Antéaur – Planète éthérisée
Patrick Delsaut
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Smashwords Edition
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Révision linguistique :
Patrick Delsaut, LinguaCode
Design de la couverture : ©
Isher, 2011
Photo de couverture : © Isher

Spécialiste de la Vie dans les autres Mondes (Mondes Extraterrestres, Mondes d'Anti-Matière, Mondes Temporels, Mondes de l'Au-delà...), mais aussi ésotériste, occultiste et biochimiste de formation, Patrick Delsaut présente ici un livre extraordinaire dont le véritable auteur vient d’un autre Monde…!
Cet ouvrage écrit au début du XXe siècle, en 1929, et dont il n’a été tiré que 50 exemplaires, nous décrit la Vie sur une autre planète, une planète merveilleuse projetée dans la 4e Dimension où la Vie Humaine s’est développée dans une atmosphère de paix, de sérénité et d'amour.
Nous tenons à remercier vivement notre ami Flavien Texier, passionné par les grands mystères de l'Univers et en particulier par les OVNIs et la Vie extraterrestre, qui nous a aidé à recopier ce livre sur informatique. En 4 heures seulement, il a tapé sur notre ordinateur les 3/4 des pages de cet ouvrage que nous n'avions pas encore recopié et cela, sans s'arrêter une seule minute ! Bravo et merci à lui. Sans son aide, ce livre n'aurait peut-être jamais pu être édité.
Je n’ai rien imaginé.
Je n’ai pas rêvé…
Je me suis souvenu.
Antehus
Lorsque j’ai lu ce livre, trouvé chez un bouquiniste, il y a quelques années, j’ai d’abord été intéressé par le sujet puis, poursuivant ma lecture, mon intérêt est allé grandissant.
Ce livre est en effet très bien écrit et il est réellement passionnant, car il décrit la Vie sur une autre planète du nom d’Antéaur…!, mais lorsque je suis revenu sur les pages que je venais de lire, mon enthousiasme initial est vite retombé, car les descriptions de la Vie sur Antéaur me paraissaient illogiques, impossibles… Je l’ai donc rangé dans ma bibliothèque où il est resté plusieurs années.
Un jour, alors que je réalisais des recherches sur ces autres Mondes et que je fouillais dans ma bibliothèque pour y trouver des livres à étudier, j'ai retrouvé "Antéaur"…
J’ai "senti" qu’il fallait que je le lise de nouveau. Et c’est ce que j’ai fait. Je ne l’ai pas regretté, car maintenant, je comprenais pourquoi ces descriptions me paraissaient illogiques…!
En effet, pendant toutes ces années, mes connaissances dans le vaste domaine de la Vie sur les autres Mondes qui est ma spécialité, se sont fortement développées.
À la lumière de mes nouvelles connaissances, les descriptions d’Antéaur prenaient alors tout leur sens ! Oui, tout s’expliquait…
Tout ce qui est décrit dans ce livre extraordinaire se passe dans une autre Dimension, sur un plan vibratoire plus élevé, là où la Lumière, l’Amour et la Paix règnent en maîtres, là où la maladie n’existe pas, là où la Mort n’est qu’un passage dans un autre Monde très proche !
"Antéaur" a été écrit par un extraterrestre qui a pris le nom d’Antehus qui est venu sur la Terre au XXe siècle dans les années 20 et qui est ensuite reparti sur sa merveilleuse planète dans la 4e Dimension !
Pour écrire cet ouvrage, comme il le dit lui-même à la fin de celui-ci, il a utilisé une femme à laquelle il a transmis ses pensées et qui a écrit pour lui ce livre, car Antehus était d’une essence plus subtile, d’un niveau vibratoire élevé qui le rendait invisible et impalpable…
Incroyable, impossible !? C’est ce que j’ai cru moi aussi à la première lecture, mais cette histoire, mais ce Monde est pourtant bien réel. Je le sens, j’en suis sûr !
Antéaur n’est pas une planète vivante ordinaire, c’est une planète "éthérisée", une planète qui est passée dans la 4e Dimension !
À l’heure d’aujourd’hui où l’Ethérisation de la Terre et de sa Biosphère est annoncée pour bientôt, ce livre capital nous donne toutes les informations sur ce qui nous attend de l’autre côté…!
Patrick Delsaut
Dans l’immensité des cieux, peuplée d’une infinité de mondes et d’une infinité d’êtres, il existe des planètes où l’harmonie commande en souveraine, où la souffrance a perdu tous ses droits, où une humanité évoluée a conquis toutes ses libertés.
