Excerpt for Le cahier violet by Mathieu Larouche Froté, available in its entirety at Smashwords



Mathieu Larouche Froté










Le cahier violet





















éditions Dédicaces










Le cahier violet


© Copyright - tous droits réservés à Mathieu Larouche Froté

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Couverture : © Robertas Pėžas

Klaipėda, Lithuania

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Un exemplaire de cet ouvrage a été remis

à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte








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Mathieu Larouche Froté











Le cahier violet





































Juin



Contractions de l’orage


L’orage se prépare qu’on attend

Feuilles retournées

Têtes qui se tournent sur notre passage.


Nos veines sentent que le sang en a assez

Il semble que la mort soit appelée ouvertement.

Et en fin stratège nous mettons le doigt

Contre les nervures du bois

Les boursoufflures des nuages.


Un chat remonte les dalles d’une allée

Qui trouvera derrière la porte de la maison étrangère

Toit, caresses, âtre, plat garni -

Comme si le ciel allait s’intéresser au sort des hommes.


De notre front tendu au vent la grisaille se rapproche

Braise entre les cartilages, la douleur n’est plus ronflante –

Et si soudain la matière du miroir fond sur nous

Interstice entre lequel se dédouble la création

Où le cristal de l’invisible prend la forme des couleurs

Cependant je glisse le long de l’espace

Comme les feuilles contre les trottoirs, au-dessus du caniveau

Emportées, plaquées


Je voudrais les soulever par mon soupir


Mais range plutôt mes mains dans mes poches

Y froisse mes paumes

Les mêle à ces bouts de vers se tortillant qui sont mes idées folles :

Je pense à un ciel éclaté et à un sourire

Son rouge définitif tracé par un fragment.




Il exprimerait la rage enfantine de mon cœur

Cette cale où s’épuisent les machines, où la sueur se concrétise

Pierre de touche d’une fièvre qui fait des vagues -

De leurs sommets les cris de l’équipage en équilibre

Semblent vouloir retomber en imprécations.


On préfère laisser là les menaces, se remet à l’espoir

Sentences contenues, dividendes d’enjambées

Devant l’ouverture apeurante des rues

Nous attire la franchise des fleurs

Nos yeux rêvent de papillons dont les teintes conduiraient à l’aube.


Les hommes sont là, en bras de chemise, prêts à l’ouvrage

L’orage s’est enfui peut-être

Et aux balcons des femmes se passent le mot

Tous, sont prêts à ouvrir la cage de leur poitrine

Et moi j’hésite, comme si je n’avais pas domestiqué les chiens.












