On Frappe
par
Martin Rouillard
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PUBLIÉ PAR:
Martin Rouillard à Smashwords.com
On Frappe
Copyright 2010 par Martin Rouillard
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On Frappe
Claude observait avec attention la femme qui sommeillait paisiblement à ses côtés. Il contemplait son cou élancé, ses épaules dénudées, la courbe de ses hanches et la rondeur de ses fesses sous les couvertures. Il aurait tant aimé être immunisé aux charmes de celle-ci, mais il ne pouvait s’empêcher, Kathryn était belle, séduisante et désirable. En fait, la nuit était pour ainsi dire le seul moment où elle lui paraissait encore digne de son amour. C’était le seul moment qui n’avait pas changé au cours des années, l’unique vestige d’un passé plus heureux. Le reste du temps, c’était plutôt une figure austère et froide qui partageait sa demeure.
Leur relation avait pourtant débuté sous la bienveillance d’une étoile des plus brillante. Dès leur première rencontre, tout le monde s’était mis d'accord pour affirmer que le destin avait fait un travail merveilleux de réunir deux êtres qui se complétaient si bien. Le Yin et le Yang. La moutarde et le ketchup. Bref, elle était les céréales et lui, bien entendu, le lait.
Quel beau ramassis de sottises que tout ça!
La première année de leur union ne s’était même pas écoulée que déjà, sa nouvelle épouse lui donnait sans cesse des ordres et le couvrait constamment de réprimandes injustifiées. Attention, on ne parle pas ici de suggestions amenées avec délicatesse et empreintes d’amour, terminées par un surnom stupide du genre « mon petit bout de beurre tout en douceur », mais bien de directives précises sur comment vivre chaque aspect de son existence; des consignes à suivre sans discuter concernant sa diète, des commandes péremptoires sur ses habitudes de vie et finalement, des instructions sur la manière dont il devrait bientôt se couper les couilles et les jeter aux poubelles, succédés de sa virilité.
Au bout du compte, Claude en était venu à la conclusion que le mot marital n’était pas très différent de martial.
Mais tout ça, comme Kathryn se plaisait à lui répéter avec acharnement, c’était pour son bien. Après tout, Claude n’était qu’un simple technicien en informatique et elle, docteure Kathryn O’Brien, une psychologue de renom avec trois ouvrages publiés à son actif. Pas étonnant que les gens aient besoin d’acheter ses conneries si tous les mariages étaient comme le sien. Le pire, c’était que...
Toc!
Toc!
Toc!
Claude se raidit d’un trait sur le lit, sa respiration prenant une pause alors que son attention cherchait soudainement un nouveau point de repère. Chacun de ses sens était brusquement en alerte, tout comme les poils qui se dressaient sur sa nuque, histoire de voir ce qui se passait. Inquiet, il ne bougea que les yeux pour tenter de comprendre ce qui venait de se produire. Rapidement, son esprit rejoua la bande sonore des cinq dernières secondes de sa vie. Une deuxième fois, puis une troisième. Aucune erreur possible; il avait bien entendu un bruit insolite, voilà ce qui s’était produit. Lentement, il tourna la tête vers la table de nuit, sur laquelle reposait un cadran analogique. Les chiffres illuminés d’un rouge vif lui beuglèrent l’heure : « deux heures et quart, connard! »
Pourquoi est-ce que tous les putains de cadrans bon marché affichent les chiffres en rouge? se demanda Claude. Est-ce que la lumière bleue coûte trop cher? Est-elle réservée pour l’élite des cadrans? Comme à son habitude, Claude dut tirer sur la bride de son esprit et le ramener dans le droit chemin. Après tout, il se passait quelque chose de bizarre qui commandait son attention au plus vite.
Lentement, il se recoucha sur le dos. Il avait beau ne plus être un enfant, son imagination débordante bombardait tout de même ses pensées d’hypothèses effrayantes et de suppositions farfelues. Peut-être est-ce un réflexe élémentaire de survie chez l’homme. On perçoit un bruit suspect dans le noir et hop-bebop, on se fait à l’idée que c’est probablement un monstre hideux ou encore le croque-mitaine. Claude n’étant en rien différent des autres, des images terrifiantes défilèrent dans son esprit, tandis qu’il demeurait dans le silence absolu, à l’affut du moindre signe qui confirmerait ses soupçons les plus noirs. Cependant, plusieurs minutes s’écoulèrent sans que rien de surnaturel ou de traumatisant se produise. Finalement, Claude relâcha ses muscles tendus et tenta d’oublier l’incident. Il ferma les yeux et attendit quelques minutes de plus, avant de reprendre ses réflexions, faute de pouvoir trouver le sommeil.
Toc!
Toc!
Toc!
Ces paupières s’ouvrirent rapidement.
Sa respiration s’arrêta brusquement.
Cette fois-ci, pas de doute, Claude avait bien entendu un bruit. Il releva lentement la tête, balayant la pièce du regard. Il fixa d’abord la porte close de la chambre, puis le coin opposé où se dressait un miroir et finalement, le placard devant lui.
Peut-être que quelqu’un s’y était introduit plus tôt.
Peut-être qu’un meurtrier en série se trouvait tapi sous le lit ou dans le hall, derrière la porte.
Bien entendu, c’était complètement idiot comme conclusions. Personne n’aurait pu entrer dans la pièce sans qu’il le remarque. Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit après tout. Tout de même, mieux valait être sûr que... que...
Que quoi au juste? Il n’osait pas y penser. Il regarda Kathryn.
