Excerpt for Beautés Abyssales by Artur Michalski, available in its entirety at Smashwords

Artur Michalski











Beautés

Abyssales


recueil de textes et réflexions





















éditions Dédicaces










Beautés Abyssales


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Artur Michalski












Beautés

Abyssales


recueil de textes et réflexions

















À mes parents

Et à tous ceux qui ont un cœur

À la place de la raison…















UN DÉPART




Un moment, une fuite, un départ, un retour ou un devenir ancien qui existait et qui existera à nouveau sans être tout à fait le même. On s'en réjouit, on en pleure, on ne sait plus vraiment qui l'on est, mais on sait que l'on est un peu des autres et que l'on deviendra par là un peu de soi. Les lieux changent, mais pas forcément les personnes, au fond en tout cas ; l'apparence compte si peu. Un visage, un endroit, et l'on se souvient que le nouveau n'est au final que l'ancien remixé et refait. Comment pourrait-il exister du nouveau sans l'ancien, sans cette base solide et si futile puisqu'elle se corrompt avec cette nouveauté que nous fuyions tout en souhaitant y retrouver autre chose ?


Au final, ce n'est qu'un seul et même cercle, ce qui a été, ce qui est et ce qui sera est déjà connu de nous tous, mais nous n'en avons pas conscience, car nous ne nous connaissons pas nous-mêmes... Comment connaître les autres et le futur si l'on ne se connaît pas ? La réponse est là, et on la connaît comme tout le reste sans le savoir, car l'on se base sur du nouveau qui est de l'ancien inconnu à notre mémoire...









TEMPORELLES AMITIÉS…




Que faire ? Rien. Que dire ? Que ne pouvoir nier qui ne puisse être la réalité ? Comment faire mentir le temps, les secondes, les heures, les mètres, les kilomètres qui séparent ? Que crier au ciel pour faire tomber un orage salvateur digne de ce nom ? Que démolir, que reconstruire pour faire renaître ce qui n'est plus ? Que prier, qu'invoquer pour qu'un miracle se produise ? Quelles larmes pleurer pour faire revenir ce soleil, ces espoirs inutilement utiles, désespérément nécessaires, pourtant ?


Comment exprimer ce qui tue inconsciemment ? Comment montrer cette blessure portée en soi comme un étendard ensanglanté ? Comment faire pour croiser ce regard perdu depuis trop longtemps ? Faut-il tout détruire, faudrait-il tout brûler, tout défoncer et s’imposer ? Faudrait-il rester silencieux jusqu'à en crever, là, comme une bête blessée ? Et toi en haut, dis-moi là, tu sers à quoi ? Où sont tes promesses, tes belles paroles, t'amuses-tu quand tu vois ton fils de sang, puisqu'il ne saurait l'être de cœur, souffrir ainsi sans même le savoir ? Que ferais-tu à sa place puisque la vie est trahison perpétuelle à nos propres idéaux ? Que feras-tu pour que jaillisse la lumière d'un être qui se meurt par la vie ?


Que faire ? Que dire, que penser ? Faudrait-il se tuer en se jetant du haut d'un rocher pour apaiser ses souffrances ? Rien, il n'y a rien à faire quand une amitié s'est déchirée...






LISTEN TO YOUR HEART




Une matinée, somme toute comme les autres. Un réveil pas plus mauvais que les autres, pas de soleil, juste un filet de pluie sur les trottoirs parisiens. Un mot plus haut que l'autre, un doute de soi perceptible, mais bien caché. Refus de se démarquer plus que lui, ça sert à quoi de montrer aux autres des prodiges qu'ils ne peuvent pas comprendre ? Se démarquer, pour le plaisir ? Pour faire naître le silence qu'il essaye de briser en pièces détachées de cette réalité si dure à porter ? Non, trop peu pour lui. Il ne fera rien de tel.