Détente


Mourir

lentement mais sûrement

en desserrant la main


Crocs des pièges

sur l’entendement en pièces détachées

Chute

entre la facilité des gestes sans contrefort


Migrations jusqu’au point de départ

franchissement du vent


Après le tarot quotidien

le jeu des traits

Après tant de pauvreté

j’aimerais que le bonheur me couvre


À quoi se résume l’effort de vivre

tranchées et accidents de terrain

Relief d’entrailles du mystère

mécanismes d’une musique intime


Les paumes ont tendu

une minuscule mer de frissons


ridée par le souvenir


Une main dans les cheveux

calme la douleur

Il faut grimper la pente

déplacer les blocs en hauteurs


Entre tous ces ponts

l’inconscient s’isole


Des sourires envolés

des seins qui s’entrebâillent

Au seuil des rencontres

reculs en dérive



Fuite du danger

au goût amer

Raisonnance invincible

qui ouvre la voie


Je ne puis plus que songer

faire saillir le vide

échos ourlés sous les tempes

d’heures en heurts


L’espace se couche en contorsions

se retourne

pour que je puisse en écrire l’intérieur

contre la fenêtre


On remonte le courant des veines

accroche le cadre des choses

S’éveille à la nouveauté

aux routes à suivre


La peau de sirène pousse alors

un dernier hurlement

s’effondre

aux coups de l’horloge enfoncée

L’envol se crée


Tombent les chaises

monte la chaleur

autour de la parole



S’enterrer


Une colère gronde

Toute pleine

À se retrouver devant la feuille

Nu et surexposé du matin au soir

Sans l’inspiration d’une prière pour nous cacher


Ces jours durs comme le roc

Peut-être expriment-ils une heureuse tumeur du bleu


Se mettre dans l’arène du langage

C’est devoir se repenser

Déprendre les nuages d’une toile


Avec l’âge

Gravité croissante

Le moindre sourire remue tant d’arrière-pensées

À portée de main chante l’amour à tue-tête

Qui provoque l’arrière-enfance

Et sans les repères du désir

Les idées tombent en ruine


Le besoin nous vient

De partager avec la terre notre peau

D’examiner notre cœur à la lumière du soleil

De mélanger nos regards aux lueurs du jour


Plutôt s’en aller

Sans quêter le repos

Sans la pudeur du péché

Compter nos pas alors que l’Image

Grand carrefour des perspectives

Surface unie

Prête son flanc



Nos réflexions deviennent cette nature étale

Dans les profondeurs de laquelle se reposer

Source caressante qui dans l’illusion d’un désert

Ouvre les sillons d’un champ

Érige la voix des veines en vrilles

Dans un halo de forces fauves


Plus possible alors de délibérer

Seulement de se suspendre à nos lèvres










Mille couleurs


De l’oiseau

Le chant mis en cage

S’évade

Tenant le cœur otage

Du beau





Juillet



Lever de rideau


Nomenclature

la libre pensée s’exerce


Vent

poitrine

engagés dans le regard

caressant l’arbre

témoin de la rue


Là circule le temps

cristal contre-nature

qui conserve les heures

reflet de lune et soleil


Mon visage monte en droite ligne

aussi à-pic que le bleu

tandis qu’une fièvre

fait lever la pâte du sang

dont ouvertement le ciel

semble réclamer le sacrifice

et derrière leurs portes

les consciences s’examinent


Avant leurs allées et venues

par une chantante délivrance

l’organe du beau laisse sa clef

qui nous pèse déjà


À la source


Vivre

ou sentir à point nommé

la vivacité de la blessure que laisse :

chaque lever de soleil

dans son arène de flammes;

chaque nuage accouché

par un bain de couleurs;

chaque fleur naissante

derrière sa beauté qui s’isole;

chaque échappée élémentaire

vers une seconde nature;

chaque sourire à la dérive

sur les traits torrentueux;

chaque contact des corps

entre les bras du vent;

chaque baume lunaire

aux racines de la peau :

nos états d’âme.











Être au diapason


Je songe parfois

à l’absence d’une certaine fenêtre

espace bleu

en marge

où gestes et pensées

se calqueraient sur les astres.


À une rencontre de l’être

chemin pavé d’organes

articulations du verbe

et aux canalisations oniriques

engrammes de désirs qu’il faut arracher

pour les présenter au soleil.


Vide et silence me devinent savamment

l’un hante ma respiration

l’autre appuie sur mes entrailles

alors je renonce

à rendre le jeu des nuages et des fleurs

leur fine correspondance avec mon âme.


Quitte à gratter et me retourner

cherchant à dégager ce contact

avec l’inconnu

entre le sang et un firmament ouverts

où l’espace et le temps

élaborent comme en passant une destinée.


Entre l’horizon


Mon visage si dense

prêt à s’effacer


Dans l’espace le plus vague un décor s’implante...

