Angelo
Par Marielle CAPPELLINA
Copyright 2011 Marielle Cappellina
Smashwords Edition
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Chapitre 1 : La rencontre
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Tout à coup, ce type est apparu devant moi ; je marchais tranquillement, perdu dans mes pensées mélancoliques et solitaires, cet homme m'a fait peur.
Il a dit : «Enchanté ! je suis Guillaume Tulbert !», puis il y a eu un grand silence…
J'ai répondu : «Bonjour Monsieur, moi c'est Angelo Malto…», Il a presque sauté sur place, il avait l'air ravi, mais pour quelle raison ?
«Tu sais Angelo », a t-il dit, « J'ai rarement eu de tels coups de cœur, mais quand je t'ai vu déambuler sur ce trottoir, je t'ai trouvé tellement beau, tellement élégant…».
Alors là, C'était bien ma veine de tomber sur un homo ! J'ai décidé de passer mon chemin sans lui répondre.
Il est resté immobile quelques secondes, il y avait comme de la stupéfaction qui flottait dans l'air, puis il s'est mis à marcher à ma hauteur et m'a lancé d'une voix outrée :
«Mais, qu'ai-je dit de mal ? Tu ne sembles pas réaliser la chance que tu as, il y a dans ce pays une armée de petits mecs qui se mettraient à genoux pour pouvoir ne serait-ce qu'échanger deux mots avec moi, pour que je pose un seul regard sur eux, pour qui vous prenez-vous M. Malto ? »
Il commençait vraiment à m'agacer, avec son ton à la fois hautain et geignard, mais j'ai préféré garder le silence, en espérant qu'il se lasse, ce qui l'a énervé encore plus :
« Bon OK Angelo, venons-en aux choses sérieuses… »
Les choses sérieuses ? ? ?
« Je pense que tu as un fort potentiel Angelo, mais sais-tu au moins qui je suis ? ? »
« Oui vous êtes Guillaume Tulbert, mais j'aimerais bien que vous me disiez ce que vous voulez exactement, avant que je ne donne l'alerte !!!»
Il semblait avoir du mal à croire à ce qu'il venait d'entendre, il a hésité un instant avant de répondre :
« Bon apparemment tu ne m'as pas reconnu, mais j'adore ton physique alors je ne t'en tiendrais pas rigueur…
Je suis le patron de la plus grande agence de mannequins de ce pays, TOPGEN…
Ça te dit quelque chose ? Je veux que tu deviennes MON nouveau mannequin-vedette !»
Alors là, pour le coup, c'est moi qui suis resté sans voix…
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Tulbert m'a emmené dans un grand restaurant parisien et il m'a payé un dîner très chic et très cher, il n'arrêtait pas de dire que j'avais un potentiel gigantesque, que ça allait être terrible, que son horoscope lui avait prédit une bonne journée, que normalement il ne croyait pas à ces sornettes mais cette fois c'était différent…
Après le dîner, il m'a proposé d'aller dans son bureau, 26 rue de Lampton, Immeuble Vosgien, 4ème étage (qu'il possédait au complet), afin de « peaufiner notre discussion ».
On s'est retrouvé dans un bureau où tous les meubles et les objets étaient chromés, ce qui me faisait mal aux yeux. En même temps je me sentais complètement dépassé par les événements, sous pression.
Tulbert a beaucoup parlé ; j'avais du mal à me concentrer sur ce qu'il disait, car mon crâne s'est mis à me faire souffrir et j'ai eu la nausée (peut-être à cause des deux homards que j'avais engouffrés au restaurant).
Puis il m'a tendu une liasse de papiers et un stylo (un mont-blanc magnifique qui devait bien coûter dans les 500 euros) et il a dit :
« Ton avenir est entre tes mains Angelo, relis tout si tu le souhaites, puis tu n'as plus qu'à signer ».
J'ai pris le contrat et le courage m'a manqué en voyant les caractères minuscules et les quantités d'astérisques qui renvoyaient à des points précis.
J'ai renoncé à lire et j'ai signé tout de suite en me disant : «allons-y, puisque c'est pour l'avenir ».
J'ai oublié de préciser que j'étais en route pour l'ANPE quand Tulbert m'est tombé dessus…
Deux semaine auparavant, j'avais eu le coup de foudre pour Julie, une ravissante jeune fille que j'avais rencontrée dans un bar. Elle aussi m'était « tombée dessus » ou plus précisément, elle avait renversé son verre de coca sur moi, en passant… Elle s'était ensuite confondue en excuses et je l'avais trouvée tellement mignonne que je l'avais invitée à dîner, « pour se faire pardonner ».
Les heures suivantes furent merveilleuses et torrides, au point que Julie s'installa chez moi dès le lendemain, ou plus précisément dans ma chambre.
De toute façon elle projetait depuis longtemps de fuir le domicile de ses parents pour échapper à son père, un affreux alcoolique lubrique qui les battaient sa mère et elle et avait tout récemment tenté de la violer.
Ma mère avait très mal accepté son arrivée surprise.
J'avais donc jugé plus qu'utile de trouver un emploi le plus rapidement possible.
Je n'avais pas le choix, je ne pouvais pas laisser «l'amour de ma vie » à la rue, avec ses dix-huit ans, ses longues jambes, ses yeux dorés et ses magnifiques cheveux ondulés… Non je ne pouvais décidément pas la laisser livrée à elle-même, on me la volerait c'est forcé ou pire que ça, on lui ferait du mal.