La porte claque avec fermeté sur un refus catégorique. Métro, visages fermés, imperceptibles, sans vie, habités de la normalité qui les décaractérise si bien. Regard perdu, surtout ne pas les croiser, ne pas les regarder, ne pas croire à leurs mensonges. Changement de lignes, couloirs longs et sinueux, un peu comme sa réflexion. Marche, mélan-colie, tiens comment vas-tu ? Moi, bien. Comme tu le vois... Sur le quai du RER, rien de spécial. Normalité affligeante de bêtise intelligente. Bien maîtrisée somme toute. Bien apprise et bien refourguée. Pas un sourire, pas âme qui vive. Les regards tombent par terre comme autant de larmes invisibles.


Le ciel éclate en mille morceaux d'une lueur insoutenable. Un jeune homme est entré sur la scène de sa mémoire. Un portable entre ses mains : il fait sonner tout le son qu'il aime. MP3 forcément... Et le son légèrement nasillard vient emplir la station et couvrir la radio RFM qui tourne en boucle, débitant les mêmes chansons à tour de rôle... Du hip-hop, le rythme est sympa, entraînant. Et ses pieds l'emportent alors dans une folle farandole. Le son de la jeunesse vient frapper celui des résignés attendant leur train quotidien. Pause dans le voyage.


Les premières notes d'un air mélancolique se font entendre. Lutte entre cet air triste et le nouveau tube des années 80 sur RFM. Lui est happé par cet air mélancolique et se souvient. Porte, couloirs, stations, tristesse et blues. Et il tient le coup, et il chante intérieurement. Il sourit enfin, car la chanson lui rappelle un autre air très connu. Tout s'arrête enfin. Le hip-hop a laissé place à cet air superbe. Listen to your heart. Tout un message qui dort en celui qui ne croit en presque plus rien, sinon qu'en toi. Fin enfin.


Un nouveau RER débarque avec son lot de bruits sifflants et agressifs. Une autre vague de voyageurs, énième marée humaine, à en vomir. Et lui, tend son oreille. Le jeune homme est déjà passé à autre chose, mais le portable a beugué. Le RER s'en va dans son bruit assourdissant. Le mec s'énerve. Lui reste calme, impassible et pressent ce qui arrive. Des notes connues se font entendre sur la station de la normalité des tubes perdus... Leurs regards se croisent enfin, un clin d'œil, une phrase, alors que RFM lance LISTEN TO YOUR HEART... « C'est beau hein ? Le destin fait bien les choses parfois... »


Un RER se pointe à la fin du morceau... Putain de frisson dans son corps, un dernier regard à ce jeune homme qui lui aura fait vivre ce moment d'une rare intensité. Row, row, row your boat gently down the stream – Merrily, merrily, merrily, merrily. Life is but a dream. Over and out. Never forget... Listen to your heart...






LA VALLÉE PLAISIR




Le soleil se lève enfin sur les dunes et les vallées. Il ne subsiste qu'un léger brouillard. Une fine pluie tombe, venue de nulle part, elle s'invite. Glissant le long des côtes, venant gonfler le lit des rivières, épousant les formes de la belle vallée au réveil, elle s'intensifie et vient inonder rues et ruelles. Salvatrice délivrance, te voilà enfin toi, l’attendue. Inonde, pénètre, fais que le soleil continue de briller et qu'un arc-en-ciel de bonheur emporte ces recoins, ces villageois de plaisir endormis. Fais rentrer la volupté, l'espoir, la joie des premiers frissons oubliés depuis l'arrivée de cette nuit si peu désirée, si peu désirable. Caresse doucement les cimes et dévale les pentes, stagne dans les ruelles et invente de nouveaux plaisirs à ceux qui crevaient de te revoir.


