Excerpt for 5sens6 : Les Masques by Maxime Coulombe-Rosa, available in its entirety at Smashwords


Maxime Coulombe Rosa














5sens6

Les Masques






















éditions Dédicaces







5sens6 : Les Masques


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Maxime Coulombe Rosa












5sens6

Les Masques













































Introduction


La fin d’un monde





Tout finit et commença le 7 juin 2017 lorsque l’Iraq devint la première puissance mondiale. Ravagé par les troupes des États-Unis d’Amérique puis par la guerre civile, le pays semblait condamné à une fin tragique, si ce n’était du progrès d’énergie nucléaire lancé quelques années plutôt. Combiné avec les incroyables ressources pétrolières locales, des chercheurs du pays inventèrent une nouvelle forme d’énergie extrêmement pratique autant du point de vue économique que productif qui permit à ce semblant de nation de s’enrichir incroyablement rapidement.

Les années passèrent et le reste du monde en fut tout autant ébranlé. En 2019, les pays d’Europe, plus près de l’Iraq que les Amériques, reçurent des prix beaucoup plus raisonnables que ces derniers, s’enrichissant eux aussi à une très grande vitesse. Pour des raisons de pure rancune, la vente de la nouvelle énergie, appelée Pamenolium, fut interdite aux États-Unis. Son économie fléchit sous le coût exorbitant du pétrole, incapable de s’auto suffire avec les formes d’énergie écologiques comme l’éolien et l’hydroélectricité.

Hautement dépendant des États-Unis pour sa propre économie, le Canada en prit un dur coup. Le projet pétrolier en Alberta fut abandonné faute d’intérêt pour le pétrole. Les revenus devinrent rares et seul l’hydroélectricité du Québec resta un tant soit peu rentable. Voyant que maintenant peu les retenaient aux Canadiens, les Québécois votèrent enfin en grande majorité pour la souveraineté. Le reste des Amériques (centrale et sud) étant plus ou moins dans la même situation que les États-Unis, un traité fut signé pour l’unification de tous les pays du continent, formant le plus grand pays que le monde ait connu. Ce nouveau bastion de l’unification fut baptisé Landriqueza, en l’honneur des deux langues officielles du pays, l’anglais et l’espagnol. Seuls le Québec et le Chili ne se joignirent pas aux autres dans cette unification.

Dans l’est de l’Asie, les conflits entre la Corée du nord et du sud cessèrent subitement. Peu de temps après, la FCAI (Frappe Coréenne Anti Iraq) fut instaurée, une organisation non officielle du pays qui, sous la couverture de la paix, tentait de percer le secret du Pamenolium. Leurs opérations durèrent jusqu’en 2021, lorsqu’un touriste japonais plus chanceux (ou malchanceux) que les autres tomba nez à nez avec un message écrit à la main d’un des généraux du FCAI. Les détails de cette découverte ne furent jamais transmis au public mais une chose reste certaine : les Iraquiens furent mis au courant. Rancuniers depuis l’histoire des dernières années, leur propre armée, nouvellement formée, descendit en vagues dévastatrices sur toute la Corée, ne faisant pas de différence entre l’organisation FCAI et le pays lui-même. Les forces militaires furent anéanties complètement, le gouvernement fut renversé et 20% de la population civile du pays fut supprimée. Tous se réfugièrent en Chine, ayant été forcés par les Iraquiens. Voyant dans ce massacre leur chance d’avoir accès au Pamenolium, la Landriqueza envoya sa propre force, plus de 47 millions de soldats, prendre les usines de production du produit tant précieux. Alors que le laboratoire Kembalem, le point central du nouvel empire Iraquien situé en Éthiopie, se faisait prendre d’assaut, un orage éclata au-dessus des réservoirs de Pamenolium. La foudre s’abattit, libérant ce qui serait marqué dans les annales comme le plus grand cataclysme de nature humaine de tous les temps. Les réservoirs de Pamenolium explosèrent dans un immense dôme de lumière blanche d‘une pureté sans pareil, rasant l’Afrique en entier et toute la partie au sud de Londres dans l’Europe ainsi que tous les pays asiatiques à l’ouest de la Chine de la surface de la Terre.

Le Pamenolium, qui avait été soumis à une température extrême, s’évapora dans l’air jusqu’à s’introduire dans le cycle naturel des nuages. Bientôt, le produit hautement toxique se retrouva dans à peu près toutes les réserves d’eau du monde. Cela eut aussi la conséquence d’accélérer l’effet de serre, engendrant une fonte faramineuse des glaciers au Sud aussi bien qu’au Nord. Les régions ravagées par l’explosion de Kembalem furent immédiatement englouties, suivies de très près par toutes les îles et villes côtières. « Heureusement », puisqu’il y avait maintenant un immense vide à la place de l’Afrique et des pays environnants, le niveau de l’eau ne monta que très peu.

Déjà, la surface habitable de la terre fut réduite du quart. Pourtant, les changements ne s’arrêtèrent pas là. Autant que le monde avait dépendu du Pamenolium, son secret étant maintenant perdu, le pétrole abandonné ne servait plus à rien et l’énergie nucléaire elle-même fut bannie de toutes les sociétés, conséquence du traumatisme. C’est ainsi que la Terre fit un bond dans le temps, reculant de plusieurs centaines d’années, retournant aux bonnes vieilles chandelles. Après tout cela, la Landriqueza resta assez coupée du reste des continents. En fait, tous les pays, toutes les nations se refermèrent sur elles-mêmes. Il en resta ainsi pendant plusieurs décennies, presque une centaine d’années.

Nous sommes maintenant en 2091, la Terre vit toujours dans le passé, rien n’ayant changé… mais seulement en surface. En fait, les effets à long terme se firent sentir, et ce, radicalement. Partout dans le monde, des humains se retrouvèrent dotés d’étranges pouvoirs. Ces pouvoirs, aussi nommés sixième sens par ceux qui en savent plus que les autres, sont en fait l’extension d’un des sens déjà existant de l’humain. Le toucher, la vue, l’ouïe, l’odorat et le goûter, aucun n’y échappa, mais un seul de ceux-ci ne peut être affecté à la fois par un seul être. Par contre, l’humain étant limité à cinq sens, si quelqu’un devait être affecté du sixième sens, il en perdrait donc un autre (tant que ce n’est pas le sens d’origine du 6S.) Ainsi, celui qui aurait reçu la capacité de détruire ce qu’il entend, donc le sens de l’ouïe, pourrait ne plus jamais voir quoi que ce soit. L’on dénombra 506 victimes ou élus de ce phénomène, éparpillés un peu partout dans le monde. C’est la seule information qui est connue de la terre entière, sans jamais être contredite. La raison de ceci, elle, est plus que contestable.

C’est un peu après l’apparition du 6S (sixième sens) qu’encore plus de choses commencèrent à changer. La Landriqueza, relativement épargné du Feu Divin (nom donné à l’explosion de Kembalem), fut pourtant la plus à plaindre. Adolph Troy, considéré comme un des détenteurs du 6S, prit le contrôle de tout le pays. On dit qu’il aurait été élu par tous les membres du conseil précédent à l’unanimité, amenant aux gens du peuple un nombre incalculable de rumeurs. Malheureusement pour eux, les rumeurs ne furent pas les seules choses qui vinrent. Très rapidement, Troy instaura des lois loin de l’ancien idéal américain, imitant rapidement un gouvernement totalitaire. La liberté, le sens logique et même l’individualisme furent interdits, suivis de la sentence de mort si perpétués. Ces exécutions furent perpétrées par plusieurs petites organisations d’assassins sous la tutelle du gouvernement, apportant une efficacité sans faille. Fait surprenant, il interdit aussi le port et le commerce des armes à feux, qui disparurent bien rapidement de la surface de la Landriqueza.