Dans le bureau de Tulbert, j'avais vraiment de plus en plus envie de vomir. Malheureusement, il ne semblait pas décidé à me laisser partir, puisqu'il m'invitait d'un air grave à l'accompagner pour une visite complète du studio, ainsi qu'une prise de clichés « sur le vif ».
Je décidais de prendre sur moi (il faut dire qu'il venait de me remettre un chèque d'acompte d'une valeur de 50 000 euros, il y avait de quoi être patient).
Deux « greluches peinturlurées » étaient postées à l'entrée du studio photo ; dès qu'elles aperçurent Tulbert, elles minaudèrent comme des fillettes devant une star de rock.
« Monsssiiiiiiiiiieuuuuuuur Tulbereeeert ! quel honnnnnnneuuuuuuuuuuur de vous voir ici… »
Mon mal de tête ne s'arrangeait pas, je me sentais comme si j'avais pris une bonne cuite la veille. Ça donnait quoi ? Mon cerveau en bloubiboulga…
Je les laissais m'habiller, me maquiller, me tourner me retourner, me faire asseoir, lever, me faire sourire… Je n'avais plus le courage de rien, je me sentais comme le mari de Barbie, Ken, dans les mains d'une petite fille surexcitée.
Je ne sais pas combien de temps cela dura, deux heures, peut-être plus ; à la fin, le gars qui m'avait photographié pendant tout ce temps (il s'appelait Tom) me serra la main et me chuchota à l'oreille « t'as vraiment du bol mec, je ne sais pas si tu réalises la chance que tu as, t'as le cul bordé de nouilles… ».
Quant à Tulbert, il avait complètement disparu de la circulation, sans même me saluer, ce n'est pas tant qu'il me manquait mais je trouvais ça un peu cavalier de sa part et surtout très bizarre, sachant que quelques heures auparavant il semblait ne plus pouvoir se passer de ma compagnie.
Pendant que j'enfilais ma veste, une femme s'approcha de moi ; elle avait l'air doux, la quarantaine, cheveux blonds coupés au carré, yeux bruns. Je me demandais ce qu'elle pouvait bien fabriquer dans un milieu pareil.
Elle me posa une main et me demanda si ça allait, puis « au fait, je me présente, je m'appelle Joanna, je suis la secrétaire de Monsieur Tulbert ».
Sur le chemin du retour à la maison, je me dis que ça serait cool d'acheter des fleurs pour ma petite Julie adorée, je demandais au vendeur de faire une composition pour 100 euros, vous imaginez sa tête ? Il était aux anges.
Je n'avais pas encore encaissé le chèque de 50 000 euros qui tombait à point nommé puisque je n'avais plus un sou vaillant sur mon compte.
Chapitre 2 : Mystère
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Je rentrais avec la « superrrrrrrbeu » composition florale et tombais nez à nez avec ma mère… « Ben dis donc j'en attendais pas tant de ta part, la fête des mères c'était il y a un mois, mieux vaut tard que jamais… ».
Pris d'une impulsion soudaine, je lui mis le bouquet dans les bras. Elle eu l'air stupéfait et, chose extraordinaire, garda le silence… J'avais au moins gagné quelque chose.
J'entrais dans ma chambre, Julie était endormie sur le lit, à moitié nue, elle était superbe. Je l'observais silencieusement durant plusieurs minutes jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux, j'avais une chance inouïe d'être aimé par une telle merveille. Je m'allongeais, serré tout contre son corps.
«Angel... Tu rentres tard, il faudra que tu m'expliques… »,
Je murmurais : «je t'aime, on va être riche !» et elle répondit :
« SUPEEEEEEEEER, bonne nuit ! ».
Le lendemain matin, je me réveillais en sursaut, avec la sensation que quelque chose d'horrible venait de se passer.
Épuisé par ma journée de « mannequin », je m'étais endormi tout habillé, sans même faire l'effort de changer de caleçon.
Julie n'était plus dans le lit, mais le drap avait gardé son empreinte, preuve qu'elle avait quitté la pièce très peu de temps auparavant.
Je me dis qu'elle était sans doute en train de se doucher ou de manger un morceau, ou alors de se disputer avec ma mère…
Mais quelque chose clochait. Je ne percevais aucun bruit dans l'appartement, pas même le son de la télé ou de la radio, rien, personne…
C'était comme si l'espace-temps avait été bouleversé, quelque chose ne collait pas et je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.
Est-ce que le temps s'était arrêté ou est-ce qu'il s'accélérait ? Est ce que c'était moi qui n'étais plus au diapason avec le monde ?
Dans le salon, la télévision était allumée et diffusait cette connerie d'émission que je détestais tant « les z'amours ».
Il flottait une odeur de café et de pain grillé, en provenance de la cuisine. Je bloquais toute pensée et me dis à voix basse :
« Julie et maman sont dans la cuisine, elles boivent du café, elles mangent du pain grillé. Elles s'entendent bien, parce que maman est toujours sous le choc de la « composition florale » que je lui avais rapportée la veille ».
J'y croyais tellement que j'entendis leurs voix, à peine audibles, elles discutaient doucement, tout était calme et paisible, ça me rendit heureux.
Je m'asseyais dans un vieux fauteuil de cuir tout tâché, il appartenait à mon père, c'est ce que maman m'avait dit… Il dégageait une odeur dégoûtante de vieux cigare mouillé.