lune blanche

corps de femme

mince flamme qui chante


Nous nous rencontrons sans sourire

le souffle se fait rare

Tant d’immeubles autour

demandent à nous reconduire sans un mot

du jour au lendemain


Par un désert d’arbustes et d’ombres

zénith de chair

recouvrement

Au premier regard

je ne n’ai plus su ce qui me touchais

de ce que j’ai touché









Subversion de l’aveu


Je meurs lentement

Sans écrire autre chose

Que ma chute

Dans l’espace

Les chocs encaissés par ma tête

Étincelants


Je meurs et trace de mon sang

Tout du long

Des caractères où avenir et passé

Se penchent

S’apparentent

Pour s’abreuver à l’unique source

De la présence

Et m’élever au rang d’homme

D’âme

Astre qui bat

Intime des nuées

Cosmogonie cellulaire

Cité d’intelligence

Cristal

Vent

Lumière


Je meurs

Et dans ma tombe

Me relève lentement

Jouant des mains et de la tête

Pour creuser cette poitrine de terre

Jaillissant par-devant une perspective

Sans point où fuir

Me posant le long d’une division de trottoirs

Reflets superposés au vide

Celui de tant de non-dits

Couverts par chacun

Et les mots sont pour moi couloirs à karmas

Ponts à bascule

Abîmes à langue

Lieux communs nécessaires



Bombes lancées au détour d’une conversation

Ils constituent l’épreuve de lumière

Et le rebours d’un testament

Ils posent

Empreintes dans la nuit

Le relief d’un vide

La dimension recherchée de sang et d’or


Après cet impact de l’au-delà

Je reste surpris de me voir

Au même lieu l’instant d’après

Touchant le spectre des couleurs

Invoquant la musique des sphères

Arrachant aux corps la substance des rêves

Qu’ils puissent retourner la ville sens dessus dessous


Reste cette conscience sans repos

Elle précipite lieux et évènements

Joint les veines

Espérant le coup de foudre

Cherche

Agenouillée entre des larmes de feu

À pousser un cri astral

Se faire signe de sa dernière demeure

Son front

Tombeau ouvert

Abandonnerait sa dureté de marbre

Passera des vêtements brillants



Août



Bouleversement au front


À toute heure je m’avance

me hâte vers le sommet

de la solitude dernière

La tempête me cueille

laissant les maisons surprises

leurs fenêtres sur moi


Les bourrasques de pluie

les bouquets de foudre

enlacent les arbres

s’implantent dans la terre

éclatent le cadre du paysage

Il est ce contenu de mots

que je dois porter

à l’horizon qui tangue

si immédiat que dangereux


Et mes paumes aveugles

de leurs indéchiffrables lignes

déshabillent un vertige

où la mort déjà semble sourire

Elle qui voudrait son nom

signer la blancheur

espace total




Mon esprit

machine emballée

accumule les mots –

leur sang qui macule

la blancheur de peau

que j’ai.


Avec le salut du vide

vient chaque matin

un soleil

le lit

des vêtements sur la chaise

la peau du souvenir

Voilà nos nouveaux jouets

et les derniers nuages du rêve

flottant là-haut sur le ventre

arrivent nos pleurs et nos rires

comme des airs

chœur de tragédie ou de fête.


S’occuper à clouer quelques cadres

perspectives d’existence

par où renouer avec l’instinct

d’une nature vivante –

tandis que tout flotte

voyage d’une pièce à l’autre de l’entendement

Et nos doigts deviennent racines

s’impriment dans la vision murale

qui voulaient retenir quelque image.


Mais de quoi ais-je peur?

une fenêtre s’ouvrira

à mon âme échoira le champ bleu

une musique au fin liséré

la pleine chaleur amicale

rien de ce qu’elle laissera

ne lui sera plus étranger

quand elle s’en ira

toucher le cœur des choses.












Qu’il n’y ait plus

de traces de ce que j’exprime


Tant d’azur

pour une seule poitrine


Nous mourrons toujours

à ciel ouvert



Quelques coups à ta porte

et pour toi mon cœur, ce paquet ficelé.


Un sourire sur tes lèvres soulève le vent

qui un instant porte mes paroles.


La nuit est là, heure équivoque

l’horizon s’ourle de bonheur probable.


Tu m’offres le café, noir et chaud

pouvais-je partir? tu me fis libre.


Alors je reste, un peu penaud t’offre ma main

mais tout s’éclaire, surtout ton visage.


Sous les étoiles de nos yeux, ébauchent un simple destin

nos dessins d’enfant.


Maintenant je désire repartir,

T’avoir donné le paquet est ce que j’ai fais de mieux.