Elle dormait toujours, évidemment. Devait-il la réveiller? Probablement que non. Elle trouverait inévitablement le moyen de le tourner au ridicule, il en était persuadé. Elle lui ferait la morale sur tout et sur rien, sans compter qu’elle le semoncerait certainement avec mille et un reproches, histoire de lui siphonner ses dernières gouttes d’estime personnelle.
« Je t’avais pourtant prévenu de ne pas manger avant de te coucher! Un ventre plein favorise l’insomnie et le manque de sommeil brouille le jugement. Et blah blah blah et blah blah blah! »
« Ta gueule merde », lui lança-t-il dans son esprit.
Pas trop fort quand même, mais en chuchotant ses pensées, juste au cas où Kathryn pourrait les entendre. Cette femme avait le pouvoir unique de toujours deviner ce qui lui passait par la tête, c’était incroyable. Il ne pouvait rien lui cacher. Comme le jour où il était allé au bar de...
Toc!
Toc!
Toc!
Claude faillit bien avoir une crise cardiaque. Cette fois-ci par contre, il reconnut le bruit inquiétant. Depuis des mois maintenant qu’il dormait à peine, à l’exception de quelques heures juste avant le lever du soleil. Il connaissait parfaitement chacun des sons de la maison : l’humidificateur à ultra-sons qui faisait un ultra vacarme, la douche qui se vidait d’eau à tout moment de la nuit comme un vieil homme, le réfrigérateur qui beuglait sous l’effort constant, même la voiture de la voisine qui arrivait du travail vers une heure trente.
Mais le nouveau bruit était un étranger dans la symphonie nocturne de la maison. À tout autre moment de la journée, il aurait été parfaitement à sa place. Mais pas au beau milieu de la nuit. Personne ne venait cogner à la porte d'entrée en pleine nuit.
Même s’il y avait une urgence, Claude s’imaginait que le noctambule cognerait avec beaucoup plus d’entrain que simplement trois petits coups réguliers, tout en douceur.
Il se redressa sur les coudes pour mieux tendre l’oreille. Retenant son souffle, serrant les poings, il essaya de « projeter » son ouïe vers le rez-de-chaussée. Bien entendu, c’était tout à fait inutile, son ouïe demeura parfaitement égale et banalement humaine. Après quelques minutes de silence absolu, Claude décida qu’il y avait vraisemblablement une explication tout à fait raisonnable à la situation et qu’il devrait probablement aller répondre. Peut-être que la voisine avait des problèmes avec sa voiture.
En plus, elle était jolie, la voisine. Assurément, Claude s’en voudrait toujours de ne pas être accouru au secours d’une jolie dame en détresse. Après tout, c’est ce que Kathryn avait jadis aimé chez lui, sa galanterie chevaleresque!
Lentement, prenant bien garde de ne pas réveiller son épouse ou d’avertir quelconques fantômes qui pourraient rôder aux alentours, Claude descendit du lit. Sans y réfléchir, se sentant parfaitement ridicule par la suite, il fit très attention pour déposer les pieds le plus loin possible de l'espace noir et mystérieux sous le matelas. Doucement, sur le bout des orteils, il contourna le lit et ramassa son peignoir en coton bleu. Il se dirigea finalement vers la porte de la chambre.
En posant la main sur la poignée, une pensée inquiétante traversa son esprit. Est-ce qu’on avait bien cogné à la porte d’entrée ou était-ce plutôt à la porte de la chambre? Les coups avaient été si faibles, peut-être se trompait-il sur leur véritable provenance. Il était à peu près sûr que c’était la première option, mais maintenant, il doutait de sa mémoire. En fait, s’il voulait être honnête, il doutait même d’avoir bien entendu quelque chose.
« Tu vois Kathryn? » se dit-il. « Maintenant, je doute sans arrêt de moi-même! Satisfaite? »
Il jeta un coup d’œil vers la femme qui partageait sa vie. Elle était tout de même d’une grande beauté, une déesse sommeillant paisiblement dans les draps de satin blanc. Une image de paix et de sérénité s'il y en avait une. Et puis, à bien y penser, elle n’était pas si vilaine que ça. Enfin, pas tout le temps. Quand elle le voulait, c’était une personne pleine de chaleur humaine et animée d’une joie de vivre contagieuse. De plus, elle ne lui avait jamais vraiment mis au visage le fait qu’elle gagnait presque quatre fois son salaire à lui. En fait, elle l’avait toujours encouragé dans son travail et insisté pour qu’il y consacre tout son temps. Même quand il avait eu cette idée ridicule de tout lâcher pour devenir auteur, Kathryn lui avait bien fait comprendre que ce n’était pas fait pour lui.
Elle prenait bien soin de lui et malgré ses quelques défauts, il l’aimait toujours plus que tout.
Toc!
Toc!
Toc!
« Nom de Dieu de bordel de merde de fils de pute! » hurla l'esprit de Claude dans son crâne. Il prit quelques instants pour retrouver la solidité de ses genoux et le courage de respirer à nouveau. Il avait bien failli s’évanouir cette fois-ci. Au moins maintenant, il savait que le bruit provenait effectivement de la porte d’entrée, au rez-de-chaussée.
Évidemment qu’il provenait de la porte d’entrée, d’où voulait-il qu’il provienne au juste? Quelqu’un cognait à la porte depuis quelque temps déjà et probablement avait-il besoin d’aide. Il tourna lentement la poignée qui grinça sous l’effort. Pas autant que les vieilles pentures par contre. Par miracle, Kathryn poursuivit ses rêves sans broncher, même lorsqu’il referma la porte de la chambre derrière lui. Tout en essayant de faire le moins de bruit possible, Claude enfila son peignoir qu’il attacha mollement au devant.
