Excerpt for Thoinot et les voleurs de Leonardo by Jean-Claude Féret, available in its entirety at Smashwords

Thoinot et les voleurs

de Leonardo

Jean-Claude Féret

Published by J-C Féret at Smashwords

Copyright 2011by J-C Féret

Loi numéro 49956 du 16 juillet 1949 sur les publications

destinées à la jeunesse.

2e trimestre 2007

Edition Smashwords, Notes de licence

Ce livre électronique est créé pour votre plaisir personnel.

Il ne peut être revendu. Si vous souhaitez le partager avec d'autres,

soyez aimables de bien vouloir en acheter d'autres copies pour chacun.

Si vous lisez cet "ebook" et ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre seule utilisation, soyez aussi assez aimable de bien vouloir aller sur http://www.smashwords.com/et d'en acheter votre propre copie.

Merci de respecter le labeur de cet auteur.

Avec mon amour

À Anne-Lise, ma femme

À Émeline, ma minette

À Aurore, mon poussin

Août 2002

À PROPOS DE L'AUTEUR

Sur cette photo (1993), jouant d'une vielle

reconstruite d'après les anges musiciens de Memling

Jean-Claude Féret est un violoniste, spécialisé dans la musique de chambre (sonates, trios, quatuors, etc…), mais aussi dans les musiques des autres époques (Moyen-âge, Renaissance…), et la manière dont on les jouait dans ce temps-là.

Ces recherches l'ayant conduit à étudier aussi la manière de vivre de ces époques, les langages, la manière de fabriquer les objets (pour reconstruire des instruments aujourd'hui disparus), et se trouvant ainsi en possession de quantités de renseignements, l'idée lui est venue de les utiliser pour écrire quelques romans d'aventure (2002), destinés à sa belle-fille alors âgée de 12 ans, et aussi pour sa fille qui serait bientôt elle aussi en âge de les lire.

La critique très positive et le vif intérêt de la première l'incita à continuer dans cette voie.

Lien vers le site de Jean-Claude Féret:

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Du même auteur

TABLE DES MATIÈRES

À propos de l'auteur

Notes concernant l'iconographie

AVERTISSEMENT

CHAPITRE I Un début qui aurait pu aussi être une fin

CHAPITRE II Prisonnier

CHAPITRE III Le spectre

CHAPITRE IV L’hospitalité de Leonard

CHAPITRE V L’avertissement de Nicolette

CHAPITRE VI L’emprisonnement de Marie

CHAPITRE VII La condamnation de la sorcière

CHAPITRE VIII L’évasion

CHAPITRE IX Sur la trace des voleurs

CHAPITRE X Le fauve

CHAPITRE XI À nouveau prisonnier

CHAPITRE XII Nouvelle piste

CHAPITRE XIII Plan d’action

CHAPITRE XIV La capture

CHAPITRE XV Une fin qui est peut-être un début

ICONOGRAPHIE

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Notes

Du même auteur

Notes concernant l’iconographie

(c’est à dire les illustrations de ce volume)

À l’origine, il était prévu, d’inclure des reproductions photographiques de peintures et de dessins de Leonardo. Malheureusement, si certains des musées ou des bibliothèques qui exposent ces peintures, se comportent de façon tout à fait honnête (par exemple le musée du Louvres, ou encore Le musée du Clos Lucé à Amboise), d’autres par contre cherchent à profiter de droits sur des œuvres qui appartiennent au monde entier depuis des siècles.

Bien sûr, ils ne réclament pas de « droits d’auteur » pour publier une reproduction de l’une de ces œuvres, mais, jouant sur les mots, ils réclament des droits (ce qui est illégal) sur la photo qui en a été prise et qu’ils cherchent à vendre.

Tout celà peut sembler bien mesquin, mais surtout, cela n’aide en rien le fait de donner à plus de gens l’envie d’aller admirer ces chefs-d'œuvre.

Comme par principe je ne souhaitais surtout pas entrer dans ce petit jeu, (ce n’est pas la question bien sûr, des quelques dizaines d’€uros, que par ailleurs j’ai payés sans regret à ceux qui y ont droit : la fondation Max Escher par ex...), j’ai finalement décidé de faire moi-même des copies, avec mes petites mains, des crayons, de l’aquarelle, et tout et tout, car cela est autorisé... Bien sur, ce ne sont que des copies, mais je vous assure qu’elles sont très ressemblantes... et j’ai pris particulièrement soin pour ce qui est de « l’Annonciation » (celle que j’appelle «  la vierge au long bras »), de mesurer scrupuleusement les proportions, de manière à ce que vous puissiez vous rendre compte très exactement de ce à quoi Leonard s’est amusé...

Si après cela, vous désirez voir les originaux, il vous faudra aller au Louvres, ou alors à Florence ou encore Windsor...