Parmi ces planètes, quelques-unes offrent encore des analogies avec leurs sœurs moins fortunées de l’Univers. On y retrouve des lois, des aspects, des organismes connus permettant les comparaisons.
Tel est le cas d’Antéaur avec la Terre.
Je ne m’étendrai pas sur des précisions astronomiques qui auraient pour but de situer cette terre du ciel, elle ne fait point partie de votre système solaire.
C’est un monde simple, soumis à un rythme régulier. Son climat homogène, ses révolutions tranquilles, plus lentes que celles de votre globe donnent aux êtres qui l’habitent une impression de grande paix.
Les cataclysmes géographiques : tremblements de terre, tempêtes, cyclones n’ont jamais troublé le calme de ce monde. La beauté tragique des océans en fureur est un spectacle insoupçonné des antéauriens, de même que les sinuosités capricieuses des fleuves et des rivières.[1]
L’élément liquide existe, mais uniquement sous l’aspect de mers intérieures, à peine agitées par un léger remous.
La surface de ces mers, auxquelles on pourrait aussi bien donner le nom de lacs, est agrémentée de grands récifs mauves qui tantôt affectent la forme de fleurs pétrifiées, aux immenses pétales déployées, tantôt celle d’arcs légers, enchevêtrés parfois de la façon la plus inattendue. Des blocs de zoophytes sont les artisans de ces agrégats solides que le temps même est impuissant à effriter.
Une autre particularité des mers antéauriennes, c’est le mouvement féerique des nuances des nuances. Vouloir en définir la couleur est impossible, à peine l’œil a-t-il enregistré une teinte qu’aussitôt elle s’évanouit pour en laisser apparaître une autre tout aussi indéfinissable et fugitive. Seules quelques îles couronnées d’arbres splendides, mettent çà et là un accent plus précis sur ces eaux changeantes, mais d’un imprévu toujours captivant.
* * *
Rien de semblable, sur Antéaur, aux pics et glaciers d’Oevel [2]. Les montagnes sont de proportions modestes, peut-être même les appelleriez-vous des collines…[3] On ne voit pas non plus de ces grands espaces dénudés et sauvages comme les déserts et les steppes. De tous côtés, sous toutes les latitudes, la végétation étend sa flore, mais elle n’est point perfide, aucun serpent ne se cache dans le feuillage touffu des arbres, aucun félin ne rompt la sécurité des forêts.
Antéaur est éclairée par trois soleils [4] dont l’éclat combiné, simultané à certaines heures, a pour effet de la baigner tout entière dans une teinte argentée qui donne à la végétation, aux êtres et aux choses une mystérieuse grandeur. L’un de ces soleils ne participe pas complètement à l’action des deux autres, ses feux roses n’apparaissent à l’horizon qu’au moment où les rayons argentés des premiers vont en disparaître. C’est plutôt un solitaire, qui a pour mission de prolonger longuement ce que vous appelez l’heure crépusculaire.
Les nuits sont courtes sur Antéaur…
* * *
Des cités peu étendues constituent le type unique des agglomérations antéauriennes. Les maisons, sans étages, sont construites avec une pierre de couleur rose plus ou moins foncée.
Toutes présentent le même ensemble architectural. Là où la fantaisie se donne libre cours, c’est dans la dimension et la distribution des pièces, toujours spacieuses, légèrement aérées.
Des terrasses sur lesquelles poussent des fleurs variées recouvrent les maisons. Ces toits fleuris, les antéauriens ne sauraient s’en priver, c’est le seul luxe dont ils tiennent à parer leurs demeures.
À première vue, ce luxe paraîtra peut-être bien naïf à l’habitant d’Oevel, mais il en saisira mieux l’importance lorsqu’il saura que la fleur d’Antéaur est tout à la fois une confidente et un augure et que dans sa beauté épanouie se cache un langage secret.
Pendant le jour, un tissu léger, fin comme une toile d’araignée, couvre les fenêtres, dépourvues de vitrages. Tard dans la soirée, lorsque le soleil rose a éteint tous ses feux, on relève soigneusement ces fins rideaux afin de faciliter, ainsi que l’affirme une ancienne tradition, l’évasion de l’âme antéaurienne durant les heures brèves de la nuit.
* * *
La race est homogène, la langue une. Il n’y a que de légères différences ethnographiques, elles sont suffisantes cependant pour avoir nécessité la division de la planète en sept républiques, aux modalités peu variées.
Ces républiques ont à leur tête chacun un Président ou Gouverneur, qui prend aussi le titre de Patriarche. C’est le plus souvent cette dernière désignation qui prévaut, car elle répond à l’idée familiale chère aux antéauriens, auxquels les formes sèches d’autorité ne sauraient s’appliquer.
