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Quatre priorités pour 2012 (5)



Après l'école primaire, la sortie du nucléaire et la redistribution de la richesse, la quatrième priorité pour 2012, complémentaire de la troisième, est de mettre en place des mesures protectionnistes ciblées. C’est la conséquence logique de la priorité donnée au travail sur le capital.


Pour un protectionnisme ciblé

Protectionnisme ? Le mot sent le soufre. Dans la plupart des manuels d'économie, on apprend que le protectionnisme est une pratique archaïque qui consiste, pour un État, à protéger ses producteurs via des droits de douane et/ou d'autres obstacles non tarifaires (normes nationales, réglementation...). Dans le merveilleux monde du libre-échange, ces pratiques ancestrales ont disparu et les biens et services circulent sans contrainte, dans un marché qui n'est plus « faussé » par d’obsolètes réglementations étatiques.

Voilà pour la vulgate. La réalité est évidemment quelque peu différente :
le libre-échange a toujours été prôné par les plus forts, économiquement et surtout militairement, qui voyaient un avantage certain à ce que des pays moins aguerris qu'eux sur le plan économique, leur ouvrent sans entraves leur marché intérieur.

Rappelons que, aujourd’hui chantre du libre-échange, l’Angleterre a longtemps été un pays ultra-protectionniste, imposant ses conditions commerciales via une domination maritime sans partage, permettant ainsi à l’aristocratie britannique de bâtir des fortunes colossales. Ce n’est qu’au milieu du XIX
e siècle que, devenue la première puissance mondiale, le Royaume-Uni opta pour une politique résolument libre-échangiste, plus conforme à ses intérêts industriels.

Aujourd’hui,
les acteurs économiques qui ont le plus intérêt à ce qu’un système de libre-échange mondial soit renforcé et consolidé sont les entreprises multinationales et autres TGE qui veulent pouvoir produire et vendre sans aucune contrainte.

Produire sans contrainte, c’est être constamment à l’affut du coût de revient le plus bas sur la planète, ce qui est très fréquemment synonyme de salaire de misère versé à un quasi-esclave, ce dernier ne bénéficiant d’aucune protection digne de ce nom (voir notre billet
Mourir pour un iPhone).

Vendre sans contrainte, c’est n’être frappé par aucun droit de douane qui augmenterait le prix du produit fabriqué par le quasi-esclave, avec à la clé la certitude d’éliminer ou de marginaliser la concurrence « locale » qui s’évertuerait encore à « fabriquer au pays pour vendre au pays ».

Résultat pour la plupart des pays occidentalisés, et notamment pour la France :
depuis 40 ans, nous avons vu filer à l’étranger, par « tranches » de secteurs d’activité et par catégories d’emplois, des pans entiers de notre industrie. D’abord le textile, puis l’électroménager, puis… tout le reste ; d’abord les emplois ouvriers peu qualifiés, puis les plus qualifiés, puis les ingénieurs, les transferts de technologie n’ayant fait qu’aggraver et accélérer le phénomène.

Peu à peu, insidieusement pourrait-on dire, on a ainsi remplacé de « bons » emplois (qualifiés, mieux rémunérés que le SMIC, impliquant la maîtrise d’une technique et/ou d’un savoir-faire) par des emplois de plus en plus précaires, de moins en moins qualifiés, de moins en moins rémunérés.

En ce sens, nous présenter aujourd’hui les emplois de « services à la personne » comme un « gisement d’avenir » pour l’emploi relève de la farce ou du leurre : quand la perspective principale (au demeurant fort honorable et fort nécessaire) d’une société est de prendre en charge les 3
e et 4e âges pour trouver des emplois à la jeunesse, c’est que l’on a atteint la fin du parcours…

Nous annoncer le n
ième « plan emploi jeunes » (ou « emploi senior », ou autre…) sans traiter le « mal » à la racine, c’est placer un cautère sur une jambe de bois. Il va donc falloir agir, non en administrant des soins palliatifs, comme on le fait aujourd’hui, mais de façon préventive et « agressive ».


Le retour du politique

De façon préventive et agressive, qu’est-ce que cela signifie ?

En premier lieu, c’est qu’un mécanisme de droits de douane à l’importation permette d’aligner le prix de revient d’un produit manufacturé dans un pays à bas salaire sur le prix de revient qui résulterait d’une fabrication en France. En d’autres termes,
il faut faire disparaître l’avantage concurrentiel que constitue le fait de produire dans des pays à bas salaires lorsque l’on souhaite vendre sur le marché français. Bercy ne manque pas de fonctionnaires compétents pour calculer et ajuster la bonne formule…

En second lieu, nous devons
renforcer la protection de certains secteurs d’activité le temps que les entreprises existantes dans ces secteurs acquièrent une taille et une expérience suffisantes pour voler seules hors du nid.

Un des cas actuellement le plus emblématique est celui de l’énergie solaire : la quasi-totalité des panneaux solaires est importée de Chine et la seule usine française produisant ce type de panneaux, Photowatt, est dans une situation plus que précaire et a prévu de délocaliser en Pologne. Ne passons pas sous silence l’attitude d’ERDF qui savonne gaillardement la planche d’une filière photovoltaïque française qu’il ne contrôlerait pas entièrement, et d’un gouvernement Sarkozy irresponsable qui met en place un moratoire sur le photovoltaïque sous la pression du lobby nucléaire… vous avez là tous les ingrédients qui expliquent pourquoi les PME françaises ne décollent pas et sont incapables d’acquérir la stature de leurs consœurs allemandes.

C’est donc « tout le contraire » qu’il faut mettre en œuvre :
il faut permettre à ce type d’entreprise de « décoller » au plan national dans un contexte favorable, sans qu’elle se trouve confrontée à la nomenklatura des grands groupes (Areva, ERDF…) ou à une concurrence externe qui, tant en ce qui concerne les volumes de production que les coûts de revient, possède aujourd’hui un avantage irrésistible.

Nous n’employons pas ici le terme de « démondialisation » car
il ne s’agit pas, selon nous, de vouloir « démondialiser » à tout prix mais avant tout de permettre à un tissu économique de PME de bénéficier – sous certaines conditions – de marges de manœuvre qu’elles n’ont plus aujourd’hui. On rapatriera ainsi en France des emplois qualifiés qui ont filé « ailleurs », cet « ailleurs » pouvant aussi bien se situer en Asie que dans des pays appartenant à l’Union européenne.

Énoncé brutalement et cyniquement (nous sommes en « guerre économique », n’est-ce pas ?), nous devons mettre en œuvre les conditions pour que la production délocalisée en Chine, en Roumanie, en Pologne ou au Viêt Nam revienne en France. Seuls les gagnants affirment que le jeu économique est gagnant-gagnant… plaçons-nous donc dans les conditions de remporter la partie.

On objectera que si nous agissons ainsi à l’égard d’autres pays, ils feront de même et nous verrons nos exportations freinées. C’est oublier plusieurs paramètres :


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