Même si le monde se dégrada de plusieurs centaines d’années, quelques secteurs du globe purent néanmoins prospérer de façon continue depuis le Feu Divin, grâce aux ressources naturelles déjà présentes. Ainsi, le niveau technologique de ces derniers vestiges du passé était nettement plus avancé. Le Québec, la Chine et la Russie en sont quelques exemples. Cependant, la plus grande des technologies, le plus incroyable des gadgets, la plus puissante des machines, ne peut protéger de l’envie. En 2093, Adolph Troy ayant eu amplement le temps de s’installer, releva une armée, cette fois constituée d’un minuscule 3 millions de soldats, et l’envoya aux frontières du Québec. Étant un peuple fondamentalement pacifique, la résistance fut faible et le pays vieux de 80 ans fut renversé. Les troupes s’installèrent un peu partout, dispersant leur force dans l’immensité du territoire. Mais heureusement, certaines personnes s’étaient préparées pour une situation similaire. C’est ainsi que, sous la direction du mystérieux Lamart, l’organisation M.A.E. (Mort Avant l’Esclavage) prit forme. C’est aussi grâce à cette organisation que le monde changera une fois de plus.
















Chapitre Un


On commence quand?





Il se rapprochait lentement du garde qui, dans le sombre corridor, arriverait bientôt au point critique de l’intersection à quelques mètres à peine devant lui. Évitant sans faire de bruit les boîtes et divers objets éparpillés à même le sol, il suivait au pas sa cible. Feuilles, crayons, fruits, des machettes de différentes grosseurs, restants d’animaux morts, le tout reflétait le chaos dans lequel le pays était plongé, le chaos dans lequel son esprit était. Il se devait d’éliminer ce garde ou sinon ses collègues se feraient repérer. Il ne devait pas échouer. Il ne pouvait pas échouer. Le stress le fit suer un peu dans le noir. Se rapprochant de plus en plus de l’homme insouciant (ou peut-être une femme ?), il se rendit compte que son propre habit noir le rendait vraiment invisible dans la pénombre. Seul le reflet de la lumière sur la sueur de son visage, à peine visible sous le masque qui lui recouvrait le visage, pouvait le faire découvrir. Aucune chance que cela n’arrive. Il n’était maintenant qu’à quelques mètres du garde et, plus il se rapprochait, plus son cœur semblait vouloir exploser dans sa poitrine.

Alors qu’il était sur le point d’avoir la possibilité de le toucher, le garde se retourna dans sa direction, sans pour autant le voir. Rien ne l’empêcherait par contre de le sentir ou de l’entendre s’il devait se rapprocher encore un peu plus. « Va chier, bordel. » se dit-il. « J’ai pas le temps de jouer avec toi! » Déjà, il pouvait sentir que les autres membres de son équipe étaient en place. Il n’avait que quelques minutes, peut-être même quelques secondes pour l’éliminer. Soudainement, le garde leva une main devant son visage, comme s’il voulait cacher son visage… comme s’il voulait s’allumer une cigarette. Il le comprit trop tard et la lumière du briquet, même si elle était brève, révéla sa position. Le garde fut pourtant encore plus lent que lui à comprendre la situation et c’est ce qui lui coûta cher. D’un mouvement vif, il écarta la main plaquée devant le visage du garde du revers de la sienne, pour ensuite lui étamper sa main gauche sur le visage, le faisant reculer de quelques pas. La pièce parut subitement se rétrécir autour des deux individus, accompagnée d’un éclair invisible, le tout sans un bruit. Suivant de très près le silence, le son d’os qui se brisent se fit entendre, son macabre dans un lieu lugubre. Le corps s’écroula au sol, révélant la longue chevelure d’une femme.

Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il se rendit compte de ce qu‘il venait de tuer. Une pulsion parcouru son corps et il ne put la contenir. Se pliant en deux, il régurgita tout ce qu’il avait dans le ventre. Il resta prostré ainsi pendant bien trop longtemps à son goût et ne réussit à avancer qu’en regardant fixement le mur. Pourtant, à la faible lumière de la cigarette, il avait pu voir le visage (pouvait-on vraiment encore l’appeler ainsi ?) déformé de la femme, n’ayant plus rien d’humain. Le sang s’était éparpillé très loin après le choc, colorant les murs. Une vision familière pour lui, une vision qu’il ne voulait plus revoir.

Il arriva rapidement à l’intersection, ne se souciant plus de la subtilité et courant à en perdre l’haleine malgré ses jambes flageolantes. Il savait qu’il n’y avait plus personne pour lui barrer le chemin. Il le savait car il devait le croire, car il espérait que ses coéquipiers avaient pu s’en sortir. Tournant à gauche, il se dirigea vers la porte d’où sortait une faible lumière, une lueur qui voulait tant dire. Il rentra dans la pièce en haletant, couvert de sueur et de sang. En un mouvement sec, il arracha le masque de son visage puis, en s’accotant contre le mur du fond, il reprit tranquillement conscience de son environnement. Devant lui se tenaient deux personnes, l’une beaucoup plus imposante que l’autre avec leurs masques enlevés.

La plus petite se nommait Karen Trigger, aux cheveux rouges coupés aux épaules et à la silhouette mince sans pour autant négliger certains attributs féminins. Son costume noir comme le sien moulait son corps d’une façon presque trop… trop. Si ce n’avait été du sang qui couvrait encore son magnifique visage et son air vraiment exténué, elle aurait sûrement été attirante. L’autre forme, celle-ci d’un homme, semblait remplir la pièce à elle seule. Gab Gov (surnom que tout le monde lui donne) se tenait assis contre le même mur que Karen, le dos bien droit. Lui aussi avait le visage plein de sang, mais pas seulement celui de ses victimes. Une énorme plaie ouverte, juste au-dessus de son œil, suintait du liquide vital. Lui aussi habillé de l’habit noir (mais pas aussi moulant fort heureusement), il aurait pu passer pour une armoire géante ou un énorme meuble si ce n’était de la lumière du simple feu de camp qui luisait dans toute la pièce. Il ne semblait pas fatigué le moins du monde mais, au fond, il l’était sûrement beaucoup plus que ses deux autres collègues. Regardant enfin vers lui, Karen laissa échapper quelques mots.

- Tu… en as mis… du temps pour… arriver ici, Olivier, haleta-t-elle. C’est pas parce que t’e…

Elle déglutit péniblement et reprit ses représailles.

- Que t’es le plus jeune que t’as le droit d’envoyer promener tout le monde ! Qu’est-ce qui t’a pris si long de toute façon ?

Devant le visage honnêtement courroucé et ensanglanté de Karen, Olivier eut de la peine à répondre.

- Il y avait une… femme en chemin et j’ai…

- Queoi? Encore ça?! Mais c’est quoi ton problème?, s’insurgea-t-elle en prenant des airs de quelqu’un qui serait sur le point d’enfoncer un crayon dans votre oreille. J’ai pas le temps d’attendre après quelqu’un qui est pas capable de prendre ses responsabilités! Si j’étais pas aussi épuisée j’te…

- C’est pas ça qu’il voulait dire, Karen, coupa Gab. Tu sais ben comment il est, t’as pas à l’insulter dans ses valeurs.

- Je… j’ai pas voulu…, s’essaya Olivier.

- Oh et commence pas à faire ton sensible ! recommença Karen. C’qui faut pas entendre des fois !