Son premier réflexe fut de se diriger vers l’escalier devant lui et de descendre au rez-de-chaussée, mais il se ravisa rapidement. Il repensa encore une fois au rythme des coups. Si effectivement il s’agissait d’une gente demoiselle en quête d’un sauveur, n’aurait-elle pas normalement cherché à défoncer la porte, cognant continuellement et avec énergie, afin d’attirer l’attention des résidents le plus rapidement possible? Or, l’intrus qui se tenait à l’extérieur de la maison avait frappé avec calme et patience. Qui donc venait cogner tout en douceur chez les gens à deux heures trente du matin?
Des voleurs, voilà qui!
Plus précisément, des criminels dépravés qui séquestrent les gens dans leur propre domicile, afin de les cambrioler et de les assassiner par la suite. Probablement avaient-ils l'intention de les violer aussi. Et tout ça dans cet ordre! Seigneur, il devait appeler la police immédiatement.
« Non, mais arrête tes conneries, » lui dit une voix dans sa tête. Sûrement celle de Kathryn. Même lorsqu’elle dormait, elle continuait de le vexer. Elle le traitait de trouillard et de couilles molles. Des envahisseurs de domicile? Vraiment? Dans ce quartier? À quoi est-ce qu’il pensait encore? Et pourquoi pas des extra-terrestres en panne d’essence? Voilà pourquoi il ne pouvait rien écrire de bon, sa tête n’était remplie que d’idées stupides et tordues.
Et puis le téléphone était dans la chambre à coucher et il ne voulait surtout pas réveiller sa femme sans une bonne raison.
Tout de même, il n'en demeurait pas moins que quelqu’un frappait à la porte. Quelqu’un de persévérant en plus. Il devait bien avoir une bonne raison d’être là. Claude eut tout à coup une idée de génie! Il contourna l’escalier et entra dans la chambre d’amis, qui ne servait jamais d’ailleurs. Il sauta presque par-dessus le petit lit double et s’arrêta devant la fenêtre qui donnait sur la rue et par le fait même, sur l’entrée asphaltée de la résidence. Peut-être pourrait-il obtenir des indices sur l’identité de l’étranger en espionnant par ici d’abord. Un peu de reconnaissance stratégique ne pourrait pas faire de mal.
Tout doucement, comme s’il effectuait une opération à cœur ouvert, visualisant chaque mouvement avant de s’exécuter, il écarta légèrement deux lames du store blanc recouvrant la fenêtre. Cependant, l’ouverture finale faisait à peine un centimètre de haut et il ne vit absolument rien. Avant de se faire repérer par un quelconque voisin qui serait aussi en train d’espionner à sa fenêtre, il recula d’un pas avec empressement. Et bien, bel essai, mais il n’était pas plus avancé.
Toc!
Toc!
Toc!
Allez mon vieux, un peu de courage. Il fallait admettre, l’importun était tenace et Claude commençait sérieusement à douter qu’il s’en aille avant avoir obtenu satisfaction. Un frisson lui parcourut l’échine alors que des pensées noires traversèrent son esprit une fois de plus. Prenant son courage à deux mains, il écarta le store, cette fois-ci suffisamment pour y voir la rue, la maison du voisin d’en face, son propre terrain et l’entrée où il garait sa Toyota Echo. Kathryn se réservait le garage pour sa Jaguar.
Claude fit un rapide survol de l’extérieur, qu’un lampadaire éclairait vaillamment d'une lueur orangée. Aucun voisin ne le fixait de sa fenêtre, aucune voiture n’était garée devant chez lui, aucune ombre devant la porte. Rien. Pas même un chat fouillant dans les ordures. Celui qui était à la porte devait se tenir tout juste dans la petite alcôve en briques, où des araignées passaient l’été à s’engraisser de mouches, tissant leurs sales toiles autour des lanternes murales.
Claude pressa son nez sur la vitre, tournant la tête d’un côté, puis de l’autre. Il essaya de forcer ses yeux à rouler plus bas dans son crâne, s’écrasant le visage dans la fenêtre froide. Malheureusement, sa vision étant toujours linéaire, impossible de voir l'intrus se tenant tout juste sous ses pieds. Il ne lui restait maintenant plus qu’à descendre au rez-de-chaussée pour aller ouvrir.
Il revint donc devant la porte de la chambre principale, faisant bien attention de demeurer silencieux pour ne pas réveiller Kathryn. Tranquillement, glissant une main sur la rampe de chêne, il descendit les marches une à une, déposant les pieds le plus délicatement possible. Chaque fois qu’une marche grinçait sous son poids, Claude fermait les yeux et son visage se crispait. Alors il restait sur place quelques secondes, s’assurant que ni Kathryn, ni l’intrus, n’avaient deviné qu’il se dirigeait en bas. Dans le cas du visiteur nocturne, c’était bien inutile de s’inquiéter, car visiblement, il ne partirait pas tant que quelqu’un ne serait pas venu lui répondre.
Une fois au pied de l’escalier, Claude y demeura quelques instants, le temps de s’orienter. Il savait très bien où il était, c’était chez lui après tout, mais chaque seconde qu’il pouvait acheter pour retarder l’inévitable, il les prendrait. Le rez-de-chaussée était disposé à aire ouverte, autour de l’escalier. Devant lui, le salon devenait la salle à manger avec accès sur la cour arrière de la propriété. Ensuite, adjacente à la salle à manger, sur sa droite, la cuisine donnait sur le vestibule fatidique où l’attendait son visiteur, de l’autre côté de l’escalier.
