Mathieu Larouche Froté
Le cahier violet
éditions Dédicaces
Le cahier violet
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Mathieu Larouche Froté
Le cahier violet
Juin
Contractions de l’orage
L’orage se prépare qu’on attend
Feuilles retournées
Têtes qui se tournent sur notre passage.
Nos veines sentent que le sang en a assez
Il semble que la mort soit appelée ouvertement.
Et en fin stratège nous mettons le doigt
Contre les nervures du bois
Les boursoufflures des nuages.
Un chat remonte les dalles d’une allée
Qui trouvera derrière la porte de la maison étrangère
Toit, caresses, âtre, plat garni -
Comme si le ciel allait s’intéresser au sort des hommes.
De notre front tendu au vent la grisaille se rapproche
Braise entre les cartilages, la douleur n’est plus ronflante –
Et si soudain la matière du miroir fond sur nous
Interstice entre lequel se dédouble la création
Où le cristal de l’invisible prend la forme des couleurs
Cependant je glisse le long de l’espace
Comme les feuilles contre les trottoirs, au-dessus du caniveau
Emportées, plaquées
Je voudrais les soulever par mon soupir
Mais range plutôt mes mains dans mes poches
Y froisse mes paumes
Les mêle à ces bouts de vers se tortillant qui sont mes idées folles :
Je pense à un ciel éclaté et à un sourire
Son rouge définitif tracé par un fragment.
Il exprimerait la rage enfantine de mon cœur
Cette cale où s’épuisent les machines, où la sueur se concrétise
Pierre de touche d’une fièvre qui fait des vagues -
De leurs sommets les cris de l’équipage en équilibre
Semblent vouloir retomber en imprécations.
On préfère laisser là les menaces, se remet à l’espoir
Sentences contenues, dividendes d’enjambées
Devant l’ouverture apeurante des rues
Nous attire la franchise des fleurs
Nos yeux rêvent de papillons dont les teintes conduiraient à l’aube.
Les hommes sont là, en bras de chemise, prêts à l’ouvrage
L’orage s’est enfui peut-être
Et aux balcons des femmes se passent le mot
Tous, sont prêts à ouvrir la cage de leur poitrine
Et moi j’hésite, comme si je n’avais pas domestiqué les chiens.
Détente
Mourir
lentement mais sûrement
en desserrant la main
Crocs des pièges
sur l’entendement en pièces détachées
Chute
entre la facilité des gestes sans contrefort
Migrations jusqu’au point de départ
franchissement du vent
Après le tarot quotidien
le jeu des traits
Après tant de pauvreté
j’aimerais que le bonheur me couvre
À quoi se résume l’effort de vivre
tranchées et accidents de terrain
Relief d’entrailles du mystère
mécanismes d’une musique intime
Les paumes ont tendu
une minuscule mer de frissons
ridée par le souvenir
Une main dans les cheveux
calme la douleur
Il faut grimper la pente
déplacer les blocs en hauteurs
Entre tous ces ponts
l’inconscient s’isole
Des sourires envolés
des seins qui s’entrebâillent
Au seuil des rencontres
reculs en dérive
Fuite du danger
au goût amer
Raisonnance invincible
qui ouvre la voie
Je ne puis plus que songer
faire saillir le vide
échos ourlés sous les tempes
d’heures en heurts
L’espace se couche en contorsions
se retourne
pour que je puisse en écrire l’intérieur
contre la fenêtre
On remonte le courant des veines
accroche le cadre des choses
S’éveille à la nouveauté
aux routes à suivre