Bon voyage !

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AVERTISSEMENT

Chers amis, en lisant ce roman, surtout, n’hésitez pas, lorsque quelque chose vous semble obscur, ou incompréhensible, n’hésitez pas à rechercher le mot que vous avez passé sans le comprendre ; il se trouve généralement juste à la fin du passage que vous compreniez encore, juste avant de vous sentir un peu ailleurs, un peu absent…

Cherchez-le dans un bon dictionnaire ni trop gros ni trop petit, et clarifiez-en le sens jusqu’à ce que vous soyez sûr de bien le comprendre… Ensuite, pour vous-même, faites quelques phrases qui emploient ce mot (pour vous y habituer, comme lorsque vous cherchez à essayer votre nouvelle paire de rollers ou une nouvelle play station)… Retournez alors à votre roman, relisez la phrase où se trouvait ce mot, puis, reprenez quelques phrases avant et continuez votre lecture.

Le mot qui vous aura causé des ennuis ne sera pas nécessairement un mot compliqué, ou bien un mot qu’on n’emploie plus que rarement (en général, ils sont définis dans les notes en fin de livre et sont indiqués par un lien), mais parfois ce sera même un des mot les plus usuels, de ceux qu’on ne prend même plus la peine de vérifier, à force de les voir, mais qui se trouvait là, en travers de votre compréhension. Vous verrez qu’en faisant cela systématiquement, même si, au début vous devez souvent avoir recours au dictionnaire, au fur et à mesure, vous le ferez de moins en moins, et, en même temps, vous comprendrez de plus en plus facilement d’autres choses, d’autres sujets, pour vous ou à l’école.

Alors, n'hésitez pas, on n’est pas idiot parce qu’on ne comprend pas un mot, même un mot courant, on est idiot et on le reste, de ne pas chercher à savoir ce qu’il veut dire.

J.-C. F.

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CHAPITRE I

Un début qui aurait pu aussi être une fin.

En ce mois de novembre 1517, il pleut sur la campagne, une pluie fine, froide, grise, une de ces pluies qu’on s’attendrait plutôt à trouver plus au nord, vers la Bretagne, la Normandie, ou bien Paris, mais qui surprend un peu en ce doux pays de Loire.

Au creux du vallon, se blottit la ferme, enfin, petite maison plutôt, couverte de chaume... une chaumière donc, avec ses murs bas en pierres du pays, empilées seulement les unes sur les autres, presque sans mortier.

Les fenêtres sont petites, enfoncées dans des orbites sombres, à l’abri des chaumes ébouriffés comme une chevelure au réveil... mais une ferme, cependant, car, au-delà de la haie et des quelques arbres qui l’entourent, on aperçoit un bout de champ, et puis une prée1 où paissent quelques vaches et un cheval... Dans la cour, autour de l’habitation, cinq ou six oies en formation serrée qui patrouillent, et puis des poules aussi, éparpillées, qui grattent le sol à la recherche de nourriture, malgré la pluie.

À l’abri sous l’auvent2 en chaume d’un appentis, un jeune garçon est assis sur une bûche. Il s’appelle Thoinot, et il est âgé de quatorze ans. Ses traits sont fins, le regard intelligent, ses vêtements raisonnablement propres, sont protégés par une sorte de grand tablier qu’il a noué autour de lui. Pour le moment, il est occupé à récurer le fond d’une marmite avec une poignée de sable. Il donne toute son attention à sa tâche, et ses cheveux blonds, mi-longs, se balancent au rythme des mouvements qu’il fait. La nourriture ayant attaché au fond du pot sous la morsure de la flamme, il doit un peu appuyer, et, malgré la fraîcheur de l’air et l’humidité, il n’a pas froid ; quelques gouttes de sueur même, perlent à son front.

Rien de particulier cependant, en cette morne journée… Durant cette saison, de toute façon, il n’y a pas grand-chose à faire, sinon la routine journalière, les vaches à traire le matin et le soir, quelques poignées de grain à donner aux poules, les oies à sortir à l’aurore, et puis à rentrer au soir... À part cela, nettoyer, rafistoler, et remiser pour l’hiver les quelques outils dont on ne se resservira qu’au printemps.

Il y a seulement quatre ans qu’il est arrivé ici. Ses parents sont morts alors qu’il avait tout juste cinq ans ; une vieille tante, sa seule famille en dehors de ses parents, le recueillit, puis elle mourut à son tour, quelques années plus tard. Il se retrouva donc seul, à dix ans, et partit, sans que personne même, au village, ne songe à le retenir. Il partit sur le chemin, droit devant lui, avec pour seul bagage, un restant de pain, un morceau de lard, et un couteau, enveloppés dans un torchon. Il marcha, marcha, suivant ce chemin qui le mènerait bien quelque part.