Visiblement satisfaite de son discours, elle se réaccota sur le mur en soupirant. Gab regarda Olivier avec un air désolé dans les yeux, comme s’il considérait que c’était de sa faute. Le temps passa tranquillement dans le silence après les remontrances de Karen. Même si elle ne le savait sûrement pas, ses derniers mots l’avaient touché beaucoup plus qu’elle ne l’aurait cru. « Ne fais pas ton sensible » qu’elle disait. Pourtant, un traumatisme restait un traumatisme, non ?

- C’est bien que le boss nous laisse prendre du repos ici, quand même, vous trouvez pas? lança Gab, coupant court aux idées sombres d’Olivier. Je dois avouer qu’on a quand même travaillé en fou pour y avoir droit hehe.

- On?! cria presque Karen. C’est moi qui fais toujours tout le travail et tu l’sais très bien, grand blond !

Le feu crépita bruyamment après ce qu’elle venait dire, la contredisant en quelque sorte. L’énergique jeune dame sembla le remarquer et sortit un « Umph ! » bien senti. Les deux autres rirent un bon coup pendant plusieurs secondes, ramenant un sourire sur tous les visages présents (sauf Karen qui se rembrunit encore plus). Après quelques secondes, elle passa du courroux à la mélancolie.

- Vous savez, j’ai encore de la misère à croire que je sois ici avec vous. Dire qu’avant j’étais… et bien… vous savez…

- Oups! lança Gab tout en donnant une claque amicale sur l’épaule de Karen pour l’encourager, ce qui faillit l’envoyer au sol par le fait même.

- Je retire ce que j’ai dit.

- Haha! rit Gab en se tenant le ventre d’une main. Ce qui ne faut pas entendre venant de toi !

Et ils continuèrent à rire et à parler de tout et de rien. Enfin une pause pour ceux qui n’en ont pas eu depuis de très longues et pénibles années. Chacun de ces trois personnages possédait une histoire bien à eux, leur histoire, leur passé, leurs souffrances et leurs rêves. Cela faisait maintenant deux ans qu’ils travaillaient ensemble, mais seulement cinq mois qu’ils se connaissaient vraiment. Au début, les relations avaient été très tendues pour des raisons qu’aucun des trois ne se permettaient de dire, même qu’ils se détestaient pour être ce qu’ils étaient, aussi simple que cela. Puis, le temps passa et, après plusieurs situations de vie ou de mort, les conversations commencèrent à s’alléger, à devenir de plus en plus agréables. Enfin, ils étaient tous ici maintenant, à se reposer. Pas parce que c’était nécessaire pour leur prochaine mission mais bien seulement pour se reposer.

C’est Lamart, le chef de l’organisation M.A.E., qui avait organisé ce petit séjour au fond d’un ancien entrepôt pour cargaisons navales. Lamart était un chef exigeant, dur et même cruel, mais il savait quand ses troupes étaient à bout et avaient besoin d’un peu de repos. C’est pourquoi le trio se retrouvait là, à partager quelques moments de paix. Les gardes dans l’entrepôt, quelque chose dont le leader de la résistance avait parfaitement connaissance, servaient principalement de « Surveille roche », autrement dit des gardes qui surveillaient l’immobile et l’inutile de bouger. Ceux-ci étaient surtout des bouche-trous dans l’armée occupante. Même si Lamart avait toujours su qu’ils étaient là, il n’avait rien dit à leur sujet à Olivier et aux autres. « Débrouillez-vous pour atteindre l’objectif », leur avait-il dit un peu avant de les envoyer, « Votre pause, votre place, votre responsabilité ». Bien sûr, les trois partenaires n’avaient pas exactement compris ce qu’il avait dit à ce moment-là. Ce fut d’autant plus une belle surprise pour eux une fois arrivés sur place. Quatre gardes en tout, maintenant tous morts, avaient occupés la place. Les effectifs du M.A.E. étaient d’autant plus chanceux d’être venus avec l’équipement minimum de l’organisation : une arme et l’habit noir.

L’arme, un simple pistolet 9mm pour la plupart des membres du M.A.E., était relativement inutile pour Olivier. Détenteur du 6S, le jeune agent pouvait se démener parfaitement lui-même. Sa capacité ? La pression par le toucher. Tout son corps pouvait ainsi exercer une pression d’intensité variable, le rendant capable de détruire ou déplacer à peu près n’importe quoi. Cela lui permettait aussi de se protéger des coups physiques, comme des balles ou un poing. Cette caractéristique, qui pourrait sembler très pratique, comportait en fait un inconvénient : seul ce qui entrait en contact avec sa peau directement serait affecté. Ainsi, s’il devait essayer de bloquer des balles de fusils avec le 6S, il se retrouverait nu comme un ver en un rien de temps puisque son linge était plus proche de sa peau que n’importe quelle menace extérieure (quelque chose que Karen se faisait un plaisir de lui rappeler). C’est ainsi qu’Olivier put survivre tant d’années par lui-même, au début, seul, dans la forêt ouest québécoise puis au sein de l’organisation révolutionnaire. Cela allant de soi, un autre de ses sens dut payer le prix. Son odorat disparut complètement quelques secondes seulement après l’apparition du sixième sens.

- Oh ! Vous vous rappelez la fois où on devait infiltrer la petite installation de soldats uniquement féminins?, lança Olivier après quelques rires étouffés. Gab s’est fait passer pour un Go Go-Boy pour pas qu’on se fasse voir! Il avait l’air tellement ridicule avec ses petites danses! Hahahaha!...

- Moi je trouve qu’il se débrouillait pas si mal que ça, répliqua Karen avec un petit clin d’œil en direction de Gab, qui rougit instantanément.

- On n’en parle plus, s’il vous plaît. Elles ont failli m’écorcher vif à force de me sauter dessus, se défendit le colosse.

Olivier se recroquevilla en position fœtale sur le sol, attaqué par un rire incessant. Les larmes aux yeux, Karen semblait sur le point de suivre le même chemin. Exemple même de l’impassibilité, Gab continua à regarder le feu en prenant grand soin d’ignorer les rires de ses deux comparses.

- C’est pas aussi pire que la fois où Karen a dû enlever sa combinaison en pleine mission à cause que le feu avait pris dessus. Se retrouver en sous-vêtements pendant cinq heures avec deux autres hommes dans les parages, ça devait être SI gênant!, enchaîna finalement Gab avec un ton moqueur sans pour autant arrêter de regarder le feu de camp.

Un magnifique coup de pied de la part de Karen atterrit directement dans les côtes du géant, lui rappelant à quel point exactement ça avait été gênant. Même si c’était Gab qui avait reçu le coup, Olivier semblait encore plus abîmé que lui. Il était de toute évidence sur le bord de mourir de rire, carrément. Le remarquant bien, les autres arrêtèrent de se chamailler pour se liguer contre le fou qui se roulait par terre. Se rapprochant un peu, Karen sortit, avec son ton le plus sarcastique possible :

- Une chance que c’est seulement nous qui avons eu des p’tites aventures, pas vrai ?

Comprenant l’allusion sur-le-champ, Olivier sembla se calmer légèrement.

- Non, tu vas pas parler de… ? , eut le temps de souffler le détenteur du 6S entre deux rires.

- Oh que si ! Vous vous rappelez très certainement de la fois où notre très cher Olivier s’est offert pour nous couvrir alors qu’une poignée de gardes nous tiraient dessus. Le pauvre ne savait même pas que l’on était juste à côté de la sortie ! Alors, dans toute sa splendeur, il s’est mis au milieu du corridor, a écarté les bras et, sans réfléchir le moins du monde, a libéré tout son 6S ! C’est un Olivier nu comme le jour de sa naissance que l’on a vu sortir dehors au pas de course, tentant tant bien que mal de cacher ses parties secrètes. Dommage qu’elles ne le soient plus maintenant, non ?

