait plaisir de passer Vendeur Stratégique…
– Putain la frime ; zoukouk ! La meuf-rie, oui, commenté-je rigolard, déroulant mon bras droit en un geste circulaire, pointant l’index tout en l’enroulant continûment. « Bah, on n’était pas chez des intellos, on était là où il faut pour prendre du pognon.
– Tout ça c’était du vrai Dali : des montres déjà molles qui se compénètrent, rouages d’un objet dont l’objet et la saillance m’échappent complètement aujourd’hui… Parce que je leur ai vagi des chants de loyauté, suis-je à toujours rivé dans l’imbécillité ?
– J’sais pas mais bravo !
– Bravo surtout Victor Hugo, crédite Zinedine.
– Ah bon.
Sur ce, je me lève et vais chercher des bières fraîches.
Je pose les canettes et apostrophe Zinedine :
– Putain, quelle bande de péd’ ; le management chez Yankeetek & Co c’est pire que les 120 jours de Sodome de Sade. Alors ! Tu la sors et tu baises ou quoi ? Fais voir tes couilles. Alors ! Tu les mets sur la table ou quoi ? Faut que ça jute !
– J’t’allume, tu me gonfles trop ! renvoie Zinedine.
– T’excite pas ! Tu peux me l’écrire ? slicé-je.
– Toi je vais te me faire ! smashe Zinedine, trop fort.
– Tu as oublié de te gratter le cul en même temps, remarqué-je. Mauvaise imitation.
– Pardon ; eh bien j’ai perdu.
– C’était vraiment une boite de débiles… Tu te souviens quand Lucien a débarqué avec un canon scié sous son imper ?
– Avec l’allure d’un collaborateur tout à fait normal, dixit la Sécurité !
– Disjoncté pour faire une prise d’otage !
– Vous êtes des tueurs ou vous n'êtes pas des tueurs ? !! exorcise Zinedine, animé d’un tremblement. Pauvre Lucien, il était condamné à l’exclusion, black listé en appel occulte d’un jugement de la République qui lui avait donné raison. Parfois tu as vraiment envie de donner des coups de boule, et même de monter un escadron de la mort.
– Ouais. Plus que des débiles, des salauds. Et tu sais ce qui me turlupine en ce moment ?
– Dis-moi.
– Si Yankeetek ce n’était pas moi, quid de Khadija ? Un même swap ? Quelle est l’échéance ? Pourquoi ce swap ? C’est quoi ma monnaie à moi ?
– Swap ?
– Swap, swap, vasouillé-je ; je vois des swaps partout dans la vie psychique. C’est quoi la définition déjà ?
Je me relève et sors Finance internationale d’Arvisenet et Schwob de ma bibliothèque.
– Swap : « crédit croisé consistant en un échange entre deux parties de deux quantités de monnaies portant intérêt avec obligation réciproque de paiement des intérêts, et de remboursement du principal selon des modalités et des périodicités déterminées à l’avance. »
– Hamdou lah.
– Et si c’était Khadija qui me trompait ? me bilé-je.
– Ne crains-tu pas d’être trompé d’abhorrer ta propre sexualité ? Ne craignons nous pas d’être trompés, surtout, d’abhorrer notre propre sexualité ?
– Comment que tu me philosophes et me vocabularises ? J’ai grandi dans la zone, moi. Ce qu’il y a c’est que je ne l’excite pas trop, chômeur. Ce n’est pas ma sexualité ; là je ne crains rien : je la tiens par la queue.
– Elle n'en a pas ! glousse Zinedine.
– Justement !
– Tu sais que tu as un petit côté mac, toi ? s’esclaffe Zinedine.
– Figure-toi que quand j'étais jeune j'ai vécu quelques mois avec une très chic fille. Le soir elle ramenait du fric ou des « cadeaux » et me disait : « C'est des hommes que j'ai rencontrés. » J'étais tellement dans les vaps que je ne pourrais guère t’en raconter plus ! (Rires) Je te jure, je ne lui ai jamais rien demandé. Je me laissais entretenir, c'est tout.
– Un super coup, je parie ! paillarde Zinedine.
– Non, et l’inverse est vrai, controversé-je.
– C’est vrai, avalise Zinedine, levant nonchalamment une main.
– En tout cas, à me taper des nanas défoncées tout le temps, à moitié khahba, il y a un truc que j'avais fini par comprendre : ce n'est pas la déchéance qui peut m'inspirer de la tendresse. Pourtant, pour aimer, pour prétendre aimer, ne faut-il pas déchoir ?
– Tu délires ou quoi ? Et qui te parle de tendresse ? Je préférais encore tes fantasmes de César. Lâche-toi bon sang ; baise !
– Ouais je sais, je devrais. Mais je n’arrive pas à me débarrasser de ma fascination pour les romans d’amour soufi ; comme l’histoire de Cheikh San'an renonçant à l'Islam pour une belle chrétienne, suppliant qu'on lui fasse manger de la chair de porc, se faisant gardien de pourceaux : l’anéantissement dans l’amour, tout ça. Il n'y a pas d'union soufie sans abaissement, pas d'amour fou – d’amour achik – sans renoncement social, pas d'amour achik qui élève. J’ai toujours trouvé ça beau.