Tout l’étage était dans le silence le plus total, à l'exception du fameux réfrigérateur qui grondait sans arrêt.
Si au moins Kathryn avait accepté qu’ils adoptent un chien. Ha! Comme il aimerait pouvoir lui mettre l’index sous le nez en ce moment même. Il lui enfoncerait dans la narine le fait qu’il avait raison; un chien aurait été une sécurité efficace contre les voleurs, les agresseurs et même contre les revenants. Ou peut-être étaient-ce les chats? Peu importe. IL, lui, Claude, avait raison. Un chien aurait été drôlement utile en ce moment même.
Toc!
Toc!
Toc!
« Ça va, ça va, j’arrive merde! », pensa Claude.
Il avança dans le salon, fit quelques pas et, bien entendu, se heurta le petit orteil sur la table de fer forgé qui trônait dans cette pièce aux allures ridicules. Saleté de table de merde. Qui est-ce qui achète des tables en fer forgé qu’on ne voit pas dans le noir? Sérieusement! C’est laid et la vitre se salit juste à la regarder.
Qui? Kathryn, bien entendu.
Se mordant la lèvre inférieure, il sautilla jusqu’à la salle à manger pour essayer de faire passer la douleur. Doucement, il remit le pied par terre, l’orteil meurtri se gonflant à chaque battement de cœur. Il regarda le cadran du four à micro-ondes. Celui-ci renvoya un 2:36 d’un bleu malade, tirant sur le vert. Ben voilà! Le bleu, c’est pour les électroménagers. Claude avait du mal à croire qu’à peine vingt minutes s’étaient écoulées depuis qu’il avait entendu les coups pour la première fois.
Se tenant près de la table à dîner, entre la porte qui menait au sous-sol et la porte-fenêtre s'ouvrant sur la cour arrière, dans l’obscurité totale, il réalisa qu’il arrivait bientôt au dernier coin de mur. Au prochain tournant, il serait dans le vestibule, devant la porte fatidique. Il se rappela également que cette porte, elle était en verre givré. Il lui serait impossible de voir autre chose qu’une ombre imprécise de l’individu qui se tenait de l’autre côté, mais ce dernier par contre, verrait que quelqu’un était descendu à la porte pour lui répondre. Bref, Claude n’apprendrait rien de nouveau alors que M. X, lui, en apprendrait davantage sur l'évolution de la situation.
1-0 pour M. X.
Bravo pour ces fichues portes en verre givré! Ça par contre, c’était une idée à lui, une des rares concessions que lui avait accordées son épouse. Il remerciait presque le ciel qu’elle ne soit pas là en ce moment pour lui remettre sous le nez. Si seulement ils avaient eu un foutu chien!
Il attendit donc, ne sachant trop quoi faire.
Il leva à peine le pied gauche avec hésitation, puis le remit par terre. Il attendit un peu plus encore.
Il s’avança jusqu’au coin absolu, jusqu’à ce que la mince couche de peinture du mur adjacent soit la dernière chose qui le dissimulait à l’intrus. Il voulut avancer un seul œil afin de voir l’étranger sans se révéler lui-même, mais malheureusement pour Claude, la vie n’était pas comme dans les films. Il s’imagina apparaître tranquillement au visiteur, révélant graduellement une oreille poilue et quelques pouces de son crâne, avant même que son œil ait pu dépasser l’angle du mur. Alors non seulement il révèlerait tout de même sa présence à M. X, mais en plus, il aurait l’air d’un parfait idiot.
« Allez mon vieux, tu ne vas pas reculer maintenant! » se dit-il. « Va voir qui c’est! »
Finalement, après avoir envoyé la commande à ses jambes quelques fois sans succès, elles lui obéirent et il tourna le coin, se sentant tout à coup très à nu devant la porte, au milieu du vestibule. Il ordonna à son cerveau de faire passer l'image que ses yeux lui renvoyaient en priorité et de lui livrer son analyse au plus vite. Le premier rapport qui lui parvint devant être erroné, Claude cligna des yeux pour une deuxième tentative.
Rien. Pas d’ombre inquiétante. Pas d’intrus se tenant à la porte.
Rien du tout.
Devant lui, Claude ne voyait que des souliers pêle-mêle et une porte double, faite de PVC blanc entourant deux fenêtres de verre givrées, dans lesquelles quelqu’un avait trouvé génial d’y graver des feuilles mortes et des canards.
Mais qu’est-ce que ça signifiait? Où était passé celui qui l’avait tiré du lit avec tant de patience et de persévérance?
Claude demeura figé dans le noir, le peignoir entrouvert et l’air bébête. La situation était officiellement devenue étrange. Il finit par avancer jusqu’à la porte, se gardant tout de même une petite distance entre lui et la vitre. Il essaya de voir à l’extérieur, adoptant un angle qui lui permettrait de voir l’entrée. Peut-être que le visiteur s’était finalement découragé et avait rebroussé chemin, ne sait-on jamais. Il s’approcha encore davantage, prudemment, craignant malgré lui qu’un être horrible fasse subitement irruption dans la fenêtre en hurlant. Il tourna la tête à gauche, puis à droite.
Toujours rien. Même dans la rue, il ne vit aucune silhouette s’éloignant de chez lui.