Complètement refroidi, Olivier tenta tant bien que mal de ne pas rougir après cette gifle verbale de la part de sa très chère amie, pendant que les autres riaient à leur tour du jeune homme désœuvré. C’est avec une atmosphère à peu près similaire que les dernières heures de leur pause se déroulèrent.

Chapitre deux


Un bon début…




Le feu commençait à diminuer, ramenant aux ténèbres leur droit dans la petite pièce. Se levant tranquillement, Karen se dirigea vers la sortie, faisant signe aux autres de la suivre. Il était grand temps de rentrer, ne sachant pas quand d’autres soldats pourraient débarquer dans la place. La suivant aux pas, les deux hommes restèrent silencieux, ne sachant plus que dire après leur longue conversation.

Le silence n’était pas désagréable en soi, même plutôt réconfortant, laissant chacun dans leurs pensées individuelles par rapport à leur passé et même leur futur. Ils réenfilèrent le masque de leur costume, cachant ainsi leur visage un peu comme le silence cachait leurs pensées. Pendant leur marche à travers les dédales de couloir qu’Olivier avait emprunté plus tôt, ils rencontrèrent les mêmes objets et divers immondices qui jonchaient au sol, apportant son lot d’idées noires à qui y prêteraient trop d’attention.

Tournant à droite à la même intersection qu’Olivier avait dû emprunter, ils arrivèrent face à face avec le corps de la femme que l’agent avait éliminé quelques heures plus tôt. Le sang tapissait toujours les murs, maintenant froid. Les rats n’avaient toujours pas commencé à dévorer le corps de la dame, mais ça ne saurait tarder. Malgré ce fait, personne ne se donna la peine d’emporter le cadavre pour l’enterrer quelque part à l’extérieur, c’était un ennemi après tout… Olivier y pensa tout de même avec une ineffaçable sensation de culpabilité. Ce n’était pas la première femme qu’il tuait... loin de là... Mais c’était une des choses de la vie à lesquelles il ne s’habituerait jamais et ne voulait surtout pas s’habituer. Depuis qu’il avait... non, il préférait ne pas y penser.

Après cette macabre rencontre, ils arrivèrent rapidement dans un couloir sans toit qui débouchait sur l’une des entrées principales de l’établissement. La pièce aurait été complètement plongée dans les ténèbres si ce n’était de la faible lumière luisant au travers des battants de l’énorme porte, éclairant faiblement l’immense entrepôt dans lequel ils se trouvaient maintenant. Plusieurs rails et cargos remplissaient la pièce, le tout dans un désordre exemplaire. La plupart des cargos, empilés les uns sur les autres, semblaient sur le point de tomber (ce qui n’arriva pas miraculeusement).

Pointant au-dessus d’une pile de cargos près du mur où se trouvait la porte, Olivier expliqua que c’était par-là qu’il était rentré dans l’établissement. Une partie du mur, déchirée par nul ne sait quoi, faisait office de trou assez grand pour laisser passer une voiture au travers. Par-delà ce trou, l’on pouvait voir le ciel étoilé de nuit avec la luminosité des lampadaires comme avant-plan. Un air frais d’été rentrait doucement dans la pièce, amenant les odeurs beaucoup moins agréables d’anciens restes de poissons maintenant morts depuis des lustres. Une chance pour Olivier qu’il ne pouvait pas les sentir.

- J’aime ben quand l’ciel est dégagé comme ça, soupira Gab alors que son regard était perdu vers l’extérieur. Ça me rappelle le bon vieux temps.

- J’aime ben quand l’ciel est dégagé comme ça, répéta Karen en se retournant vers Gab avec un air impatient. Le vieux dit des trucs bizarres et on peut presque voir sa calvitie commencer.

- T’es un amour, Karen.

- Je sais.

- On peut y aller? Gab prend tout le corridor, y’a pas assez de place pour que j’puisse passer!, s’insurgea Olivier en faisant de grands gestes derrière le mur de sang et de muscles.

- Ah!, désolé, s’excusa ce dernier en reprenant le pas vers la pile de vieux containers.

- Les dames d’abord, s’invita elle-même Karen en commençant l’ascension de l’énorme empilage.

- Les harpies ça compte pas, maugréa Olivier pour lui seul.

Restant toujours en tête, Karen prit l’initiative de monter l’amoncellement en vitesse. Le trou étant à environ 13 mètres, l’escalade ne pourrait se révéler facile, considérant l’équilibre précaire des cargos ainsi que leur hauteur, environnant celle de Gab (2.4 mètres). Ce « petit » détail ne sembla pas la déranger le moins du monde pour autant. Usant de toute sa grâce et de son agilité, elle gravit les plusieurs étages en un rien de temps, faisant preuve de maintes et maintes prouesses gymnastiques. Dans un dernier saut, elle atteignit le trou en question, se retourna vers les autres et, avec sa fougue habituelle, leur lança une invitation à la suivre (du genre : « Me dites pas que vous êtes plus lent qu’une fille ? »). Gab, qui était toujours prêt à relever un défi de Karen, s’élança dans les hauteurs à la vitesse de la foudre… une foudre d‘une centaine de kilos. Olivier, lui, ne se pressa pas plus que nécessaire, n’ayant ni la force physique ou l’agilité de ses deux comparses.

Arrivé à près de 7 mètres de hauteur et autant de minutes, il pouvait toujours entendre Gab et Karen se disputer à savoir qui était monté le plus vite. Se désintéressant rapidement de ce spectacle quotidien, il continua son ascension sans plus n’y faire attention. Les containers sur lesquels il montait étaient si vieux que la rouille elle-même semblait rouiller. De plusieurs couleurs, ces cargos devaient avoir eu une signification bien importante il y a de cela des années mais, maintenant, plus personne ne les utiliserait pour les même raisons. Qui sait ce qu’il pouvait y avoir à l’intérieur de ces vestiges du passé ?

Alors qu’Olivier s’abandonnait à ses idées mélancoliques, sans plus prendre de précautions quant à son ascension, le cargo qu’il s’apprêtait à gravir lui bondit violemment au visage, le bousculant dans le vide avec deux autres cargos au-dessus. Une chute de cette hauteur ne serait certainement pas mortelle et ce n’est-ce pas qui inquiéta le plus Olivier sur le coup. C’était plutôt l’énorme boîte (enfin elle lui semblait énorme vu de dessous) qui chutait sur lui qui risquait de lui coûter cher.

Même s’il s’était fait surprendre sur le coup (qui ne l’aurait pas été?), Olivier restait un agent entraîné, autant par l’agence que par sa propre vie de solitaire, à garder son sang-froid dans toute situation de détresse, ce qu’il fit. Écartant les bras, les pointant sur le sol et vers le container, il libéra son 6S. Au moment où sa main entra en contact avec le sol, l’impression d’un éclair invisible se fit encore sentir mais cette fois-ci, ce fut le bruit du béton qui craquait et non d’un crâne qui retentit. Se fissurant sur une grande surface, le plancher se renfonça là où la main d’Olivier était entrée en contact. Comme si ce n’était toujours pas assez, le cargo percuta le mur de pression qu’exerçait l’autre main de l’agent, produisant encore une fois l’éclair invisible. Écartant cette dernière main comme s’il voulait déplacer un fil qui pendait, il envoya valser l’énorme container plus loin dans le décor, faisant voler en éclats une autre partie du plancher sous l’énorme poids du cargo et de son contenu, éparpillant mille résidus et poussières dans le doux air de la nuit. L’autre cargo qui, lui, n’était pas tombé en direction d’Olivier s’écrasa aussi sur le sol, détruisant cette fois-ci une partie du mur avec le plancher, créant par le fait même encore plus de poussière qui combla complètement l’immense salle.

