MA DANSEUSE PARTICULIÈRE
Stephen Leather
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Published by:
Stephen Leather at Smashwords
Copyright (c) 2011 by Stephen Leather
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Titre original : Private Dancer
Les personnages de ce roman sont imaginaires et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, ne pourrait être que fortuite.
Ma Danseuse Particulière - Copyright 2007
Traduction de l’anglais par Roland Ducrot
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BANGKOK 1996
L’année du Rat
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PETE
Elle est morte. Joy est morte. Joy est morte et je l’ai tuée. Je l’ai tuée et maintenant je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne sais pas ce que je vais faire sans elle et je ne sais pas ce qui va se passer quand ils vont découvrir qu’elle est morte. Ils vont savoir que c’est de ma faute. J’ai saccagé la chambre, mes empreintes seront partout. Le gérant de l’immeuble m’a vu sortir en courant. Le mec dans la chambre lui aussi se rappellera de moi. Ses amies savaient que nous étions toujours en train de nous engueuler et elles savent où j’habite.
Le chauffeur de taxi n’arrête pas de me regarder dans le rétroviseur. Il doit voir à quel point je suis bouleversé. Il faut que je reste calme mais c’est difficile. J’ai envie de lui crier après, de lui dire d’appuyer sur l’accélérateur et d’aller plus vite mais on est bloqué à un feu rouge et on ne va pas bouger de là pendant un moment. Devant nous, il y a un éléphant qui bat de la trompe avec un gars qui porte un panier de bananes. Un groupe de touristes donne de l’argent au type, il leur donne des fruits pour nourrir l’éléphant.
- Chang, dit le chauffeur. Éléphant en Thaï. Je fais celui qui ne comprend pas et continue à regarder par la fenêtre. Une rue de Bangkok typique, sur le trottoir des alignements de vendeurs de nourriture, des étals remplis de vêtements bon marché, l’air palpable à cause des fumées des motos et des bus. Je vois mais je ne regarde pas. Tout ce qui me vient à l’esprit, c’est Joy.
C’est comme si le temps autour de moi s’était arrêté. Plus rien, mort. Je respire et je pense mais tout le reste est immobile. Elle est morte et c’est ma faute. Ils verront mon nom, tatoué sur son épaule, gravé sur son poignet et ils sauront que tout est de ma faute. Je ne me fais pas de soucis sur ce que la police va faire. Ou sa famille. Ils ne peuvent rien faire pour que je me sente plus mal que maintenant assis, immobile, à un feu rouge en regardant des touristes obèses, qui nourrissent un éléphant avec une chaîne autour du cou, à coup de bananes. Je sais avec certitude, que je ne peux pas continuer à vivre sans elle. Ma vie se termine avec sa mort parce que je ne peux pas vivre avec la culpabilité. Joy est morte et c’est moi qui l’ai tuée, donc il faut que je meure aussi.
* * *
BRUCE
J’ai toujours su que ça se terminerait mal. Joy était une chic fille et qu’elle ait menti ou non à Pete, elle ne méritait pas de mourir, pas comme ça. C’est vrai que c’est une fille de bar mais elle y avait été forcée, elle n’avait pas choisi cette vie là elle-même et je sais qu’elle voulait que Pete la sorte du milieu des bars. J’étais choqué quand j’ai su ce qui c’était passé. Maintenant, je ne sais pas ce qui va arriver à Pete. C’est comme s’il était sur pilote automatique en direction de l’oubli. J’ai un mauvais pressentiment mais je ne peux rien faire. Il va falloir qu’il se mette en face de ses actes. Il aura la mort de Joy sur la conscience, jusqu’à la fin de sa vie. Pour être honnête, je ne sais pas comment il va pouvoir vivre avec ça.
* * *
BIG RON
Joy est morte, ah ? Je ne peux pas dire que j’ai été surpris quand Bruce m’a annoncé ça. Est-ce que ça me travaille ? Est-ce que je m’en fous ? Je ne vais pas pleurer sur la mort d’une fille de bar. C’est pas vraiment une carrière avec un bel avenir, non, une fois fait le tour des drogues et des risques qu’elles prennent. Des filles de bar meurent tous les jours. Des overdoses, des suicides, des accidents de moto. Et de la façon dont Joy se moquait de Pete, je suis surpris qu’il ne l’ait pas fait depuis longtemps. C’était une pute menteuse et elle méritait ce qu’elle a eu, c’est tout ce que je pense. En ce qui concerne Pete, j’sais pas ce qui va lui arriver. S’il est pas idiot, il va prendre le premier avion au départ de Bangkok.
