Excerpt for TINTENMAN by Alfredo Sottos by L'UrbaineDesArts Editions NovelingPress, available in its entirety at Smashwords

TINTENMAN


























L’Urbaine des Arts

Librairie Editoriale,

prés Paris, Seine & France.
















Tintenman, oncle aux merveilles ou sapeur d'empire ?

Préface du Professeur Zniewiski

Traduite de l'anglais par Mrs.Bella Voncker



C'est à l'été 72, alors que je passais les traditionnelles vacances familiales à Sant's port dans le New-Jersey, entre deux séries de conférence sur l'école de Paris, que mon inépuisable ami Pié-Pol Angeot me fit le grand honneur de me réclâmer une préface pour le livre qu'il terminait. Je lui demandai

-Cela parle de quoi votre bouquin ?

Pendant que Lisbeth nous servait sous mes bien vieux liquidambars l’une de ces limonades aromatisées dont sa tante de Brooklyn lui a légué la recette, à mettre en oeuvre seulement lors des très grandes chaleurs new-yorkaises ou en cas de conflit thermonucléaire.

-De Tintenman cher Maitre.

-Ouh là-là !

Et je crois bien qu'en même temps je faisais l'un de ces gestes excédés qui m'ont fâché avec bien des gens de par le monde.

De celui-là, je n'en voulais surtout plus entendre parler.

-Trouvez-en un autre, moi je n'en ai pas le courage.

-Mais Professeur, je comptais ... enfin nous lui devons bien ça.

-Bah, bah, je suis trop vieux pour avoir encore des dettes. Encore un peu de limonade ?

Je ne lui avais pas dit que les limonades de tante Thelma avaient des vertus purgatives dont ma foi, je m’accomodais très bien. Notre cher Pié-Pol Angeot m'en voulut quelque temps, et de mon refus aussi.

Je reprenais mes conférences, et le cours de cette interminable tournée qui allait me transporter une fois encore à travers les Etats-Unis d'Amérique, mon incroyable patrie d'adoption.


Avant d'arriver à l'université de Florida, où j'avais en consîgne quelques souvenirs, n'était-ce pas là que trente années auparavant, j'avais rencontré la délicieuse étudiante qui allait devenir ma femme, je me dis qu'afin de commémorer l'événement, je pourrais aussi bien, renouveler un peu mon discours, je repris mes notes, et dans la petite chambre d'étudiant que l'on m'avait réservé à la résidence du campus, je revis, comme on corrige des épreuves, cette époque "obsoléte" .

Vous me croierez ou non, mais le fait est, que le premier visage qui m'apparut fut celui de Tintenman. Je voyais ce grand bonhomme tel qu'il avait toujours existé, fort, large, massif et tellement poète en dessous. Il ressemblait à l'un de ces bûcherons que l'on rencontre quelques fois en Allemagne dans le pays de Bade, énorme et précautionneux, moitié dompteur de papillons, moitié sapeur d’empire.

Il faut se souvenir que les peintres ont longtemps été considérés en France par les autres artistes comme les ratés de la grande famille des arts, au mieux les cousins de province. On les jugeait un peu trop manuels, filant la couleur, flatteurs ou brigands, toujours les mains sâles et l'on estimait que les grandes réussites d'un monsieur David ou d'un Courbet relevait de la courtisanerie la mieux exercée quand ce n'était pas de la pure flibuste malouine.

Ce fut soudain, en cinquante ans les ratés de la famille devinrent les cousins qui avaient réussi. Tintenman fut l'un de ces oncles aux merveilles. Et si l'on considère le peu d'audience qu'a son oeuvre aujourd'hui, après avoir été au lendemain de la grande guerre l'une des seules célébrées en Amérique, il faut s'interroger peut-être sur la trop grande lumière qui nous arriva dessus à l'époque; et l'argent, cette soudaine flambée comme remontée des enfers.

