Excerpt for L’Intime des sens féminins by Philippe Jaroussault, available in its entirety at Smashwords


Philippe Jaroussault






Dans la série romanesque Marilem




L’Intime des

sens féminins



roman

















Éditions Dédicaces


L’Intime des sens féminins


© Copyright - tous droits réservés à Philippe Jaroussault

Toute reproduction, distribution et vente interdites

sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.


Couverture : © Piotr Kozikowski

Newmarket, Canada



Philippe Jaroussault est comédien, chanteur du répertoire classique, et professeur des littératures françaises. Il est l’auteur de la série romanesque Marilem.


La série romanesque Marilem contient les quatre titres suivants :

- Fille des pures consciences, chez Mon Petit Éditeur (France).

- L’intime des sens féminins, aux Éditions Dédicaces (Québec, Canada).

- L’enfance sans alibi.

- Diaule des amants musiciens.


Du même auteur :

Dans la série Mythes et Histoires : Les montréales de ma psyché





Dépôt légal :

Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Un exemplaire de cet ouvrage a été remis

à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte




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Philippe Jaroussault









L’Intime des

sens féminins



roman

















À Marie-Hélène Bouvette

Mon instinct, mes sens, ma chériesse. L’instigatrice des si gravides fontalini de notre printemps en tourmente, qu’elle a habités si finement et intensément, et qui ont irrigué ensuite mon exil loin d’elle, tout autant que nos saisons des démesures que nous avons reconduites et réamorcées ensemble, à la faveur de notre paupière baignée par la douce pluie magnanime sous le chapiteau.





L’argument narratif de

L’intime des sens féminins






Le présent ouvrage met en scène Marilem et Roucoul, à l’affût de leurs candeurs amoureuses, qu’ils associent à des fontaines de l’intime. Rien ne peut empêcher la prospection de cet intime, au delà de la frontière d’eux-mêmes, qu’ils irriguent de leur délure et délinquance des usages, sur le modèle des riches sensations inédites, ou des sveltes consciences.


Ces fontaines de l’intime sont une vivacité du corps et de l’esprit. Elles sont signes et sémaphores pour leur seul bonheur. Elles sont le lieu de convergence de l’émotion et de la fièvre. Elles sont l’élargissement loin des verrous du cœur. Plus encore, elles sont hardiesse des sens et de la pensée, bombance des certitudes, ouvrant toute grande l’avenue vers les libertés de toutes espèces. Elles sont sensations nouvelles, que nul ne soupçonne au royaume des vérités du cœur, que nul instinct ne débusque, et qui ne sont défendues que par le panache reconquis des deux amoureux. Aucune objurgation possible à l’encontre de ces amants des repaisances, si ce n’est cette pleine autarcie qu’ils admettent dans leur sérail.


Une dialectique amoureuse nouvelle va mener les amants vers les plus personnelles des consciences, sachant mesurer le juste antidote aux dithy-rambes des conventions. C’est le parcours initiatique de deux jeunes âmes vers le pur jaillissement de l’être, visant une progression sans faille dans l’antre sacré d’eux-mêmes, aux apogées de leur intime absolu.















Les livres de la série romanesque Marilem ne revendiquent aucune parenté avec le reportage, la série télévisuelle ou l’autobiographie. Ils ne peuvent être associés à aucune complicité sociétale. Ils cherchent davantage parcours de repaisance, dans le labyrinthe de l'être singulier, en tendant quelques lanternes parfois, par la conscience et l'intime, dans des soirs pleins d'ombres et de présages. Aucun artificier des feux ne conseille le narrateur, à moins qu’ils soignent dans l’émotion tous les deux, dans la même tendresse également, la même délinquance lumineuse des usages. La langue est une «langue natale », recomposée hors des automatismes de pensée du plus grand nombre, et bien distante des réflexes culturels, et n'a rien à voir avec les automatismes de la langue maternelle de quiconque. Le tissu narratif n'emprunte donc rien au langage courant ni au langage des médias. La géographie de l’action est celle du Québec. L'époque est contemporaine mais elle n'est pas asservie à aucune diégèse. Les personnages n'ont aucun souci de se verrouiller dans une tendance, ils ne veulent se fondre dans aucune acculturation. S'ils sont forts de leur clairvoyance univoque, ils n'ont que faire des valeurs de tous.








Note aux lecteurs, lectrices






Chers lecteurs, lectrices, vous ne trouverez dans cet ouvrage, aucune tarentelle tonitruante, aucune cascade, aucune batterie de dialogues, qui ne savent gaver en définitive, que les adeptes des prises de bec dans la cacophonie, ou des réparties de vitriol. Vous ne lirez guère de chronologie d’évènements, de propos tirés de sarabandes d’automatismes sociaux et culturels. Vous ne trouverez pas beaucoup non plus le journal prévisible d’une intimité d’apparat, ni le récit de faits vécus dans le quotidien, ni le lamento de phrases d’une acculturation recyclée, pas plus que les litanies de réflexes spontanés, ni le compte-rendu prosaïque d’un journaliste, ni le journal de bord d’un voyage dans la géographie soporifique, ni une introspection par la psychologie analytique ou clinique, et surtout pas le remugle des cœurs en festival, ou la kermesse d’automatismes triomphants dans l’écholalie.


Vous serez gratifiés d’une toute autre repaisance, au siège du parcours des deux amants, dans une constante migration vers la confrérie des sens et instincts, et vers la délinquance salutaire des formulations usuelles de l’être et du langage. Pour les amoureux, l’adoption d’un langage spécifique, c’est le seul vibrant motif pour semer loin en arrière d’eux, toutes inhibitions et tous affaissements de l’âme, que le passé attache en force aux auto-matismes du geste et de la parole. Leurs jours sont ceux-là même qu’ils définissent, leurs rixes dans l’intime sont leurs seules victoires.
















« Qu’on fasse telle mine que l’on voudra, qu’on se querelle, qu’on se sépare, qu’on proteste de se haïr, il reste toujours un levain d’amour entre deux personnes qui ont été unies si étroitement. »


Les amours de Psyché, Jean de Lafontaine




« C’était une brusque révélation, une légère coloration comme le rose qui vous monte aux joues et qu’on tente de réprimer et lorsqu’il se répand, voila qu’on cède à ce débordement qu’on l’accompagne jusqu’à sa pointe extrême et là, on tremble, on sent le monde qui se rapproche, tout gonflé de quelque signification extraordinaire, c’est une sorte de ravissement qui fait pression de l’intérieur, qui fait craquer sa mince écorce et qui jaillit et se déverse comme un baume sur les blessures. »