* * *
PETE
Je ne sais pas si ça a été le coup de foudre mais ça n’en était pas loin. Elle avait les plus longs cheveux que j’aie jamais vu, d’un noir de geai, qui descendaient presque jusqu’à sa taille. Elle souriait tout le temps et elle avait de doux yeux marron, qui me faisaient fondre, des jambes si longues, qu’on aurait dit qu’elles ne s’arrêteraient jamais et un corps à mourir. Elle était complètement nue, sauf une paire de boots en cuir noir, avec des chaînes chromées sur le côté. Je crois que j’ai craqué pour les boots.
Je ne connaissais pas son nom et je ne pouvais pas parler avec elle car elle était déjà occupée avec un gros chauve avec un téléphone portable qui n’arrêtait pas de lui tripoter la poitrine en la faisant sauter sur ses genoux. Elle dansait au Zombie Bar, c’était l’une parmi la centaine de danseuses de ce bar et, entre ses vingt minutes de danse, elle devait se faire payer des verres par les clients. J’essayais d’attirer son regard, mais elle était trop occupée avec le chauve et au bout d’une heure, elle s’est changée. Habillée d’un jean et d’un tee-shirt, elle est partie avec lui. Ils étaient obscènes tous les deux, il devait faire cent trente kilos et il était assez vieux pour être son père.
J’étais avec Nigel, un type que j’avais rencontré au bar de Fatso, dans la rue des Go-go [1] bars de Nana Plaza. Nigel était beau mec avec les cheveux noirs, longs, sans frisettes, un sourire de star et un bandeau sur l’œil La première fois que je l’ai rencontré, j’ai pensé qu’il le portait pour faire une blague et je n’arrêtais pas de le mettre en boite mais j’ai appris ensuite qu’il avait perdu un œil quand il était adolescent. Un accident stupide avait-il dit, en grimpant sur une barrière avec des fils de fer barbelé, dans la ferme de ses parents. Il avait un œil de verre mais il portait quand même l’œillère. On peut dire que ‘ça me confère un certain mystère’, disait-il. Avec ça, il ressemblait à un idiot si voulez mon avis.
C’était l’idée de Nigel d’aller au Zombie. C’était l’un des bars les plus chauds de Bangkok, disait-il. Pour moi, c’était la première fois. J’étais arrivé à Bangkok deux jours plus tôt et je ne savais pas ce que j’allais trouver. C’était une révélation. Deux niveaux surélevés de pistes de danse, avec sur chacun, une douzaine de belles filles qui dansaient autour de piliers en acier chromé. La plupart d’entre elles, nues. Autour des bars, il y avait des petites tables et des serveuses en chemisier blanc et jupe noire s’affairaient pour prendre les commandes et servir les verres.
- Elle est belle, hein ? Dis-je à Nigel, tandis que la fille passait près de nous en tenant le chauve par la main.
- Elles sont toutes belles, dit-il en clignant de l’œil à une fille sur la piste.
- Non, celle-là est spéciale. Et je ne parle pas seulement des boots.
Nigel buvait sa bière Singha à la bouteille et il s’essuya la bouche avec le revers de la main.
- Pete, laisse-moi te donner un conseil. De source sûre. Ce sont toutes des putes. TOUTES et chacune d’elles. Paie leur le bar-fine [2], emmène-les dans un hôtel de passe, baise-les à t’en faire péter les couilles et puis, paie-les. Mais quoi que tu fasses, ne rentre pas dans le jeu. Crois-moi, ça n’en vaut pas la peine.
J’ai regardé la fille et son client disparaître derrière le rideau qui protégeait l’entrée du bar.
J’ai demandé à Nigel comment ça marchait, comment on faisait pour sortir avec une fille. Il m’expliqua le système du bar-fine. On paie le bar – ça varie entre quatre cents et six cents Bahts (huit à douze Euros), en fonction du bar où on se trouve et la fille est prête à partir avec vous. Ce qu’on fait ensuite est laissé au choix de chacun mais en principe le client emmène la fille dans un des nombreux hôtels de passe, à quelques pas du Plaza. Ce qu’on donne à la fille dépend de ce qu’elle a fait et de la générosité du client, encore une fois ça va de cinq cents Bahts à deux milles Bahts (dix à quarante Euros), plus, si on veut passer la nuit avec la fille.
Nigel fit un signe de la main, montrant les pistes, remplies de filles.
- Vas-y, choisis en une.