Le Président ne peut être élu avant l’âge de quarante ans et le pouvoir lui est conféré pour une période de vingt et un ans. Il doit être célibataire, c’est là une condition qui n’admet pas d’exception, les antéauriens jugeant qu’il est impossible à un homme de se consacrer au gouvernement d’un pays s’il a par ailleurs des responsabilités privées. Quant à son passé, il faut qu’il soit tel que l’on ne puisse y relever le plus léger mensonge, pas même une exagération de langage. Aucun écart de jeunesse n’est admis non plus, en un mot, le Président doit être un Pur dans toute la force du terme. À ces qualités primordiales, l’élu est tenu de joindre l’intelligence, l’ordre et la connaissance approfondie des êtres et des choses.
Le Président vit aussi simplement que le plus modeste des antéauriens. Ce qui distingue sa maison des maisons voisines, ce sont les trois énormes fleurs qui dominent et éclipsent toutes les autres par leur dimension et leur éclat. Elles traduisent ces fleurs-géantes, la devise du Patriarche : « Lumière en soi, rayons sur tous. »
Dans Antéaur, il existe toujours une étroite corrélation entre la beauté morale et la forme physique. Le Patriarche est la confirmation de cette loi et justifie pleinement la devise fleurie.
De stature élevée, la démarche noble, les gestes harmonieux, le regard pénétrant, le front comme illuminé par la puissance de la pensée, il est vraiment l’incarnation de la sérénité et de la sagesse.
* * *
L’antéaurien présente le même aspect physique que l’habitant de type blanc d’Oevel. Il est grand, ses traits sont réguliers, l’ovale du visage est mince, le front haut, le teint transparent, à peine rosé. Ses cheveux, dont la longueur ne dépasse pas la nuque, sont châtains avec des reflets dorés; il n’y a pas d’uniformité noire ou blonde. En revanche la nuance des yeux est très variée; il y a des yeux noirs, bleus, verts, gris, or, bruns; on en voit même –, mais plus rarement – de couleur mauve et rose, et ce ne sont pas les moins beaux. Le regard, plein de force et d’acuité, révèle le feu d’une vie intérieure intense et toutes les impressions s’y traduisent sans contrainte.
Ceci est pour l’apparence, mais il convient d’ajouter que cette apparence est plus légère, moins compacte, si je puis m’exprimer ainsi, que celle des terriens. Intérieurement, les organes de l’antéaurien sont simplifiés à l’extrême. Les fonctions compliquées de la nutrition et de tout ce qui la précède ou l’accompagne n’existent plus. Pour maintenir son organisme en équilibre, il suffit à l’habitant d’Antéaur d’aspirer le parfum des fleurs. Les poumons sont donc les seuls grands moteurs du corps physique [5].
* * *
La langue antéaurienne n’a pas, à vrai dire, de règles précises, elle repose surtout sur la loi du rythme. La diction est très pure et les mots, bien cadencés, sont le plus souvent composés de deux syllabes. La première de ces syllabes porte un accent tonique assez marqué et se prononce rapidement, d’une manière aspirée, la seconde s’articule doucement et s’éteint en une modulation prolongée, qui donne à la phrase une résonance « de lointain » d’un charme très grand.
Chez l’habitant d’Antéaur, la pensée et la parole sont simultanées. L’émission du son est la résultante immédiate d’une vibration de la pensée qui n’est point ralentie par un mécanisme physiologique compliqué.
Il ne faut pas oublier que la densité physique de l’antéaurien est très légère [6] et que les éléments qui constituent son corps appartiennent à un groupe moléculaire différent de celui d’Oevel [7].
La langue ne s’apprend pas. L’enfant parle spontanément, dès que s’ouvre son intelligence, ce qui arrive en général très tôt. Bien entendu, il s’exprime tout d’abord plus ou moins intelligiblement, mais on ne fait aucune pression sur lui pour l’obliger à parler mieux.
Les antéauriens ont pour règle absolue de respecter ce qu’ils appellent la venue parfaite de la compréhension et ils ne se permettent point d’anticiper sur l’avenir en contraignant l’enfant à un effort prématuré. Tout au plus essayent-ils d’aider à l’éclosion de sa pensée en plaçant devant ses yeux des choses jolies. Le jeune être antéaurien jouit d’une grande indépendance et de bonne heure il sait se servir des moyens que la nature lui a donnés.