Il eut la chance, en traversant les villages qu’il rencontrait sur sa route, probablement à cause de son jeune âge, probablement à cause de son air franc et ouvert, il eut la chance de se voir donner, de temps en temps, un quignon de pain, un bout de lard, un oignon cru, voire même, une écuelle de soupe.

Quand il arriva à cette ferme isolée, dans la région d’Angers, c’était le soir ; on lui offrit un bol de soupe, et puis une botte de paille pour dormir... On lui offrit, c’est-à-dire Jehan, le fermier, le seul habitant des lieux, veuf depuis quelques mois seulement. Il lui proposa de rester pour l’aider aux menus travaux, avant de pouvoir l’aider aux choses plus dures, quand il serait plus grand et plus fort.

En ce jour d’Automne 1517, donc, le ciel est bas, morne, gris, la pluie tombe, et puis, tout doucement, le jour s’en va. Alors, Thoinot rentre dans la maison... Morne journée, morne pluie, morne saison, tout semble se refermer sur soi-même, se préparer au sommeil de l’hiver.

Lorsque Thoinot pénétra dans la pièce, Jehan était en train de couper des souppes, ou soupes, c’est-à-dire des tranches fines et étroites, coupées à même la grosse boule de pain. Il tenait la miche serrée contre sa poitrine, et, avec un grand couteau à tout faire, tournant le pain entre chaque tranche pour prendre à chaque fois une place différente, il coupait avec beaucoup de soin et d’attention, de petites lichettes de ce pain d’autrefois, ferme sans être dur, dont on pouvait survivre en ne mangeant que cela, et qui pouvait se conserver plusieurs semaines dans un placard, pourvu qu’il soit au sec.

Il coupait donc ces souppes, qu’ensuite on détrempait dans le bouillon ou même le vin, et dont le nom aujourd’hui : la soupe, désigne l’ensemble du pain et du bouillon...

Thoinot alla chercher deux écuelles pour les poser sur la table, Jehan s’affairait maintenant près de la cheminée où luisait un restant de feu. Il ramena sur le feu une large poêle un peu profonde, et la fit chauffer sur le clair de la flamme, puis, l’approchant d’un bout de lard accroché par une corde à un clou, à même le mur de la cheminée, il frotta celui-ci dans le fond de la poêle, de manière à faire fondre un peu de graisse. On en entendit le grésillement.

Revenant alors au feu, il versa dans la poêle une écuellée de rouelles d’oignons qu’il avait préparées un peu à l’avance. L’odeur des oignons en train de frire envahit doucement la pièce, rappelant à Thoinot que le dernier repas était loin déjà.

À présent, Jehan ajoutait l’eau, le sel, et disposait la poêle directement sur les braises, mais après y avoir étalé une couche de cendres, de manière à ce que l’eau bouille doucement, et sans déborder.

Depuis l’entrée de Thoinot, pas une parole n’avait été échangée, à peine un regard.Du temps passa. Ayant disposé les souppes au fond de chaque écuelle, Jehan versa par-dessus le bouillon d’oignons. Toujours en silence, l’un et l’autre commencèrent à manger, lentement, mâchant soigneusement chaque cuillérée, l’avalant alors en plusieurs fois, avant d’en reprendre une autre.

À la faible lueur du feu mourant, la soirée s’achevait. Tous deux essuyèrent leur écuelle avec une nouvelle tranche de pain, qu’ils mastiquèrent ensuite longuement. Puis ils allèrent se rouler dans leurs couvertures, sur leurs paillasses respectives, dans deux recoins de la pièce prévus à cet effet.

Bientôt, il n’y eut plus que le souffle lourd de Jehan, mêlé à celui de Thoinot, beaucoup plus léger celui-ci, à peine perceptible.De temps en temps, un craquement léger venu de l’âtre où le feu achevait de s’éteindre, et puis, lentement, mais régulièrement, le bruit d’une goutte d’eau qui tombait du chaume. La nuit commençait.

Le feu finit de mourir, le silence devint plus profond encore, même le bruit des gouttes se ralentit, devint plus rare, comme si la maison elle-même retenait sa respiration.Seule l’odeur d’oignons frits, toujours présente, mêlée à celle des corps endormis, des respirations : l’odeur de la maison, indiquait encore la présence d’une vie.

D’abord, ce ne fut rien du tout, ou plutôt, presque rien, tout juste un glissement, un frôlement, ç’aurait pu être le vent, sauf que lorsque c’est le vent, on ne sent pas de présence, or, c’était cette sensation de présence qui, avant tout, avait réveillé Thoinot, avant même qu’il n’y eût de frôlement ou de souffle, et dans cette sensation de présence, il y avait aussi une sensation de danger, l’impression que soudain, tout s’était arrêté, que tout était suspendu, avant que soudain tout n’éclate.