Mais tu me retiens, tes bras s’ouvrent

nos souffles s’échangent.


Suit ce premier rêve,

que nous faisons ensemble.



Vestiges de mes yeux


Mais y aura-t-il quelqu’un

pour se pencher sur ces os

les caresser et trouver beaux

pour les entrechoquer doucement

et en ressusciter l’harmonie


Sur mon âme

j’entrevois un chemin de peau idéale

dont j’ai peur que la lumière le traverse

qu’un pied au premier pas le déchire

car est-ce que ce ne sont pas

de trop fines particules que j’organise


Ma tête se creuse

et se remplit

se comble et se vide

donnant le meilleur

pour le pire

ce me semble


Je n’ose plonger franchement

sans jamais ressortir

rencontrer la blancheur

laisser de moi une image




Septembre



Plaie ouverte


Corolle

noire et béante


Sourire des pétales

au rouge éclatant

dans leur lustre de rosée


Incontournable promesse

appliquée et fébrile

mais artificielle

de nous cueillir












La dernière goutte de sang

tirée de la page blanche

la dernière hallucination

infusée dans les veines


sur le trottoir anonyme

s’éclater à la face du monde









Lacer mes souliers

un soir de novembre

aux fenêtres givrées

et partir

courir l’aventure

un chandail rouge de fille

harpie en proue du désir

J’avance

d’immenses grains de neige

bouchées d’aumône

reculent ma bouche

recomposée sur le tard


Plus loin des corps en bois

entravent la circulation

le coup de sifflet de l’agent

fait que la lune tombe

Sur le pont brille

une boîte de conserve

dans l’huile des mouches

dans le ventre

un clocher qui pèse

Là-bas

entre les rues et les arbres

les maisons rangées

à l’heure des rencontres

hasard noué

depuis toujours

corps libres

mains sous les yeux

pour moi se déclare

l’abrupte annonciation

d’un divorce dans la gorge


Souvenir

qui monte l’escalier

qui lui plonge dans la cave

où joue la musique

s’échangent les baisers



guet-apens sentimental -

à la bouche de l’enfant

l’eau saigne

Il y a dans sa tête

par la fenêtre

une cour d’école

ce cours de la rêverie

loin du discours professoral

Sous les troncs

la terre noire

à salamandres

derrière un pan de paysage

haleine de jupe

escarpement

temps fugace

effacé dans le délurement


Aujourd’hui

là maintenant

je règne

enclume

ou tête à tout faire

qui revient chez elle

avec le courant




Disparition


J’ai la tête rentrée et basse

peut-être que je ne sais plus sourire –

tous ces chants qui s’éteignent

alors que je mêle le soleil à la terre


Pourtant des images immatérielles

se révèlent dans la transparence

elle accepte nos larmes

en nourrit son cours

et éloigne

de par son lit de vagues

sous les chevelures d’arbres

entre des tapisseries d’étoiles

jusqu’où le ciel penche son front









Octobre





Tes bras d’août

dans un bleu d’automne

tenture tremblante

désaxée

font la lumineuse loi


Pour moi

qui foule mes pensées

feuilles frémissantes

que j’écrase nerveusement

ta chair fleurit

soupire et meurt

dans un ciel

qui conserve tout

mémoire de mes ailes

empreinte de mes battements


Les grilles noires

ces témoins désenchantés

me regardent quitter le décor

pour un sombre cabinet

où je remédierai à ma fièvre

te dédicaçant quelques feuillets

ramures de veines

distillation des songes


Et les fioles de ma folie

iront libérer des ruisseaux de sang

chantant pour un soleil nouveau

alors que dans la rue

entre mille souvenirs soulevés

je cherche ta présence blanche

voulant briser à tes pieds mon front



Une sirène hurle sa tête en moi

mille veines explosent

ramifications tentaculaires

irrésistibles remous vers son île

et des plages sous-marines

des vies enterrées

les sourires noirs

fossés qui nous lient

se dessinent

en coupant le souffle


Un matin je me recueille