En disant plus haut que la langue antéaurienne n’a point de règles bien définies, je n’ai pas voulu signifier par-là que tous les antéauriens parlent avec la même élégance. Il est bien certain qu’un pur intellectuel s’exprimera d’une manière plus parfaite qu’un être moins cultivé, il emploiera toujours le mot exact pour traduire sa pensée, il saura nuancer plus sûrement ses intonations, mais chez les moins affinés, il y a le souci d’éviter toute dissonance, les antéauriens sont pénétrés de la valeur de la parole et aussi de sa puissance redoutable…
Les frais d’éducation de la jeunesse antéaurienne sont toujours à la charge de la République. À quelque sexe qu’ils appartiennent, les enfants sont tenus au travail, nul n’a le droit de se désintéresser de l’effort commun, l’unité de vue est complète en ce qui concerne la façon d’envisager la prospérité de la planète.
Les écoles n’ont pas l’aspect rébarbatif de celles de la Terre; on ne ferme pas la cage dans Antéaur, au contraire, on l’ouvre très largement.
Beaucoup de cours et de conférences ont lieu en plein air, sous l’ombrage des arbres et s’il n’en est pas toujours ainsi, c’est parce qu’il faut éviter l’étourderie des jeunes, facilement séduits par la familiarité d’un oiseau ou par les espiègleries d’un animal déambulant à travers les prairies où sont construites les écoles.
L’architecture de ces bâtiments répond à un type unique. Une succession de galeries ouvertes, prenant jour, d’un côté sur la campagne, de l’autre côté sur des jardins intérieurs constitue l’école proprement dite. Ces galeries, très hautes, sont recouvertes par un système de treillis léger qui laisse apercevoir aux écoliers la perspective d’un ciel aux tons changeants et permet à la clarté lumineuse d’entrer à flots. Pour tout ameublement, quelques cartes du ciel aux murs et sur le sol des piles de coussins que l’on prend au fur et à mesure des besoins.
Pour entendre les cours, beaucoup d ‘élèves adoptent la pose debout, simplement appuyés contre les colonnes de pierre rose qui supportent la toiture ajoutée.
Il n’y a point d’estrade pour le maître. Un professeur expérimenté sait aisément découvrir le groupe où il importe le plus qu’il aille faire pénétrer son enseignement. Il se promène donc au milieu de ses élèves en élevant plus ou moins la voix et souvent aussi en usant simplement de la transmission mentale des idées par l’image projetée, moyen spécial à la planète et qui, en certains cas, remplace avantageusement la parole.
Cette sorte d’enseignement est même la seule pratiquée lorsque les étudiants sont parvenus à un degré supérieur d’instruction. À dater du moment où l’intellectualité s’est révélée et affirmée, la parole devient inutile; une question mentale de la part de celui qui apprend se faite avec la plus grande netteté et la réponse du professeur, qui est immédiate, arrive aussi nettement.
Il est superflu de faire remarquer les avantages que l’on peut tirer de ses méthodes d’enseignement et combien elles diffèrent de celles d’Oevel où les élèves sont obligés si souvent de s’attarder à des recherches plus ou moins laborieuses dans les dictionnaires ainsi qu’à des compilations patientes dans de nombreux traités pour chaque branche étudiée.
Il n’existe aucune différence entre l’instruction des garçons et celle des filles, toutes les écoles sont mixtes; les travaux féminins s’apprennent au foyer, mais tout ce qui relève du domaine artistique, peinture, musique, etc, est enseigné en des écoles spéciales ou par des leçons particulières.
Les études sont généralement terminées à l’âge de vingt ans. Si par suite de circonstances imprévues – extrêmement rares d’ailleurs – l’antéaurien subit un retard dans son instruction, la République subvient à ses besoins jusqu’à ce qu’il l’ait menée à bonne fin. Ce premier stade de sa vie accompli, l’étudiant est libre, il peut se marier ou rester célibataire, mais en aucune façon il ne lui est permis de différer pour décider du choix d’une carrière. S’il se laisse aller aux hésitations, c’est une mauvaise note pour lui et il ne pourra jamais prétendre à devenir le patriarche vénéré d’une des sept républiques de la planète, les timidités outrées, le manque d’énergie étant au point de vue antéaurien le signe d’une infériorité indéniable.
Trois carrières s’ouvrent à l’activité des jeunes antéauriens : les arts, les sciences et l’agriculture.
La médecine n’est pas comprise dans les sciences; la thérapeutique n’a plus de raison d’être dans ce pays, car la maladie n’existe pas. Pourtant certaines dépressions morales engendrent encore de légères fatigues physiques que l’on combat par des soins fluidiques dont l’enseignement est inscrit dans les programmes scolaires.