Lorsque je connus, Tintenman, je venais d'arriver à Paris. La ville était en deuil, un deuil unanîme, un malheur de stricte observance, des familles entières de parisiens, frères, pères, cousins et neveux, s'en allaient avec une obstination de boeufs se jetaient sur les lignes allemandes établis en plein champ à portée d'oreille de Paris. Tout cela créait une atmosphère toute particulière, de fin du monde, exactement. Beaucoup d'artistes étaient à la guerre, occupés, soir et matin à la défense de cette patrie décervelée qui engraissait sa terre avec ses meilleurs fils. On a assez chanté ce sacrifice de sang, cette juste et lente éviscération, je n'y reviendrai pas.

Chez les artistes de l'arrière, il y avait grand mal aussi, la peine, la misère, taudis et destins vagues, la tuberculose venait en prime.

Et soudain l'or, qu'avec quelques autres nous avions rapporté des amériques, se mettre là-dessus. La célébrité se planta comme la foudre dans ce camp de maudits, cette conspiration de désespérés. Peu y résistèrent.

Mais j'avance, j'avance entre nos lignes, je parle, quelques uns pourraient m'en vouloir et à l'auteur aussi s'il n'y avait la confidence où demeurera ce livre. En effet, d'un peintre tombé, d'un Tintenman vice-roi puis abattu, on peut bien tout dire, et d'abord notre vérité, peut-être fut-il grand, sûrement il ne fut pas seul, célébré jusqu'au jour où il ne se voulut plus digne de bonne amitié, et renvoya comme on sait, se fâcha avec notre cher Pié-Pol Angeot, qui lui avait pourtant témoigné tant de tendre patience.

Parait-il que dans les derniers temps cet homme issu du meilleur monde, qui avait reçu une excellente éducation, habitait l'un de ces pavillons en meulière, qui sont dans la banlieue de Paris, panthéon de rentier ou villa de plaisance d'anciennes pierreuses. Paraît-il qu’il y serait mort, seul et lointain, anonyme.

Parait-il enfin qu'il ne parait plus trop, je n'en sais rien, sinon qu'aujourd'hui il repose dans les caves encombrées de quelques grands musées américains et d'autant de remarquées collections particulières. Au moins est-il à l'inventaire, c'est déjà ça. Pour terminer, une anecdôte, qui montre l'impuissance où il était sans le savoir, où demeure toute artiste avant son sacre, ou après sa destitution.

Son prénom absurde d'Ugust, lui vint ainsi. Sa mère était une baronne lettone, je crois me souvenir, une femme très intelligente, le plus souvent, mais quelques fois « sobrement imbécile* ». On ne la contredisait pas, son mari, moins que les autres.

-...Il s'appellera Ugust.

Elle prononçait "ou" le U.

L’on fit venir le fonctionnaire de l'état-civil.

-C'est Ugust avec un U.

-Mais madame cela s'écrit « 0 » avec un 0, ou O : A-U.

-Monsieur voudriez-vous me faire croire que vous connaissez mieux mon fils que moi, celui-là s'écrira avec un « U ».

Et Tintenman hérita d'un prénom qui n'existe dans aucune langue.

Voilà comment j'écrivis une préface, presque sans le vouloir, dans une chambre de l'université de Florida un soir d'hiver de cette estivale contrée.

Le lendemain, bien sûr, je me gardais de parler de Tintenman à tous ces jeunes gens.

Palmshell, U.O.F Mansion 25.02.1973
















*en français dans le texte. (n.d.t)











T I T E N M A N

Catalogue sentîmental et raisonné de la vie d'Ugust Tintenman, 1894-1970,

par Pié-Pol Angeot (de l’Institut ).





























1. « Le notaire jaune. »

Tintenman 70.


-...Tintenman mon colonel ?

-Le nom me dit quelque chose ... 'pas un suisse ou quelque chose comme ça ... ça date de l'occupation s'pas oui ?

C'était resté une date dans sa carrière, la période allemande de l'histoire de France. Il était déjà vieilli aux deux-tiers quand la défaite l'avait surpris chez lui en pays de Loire sulfatant ses vignes à Merlot. Elle était arrivée là intempestive, hors de propos, "pourquoi nous ?" comme une mi-temps sifflée chez des cruciverbistes. Les routes étaient encombrées d'émigrants parisiens, il leur avait ouvert ses granges, ses greniers, ses vivres, et à l'envers des fuyards il était monté à Paris, voir l'entrée des allemands, "souffrir sa part".