Fiction de l’intime, Régis Salado




Idylle des mots sur les lèvres






Qui peut bien me savoir ici, en attente de rien, ne comptant que sur moi-même, et sur la vrille d’une fontaine sous l’arbrisseau. J’ai crû longtemps que je n’étais redevable qu’au soleil et à son ombre, jusqu’au moment imparable, où elle fit jaillir dans son regard la frondaison du versant sud, installant dans la fiesta du midi, la féline repaisance des paupières qui se ploient dans la volupté. C’était elle puisque j’étais ébloui. Je ne saurais dire tous les tableaux de ma perception, ni la genèse de ses cils qui font route certaine vers ses projets. Ses lèvres déroulent le chant des promontoires et vallées, telle une fée qui se délecte de ses domaines intérieurs. Un seul de ses regards m’importe davantage que toutes les perspectives sur l’une ou l’autre merveille de l’univers. Elle est multiple, mais converge dans un seul firma-ment. Comme un Vésuve ancien, elle surgit en torrent jusqu’à moi, me réchauffe et m’emporte, proclamant toute mon ivresse à la célébrer dans le plus pur absolu. Elle le sait qu’elle peut tout exiger de moi avec ses petites lèvres, et c’est pur enchantement tout autant que péril. Son érotisme, c’est l’absolu du non contrôle, tout autant que le désir fameux de ce qui lui échappe. Puisqu’elle habite de telles réalités faramineuses, il me faudra habiter toutes mes spontanéités autant que d’ambidextres réflexions, pour croiser à sa hauteur. Aucune perspective nouvelle ne sera négligée, rien de l’expression inouïe de l’être ne sera pris à la légère. Si j’ai pleine liberté des itinéraires vers son Aphrodite, c’est elle seule qui décide de mon mérite. Elle est ma maîtresse Artémis et je l’aime tout autant dans le négoce des affections enfantines, que dans ses virées nocturnes accompagnées des nymphes, en chasse des amants indolents. Voilà sur quelle scène je me tiendrai, si un jour peut-être, elle acclame ma volonté de m’adresser à elle au matin de mes babils hasardeux. S’il m’est possible de concourir de toutes mes forces, si je sais remonter dans le temps pour trouver la racine même du langage inouï de l’enfant en moi, je pourrai alors converser fièrement avec elle. Ainsi elle pourra enfin m’aimer un peu, si je m’inclus tout entier dans mon déluré, mon langage recomposé et mes fontaines de l’intime. Ça y est, je les tiens mes forces d’hier et d’aujourd’hui, et je les inscris dans mon instinct qui me rapproche d’elle.

Le soleil de nos vingt ans, nous avait réunit dans des personnages oubliés sur la place des écoles, là où se dénouent en meute tant de libertés à choisir. Le matin qui hésite, la cadence des expériences à réussir, la vie les secoure promptement, mais se désintéresse du rêveur et de l’amoureuse qui se convient en marge des grands monuments. Nous nous reconnaissons pour-tant dans la ronde des habitudes, qui distille parfois le parfum des audaces. C’est vous et votre regard entier, trônant au centre des siècles et de notre espoir. Sans connaître notre désir, sans pouvoir le nommer de son nom véritable, nous nous sommes pourtant amarrés au même fournil, comme la marée de vive eau dans la baie. Quel projet pouvait donc nous conduire aux fanfares du bonheur, que vous retenez si précieusement sur votre poitrine. Vous auriez pu tant déduire de mon forcené et composer à partir de mes délures, mais je vous ai si peu célébré, étant accaparé par des inconforts que je nourrissais d’une partielle conscience. Qu’est-ce que vous vouliez donc me transmettre, quand vos yeux ne m’ont pas chahuté jamais, quand vous ne vous êtes pas opposé aux instants qui retardaient les mots sur vos petites lèvres? Il faudra bien qu’un jour, vous me le racontiez pourquoi vous étiez assise dans mon cou conseillée par tous vos ancêtres, votre vie entière roucoulant dans mon oreille, la danse de vos bras accordés à votre cœur, si près de moi que vous auriez pu m’étreindre avant la nuit sans lune qui nous pourchassait. Sans le savoir nous avons été de mèche, pour nous réserver une déception à l’échelle de l’absolu que nous partagions, mais aussi, et c’est tout ce qui compte, une bien discrète promesse, celle de ne pas verrouiller pour toujours dans la parcimonie, la seule vive tendresse qui pouvait nous identifier tellement mieux que notre juvénile réserve. Votre secret viendra à mes oreilles bien plus tard. Je m’étais crû mortellement atteint, mais sans le savoir ni l’un ni l’autre, vous aviez gravé ce qui me convenait le mieux dans mon épiderme: le souvenir féerique de votre discernement et bon goût, et l’espoir inentamé de mériter vous prendre un jour dans mes bras. Il faudra bien dans un siècle ou deux, que les étudiants, étudiantes qui feront escale à l’université Laval, comme nous l’avons fait, qu’ils soient en déficit d’hérédité amoureuse ou veinards de l’improviste, il faudra bien qu’ils le sachent que l’esprit des Marilem continue de parcourir bien des fragilités en bordure de leur cœur, quand ils s’accoudent à la table de leurs songes potentiels, se gardant aux aguets d’un destin, comme le fait tous les jours la grive solitaire dans le sous bois, si peu accueillant pour son chant. Vous et moi, sommes bien pourvus de ces riches fragilités, en amorce pour s’aimer à bord d’une même portion de l’univers, dans l’écoute vertigineuse de votre regard d’hier. Vous êtes venue dans ce nom, comme la courbe s’ajoute à l’arc en ciel, et ma folie pour vous était si tendre, mon émotion si virulente, qu’elles m’ont appris à prononcer votre nom les larmes aux yeux.

Un samedi soir de novembre vient déposer dans mon cœur une tendresse insoupçonnée, c’est Marilem de mes lumineux souvenirs, son nom qu’elle seule peut faire advenir sur ses lèvres et dans mon cœur, sa voix comme l’esprit d’une seconde fraîchement née, qui fait se recomposer l’image adulée du seul personnage de mon passé, l’unique sirène de mes désirs. Elle dénoue dans mes heures, une nouvelle partition, comme si j’étais le prince élu d’une contrée nouvelle, comme si le ciel avait voulu me délester pour toujours de l’incertitude des âmes incarnées, en me faisant franchir l’évidence. Elle est la fantôme magnifique de mes vingt ans et l’inconnue des années à venir. Elle consent à me faire réentendre une douceur de vivre, épuisée jadis dans mes fracas, réanimant tant de détresses assoupies. Nous avions ensemble, sans motifs déclarés, tant chiffonnés nos espoirs. Si nous savions que nous n’étions pas concernés par la torpeur de nos lentes affections, nous ne pouvions pas prédire que nous serions si rapprochés dans la marche du temps, que la plus belle fraction d’une seconde ancienne, que nous n’avions pas vécue par dépit de ne pas savoir être heureux, serait ramenée dans le frimas des jours contemporains, et allait régénérer la disette juvénile de nos vingt ans. Vous me racontez aujourd’hui après tant d’années, dans une ivresse bien réelle, la fortune des jours de février et le secret de leurs constellations. Vous me remettez en mémoire vos alliances avec les fées, vous soufflez des contes et des merveilles dans l’oreille des voyageurs tristes d’être allégés de tout espoir. Une pareille tendresse pour la jeune femme que vous êtes toujours, pour sa voix d’au-delà du temps, je vous le dis avec lucidité aujourd’hui, ça reste non préhensile dans mon être d’émotion, parce qu’elle surgit furibonde dans mon discernement, comme une comète. Sa voix s’inscrit en moi comme la voix d’un ancêtre, mais aussi comme la voix d’un enfant perdu qu’on retrouve dans la nuit. Son retour en force dans le présent de chacune de ces secondes où je l’entends formuler des mots exprès pour moi, ça ne peut garnir de bien grandes réalités, parce que son absence si longue n’a jamais fait consensus dans ma tristesse. Je crois avoir su toujours dans ma rébellion, éconduire ce vil messager entêté à venir corroborer son absence à jamais. Marilem de toutes les absences est donc toujours restée bien présente, et ne s’est jamais beaucoup écartée de ma dispersion. Elle déborde considérablement de son mirage, dans une réalité incontestable qui nous réunit. Une fécondité insoutenable s’immisce en moi, la Marilem d’hier, elle est près de moi on dirait, celle qui vint au monde juste pour moi, je le sais maintenant, elle est présente encore sur cette planète et vivra toujours pleine offrande à la frontière de mes veilles et de mes sommeils, et si par malheur, j’avais donné foi à l’idée de l’avoir perdu pour toujours, j’aurais pu en mourir dans la permanence. J’aurais eu le droit, comme ces félins ou canidés de grande vertu, qui dédaignent à jamais toute alimentation, se réfugiant dans la seule supportable indétermination, parce qu’ils sont fidèles pour toujours au souvenir d’une image bienveillante et indispensable. L’empreinte inaliénable d’une caresse égarée et à jamais perdue.