Rapidement, il recula de quelques pas. C’était à ne rien y comprendre. Avait-il tout imaginé? Est-ce que l’insomnie des derniers mois avait finalement réussi à troubler son esprit? Il était pourtant bien certain d’avoir entendu quelqu’un frapper à la porte. C’est alors que Claude porta son attention sur sa gauche, vers une seconde porte en PVC blanc.
Le garage.
Se pourrait-il que...?
Non.
Oui?
La chair de poule le recouvrait maintenant de la tête aux pieds, un frisson parcourant lentement sa colonne vertébrale, chatouillant chaque embout de nerf au passage. Il sentit les poils de sa nuque se dresser à nouveau et ses jambes s’affaiblir mollement. Quelqu’un était entré dans le garage. Mais pourquoi aurait-il cogné alors?
Peut-être que finalement, personne n’avait frappé. Peut-être que c’était lui qui avait mal interprété le bruit. Des voleurs pouvaient très bien avoir utilisé des outils pour accéder au garage, produisant un bruit similaire à quelqu'un qui frappe à une porte. Plus il y pensait, plus il se convainc que c’était une explication valable. Après tout, il y avait une Jaguar neuve dans le garage. C’était tentant ça pour des voleurs.
Devait-il appeler la police maintenant? Sûrement, mais avant tout, Claude avait une idée pour faire fuir le ou les brigands. Il ne pouvait pas courir le risque d’avoir des criminels sanguinaires chez lui plus longtemps que nécessaire. Il vérifia que la porte était bien verrouillée puis, d’un même geste rapide, il appuya sur l’interrupteur qui contrôlait l’éclairage du garage. Cela suffirait sûrement à leur faire peur et ils déguerpiraient sans demander leur reste.
« Je suis armé et j’ai appelé la police! » lança-t-il par bonne mesure.
Kathryn serait fière de lui.
Mais encore une fois, rien ne se produisit. Pas de cris, pas de bruits de fuite, pas de portières qui claquent. Le silence total persistait de manière presque funeste. La panique commençait réellement à s’installer dans les entrailles de Claude, cette fois-ci avec beaucoup d’insistance. Ces voleurs n’avaient pas eu la frousse, ce n’étaient pas des trouillards comme lui. Tout de même, il aurait dû les surprendre et susciter un minimum de mouvements de leur part. Mais il n’avait absolument rien entendu, pas même un murmure.
À moins que ce ne soit pas des voleurs, mais autre chose de plus inquiétant, de diabolique même. Quelque chose qui n’était pas censé exister hors des livres et des films d’épouvante.
Claude ne savait que faire à présent. Son cerveau semblait s’affoler dans tous les sens alors que son corps était au neutre. Il devait en avoir le cœur net. Il devait se démontrer à lui-même qu’il se faisait peur pour rien, que les fantômes n’existent pas. Il devait le faire sinon Kathryn s’en chargerait et ça, il voulait l’éviter à tout prix. Lentement, il prit le verrou entre l’index et le pouce, puis il fit glisser doucement le pêne dormant jusqu’à ce que la porte soit déverrouillée.
Il retint son souffle quelques instants. Plus rien n’empêchait le ou les individus qui se trouvaient derrière la porte d’entrer maintenant. Claude ne pouvait plus reculer. La sueur perlait sur son front tandis qu’il tournait lentement la poignée, dans un mouvement à peine perceptible. À nouveau, il réalisa que l’avantage était pour l’intrus qui se trouvait dans le garage, qui pourrait apercevoir la porte ouvrir avant même que Claude puisse voir ce qui se trouvait de l’autre côté. Il n’y avait qu’une seule manière de contrer cet avantage.
Il ouvrit la porte le plus rapidement possible, l’envoyant presque voler dans le mur derrière. Il ferma presque les yeux lorsque la lumière provenant du garage envahit instantanément le vestibule
Claude s'était convaincu qu'il se retrouverait face à un homme, peut-être grand et sûrement balafré, se tenant devant lui avec une hache ou une machette. Il avait aussi pensé que le voleur pouvait être un assassin ninja armé d'un sabre affûté ou de ces espèces de bâtons qu'on fait tourner au bout d’une chaîne. Pire encore, il aurait pu s’agir d’un revenant voletant à quelques pouces du sol ou d’un vampire ne brillant pas au soleil et bien carnivore. .
Mais il ne vit rien du tout, que la Jaguar qui dormait en paix, ainsi que les outils de jardin qui pendaient au mur derrière la voiture. Obéissant à un réflexe bizarre, il en fit rapidement l’inventaire, mais ils étaient tous là, hache et pelle incluses. Sur la pointe des pieds, il descendit sur la première de deux marches qui menaient au plancher de béton. S'agrippant au cadre de la porte, Claude balaya tout le garage du regard, s’attardant même sur la trappe qui donnait accès au grenier. Il réalisa qu’il tremblait comme une feuille morte sous un vent d'automne.
Cependant, il ne vit toujours rien. C'était à le rendre complètement fou. Une deuxième fois, il examina chaque recoin du garage, faisant bien attention de ne pas mettre le pied sur le béton, de peur que son poids active un système d’alarme donnant le signal à des monstres horribles de se jeter sur lui. Tout était bien à sa place, rien ne manquait à l’appel.
Tap! Tap! Tap!