L’esprit immédiatement en alerte, Thoinot glissa sans bruit de sa paillasse en prenant grand soin de ne pas faire crisser la paille. Après avoir rapidement enfilé ses chausses3, il traversa la pièce comme une ombre, et se dirigea vers le seul meuble à part la table, un petit bahut qui servait à serrer4 quelques objets de vaisselle, et aussi quelques vêtements.

Rapidement et sans bruit, il se hissa sur ce meuble, puis attrapant à deux mains une des poutres de la charpente, s’éleva en silence au-dessus du mur, où il s’allongea à même la pierre sous le chaume. Délicatement, avec les doigts, il écarta les touffes de paille, de manière à pouvoir observer dehors sans être vu. Mais dehors, rien, sinon, et venant d’un endroit hors de son champ de vision, une faible lueur mouvante, comme celle que pourrait faire une torche.

Les minutes s’écoulent, longues, tendues... et soudain c’est l’explosion : des cris, le vacarme de la porte qu’on enfonce, elle n’était d’ailleurs même pas verrouillée, et puis, la vision de Jehan qui se lève, qui empoigne un gourdin, et aussi des silhouettes qui se précipitent à l’intérieur...

Heureusement, de l’endroit où il se trouve, Thoinot est hors de la vue des arrivants, allongé sur le mur, en hauteur, et au plus profond de l’ombre, contre le chaume.De ses deux mains, sans bruit, il agrandit le trou qu’il a fait dans le chaume, et, sortant la tête, regarde si la voie est libre. À l’intérieur, quatre ou cinq hommes sont entrés maintenant, et s’agitent en hurlant, entourant Jehan qui se défend. Dehors, il n’y a plus personne, et la voie semble libre. Avec agilité, il se faufile au travers du trou dans le toit, et, d’un élan, retenant son souffle, il saute.

C’est un peu haut, et en tombant, il se déchire la cuisse à un clou qui dépassait de la poutre. Il fait un mouvement pour se dégager, mais, à cause de cela, et aussi de la hauteur, se reçoit mal en tombant, et se tord un peu la cheville.

Tout s’est passé si vite que, sur l’instant, il ne le remarque même pas. De toute façon, il peut marcher, et même courir, ce qu’il fait sans plus attendre, se dirigeant pour chercher des secours, vers le village voisin, distant d’une lieue5 et demie.

La pluie s’était maintenant arrêté de tomber, mais le sol restait gorgé d’eau, boueux, glissant, rendant la course difficile. Après avoir couru aussi vite que pouvaient le porter ses jambes, durant peut-être un quart de lieue, à bout de souffle, Thoinot s’arrêta un peu pour écouter et voir s’il n’était pas suivi, et aussi pour souffler un peu.

Le silence était maintenant presque total, et, à part les battements de son cœur, et le bruit des gouttes, qui, çà et là, tombaient encore des feuilles des arbres, le calme était revenu.L’odeur profonde de la terre mouillée le rasséréna quelque peu. Dans le ciel, une pâleur blafarde : la lune, qu’on ne voyait pas, mais dont on devinait la présence, derrière les nuages, et puis soudain, une autre lueur, beaucoup plus vive celle-là, la lumière d’une grande flamme orange qui se développait, haute et claire, à l’endroit d’où il venait.

Évidemment, il comprenait bien ce qui s’était passé, les brigands, après avoir mis à sac la ferme, et aussi probablement tué Jehan, venaient de mettre le feu à la maison...Il sentit une tristesse l’envahir, et une envie de pleurer aussi. Ce n’est pas qu’il y ait eu beaucoup d’affection ou de tendresse entre lui et Jehan, mais une sorte de confiance tranquille ; ils s’étaient soutenus l’un l’autre durant quatre ans, ils avaient partagé les mêmes privations, les mêmes espoirs de récolte, et maintenant tout était fini, la maison brûlait, et derrière lui, il n’y avait plus rien… chercher des renforts était même devenu inutile...

Devant, il y avait la route, mais il ne savait pas jusqu’où elle le conduirait.Il reprit sa course, mais maintenant, passé le premier élan, sa cheville était plus douloureuse, peut-être était-ce le fait de s’être arrêté quelques minutes… et puis aussi, sa blessure à la cuisse lui causait des élancements.

Après quelques minutes, il décida de s’arrêter encore pour vérifier, car il lui semblait sentir le sang couler le long de sa jambe. Effectivement, la blessure ne semblait pas très belle. La cuisse était déchirée assez profondément sur la moitié de sa longueur, et, comme elle saignait un peu, le sang poissait sur sa cuisse, collant au vêtement.