La peau de sirène pousse alors
un dernier hurlement
s’effondre
aux coups de l’horloge enfoncée
L’envol se crée
Tombent les chaises
monte la chaleur
autour de la parole
S’enterrer
Une colère gronde
Toute pleine
À se retrouver devant la feuille
Nu et surexposé du matin au soir
Sans l’inspiration d’une prière pour nous cacher
Ces jours durs comme le roc
Peut-être expriment-ils une heureuse tumeur du bleu
Se mettre dans l’arène du langage
C’est devoir se repenser
Déprendre les nuages d’une toile
Avec l’âge
Gravité croissante
Le moindre sourire remue tant d’arrière-pensées
À portée de main chante l’amour à tue-tête
Qui provoque l’arrière-enfance
Et sans les repères du désir
Les idées tombent en ruine
Le besoin nous vient
De partager avec la terre notre peau
D’examiner notre cœur à la lumière du soleil
De mélanger nos regards aux lueurs du jour
Plutôt s’en aller
Sans quêter le repos
Sans la pudeur du péché
Compter nos pas alors que l’Image
Grand carrefour des perspectives
Surface unie
Prête son flanc
Nos réflexions deviennent cette nature étale
Dans les profondeurs de laquelle se reposer
Source caressante qui dans l’illusion d’un désert
Ouvre les sillons d’un champ
Érige la voix des veines en vrilles
Dans un halo de forces fauves
Plus possible alors de délibérer
Seulement de se suspendre à nos lèvres
Mille couleurs
De l’oiseau
Le chant mis en cage
S’évade
Tenant le cœur otage
Du beau
Juillet
Lever de rideau
Nomenclature
la libre pensée s’exerce
Vent
poitrine
engagés dans le regard
caressant l’arbre
témoin de la rue
Là circule le temps
cristal contre-nature
qui conserve les heures
reflet de lune et soleil
Mon visage monte en droite ligne
aussi à-pic que le bleu
tandis qu’une fièvre
fait lever la pâte du sang
dont ouvertement le ciel
semble réclamer le sacrifice
et derrière leurs portes
les consciences s’examinent
Avant leurs allées et venues
par une chantante délivrance
l’organe du beau laisse sa clef
qui nous pèse déjà
À la source
Vivre
ou sentir à point nommé
la vivacité de la blessure que laisse :
chaque lever de soleil
dans son arène de flammes;
chaque nuage accouché
par un bain de couleurs;
chaque fleur naissante
derrière sa beauté qui s’isole;
chaque échappée élémentaire
vers une seconde nature;
chaque sourire à la dérive
sur les traits torrentueux;
chaque contact des corps
entre les bras du vent;
chaque baume lunaire
aux racines de la peau :
nos états d’âme.
Être au diapason
Je songe parfois
à l’absence d’une certaine fenêtre
espace bleu
en marge
où gestes et pensées
se calqueraient sur les astres.
À une rencontre de l’être
chemin pavé d’organes
articulations du verbe
et aux canalisations oniriques
engrammes de désirs qu’il faut arracher
pour les présenter au soleil.
Vide et silence me devinent savamment
l’un hante ma respiration
l’autre appuie sur mes entrailles
alors je renonce
à rendre le jeu des nuages et des fleurs
leur fine correspondance avec mon âme.
Quitte à gratter et me retourner
cherchant à dégager ce contact
avec l’inconnu
entre le sang et un firmament ouverts
où l’espace et le temps
élaborent comme en passant une destinée.
Entre l’horizon
Mon visage si dense
prêt à s’effacer
Dans l’espace le plus vague un décor s’implante...