J’ai hoché la tête. Il n’y en avait pas une seule que je voulais.
* * *
NIGEL
C’est drôle de regarder la tête des nouveaux venus, quand ils entrent dans un Go-go. Leur bouche bée et leurs yeux sont exorbités, ensuite ils se font l’image d’un homme décontracté, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde que de se trouver en face de douzaines de filles nues. Pete ne fit pas exception à la règle. Il s’assit en buvant un gin tonic, les yeux allant de droite à gauche, essayant de tout enregistrer. Je suis en Thaïlande depuis plus de cinq ans, je suis donc assez blasé avec tout ça. J’ai pratiquement tout vu ici. La baise en directe, la baise entre lesbiennes, la baise entre homos, même la baise avec un berger allemand une fois, et maintenant, plus rien ne me choque ou ne me surprend.
Pete avait l’air d’un gars sympa. Un peu calme, un peu sérieux, mais après quelque mois à Bangkok, il devrait se libérer. Il a été envoyé en Thaïlande pour mettre à jour un guide de voyage, un de ces livres qu’on voit toujours dans les mains des routards qui cherchent à rester dans un endroit pas cher. C’était son premier voyage en Asie du Sud-est et donc, j’ai décidé de lui montrer les endroits les plus chauds de Bangkok.
Il y a trois endroits principaux de débauche à Bangkok – Nana Plaza, Patpong et Soi Cow-boy. Nana est mon préféré. Soi Cow-boy est trop calme, les filles n’y sont presque jamais topless et elles ne font pas de spectacle. A Patpong, il y a trop de touristes : les shows sont bons, mais il y a trop de rabatteurs qui veulent vous faire entrer dans leurs bars. A Nana Plaza, c’est là que les ‘expats’ [3] vont. C’est plus décontracté et à mon humble avis, les filles sont plus belles. Il y a une vingtaine de bars, sur trois étages, qui surplombent une grande place au milieu de laquelle il y a d’autres bars. Les bars à l’extérieur sont bons pour boire un verre tranquille, mais tout se passe dans ceux qui sont fermés avec un rideau. Zombie est le meilleur, mais j’aime aussi beaucoup le G-Spot et le Pretty Girl. Dès que nous avons été assis, Pete a commencé à regarder cette fille. Elle était nue, sauf ses boots et elle dansait. Beau corps, de très jolis cheveux longs. Le visage était O.K., mais je ne regarde jamais le tablier de la cheminée quand je suis en train de bouter le feu, si vous voyez ce que je veux dire.
Je voyais bien qu’il était intéressé mais il ne pouvait même pas établir le contact visuel avec elle. Elle était en plein travail sur un gros Allemand, à sourire en lui montrant ses seins pour maintenir l’intérêt. Pete en était fou de colère. Il en était presque à grincer des dents quand elle partit avec l’Allemand. Je pensais que ça allait lui passer. Je veux dire qu’il y a quand même plein d’autres poissons dans la mer, non ?
* * *
PETE
Je suis retourné plusieurs fois au Zombie mais elle était toujours occupée, en général avec des Allemands obèses. Ils s’asseyaient à côté d’elle, la tripotaient, lui payaient des verres, son bar-fine et l’emmenaient dans un hôtel de passe. Á mon quatrième passage, elle était enfin libre. Je lui ai souri, pendant qu’elle dansait et elle m’a souri en retour. Elle ne dansait pas très bien, elle se tenait tout simplement au pilier chromé avec sa main droite, le petit doigt tendu, comme si elle buvait un café. De temps à autre, elle rejetait ses longs cheveux qui lui venaient sur le visage avec la main gauche. Quand son tour de danse fut finit, elle descendit en courant de la piste et s’entoura la taille d’un châle à motif léopard. Elle vint vers moi en regardant au sol timidement et en tendant la main droite. On s’est serré la main, cette formalité semblait complètement idiote car elle avait encore la poitrine nue.
- Hello. Comment vas-tu ?
- Ça va bien, merci, dit-elle. Et vous ?
Je souris à son anglais guindé et tapotais le siège libre à mes côtés. Elle s’assit, ses jambes pressées contre les miennes.
- Comment t’appelles-tu ?
- Joy, dit-elle.
Je lui ai demandé ce qu’elle voulait boire et elle a répondu : « cola ». J’ai accepté, elle a retiré ma note du gobelet et s’est dirigée vers le bar, elle revint avec un petit verre de Coke. La note faisait figurer le total des verres que j’avais acheté.