Pourtant cette défaite n'avait rien à faire avec lui, puisque verse dans le cadre de réserve après les "événements du Rif" et donc bien avant tout le monde. Mais justement fidéle à Lyautey, détestant Pétain, il s'était engagé dans cette nouvelle discipline, la guerre clandestîne, comme un curiste se refait de vingt à la boule après trente de perte à la roulette, pour s'entretenir.

Alors de l'occupation allemande, il s'était longtemps souvenu, puis sa mémoire affairée ne s'était plus occupé de ces instants-là. Depuis trois ans ou presque le colonel était à autre chose, il ne pensait qu'à sa première femme, une Juliette née Bourry morte en couches en 94 et que sur le coup, simple sous-lieutenant, il n'avait su pleurer. Maintenant celà lui venait mieux, son amour, la souffrance qu'il lui devait et qu'il n'avait pu régler sur le champ à cette épouse si blanche, échevelée en ses vingt ans, couchée sur le lit dans la salle commune de la Salpêtriére tenant prés d'elle son enfant mort-né.

Oui depuis trois ans il les pleurait chaque nuit.

-Alors vous dites Titénemane...

Il prononçait ce nom comme une annonce trop élevée:

-...c'était un peintre s 'pas oui ?

Juliette et son deuil de trois ans, ce chagrin qui le rajeunissait, venait de se clore à l'instant devant l'image d’un suisse revenant de l'an 40.

-...Un drôle de peintre ... portait toujours des pantalons à carreaux et il ne peignait jamais à la lumiére du jour, mais toujours le soir, on aurait dit, je ne sais pas moi: une vieille fille à son ouvrage ... oui presque seulement sous la lampe! Il la remplissait d'une huile lourde qui salissait son plafond, un ersatz qu'il achetait en grande contrebande au marché noir, à la station Maubert. Tout son appartement puait le mauvais goudron... Quelle époque ! Eh bien ... quoi votre suisse qu'est-ce qu'il me veut don’ !

-Il est mort mon colonel.

-Ah...

Homme poli, éduqué dans la cavalerie, il était prêt à en convenir et à livrer les salutations d'usage, même s'il tapôta le sol du chemin humide entre les prés où ils étaient, l'océan et le soir l’attendaient à quelques pas, il serait bien descendu y fumer une pipe avec Juliette. Il en était même impatient.

Toute sa vie il avait très bien réussi l'impatience, surtout devant la troupe alors pourquoi pas face à ce notaire hippie, en costûme jaune et cheveux dans le cou qui l'importunait depuis bientôt une heure avec des souvenirs qui n'étaient même plus de saison ?

-Et si je me suis permis de vous déranger c'est que voyez- vous... il vous a désigné pour ... héritier...

-Quoi ? Voulez-vous bien répéter mon jeune ami ?

-Il vous a désigné comme légataire et…

-J’avais bien entendu. Héritier ! Héritier moi ! Est-ce que vous foutez de moi mon garçon ? Héritier, je vais avoir cent ans et c'est le moment... je vous en foutrai et d'abord qu'est-ce que c'est cette tenue, vous êtes un chien jaune, un hirsute, malgré mon âge je ne suis pas encore prêt à tout voir et tout entendre mon jeune ami.

Voilà il était parti le centenaire, c'était réussi.

« Il trôtte ce vieux con murmura le notaire jaune » en lui courant après, en le rattrapant à deux pas du large.

-Ecoutez-moi mon Colonel, c'est très simple, voyons, monsieur Tintenmann n'avait plus de famille, il vous a connu pendant la guerre, il était dans votre réseau de résistance.

-Ah là affirmatif. Il s'appellait: Benoît XV. On portait chacun un nom de pape c'était monsieur le Professeur Gerbert qui en avait eu l'idée, le pauvre homme.

-C'est celà, je vous disais donc: monsieur Tintenman a appris que vous étiez encore vivant ... enfin vous restiez son chef, étant donné votre autorité morale passée il est normal qu'il ait pensé à vous pour être son légataire universel ... mon colonel voyons...

-Vous avez fait votre temps au moins ?