lune blanche
corps de femme
mince flamme qui chante
Nous nous rencontrons sans sourire
le souffle se fait rare
Tant d’immeubles autour
demandent à nous reconduire sans un mot
du jour au lendemain
Par un désert d’arbustes et d’ombres
zénith de chair
recouvrement
Au premier regard
je ne n’ai plus su ce qui me touchais
de ce que j’ai touché
Subversion de l’aveu
Je meurs lentement
Sans écrire autre chose
Que ma chute
Dans l’espace
Les chocs encaissés par ma tête
Étincelants
Je meurs et trace de mon sang
Tout du long
Des caractères où avenir et passé
Se penchent
S’apparentent
Pour s’abreuver à l’unique source
De la présence
Et m’élever au rang d’homme
D’âme
Astre qui bat
Intime des nuées
Cosmogonie cellulaire
Cité d’intelligence
Cristal
Vent
Lumière
Je meurs
Et dans ma tombe
Me relève lentement
Jouant des mains et de la tête
Pour creuser cette poitrine de terre
Jaillissant par-devant une perspective
Sans point où fuir
Me posant le long d’une division de trottoirs
Reflets superposés au vide
Celui de tant de non-dits
Couverts par chacun
Et les mots sont pour moi couloirs à karmas
Ponts à bascule
Abîmes à langue
Lieux communs nécessaires
Bombes lancées au détour d’une conversation
Ils constituent l’épreuve de lumière
Et le rebours d’un testament
Ils posent
Empreintes dans la nuit
Le relief d’un vide
La dimension recherchée de sang et d’or
Après cet impact de l’au-delà
Je reste surpris de me voir
Au même lieu l’instant d’après
Touchant le spectre des couleurs
Invoquant la musique des sphères
Arrachant aux corps la substance des rêves
Qu’ils puissent retourner la ville sens dessus dessous
Reste cette conscience sans repos
Elle précipite lieux et évènements
Joint les veines
Espérant le coup de foudre
Cherche
Agenouillée entre des larmes de feu
À pousser un cri astral
Se faire signe de sa dernière demeure
Son front
Tombeau ouvert
Abandonnerait sa dureté de marbre
Passera des vêtements brillants
Août
Bouleversement au front
À toute heure je m’avance
me hâte vers le sommet
de la solitude dernière
La tempête me cueille
laissant les maisons surprises
leurs fenêtres sur moi
Les bourrasques de pluie
les bouquets de foudre
enlacent les arbres
s’implantent dans la terre
éclatent le cadre du paysage
Il est ce contenu de mots
que je dois porter
à l’horizon qui tangue
si immédiat que dangereux
Et mes paumes aveugles
de leurs indéchiffrables lignes
déshabillent un vertige
où la mort déjà semble sourire
Elle qui voudrait son nom
signer la blancheur
espace total
Mon esprit
machine emballée
accumule les mots –
leur sang qui macule
la blancheur de peau
que j’ai.
Avec le salut du vide
vient chaque matin
un soleil
le lit
des vêtements sur la chaise
la peau du souvenir
Voilà nos nouveaux jouets
et les derniers nuages du rêve
flottant là-haut sur le ventre
arrivent nos pleurs et nos rires
comme des airs
chœur de tragédie ou de fête.
S’occuper à clouer quelques cadres
perspectives d’existence
par où renouer avec l’instinct
d’une nature vivante –
tandis que tout flotte
voyage d’une pièce à l’autre de l’entendement
Et nos doigts deviennent racines
s’impriment dans la vision murale
qui voulaient retenir quelque image.
Mais de quoi ais-je peur?
une fenêtre s’ouvrira
à mon âme échoira le champ bleu
une musique au fin liséré
la pleine chaleur amicale
rien de ce qu’elle laissera
ne lui sera plus étranger
quand elle s’en ira
toucher le cœur des choses.
Qu’il n’y ait plus
de traces de ce que j’exprime
Tant d’azur
pour une seule poitrine
Nous mourrons toujours
à ciel ouvert
Quelques coups à ta porte
et pour toi mon cœur, ce paquet ficelé.
Un sourire sur tes lèvres soulève le vent
qui un instant porte mes paroles.
La nuit est là, heure équivoque
l’horizon s’ourle de bonheur probable.
Tu m’offres le café, noir et chaud
pouvais-je partir? tu me fis libre.
Alors je reste, un peu penaud t’offre ma main
mais tout s’éclaire, surtout ton visage.
Sous les étoiles de nos yeux, ébauchent un simple destin
nos dessins d’enfant.
Maintenant je désire repartir,
T’avoir donné le paquet est ce que j’ai fais de mieux.
Mais tu me retiens, tes bras s’ouvrent
nos souffles s’échangent.
Suit ce premier rêve,
que nous faisons ensemble.