La lumière qui luisait par-delà les battants de la porte, qui auparavant aidait à y voir plus clair, rendait maintenant à la poussière une certaine opacité qui empêchait d’y voir quoi que ce soit. Olivier, qui se remettait tranquillement sur ses pieds tout en enlevant un peu de gravats de son habit, le remarqua bien. Ne voyant que très légèrement le trou dans le mur plus haut, il voyait ses possibilités très limitées. En fait, il ne voyait plus rien puisque ouvrir ses yeux revenait à se prendre un plein carré de sable entre les paupières. Pour couronner le tout, les manches de son habit étaient complètement détruites, déchirées et éparpillées sur le sol, inutilisables.

- Ohé!, en bas, ça va ?

C’était Gab. Apparemment, il avait signé une trêve avec Karen le temps de s’assurer de l’état de santé d’Olivier.

- Bouges pas, je peux te voir d’ici, j’viens te chercher !

Sautant du haut de son perchoir, il atterrit sur le container qui avait sauvagement attaqué le pauvre détenteur du 6S, une chose que le géant humain ne savait pas. Alors qu’il atterrissait sans douceur sur le cargo à l’équilibre précaire, Karen s’assit sur le rebord du trou qui, en épaisseur, devait faire un bon trente centimètres (soit celle du mur). Elle ne semblait pas préoccupée le moins du monde par le sort d’Olivier, d’autant qu’elle savait qu’il était plus apte à se sortir de n’importe quelle situation par lui-même que n’importe qui d’autre sur cette planète.

Toujours sur le container, Gab cherchait ce dernier du regard, l’appelant au travers du brouillard poussiéreux. Même si à 13 mètres de haut, il avait pu voir Olivier, 7 mètres était maintenant trop bas pour voir ne serait-ce que le prochain cargo. La densité de ce brouillard était telle qu’à coup sûr, n’importe quel être vivant ne s’en serait sorti sans de graves problèmes respiratoires. Gab se trouva fichtrement chanceux pour eux deux que l’agence fournissait un masque intégré au costume, évitant ainsi la suffocation. Si seulement elle était venue avec des lunettes de vision thermique! Mais là, c’était rêver en couleurs.

Gab se rendit bien vite compte que la poussière ne se dissiperait pas avant longtemps, tant il y en avait. Faisant part de cette constatation avec Olivier qui attendait toujours quelque part en bas, les deux s’accordèrent quand même pour attendre un peu, ne serait-ce que pour laisser le temps au brouillard de se dissiper suffisamment pour voir le haut et le bas du même cargo. L’attente ne fut pas longue que cela arriva.

Du haut de sa « tour », Gab ne sut jamais ce qui lui arriva, Olivier ayant omis de lui parler du cargo agressif. Alors que le grand blond, assis en tailleur sur la boîte, attendait, son siège fit un bond dans les airs, surprenant Gab autant par la soudaineté de cette réaction que par le son tout droit sorti de l’enfer qui l’accompagna. Un grognement, à la fois puissant comme un hurlement et perçant comme un cri, retentit dans l’immense pièce, se répercutant sur tous les obstacles qui s’y trouvaient.

Le silence n’eut nullement le temps de s’installer puisque le cargo hurleur, qui avait sauté de quelques centimètres, retombait maintenant sur ses autres semblables. Le mince équilibre qui les tenait tous un par-dessus les autres se brisa instantanément, provoquant la chute de trois autres containers. L’impact au sol fut encore une fois incroyablement violent. Encore plus de résidus et poussières se répandirent dans l’air déjà saturé, brouillant ainsi complètement la vue, même pour Karen. C’était comme se retrouver dans un univers entièrement constitué de beige orangé, le reste n’étant qu’un souvenir. Gab se retrouvait, tout comme Olivier, dans ce nouvel univers, perdu et sans aucun moyen de s’orienter. Contrairement à Olivier cependant, le géant aux cheveux blonds ne possédait rien pour ralentir sa chute, qui dût être effroyablement douloureuse.

Alors que le jeune agent appelait son ami dans l’opacité constante de l’air, le grognement précédemment entendu retentit une nouvelle fois, cette fois encore plus fort et haut perché, rapidement suivi d’un tambourinage infernal. Il semblait que la chose qui se trouvait à l’intérieur voulait sortir, frappant sans interruptions les pans du container. Alors qu’Olivier appelait Gab afin de s’assurer, à son tour, de son état de santé, le bruit de métal fissuré se fit entendre à travers l’épais voile de poussière. Le grognement, encore une fois, emplit la pièce, avec une légère différence. L’on aurait maintenant dit une plainte, mêlée à une sorte de soupir de joie.

Peu importe ce qui se trouvait dans l’entrepôt, c’était définitivement quelque chose de dangereux pour avoir brisé le cargo (enfin, c’est ce qu’Olivier présumera sur le coup). Il n’eut pas le temps de bouger un muscle qu’une énorme masse passa tout près de lui à une vitesse ahurissante. Déplaçant énormément d’air et ainsi une grande quantité de poussière, la forme qui venait de dépasser l’agent lui permit de prendre un bref aperçu de son apparence. Cette chose se déplaçait indéniablement sur deux pattes, un peu comme un humain. Le cuir semblable à celui d’un bœuf qui recouvrait son corps, une tête à la forme canine sans oreilles, une musculature qui en imposait par son omniprésence ainsi que des pattes avant qui aurait pu rivaliser avec celles d’un ours rendaient à ce monstre (car c’en était bien un) une apparence horrifique. Malgré ce lot de détails, ce fut tout ce que le témoin eut le temps d’apercevoir, l’épaisse brume beige orangé reprenant ses droits. Mais ce fut suffisant pour mettre la santé mentale d’Olivier à rude épreuve.

- Bon sens! Qu’est-ce qui se passe en bas? Gab, t’es là?, hurla Karen du haut de son refuge.

Karen, bien sûr! À une telle hauteur, elle pourrait sûrement lui donner quelques détails supplémentaires quant à la situation.

- Karen!, hurla à son tour Olivier. Tu vois quelque chose d’en haut? Ici c’est le noir total, y’a pas moyen de voir quoi que ce soit et y’a un truc pas net qui a sorti du cargo.

Comme si parler d’elle l’avait ramenée à la réalité, la créature bondit encore une fois en direction d’Olivier. Cependant, il n’était pas du genre à se faire avoir deux fois par le même piège. Ignorant ce que Karen aurait bien pu lui répondre, il plongea lui-même vers le son que produisaient les lourds pas du monstre, armant son bras afin d’asséner le coup de poing le plus violent que cette créature aurait la malchance de recevoir. Libérant le 6S, il balança son bras par en avant, visant la créature, peu importe où, l’impact qui en résulterait étant suffisant pour la mettre hors d’état de nuire. Malheureusement pour lui, le fait de ne rien voir doublé par celui de la vitesse phénoménale de sa cible fit tourner sa chance. Ce fut la créature qui lui asséna un incroyable direct dans l’estomac, l’envoyant valser dans les airs.