Il déchira le bas de son justaucorps6, et il le noua autour de la cuisse, de manière à couvrir la blessure, et à la refermer, puis il rabattit son haut de chausses et reprit son avance, mais en marchant maintenant, ou plutôt, en claudiquant, en glissant dans les flaques de boue, en se relevant, en repartant de plus belle.

Péniblement, il avançait, en se traînant à présent, et c’était seulement afin de s’éloigner le plus possible de ce brasier où son passé était en train de disparaître. Il avançait suivant une ligne qui de plus en plus devenait sinueuse, puis, soudain, épuisé, il tomba sur le côté, et, perdant tout à fait connaissance, il s’affaissa tout de son long dans la boue.

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CHAPITRE II

Prisonnier

Lorsqu’il commença à reprendre conscience, la première chose qu’il perçut, ce fut la sensation d’être secoué, ballotté de droite à gauche, et puis la sensation d’une pression désagréable sur son estomac, ensuite, il y eut cette douleur cuisante à la cuisse qu’il retrouva et qui ne le quitta plus.

Tout doucement il revint à lui, et lui revint aussi la mémoire, puis, au fur et à mesure, les perceptions lui revenaient : cette odeur puissante de cheval par exemple, la sensation de liens autour de ses poignets, de ses chevilles, autour de son corps, et qui l’arrimaient au cheval…

Il était couché sur le ventre en travers de sa monture, ses liens lui coupaient un peu les poignets, et aussi pressaient sa cheville douloureuse. Il faisait jour, et, en tournant un peu la tête, il aperçut, en avant de lui, trois cavaliers aux vêtements crasseux, mais les siens devaient l’être aussi maintenant !

Ils étaient coiffés de grands chapeaux à larges bords, et, à leurs ceintures, on pouvait voir divers couteaux, pistolets, sabres de toutes sortes, qui laissaient augurer de leurs activités.Tournant la tête de l’autre côté, il vit encore en arrière de lui, deux autres cavaliers, aussi crasseux que les premiers, et tout aussi armés. Puis, il reconnut que son cheval était celui de la ferme, qu’ils avaient emmené avec eux.

Comment était-il arrivé en cette position ? Il n’était certes pas difficile de l’imaginer : lorsqu’il était tombé sur la route, il avait perdu conscience, et eux, probablement, étant passés par-là un peu plus tard, l’avaient trouvé sur leur chemin.

Pourquoi l’avaient-ils ramassé ? Peut-être avaient-ils besoin de quelqu’un pour faire leurs corvées, voire, servir d’éclaireur, avant d’entrer dans des lieux où l’on n’était pas sûr de trouver la voie libre de tout danger.Toujours est-il qu’ils l’avaient ramassé, et qu’il était là maintenant, prisonnier.

Comment pourrait-il s’en sortir ? En tout cas, il devrait attendre que ses blessures soient guéries avant de pouvoir espérer s’échapper, ensuite, il faudrait attendre, et choisir le bon moment. Pour l’instant, ils avançaient en empruntant apparemment des chemins un peu détournés, mais qui semblaient aller régulièrement dans la même direction : celle du soleil levant.

Il avait dû rester inconscient assez longtemps, car le soleil était déjà levé, semblait-il, depuis quelques heures. Suite à un commandement bref, donné par le cavalier placé juste devant lui, le chef probablement, tout le monde s’arrêta.On le délia de son cheval, et on l’assit au pied d’un arbre, on lui donna de l’eau, et puis un morceau de pain, qui l’aidèrent à retrouver un peu de vigueur.Personne ne lui adressa la parole ; d’ailleurs, eux-mêmes, ils parlaient très peu entre eux. Puis, on le remit sur son cheval, toujours attaché, mais, cette fois, assis normalement.

Ils repartirent. Malgré l’inconfort de sa position, la brûlure de sa blessure, et la douleur de sa cheville, Thoinot regardait le paysage autour de lui, cherchant à s’orienter, à trouver des repères, et surtout à trouver un futur plan d’évasion.À plusieurs reprises, il aperçut ce qui devait être la Loire, qui coulait à contresens de leur marche, donc, comme il l’avait tout d’abord pensé, ils marchaient bien vers l’Orient.

Comment pouvoir échapper à cinq hommes robustes, armés jusqu’aux dents, prêts à tout ? Bien sûr, lui aussi était prêt à tout, et puis, peut-être était-il seul et pas aussi robuste qu’eux, mais il lui semblait cependant, avoir un peu plus dans le crâne que ces rustauds taciturnes.

Il se disait en effet que s’ils ne parlaient presque pas, c’était plutôt que, leur tête trouvant déjà difficile d’abriter quelques pensées de nécessité immédiate, ils ne voulaient pas en parlant, risquer de laisser celles-ci s’échapper vers quelqu’un d’autre, ayant peur de n’en point trouver en remplacement.