Je vous imagine au centre d’un assemblage féerique de photos, entourée de votre famille et de vos amis mauriciens, réunis tous, pour vous célébrer dans l’Arche des couples d’origine. Vous êtes heureuse et resplen-dissante sans moi, et vous vous en accommodez fort bien. J’aurais pu périr sur le champ de batailles, vous en auriez rien su, et jamais vous n’auriez connu mon audace de m’approcher de vous, jamais vous n’auriez pu avaliser ma première tendresse, ou secourir mon initial babil. Mais aujourd’hui dans la vitrine d’un photographe, regardant la photo de noces de deux amoureux inconnus, qui s’embrassent comme nous aurions pu le faire jadis, comme nous pourrions le faire maintenant, il me vient la folie de vous demander: «Le jeune marié sur cette photo, nous l’appelons Roucoul, la belle mariée, elle s’appelle comment? J’attends votre réponse ma chérie, et je propose que pour me le dire, que vos petites lèvres soient trop rosée du matin, et vous me le dites avec votre regard commencement du monde. Et je vous entends me répondre avec votre petite langue vos mots: «Elle s’appelle Marilem» Puis j’ajoute: «Et sa petite main, elle se pose où?» Et vous me répondez avec vos cils qui scintillent: «Sur son cœur à lui» Puis je vous demande: «Mais ses mains à lui, ils les dirigent où?» Et vous répondez avec votre torrent de vos lèvres: «Ses mains à lui, il les conduit sur ses reins à elle, pour qu’elle sache qu’elle lui appartient» Et cette phrase ma chérie, vous me la dites avec votre intonation particulière de mauricienne, plusieurs fois d’affilée dans mon oreille qui s’abandonne, et vous m’obliger à l’écouter devant vous, longuement dans votre regard. Nous n’avons pas beaucoup le choix de suivre l’exemple de ce couple de jeunes mariés qui sont dans les bras l’un de l’autre et qui s’embrassent. Parce qu’en plus, vous êtes trop éblouissement vos yeux. Quand vous êtes dans mes bras, peut-être que je vous chéris trop, peut-être que je serai obligé de vous goûter très fort, vu que mes mains sont sur vos hanches, comme aujourd’hui quand j’entends votre voix dans mon souvenir, pensez-vous ainsi pouvoir longtemps vous garder de moi. Mais ce soir, nous parcourons notre livre d’images comme nous aurions pu le faire dans la cuisine de ce vendredi soir du 14 mars, dans notre préparation pour la grande traversée nocturne en compagnie l’un de l’autre. Nous aimons tant toutes les teintes de soleil que nous allons déverser ensemble dans notre bonheur. J’aime regarder votre petite main qui dessine de la couleur dans mes yeux, parce que vous, votre nom c’est Marilem, c’est le nom que vous avez choisi un jour pour vous, juste pour moi. C’est le nom que vous avez choisi exprès pour nous deux, parce que moi aussi, je m’appelle Marilem beaucoup, quand je vous regarde et quand je vous écoute. Quand vous m’avez dit pour la première fois votre nom, vous l’avez créé à notre ressemblance, pour notre inscription dans le Livre des amoureux qui ont fait escale à l’Université Laval. Je veux que vous me formuliez encore votre nom avec vos petites lèvres, pour la naissance d’un attachement inconnu de tous, quand nous montons tous les deux se tenant par la main, comme le font les couples d’origine, lorsqu’ils montent dans l’Arche qui les emmènera. Et que vous me disiez très fort: «Moi, c’est Marilem.» Dites-le moi encore ma chérie, dites-le moi toujours, mais cette fois-ci encore et encore, dites-le moi tout bas avec vos deux petites mains sur mon oreille, au moment où vous êtes trop Ève sur vos lèvres.

Il y a tant de bonheur dans mon tumulte, depuis que je sais que vous pourriez entendre mon cœur. Après avoir désespéré de savoir où vous viviez, comment vous viviez, je peux maintenant prendre des grandes respirations quand je prononce votre nom, parce que vous êtes vivante après tout cet exil, quand moi de mon côté je ne l’étais qu’à peine. J’aimerais vous dessiner et en adopter pour toujours l’image, pendant que vous me regardez pour la première fois, quand ce n’est pas encore envisageable que vous puissiez trop me détester. Je me rappelle de la couleur de mon émotion au moment où je vous ai regardé pour la première fois. Et c’est sexuel pour autant que j’en sais quelque chose. Vous correspondez entièrement aux stéréotypes que j’ai fait se construire dans mes inclinations masculines tout au long de l’adolescence, et que ce soir nous pouvons faire s’amonceler dans une fontaine de l’intime. Laquelle fontaine? Il y en a mille. La femme parfaite. Vous êtes déjà belle à la folie dans le cirque de mon enfance, votre voix m’apaise du sentiment de n’être pas compris jamais, votre visage me bouleverse de tous ces recou-pements avec le passé, les non dits, les non ressentis, les joies non advenues des jours d’hier. Tout chez vous, alimente mes fantaisies masculines et ma vanité de mâle. Votre caractère propre, et cette audace que vous avez de tout remettre en question de ce que je suis, parce cette fille de vingt ans me domine déjà comme Artémis. Je me souviens tant de l’inanité de mon langage. Et de la flamboyance du vôtre, de votre jugement judicieux, de vos formules qui font mouche comme le dit Cyrano, votre fantaisie dans l’expression, et je ne vous parle pas de vos petites lèvres, qui n’attendent qu’une nuance dans votre pensée pour bouger comme c’est interdit de le faire devant le fauve méconnu en moi, avant d’être dévorées toutes rondes. Votre panache de ne jamais vous assujettir à ce que j’affirme, et même de souligner par le désaveu de votre regard, le graveleux de mon raisonnement, en le reprenant sans faille à chaque manquement, et en le punissant ce langage mien, comme il le mérite. J’ai bien le droit de me complaire dans ces rigueurs qui peuvent me montrer le détroit de Béring de l’honneur. Toute mon expression de jadis s’échouait sur un écrou faramineux. Ma bouche, ma respiration et toute ma spontanéité étaient atteintes d’un virus que je ne voulais pas contester, parce que j’étais familier avec les arcanes de ce labyrinthe et que je m’accommodais honteusement de cet immobilisme. Ma bouche était entravée en amont de votre sanction. Seule une jeune femme comme vous, pouvait surseoir au désordre de mon tumulte de la conscience et du cœur, et arraisonner des élans d’expression. Voilà dans mon brouillard, ce que j’avais entrevu de votre ciel. J’avais escompté la même volupté d’un seul absolu, celle de vos lèvres qui séquestrent le plus pur bonheur, et ces mêmes lèvres en même temps qui me transmettent le langage comme le souffle de vie. Si d’aventure sur une fantaisie coup de tête, vous aviez mis en piste une réelle connivence entre nous-deux, et consenti votre baiser, je crois que j’aurais été atteint dans la fibre même de toutes les métaphysiques. Et si dans la catapulte d’un dévergondé, vous m’aviez menacé de votre petite main, j’aurais consenti à bien d’étranges lunaisons. L’envergure de notre première rencontre, c’est la faute de personne, vous avez été Marilem dans mon cou comme si les astres empressés, vous avaient conduite sur place dans le seul but de m’étreindre dans vos bras. En fait je n’avais aucun argument face à l’univers, sauf le sentiment intime de devoir vous adresser la parole. Le jour de notre première rencontre, j’ai appréhendé votre départ trop hâtif avant la fin du film, ce qui m’aurait empêché de vous remettre mon billet. Vous remettre une missive dans une salle éclairée était plus facile, que de risquer une tirade qui s’évanouit dans la pénombre, parce que depuis toujours j’ai la certitude que l’on ne m’entend pas bien, de là vient cette vilaine propension à recomposer à la suite, deux arguments semblables. J’ai la certitude également, que l’on n’aime pas ma voix, de là mon habitude servile à accélérer et tronquer la frange de mon élan, pour éviter que l’interlocuteur empiète sur la dernière portion de ma phrase. Mais j’avais cette fortune inouïe de vivre et de respirer en votre présence. Et je me suis senti héroïque. Il y avait beaucoup de fatidique, dans cette conversation du commencement des temps. Est-ce que vous pouvez vous souvenir de l’insoupçonné de votre première perception, au tout début de notre rencontre au pavillon de Koninck de l’université Laval? Même si elle n’a duré qu’une seconde à la crête de l’irréversible instant que nous avons passé l’un en face de l’autre, et qui mettait en ballottage bien des destins.

