Excerpt for Source de Jouvence by Alan Spade, available in its entirety at Smashwords

Source de jouvence


Par Alan Spade

 

*****


PUBLIÉ PAR

Emmanuel Guillot sur Smashwords

Copyright © 2011 – Editions Emmanuel Guillot


Smashwords Edition License Notes

This ebook is licensed for your personal enjoyment only. This ebook may not be re-sold or given away to other people. If you would like to share this book with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. If you're reading this book and did not purchase it, or it was not purchased for your use only, then you should return to Smashwords.com and purchase your own copy. Thank you for respecting the author's work.



*****


Présentation :


Le génial ingénieur Iskal Nerdeb doit présenter l’un des androïdes les plus perfectionnés de tous les temps au XXXVIIIème Congrès de Cybernétique Avancée. Hélas, le voyage que lui et sa petite famille ont entrepris s'avère plus dangereux que prévu.

Source de jouvence est l'une des huit nouvelles du recueil de science-fiction (space opera) Les Explorateurs, d'Alan Spade, parue en 2009 aux Editions Lokomodo.


*****


Source de jouvence



« Tout va bien se passer » assura Iskal Nerdeb d’un ton confiant, adressant un large sourire à sa femme Aljane et son fils Vens. La première le dévisageait les lèvres pincées en tordant de nervosité ses courtes mains, le second portait sur lui de grands yeux aigue-marine qui ne perdaient aucun de ses mouvements. Non pas qu’Iskal eut une chance d’échapper à sa vue dans l’espace confiné du cockpit du Transiter, le vaisseau trapu qui servait à la petite famille de moyen de transport interstellaire, mais Vens, petit garçon de huit ans à la tignasse blonde perpétuellement hirsute, s’intéressait vivement aux différentes phases de pilotage manuel. Et particulièrement à la plus spectaculaire de toutes, la traversée des Relais d’Accélération.

Iskal, quant à lui, était moins optimiste qu’il ne le laissait transparaître. Il en venait presque à se reprocher son perfectionnisme. Ses collègues d’Andro-Max lui avaient fait comprendre qu’il ne déléguait pas suffisamment sa charge de travail, allant jusqu’à mettre en question sa confiance envers le reste de l’équipe. Mais Muta était sa chose, son bébé, l’aboutissement ultime de sa carrière, aussi Iskal avait-il tenu à effectuer lui-même dans les moindres détails les dernières vérifications de fonctionnement de l’androïde, sur le plan logiciel et mécanique. Pour la même raison il avait insisté pour présenter en personne Muta au XXXVIIIème Congrès de Cybernétique Avancée – manifestation qui rassemblerait sur Ezelias 2 les plus grands cerveaux de la galaxie en la matière, et qui serait décisive pour l’avenir du projet.

Son androïde ferait l’unanimité, Iskal en était convaincu. Encore fallait-il arriver à point nommé pour l’ouverture, car ses vérifications avaient entraîné des retards. Pour ce faire il devait à présent emprunter le chemin le plus court mais également le moins sûr vers Ezelias 2. Le Relais d’Accélération éclairé par les faisceaux lumineux du Transiter, composé de deux arcs de cercle de trinocium luisant d’un éclat purpurin, allait en effet les mener dans la région du champ de débris de Keblar. Un secteur censé être protégé par les gardes-frontières de la Confédération des Planètes Unies, mais où des rumeurs persistantes signalaient l’existence de pirates s’en prenant aux convois venus s’approvisionner en métaux précieux et qui repartaient les cales pleines.

Iskal observa à la dérobée le pâle visage bordé de longs flots roux d’Aljane, évitant de croiser ses beaux yeux émeraude. Il réprima un soupir. Pourquoi avait-il donc fallu qu’elle insiste tellement pour l’accompagner avec Vens ? A l’heure qu’il était elle et son fils auraient dû se trouver en sécurité dans leur confortable villa sur Galinean 4. Cependant Aljane n’avait pas voulu en démordre : elle avait pris spécialement des congés pour que tous trois puissent faire le voyage ensemble, ainsi que cela avait été prévu de longue date. Ce n’était pas sa faute à elle s’il avait accumulé du retard et devait suivre un parcours plus dangereux que celui initialement planifié. En l’occurrence si danger il y avait, elle exigeait de le partager : selon elle, leur famille devait rester unie dans l’adversité au même titre que dans le bonheur. Qui plus est elle n’aurait « pu supporter » une absence aussi prolongée de sa part. Devant tant de détermination, Iskal avait dû céder.