Vestiges de mes yeux
Mais y aura-t-il quelqu’un
pour se pencher sur ces os
les caresser et trouver beaux
pour les entrechoquer doucement
et en ressusciter l’harmonie
Sur mon âme
j’entrevois un chemin de peau idéale
dont j’ai peur que la lumière le traverse
qu’un pied au premier pas le déchire
car est-ce que ce ne sont pas
de trop fines particules que j’organise
Ma tête se creuse
et se remplit
se comble et se vide
donnant le meilleur
pour le pire
ce me semble
Je n’ose plonger franchement
sans jamais ressortir
rencontrer la blancheur
laisser de moi une image
Septembre
Plaie ouverte
Corolle
noire et béante
Sourire des pétales
au rouge éclatant
dans leur lustre de rosée
Incontournable promesse
appliquée et fébrile
mais artificielle
de nous cueillir
La dernière goutte de sang
tirée de la page blanche
la dernière hallucination
infusée dans les veines
sur le trottoir anonyme
s’éclater à la face du monde
Lacer mes souliers
un soir de novembre
aux fenêtres givrées
et partir
courir l’aventure
un chandail rouge de fille
harpie en proue du désir
J’avance
d’immenses grains de neige
bouchées d’aumône
reculent ma bouche
recomposée sur le tard
Plus loin des corps en bois
entravent la circulation
le coup de sifflet de l’agent
fait que la lune tombe
Sur le pont brille
une boîte de conserve
dans l’huile des mouches
dans le ventre
un clocher qui pèse
Là-bas
entre les rues et les arbres
les maisons rangées
à l’heure des rencontres
hasard noué
depuis toujours
corps libres
mains sous les yeux
pour moi se déclare
l’abrupte annonciation
d’un divorce dans la gorge
Souvenir
qui monte l’escalier
qui lui plonge dans la cave
où joue la musique
s’échangent les baisers
guet-apens sentimental -
à la bouche de l’enfant
l’eau saigne
Il y a dans sa tête
par la fenêtre
une cour d’école
ce cours de la rêverie
loin du discours professoral
Sous les troncs
la terre noire
à salamandres
derrière un pan de paysage
haleine de jupe
escarpement
temps fugace
effacé dans le délurement
Aujourd’hui
là maintenant
je règne
enclume
ou tête à tout faire
qui revient chez elle
avec le courant
Disparition
J’ai la tête rentrée et basse
peut-être que je ne sais plus sourire –
tous ces chants qui s’éteignent
alors que je mêle le soleil à la terre
Pourtant des images immatérielles
se révèlent dans la transparence
elle accepte nos larmes
en nourrit son cours
et éloigne
de par son lit de vagues
sous les chevelures d’arbres
entre des tapisseries d’étoiles
jusqu’où le ciel penche son front
Octobre
Tes bras d’août
dans un bleu d’automne
tenture tremblante
désaxée
font la lumineuse loi
Pour moi
qui foule mes pensées
feuilles frémissantes
que j’écrase nerveusement
ta chair fleurit
soupire et meurt
dans un ciel
qui conserve tout
mémoire de mes ailes
empreinte de mes battements
Les grilles noires
ces témoins désenchantés
me regardent quitter le décor
pour un sombre cabinet
où je remédierai à ma fièvre
te dédicaçant quelques feuillets
ramures de veines
distillation des songes
Et les fioles de ma folie
iront libérer des ruisseaux de sang
chantant pour un soleil nouveau
alors que dans la rue
entre mille souvenirs soulevés
je cherche ta présence blanche
voulant briser à tes pieds mon front
Une sirène hurle sa tête en moi
mille veines explosent
ramifications tentaculaires
irrésistibles remous vers son île
et des plages sous-marines
des vies enterrées
les sourires noirs
fossés qui nous lient
se dessinent
en coupant le souffle
Un matin je me recueille
je me sens si bien
rien n’attends plus après moi
tout tombe sous la main
sans poids
or de fil en aiguille
je retisse
avec un art consommé
ce qui ne me hantait plus
je me ramène à cette conscience
sauvage
désœuvrée
seule au beau milieu de ses eaux
je ne joue plus soudain
à me déchirer
m’ouvrir la peau
d’un océan à l’autre
Tous ces cris dans l’air
la fatigue
mort lente
crispation de l’intelligence
L’horizon tangue
ses feux brûlent