Comment aurions-nous pu, les yeux dans les yeux, main dans la main, se promettre de se revoir en aval du siècle, sur la terrasse Dufferin à Québec, aux premières loges de l’Atlantique? Voyez-vous toute ma légèreté de m’attarder à imaginer une scène semblable entre nous. C’était si loin de nos préoccupations, mais c’était surtout incongru et de mauvais goût, quand moi je n’assumais même pas la viabilité de l’instant présent qui peine pour surnager, et qui ne demande qu’à vivre et à prendre son envol dans l’improbable instant d’après, loin des nuages d’une récente bataille. Patrick Bruël chante l’histoire de ces camarades d’université deux gars deux filles qui se donnent rendez-vous dans dix ans, au même moment exactement, dans le même café. Nous deux, c’est une entreprise toute autre, un vertige à notre mesure, nous sommes bien d’accord. De mon côté en tout cas, un attachement à l’échelle des géants de l’affection que nous sommes. Nous l’avons voulu cet embrasement des unités de mesure. La fronde amoureuse dont vous êtes l’auteur, n’a pu prendre place que dans des conditions que je nourrissais depuis des années à mon insu, au pourtour d’une disette du cœur et de ratiocinations culturelles. Voilà ma chérie sur quel quai d’embarquement je vous ai introduite bon gré mal gré. Moi je n’ai voulu aimer que ce je pouvais vouloir, rien de plus. Il est aussi vrai que je n’ai pu aimer que ce que je voulais bien pouvoir. J’aurais consenti infiniment plus, si seulement j’avais eu l’audace et le réflexe correspondant. J’ai sombré rapidement dans un dépit et dans des automatismes de démission. Je n’ai pas cru en moi ni en vous, j’étais enfermé dans un remugle du cœur, et une torpeur qui empêche toutes velléités d’appareillage sur aucune terre promise. Naguère, la débâcle honteuse d’une camaraderie, aujourd’hui une escadrille de saumons qui sait remonter un courant intrépide. La chronologie, c’est la seule distance qui nous sépare, et nous saurons bien l’abolir comme le réussissent les rameurs de la chasse galerie. Je comprends votre insistance à souligner tous les écarts qui nous séparaient, vous savez bien aujourd’hui, que la distance entre nous n’a jamais existé, si ce n’est notre réserve plus grande que nature, et mon manque absolu de fantaisie. J’ai tout reçu de vous, vous m’avez fait découvrir la Poésie et l’Amour. Aujourd’hui, vous me faites découvrir bien davantage encore, le bonheur plénier de me rendre compte que l’impossible peut advenir. Est-ce qu’il y a maintenant autre chose d’importance à conquérir? Votre discours adhère à mes lombes, comme les oreillettes à mon cœur. Vous n’écrivez pas premier degré, tout est transposé, et vous avez une signature dans le rythme, dans le souffle et dans le choix des mots, qui vous authentifie, qui est dans mon esprit et dans mon cœur, l’amalgame de toutes votre singularité de pensée, et le creuset de tous vos bonheurs d’expression qui sont la printanisation de votre cœur, et c’est ça qui me donne de trop grands plaisirs, et vous savez pourtant, que je suis tenu de vous chérir selon votre code d’honneur. Voilà pourquoi je réitère ma demande d’obtenir de vous, votre méthode qui me dira comment vous aimez comme vous l’entendez, i.e. selon votre philosophie des amoureux. Tout ce que vous m’ordonnez de faire pour m’amender, je l’inscrirai dans mon livre de palingénésie et croyez bien, que je vais m’empresser de me rallier, en votre présence ou pas, à chacune de vos volontés. C’est ce que vos élèves s’empressent de réussir, parce qu’ils vous aiment dans la pureté. Je vous imagine dans votre classe, trouvant par enchantement, la bonne formule pour prévenir les inattentions et pour susciter tous les embrasements. Vous arriverez bien à vous faire entendre de moi dans des termes que j’aurai mémorisé. Je crois que ma bouche, de tout temps n’a qu’une seule attente, c’est d’être prise en lente taquinerie. C’est une avenue à considérer, vu que je vous aime dans les fins attraits des premières fontaines, et au delà des monts et vallées. Vu que je ne m’arrête pas de vous aimer dans l’absolu, je pense que vous n’aurez pas grande alternative que de me purifier avec les potions de toutes vos fontaines, à commencer bien sûr par petite langue vos mots, beaucoup trop rosée du matin. Puis les larmes ma chérie, qui font votre regard trop découverte de l’Amérique et trop vos cils qui scintillent, qui ont coulé parfois à la fontaine même de la fée Viviane dans la forêt de Brocéliande au pays d’Armorique. Vos larmes ma chérie, elles sont miennes, et elles sont conservées pour l’éternité dans notre Graal. Et si nous nous revoyons, j’aurai certainement des larmes masculines qui pourront reconnaître les vôtres. Dans la danse effrénée de mes passions charnelles, vous ne pouvez pas faire autrement que de me laisser approcher de vos plages protégées des grands soleils, comme le sont votre sein symphonie, votre mamelon mélodie et l’aréole. S’il n’est pas toujours nécessaire de croquer l’aréole, il convient aux heures, pour ne pas faire que le temps s’arrête, de bien la goûter. Puis l’entrée par temps clair, dans la baie des Marilem, et toujours, les courants en profondeur, tous les remous et contre systèmes météorologiques. Ma bouche sera ainsi conduite par vous, pour m’apprendre à vous chérir. Vous verrez, si mouillant jusqu’au matin, faisant face à bien des Vénus à l’horizon, qui cahote sur tant d’étoiles, si je puis être le plus méritant pour me valoir de vous célébrer à la proue de vos baisers, vous verrez si une demi-asphyxie de ma bouche dans l’eau profonde de votre petit pubis à la proue, sera suffisante pour me conduire aux falaises de votre cité, et bien les reconnaître du tangage de leurs marées. Pleurer par la joie ou par la douleur d’une Marilem, personne au monde n’a encore envisagé plus profond assouvissement, surtout quand nos regards s’épanchent dans la fantaisie des expressions inédites. J’adore appréhender pleine émotion votre écriture. Comme vous êtes ma reine et je suis tenu à la chasteté absolue, j’aime être à l’affût de vos changements d’humeur. Mais je ne veux pas que vous trembliez, vous en ma présence, parce que vous serez toujours cette jeune femme qui m’avait été prévue dans le palimpseste de l’univers, et que seule une disqualification sociale, familiale, culturelle et professionnelle pouvait me mettre en complète déroute honteuse, plutôt que de se lier l’un à l’autre comme l’oiseau qui sait retrouver sa compagne de l’année précédente après en avoir été éloigné par la migration intercontinentale. Ma chérie, vous ne trouvez pas que c’est d’un érotisme princier, moi qui n’ai jamais goûté à votre petite langue vos mots, ni à votre torrent vos lèvres, excepté que par l’écoute de l’enregistrement de votre voix et de votre pensée dans cet enregistrement de 22 minutes sur cassette audio, que vous avez consenti assise dans mon lit, moi qui n’a jamais entrevu votre sein, ni l’aréole à ourdir sous votre regard, qui ne connais pas la saveur du lait de votre mamelon mélodie, ni vos avants bras, ni vos mollets, ni vos petits genoux, moi qui n’ai jamais sombré pour vous servir, et célébrer une nuit entière dans la baie sombre de nos labyrinthes respectifs, je goûte aujourd’hui à chacun de vos mots dans ma vanité même. Et je vous imagine à partir de votre rythme de phrases, à partir de votre souffle, à partir de votre timbre de voix unique, et comme un fou, je me vautre dans la recherche de mon nouveau personnage dans une vie nouvelle. Et votre pensée si pure sur vos lèvres, ce n’est que le vaisseau de votre personne toujours en mouvement, et ma bouche est bien petite pour la croquer toute. Vous serez donc obligée de m’apprendre vos lois et préceptes, pour qu’il me soit envisageable un jour de me présenter au gré de vos attentes.