Son sang se glaça dans ses veines. Son estomac se noua autour de ses tripes. Claude aurait voulu s’enfuir, mais il en était incapable, la terreur figeant instantanément tous les muscles de son corps. Il sentit son esprit s’effondrer sur lui-même, quelque part à l’intérieur de son ventre. Les doigts glacés de l'effroi parcouraient son échine sans arrêt, de bas en haut et de haut en bas, encore et encore.
Il réussit finalement à fermer les yeux et retrouver une respiration accélérée, mais normale. Rassemblant le peu de courage qui lui restait, il remonta la marche et recula légèrement vers le vestibule, pour ensuite tourner lentement la tête sur sa gauche, vers la cuisine et la salle à manger.
Les coups provenaient maintenant de cette direction, produisant le son unique de quelqu’un frappant dans une vitre. L’intrus avait apparemment perdu patience à l’avant et avait contourné la maison, grimpant sur la galerie de bois pour tenter sa chance dans l’immense porte-fenêtre, que camouflaient des stores verticaux, pour le moment fermés.
Le plus inquiétant, c’était que les coups avaient été donnés avec insistance cette fois-ci, de manière plus vigoureuse et plus rapide. Claude n’aimait pas du tout la façon dont la nuit progressait. Il était d’ailleurs certain de n’avoir jamais été aussi terrifié de toute sa vie. L’hypothèse d’un visiteur qui provenait d’un endroit hors de ce monde commençait à prendre de plus en plus de place dans son esprit. Sans même refermer la porte du garage, il marcha vers la cuisine. Sur la pointe des pieds, essayant de se faire le plus léger possible, il contourna le petit îlot dont il se servait pour cuisiner et s’avança vers la porte-fenêtre. À environ un mètre de celle-ci, il s’arrêta, incapable de faire un pas de plus.
Tap.........!
Tap.........!
Tap.........!
Trois autres petits coups, résonnant dans la vitre de la porte, amplifiés par le silence de la maison sombre, plus lents et plus espacés cette fois-ci. Claude aurait juré que l’esprit frappeur savait qu’il se tenait juste de l’autre côté du store, qu’il essayait de faussement le rassurer et de l’attirer plus près encore. En ce moment même, une créature cauchemardesque devait être à quelques pouces du sol, flottant de façon fantomatique, prête à traverser la fenêtre et bondir sur Claude pour assouvir ses bas instincts.
Malgré tout, Claude ne pouvait se décider à tourner les talons. Non seulement était-il hors de question qu’il retourne se coucher en sachant que des esprits malveillants essayaient d’entrer chez lui, mais il devait aussi assouvir la curiosité morbide qui l’habitait maintenant et qu’il ne pouvait s’expliquer. Encore une fois, la nature humaine œuvrait de façon incompréhensible. Malgré l’imminence du danger et la perspective grandissante d’une mort atroce, Claude devait savoir ce qui se trouvait de l’autre côté du store. Il fit un dernier pas vers la porte-fenêtre.
Tap...
Un simple petit coup d’encouragement qui l’invitait à continuer sur cette voie. Il saisit d’une main la petite manivelle de plastique qui pendait devant lui.
Tap.
Il inspira profondément, tentant de rassembler le courage d’actionner le mécanisme qui ferait pivoter les lames en tissu du store vertical.
Tap.
Retenant son souffle, il fit glisser son index et son pouce sur le bout de plastique, révélant ce qui se cachait derrière la porte-fenêtre.
Le cerveau de Claude mit près d’une seconde entière pour assimiler ce qu’il voyait devant lui. Cependant, dès qu’il comprit la nature de son visiteur, il ne put qu’ouvrir la bouche et tenter de hurler de terreur, bien qu’aucun son ne soit en mesure d'être produit par son larynx, en raison du manque d’air qu'avait provoqué le choc traumatisant.
De l’autre côté de la porte, une vieille femme hideuse le regardait fixement, le regard fou de rage. Ses cheveux gris flottaient dans tous les sens et son visage blanc affichait des rides creuses et des verrues visqueuses. L’une de ses mains cogna une nouvelle fois à la fenêtre tandis que l’autre reposait sur la poignée externe de la porte, tirant légèrement sur la porte pour tenter de l'ouvrir. La vieille femme ne portait qu’une robe blanche qui se terminait en lambeaux sur ses pieds, ceux-ci flottant à quelques centimètres du sol.
La simple vue de ce spectre affreux aurait été horrifiante et traumatisante pour le plus endurci des hommes.
Claude recula finalement d’un pas, renversant une chaise se faisant. Il avait toujours la bouche grande ouverte et les yeux bien écarquillés, mais il n’arrivait toujours pas à émettre le moindre son. Instinctivement, il ferma les yeux quelques secondes puis les ouvrit à nouveau. Le fantôme effrayant avait disparu.
Comme si le sortilège qui le tenait immobile venait de se rompre, Claude recouvra finalement l’usage partiel de ses muscles. Son premier réflexe fut de s’enfuir vers l’escalier et de remonter à l’étage, mais pour y faire quoi au juste? Se cacher sous les draps? Et puis Kathryn semblait toujours dormir, car elle n’avait pas crié son nom encore. Mieux valait lui épargner l’horreur de la situation s’il le pouvait.
Sans vraiment comprendre pourquoi, Claude s’approcha plutôt de la porte-fenêtre, glissant un pied nu sur le sol, puis l’autre. Il garda tout de même une distance minimum entre lui et la vitre, histoire que le spectre ne puisse pas l’attraper par surprise. Dehors, il ne vit que la piscine, le cabanon et la lune qui éclairait le tout. Il n’y avait aucune trace de l’apparition. Était-il réellement devenu fou? Il continua à fixer la cour arrière.