une aube ferme nos yeux
ronge ce cristal blessé
qui égara son eau dans la nuit
À mi-chemin de la glaise informe
reste un corps de femme
jetons une chemise par-dessus
laissons à lui-même l’atelier
À notre chevet
la fin unique partage ses songes
nous embrasse lentement
de sa langue si profonde
que notre souffle lève l’ancre
Survol du corps des choses
décor vital de quelques actes
rideau où derrière
la poussière s’évapore
Vers l’aplomb d’une ligne
d’où je me mire
je ne sais quelle dérive
sur des empreintes de larmes
aux cristaux irisés
Sur une des faces
la fleur du mal
pincée entre tes lèvres
et une épine sur ta joue froide d’oubli
La fenêtre tremble
cristal de l’espace
gronde son chant d’émeraude
métamorphosant tout ton corps
de nouveau si pur et rose
Un jardin de front et de yeux
aux bouchées de ciel
diffuse ta connaissance
son vent à la transparence bleue
Je succombe mais pense
à toute la distance qui s’infiltre
à la multiplicité des sens
aux prophéties naissantes
leurs vers de vertige
Dans le champ délaissé
l’épouvantail d’orgueil
couvert du crachats des nues
à qui les oiseaux ouvrent le ventre
Moi je reste et passe
ma main dans tes cheveux
retiens ma mémoire
ton sourire se dévoile
comme un gage d’infini
Je pleure si fort
souffrant de ma faim de terre
éperdu de te caresser
toi l’Image
Les fleurs du rêve
annoncent le délire organique
cartes spatio-temporelles
figures et couleurs qui éclosent
alchimie de chiffres
Dans une grotte murale
le recoin d’ombre
l’intellectuelle discrétion
je médite l’angle d’abordage
La lune sur ma paume
est perle rase
paupière suave
ton crâne sueur de nâcre
fond d’algues où dansent les vagues
Cueillir ce visage
surface incertaine
dans ma poitrine étendard
désir gravitationnel
Une lame survient
glaciale
penchant inexplicable
pour l’entre-chair
mort consommée
Pourtant dans ta poitrine
le lait et la maison
les rires flûtés
l’enfance à la porte
Et je cultive tes doigts
les enracine dans ma bouche
avec des fils de salive je te tisse
t’étoffe de semence
ouvrant le fruit qui recèle l’arbre
Arc d’éclairs
le corps du soleil flotte
dans la nudité de ton front
au superbe feu
Tes paroles règnent
pans de vêtements charnels
sous les motifs levés de veines
gravures complexes d’os
ton souffle y fond la substance
Je me jette alors par la fenêtre
au large d’une radio-fréquence
vers une liberté démentielle
un visage qui se met en sang
Cible dont bat le centre
ventre qu’on tient sous paume
pressenti et espéré
qu’on travaille et soulage
qu’on presse et retient
Ondes des draps
comment revenir
de l’énigme d’être
pur alliage de jouissance
Et puis s’ouvrent les montagnes
tes cuisses
dans un cri
les eaux frémissent
je me ramène à ton éternité
Le cosmos me berce
un rire s’ouvre à l’envers
mon existence se suspend
se dépose sous vide
Abîme curieux
je participe d’une fièvre
dans ces yeux qui me suivent
faits et gestes à la trace
de l’aura sensible
Me ranger
m’enfuir dans les jeux d’ombres
offrande timide mise en lumière
entre des éclairs roses et rouges
Ta propre enfance me contient
une voix tremble
percent des éclats blancs
tu cumules les siècles
je me déverse
Je jouis en silence
tendrement
mes regards font tout naître
nous exaucent ainsi qu’une averse de fleurs
Le temps recueille
le sujet d’un art
consacré par la nature
les cieux sont si près de nous
on les entend respirer
Le rire est captif
soleil inanimé
et mon sang pleure
fuit les veines de bois des manèges d’enfants
leurs joues tièdes
décolorées de misère
Qu’on me dise le pourquoi
de ces fragiles maisons
carton léché par la lèpre
longées par des chiens maigres
aux yeux en lunes révulsées
Là les mères ont emmené leurs petits
le père est disparu
peut-être court-il les champs
après la manne
se butant les pieds aux durs cailloux
le soleil sur la lointaine montagne
en est un autre
auquel il aimerait faire prendre le feu
et il revient bredouille