Les monts se réveillent enfin, et au loin, de sourds grondements de plaisir se font entendre. Déjà, l'arc-en-ciel de l'oubli brille haut et la sève ranime les arbres morts. La lave monte doucement, progressivement. Les oiseaux du tourbillon font entendre leur voix et le vent se fait plus rapide, plus profond, plus incontrôlable. Une éclipse solaire fait son apparition et plus rien d'autre n'existe. Les villageois du plaisir endormi, silencieusement émus devant ce spectacle inattendu, sentent leurs cœurs battre à tout rompre. La température s'est effondrée et la pluie redouble d'intensité. Pourtant, il n'a jamais fait aussi chaud, tant l'imprévisible imprévu se fait sentir.


Le grondement continu s'arrête net et le vent meurt dans un dernier rugissement alors que le volcan plaisir crache ses entrailles et les déverse sur le village qui, en une milliseconde, se trouve anéanti d'une bouffée chaude de liberté. Les éclairs tonnent au loin, liberté chérie de l'abandon te voilà enfin. Et tout peut renaître doucement alors que la pluie cesse de tomber, progressivement, imperceptiblement. Elle meurt à son tour.


Le soleil brille quelque part alors que, lentement, les yeux enivrés de plaisir de la jeune fille s'ouvrent. Tremblante, elle a froid, un froid glacial. Toute ivresse de liberté a un prix, celui de l'abandon de soi-même, de ses peurs, de ses phobies. Toute douche froide a son revers de chaleur incontrôlée.

Tout amour a le revers de sa médaille, revers de solitude séparant deux êtres que tout devrait réunir. Revers qui fait que la lumière ne peut pénétrer en ce village désireux de vivre l'unique abandon de l'Amour et du désir. Revers qui fait que la ville de lumière, cachée, brille aveuglément aux yeux des autres, séparée de l'espoir par les kilomètres, séparée de ceux qui pourraient la faire renaître par les hommes, séparée de l'espoir par la vie....











LE VIEUX ROMAN DE L’AMITIÉ…




Le vide quelque part. Le noir au loin. L'esprit endormi, je ne pense à rien, en surface, en apparences trompeuses, bien sûr. Comme à mon habitude j'effleure ce vieux livre sans oser l'ouvrir, peur de respirer sa tendre poussière, sa triste moiteur, peur de lire ces trop belles lignes. Comme à mon habitude je traîne dans les couloirs de ce passé que je renie, que la vie me fait renier. Le parquet craque sous mes pas pourtant je n'entends pas. Seul le battement de ce cœur inexistant me prouve que je suis, que je vis. Pour qui, pourquoi ? Ces questions je ne me les pose pas, mes larmes silencieuses les trahissent pour moi à mes yeux aveuglés de ne pas te voir. Ces larmes m'aveuglent, aveuglent mon avenir, détruisent mon passé. Mais je ne réagis pas. Je reste là et me demande que faire. Ouvrir, avancer vers le passé ou m'en détourner à jamais.


La larme de trop soulève lentement la poussière du livre en s'écrasant sur sa couverture. La main soulève le livre et les doigts tournent les pages d'une candide blancheur, celle de la jeunesse de tout début, de tous les espoirs, de toutes les folies inavouées déjà vécues en ton absence. Les yeux se posent sur ce Nous, sur ce qui comptait tant aux yeux d'un cœur emmuré par la vie morne de ce grenier de l'oubli, de la normalité. Les yeux plongent dans la rivière transparente de l'éternité sincère mais mensongère, inconnue à nos vies apparences. Mensongère à nos cœurs épris de cette communion royale, splendide, unique.


Le bruit des pages fines tournant dans le vide de la vie ne me fait pas réagir. Je ne les entends pas, je ne fais que les percevoir alors que les images viennent emplir ma mémoire et que déjà je me noie dans ce présent passé. Je ne les entends pas parce que je ne suis plus. Tu as pris toute cette place, tout ce temps que j'avais pour toi, tous mes sourires, mes larmes de joie, mes envies, mes désirs ne vivaient que pour toi. Le livre étrangement léger se fait pourtant plus lourd alors qu'arrive la fin, inéluctable, effrayante, aveuglante et mes yeux ne sont plus.