je me sens si bien

rien n’attends plus après moi

tout tombe sous la main

sans poids

or de fil en aiguille

je retisse

avec un art consommé

ce qui ne me hantait plus

je me ramène à cette conscience

sauvage

désœuvrée

seule au beau milieu de ses eaux

je ne joue plus soudain

à me déchirer

m’ouvrir la peau

d’un océan à l’autre







Tous ces cris dans l’air

la fatigue

mort lente

crispation de l’intelligence


L’horizon tangue

ses feux brûlent

une aube ferme nos yeux

ronge ce cristal blessé

qui égara son eau dans la nuit


À mi-chemin de la glaise informe

reste un corps de femme

jetons une chemise par-dessus

laissons à lui-même l’atelier


À notre chevet

la fin unique partage ses songes

nous embrasse lentement

de sa langue si profonde

que notre souffle lève l’ancre


Survol du corps des choses

décor vital de quelques actes

rideau où derrière

la poussière s’évapore


Vers l’aplomb d’une ligne

d’où je me mire

je ne sais quelle dérive

sur des empreintes de larmes

aux cristaux irisés


Sur une des faces

la fleur du mal

pincée entre tes lèvres

et une épine sur ta joue froide d’oubli


La fenêtre tremble

cristal de l’espace

gronde son chant d’émeraude

métamorphosant tout ton corps

de nouveau si pur et rose


Un jardin de front et de yeux

aux bouchées de ciel

diffuse ta connaissance

son vent à la transparence bleue


Je succombe mais pense

à toute la distance qui s’infiltre

à la multiplicité des sens

aux prophéties naissantes

leurs vers de vertige


Dans le champ délaissé

l’épouvantail d’orgueil

couvert du crachats des nues

à qui les oiseaux ouvrent le ventre


Moi je reste et passe

ma main dans tes cheveux

retiens ma mémoire

ton sourire se dévoile

comme un gage d’infini


Je pleure si fort

souffrant de ma faim de terre

éperdu de te caresser

toi l’Image


Les fleurs du rêve

annoncent le délire organique

cartes spatio-temporelles

figures et couleurs qui éclosent

alchimie de chiffres


Dans une grotte murale

le recoin d’ombre

l’intellectuelle discrétion

je médite l’angle d’abordage


La lune sur ma paume

est perle rase

paupière suave

ton crâne sueur de nâcre

fond d’algues où dansent les vagues


Cueillir ce visage

surface incertaine

dans ma poitrine étendard

désir gravitationnel


Une lame survient

glaciale

penchant inexplicable

pour l’entre-chair

mort consommée


Pourtant dans ta poitrine

le lait et la maison

les rires flûtés

l’enfance à la porte


Et je cultive tes doigts

les enracine dans ma bouche

avec des fils de salive je te tisse

t’étoffe de semence

ouvrant le fruit qui recèle l’arbre


Arc d’éclairs

le corps du soleil flotte

dans la nudité de ton front

au superbe feu



Tes paroles règnent

pans de vêtements charnels

sous les motifs levés de veines

gravures complexes d’os

ton souffle y fond la substance


Je me jette alors par la fenêtre

au large d’une radio-fréquence

vers une liberté démentielle

un visage qui se met en sang


Cible dont bat le centre

ventre qu’on tient sous paume

pressenti et espéré

qu’on travaille et soulage

qu’on presse et retient


Ondes des draps

comment revenir

de l’énigme d’être

pur alliage de jouissance


Et puis s’ouvrent les montagnes

tes cuisses

dans un cri

les eaux frémissent

je me ramène à ton éternité


Le cosmos me berce

un rire s’ouvre à l’envers

mon existence se suspend

se dépose sous vide


Abîme curieux

je participe d’une fièvre

dans ces yeux qui me suivent

faits et gestes à la trace

de l’aura sensible



Me ranger

m’enfuir dans les jeux d’ombres

offrande timide mise en lumière

entre des éclairs roses et rouges


Ta propre enfance me contient

une voix tremble

percent des éclats blancs

tu cumules les siècles

je me déverse


Je jouis en silence