C’est alors que le fantôme apparut de nouveau dans la vitre, se révélant graduellement à l'a homme terrifié. Claude voulut reculer, mais réalisa que ce n’était pas le spectre qu’il voyait, mais plutôt le reflet de celui-ci dans la vitre. Il se retourna sans perdre une seconde et se retrouva face à face avec l’entité flottante qui se tenait maintenant dans la salle à manger, à quelques centimètres de son visage.
Claude sentit son cœur s’arrêter et le sang quitter sa peau. Il aurait voulu hurler, mais encore une fois, la peur profonde qu’il ressentait dans tout son être l’empêchait d’émettre le moindre son ou même de remuer un seul muscle. Son cerveau ne pouvait tout simplement pas accepter ce qu’il voyait et avait décidé de tout geler jusqu’à nouvel ordre.
Le spectre avança une main vers le visage de Claude. Alors seulement remarqua-t-il que le fantôme qui était maintenant à l’intérieur était différent de celui qu’il avait vu à peine quelques secondes plus tôt. Elle portait toujours la robe en lambeaux et il s’agissait encore une fois d’une femme, mais celle-ci était beaucoup plus jeune que la précédente. À vrai dire, ce spectre-ci était même plutôt joli. Ses yeux reflétaient la tendresse d’une amante, sa délicate bouche affichait un sourire enjôleur et sa peau semblait douce comme du satin de soie.
Inconsciemment, Claude se calma un peu, referma la bouche et réussit à détendre ses muscles. Il se surprit même à sourire bêtement dès que la beauté spectrale effleura sa joue du bout de ses doigts. La cajolerie n’était rien de moins que divine, aguichante et amoureuse à la fois. Une caresse enivrante qui réchauffa son cœur. Il sentit une douce sérénité envahir son esprit, un voile de paix et de bonheur recouvrir son corps. Tout son être était engourdi par l’amour que lui influait maintenant la présence bienfaisante devant lui. Ses craintes et ses peurs s’évaporaient graduellement, remplacées par un amour inconditionnel, franc et pur. Un amour qu’il croyait ne plus jamais connaître.
Il flottait, il volait sur les ailes du bonheur. Il aurait voulu demeurer ainsi pour l’éternité. Il oublia la monotonie de son travail, la prison qu’était devenu son mariage, de même que le gâchis qu’était sa vie. Ici, au sein de cette lumière protectrice, plus rien de tout ça n’avait d’importance.
L’esprit ne prononça pas un mot, mais s’adressa tout de même à Claude d’une façon étrange, communiquant directement avec ses pensées, ses émotions. La « voix » de ce spectre résonnait dans les fibres de Claude, comme une douce amante qui lui caresserait tendrement la peau du bout des doigts.
Je suis terriblement désolé de vous avoir fait attendre, murmura Claude.
Le spectre translucide lui sourit.
Non, je n’ai plus peur maintenant.
Le fantôme s’approcha un peu et déposa un baiser sur les lèvres de Claude, l’enlaçant tendrement dans ses bras pâles et vaporeux.
Oui, je vous aime, continua Claude. Je vous aime avec chaque fibre de mon être, chaque cellule de mon corps. Je ferai tout ce que vous me demanderez, promettez-moi seulement de ne plus partir. Non, je ne peux pas faire ça, elle est ma femme. Bien sûr que je vous aime inconditionnellement, pardonnez-moi.
Le fantôme se recula à peine, relâchant légèrement son étreinte. Claude sentit immédiatement son corps frissonner, comme un junkie soudainement en manque de drogue.
Attendez, ne partez pas! Oui, moi aussi je veux que nous soyons ensemble pour toujours, évidemment. Entendu, je ferai tout ce que vous me demanderez, mais je vous en prie, ne partez pas.
Silencieusement, guidé par le spectre, Claude se dirigea vers le garage dont la porte était demeurée ouverte. Rapidement, il fit le tour de la voiture et s’arrêta devant les outils qui pendaient au mur. Il devait faire vite, mais il devait aussi bien choisir ce dont il aurait besoin pour effectuer la tâche que le réclamait son nouvel amour. Il tourna la tête vers le spectre qui l’encouragea amicalement à faire son choix.
La tronçonneuse? Non, beaucoup trop bruyante.
Le pied-de-biche? Ça pourrait marcher, mais peut-être pas assez rapide.
La hache? Oui, ça pourrait aller, à condition qu’elle ne reste pas coincée.
La masse, voilà ce dont il avait besoin. Il empoigna l’outil lourd par le manche à deux mains et le décrocha du mur. Il remarqua alors que son amour, le spectre, n’était plus là. Immédiatement, la panique envahit son cœur et l’affolement assuma le contrôle de sa raison. Elle l’avait quitté, il avait fait quelque chose pour lui déplaire. Elle lui avait demandé d’effectuer un travail tout simple et il avait hésité. Elle le croyait faible, un véritable incapable.
Non, elle ne pouvait pas être partie. Ils étaient faits pour être ensemble, il l’avait ressenti dans la salle à manger à l'instant même ou ses doigts de déesse avaient touché sa joue. C’était à lui maintenant de faire ce qu’elle demandait. Alors seulement reviendrait-elle auprès de lui, il en était certain.
Claude revint rapidement dans la maison et traversa le salon d’un pas décidé. Prenant bien garde de ne pas faire trop de bruit, il gravit tout de même les marches le plus rapidement possible. Lorsqu’il atteignit le premier étage, la porte de la chambre à coucher des maîtres était ouverte. Il s’immobilisa sur place. Kathryn était réveillée, elle savait ce qu’il venait faire et l’attendais pour lui tendre un piège. Doucement, il jeta un coup d’œil dans la chambre.