Ces programmes sont les mêmes pour tous, l’éclectisme s’exerce toujours aux dépens de la spécialité et c’est seulement à sa sortie de l’école que l’étudiant choisit la carrière en rapport avec des aptitudes d’autant mieux déterminées qu’ayant étudié un peu de tout, il a pu se rendre compte de ce qui convient à son intelligence.
Mais avant de se vouer à la profession de son choix, l’antéaurien est tenu d’accomplir une période de travail manuel en plein air, sorte de service obligatoire auquel il est soumis dans le double but de développer sa constitution physique et se rendre utile à son pays. Chaque antéaurien doit en effet, à sa sortie de l’université, construire soit une série de maisons, soit un bâtiment important, ceci sous la direction d’ingénieurs et d’architectes spécialisés.
Dans le cas où il y aurait plus d’« ouvriers » que de travaux à exécuter (et ceci se présente parfois), l’antéaurien, suivant une loi d’égalité, ne serait pas pour cela dispensé de ce devoir; il prendrait tout simplement une part des heures de travail de son devancier et l’un et l’autre se trouveraient de ce fait plus vite libérés d’une tâche qui, étant seulement quantitative, n’est pas subordonnée à un nombre de mois ou d’années.
Ces travaux manuels ne déplaisent pas aux jeunes antéauriens, c’est avec une parfaite bonne grâce qu’ils les effectuent. La maladresse des débuts est assaisonnée de beaucoup de gaieté et nombre d’entre eux, après avoir manié pendant quelque temps la pierre rose, les bois aux tons chauds, les ciments rugueux, quittent avec regret ces exercices de plein air pour s’engager dans la voie plus grave des situations intellectuelles, des devoirs sociaux et de la fondation d’une famille.
* * *
Afin de faciliter les échanges qui ont cours encore dans cette planète, il a été nécessaire de créer une monnaie, mais le privilège d’un capital est ignoré des habitants. Grâce à leur sagesse qui ne se dément jamais, les antéauriens jouissent d’une situation égalitaire.
Les besoins sont peu nombreux et beaucoup d’industries abandonnent le produit de leur travail en échange de bien équivalents.
Il existe également des fabrications courantes dont chaque antéaurien est l’artisan. C’est ainsi, par exemple, que les étoffes ne sortent jamais d’une manufacture organisée; la matière fibreuse qui compose la trame des tissus est fournie par une plante que l’on cultive dans un coin du jardin. Lorsque fauchée et jonchant le sol, cette plante a subi durant trois jours les rayons des trois soleils, elle se détache d’elle-même en longs et minces filaments d’une souplesse et d’une résistance à toute épreuve.
Si à cette époque de l’année antéaurienne on franchit le seuil d’une maison, il est rare que l’on ne trouve pas une jeune femme ou une jeune fille tantôt assise à même le sol, tantôt debout devant un métier en forme de harpe sur lequel sont tendus les filaments de la plante récoltée; de ses doigts habiles, l’antéaurienne noue d’autres fils sur cette trame, elle ne craint pas d’apporter à ce travail toute la fantaisie que lui suggère son imagination, il y a mille manières pour elle de croiser les doigts, de rejeter le fil en tous sens, de jouer du poignet pour attraper une fibre récalcitrante et ce tissage original est accompli avec la dextérité d’une virtuose au piano.
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C’est généralement dans la pièce de réunion, sorte de vaste hall, que se tient la travailleuse.
Le type le plus adopté pour la maison antéaurienne est le suivant :
Tout d’abord, de plein pied avec le jardin, il y a toujours la pièce appelée « Chambre du seuil ». C’est la transition ménagée entre le domaine de la nature et celui de la famille. Des plantes, dentelées et fines, s’agrippent à la porte, la franchissent pour s’élancer vers la voûte ogivale figurant le plafond et de là retombent en arceaux légers sur les berceaux épars où reposent les jeunes enfants.
Quel que soit l’endroit où se trouvent les petits lits dans la « chambre du seuil », ces plantes savent les rejoindre; elles semblent être conscientes de leur mission de gardiennes et ne s’attardent pas à l’escalade des murs; ce qui les attire uniquement, c’est l’enfant, le nouveau-né enveloppé de fines dentelles et qui, du fond de la barcelonnette, rit de toute la force de sa jeune vie à la vie même.
Dans les rares maisons privées d’enfants, les plantes gardiennes sont moins épanouies, comme dolentes, la « chambre du seuil » paraît mélancolique; fort heureusement cette impression se dissipe aussitôt que l’on pénètre dans la pièce centrale dénommée « Cœur », terme qui répond bien à sa situation et à son but puisque c’est là que la famille se réunit pour travailler, causer et rêver aussi quelquefois.