tendrement

mes regards font tout naître

nous exaucent ainsi qu’une averse de fleurs


Le temps recueille

le sujet d’un art

consacré par la nature

les cieux sont si près de nous

on les entend respirer



Le rire est captif

soleil inanimé

et mon sang pleure

fuit les veines de bois des manèges d’enfants

leurs joues tièdes

décolorées de misère


Qu’on me dise le pourquoi

de ces fragiles maisons

carton léché par la lèpre

longées par des chiens maigres

aux yeux en lunes révulsées

Là les mères ont emmené leurs petits

le père est disparu

peut-être court-il les champs

après la manne

se butant les pieds aux durs cailloux

le soleil sur la lointaine montagne

en est un autre

auquel il aimerait faire prendre le feu

et il revient bredouille

sexe bas

errant dans l’herbe molle


La nuit aura fait monter les prières

des ombres s’emparent des ordures

les cris d’enfants à chair rose

convoitant les caresses

des mères toujours si proches

astre personnel

chant de flammes tendres

tapisserie lactée

dont les langues

entre les dents

s’ancrent en la désolation

reculent

corps mort de serpent

guettant leurs larmes

pierre hypnotique

ultime trésor















Une fenêtre

est une part de bleu

à emporter



Je n’ai rien à voir

avec toutes ces paroles

issues de mes pores

Les oiseaux s’en vont

de par le ciel entre les nuages

caressent de leurs ailes

le nimbe des astres

migrent vers d’autres espaces

souffrant les planètes


tandis qu’un vertige

me laisse à l’espoir

de revêtir leurs voiles

toutes de plumes

un bruit sec me traumatise

une fracture me ramène à la réalité

rappel qu’ils sont ces corps célestes

d’autant plus vrais que fuyants

Mon désir aura beau les caresser

la peur de sa fin abrupte

retient sous la peau le délicat duvet angélique


cette cassure nette et précise

est un ricanement cruel

en surplomb de notre écrasement

un regard qui précipite dans la vide

avant qu’on ait pu prendre aucun élan

Je me sauve donc

non pas à tire-d’aile

mais avec quelques bouts

plumes et membranes

allant bricoler dans l’ombre

l’azur et le soleil



Toi

si tranquille

sans te douter

ou vouloir rien


Indice de fièvre

lune fragile

mirage cosmique

au désert du firmament


Et ton visage penche

dans une évasion

toute une suite d’idées

aux pages volantes


J’en ai la gorge nouée

de ces fontaines prises dans les d’arbres

de ces fées éperdues du cœur des nuages

de larmes


Mais tu te ramènes

à ton front

tes lèvres

pour me les tendre



Novembre




En toi je m’épuise

à nager

toucher les parois

Le sang est lourd

riche

entêtant

nuée d’or

qui pèse

accentue mon poids

Je me relève

avec sur mes membres la fièvre

au front le verre de la conscience

Mais le rêve est ici le même

il continue

et tu m’apaises

me nourris de ta main

m’invite à me rendormir

recouvre mon corps du tien

Je cède

redescends

mes idées se défont

à la racine des choses

je bois l’eau

salive un peu amère

m’inonde de tes yeux

griffe mes côtes

me retourne

cherche à me mettre debout

comme dans l’estomac de ma mère


Il y avait là le long escalier

une demeure vétuste au haut de la falaise

cette boîte crânienne du père

nuage au velours trop beau

sa caresse aux ondulations de serpent




Voilà que je mue

une fleur m’emplit

par sa croissance peuple le temps

de ses pétales incarne l’espace

et je projette te la donner

mais il reste toujours

une carcasse vide

souvenir anticipé du corps

appartement de misère

à louer

qu’entourent des rires de filles

alors que rôdent les humeurs

montent tous ces bruits

des trottoirs

Ton sein

presse-le donc

fais-moi sortir

fontaine tiède d’été

nous nous garderons par la main

nous tenant lieu l’un de l’autre

dans l’après-midi vaste