– Ce n’est pas iranien tes trucs ? Ça me fait penser aux chiites s’auto-flagellant ; je préfère franchement les pétaradants romans de chevalerie arabes ! Et pourquoi pas la chasteté pendant que tu y es ?
– C’est le top, le summum. Pour Mem, l'amour parfait doit être chaste jusqu'à la mort, la fornication à l’instar des animaux rejetée, l’union à sa bien-aimée Zîn différée à l'Autre Monde…
– Alors là, je vais te dire : je préfère carrément niquer quatre épouses. À la fois. Dont une jeune débarquée vierge de temps en temps.
– Mais pas âgée de six ans quand même !
– Neuf. Aïcha avait neuf ans quand elle est passée à la casserole.
– Quelle horreur de toute façon. T’imagines ? Mahomet avait plus de cinquante ans…
– Oui, quelle horreur. Mais dis-moi, je te trouve zarb’ : tu as rencontré une belle chrétienne ?
– Oui. Mais avec armoiries et tout ; et, comme je mange déjà de l’halouf, comment prétendre l’aimer ?
– Déchire-la.
– Non. Pas elle.
– Tu sais que tu es un peu contradictoire ?
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux...
17. Accorde (ò Prophète) donc un délai aux infidèles : accorde-leur un court délai.
– LE CORAN, LA NOCTURNE, AT-TÂRIQ, quatre-vingt-sixième sourate, trente-sixième dans l’ordre chronologique, compte dix-sept versets d’inspiration mekkoise.
And all I want with my life
Is to die a housewife
– COCOROSIE, By your side
Wö-llah, par l’effusion glacée de Castalie au sanctuaire d’Apollon, elle s’est inscrite ! Nous étions plus de cent à la réunion et nous voici des dix élus du jeudi matin. En plus elle a les yeux verts. Elle n’a pas remis son tailleur short – dommage – mais c’est elle, aucun doute. En contrebas d’un étroit escalier en colimaçon, notre groupe s’installe dans une pièce aveugle. Ses murs recouverts d’une moquette de couleur incertaine sont imprégnés de tabac ; l’odeur en semble éternelle, pérenne comme mon chômage. La grande brune est simplement vêtue : chaussures et chaussettes vertes, jeans verts, pull vert, anorak vert. Elle est un peu tristounette. L’animateur du stage – on dirait un ours, j’aime bien les ours – rentre la tête dans les épaules et crispe un sourire au moment de s’adresser à nous :
– Je m’appelle Dominique. Vous utiliserez les cartons devant vous pour marquer vos prénoms.
Elle s’appelle Béatrice.
– Vous pouvez, invite Dominique, ouvrir vos mallettes pédagogiques – oui, les valisettes en carton. Voilà, nous commençons par ce cadeau pour chacun de vous.
Il se tourne vers le tableau et, désignant les bouchons de Champagne qui sont alignés au-dessus, augure :
– Vous aussi nous offrirez le Champagne. Tous ces bouchons ont célébré le retour à l’emploi de stagiaires comme vous. Nous allons suivre la méthode de la Dynamique de la Fixation des Objectifs Personnels de Success Motivation International Incorporated. Comme vous le voyez, les classeurs sont très beaux. Si vous le voulez bien, nous allons les découvrir rapidement. D’abord, le Manuel de leçon.
Je parcours Un mot au sujet de l’auteur. Il a été récompensé par les Boys scouts d’Amérique du Prix de l’aigle distingué et du Blaireau d’argent. J’hallucine ; je le raconterais, personne ne le croirait.
– Oui, confirme Dominique, le Plan d’action est à vous. Identifiez-vous personnellement à lui.
– On peut écrire dessus ?
– Ce n’est pas que vous pouvez, vous devez écrire dessus. Maintenant vous allez commencer à travailler. La réussite c'est l'atteinte d'un objectif préalablement défini. Et la fixation des objectifs est essentielle à la réussite. Alors vous allez commencer par donner chacun un exemple de réussite. D’une réussite à vous. Vous avez déjà réussi, il faut vous en souvenir. Si vous êtes là, c’est que tous vous avez été cadre un jour. Et puis vous choisirez un objectif que vous puissiez atteindre pour la fin du stage.
« Comment ? Oui, vous pouvez regardez les exemples des fiches du Plan d’action.
Ça me fait chier grave. Je ne sais pas quoi dire, enfin si : des conneries. C’est quoi son histoire d’idéal ? Objectif sans idéal, n’est-ce pas science sans conscience ? Et, à l’instar de l’horizon, l’idéal ne devrait-il pas s’apprécier comme une distance, non comme un lieu ? Ne doit-il pas être généré et poursuivi sans cesse comme un horizon ? Je trouve une feuille volante dans le premier classeur. Elle s’appelle Béatrice Bellevue, née le 21 juin 1964. Y a même son adresse, pas terrible, et son téléphone.