Le plafond de ce hall est composé d’un treillis qui forme en même temps le centre de la vaste terrasse couronnant la maison, et comme les fleurs, dans Antéaur, usent et abusent de leur liberté, il arrive souvent qu’elles s’insinuent à travers ce grillage et un beau jour on est tout surpris de voir un plafond fleuri au-dessus de sa tête.
C’est surtout dans le « cœur » que le goût et la fantaisie des maîtres du logis se donnent libre cours. Des divans bas, propices à la rêverie et aux causeries amoureuses, s’appuient aux murs; un peu partout sont disséminés des fauteuils recouverts d’étoffes légères aux teintes variées. L’antéaurien ayant une tendance dans le repos à se coucher sur le côté gauche, le coude légèrement replié, ces fauteuils, longs ou demi-longs et plutôt étroits, sont construits légèrement penchés vers la gauche, avec un accoudoir du même côté.
Aucun tapis ne couvre le sol des maisons; celui-ci est fait soit d’une mosaïque où la pierre rose domine, soit d’un parquet de bois aux reflets fauves et brillants sur lequel l’usure du temps reste sans effet.
Dans un coin du « cœur », un espace est réservé pour les œuvres de peinture, qui sont toujours groupées ensemble. Les tableaux sont considérés comme étant le bien de tous, on les renouvelle fréquemment en les échangeant de maisons à maisons et de villes à villes.
Il y a encore dans cette pièce centrale de petits meubles compartimentés destinés aux mêmes usages que les commodes et armoires employées dans certaines régions d’Oevel, mais leur façon est différente. Tantôt c’est l’aspect d’une sorte d’urne qui tente l’ébéniste, tantôt celui d’une fleur. Lorsqu’il s’agit de faire servir le meuble aux rangements d’objets menus, des superpositions d’arcs légers forment d’étroits tiroirs dont les ornementations fournissent le prétexte à un travail minutieux et artistique.
L’antéaurien dédaigne complètement la symétrie des dessins. Qu’il s’agisse de dentelles, de broderies ou de sculptures sur bois, un motif ne se répète pas. Même la façon de travailler la paroi d’un meuble n’est pas uniforme ; des reliefs coniques, ogivaux ou convexes précèdent ou entourent des surfaces planes. Les teintes varient également; un meuble a toujours des oppositions mates et brillantes qui ajoutent à son originalité.
Il n’y a pas de miroirs dans la maison antéaurienne : un sens spécial, dénommé vue intérieure, donne à chaque individu la conception très exacte de ce qu’il est et de ce qui lui sied [8].
Des gerbes de fleurs complètent la beauté du « cœur ». On ne les met pas dans des vases, on les dispose avec art sur le sommet des fauteuils, sur les balustrades des fenêtres, sur le parquet… les tiges sont enveloppées dans des bandes de dentelles et quelquefois, pour mieux faire ressortir la grâce et l’éclat d’un calice, on entremêle la fleur et la dentelle.
Les fleurs des jardins d’Antéaur peuvent vivre sans eau; l’unique soin qu’il soit bon de leur donner, c’est de les prendre une fois par jour dans les mains, car elles sont sensibles aux effluves humains.
Le « cœur » et la « chambre du seuil » constituent toute la profondeur de l’habitation antéaurienne, limitée des deux côtés par de grandes baies ouvertes sur le jardin; les portes s’ouvrent sur des galeries desservant les chambres de repos, dont plusieurs sont toujours réservées pour les hôtes, connus ou inconnus, qui demandent à être accueillis; des lits bas et des coussins composent l’ameublement de ces pièces.
Au bout des galeries, une pente douce mène aux piscines, où l’eau est constamment renouvelée. Communiquant avec cet endroit, vient ensuite ce que l’on appelle en style antéaurien « la chambre parfumée ».
Des arbustes, qui semblent s’accommoder parfaitement de leur vie en caisse, emplissent cette chambre d’une senteur un peu âcre; leurs branches s’étendent horizontalement et sont couvertes d’un feuillage léger dont la nuance varie sans cesse.
C’est sur ces branches parfumées que les antéauriennes enroulent les étoffes destinées à la confection de leurs robes et qui empruntent aux coloris changeants des feuilles une beauté éphémère.
Aucun détail de la vie ne paraît mesquin au peuple d’Antéaur. Persuadé que la beauté a droit de priorité en tout, il pense qu’il est de son devoir d’en recueillir pieusement les manifestations, aussi bien dans le jardin fleuri que dans la maison familiale que nous venons de décrire.