Donc, comment fuir ? À cheval ? C’était délicat, car, en vérité, le Noiraud était un bon cheval, mais un cheval pour les travaux de la ferme, un cheval de trait, pas trop gros cependant, mais plus robuste que rapide ; eux, ils montaient de petits chevaux, dont la rondeur joviale des joues et du sourire, ainsi que la nervosité, laissaient présumer la présence de sang maure, donc, la rapidité ; alors, s’enfuir pour se faire rattraper… aucun intérêt, cela risquait même d’être dangereux, en leur montrant son manque de coopération.

Alors, quoi faire ? Gagner leur confiance, et puis un jour, ou plus probablement une nuit, s’éclipser quand l’environnement serait propice ?... Enfin, il verrait bien en temps voulu.

Après quelques heures, au détour d’un chemin, ils aperçurent au loin, une forte troupe de cavaliers qui arrivait en sens inverse. Après quelques instants d’hésitation, l’ordre fusa bref, et les brigands tournant bride, se mirent au galop en sens inverse jusqu’à un chemin de traverse qu’ils empruntèrent.

La troupe de cavaliers avait déjà pris le galop à leur rencontre, et puis maintenant à leur poursuite.Plusieurs fois ils tournèrent abruptement dans des chemins creux. Après peut-être une heure de cette course en zigzags, tout le monde s’arrêta : il semblait que toute poursuite avait cessé.

Tous descendirent quelque instants de cheval pour se délier les jambes et boire une rasade à même les gourdes. Thoinot resta sur sa monture, enfin, on l’y laissa, mais on lui fit passer pourtant une gorgée d’eau ; ensuite, on repartit.Longtemps encore ils continuèrent, tournant le dos au soleil qui se couchait.

À la nuit, ils s’arrêtèrent à l’orée d’un bois, cachés derrière un groupe de noisetiers. Ils attachèrent les chevaux, mangèrent un morceau de pain et du fromage, arrosés d’une rasade de ce qui semblait être du vin, car ils en versèrent même une goulée sur sa blessure.Elle n’était pas très belle à voir, et se boursouflait en prenant une couleur rouge pâle un peu malsaine.

Lui aussi eut sa part de pain et de fromage. Ils n’étaient pas brutaux avec lui, pas tendres non plus, il avait juste la sensation d’être pour eux un objet pour lequel on n’a ni haine, ni amour, ni pitié. On avait fait quelque chose pour sa cuisse, enfin, un geste, mais de la manière dont on aurait essuyé sur l’herbe le couteau avec lequel on venait de vider un poulet, ou d’égorger quelqu’un : et seulement pour empêcher qu’il ne rouille, pour le garder en état.

Tout le monde se roula, qui dans son manteau, qui dans une couverture, on jeta sur lui une grande cape crasseuse qui sentait la vieille graisse rance, la sueur, et le cheval.

Il dormit mal, d’un sommeil entrecoupé de rêves un peu agités, et finalement, se réveilla au signal, donné par le chef de bande. Il était transi de froid et engourdi, à cause de ses liens un peu trop serrés, et qui l’empêchaient de se retourner librement.

Ils repartirent rapidement ; la journée se passa comme la précédente, sans alerte toutefois, et sans rencontrer âme qui vive.

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CHAPITRE III

Le spectre

La nuit était déjà bien avancée lorsqu’ils arrivèrent à un village endormi, qu’ils traversèrent silencieusement. À la sortie, ils prirent un petit chemin sur la droite qui semblait en faire le tour. C’était un petit chemin qui serpentait un peu, montant au flan du coteau, encaissé entre deux hauts talus herbeux, et où le peu de clarté dispensée par la lune ne pénétrait qu’à peine, filtrée qu’elle était par les grands arbres qui le bordaient.

Dans un autre contexte, en d’autres circonstances, peut-être cela aurait-il pu passer pour un petit chemin plein de charme, mais, avec la présence de ces bandits, dans cette pénombre changeante, à proximité du cimetière dont on apercevait maintenant, au sommet du coteau, et par la grande entrée, les croix grises, les statues, se découpant dans le contre-jour en silhouettes sombres sur le gris laiteux des nuages, oui, vraiment, cela semblait inquiétant, d’autant plus que le vent soufflant un peu en altitude, les nuages se déplaçaient assez rapidement, et, tour à tour cachaient et dévoilaient la lune, faisant ainsi alterner la pénombre et le noir total, animant les ombres portées par les branches presque dénudées, en cette saison, et qui prenaient alors des allures de membres décharnés, de mains crispées, de squelettes figés...