Un coup de poing ne pouvait, disait-on, faire lever quelqu’un du sol, la puissance nécessaire étant de loin trop immense pour un être vivant. Pourtant, Olivier venait de servir de cobaye pour prouver le contraire. Il n’aurait pu dire à quelle vitesse il avait décollé du sol, ni comment il avait fait pour ne pas se sectionner un deux après un tel coup mais, il aurait pu en dire long sur la souffrance qu’il ressentit.

Le souffle coupé, les yeux révulsés et du sang coulant de sa bouche, il serait certainement mort de l’impact avec une des poutres de soutien de l’entrepôt si ce n’était de son bras toujours armé du 6S qui prit tout le choc. Malgré ce fait, il atterrit lourdement avec ses genoux sur le solide plancher de béton après sa chute de quelques mètres, lui arrachant un horrible cri de douleur. « J’ai… survécu ? », pensa-t-il avec surprise tout en s’écroulant sur le sol sans parvenir à atténuer la douleur. Une chose le dérangeait grandement cependant, mis à part le fait qu’il souffre le martyr : comment diable cette chose survivait-elle dans une telle épaisseur de poussière et de gravats sans mourir de suffocation comme n’importe quel être vivant ? Quelque chose n’allait pas, rien de tout ça ne devrait pouvoir arriver, tout cela semblait si irréel…

Son esprit brouillé par la misère et la douleur, il n’entendait plus que légèrement la voix maintenant paniquée de Karen du haut du trou dans le mur. Elle hurlait… : « Olivier ? Gab ? C’était quoi ce bruit ? Qu’est ce qui se passe en bas ? J’ai entendu un bruit, ça va ? Et puis c’était quoi le grognement ? Gab ? Olivier ? Répondez bon sens ! J’peux pas vous voir bordel, faites un signe, quelque chose. Les gars ! ». Olivier n’aurait pu le dire mais, Karen avait sorti son pistolet gros calibre unique au monde de son étui, le gardant en joue, pointé vers l’immense brume beige orangée.

Toujours étendu sur le sol, Olivier tentait tant bien que mal de récupérer de son effroyable calvaire tout en perdant de plus en plus de sang. Son costume était déchiré à de nombreux endroits, notamment le dos et le thorax d’où du sang coulait abondamment mais, rien au niveau du masque. Heureusement pour lui car s’il avait dû le perdre, il serait mort rapidement sans pouvoir faire quoi que ce soit.

Il tenta de se relever mais sans grand succès, ses bras lâchant sous le poids de son propre corps avant même de s’être levé de quelques centimètres. Ce fut la tête collée sur le plancher qu’il le vit arriver au travers de la brume. Il ne vit pas tout le corps cependant, seulement la tête qui, étrangement, n’était pas entourée de la maintenant mille fois maudite poussière.

Il se rapprochait lentement, s’humectant déjà les lèvres comme le ferait un fauve devant une proie à sa merci. Ses paupières complètement noires fermées, la créature se dirigeait visiblement à l’aide de son odorat, suivant la délicieuse odeur de sang qui entourait Olivier. Alors qu’il se penchait lentement devant le visage de la pauvre victime qu’était Olivier, l’espèce de voile qui empêchait la poussière d’agresser la tête du monstre se répandit sur tout son corps, donnant enfin à l’agent du M.A.E. une vue plus que claire sur celui-ci.

La créature qui semblait auparavant si imposante amenait maintenant une certaine pitié. Sa musculature qui avait tant paru gigantesque se réduisait en fait au terme « la peau sur les os ». À plusieurs endroits sur le corps rachitique du monstre manquaient des pans entiers de cuir, laissant la chair à vif et victime des caprices de la poussière dans l’air, ce qui devait le faire souffrir par-delà les mots. Sa silhouette qui avait paru presque humaine la première fois qu’Olivier l’avait vu disparaissait au profit d’une allure beaucoup plus bestiale. La chose possédait un corps qui s’apparentait à celui d’un chien. Des membres qui faisaient penser à ceux d’un gorille (pour ce qui était de la taille du moins) se finissaient par des pattes touffues de poils sans griffes ou ongles de n’importe quelle sorte. Une longue queue qui rappelait celle d’un cheval pendait mollement au-dessus de son postérieur, n’ayant apparemment aucune utilité. Enfin venait la tête : celle d’un loup déformé par la famine et le cuir. Les paupières noires fermées ressemblaient tant à de grands yeux aux allures agressives que quelqu’un aurait pu s’en tenir là sans penser que ce n’étaient que des paupières. D’énormes canines garnissaient la gueule grande ouverte du monstre qui se tenait maintenant en face-à-face avec Olivier. Certaines manquaient mais, il en restait plus que suffisamment pour broyer les muscles et les os du détenteur du 6S.

Toujours planté sur le sol sans pouvoir bouger, Olivier voyait sa fin arriver, il ne voyait plus que ça. Il avait déjà tenté de trouver diverses solutions à son problème, sans succès. Seulement deux choix avaient eu plus de bon sens mais, les deux revenaient au même : soit il libérait le 6S (en assumant qu’il en soit encore capable) pour se protéger du monstre pour ensuite mourir de suffocation puisque son costume au complet y passerait, soit il attendait patiemment qu’il se fasse manger comme un vulgaire sac de viande. Il n’avait plus rien à faire, son temps était compté. Et dire qu’il n’avait toujours pas pu se racheter pour tout ce qu’il avait fait, quitter le monde ainsi n’étant nullement un moyen. Oh, mais au fond, peut-être que c’était là une bonne chose pour lui que de quitter ce monde. Et pourtant, sous son masque, Olivier versa une seule et unique larme alors que la créature se préparait à prendre la première des longues bouchées à venir.

Le sang recouvrit rapidement le béton.

Chapitre Trois


Pour une fois…





- Ouch!

Olivier se réveilla en se tenant les côtes à deux mains, essayant tant bien que mal d’atténuer la douleur. Ce fut la première chose à laquelle il pensa en sortant enfin de son sommeil… un sommeil qui aurait dû être éternel maintenant qu’il y réfléchissait. Il essaya de se relever, sans pour autant réussir. Cherchant à tâtons quelque chose pour l’aider à se remettre debout, il trouva seulement quelque chose d’étrangement chaud et mou.

- T’as cinq secondes pour enlever ta main d’là si tu veux pas la perdre.

Reconnaissant la voix de Karen, Olivier se força à ouvrir les yeux pour voir ce qu’il se passait. Malgré la douleur quasi insoutenable qui le tenaillait, il ne put s’empêcher de reculer de quelques centimètres en rampant. Ce qu’il avait vu et surtout ce qu’il avait touché risquait de lui coûter la vie.

- J’peux ben comprendre que tu voyais rien mais, si tu m’touches encore un sein, j’te flingue sur-le-champ, expliqua lentement la jeune femme du ton le plus sadique qu’Olivier avait pu entendre dans sa vie.

- Je…argh! … désolé… voulais pas… erf… désolé… désolé!

Karen se tenait assise contre un mur, à l’extérieur du bâtiment dans lequel ils se trouvaient quelques instants plus tôt. Elle devait l’avoir couchée à côté d’elle pour pouvoir le surveiller. Et il lui avait… ah! L’horreur.

Le sol, de l’asphalte tout fissuré, était froid et rugueux au toucher. Un peu plus haut, le long du mur, il put voir le trou par lequel il était entré. De la poussière en sortait encore, une sorte de poussière qu’Olivier n’oublierait pas de sitôt après ce qui s’était passé à l’intérieur… Ce qui s’était passé…

- Karen, trêve! À l’intér…

Il reprit son souffle avec une grimace de douleur. Ses côtes lui faisaient un mal de chien.