A plusieurs reprises il avait constaté que les actes et décisions de sa femme allaient à l’encontre de sa personnalité timide et angoissée : il y avait des principes sur lesquels elle ne transigeait pas, dut-elle forcer sa nature comme c’était le cas en ce moment même. Pour cela il ne l’en aimait et ne l’en respectait que davantage.

Logiquement il ne devrait pas y avoir de problèmes, se répéta-t-il pour la millième fois. En étudiant les banques de données concernant le secteur de Keblar, il avait pris conscience que les vaisseaux pirates impliqués étaient tous des modèles assez vétustes et rafistolés. Aucun ne pouvait rivaliser avec la vitesse du Transiter. « De toute façon ils ne s’en prendront pas à nous », avait-il assuré à sa femme le jour du départ. « Leurs cibles sont des transporteurs de marchandises, pas un minuscule vaisseau tel que le nôtre dont la soute ne fait pas plus de dix mètres cube. » Il empoigna la manette des gaz et le manche à balai. Puis, profonde aspiration : Les dés sont jetés !

Les propulseurs du Transiter s’environnèrent d’un halo bleuté et la navette s’avança vers le centre du Relais. A l’instant précis où elle pénétra dans sa sphère d’influence la lueur pourpre s’intensifia : le Transiter fut propulsé en avant, sa vitesse augmentant exponentiellement. Vens, les yeux écarquillés, le dos calé dans son siège de sécurité gravimétrique, vit des millions de particules de couleur aux nuances différentes déferler sur le panneau de vitriglass du cockpit. Il y avait des choses par-delà ces couleurs, des éléments si complexes que l’esprit humain, bien en peine de les interpréter, les retransmettait sommairement. Sans en avoir conscience Vens béait d’admiration. Le jeune garçon n’était pas coutumier des voyages interstellaires, pour lui ces insaisissables éclats de lumière et de moire n’avaient rien d’anecdotique – ils constituaient même le clou du périple !

Quelques instants s’écoulèrent, puis il se produisit un phénomène d’inversion, en sorte que les photons semblèrent s’éloigner du vaisseau au lieu de s’y écraser. Tout s’obscurcit. Chacun des occupants eut l’impression d’être devenu aveugle.

Pour Iskal, c’était le moment le plus délicat. Si les pirates devaient agir, ce serait maintenant, dans cet intervalle suivant le saut où quelques secondes étaient nécessaires pour reprendre ses esprits. D’ordinaire Iskal dominait ses émotions et affichait un masque de sérénité et de flegme imperturbable, mais pour une fois le sentiment de leur vulnérabilité fut si intense que ses mains se firent moites en étreignant le manche à balai, leurs jointures blanchissant sous l’effort. Peu à peu les formes et lumières de l’environnement immédiat apparurent, tout d’abord floues et vaporeuses, jusqu’à se décider enfin à prendre consistance et réalité. Sur les écrans des détecteurs, distants de dizaines de milliers de kilomètres, plusieurs vaisseaux légers étaient signalés. Une minorité d’entre eux ne possédaient pas d’immatriculation, les autres appartenaient d’après leur matricule aux gardes-frontières de la Confédération.

« Des pirates aux prises avec les gardes-frontières », constata Aljane d’une toute petite voix, comme si parler trop fort risquait d’attirer l’attention sur eux.

« Excellent ! » approuva Iskal avec force et chaleur – Vens le dévisagea d’un air intrigué, peu habitué à voir son père exprimer ses émotions. « Ils ont l’air très occupés. A peine auront-ils réalisé notre existence que nous serons déjà trop loin pour être rattrapés. » Sur ces paroles assurées, Iskal enclencha le pilotage automatique. Le Transiter suivit le plan de vol calculé à l’avance, Iskal et Aljane surveillant les écrans des détecteurs. Comme leur trajectoire les rapprochait de la zone des combats, Aljane crispa ses mains sur ses genoux, ses lèvres formulant de muettes prières. Vens quant à lui avait les yeux brillants et se tortillait pour mieux voir les détecteurs. « Là ! Il y en a un qui vient de disparaître ! s’écria-t-il.