Le cimetière lui-même était entouré d’un muret de pierres empilées, et puis, à l’intérieur et le surplombant, d’une haie de vieux buis, plus haute qu’un homme, dont le vert sombre semblait noir, et dont l’odeur amère ajoutait encore à la gravité des lieux. Ils s’engagèrent à l’intérieur, en prenant l’une des allées qui longeait les buis ; Ils allaient lentement, au pas, et le bruit des sabots était maintenant à peine audible, étouffé par l’épais tapis de feuilles mortes.

Il régnait ici, une odeur de végétation mouillée et de champignon. Les grandes croix, et les pierres tombales humides, au gré de la lune, des nuages et du vent, lançaient par intervalles des éclats aigus, vite éteints, aux allures de feux follets.

Arrivés au bout de l’allée, ils s’arrêtèrent à l’abri d’un bouquet d’arbres, mirent pied à terre, et commencèrent à s’installer. Ils avaient fait descendre Thoinot, mais l’avaient attaché à une corde dont l’autre extrémité était elle-même liée à une forte branche. Ils s’assirent pour manger.

C’est alors qu’un long gémissement fusa, comme venu de nulle part, un long cri plaintif, qui monta dans la nuit comme une sorte de hululement, et redescendit dans les graves, pour se terminer en gargouillis horribles... et puis, le silence total.

Tout le monde s’était figé dans l’immobilité la plus complète, dans le silence le plus absolu. La peur pouvait se sentir comme quelque chose de solide, autour de ces hommes, pourtant farouches, au cœur de ces durs gredins, pourtant intrépides, habitués à côtoyer la mort...

L’un d’eux cependant essaya de rire, comme pour se prouver qu’il en avait envie, mais personne ne s’y trompa, pas même lui, et le silence retomba, total, long, interminable, plus lugubre encore. Thoinot, quant à lui, essayait à grands efforts d’avaler le morceau de pain qu’il venait juste de mettre dans sa bouche, mais, il semblait, ou bien que la bouchée avait fort grossi, ou alors, c’était son gosier qui, lui, avait rétréci, et, il avait beau faire, ça ne passait pas, il manqua même de s’étouffer !

Après quelques minutes, deux des brigands se levèrent, et, sans trop d’enthousiasme, avec beaucoup de circonspection, se dirigèrent vers les tombes ; mais il était très difficile d’évaluer l’endroit, ou même la direction de l’endroit d’où était venu ce cri. Il semblait être venu de partout à la fois, aussi, après avoir parcouru quelques allées, regardé derrière quelques tombes, ils revinrent sans un mot pour terminer leur repas, et s’allouèrent même une rasade supplémentaire de vin, pour se redonner du courage.

Tout rentrait dans l’ordre cependant, le calme était revenu, l’incident reprenait place dans le passé, comme une sorte de rêve auquel on ne voulait plus penser.Tout le monde s’apprêtait à passer la nuit, quand, une deuxième fois, le cri retentit : il fusa d’abord, plus sonore que la première fois, mais plus plaintif encore, comme la voix d’un être qui serait au comble du désespoir, ou de l’horreur.

Tous, en une fraction de seconde, portèrent la main à leurs armes... Alors, on vit émerger avec lenteur, comme sortant du sol, une longue silhouette sombre, surmontée d’un crâne qui luisait dans la nuit en grimaçant, un crâne horrible, dont on voyait le maxillaire s’ouvrir et se fermer, tandis que cet être de cauchemar s’avançait en semblant sautiller, ou bien gambader, en une démarche à la fois hésitante, grotesque, et sans but… sauf qu’elle semblait toutefois se rapprocher d’eux.

En même temps, retentissait un horrible ricanement démoniaque qui n’en finissait pas de monter, de descendre, de rebondir, de se dérouler dans le silence du cimetière.Sans plus ni penser, ni se concerter, ni même attendre un ordre d’un chef qui, de toute façon, ne savait même plus qu’il était le chef, tous, d’un seul élan, sautant sur leurs montures, s’enfuirent aussi vite que celles-ci le leur permirent.

Leonard, Autoportrait âgé (copie)

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Le bruit de la cavalcade se perdit au loin, et, bientôt, le silence se rétablit. L’apparition fantastique arrêtant sa démarche folle, se dirigea alors vers Thoinot qui n’en menait pas large, essayant de se faire tout petit contre son arbre, et aussi d’avaler sa bouchée, ne pouvant s’enfuir.

Le crâne disparut, et il ne resta que la lueur qui l’avait éclairé de l’intérieur, comme celle d’une torche, mais en beaucoup plus doux, et, ce qu’elle éclairait à présent, c’était la silhouette d’une grande cape, au—dessus de laquelle émergeait la tête tout à fait remarquable d’un vénérable vieillard aux longs cheveux blancs, à la très longue barbe blanche, et qui riait, non pas d’un rire démoniaque, mais du rire franc du bon vivant qui vient de jouer un bon tour à quelqu’un qui le mérite.