Où donc ai-je pris ce courage pour écrire sans vous jusqu’aux portes des jours qui nous enveloppent, notre toute première communication après cet exil si loin l’un de l’autre. Pour vivre dans le noir, sans votre réconfort, sans votre connivence, je vous dis, je ne sais pas comment j’ai fait. Toujours, je me suis demandé quelle était pour être votre réaction, à supposer que je puisse retrouver votre nom à quelque part dans la société civile, puis d’entamer une recherche qui puisse être à terme fructueuse. Puis un peu d’espoir quand j’ai eu plusieurs échanges courriels avec l’artiste peintre Ayla du Michigan, qui me disait en constance dans sa langue étrangère: «Mais vous l’avez donc bien aimé votre amie» puis elle ajoutait: «It looks like a love affair» Et je lui répondais: «I was madly in love with her» Et je vous décrivais dans toute mon émotion. Et je vivais cet honneur comme un veinard, parce que je me sentais déjà beaucoup plus proche de vous, parce que mon interlocutrice, était la seule personne dans ma trame quotidienne, à avoir porté votre patronyme. Comme vous me l’avez suggéré lors de votre toute première missive, vous serez en Mauricie, celle qui veillera sur moi comme un ange gardien. Vous m’avez fait part, que votre écriture nous sera un réconfort certain, et que nous nous aimerons dans l’absolu. Une Marilem, c’est une camarade en chériesse, que je tremblerais de prendre dans mes bras, et j’adore ma peur gravide de converser avec vous au téléphone. J’ai bien le droit d’adorer cette appréhension cardinale venant du commencement des temps. Vous ne pouvez pas savoir ce que je ressens quand je suis dans votre zone d’influence, ratiocinant les proportions, faisant les mises au foyer, me vautrant tant que je peux dans une réalité inconnue de mes rives de pensée habituelle, immobile et en silence? Sagement bien en face de votre volonté, ne bougeant que si vous me le permettez et surtout attendant votre permission longue à venir d’une reine qui régit l’univers et mon cœur, m’offrant à distance le paradis. Il me tarde d’infléchir ma pensée, mon caractère et mes rêves, dans le sens de votre cavalcade. Le souvenir de votre image, j’aime en être privé, après vous avoir désiré comme un fou. Peut-être ça peut expliquer en partie ma privation de tous les siècles. La privation de vos lèvres, comme la privation de pouvoir vous regarder, ce sont des plaisirs que je souhaite à tous ceux qui n’ayant pas de muse, le vive comme une calamité, en perdition tout juste aux abords d’un précipice.