sexe bas
errant dans l’herbe molle
La nuit aura fait monter les prières
des ombres s’emparent des ordures
les cris d’enfants à chair rose
convoitant les caresses
des mères toujours si proches
astre personnel
chant de flammes tendres
tapisserie lactée
dont les langues
entre les dents
s’ancrent en la désolation
reculent
corps mort de serpent
guettant leurs larmes
pierre hypnotique
ultime trésor
Une fenêtre
est une part de bleu
à emporter
Je n’ai rien à voir
avec toutes ces paroles
issues de mes pores
Les oiseaux s’en vont
de par le ciel entre les nuages
caressent de leurs ailes
le nimbe des astres
migrent vers d’autres espaces
souffrant les planètes
tandis qu’un vertige
me laisse à l’espoir
de revêtir leurs voiles
toutes de plumes
un bruit sec me traumatise
une fracture me ramène à la réalité
rappel qu’ils sont ces corps célestes
d’autant plus vrais que fuyants
Mon désir aura beau les caresser
la peur de sa fin abrupte
retient sous la peau le délicat duvet angélique
cette cassure nette et précise
est un ricanement cruel
en surplomb de notre écrasement
un regard qui précipite dans la vide
avant qu’on ait pu prendre aucun élan
Je me sauve donc
non pas à tire-d’aile
mais avec quelques bouts
plumes et membranes
allant bricoler dans l’ombre
l’azur et le soleil
Toi
si tranquille
sans te douter
ou vouloir rien
Indice de fièvre
lune fragile
mirage cosmique
au désert du firmament
Et ton visage penche
dans une évasion
toute une suite d’idées
aux pages volantes
J’en ai la gorge nouée
de ces fontaines prises dans les d’arbres
de ces fées éperdues du cœur des nuages
de larmes
Mais tu te ramènes
à ton front
tes lèvres
pour me les tendre
Novembre
En toi je m’épuise
à nager
toucher les parois
Le sang est lourd
riche
entêtant
nuée d’or
qui pèse
accentue mon poids
Je me relève
avec sur mes membres la fièvre
au front le verre de la conscience
Mais le rêve est ici le même
il continue
et tu m’apaises
me nourris de ta main
m’invite à me rendormir
recouvre mon corps du tien
Je cède
redescends
mes idées se défont
à la racine des choses
je bois l’eau
salive un peu amère
m’inonde de tes yeux
griffe mes côtes
me retourne
cherche à me mettre debout
comme dans l’estomac de ma mère
Il y avait là le long escalier
une demeure vétuste au haut de la falaise
cette boîte crânienne du père
nuage au velours trop beau
sa caresse aux ondulations de serpent
Voilà que je mue
une fleur m’emplit
par sa croissance peuple le temps
de ses pétales incarne l’espace
et je projette te la donner
mais il reste toujours
une carcasse vide
souvenir anticipé du corps
appartement de misère
à louer
qu’entourent des rires de filles
alors que rôdent les humeurs
montent tous ces bruits
des trottoirs
Ton sein
presse-le donc
fais-moi sortir
fontaine tiède d’été
nous nous garderons par la main
nous tenant lieu l’un de l’autre
dans l’après-midi vaste
ouvert comme un flanc de montagne
et le soir
sous la petite lampe
un repas bien chaud
sous l’édredon
royaume de notre conte
le lendemain
enfance multipliée
courant un labyrinthe de miroirs
chambre à lilliputiens
Ouvrir la fenêtre
cadre d’air
d’arbres
où évoluer
le voisin a son visage en eau-forte
chaque grain de couleurs
des nuages à l’herbe
soigneusement mesuré
inscrit
tu me rejoins
hallucinée par cette vision
nous échappons nos rires
fondant dans la bouche
onctueux chocolat
Sur la table à grosses planches
la clochette dorée
grand-mère accoure
et nous nous taisons
pour la prière
accomplissons le repas
avant qu’on vienne poser sur nous
la cloche de verre
Nous avons l’univers à contempler
à forger dans nos têtes
nos poitrines sacrées par le vide
À nous occuper du ménage aussi
repasser
faire le thé
semblant d’agir
d’être
alors qu’en toi je viens qu’à me dire
que je suis
et tes lèvres me le confirment
déposent gentiment mon âme
Une longue déroute
un corps de serpent
Des scènes à n’en plus finir
sur sa peau
qu’il déroule.