ouvert comme un flanc de montagne

et le soir

sous la petite lampe

un repas bien chaud

sous l’édredon

royaume de notre conte

le lendemain

enfance multipliée

courant un labyrinthe de miroirs

chambre à lilliputiens

Ouvrir la fenêtre

cadre d’air

d’arbres

où évoluer

le voisin a son visage en eau-forte

chaque grain de couleurs

des nuages à l’herbe

soigneusement mesuré



inscrit

tu me rejoins

hallucinée par cette vision

nous échappons nos rires

fondant dans la bouche

onctueux chocolat

Sur la table à grosses planches

la clochette dorée

grand-mère accoure

et nous nous taisons

pour la prière

accomplissons le repas

avant qu’on vienne poser sur nous

la cloche de verre

Nous avons l’univers à contempler

à forger dans nos têtes

nos poitrines sacrées par le vide

À nous occuper du ménage aussi

repasser

faire le thé

semblant d’agir

d’être

alors qu’en toi je viens qu’à me dire

que je suis

et tes lèvres me le confirment

déposent gentiment mon âme




Une longue déroute

un corps de serpent

Des scènes à n’en plus finir

sur sa peau

qu’il déroule.


Je l’aimerais prendre au corps

le renverser

planter mon regard dans ses yeux froids

lui arracher la langue

aller ramasser tous les œufs dans son ventre.


Il me contemple et m’ignore

danse sereinement

fruit de mes entrailles

Il découvre son domaine

pose le sceau de sa présence, pleine ombre.


Je suis son trésor

son secret désir

Victime consacrée

dont on garde la chair, le sang, le suc

pour la toute-fin.


Et à mesure qu’il rôde

étirant mes côtes, déplaçant mon cœur

me dessillant

je la sens venir

la vois couvrir ce que j’ai été.


Nulle caresse pour moi –

sur les domaines de l’enfance

les bornes de la jeunesse

qu’un soupir envenimé

du creux de la tombe.




Quelle est ma place en ce monde?

les étoiles à la pointe de mes yeux sont larmes

entre elles les ténèbres

grands espaces inentamés

me disent aveugle

années-lumière inhabitées

à perte de vue


Quelle est ma chance de survie?

mes chairs s’éternisent

fer de lance de l’enfer

tourné vers ses feux

me voilà teint en sang

et la lisière de l’âme

détache l’ombre


Quel sacrifice exiger?

le monde personne ne le possède

étendue de grimaces et de vertiges

et mon nom

miracle entre mille

lui revient

coffre vide du trésor


Quelle direction prendre ou donner?

rage de naître

de camper le décor

désir de toucher la nature des choses

à même sa sève

vœu de participer au secret

contre rien s’échanger


Quel est ce silence du verbe?

tenir à une fleur

au point de la cueillir

espérer d’un dédale d’images

le fil invisible

vivre à demeure dans les idées

mourant d’aller au-delà


Quelle est la clef du destin?

simple prière

entre toutes les questions

s’élever à la hauteur du souffle

attendre sans bouger

dans une magnifique indifférence

un sourire d’elle


Quelle est ma raison d’être?

quelques signes

pollen d’une âme qui se dissémine

en route vers un ciel sans promesse

regard absolument autre

vision unique de soi

point de mire et point de vue







La nuit est fière


N’entendez-vous pas

les miasmes du sang

Brumes enchantées

elles montent

entourent

partent le bal


Ruine est la terre

ruine le parterre des cités

Cet ouvrage sans cesse abattu

recommencé

à partir d’un tas d’ossements

un fond de peaux sépulcrâles

tatouées de morts violentes

cimetière prématuré

que le maire inaugure

Lorsque nous marchons

le plus simplement du monde

ils se tassent plus encore

se pulvérisent

Et elles elles se froissent

poussent une plainte

que l’ouïe ne peut saisir


Tout repose sur l’oubli

le refus de s’apercevoir

dans la richesses des rues

un luxe de misère

Ce que j’aimerais que le Père

me serre très fort

me tienne la main


Car où est-il le repos?