Nos deux êtres si bellement excessifs toujours mais rudes parfois, ne sont que les purs produits du ronron des quotidiens pugnaces et forcenés. Nous sommes excessifs parce que depuis bien longtemps, on l’a été avec nous. La misère des êtres de l’incommunication est une pandémie. Être analphabète, ce n’est rien pour celui qui a, dans son âme et dans son cœur, des ritournelles, qui lui permettent de prendre accostage dans l’oreille de son amoureuse. Toute cette vie vécue en marge de notre oralité incunable, celle que l’on entend dans notre arrière gorge intime, juste précédant notre sommeil. Je nous suggère d’opposer à cette agression de l’âme, de ralentir par dix, le débit de nos phrases, et de prendre un langage gravé sur de nouveaux rails, seule et unique façon de ne pas se laisser contaminer par ce réflexe de vouloir être rationnel et exhaustif. Pourquoi toujours le même langage, quand nous en avons plusieurs. En plus, nous sommes deux êtres qui ressentons large, ce qui ajoute à notre turgescence. Et moi en plus, sur l’ivresse d’un seul continent, je croise à vue d’une Marilem. Bien des virulences peuvent infecter notre gorge dans la rationalité. Vous excellez vous aussi dans ces fièvres. Ne faisons pas l’erreur de ces gens qui vouent un culte à la discussion, qui en font un jeu débile qui fractionnent les mots et les êtres, qui distillent des amertumes sur le palais, et qui font essaimer en eux que de l’âpreté et de la dissonance. Jusqu’à aujourd’hui, je me suis employé à vous prouver du mieux que je pouvais, que j’étais rationnel, que j’étais apte à ceci et digne de cela, ce qui inclut forcément une forte dose de servilité. Si j’ai pu peut-être vous en apporter des éléments de preuve, j’aimerais à partir de maintenant passer à autre chose sur les chemins de la pensée qui n’ont rien de rationnels, mais qui rallient tant des sensations insoupçonnables que pourvoit l’audace primaire d’un langage neuf. En un mot, assez peu de discussion, plutôt une concussion certaine des formes inédites de la pensée et de l’oralité. Nous sommes deux batailleurs de la fantaisie, nous ne sommes donc pas, pour moi en tout cas, ni journaliste, ni philosophe, ni théoricien, ni moraliste, sachant bien que les grilles d’analyse ne sont que des cages, et que tous les codes dans n’importe laquelle sphère, s’ils ne sont risibles, ne nous concernent d’aucune façon. Je m’arrête ici d’urgence, parce que nous sommes bien au-delà de cette poussive servilité à des disciplines qui se veulent savantes, mais qui se révèlent tout autant évanescentes que la quotidienneté. Il reste dans la forêt printanière de Merlin, du côté de la fontaine des fées, là où un jour, Viviane est apparue, il reste le corpus culturel de nos fontaines de l’intime, et que nous avons conçu pour nous deux seuls, dans le jeu le plus séditieux, le plus lumineux, nous désentravant pour de bon de la moindre inclination des ancêtres, du moindre mimétisme de nos contemporains, et fera de nous des dieux, si nous ne le sommes pas déjà. Ce que nous sommes aujourd’hui, n’a aucune importance. Aucune. Seul compte et nous intéresse, ce que nous aimons tenter de devenir. Voilà d’après moi la seule campagne à conquérir. Vous me signalez des ontologies miennes que vous n’aimez pas, mon euphorie et mon bonheur sont immenses parce que c’était la seule façon de bien me réclamer de vous, parce qu’une Marilem qui me gronde d’une remontrance, d’abord elle me gratifie d’une autre aurore boréale, comme celle que j’ai vécue naguère dans mon liquide spinal, puis ensuite elle s’authentifie de sa vraie griffe dans mon souvenir. Je puis vous reconnaître à partir d’aujourd’hui comme étant dans ma mémoire érotique, celle qui me taquinait naguère, pour tant de mes travers et insuffisances, et j’y trouvais mon compte à bien des égards, parce que malgré mon humiliation de me faire cajoler dans ma pensée par une jeune femme de vingt ans, j’aimais tant votre délurée, je vous aimais fougueuse et intempestive, et comme surtout vous êtes restée, parce que ces traits de caractère au centre de votre être, et reconnus par un œil masculin, jamais ne s’égarent, pas plus que dans mon érotisme, le limon pleine teneur des fosses océanes qui vous fit advenir réelle dans ma vie, un jour de grande marée. Et gravitant à courte distance comme un phaéton des mers du sud, cette belle peur incruste et stimulante, que je ressens devant vous en virtuel ou dans la réalité. Vous attendez comme il se doit, une réponse de moi et une solution à notre éloignement. C’est simple. S’il arrive un jour, que les deux fauves que nous sommes, soient mis en présence l’un de l’autre dans une farandole, ou ailleurs, nous ne pourrons pas empêcher qu’une cigogne ne soit prévenue. Nous ne pourrons pas nous empêcher non plus, d’être heureux les yeux dans les yeux, les joues en complète vulnérabilité des coloris. Nous serons dans la lenteur racine carrée. Il n’y a pas de courant des profondeurs, ni pirates sur la rive. Nous sommes bien les seuls au Québec, à n’attacher aucune importance, ni aux bacchanales, ni à une factice performance dans les rôles que la cité distribue, encore moins et surtout, aucune pertinence à la reconduction des images de succès dérisoires, que les marchands adorent déposer à notre porte, pour nous distraire et nous retarder. Nous sommes plutôt dans la bourrasque d’un coteau donnant franc sud, où une Marilem et un Roucoul, essaient leur cerf-volant, dans une parfaite innocence, ne s’intéressant qu’assez peu à leur joujou qui vole contre le vent ami, devant vos joyaux des voluptés féminines, qui prélassent effrontément leurs grandes boucles dans mon œil comme si elle avait le droit d’élargir de telles audaces devant moi. Il faudra bien que je lui dise un jour à cette Marilem, que ses joyaux, c’est dans ma bouche qu’ils vont. Des couvertures sur nos têtes, pour nous protéger du mauvais sort, nous nous reposons surtout sur la route des écoles buissonnières, en remplissant le seau, des incongruités du langage que connaissent les cigales. J’ai tant à nous raconter dans le vertige d’une fenêtre entre deux escarpements boisés qui donne perspective très haute sur le fleuve Atlantique, trouvant sa route sans peine, et nous incluant tous les deux dans sa destinée. Vous m’inspirez le jour, vous me comblez la nuit. J’aime ces nuits gravides à cause de mon attachement pour vous, et nous chérissons à son zénith, la confiance qui doit prévaloir toujours sur la certitude ou l’incertitude, et c’est si bon qu’il en soit ainsi depuis votre appel d’un certain samedi soir dans l’automne.

Je me mire dans vos quatre photos majestueuses, d’une caméra si indigentes, qui auraient pu être si facilement emportées par tant de débâcles qui ont rudoyé ma vie. Ces rescapées fameuses m’apparaissent d’une intrépidité si émouvante en bordure de mes naufrages du cœur. Comment peuvent-ils réussir leur retour à destination, ces chats si affectueux d’une image de leur maître ou maîtresse, transportés à des milliers de kilomètres, prenant des années pour parcourir la distance de retour à leur foyer d’appartenance, d’autant plus longue cette distance que ces félins comme un lièvre ou un écureuil, ne sont pas prévus ni pour la course ni pour la marche, qui font deux pas et puis s’arrêtent, comme certains oiseaux au cœur d’or qui ne réussissent que de courtes envolées, mais que rien n’ébranlent leur fidélité à une affection du passé, non pas pour revenir s’en assouvir en égoïste mais plutôt en nourrissant cette idée gravide de magnanimité, qui leur font croire et ils ont raison tout à fait, que l’effort désespéré qu’ils font pour revenir à leur lieu d’origine, ils le font pour apporter remède au souci de leur maître et surtout pour lui apporter à ce maître qui en a tellement besoin, toutes les câlineries d’un félin, que le Créateur a gratifié d’une telle magnifique incli-nation. Ces photos donc conservées par la plus grande des fortunes. C’est leur ineffable qui m’a secouru dans mon dépit d’être séparé de vous. Je me disais que si j’avais été éconduit, vous l’aviez fait avec bien des égards qui sauraient m’empêcher de désespérer complètement de votre franche résolution du passé. Si j’en déplorais toute la suffisance, et tant de fermeté dans vos certitudes, j’en espérais en compensation toute la clémence de la bonne fortune. Ces quatre photos d’un extrême péril dans ma pupille, m’ont pourtant défié dans mon courage, me remettant sur la route fameuse, celle qui me guiderait dans la nuit jusqu’à vous. Je vous regarde sur ces photos, recom-posant mille fois par devers moi, le réflexe des mécréants devant la statue impassible. Pourtant, vous m’avez rappelé, et puis aujourd’hui, vous me proposez de placer sur une même orbite, nos deux météorites incandescentes.