Mes forces m'abandonnent alors que le livre tremble entre mes mains pour venir s'écraser sur le sol de ce grenier mort de toute autre vie que de la tienne. Dans un fracas assourdissant, je revois mon unique intelligence se transformer en bêtise, en solitude, en colère, en désespoir. Je revois ce livre s'écraser là, à mes pieds, alors que tu pars vivre ta vie. Loin de moi.


Le silence de la faiblesse de mes vérités inavouées m'explose les tympans et je m'écroule en un unique sanglot.


Je m'écroule comme ce livre, comme cette vie, comme cette maison. Tout est vide, j'hurle une peine inaudible aux cœurs morts de tous rêves. J'hurle une peine unique, belle et sincère. Celle d'un être que personne ne pourra jamais faire revenir. Je meurs d'une personne que la vie ne me ramènera jamais plus. Je meurs de ce vide qui est en moi, celui que la vie a créé et que jamais elle ne détruira. Je meurs dans ce grenier, dans ce livre, dans ce rien, dans cette inexistence...


Je meurs au creux de tout ce dont j'ai rêvé.

Tu étais tout. Toi, l'Unique. Toi l'Inespérée.

Toi. Mon Amie...








UN IMPOSSIBLE AMOUR




Regard perdu au milieu de quelque part. Étrange vérité d'un mensonge joué comme autant de fausses notes qui percent les tympans crevés de ce cœur devenu sourd... à force de trop être silencieux. Regard perdu dans l'inexistante vérité qui brûle des ailes ne demandant qu'à s'ouvrir. Et le reste ne compterait plus. Inutile violence, inutile solitude, inutiles nuits, requiem inversés et larmes séchées au gré des vagues parcourant ton corps. Seule l'image d'un oiseau libre volant dans le ciel viendrait en flash-back de ce moment avec toi. L'absente. L'irremplaçable. L'écume de la mémoire laisserait place au frisson de ces moments tant répétés qu'ils en deviennent uniques.


Ton regard ne se poserait jamais, il serait léger, mais si peu frivole. Lourd de sens inavoués, inavouables, que peut cacher un tel amour sinon que la pâle copie d'une chute annoncée... Mais tu n'en auras cure, il sera ce que tu auras décidé et fera mentir toute logique. Les corps se frôleront puis s'abandonneront enfin, épuisés au jeu de la vérité passagère, unique. Éternelle. Et si tout ne devait se résumer qu'en instants insaisissables, qu'en feux d'artifice mort-nés et en histoires tristement saccagées par les mensonges, trop de vérité tue la réalité, et le ciel bleu n'est plus. Pourtant, l'image reste obstinément bloquée sur nous...


Vide, il ne reste plus rien de ce qui a été. Et l'étrange sensation de n'être plus soi, de ne plus se retrouver, d'avoir changé, de s'être consumé, perdu, aveuglé de ses propres sentiments, de ses propres vérités. L'oiseau libre dans le ciel n'est plus et déjà l'on cherche ces traces d'amour, ces traces du passé. Déjà l’on cherche ce qui faisait de Nous l'univers et de l'Univers un grand vide de liberté et de solitudes à deux. Déjà les corps ne s'échouent plus sur la plage, et le sable blanc se trouve noyé par la vague bleue qui vient le submerger, dans une dernière violence, un dernier bruit, assourdissant.


Tout s'éteint, feux, lumières, sons, les souvenirs meurent au coin de ce feu solitaire. La vie sert-elle à quelque chose ? Les yeux s'ouvrent, mi-clos ils sont éblouis par la dernière flamme, celle qui a survécu à tous ces mensonges, et qui meurt lentement. À son tour. Celle qui faisait que l'on vivait pour quelqu'un, celle qui faisait que l'on aimait pour de vrai. Celle qui faisait que tu étais moi et que j'étais toi. Celle qui enfin me fait comprendre que sans toi je ne serais jamais ce que je n'ai jamais pu être : un Homme... But Nobody loves Noone.