dans la jungle animale

que de repas de chair

Les tendons se déchirent

le champagne bave

les regards se délient

on fait grand rire


grand bruit

Avant de discourir

sur... l’innocence


Qui pointer du doigt

les consciences ont un abri

d’épaisses couvertures

le confort pour elles

voitures aux fenêtres teintes

intérieurs insonorisés

campagne domestiquée

tout le loisir d’une fuite libre

Mais on quitte avec le navire le courage

et plus loin un bûcher se prépare

charnier de pauvres

pour se laver la conscience


Gangrène

trafic

artères corrompues

criminelle banalisation

La nature toute retournée

déboussolée

débauchée

sans appel

fait presque honte

L’or qu’on lui a arraché

pour qui l’on s’est battu

change de mains

de formes

et notre regard avant lui

s’éteint


Rayer des noms

balancer des corps

refermer l’abîme...

Ma peau se déchire

à me crever les yeux

et mes tempes s’enfoncent

ma cervelle est prête à jaillir


Une musique de plus en plus aigüe

se diffuse entre mes veines

au rythme d’un cœur

morceau de viande

coriace à force d’être attendri

Mes côtes sont prêtes à avouer leur eau

mon ventre à se répandre

accusant ses désirs

Le souffle me manque

parole

langue à l’abandon

dont le tranchant

est incessante menace du fer et du feu



Décembre





Le sang

et le rire

ensemble


Ensemble de signes

qui nous entourent

suivent loin devant


Nous qui voulions fuir

ouvrons plutôt la mer

nous répandant






Te tendre mon angoisse

un sexe rouge

brûlant

Te coucher par terre

dans mes salives

mes semences

t’étendre suavement

me renverser sur toi

glisser ma main sous ton coup

recueillir un baiser

Entrer dans la vallée

où se délient les entrailles

dépasser le tourment

trouver ton âtre

rejoindre ton enfer

suffoquer avec toi

chère ombre

disparaître


Je dérive encore

je n’en finis pas de jouir

te transmettre ces messages

énigmatiques secrétions

d’information la plus pure

Je reste

la tempête passée

détruit

parti avec elle

Toi que fais-tu

destin fébrile

sur pied

qui me jette la serviette

redevenu propre –

nous nous sommes essuyés

et déjà

réparons l’oubli





J’attends la mort

avec une cruelle patience

La femme impressionnante

à rendre fou

existe juste pour moi

Elle se profilera à l’horizon

révèlera ses cuisses juste sous mes yeux

tombera son manteau

nylon et ombre

condensé de lumière

plaquera sur le mien son corps

m’embrassera

gourmande

J’en perdrai tout à fait le souffle

élaborant à jamais

le fil de la jouissance





Un désir

mêlée de mort

appel désespéré

envers la réponse

ultime définition

pour échapper à une présence

implacable de sérénité

tout autour

Un accident

notre âme s’en sortira indemne

je la connais

mais se penchera

sur les os broyés

les cheveux coagulés

les artères bouche bée

pleurant à n’en plus finir

Quand on emportera mon corps

en direction de la morgue

aux tiroirs de chrome poli

elle ramassera ses lamentations

puis le veillera

une fois remis aux mains de la terre

entre les chapelets de fleurs

des larmes d’éther

comme dernier souvenir

son identité





Je ne sais plus

que dire

à qui parler

Trop de choses vont de soi

ce spectacle de la nature

reine fatale de beauté

j’en voudrais devenir le reflet

Écarter mes flancs

l’engendrer

inviter le premier venu

à parcourir les versants boisés

longer les ruisseaux transparents

caresser l’enrobage moussu

se nourrir d’écorce

de lumière

d’herbe en fleurs

tendre enfance

tranquille chair...

Mon image me pèse trop

petite idée de moi

entre la matière cristal

Je ne suis guère guéri de la violence

des envies

de la peur noire

des autres hommes

Je ne sais plus

comment répondre de la vie












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