Est-ce que de toute l’Histoire de l’Humanité, pareille embrasure de l’âme a pu être instillé dans la chair de l’un ou l’autre découvreur des mondes nouveaux? Vous serez de retour dans mon regard, je le crois, vous me l’avez dit. Je me souviens. Un paradis à peine préhensile dans sa cajolerie des envergures sensitives. Allez-vous me gronder si je vous dis que mon premier souci est de préserver votre regard, de l’outrecuidance de mon fauve. Rien du passé n’est encore canalisé, tout mon masculin en suspens, toute la violence de mon ardeur à vous prendre de force, ma tendresse aussi quand vous me regardez sans dépérir, l’attention affectueuse que vous réservez pour mon moulin Schubert qui mout beaucoup trop vite, et surtout le souffle nôtre, nous respirons aujourd’hui le même air que jadis dans nos alvéoles, et ce sylphide de tant d’impondérables dans le passé lointain, s’agrège aujourd’hui dans une même euphorie. Je garde pleine croyance en ces spontanéités qui convoient à même leur fraîcheur, tout leur inoffensif mais aussi toute leur virulence. Il serait si illusoire d’envisager dans ces moments d’une telle acuité émotive, le moindre souci de vouloir garder main haute sur le déroulement des évènements. Des palimpsestes gigantesques sont à gué des rivières qui nous conduisent, et se chargent de faire l’esquisse de tous nos incontrôlables. Pourriez-vous être désespérée de moi ma chérie? Si le corps que j’ai, s’est bien abîmé, l’âme elle, est restée la même. Est-ce qu’il vous est loisible aujourd’hui de vous en contenter? Je ne suis rien de plus que naguère, quand je n’avais réussi que mon abstrus et dérisoire.

Nous jubilons aux anges lorsque vous m’apparaissez ma chérie à la Station centrale, dans la bienveillance de votre regard, celle-là même que vos parents vous ont léguée et celle que vous avez fait naître de vos aptitudes et nourrie de vos talents. Vous m’avez bien taquiné pour être passé une première fois devant vous sans vous reconnaître, pour ne m’arrêter qu’à mon retour sur mes pas. Si je ne vous ai pas reconnu avec certitude la première fois, j’avais pourtant remarqué que vous y étiez assise comme une belle espionne jouant le double jeu du camouflage à qui rien n’échappe. J’étais si persuadée que vous ne pouviez pas avoir une heure d’avance sur notre moment de rendez-vous, que je ne me suis pas attardé à bien vous authen-tifier. J’ai été ravi plutôt de reconnaître une jeune femme svelte, si souriante et certaine de ses charmes, quand moi je présumais à partir de l’image d’une femme trop bien nourrie par la terre mauricienne, et à partir de vos rondeurs des anges lorsque vous aviez vingt ans. Et ma complète méprise en ce qui a trait à votre tempérament de jadis. Je vous avais supposée lymphatique et imbue de vous-mêmes et de vos certitudes, quand vous étiez vive et délurée, à l’affût des ouvertures vers l’autre, sachant bien qu’on ne sait jamais complètement, ce qui nous maintient en constance dans la curiosité et le doute, et ce type de personnes ne font jamais d’embonpoint. Et si vous aimez comme toujours la bombance, vous êtes aussi épicurienne, si vous aimez les abus, vous abusez des bons expédients. Et j’ai été bien rassurée de savoir d’avance que si Dieu ne s’y opposait, je saurais bien pouvoir vous enlever dans mes bras, en vous emportant dans la course de l’hyménée, comme il est de mise de le faire avec une jeune mariée. Si j’ai été conscrit chez moi d’une ivresse intempestive, et d’une bonne dose de maladresse de vous prendre dans mes bras, sans trop vous regarder dans les yeux, c’est que je craignais tant votre refus, quand mes mains violeuses ont été en interdit sur vos cuisses, surtout qu’un premier interdit avait été proclamé sur le site de votre vaccin. Cette volonté irréfrénable de tout apprendre de vous, de vous aimer, en évitant une fois encore de vous prendre dans ma délinquante affection, avant de découvrir l’invitation de votre regard. J’ai perdu il y a si longtemps le droit de vous regarder. Il m’apparaîtrait de la plus ignoble vulgarité, ayant une première étincelle de désir pour votre féminité, et avant votre assentiment, de vous en manifester toute le dithyrambe. Les féministes à outrance, qui se sont relayées pour me persuader aisément que mon désir masculin était mépri-sable, ont trouvées en moi un terreau si fertile pour faire de ma culpabilité, la preuve même de mon délit. Mais une autre menace me gardait dans une pire anxiété: si pour mille raisons vous aviez nargué mon insuffisance, sans que j’en aie eu le temps d’en discerner les tropismes et motivations profondes, j’en aurais pris au cœur la plus complète cuisance. Même si de tout temps, je m’étais prévenu de votre impossible Marilem, mais dans tout impossible, il y a parfois des firmaments alliés qui n’ont cessé de colliger depuis toujours, de biens tendres réconforts, grâce à votre doux respect pour mon oiseau sans ailes.





Défiance entre fiancés






Je me trouve bien insuffisant de toujours vous parler de mon fauve et de votre amazone. Ici comme toujours, je n’ai aucune idée de votre réaction, de ce que vous pensez, de ce que vous ressentez. Je saisis votre préférence pour la discrétion, vous réfugiant en arrière de votre époux et famille. Je ne saurais me comparer non plus, à ces jeunes hommes si lisses et délavés en voiture sport, dont vous croisez le regard, si dignes du grand amour comme vous et à qui vous souriez et causez si naturellement, à la caisse des grands magasins. Je veux changer d’identité, vous pensez que je ne peux pas entre-prendre cette métamorphose complète? Je deviens donc, à partir d’aujour-d’hui un nouvel homme, qui saura peut-être vous garder en vue de mes affections. Mais lequel devenir? Je ne sais pas avec précision quel homme pourrait vous plaire. S’employer à plaire, quelle déchéance. J’aime mieux mourir librement dans mes excès, que de vivre sans passion dans la servilité. Vous seriez étonnée du chemin que j’ai parcouru depuis votre récent silence, qui est une réponse en elle-même, si éclatante, dont on peut décoder les sens multiples et majestueux. Je vous approuve à contre cœur. Mais je m’ajusterai. Je ne cherche pas tant à comprendre qu’à m’accorder à vous. Et ma nouvelle identité, encore plus que la précédente, risque de vous déplaire sur toutes ses facettes. Je persiste à dire, que j’ai été perdu jadis en face de vous, que par une chose, que par le timoré de mon manque de fantaisie. Dans chaque individu, la fantaisie aura la toute première importance, sinon elle n’aura aucune, mais aucune importance. C’est comme la musique au foyer familial dont vous êtes l’experte, dans l’impérieux de toutes les préoccupations autres, la musique n’aura toujours que la toute première importance, sinon elle n’aura pas la plus minuscule importance. Tout cela vous le savez tellement plus que moi et je vous admire. Pourtant, je m’apprête à sombrer encore, dans l’inanité du manque d’à-propos et ce sera tant pis pour moi. Nous avons au carrefour des proches heures qui s’amoncellent devant nous, le choix entre l’ennui ou la fantaisie. Le choix entre la reconduction des rixes du passé, ou bien de faire advenir un nouveau tandem Roucoul et Marilem. Nous avons cette décision à prendre à court terme, et il nous appartient d’en mourir ou de survivre. Nous pourrions faire s’amonceler en soi, tous les désirs de l’âme, les instruire dans des formules qui nous ressemblent avant qu’ils ne soient pétrifiés dans l’habituel des réflexes et du langage courant. «Ramener le désir à ses racines, aux réactions immédiates, aux mouvements de l’âme, avant qu’ils ne soient fixés, réalisés et définis de propos raisonnables» Tchekhov.