La note générale du caractère de l’antéaurien, c’est l’amour profond qu’il porte à sa famille. Les divisions intestines n’existent plus; le frère ne jalouse pas le frère, la mère ne préfère pas le fils à la fille et le père ne s’enorgueillit pas de la valeur plus marquée de l’un de ses enfants; la rivalité dans la tendresse se trouvant ainsi supprimée, il n’est pas surprenant qu’une harmonie parfaite règne au foyer.
Toutefois les affections ne se limitent pas à ce foyer; l’antéaurien n’a pas un ami, des amis, il a pour amis intimes tous ceux qui habitent sa planète, sans distinction de situation ou d’élévation morale.
S’il désire faire un séjour dans une autre cité que celle où il demeure, il fait simplement transmettre par ondes vibratoires ce message au pays où il veut se rendre : « Grealige, de tel endroit, demande à venir à X… Où et chez qui peut-il résider ? »
Immédiatement, et par la même voie, on lui répond en désignant la maison libre où il sera reçu en toute simplicité et cordialité.
Ici, cela s’appellerait du sans-gêne, dans Antéaur, c’est un procédé de bonne et courante fraternité.
Il peut arriver que, par suite de circonstances imprévues, le voyageur ne reçoive pas la réponse qu’il a escomptée, mais il n’en concevra ni aigreur ni mauvaise humeur. Les déceptions n’engendrent pas de mots amers ou de phrases malveillantes, tout au plus se manifestent-elles par un sentiment de mélancolie qui, en aucun cas, ne s’exhalera en récriminations : ce dernier mot d’ailleurs n’a pas sa traduction dans Antéaur; c’est un monde où l’on accepte la joie sans énervement comme on accepte sans crainte l’ombre qui parfois l’accompagne.
On rencontre dans cette planète des êtres aux goûts sédentaires qui n’ont jamais éprouvé le besoin de visiter une autre région que celle dans laquelle ils sont nés, mais il faut dire que ces êtres forment l’exception car, en général, les antéauriens aiment parcourir les diverses parties de leur globe. Les vieillards surtout ont l’humeur très vagabonde; libres complètement, ayant rempli la mission qui leur était échue, ils peuvent sans remords s’adonner à des voyages de découvertes, et ceci avec d’autant plus d’agrément qu’ils ignorent totalement les « misères de la vieillesse ».
Dans Oevel, tout devient terne et sans saveur pour les vieillards. Même chez ceux qui ont le bonheur de posséder ce qu’il est convenu d’appeler une verte vieillesse, il y a très souvent un ralentissement de toutes les facultés qui ne leur permet plus qu’un effort amoindri, mais le vieillard antéaurien, lui, même arrivé à l’extrême limite de son âge, ne connaît aucune décrépitude; jusqu’au dernier jour de sa vie, il possède la plénitude de toutes ses facultés. S’il ne se livre plus aux exercices physiques, ce n’est point parce que son corps se déroberait à ce qu’il exigerait de lui, mais simplement parce que se trouvant en possession d’un bagage spirituel et intellectuel des plus riches, il éprouve le besoin de s’occuper uniquement de ce qui constitue le but et la fin dernière de toute existence antéaurienne.
La contemplation, l’étude, l’exercice vis-à-vis de son prochain d’une charité merveilleusement éclairée, quelques voyages, voilà ce qui compose sa vie et celle de sa compagne lorsqu’il est marié.
* * *
Mais avant d’atteindre à cet âge de la quiétude, beaucoup d’antéauriens ont à lutter contre de petites imperfections qui ne laissent pas d’être parfois un sujet de scandale pour les autres.
Par exemple, l’indifférence que certains habitants montrent pour tout ce qui vit en dehors de leur chère planète est sévèrement jugée; ce sentiment, très rare, du reste, est en complète opposition avec la devise commune apprise dès le bas-âge par tout antéaurien : « Dieu en tout, toutes les curiosités en Dieu. »
Dédaigner trop l’étude éclectique pour se confiner dans une spécialité quelconque est aussi une imperfection très blâmée.
Les sages d’Antéaur tiennent souvent ce langage aux jeunes :
« Souvenez-vous que la science vient à vous de tous les points de l’Univers. Afin de ne pas vous aveugler, elle met un voile, mais il vous appartient de le soulever, ce voile, quoique lentement et prudemment… N’attachez donc pas seulement vos yeux sur un point, car de ce point partent des lignes qui vous mèneront à d’autres points. Ne croyez jamais avoir tout appris, mais efforcez-vous d’avoir des clartés sur tout et alors la grande Clarté illuminera votre esprit. »
La paresse est un mal insoupçonné dans Antéaur où l’on travaille ferme pour le plaisir et l’intérêt seuls de l’étude. On ignore également les méfaits de la colère.