Je l’aimerais prendre au corps
le renverser
planter mon regard dans ses yeux froids
lui arracher la langue
aller ramasser tous les œufs dans son ventre.
Il me contemple et m’ignore
danse sereinement
fruit de mes entrailles
Il découvre son domaine
pose le sceau de sa présence, pleine ombre.
Je suis son trésor
son secret désir
Victime consacrée
dont on garde la chair, le sang, le suc
pour la toute-fin.
Et à mesure qu’il rôde
étirant mes côtes, déplaçant mon cœur
me dessillant
je la sens venir
la vois couvrir ce que j’ai été.
Nulle caresse pour moi –
sur les domaines de l’enfance
les bornes de la jeunesse
qu’un soupir envenimé
du creux de la tombe.
Quelle est ma place en ce monde?
les étoiles à la pointe de mes yeux sont larmes
entre elles les ténèbres
grands espaces inentamés
me disent aveugle
années-lumière inhabitées
à perte de vue
Quelle est ma chance de survie?
mes chairs s’éternisent
fer de lance de l’enfer
tourné vers ses feux
me voilà teint en sang
et la lisière de l’âme
détache l’ombre
Quel sacrifice exiger?
le monde personne ne le possède
étendue de grimaces et de vertiges
et mon nom
miracle entre mille
lui revient
coffre vide du trésor
Quelle direction prendre ou donner?
rage de naître
de camper le décor
désir de toucher la nature des choses
à même sa sève
vœu de participer au secret
contre rien s’échanger
Quel est ce silence du verbe?
tenir à une fleur
au point de la cueillir
espérer d’un dédale d’images
le fil invisible
vivre à demeure dans les idées
mourant d’aller au-delà
Quelle est la clef du destin?
simple prière
entre toutes les questions
s’élever à la hauteur du souffle
attendre sans bouger
dans une magnifique indifférence
un sourire d’elle
Quelle est ma raison d’être?
quelques signes
pollen d’une âme qui se dissémine
en route vers un ciel sans promesse
regard absolument autre
vision unique de soi
point de mire et point de vue
La nuit est fière
N’entendez-vous pas
les miasmes du sang
Brumes enchantées
elles montent
entourent
partent le bal
Ruine est la terre
ruine le parterre des cités
Cet ouvrage sans cesse abattu
recommencé
à partir d’un tas d’ossements
un fond de peaux sépulcrâles
tatouées de morts violentes
cimetière prématuré
que le maire inaugure
Lorsque nous marchons
le plus simplement du monde
ils se tassent plus encore
se pulvérisent
Et elles elles se froissent
poussent une plainte
que l’ouïe ne peut saisir
Tout repose sur l’oubli
le refus de s’apercevoir
dans la richesses des rues
un luxe de misère
Ce que j’aimerais que le Père
me serre très fort
me tienne la main
Car où est-il le repos?