À LA RECHERCHE DE L’INFINI BONHEUR…




Il y a ceux que tu croises. Ceux que tu oublies. Ceux auxquels tu penses quand rien ne va plus. Ceux qui en n’étant plus ce qu’ils ont été te manquent à en crever. Il y a ceux que tu ne connais presque pas, mais que tu aimes. Séduire c’est aimer déjà sans le savoir pourtant. Il y a ceux que tu as aimé de tout ton être et dont tu ne pourras jamais supporter le départ, à tout jamais de ta vie, à l’éternité de ton cœur. Il y a ceux que tu apprécies et que tu voudrais faire tiens. Il y a ceux qui par leur simplicité te touchent et ceux qui te font l’amour avec un regard. Ceux qui ne disent rien mais qui te parlent en silence, pour te dire qu’ils t’aiment, qu’ils veulent aller vers toi et te connaître, faire ce putain de chemin à tes côtés. Avec toi et pour toi, rien que pour toi, pour tout ce que tu n’es pas, pour tout ce que tu as été, pour tout ce que tu seras et pour ce que tu ne seras plus.


Il y a ceux qui s’en vont en silence et ceux qui te crient leur désespoir. Ceux qui se muent en un silence infini pour ne pas te faire souffrir. Ceux qui te jurent de ne pas te laisser tomber et qui tendent leurs mains crispées de leur propre désespoir pour te sauver, alors que tu tombes dans l’inexistence d’une vie que tu n’as pas choisie. Ceux qui te font le serment de te rester fidèles et qui te trahissent sans le vouloir, sans même s’en rendre compte. Il y a ceux qui ne peuvent rien pour toi mais qui t’adressent la parole, échangeant regards complices et éternels tant la sincérité leur bouffe le cœur. Ceux que tu n'as jamais rencontrés mais qui sont plus chers à ton cœur que toutes ces étoiles filantes. Ceux sans lesquels tu n'imagines pas de t'endormir le soir sans leur dédier une pensée, aussi courte fût-elle, elle n'en sera que plus sincère...


Il y a ce chemin sur lequel tu les croises, celui sur lequel tes pas t’entraînent, celui qui te guide vers un destin dont tu ne connais même pas l’existence, ni l’étendue ni les possibilités, infinies. Et puis, un jour tu vis tout ça, tu le vis et tu ne t’en rends même pas compte. Enfermé dans tes délires tu ne vois pas que les gens t’aiment et ne veulent que ton bien.


Enragé tu tempêtes et tu pleures à tous les saints que quelqu’un te vienne en aide. Mais ouvre les yeux bon Dieu… Ouvre-les, sèche tes larmes et relève-toi, prends leurs mains, prends leur passé, leur futur et avance calmement vers ton destin qui, quelque part est le leur… Sans oser te le dire ils t’ont montré qu’ils étaient… Toi… Juste Toi.





CÉLESTES VÉRITÉS…




Le ciel, noir, laisse entrevoir sa beauté. Par moments. Encore faut-il savoir lire entre les lignes, dépasser les apparentes et blanchâtres étoiles, brillant par défaut, pour trouver celle. La bonne étoile. Dans ce dédale d'infini on ne fait que passer et puis l'on s'évanouit. De nous il ne restera rien qu'un pâle souvenir, que le temps finira par détruire, certainement. La beauté des jours passés se muera en un unique tableau figé, et la vieillesse emportera alors nos corps fatigués d'avoir trop donné.