-Le service ... oui ça pas de problême... j'étais dans les chasseurs alpins et ... enfin c'était bien.

-Où ça ?

-A Dijon.

-Et voilà ça continue.

-Mais non, j'étais à l'état-major de liaison inter-régions.

-Le coup de piston quoi ... et qu'est-ce qu'il faudrait faire ?

-Aller à mon étude, pour l'ouverture de la succession le Jeudi 15 courant ... Maître Ziegler l'avoué de Monsieur Tintenmann sera présent. Mon étude se trouve rue de Lowendal c'est à Paris.

-Je connais mal ... Paris ... rue de Lowendal c'est loin de la Salpêtriére... l'hopital ?

-Oui, non, je pourrais vous y emmener en voiture si vous le voulez.

-Je voudrais oui ... voilà ma fille, surtout on n'en parle pas s'pas oui ? Pardonnez-moi mais ... écoutez votre suisse-là, votre peintre, c'était un con ... si si mais chut...



















2. « Colonel grand centenaire. Sous la garde. » Genéve.

Tintenmann 71.


-...et alors ils ne sont pas là les anciens, personne de chez nous, la famille... ils ne viendront plus ?

-Mais papa, ils sont en route, tous, mais avec le mauvais temps qu'il y a tu sais, ils ont pris la Bellevilloise, seulement le bateau va mettre du temps à faire la traversée du lac...

Dans la grosse villa Postdamo-Bismarckienne au bord du lac Léman, les invités du centenaire se faisaient attendre. Une fanfare de chambre de quarante choristes se mettait en voix juste à côté dans le salon de musique. C'était le maestro Wilfrid Stomp, un célébre voisin, qui avait accepté de diriger la fanfare municipale le temps de la fête, un caprice de la fille du colonel qui leur avait coûté assez cher en dollars mais maintenant ils avaient de quoi se montrer mélomâne.

L'orage était lui en avance, il commençait à remuer les eaux et secouer les alentours.

-On n'aurait pas dû faire ça ici. On n'est pas chez nous.

Le Colonel redoutait plus que tout de se retrouver seul devant le gateau commémmoratif de son siécle, seul au dessus des hauts fonds de son existence. Il y avait bien sa fille, mais elle était trop maigre. Depuis quelque temps il lui reprochait sa maigreur grandiloquente et leur emménagement ici.

-Pas chez nous ? Mais qu'est-ce que tu dis Papa ? Bien sur que nous y sômmes. Tout celà est à nous maintenant.

Et elle contemplait leur bien avec une satisfaction de crémier après la fermeture. Par le jeu des remises de peine, et selon la logique des tables d'actuaire elle se voyait régner là-dessus avant cinq ans.

-Ah j'entends un bateau, papa. C'est sûrement eux.

Elle alla à la fenêtre murmura:

-Non, c'est juste un canôt automobile.

Et elle s’en revint s'ennuyer prés de son père.


*


Du canôt, sous la pluie, il n'avait débarqué qu'un unique passager, un paralytique que trois hommes manoeuvrèrent à bout de bras, jusqu'à le mettre sur le ponton et l'emmener en chaise roulante à fond de train vers la villa, sous la protection d'un parapluie de chasseur.

A cause de la musique d'à côté, du mauvais temps autour ou du spectacle donné par les nombreux domestiques légués par Tintenman en même temps que la maison et que le Colonel et sa fille regardaient souvent comme là, manoeuvrer, réciter leur maniement, et rebatir en quelques passes, un buffet prodigieux sous l'autorité d'un maître d’hôtel anglais obéi comme Pharaon.

Bien sûr ils étaient chez eux, et la fille maigre s'essayait parfois au commandement. Le Colonel qui pourtant n'avait jamais manqué d'ascendant sur la troupe y avait, lui, renoncé une fois pour toutes.

-Ma pauvre fille tu n'as pas compris qu'ils se passeraient volontiers de nous.

Et c'était vrai qu'ils n'avaient pas l'habitude de maîtres aussi "crampons", quelle idée de vivre ici à demeure, de ne rien goûter de la saison à Paris ou Londres pour au final leur faire un quotidien si prévisible. Ils étaient là pour servir l'ordinaire du luxe comme on entretient un caveau de famille, pas pour partager une relégation de rentiers.