Si l’on rencontre des habitants qui ont l’esprit plus prompt que d’autres, la réplique quelquefois même légèrement caustique, on ne surprend jamais chez eux le moindre geste de violence ou de simple impatience.
En revanche, la jalousie, à peine indiquée par un peu de tristesse, impressionne encore l’antéaurien. Il n’aime pas que le voisin ou l’ami dise à sa femme qu’elle est jolie, mais il a conscience de l’infériorité de ce sentiment et il s’efforce de le chasser de son cœur.
Sa grande sincérité l’aide dans la réforme de ce défaut. Au lieu de se fâcher avec celui qui a émis la phrase malencontreuse, il lui avoue sans détour ce qu’il a éprouvé… et le prie cordialement de ménager à l’avenir ce qu’il appelle, comme dans Oevel, son mauvais caractère.
Les explications revêtent toujours une grande simplicité. Toute fantaisie de la parole est un défaut pour les antéauriens; elle implique, selon eux, une déformation de la vérité et ils considèrent en outre comme un devoir strict de ne pas chercher à éblouir autrui au moyen de l’éloquence.
Il est impossible de masquer la vérité dans Antéaur et elle n’a point besoin de recourir à des artifices de langage pour s’imposer.
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Les femmes antéauriennes ont le sens artistique trop développé pour ne point apprécier la parure. Elles aiment les fines dentelles, les jolis tissus, les fleurs gracieusement piquées dans leurs fins cheveux bouclés, mais il n’entre nul sentiment de jalousie dans leur coquetterie et c’est avec joie qu’elles se communiquent les unes aux autres leurs petits secrets de toilette.
Les nuances de leurs robes sont variées à l’infini. Grâce à la culture intense et très spéciale des fleurs, on arrive à des résultats de teinture tout à fait surprenants et l’antéaurienne sait assembler avec un goût exquis les gammes de tons les plus divers.
La forme des robes ne change pas, elle reste toujours droite, un peu dans la ligne de celle que les femmes d’Oevel portent depuis quelques années [9].
Des ceintures, nouées de mille manières, en composent presque tout l’ornement.
De minces sandales protègent le pied des antéauriennes, mais la jambe est nue. Le sol ne se désagrégeant pas en poussière, il n’y a nul inconvénient pour elles à dédaigner ces gaines que vous appelez des bas. En guise de lingerie, elles portent sur le torse une gaze d’une finesse extrême. Sur leur visage, aucun fard, elles n’en ont point besoin et n’y ont jamais songé.
Les hommes s’habillent d’une étoffe légère, drapée sur l’épaule et, tout comme les femmes d’ailleurs, ils ignorent l’usage du chapeau.
Les antéauriens sont donc peu vêtus et leurs mouvements n’en restent que plus souples et harmonieux.
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Les dentellières d’Oevel, même les plus habiles, sont loin d’égaler les antéauriennes dans l’art charmant de la dentelle. Grâce à la souplesse de leurs phalanges, celles-ci peuvent effectuer toutes les combinaisons ou enchevêtrements de fils sans à recourir aux instruments employés ici. Pas davantage l’antéaurienne n’a besoin de modèle pour exécuter quoi que ce soit, elle se concentre et conçoit son dessin puis, uniquement secondée par sa mémoire, elle le retrace sans en omettre le moindre détail.
On arrive à tous les résultats par cette méthode de la concentration et s’il était en votre pouvoir de la mettre en pratique chez vous, nul doute que votre vie serait moins heurtée, moins troublée et que vous arriveriez à faire entrer beaucoup plus de choses dans les irrévocables vingt-quatre heures qui vous sont concédées.
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On porte aussi des bijoux dans Antéaur, mais ce n’est ni la coquetterie ni la vanité qui en détermine le choix.
Dans Oevel, la pierre précieuse, prisonnière dans le cercle d’or ou de platine, suit docilement les caprices de cette déité fantasque qui s’appelle la vogue; les lourdeurs nacrées d’un collier de perles ne sont admirées souvent qu’en raison de leur valeur monétaire, mais dans Antéaur, c’est avec discernement que l’on se pare de gemmes ou d’ors étincelants, c’est parce que l’on sait que telle émanation convient à tel caractère, que les influences vibratoires de telle ou telle pierre précieuse sont stimulantes pour les uns, apaisantes pour les autres; c’est donc seulement en raison de leurs propriétés bienfaisantes qu’elles peuvent intéresser les habitants.