Heureusement, Kathryn était toujours endormie. La silhouette du spectre, son amour, son âme sœur, volait doucement derrière le lit, l’encourageant à venir terminer le travail qu’elle exigeait. Elle ne l’avait pas abandonné, son cœur se remplit d’une joie indescriptible. Tout en souriant de bonheur, il s’avança jusqu’au lit, debout face à l’étrangère qui dormait maintenant sous les couvertures. Elle était de trop et devait disparaître, c’était la seule manière de s’assurer qu’il serait heureux avec le fantôme. Dès qu'elle se réveillerait au petit matin, Kathryn pourrait tout gâcher et le tirer de nouveau dans sa vie misérable.
Tout de même, l’espace d’un battement de cœur, il hésita. Elle était quand même belle, sa Kathryn et il l’avait tellement aimée, il y avait de cela des années. Mais maintenant, une autre femme avait volé son cœur et il ferait tout pour qu’on ne le prive pas du bonheur qu’elle lui offrait. Et puis cette salope dans son lit n’avait jamais su l’apprécier. Tout ce qu’elle faisait cette conasse, c’était de le rabaisser et de l’humilier.
Lorsque Kathryn ouvrit soudainement les yeux, apercevant son mari debout devant elle ainsi que la masse au dessus de sa tête, Claude n’hésita pas un instant de plus et lui défonça le crâne avant qu’elle ne puisse hurler à l’aide. Il abattit l'énorme outil de toutes ses forces, encore et encore, profitant du rebond offert par le matelas du lit pour amplifier la violence de ses assauts. Sa main droite glissait le long du manche de bois entre chaque coup tandis que sa main gauche maintenant l'arme dans l'axe approprié, histoire de maximiser l'impact et les dégâts infligés. Des éclats d’os, des morceaux de crânes et des bouts de matières cervicales éclaboussaient dans tous les sens, s’écrasant sur les murs et sur le visage de Claude, s'introduisant par inadvertance dans son nez, ses yeux et même sa bouche.
Lorsqu’il eut finalement réduit la tête de cette idiote en confiture, il s’attaqua à ses bras et ses jambes, simplement par pure haine, brisant chaque os jusqu’à ce que la moelle se répande partout dans les draps.
Finalement, à bout de force, couvert de sueur, de sang et d'autres liquides inidentifiables, il s’arrêta pour constater son œuvre.
C’est alors qu’il prit conscience de ce qu'il avait fait. L’ensorcellement de la banshie avait cessé de masquer son esprit et il était à nouveau en pleine possession de ses moyens, libre de ses sentiments et maître de ses pensées. Graduellement, l’horreur et la fatalité de la situation s’immiscèrent dans son esprit, alors que son cerveau analysait rapidement ce qui se présentait à lui. L’odeur de sang et d’entrailles éclatées régnait dans la pièce, alors que les restes gluants du corps inerte de la femme qu’il avait aimée et qu’il aimait toujours gisaient dans son lit, presque entièrement réduit en une funeste bouillie.
Qu’avait-il fait!
Il leva les yeux et son cœur fit un tour sur lui-même. Devant lui, l’effrayante vielle femme blanche se tenait maintenant de l’autre côté du lit, exhibant des dents noires et huileuses dans un rictus démoniaque. C’était la version qu’il avait aperçue au travers de la porte-fenêtre. Celle-ci et la jeune femme enivrante étaient le même spectre, deux visages d'un même démon. Il avait été manipulé pour commettre un acte ignoble et infâme, indicible et impardonnable. Devant la prise de conscience horrifiante de Claude et son désespoir complet, la dame blanche rit aux éclats, d’un rire lugubre et grinçant.
Claude, espèce de salopard, qu’est-ce que tu as fait?
Il reconnut immédiatement la voix de Kathryn. Il tourna la tête vers le pied du lit, au-delà duquel planait maintenant une deuxième banshie, le fantôme mutilé de sa défunte femme. Elle le regardait avec toute la haine de l’enfer, ses yeux accusateurs le clouant sur place. Elle portait aussi une robe blanche maintenant, tout comme la vieille femme. Elle était comme elle désormais, une entité fantomatique et infernale, un spectre diabolique condamné à piéger les hommes pour l’éternité.
D’un mouvement du revers de la main, sans même le toucher, Kathryn envoya Claude au mur, où il demeura suspendu, incapable de remuer le moindre muscle.
C’est mon tour maintenant, dit Kathryn en volant vers lui à une vitesse inhumaine.
Claude n’eut pas le temps de crier avant qu’elle lui arrache la langue. Tandis qu’il se faisait mutiler de toutes parts, souhaitant désespérément s’évanouir au plus vite, il entendait toujours la vieille dame blanche rire aux éclats, fière d’avoir manipulé cet homme faible et de posséder une nouvelle compagne pour la chasse aux hommes.
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À propos de l'auteur:
Martin Rouillard est un auteur Canadien vivant à Boischatel, Québec. Avant d'entreprendre une carrière d'auteur, Martin fut un jeune propriétaire d'entreprise grâce à laquelle il put voyager à travers le monde, expérimenter une multitude de culture et rencontrer une grande variété de personnages. Maintenant, il transpose ces expériences incroyables et leurs souvenirs dans des histoires qui captivent ses lecteurs.
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