- À l’intérieur, qu’est ce qui s’est passé? Je me rappelle m’être fait envoyer valser dans les airs par un… truc et apr… après… Gab…

- Juste avant que la... chose qui t’attaquait puisse te mordre un poil, j’ai eu l’occasion d’la voir à travers la brume. J’sais pas pourquoi c’est arrivé mais j’ai pas attendu. Sa tête a éclaté avec juste une balle.

Elle prit une pause pour savourer sa propre victoire, mais elle continua d’expliquer en voyant l’expression inquiète que gardait Olivier.

- Vu que rester en haut dans l’trou aurait pas donné grand-chose, j’suis descendue pour te donner un coup de main. En même temps, j’me faisais un sang d’encre pour Gab mais, j’savais pas où l’trouvé faque, j’ai commencé par toi. C’est quand même une bonne chose que t’ailles laissé ton grappin en haut dans l’trou sinon, j’aurais eu du mal à redescendre. Par contre, tu f’rais mieux d’en choisir un meilleur, la corde est ben trop usée pour encore être sécuritaire. De toute façon, j’t’ai tiré jusqu’à la porte principale du hangar, une autre chose que j’ai pris soin de repérer avant de descendre! Finalement, j’ai flingué un trou dans la porte pour pouvoir sortir, comme tu peux le voir là-bas.

Elle pointa la cavité qui se trouvait à quelques centimètres près du milieu de l’immense porte et d’où sortait aussi de la poussière orangée. Cela revenait effectivement à être une des nombreuses choses que Karen pouvait faire avec son pistolet. Celle-ci reprit sa narration sans même gratifier d’un regard son œuvre.

- Après ça j’t’ai couché sur le sol et j’suis retournée à l’intérieur pour...

- T’as pas essayé de… soigner mes bless…blessures ou au moins les vérifier?

- T’en vaux pas la peine, répliqua-t-elle avec son usuel sourire qui vous ferme le clapet. Bon, comme je disais, j’suis retournée à l’intérieur pour commencer les recherches de Gab. J’ai pas eu le temps de m’rendre jusqu‘à porte qu’y me sortait dans face. La plaie qu’y’avait sur le front s’était rouverte pi ça saignait encore plus qu’avant. Mais y’avait pas juste ça : son bras gauche était… disons… plié dans l’mauvais sens. Enfin, y m’a dit : « J’dois arranger ça, prends soin d’Olivier s’il te plaît, y doit être mal au point lui aussi. Et non, j’veux pas de ton aide… j’préfère être seul quand j’vais le faire, merci. » avec son air de vieux qu’il prend quand il est sérieux. Puis, il est parti vers le fond de cette rue pi je’l’ai pas revu.

- Comb… ien de temps?

- Je dirais un bon 2 heures vu qu’le soleil se lève maintenant. Ah! oui, maintenant que j’y pense, c’est après qu’il soit parti que j’t’ai arrangé le portrait un peu. C’est vrai que t’étais salement amoché mais, rien que j’puisse pas réparer. J’ai pris c’qui était pas détruit du haut de ton costume pour faire quelques pansements. Y’en restait pas beaucoup en passant.

- Donc, si j’comprends, t’aurais rien fait si Gab te l’avait pas dit?

Sa première phrase complète depuis le début de la conversation. Décidément, il allait de mieux en mieux!

- Ouep!, ça ressemble à ça. Disons que puisque tu m’as touchée, on est à égalité, d’accord?

Son pistolet se tenait prêt et armé dans la main de Karen.

- Oui, oui, bien sûr!

En fait, il s’en tirait plutôt bien qu’elle considère qu’ils étaient à égalité.

- Mais…, reprit-il. On fait quoi pour Gab?

- Et bien, on pourr…

- Pas besoin, j’ai fini.

C’était Gab. Il se tenait là, juste au-dessus d’Olivier qui était resté sur le dos depuis le début. Un bandeau lui entourait le front, sûrement fait à partir de son propre linge. Son bras semblait être dans le bon sens aussi, ce qui voulait dire qu’il avait réglé tous ses problèmes. Cependant, c’était assez étrange de le voir débarquer comme ça de nulle part, mais ce l’était encore plus en apercevant les traits qui marquaient son visage. Il souffrait visiblement et c’était là une chose que ni Karen ou Olivier ou qui que ce soit d’autre n’avait pu voir très fréquemment. Néanmoins, il arborait son éternel sourire serein, comme si rien n’allait de travers.

- C’tait temps!, s’exclama Karen en se levant d’un bon. On va pouvoir y aller maintenant… tu vas ben toujours?

Elle était réellement inquiète. Il y avait cette relation entre elle et Gab, une relation plus forte encore que celle que partagent des amis. Ce n’était pourtant pas quelque chose de romantique, cela ressemblait plus à une relation grand frère-sœur ou à père-fille, quelque chose qui transcende même les liens de sang.

- Mouais, j’ai djà été mieux, mais j’devrais être bon pour marcher jusqu’à la base, lui répondit-il en massant son bras gauche au niveau du coude.

- Minute!, intervint à son tour Olivier. Y’a un truc que j’veux faire avant. Vous l’avez peut-être pas vu mais, la chose qui m’a attaqué, il faut que j’aille vérifier c’était quoi.

- Et comment tu veux faire ça, champion?, répliqua Karen. La poussière sature complètement l’air et y’a pas moyen de voir à deux pas devant soi!

- Saturait, corrigea Olivier en levant lentement son doigt vers le trou béant dans le mur, treize mètres plus haut.

Le filet de poussière qui en sortait maintenant était minuscule comparé au flot qu’il était quelques instants plus tôt. Maintenant, l’on aurait dit de la fumée qui en sortait... même que cela avait paru être de la fumée bien avant.

- Bon, d’accord, on y va.

- On ferait mieux de s’dépêcher, la relève de jour devrait arriver bientôt vu que le soleil se lève, notifia Gab. J’aimerais ben la voir cette chose dont tu parles de toute façon alors, allons-y.

- Grand blond a raison, embraye Olivier.

Jugeant inutile de répondre à cet ordre plutôt brusque, Olivier décida d’obtempérer. Cependant, même s’il était maintenant capable de parler sans s’arrêter, se lever du sol était un acte d’un calibre beaucoup plus élevé. Malgré la douleur, il se mit lentement debout sur ses pieds, les jambes flageolantes. Avec un immense soupir et la grimace qui allait avec, il se mit à marcher vers l’entrée qu’avait ouverte Karen en titubant un peu. Malgré ce qu’elle venait de dire, Karen suivit docilement Olivier, Gab sur les talons, sans le brusquer.

Arrivés à l’intérieur, les trois compagnons purent apercevoir par eux-mêmes l’incroyable différence qu’il y avait entre le moment où ils étaient tous entrés dans la pièce la première fois et maintenant. Là où les cargos s’empilaient dans une choquante instabilité plus tôt, où tout s’amoncelait chaotiquement, où le moindre recoin semblait voué à l’oubli, les choses avaient empiré. Le plancher de béton, fissuré à plus d’un endroit, craquelait le sol, le rendant presque impraticable quelques fois. Là où les cargos étaient tombés, ce n’était pas mieux. Profondément défoncée, la étrangement mince (seulement quatre centimètres au plus) couche de béton semblait aspirer les cargos vers des profondeurs inconnues. La poussière qui un peu plus tôt remplissait la salle se limitait maintenant à un mince « nuage » au-dessus de la tête des agents, presque complètement dissipé. L’on aurait vraiment dit de la fumée tellement cette poussière était condensée.