— C’est l’un des pirates… apparemment abattu par les gardes-frontières, constata Iskal après avoir entré des instructions sur la console. On dirait que le combat tourne en leur faveur.

— Et notre présence ne semble pas avoir été remarquée, compléta Aljane d’une voix altérée par l’émotion. Nous commençons à nous éloigner, maintenant.

— Déjà ! protesta Vens. On pourrait pas se rapprocher un peu, juste pour regarder la fin ? »

Deux paires d’yeux se braquèrent sur lui, la première le dévisageant avec atterrement et chagrin, la seconde avec un mélange de désapprobation et d’amusement. Il n’eut pas besoin de paroles pour comprendre que sa requête était rejetée.

Iskal lissa sa barbe blonde impeccablement taillée. Il leur restait encore deux portails interstellaires à franchir. Le premier les mènerait dans une zone inhabitée, carrefour de plusieurs Relais d’Accélération. Le second les conduirait au système d’Ezelias. Selon ses calculs, ils devaient arriver cinq unités galactiques avant l’ouverture du Congrès, ce qui leur permettrait de faire un peu de tourisme. Si le plus gros du danger semblait d’ores et déjà évité, il ne se sentirait en sécurité qu’après avoir traversé le dernier Relais.

Un peu plus tard les détecteurs du Transiter, décelant des débris de taille variable sur le parcours – vestiges de stations spatiales abandonnées, cargos à la coque éventrée dérivant au gré des forces de gravitation – ralentirent aussitôt sa course. Vens en profita pour faire pivoter son siège vers l’un des télescopes latéraux compacts dont était équipé le vaisseau. Jouant de deux manettes de guidage, il pointa l’instrument optique vers le plus massif des objets : un satellite artificiel, demi-sphère où se dressaient notamment les reliquats de plates-formes de forage. Eclairés par la lumière blafarde de la double étoile du système, ils projetaient des ombres démesurées et inquiétantes. Vens appuya sur une touche pour que le télescope se verrouille sur sa cible. Il examina avec curiosité le détail du complexe minier apparemment inhabité de longue date, puis prit du champ pour observer l’ensemble. Jusque-là dissimulé par des entrepôts de stockage, ce qui ressemblait à un museau effilé se profila alors dans un angle de l’objectif. Bientôt, l’appareil tout entier s’y engloba. Vens verrouilla le télescope sur le nouveau venu. « Papa regarde ! Un mineur ! » s’exclama-t-il. 

Iskal fronça les sourcils. Les détecteurs n’affichaient la signature d’aucun autre vaisseau dans les environs immédiats. Désactivant son siège, il se pencha par-dessus l’épaule de son fils pour scruter l’écran relié au télescope. L’intrus avait viré de bord et s’orientait dans leur direction. Son appareil était de type Exedius 3 – pas aussi rapide que le Transiter mais plus polyvalent. « Agrandissement fois deux » murmura Iskal.

Dorénavant nettement visibles, deux lance-torpilles et plusieurs canons à particules pointaient sous la superstructure des ailes renflées.

Iskal étouffa un juron et se retourna précipitamment vers le poste de pilotage. Sans perdre une seconde, il enclencha les fonctions manuelles. Son cerveau s’était mis à fonctionner à toute allure. Tout d’abord, ils devaient contourner la lune artificielle. Puis franchir une zone parsemée de débris avant de pouvoir reprendre le cap initial à une vitesse qui en principe, leur permettrait d’échapper au pirate – Iskal ne doutait pas que c’en était un. Il poussa les propulseurs au-delà de la limite autorisée par les systèmes de sécurité tout en inclinant le manche à balais. La navette piqua du nez. Les détails des installations du satellite abandonné devinrent discernables à l’œil nu et grossirent.

