Excerpt for Paradoxe by Jeanie Bogart, available in its entirety at Smashwords


Jeanie Bogart












Paradoxe






















Éditions Dédicaces





Paradoxe



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à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte













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Jeanie Bogart












Paradoxe















Mes remerciements à


Lenous Suprice

Franz Benjamin

Angelucci Manigat Jr.














À toi mon cobaye volontaire.






Il y a dans ma gorge ce cri d'amour en flèche

pour crever l'étonnement des nuages

Ce chant sous ma luette pour écarteler les ténèbres

Et la chaux vive du verbe derrière ma bouche close”


Anthony Phelps







LORSQUE LE FROID MORD


Par inadvertance, j’entrai dans le monde de l’écriture les yeux fermés, la parole comme guide de ma quête d’absolu.

Dans ma tête, se promènent une plage, des cocotiers écroulés sous le poids de leurs fruits et une barque trouée par endroit. J’ai au corps le plus diable des désirs, sur les lèvres un goût de sel et dans les cheveux un soleil miroitant la mer tropicale. Mes doigts ont gardé la soyeuse touche des choublacks et mes pieds le bruit des frottements du sable.


Avec effronterie, j’arpente les allées de ma mémoire à la recherche de ces moments ensevelis. La froidure nordique infiltrée dans les recoins de mes désirs a depuis longtemps congelé le flot de mon miel.


Je viens du sud. La passion à fleur de peau, aimer à démesure est pour moi la façon la plus banale d’aimer.


Désorientée, je piétine la neige blanche des rues et des parcs de New York. Je m’en fous. Mes yeux se promènent sur la blancheur des toits et des trottoirs, mon cœur comblé d’un éternel été tropical. Je parle au vent et à la pluie ; je réclame l’indépendance de mes sens, ces prison-niers du froid.

Je veux rentrer chez moi pour laisser la pluie couler sur mes déboires, mes incertitudes ; marcher pieds nus sur le vert gazon des prés, arracher au passage une tige de canne à sucre, un épi de maïs, attraper une mangue mûre qui tombe.


Je veux rentrer chez moi voir Jean jouer au football, Marie danser sur un rythme de guédé et Pierre jouer à la guitare. Je veux retourner chez moi, là où l’on me connaît, là où je ne suis point un numéro de sécurité sociale sur une liste.




À DÉCOUVERT



Oiseau libre

je vais

dans l’existence

cherchant mon équilibre

dans l’Univers précaire des mots


je les racole

décolle leur signification

en rafistolant mes idées folles


pieds nus

je sautille

sur des tessons de vocables

fendillés d’amertume

entrecoupant mes maux les plus profonds


le cœur en strip-tease

je déambule

dans les sombres couloirs de l’écriture

points après virgules

avec ou sans coordination


les accents froissés

les pensées trébuchantes

j’entre dans le silence de l’être

pour en ressortir

explosion d’idées désaxées




LIBÉRER LE SILENCE



Les mots se cachent

derrière un mutisme amer

s’engagent

dans une lutte cruelle contre l’expression

nos envies emmurées

par peur de se révéler

d’insatisfaction

d’exaspération

de rage et de tapage

la parole interdite

s’enferme dans un silence mortuaire


notre langue en quarantaine

gardera secrètes les plus belles apocopes




L’ALPHABET



Nous avons trébuché

dans l’épigramme

l’avenir s’est embrouillé avec nos paumes

notre mémoire racle débâcle

des histoires aux yeux crevés

nous ne retrouverons plus

ces mots branlants de désir brut

qui retombent

en arc-en-ciel sur nos fantasmes

car l’alphabet a perdu ses voyelles




À L’ENVERS


À l’envers de tes draps

l’indécence de nos sens

rassasiés de plaisirs

nos soucis distillés dans l’alcool

nos rebuts à faire soupirer les chiens

à l’envers du temps

nos corps enchevêtrés

sur le cadran

d’un amour bestial

et d’orgasmes

à fendre l’âme du futur




LE TEMPS



Le temps prenait un malin plaisir à pisser sur ma vie. Debout sur mon calvaire, je léchais les fesses du bonheur.


Il est quelques fois flou, vague, loin, très loin ce boniment masqué de mensonges qui me talonnait la vie à coups de pieds dans le bas-ventre quand le soleil nous faisait grâce de sa brillance et me léchait l’entre-cuisse quand le froid se glissait à travers mon transparent épiderme.


Le temps me brûlait les entrailles. Brûlure à plein temps, en tout temps. 3ème degré de tous les degrés de la brûlure. Puis il me poussait dans le dos, me pressait et me mordillait la pointe des seins, s’accrochant désespérément à la phosphorescence de mon nombril creux.


Et il s’est envoyé ma vie en l’air. Je me traînais à quatre pattes en tout sens et en tout lieu lapant les gouttes de sa sève qui me tenait en vie.


J’ai avalé le temps, puis j’ai accouché de milliers de temps qui m’enve-loppèrent, me tuèrent. Diagnostic: morte d’avoir baisé le temps, morte d’avoir baisé la mort.




EN MARGE DES MIROIRS



Il y a le miroir qui défait le rêve. Il y a un autre, qui, d’une coupure, nous réveille. Mon miroir fictif s’endort et fantasme de petits matins suspendus entre le sommeil et le soleil. Il porte le reflet de mes murmures, les brandit à qui veut les voir, sans mes yeux témoins de leurs jugements.


J’ai cessé de me rechercher au dedans des miroirs. Je les ai tous cassés. Des quadrillages de toutes dimensions qui s’écroulent à mes pieds avec mes rires et mes pleurs.


Je n’aime pas les mirages ni les ombres. Je préfère l’authenticité du moi ; le non partage de l’être, même dans l’image.


Je m’approprie l’exclusivité de mes reflets dans le verbe. Je me suis fait écorcher les songes et blesser le regard dans le réflecteur d’une huma-nité qui affiche chaque parcelle de mes hésitations à la face du monde, qui tresse mes détresses à l’indiscrétion des yeux de faïence.


Il y a de ces miroirs qui reproduisent l’invisible. Il y en a d’autres qui font danser la tristesse sur fond de nago. Mon miroir fictif défie l’opacité du poème. D’invisibles doigts tracent sur la vapeur des mélancolies. Et quand disparaît le rempart des buées, il ne reste que l’éloquence du dire en filigrane pour briser les glaces.


Puis il y en a un qui se reconstitue à chaque fois; le miroir ensanglanté de mes silences qui rentrent bredouilles de la guerre des mots.


L’ENFANT



Assise au bord d’un trottoir

une enfant tend les yeux


elle attend

elle espère


assise

à la lisière d’un monde cruel

les cheveux en bataille

l’avenir en révolte

une enfant tend sa vie



LA CASE DE L’ABSENCE



Des cris

toute la rage qui nous bouscule

je te les envoie

Jo

tes doigts magiciens

les transformeront

en la couleur de mes espoirs


je te jette mes hurlements

camouflages d’une histoire cassée

ensevelie dans l’architecture de tes souvenances

enfouie sous une palette décolorée


toi

la diagonale de mes besoins

toi qui me dessines à l’aveugle

me voici encore une fois

déshabillée dans tes jours incomplets

démaquillée

dans ta paume aux mille et une couleurs






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