dans la jungle animale
que de repas de chair
Les tendons se déchirent
le champagne bave
les regards se délient
on fait grand rire
grand bruit
Avant de discourir
sur... l’innocence
Qui pointer du doigt
les consciences ont un abri
d’épaisses couvertures
le confort pour elles
voitures aux fenêtres teintes
intérieurs insonorisés
campagne domestiquée
tout le loisir d’une fuite libre
Mais on quitte avec le navire le courage
et plus loin un bûcher se prépare
charnier de pauvres
pour se laver la conscience
Gangrène
trafic
artères corrompues
criminelle banalisation
La nature toute retournée
déboussolée
débauchée
sans appel
fait presque honte
L’or qu’on lui a arraché
pour qui l’on s’est battu
change de mains
de formes
et notre regard avant lui
s’éteint
Rayer des noms
balancer des corps
refermer l’abîme...
Ma peau se déchire
à me crever les yeux
et mes tempes s’enfoncent
ma cervelle est prête à jaillir
Une musique de plus en plus aigüe
se diffuse entre mes veines
au rythme d’un cœur
morceau de viande
coriace à force d’être attendri
Mes côtes sont prêtes à avouer leur eau
mon ventre à se répandre
accusant ses désirs
Le souffle me manque
parole
langue à l’abandon
dont le tranchant
est incessante menace du fer et du feu
Décembre
Le sang
et le rire
ensemble
Ensemble de signes
qui nous entourent
suivent loin devant
Nous qui voulions fuir
ouvrons plutôt la mer
nous répandant
Te tendre mon angoisse
un sexe rouge
brûlant
Te coucher par terre
dans mes salives
mes semences
t’étendre suavement
me renverser sur toi
glisser ma main sous ton coup
recueillir un baiser
Entrer dans la vallée
où se délient les entrailles
dépasser le tourment
trouver ton âtre
rejoindre ton enfer
suffoquer avec toi
chère ombre
disparaître
Je dérive encore
je n’en finis pas de jouir
te transmettre ces messages
énigmatiques secrétions
d’information la plus pure
Je reste
la tempête passée
détruit
parti avec elle
Toi que fais-tu
destin fébrile
sur pied
qui me jette la serviette
redevenu propre –
nous nous sommes essuyés
et déjà
réparons l’oubli
J’attends la mort
avec une cruelle patience
La femme impressionnante
à rendre fou
existe juste pour moi
Elle se profilera à l’horizon
révèlera ses cuisses juste sous mes yeux
tombera son manteau
nylon et ombre
condensé de lumière
plaquera sur le mien son corps
m’embrassera
gourmande
J’en perdrai tout à fait le souffle
élaborant à jamais
le fil de la jouissance
Un désir
mêlée de mort
appel désespéré
envers la réponse
ultime définition
pour échapper à une présence
implacable de sérénité
tout autour
Un accident
notre âme s’en sortira indemne
je la connais
mais se penchera
sur les os broyés
les cheveux coagulés
les artères bouche bée
pleurant à n’en plus finir
Quand on emportera mon corps
en direction de la morgue
aux tiroirs de chrome poli
elle ramassera ses lamentations
puis le veillera
une fois remis aux mains de la terre
entre les chapelets de fleurs
des larmes d’éther
comme dernier souvenir
son identité
Je ne sais plus
que dire
à qui parler
Trop de choses vont de soi
ce spectacle de la nature
reine fatale de beauté
j’en voudrais devenir le reflet
Écarter mes flancs
l’engendrer
inviter le premier venu
à parcourir les versants boisés
longer les ruisseaux transparents
caresser l’enrobage moussu
se nourrir d’écorce
de lumière
d’herbe en fleurs
tendre enfance
tranquille chair...
Mon image me pèse trop
petite idée de moi
entre la matière cristal
Je ne suis guère guéri de la violence
des envies
de la peur noire
des autres hommes
Je ne sais plus
comment répondre de la vie