« Etrangers ! Eteignez vos réacteurs et préparez-vous à être abordés ! Obéissez maintenant ou assumez les conséquences de votre irresponsabilité ! »

La voix bourdonnante appartenait à n’en pas douter à un Udanien d’origine. Aljane lança un regard de détresse à son mari, qui fit mine de ne pas le remarquer.

Le Transiter continua résolument sa course, son poursuivant dans son sillage. S’apercevant que l’Udanien était en train de s’aligner sur leur trajectoire, Iskal lâcha entre ses dents : « Accrochez-vous, ça va secouer ! » Accomplissant de son mieux les rares manœuvres d’évasion qu’il connaissait, il décrivit une succession de virages serrés. En son for intérieur il se félicita de ne pas avoir négligé cette partie de l’apprentissage lorsqu’il avait eu à décrocher son brevet de pilote, il devait y avoir une éternité de cela.

« Je crois que je vais vomir ! » geignit Vens, qui depuis quelques instants trouvait les combats spatiaux beaucoup moins excitants.

Aljane, le visage blême, les lèvres serrées, s’agrippait aux poignées de sûreté avec la force du désespoir, tout en s’abstenant de proférer la moindre plainte.

Comme ils achevaient de contourner la station minière, plusieurs traits mortels les frôlèrent. Iskal réagit en précipitant follement son vaisseau en direction du champ de débris. Une plaque de titanium se rapprocha si vivement qu’Aljane crut leur fin venue, mais Iskal activa les répulseurs au dernier moment et l’évita d’un cheveu. Les nerfs tendus à se rompre, la figure inondée de sueur, il s’employa à esquiver les obstacles à coups de rudes embardées, déclenchant chez Aljane et Vens force haut-le-cœur et grincements de dents. Dans leurs deux heures un antique réacteur rouillé, tout à coup transpercé, se scinda en deux. Ce tir-là était passé si près qu’Aljane ne put retenir un cri perçant. Son regard se voila de larmes.

Iskal refusa de céder à la panique, continuant à se battre furieusement avec les commandes, conscient du miracle d’avoir déjà échappé si longtemps à la collision aussi bien qu’aux faisceaux laser adverses. Lorsqu’il aperçut une trouée dans le champ de débris, il accéléra à fond, sans savoir s’ils en étaient vraiment sortis ou s’il ne venait pas de signer leur arrêt de mort. Je ne peux tenir davantage. Notre vitesse est notre dernier espoir, pensa-t-il.

Les quelques secondes suivantes se prolongèrent hors du temps. Iskal serrait convulsivement les mains sur le manche en attendant l’impact, réduit à se demander s’il surviendrait par l’arrière suite à un tir, ou bien par l’avant quand le Transiter finirait par rencontrer un objet métallique. Ils allaient trop vite maintenant pour qu’une manœuvre d’évitement fût envisageable.

Cependant ses pires craintes ne se réalisèrent pas – il était bel et bien parvenu à maintenir son cap et à traverser l’amas de débris. Un coup d’œil sur les écrans des détecteurs lui permit d’établir qu’ils étaient également hors de portée du pirate. Lentement, il détendit ses muscles. Ses mains, dont les jointures le faisaient souffrir, refusèrent tout d’abord de lui obéir. Il ne réussit à les convaincre de relâcher leur étreinte qu’au prix d’un effort sur lui-même. Fiévreusement il redéfinit le cap vers le prochain Relais d’Accélération, ne s’autorisant qu’ensuite à rejeter la tête en arrière pour échanger un regard prolongé avec Aljane. Les mots furent superflus : la peur et la douleur qu’il lut dans ses yeux verts furent bientôt chassées par l’indécision et l’indécision, par le soulagement. Alors elle lui rendit son sourire, d’abord timidement puis ouvertement. Ils se retrouvèrent au bout du compte tous deux secoués d’un long rire nerveux. Vens les observait avec une perplexité proche de la consternation, se demandant ce qui leur arrivait. Quand il leur posa la question, cela ne fit que redoubler leur hilarité. Celle-ci fut pourtant interrompue par un retentissant signal d’alarme.


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-7 show above.)