Un peu plus loin, près d’une des poutres de soutien, se trouvait une immense flaque de sang. D’une couleur étrangement claire, presque transparente, elle s’étendait dans un rayon de plus d’un mètre autour de la chose. Des morceaux de cerveau et plusieurs fragments de crâne parsemaient le sol, preuves irréfutables de la mort de la créature. Malgré cela, Olivier restait légèrement effrayé à l’idée de l’approcher. Le simple fait de repenser qu’il avait failli se faire manger par une si étrange créature lui retournait l’estomac, mais il décida quand même de l’analyser de plus près : ce genre de monstre ne devait pas rester inconnu aux yeux de l’agence, surtout s’il y en avait d’autres quelque part dans le monde.

Karen, qui observait les alentours à la recherche d’une menace potentielle, siffla avec admiration quand ses yeux se fixèrent sur la poutre de soutien au-dessus du cadavre

- J’savais que ton truc… errrrr… le 6S c’est ça? Ben, j’savais que c’était dangereux mais, de là à faire ÇA

Gab et l’apostrophé levèrent les yeux vers ce que regardait Karen. Effectivement, c’était assez spectaculaire. Une bonne partie de la poutre manquait à l’appel, à quelques mètres du sol. Le fossé qui s’y était creusé prenait presque la totale largeur de la poutre, amenant bien des questions quant à savoir pourquoi elle tenait encore debout. Si elle était venue à tomber, le toit aurait succombé sous son propre poids, ce qui aurait enseveli Olivier qui se trouvait en dessous quelques instants plus tôt

- Nah, c’est normal, rien d’extraordinaire en ce qui me concerne, se vanta ce dernier sans pour autant faire une quelconque gestuelle

- Non pas que je ne pourrais le faire aussi, rien d’extraordinaire en ce qui me concerne non plus, tenta Karen, amenant l’indifférence totale d’Olivier et le faible rire moqueur de Gab

Déjà penché au-dessus de la carcasse, les pieds dans le sang, le détenteur du 6S s’adonnait à une minutieuse observation. Décidément, ce truc était vraiment amoché, avant comme après l’impact de la balle. Là où le cuir de la bête manquait, les muscles étaient parfaitement visibles. Même que, à quelques endroits, un os faisait une brève apparition. D’abord hésitant, il réussit à se convaincre de toucher la peau du monstre. Comme il s’y attendait, la texture était bien celle du cuir, rien de surprenant là, mais il y avait quelque chose d’étrange. Ce n’était pas le cuir qui lui donnait cette impression mais quelque chose d’autre, c’était comme si un courant d’air sortait à travers les ligaments. Voilà peut-être la cause et le pourquoi qu’elle ne pouvait mourir étouffée par la poussière : le courant d’air qui sortait d’elle devait la protéger de ce... désagrément. Décidément, elle était équipée pour survivre dans un tel environ-nement.

« Mais comment ça se fait que cette... chose se trouve là… et pendant combien de temps a-t-elle traîné dans ce container? », se demanda Olivier avant de se relever lentement. « Pour être amoché comme ça, il faudrait soit se faire solidement déverrouiller... ou encore des années d’isolement... »

Les côtes toujours en feu, il retourna auprès des deux autres qui l’attendaient. Karen semblait déjà prête à partir mais Gab était complètement médusé. Il souffla tout bas :

- C’est quoi cette merde…?

Il avait chuté du haut des containers plus tôt sans pouvoir apercevoir la créature ne serait-ce qu’un instant. Non seulement cela mais il était probablement tombé inconscient pendant la majeure partie du combat puisqu’il n’avait répondu à aucun appel. Ce devait être vraiment surprenant de voir une telle chose si nettement pour la première fois (Olivier en savait quelque chose).

- J’sais pas Gab, j’sais vraiment pas.

- Fin de la visite, assez de sang pour aujourd’hui et la prochaine décennie à venir pour moi, on retourne à la base messieurs! s’exclama Karen tout en poussant Gab vers la sortie, Olivier suivant de près.

Sur ce, ils partirent enfin pour le centre de l’organisation M.A.E., appelé le Nid, plus loin à l’ouest, dans le coin de feu le château Frontenac.

Chapitre Quatre


Tu es le prochain





Cela faisait des heures qu’il le cherchait dans les dédales de la base du M.A.E., sans pour autant avoir beaucoup de résultats. À l’intérieur des ruines du château Frontenac, les salles étaient nombreuses, à l’opposé des chances de se retrouver. Des heures qu’il marchait, toujours juste pour le trouver. Il avait déjà pu rencontrer tous les autres résidents de la base, mais aucun d’entre eux n’était le bon. S’il ne se dépêchait pas, la surprise qu’il avait tant mis de temps à mettre au point serait gâchée… impardonnable! Il n’avait pas vraiment le choix, il allait juste devoir chercher encore plus longtemps…

Tandis qu’il se répétait la même phrase encore et encore dans la tête, il continua à explorer les ruines, repassant même à des endroits qu’il avait déjà vus plusieurs fois. À quelques endroits, un trou paraissait dans le toit au-dessus de certains corridors, la lumière du jour illuminant une petite partie de l’établissement qui, pourtant, ne demandait qu’à rester dans le noir. Des dizaines et des dizaines de portes s’alignaient le long des murs, certaines conduisant vers une chambre, d’autres vers une chambre… un étage en dessous. Comme quoi le toit ne pouvait manquer à l’appel sans une part équivalente de plancher. Un vrai fromage suisse.

Il ouvrit une autre des nombreuses portes, espérant comme toujours le trouver. Malheureusement pour lui, une forte détermi-nation n’était pas toujours assez. Devant lui se trouvait un trou (encore), une autre cavité dans un plancher déjà assez détruit comme il l’était. Refermant la porte avec un soupir, il se dirigea vers la prochaine, le désespoir au cœur.

Cela faisait quoi, trois mois? Trois mois qu’il préparait ce coup, observant l’occasion idéale de le mettre en application. Bien sûr, il aurait peut-être dû essayer de trouver sa chambre avant de tout mettre en marche. Enfin bon, ce n’était pas comme si cela allait changer quoi que ce soit maintenant. C’est ce qu’il se dit avant d’ouvrir la porte. Son opinion changea assez rapidement une fois qu’il vit la salle vide. Bon sens, il aurait dû vérifier!

Soupirant de plus belle, il se remit à la recherche de la bonne chambre. Les riches tapisseries qui couvraient les murs, presque entièrement déchirées, ne réussissaient nullement à lui remonter le moral. Si seulement il pouvait y avoir des flèches qui pointaient la direction de sa chambre au lieu de ces figures riches et snobes sur les tapisseries, les choses auraient été tellement plus faciles! Le simple fait d’y penser lui donna le goût de dessiner une carte au fur et à mesure qu’il avançait dans les dédales (une autre bonne idée!). Sans plus vraiment réfléchir, il ouvrit une autre porte.

Il n’entra pas dans la pièce, pas plus qu’il ne se permit de respirer. Il était là, couché sur le lit au fond de la chambre. Le dos tourné, il ne semblait pas l’avoir remarqué, ce qui voulait sûrement dire qu’il dormait.

Le simple fait qu’il dorme en plein jour prouvait que c’était la personne qu’il cherchait. Les agents du M.A.E., membres de l’agence secrète qui prônait la liberté de la Landriqueza au prix de leur vie si nécessaire, travaillaient de nuit. Cependant, seul Lamart, le chef de l’agence, aurait pu se permettre de dormir pendant les dernières heures de l’après-midi sans se faire déranger (il tenait ces informations de ceux qu’il avait rencontrés plus tôt).


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