Excerpt for Une Lancia Rouge Dévale Lombard Street á Tombeau Ouvert by Erich von Neff, available in its entirety at Smashwords

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UNE LANCIA ROUGE DÉVALE LOMBARD STREET

À TOMBEAU OUVERT

Nouvelle

Erich Viktor von Neff

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Erich Viktor von Neff at Smashwords

Copyright (c) 2011 by Erich Viktor von Neff

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Traduit de l’américain par Serge Féray

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Table des matières

1. Opus 24 à l’Opus I

2. La Fabrique de Spaghetti

3. Cuir noir

4. L’Endroit

5. La Galère de Juanita

6. Des bottes à l’épreuve des balles

7. La Boulangerie Co-Existence

8. Le Salon de Thé de Miss Smith

9. Lulu

Annexe

À propos de l’auteur

*

Opus 24 à l’Opus I

Joe Lauricella avait conduit la Lancia rouge de Hans Holmsen à travers le tunnel de Broadway*. À la sortie Joe ralentit pour que nous puissions regarder les belles jambes des femmes. Il se gara en face de Clown Alley. Sur le gril, les hamburgers et les oignons grésillaient.

Nous traversâmes la rue en direction du café Opus I et descendîmes les escaliers. Les accords atonaux de l’Opus 24 de Schoenberg agressèrent nos oreilles**.

Joe commanda un Metaxa. Je commandai un Metaxa. Un mur bleu lavande et des tables nous faisaient face. Des femmes étaient groupées autour des tables. Elles fumaient avec intensité des cigarettes retenues par de longs fume-cigarettes.

Je lorgnai la brunette à ma droite.

Elle continua à tirer des bouffées de cigarette. Elle tapotait doucement la table de ses ongles rouges. Tap. Tap.

Joe sortit un paquet de cigarettes Lucky Strike. Il regarda à l’intérieur. Il tira une cigarette, frappa le paquet contre la paume de la main. Et pis frotta l’allumette.

L’amie de la brunette, une blonde platinée, se mit à parler avec un accent allemand rauque. “J’aime l’italien”, dit-elle. Elle dévisageait Joe avec des yeux rétrécis. Elle pinça les lèvres. Serrées. De plus en plus serrées.

Nous bûmes nos Metaxa.

Des odeurs effervescentes de parfums odorants flottaient vers nos narines. Nous inhalâmes ces arômes… emplissant nos poumons.

La brunette passa la main dans ses cheveux, puis souffla des ronds de fumée un, deux, trois. Elle les regarda avec indifférence en faisant tomber ses cendres sur le plancher.

Le couple assis à côté d’elles, deux femmes à cheveux longs, échangeaient des baisers mouillés. Elles s’embrassaient bruyamment en mélangeant leurs salives. Elles nous jetèrent un coup d’œil. Etions-nous jaloux ? Nous désirions des baisers mouillés… de toutes les deux.

L’Opus 24 de Schoenberg continua in Marschtempo (à rythme de marche). La blonde platinée avança vers les toilettes des femmes en se pavanant. Durchaus gleichmässiges Marschtempo (en maintenant continuellement le même rythme de marche). Nous observions ses jambes qui avançaient en cadence… le revers des cuisses et les revers des mollets. Sa robe noire se collait à ses fesses. Ses talons hauts s’enfonçaient dans le sol.

À ce moment, la brunette but une petite gorgée de champagne pétillant d’un long verre à pied — nicht schnell, aber gesangvoll (sans se presser mais à “pleine gorgée”). Elle colla le bord du verre contre son rouge à lèvre. Joe Lauricella et moi regardions ses lèvres s’écarter lentement, elle pencha le bord du verre. Les bulles et le champagne descendirent dans sa gorge. Elle déposa le verre sur la table. Il était taché de rouge à lèvres.

Joe sortit un autre paquet de Lucky Strike, et le mit en face de lui. Il regarda la brunette. Sa coupe de champagne était encore sur la table.

Variationen andante (variation andante). Le couple aux cheveux en cascade s’enlaça.

Une des femmes caressa le cou de l’autre.

Joe sortit une allumette, alluma sa Lucky, puis en prit deux bouffées.

Elles se chuchotaient à l’oreille… de longues, lentes syllabes.

Rasch (rapidement) la blonde revint. Elle se pavana à nouveau devant nous.

“Die mich durch Blick and Rede gleich zerstört.”

(Vous qui me détruisez du regard et des paroles). Die Sonette von Petrarca nr. 217 (le sonnet N°217 de Pétrarque) se répétait sur le fond sonore de l’Opus 24.

La serveuse s’approcha. “Des Metaxa ?” demanda-t-elle. Joe lui tendit trois dollars. Elle les fit disparaître entre ses seins.

Elle revint peu après. Elle se pencha vers les deux hommes en laissant voir la naissance de ses seins. L’argent de Joe n’y était plus. Il n’y aurait pas de monnaie.

Die Tanzszene (la scène de la danse) commença. La blonde platinée dansait avec la brunette. Le couple aux cheveux en cascade dansait aussi. Sehr lebhaft (très vivement).

La blonde platinée fit un signe à Joe. Ils se mirent à danser. Ils se pressaient l’un contre l’autre. Pendant que moi je dansais avec la brunette. Lebhaft, lebhaft (vivement, vivement). Je mordis les mèches de ses cheveux ; et j’entendis par hasard la blonde platinée parler à Joe d’une voix gutturale.

Les corps ardents des femmes s’enlaçaient et tourbillonnaient autour de nous. Nous dansâmes encore et encore. Joe continuait à écouter la blonde platinée qui parlait en allemand.


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