C’est à nous de décider de vivre en fantaisie ou pas, ne faisons surtout pas confiance aux complots des forces obscures, nous savons ce qu’elles sont capable de faire dans notre dos. C’est à nous de décider, si on laisse se répéter des expériences courroucées, par dépit, par défi, et par manque de discernement. Quand je dis décider, je voudrais que tous les deux on se rappelle l’inanité de la non fantaisie, que nous avons vécu une fois dans l’âpreté de l’indétermination. Les rails du comportement stéréotypé, les modes d’emploi de la vie, que les autres, les familiaux surtout, nous mettent dans les mains, rappelons-nous c’est toujours pour les servir eux. Ils n’ont pas d’autres buts. Le reste n’appartient qu’à nous, ça n’appartient pas à la vie, vous avez vu ce qu’elle a fait de nous un jour, ce qu’elle a fait de nos plus beaux espoirs d’adolescents, et de toute notre suave fragilité? Ne lui faisons aucune confiance, absolument aucune. S’en remettre à la vie, comme vous me le dites, c’est une assez belle démission, c’est se cacher la réalité, c’est faire le mort devant l’ours, c’est être passif devant l’avalanche, c’est comme s’en remettre au jeu du hasard, et ça c’est le lot de la valetaille, acheteur de billets de lotos, qui aiment s’accommoder de la joie amère des non gagnants, et de leur pathétique résignation. Nul plus que la famille ne sait mieux parasiter ou dévaster nos forces vives et originales, nul mieux que la famille ne sait nier davantage, ostraciser et annihiler notre belle singularité. Cette vie à double visage, si elle n’est pas semoncée, si on ne lui dit pas quoi faire, c’est zéro. La vie laissée libre à nos trousses, c’est comme le tonnerre à l’affût d’une proéminence, cherchant à parasiter le moindre accroc au consensus. Mais nous deux, nous aimons tant nous éloigner galamment de ces hordes et troupeaux, qui ne se consentent comme seule liberté, celle de ne pas mériter ce qui leur arrivent.

Je vous disais que je voulais vous embrasser de gré ou de force, voulant faire l’illustration, que dans ma vie, j’ai appris toujours à mes dépends, que le gré à gré, répugne à toutes les femmes, et qu’elles choisissent toujours, les coups de force, pourvu qu’ils soient taillés dans le prévisible et dans l’habituel. Mais moi, je ne suis pas de ces opportunismes-là, ni de ces mimétismes que les filles adorent. Ma chérie, je sais bien que vous ne m’haïssez pas beaucoup, mais une Marilem telle que je la conçois, garde en permanence son regard sur moi, sa petite main sur mon front dans une écoute intime, et son cœur est complice du mien, dans la complète rébellion contre les mimétismes de l’être, autant que les conneries sociales et familiales. Votre lumineuse suffisance m’atteint plein cœur. Je ne sais plus qui vous êtes, encore moins ce que vous pensez de moi. Pas sûr que vous tenez beaucoup à moi. Pourquoi pourriez-vous tenir à moi, une once de plus que par le passé. Le doute princier, je doute de vous pleins yeux, et surtout je doute de ma pertinence, si le cœur vous lève sur moi, ce cœur représentatif de la flamboyance de votre humanité et féminité, de votre fertile imagination, mais surtout de votre riche intériorité et votre si touchante sensibilité. Le jeune étourdi que j’ai été et que je reste encore, doute de votre attachement, et de votre émotion. Je me demanderai donc toujours, ce que vous avez représenté dans tout l’ineffable de nos vingt ans, et qui vous pouvez bien être devenue maintenant. Je ne connais rien du fond de votre pensée, rien de rien, vous êtes indéchiffrable. Je crois que vous vous dissimulez par pure pitié pour moi. Et ne parlons plus de se revoir, pour ne pas insulter nos intelligences respectives, parce que ni l’un ni l’autre, n’y avons jamais cru. Une foule d’indices me le révèlent. Je crois que c’était votre intention secrète, informu-lée, consciente ou pas, depuis le début, que vous me dissimuliez par magna-nimité. Pourquoi faudrait-il se revoir? Pour se revoir, ça prend de l’affection. La chériesse n’existe que par son carburant «sensuel». C’est le tribut ou la rançon à consentir aux voisinages des filles, à part vous peut-être, mais les autres toutes gaspillées par les tribus de connards et autres jobards, qui m’ont précédé chez elles, et qui les ont blessées au-delà du concevable, et spoliées dans leurs émotions et expériences, et qui me sont désormais interdites et étrangères pour toujours, quand elles m’étaient destinées peut-être, telles des amantes dans la confidence, comme l’avaient prévu les astres. Et pour se revoir en camaraderie, je ne sais pas comment faire, ce n’est pas mon rayon. Nous sommes piégés par nos standards élevés, mais ça vous arrange, et je pense que vous allez pousser ce soir, si vous me lisez, un long soupir libérateur. Nous aurions pu vivre ensemble mille fois plus forts. Vous me disiez lorsque vous aviez vingt ans, qu’après moi, vous avez enfin découvert le «sens de l’être» et que vous y viviez plus forte que jamais. Vous ne voyez donc chez moi qu’un demi-homme. Une page est tournée, je n’ai aucune espèce d’idées de vos préférences, pas plus que je ne peux entrevoir ce qui arrivera à notre tandem. Notre chériesse devenant fade camaraderie par défaut. Quand à l’amitié, pitié, n’en parlons pas, ce n’est que leurres jetées aux nigauds pour leur dérober le cœur. Vous me sous-estimez, c’est votre penchant et habitude, vous ne percevez que partiellement ma valeur sur l’échelle rabelaisienne. Je crois que vous aviez tout prévu de nos météos, et que consciemment ou pas, vous les avez conduites et faites advenir jusqu’ici. Beaucoup de pièces de notre puzzle flamboient de signification ce soir, en se sertissant dans leur niche. Je me demande ce soir parmi une liste de questions informulables à l’heure qu’il est, et parmi les autres qui n’ont pas encore de réponses, comment vous avez bien pu faire pour me supporter pendant si longtemps. Vous me l’avez dit quelques fois, vous avez fait votre devoir. Et même si ce soir je n’avais, dans mon cœur vide parce que vous êtes absente, que ce demi-réconfort de savoir que vous ne me haïssez pas trop, cela serait amplement suffisant de mon côté, pour vous aimer encore pas mal, pour votre si grande humanité et altruisme. Je le répète, je vous dois tout, et ça inclus ma palingénésie. Quant à tant de ces questions sans réponses, parce que nous ne les avons jamais abordées, parce que nous n’avons jamais eu la moindre confiance, la moindre connivence pour en converser et en rire, et toutes ces questions encore informulées ou lentes à surgir dans la tristesse, je n’ai plus grande inclination pour faire miens des syllogismes abscons, et si je ne suis pas tanné de tenter de circonscrire leurs prémisses, je suis désillu-sionné de leurs corollaires et conclusions.


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