Excerpt for VICILISATION - La chute by Chris ANTONE, available in its entirety at Smashwords


Vicilisation

La Chute”

Par Chris Antone


Copyright © 2011 by CRMSECTOR

Published by CRMSECTOR at Smashwords


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Avertissement:

Formulons le vœu que ce récit demeure une œuvre de pure fiction. Ainsi, toute ressemblance avec des lieux, des situations réelles, des personnes existantes ou ayant existé devrait pouvoir rester fortuite.


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© Editions Crmsector – BP 105 – 83061 Toulon Cedex

Dépôt légal : Février 2011

ISBN : 978-1-4660-5360-1


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La chute – Acte 1

An 0 – « La chute »


Jacques n’entend pas immédiatement son réveille-matin lorsqu’il se met à sonner. Le bruit lui parvient d’abord indistinctement avant de devenir insupportable. D’une claque mal ajustée, il le fait taire, et s’assoit au bord du lit. Il reste ainsi quelques minutes, le regard perdu dans le vague, se jurant de ne plus faire la fête en pleine semaine. Ses tempes battent le rythme d’une migraine confirmant que l’alcool acheté au marché noir par ses amis n’était pas de première qualité. Mais qui s’en était vraiment soucié ? Désormais, toutes les gens cherchent surtout à occasions sont bonnes pour humer les derniers effluves d’insouciance et oublier tout ça et à s’évader, ne serait-ce qu’un bref instant…

À l’étage au-dessus, il entend le voisin qui se lève à son tour. Ils doivent être les deux derniers résidents de l’immeuble à encore avoir un travail. Mais pour combien de temps ? Hier soir, la plupart des convives avec lesquels il avait discuté ne disposait plus de revenus stables ou légaux.

La stabilité a été balayée par une crise économique mondiale sans précédent dont personne ne voit la fin. Les employés perdent leur travail du jour au lendemain, et les embauches sont à l’arrêt dans tous les secteurs, et il est de notoriété publique que les. Les aides sociales, les retraites et les salaires des fonctionnaires ne sont même plus versés régulièrementdepuis des mois, alors que l’état cherche toujours des solutions pour renflouer les caisses, et maintenir le dispositif en état de marche.

La légalité quant à elle, semble pouvoir indéfiniment repousser ses limites alors qu’une part grandissante de la population doit trouver des solutions pour vivre, ou plutôt survivre. Depuis que l’économie s’est effondrée, un gigantesque marché parallèle a bénéficié de la tolérance des pouvoirs publics incapables d’endiguer les pénuries qui se généralisent.

Les cheveux en bataille, Jacques finit par se lever et se traîne sans enthousiasme jusqu’à sa salle de bains. La dernière ampoule qui fonctionne éclaire son visage anguleux de trentenaire. Il passe ses mains dans son épaisse tignasse sombre et légèrement bouclée, comme pour tenter de réanimer son activité cérébrale ralentie. Il parvient à raser une barbe rebelle de trois semaines avec de vieilles lames ayant déjà trop servi, et s’en sort avec quelques coupures. Une douche plutôt froide finit par définitivement le réveiller et lui ôter son mal de tête. Il extrait patiemment d’un flacon usé les ultimes gouttes d’après-rasage qui apaisent un peu le feu du rasoir. Puis, il se dirige vers sa chambre et enfile une chemise à peine repassée, sortie au hasard d’un placard où règne un désordre de célibataire endurci. En s’habillant devant la grande glace, il constate les premiers effets des restrictions alimentaires en serrant sa ceinture d’un cran supplémentaire. Il considère avec une apparente satisfaction son profil athlétique, en se disant que de toute façon, il ne gagne plus assez d’argent pour pouvoir régulièrement s’acheter des produits frais. Leurs prix ont littéralement explosé ces dernières semaines suite aux difficultés d’acheminement vers les grandes villes.

Il travaille depuis sept ans en tant qu’architecte dans le bureau d’études d’une grosse société de BTP installée dans le quartier de La Défense, tout proche de Paris. Son travail est parfois routinier, et il s’est bien dit qu’il devrait peut-être changer de perspective… Mais, avec la crise qui sévit, abandonner volontairement son emploi relève du suicide économique pur et simple.

Arrivé dans la cuisine, il se résout à utiliser la dernière recharge de café qu’il conservait précieusement, telle une relique d’un passé abondant. Il le déguste religieusement en prenant son temps, et allume machinalement sa télévision. Sur une chaîne d’information en continu, un économiste explique doctement à un journaliste que rien ne pourra contenir le flot de faillites touchant tous les secteurs d’activité dans un monde devenu global. Il rappelle que c’est en effet la première fois dans l’histoire de l’humanité que des pays échangent dans de telles proportions, au travers d’interconnexions financières et économiques aussi ténues et complexes. Selon lui, le coupable tout désigné de cette pandémie mondiale, c’est la finance internationale.

Un autre expert, visiblement mécontent, l’interrompt. Ce dernier reconnaît qu’en l’absence totale de régulation, les marchés et les banques centrales ont effectivement fini par créer une dette totale qui dépasse de loin toutes les capacités imaginables de remboursement.

Mais c’est aussi parce qu’on les a laissé faire, précise t-il malicieusement à l’intention de son interlocuteur. On a beau jeu aujourd’hui de conspuer le mécanisme du crédit après l’avoir surexploité durant des décennies. La finance internationale n’est pas la cause de tout ça, elle n’est qu’une des nombreuses conséquences de nos choix de société. Les états eux-mêmes ont eu recours à un endettement massif pour soutenir l’illusion du modèle et retarder l’échéance. Aujourd’hui, ils ne peuvent même plus faire face aux intérêts de leurs dettes abyssales… Dans l’impossibilité de collecter des impôts auprès de contribuables exsangues, ils se déclarent en cessation de paiement les uns après les autres tels des dominos. Mais cette crise systémique était-elle à ce point imprévisible ? Avons-nous su produire d’autres réponses, à part creuser plus encore la dette pour rembourser ?

Alors que l’autre économiste s’apprête à répondre à son contradicteur, l’animateur l’interrompt et remercie ses deux invités pour leur participation. Il rappelle que désormais, tous les regards sont tournés vers la conférence internationale de Londres. Ce sommet, qu’il qualifie de la « dernière chance », permettra peut-être d’évoquer un effacement pur et simple des dettes souveraines.

Comme ses contemporains, Jacques suit le feuilleton planétaire mettant en scène les convulsions terminales de l’édifice économique. Sans trop y croire, il observe les médecins tentant de réanimer le mourant en injectant dans ses veines inégalement irriguées d’impensables doses de zéros. Partagé entre fatalisme et renonciation, il se demande parfois si ceux qui ont entretenu le problème durant des décennies sont les mieux placés pour le régler aujourd’hui… Mais que peut-il faire à son modeste niveau, à part attendre que d’autres prennent des décisions à sa place, et continuer à travailler tant qu’il le peut encore ?


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