-Monsieur Pié-Pol Angeot est arrivé. Annonça l’anglais maître d’hôtel qui recomptait ses mots à la fin de la journée.

L’arrivant impressionnait, beaucoup de théatre enfermé dans une frilosité prudente de cantatrice. Echarpe, chapeau, manteau, noirs, l'oeil au bleu, le sourire ras. Séduisant et intentionné.

-Mademoiselle, mon Colonel, et comment allez-vous?

Le début d'acte était bien dans le ton. La fille maigre s'avança toute prête à lui donner la réplique.

-Monsieur Pié-Pol Angeot comment celà se passe de l'autre côté du lac, nous attendons nos invités et nous sômmes un peu inquiets maintenant.

-Il ne faut pas, le temps est détestable mais nous en avons vu d'autres n'est-ce pas mon colonel.

-Vous je n'en sais rien, moi je n'ai rien connu de pire que la Suisse.

-Pour ma part, je m'y trouve bien, je suis là depuis 47, après les grèves insurectionnelles. Mais je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps, d'autant que vos invités ne vont plus tarder. Je ne suis venu que pour prendre les tableaux, j'ai avec moi ces jeunes gens qui vont m'aider à tout transporter.

Le Colonel cette fois fit face, de la musique d'à côté il ne restait qu'un vieux cor en l'air qui chantait comme en fin de curée.

-Les tableaux ? Quels tableaux ?

-Mais Papa tu sais bien, l'atelier de monsieur Tintenman, monsieur Pié-Pol-Angeot a accepté de nous en débarasser.

-Il est trop aimable.

-Mais c'est toi qui voulait, tu ne les aimais pas, tu m'avais dit...

-J'ai changé d'avis.

-Mon Colonel je suis bien entendu tout disposé à vous dédommager pour la gêne que le déménagement de ce fonds d'atelier pourra vous causer.

-De l’argent ! Mais mon pauvre, nous sômmes riches à millions maintenant ! Non, ils m’ont été confiés, ils sont à moi, je les garde c'est tout !

-C'est votre dernier mot ?

-Oui ? Enfin si vous insistez le dernier viendra plus tôt que vous ne le croyez.

Il s'était levé de sa chaise, le paralytique, il était debout, plus du tout homme du monde. La fille avait reculé, en même temps que les trois porteurs s'apprôchaient, à peu prés menaçant.

-Herr Oberst pour l'aubade, vous avez des préférences ?

Le maestro Wilfried Stomp avait passé la tête à la porte et Pié-Pol-Angeot se rassit.

-Une préférence ? oui ... vous connaissez : "Perles de musette" Maestro ?












3. « La Bellevilloise. Genéve. »

Tintenman 71.


Dans l'atelier de Tintenman, entre les toiles accumulées, le Colonel marchait. il patientait, ses invités ne tarderaient plus. Il aimait venir ici chaque matin, découvrir un nouveau tableau, le regardait longtemps, comme un chien dévisage son maître, il n’y comprend rien mais sait qu’il le nourrira bien. Il commençait à avoir de l’estîme pour le peintre, car enfin ce n'était pas n'importe quoi, il y avait même de ces visages d'enfant :

-... bien, très bien…

Il n’y avait plus que cela pour l’émouvoir, en, un an, il avait imaginé un peu plus son fils mort-né, il en aurait fait heu ... un soldat ... non ... non plutôt un homme heureux. Il sortit son mouchoir ample de garde-barrière, s'essuya les yeux. Est-ce que l'on pleure encore à son âge, en tout cas est-ce que ça compte encore ?

Il s'arrêta devant un « 60 figure » encore sous son drap et l’inaugura d'un geste modeste de sous-préfet. Là-dessus on voyait l'atelier du Suisse à Paris, rue Larribot, en 1941, Tintenman au premier rang faisant le portrait d'un inconnu, on n'apercevait rien du modéle, masqué par le peintre, sinon un oeillet rouge sur le rabat de sa veste. En bas, était le titre et la date:

« Le diable à l'oeillet rouge. Tintenman 43. »


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