Je reste là, les larmes aux yeux à ne savoir quoi dire, ni que faire. Je te regarde, tu brilles si fort encore, et à ta vue je me perçois, moi, ma décadente grandeur, ma connerie, mes faiblesses et toi, mon moi intérieur. Pour toujours, pour l'éternité, pour l'infiniment grand. Tu seras jusqu'à mon dernier jour l'étoile d'un ciel trop longtemps rêvé, et si peu atteint.


Les étoiles savent-elles toute l'importance qu'elles prennent dans ces milliers de vies défaites, consumées par l'infinie volonté du toujours plus, toujours plus grand, toujours plus con ? Savent-elles que dans ce ciel noir qu'est notre vie, et que l'on se cache à notre propre vue, elles sont l'issue de secours pour un instant, un moment d'éternité ?


Peut-être pas. Et c'est mieux ainsi. Elles sont mortes sans le savoir, mais si vivantes à notre cœur d'enfant. Et toi tu ne dérogeras pas à cette règle immuable, ancienne, éternelle. Tu brilleras dans ce ciel noir, bien que morte à toi-même, tu vivras toujours quelque part en moi, moi un fragment inconnu de toi. Moi, ton ciel noir. Celui qui te permet de briller de mille feux.


Maintenant, pour toujours, à l'infini. Pour toute notre éternité.





D’ABYSSALES BEAUTÉS…




Inutilité d’un corps, cris silencieux du cœur, cordes vibrantes d’une voix pourtant demeurée sans écho, aucun. Tout n’est qu’inexistence, entre ici et nulle part, entre fausse réalité et véritable rêve. La raison, qui peut bien savoir ce que c’est ? Un comportement, une façon de parler, de croire en demain, de croire aux autres, de croire en soi. Ou peut-être mourir sans le savoir, en vivant cette vie de tous les jours qui consume encore un peu plus ce qui nous construit, nous réalise. Cet être enfermé et qui voudrait vivre, exister au cœur des autres. La raison n’est peut-être qu’une illusion d’optique au final. Un leurre qui fait croire à une valeur, une valeur étalon, inexistante pourtant aux yeux d’un cœur qui ne peut la comprendre.


Le brouillard matinal a perdu ses heures, il reste là et s’étend sur un infini désert de toute existence. L’âme pendant ce temps se débat dans ce no man’s land, dans cette inutilité qui est sienne. Bien sûr, des voix amicales se font entendre, par-ci, par-là, mais à quoi bon tout ça. Les naufrages internes sont si peu décelables, si peu rattrapables, alors que coulent déjà les larmes d’une pluie qui ne sert à rien, de toute façon. Le silence s’installe enfin, au fin fond de l’être qui se meurt, apaisé, connaissant sa destinée, inutile aux autres et donc inutile à soi-même.


Ne servir à rien, n’être bon qu’à passer, trépasser, n’être qu’un souvenir, une page dans un très gros livre, celui de plusieurs vies. Et tous ces chapitres qui s’amoncellent, sans vraiment de cohérence, sans vraiment de début mais toujours avec cette fin, ridicule, vulgaire. Et le chapitre déjà est fini, la page suivante est blanche, comme une piqûre de rappel dans ces dédales d’espoirs, inorganisés. Tenter d’écrire une nouvelle page, sans savoir par où commencer, sans repères, sans but, difficile tâche pour une raison inexistante. On pourrait presque se demander si elle a jamais existé.


Qu’est une âme sans miroir, un cœur sans frère, un oiseau sans le soleil, l’amour sans réciprocité ou l’amitié sans confiance, la croyance sans remerciements, le destin sans la chance ? Rien ne peut exister si l’on n’a pas un tout et son contraire. Simple logique, simple retour des choses.


Simple vérité dont parfois la vie se contrefout, au détriment de cet espoir, fatigué. Au détriment de cette âme qui vit sans raison, quelque part, recroquevillée sur elle-même, comme un soleil noir qui ne luit que pour lui-même, une sorte d’éclipse que personne n’observe, c’est beau pourtant. Une éclipse.


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