S’approchant de Thoinot, il lui dit avec un drôle d’accent et d’une voix redevenue grave :

– Allons, gamin, n’aie pas peur, je viens te délivrer. Il s’approcha doucement, et coupa les liens de Thoinot, maintenant, tout à fait confiant.

– Eh bien, mon garçon, tu dois te sentir un peu mieux comme çà !... mais, que t’est-il donc arrivé ? ajouta-t-il en voyant la démarche claudicante de Thoinot.

En deux mots, celui-ci lui parla de ses blessures qui le faisaient encore souffrir.

– Bon, nous regarderons ça dès que nous serons rentrés, mais, pour l’instant, je dois juste récupérer un peu de... disons de matériel... ensuite, nous partirons, et je suggère de ne pas s’attarder plus que nécessaire ici. Heureusement, tes ravisseurs nous ont laissé un cheval pour toi, donc, je vais maintenant t’aider à remonter en selle...

L’ayant fait, il guida le cheval d’une main, marchant à son côté, jusqu’à un monument funéraire, une sorte d’abri creux, ou de minuscule chapelle, avec un toit en coupole, et des sortes de petites fenêtres rondes, ouvertes sur chacune des faces.

Il ramassa à l’intérieur un sac assez volumineux, qu’il jeta sur l’encolure du cheval, et, tout en reprenant son chemin, il expliqua d’une voix très détachée, comme pour la chose la plus naturelle du monde :

– C’est d’ici que j’ai poussé les cris, ainsi, le son était envoyé dans plusieurs directions à la fois, et, avec la résonance due à la coupole ronde, l’effet était garanti... Pour ce qui est du crâne, ce n’est pas ce qui manque dans cet endroit, surtout lorsqu’on creuse un peu, or, j’étais occupé dans une tombe fraîchement ouverte, à retirer quelques pièces (maintenant, des pièces détachées!), à un corps qui, de toute façon ne pourrait plus jamais s’en servir… Quant à la lumière, c’est juste une branche que j’ai enduite d’une peinture de ma fabrication, et qui, lorsqu’on la laisse au jour toute la journée, redonne ensuite, plusieurs heures durant, la lumière qu’elle a absorbée ; ça éclaire un peu moins qu’une vraie torche, mais ça ne fume pas, et puis, on ne peut ni se brûler avec, ni mettre le feu quelque part.

Tout en parlant, ils étaient sortis du cimetière et étaient arrivés à un petit bosquet, à quelque distance de là, où les attendait un cheval, attaché à l’un des arbres. Le vieillard, qui après tout était plus leste que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre, après avoir attaché solidement le sac sur le cheval, se mit en selle, après quoi ils partirent.

Ils marchèrent une partie de la nuit, et enfin, à proximité d’Amboise, arrivèrent à Cloux, en une sorte de très grande maison ou de manoir, entouré de verdure. Ayant laissé les chevaux à l’écurie, ils entrèrent dans la maison, Thoinot appuyé sur le bras de son hôte.

– Sois le bienvenu à Cloux, lui dit celui-ci, mon nom est Leonard. J’aurais pu être peintre, si j’avais réussi à peindre comme je le souhaitais, j’aurais pu aussi être sculpteur, si j’avais réussi à fondre les statues dont j’avais la tête pleine, peut-être que j’aurais pu être savant, si j’avais trouvé les réponses au dixième des questions que je me posais, peut-être aussi que j’aurais pu être philosophe, si le fait de n’avoir pas réussi à atteindre mes buts me laissait, à la fin de ma vie, calme et serein, mais je n’arrive pas à m’y faire, et je cherche toujours...

En tous les cas, ajouta-t-il, il me semble que je suis un libérateur, puisque j’ai réussi à te débarrasser de tes ravisseurs.

Allons, ajouta-t-il, maintenant, je vais m’occuper de tes blessures, viens. Ils allèrent dans une pièce, mi-atelier, mi-laboratoire, mi-bureau, avec un quatrième tiers : antre de sorcière, pleine d’objets surprenants, de bocaux emplis de cristaux de toutes couleurs, de poudres, de liquides dans lesquels baignaient des animaux, l’espace était jonché de constructions bizarres, de toiles accrochées, ou simplement posées contre les meubles...

Il fit asseoir Thoinot sur un siège, et se dirigea vers une étagère au mur, où il prit une cassette en bois, joliment ouvragée. Il revint alors vers Thoinot, et déposa à terre son matériel, puis, relevant le haut de chausse, observa la blessure d’un œil attentif. Alors, sortant du coffret un peu de charpie7 qu’il imbiba d’un peu d’esprit de vin8, il en frotta doucement la plaie.


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