- Santé, dit-elle, et nous avons trinqué.
Son anglais n’était pas bon mais ça n’avait pas d’importance. On est resté assis pendant près d’une heure à regarder les danseuses. Puis elle s’est levée.
- Il faut que j’aille danser, maintenant.
- Et si je payais ton bar-fine ? Ai-je offert.
- Tu veux aller faire une passe avec moi ?
Ce n’était pas ce que je voulais – je souhaitais juste qu’elle reste encore à côté de moi, pour un moment – mais je ne lui ai rien dit. De plus, si je ne payais pas son bar-fine, je suis sûr que quelqu’un d’autre l’aurait fait.
- Okay.
Elle tendit la main et je lui ai donné cinq cents Bahts. Elle alla jusqu’au caissier, tendit l’argent et me fit signe qu’elle allait se mettre en tenue de ville, en pointant une porte, j’ai pensé que c’était le vestiaire. Dix minutes plus tard, on était au lit.
Pour être honnête, la baise ne fut pas des meilleures. Je veux dire que c’était super d’être avec elle, elle avait un corps fantastique, et elle faisait tout ce que je lui demandais mais elle ne prenait aucune initiative. C’était trop passif. Je n’aurai pas vraiment dû être surpris, je pense, car je la connaissais seulement depuis à peu près une heure et nous étions là, nus, dans un hôtel de passe.
L’hôtel, c’était son idée. Il était au premier étage de Nana Plaza, à moins de cinquante mètres du Zombie. J’avais ma chambre à l’hôtel Dynasty sur le Soi 4, mais je ne voulais pas la ramener là-bas car je pensais que le personnel en aurait fait des gorges chaudes. Il y avait un vieux bonhomme à la réception qui lisait une bande dessinée thaïe, il me demanda quatre cents Bahts pour la chambre pendant deux heures et dix Bahts pour un préservatif. Il ne leva même pas les yeux en prenant mon argent. Joy prit la clef et partit vers la chambre. Manifestement elle connaissait les lieux.
Après, quand tout fut fini, elle partit sous la douche et quand elle revint elle s’était entourée de l’une des deux serviettes de bain, râpée, que fournissait l’hôtel. Je voulais m’allonger à ses côtés, la serrer dans mes bras et lui parler mais elle était beaucoup plus intéressée de retourner au bar. Je pouvais le comprendre – elle travaillait et j’étais un client payant – mais je voulais être plus que ça. Je voulais qu’elle s’intéresse à moi, comme moi, je m’intéressais à elle. Je lui ai posé des questions sur sa famille, où elle était allé à l’école, depuis combien de temps elle travaillait dans les bars mais son anglais n’était pas bon et mon Thaï n’existait pas encore, donc elle se contentait de sourire et d’approuver, ou de sourire et de hocher la tête.
Elle s’assit sur le lit et attendit que j’aie fini de prendre ma douche puis nous sommes retournés au Zombie, ensemble. Je ne voulais pas rentrer dans le bar, donc on s’est assis dehors et je lui ai payé un cola. Je lui ai expliqué que je partais à Hong-Kong le jour suivant. Il fallait que je voie l’éditeur régional du livre que je mettais à jour. Tout à coup, elle eut l’air concerné.
- Alors, je ne vais pas te revoir ?
J’étais touché. Peut-être qu’elle s’intéressait à moi, après tout. Je lui ai dit que je revenais dans à peu près une semaine.
Elle haussa les épaules.
- Je ne te crois pas. Je pense tu reviens pas.
J’ai eu une idée. J’ai ôté la chaîne en or que je portais autour du cou. Elle valait environ cent Livres Sterling. Je l’ai passée autour de son cou.
- Voilà, comme ça tu sais que je dois revenir, pour récupérer mon or.
Elle sourit et mit ses bras autour de mon cou en me donnant un baiser Thaï. Pas avec les lèvres, ce n’est pas la mode Thaïe. Elle mit son nez contre ma joue et sniffa. Elle sentait bon, le frais et le propre, comme si elle était allée se promener dans un champ mais je savais que c’était le savon de mauvaise qualité qu’elle avait trouvé dans la salle de bain.
- J’espère que tu vas me revenir.
* * *
JOY
Pour être honnête, je n’ai jamais pensé que je le reverrais. Il avait un peu bu je crois, et bien qu’il m’ait donné sa chaîne en or, je pensais qu’il m’aurait oublié dès son départ de Bangkok. Beaucoup de farang [4] sont comme ça : vingt minutes après vous avoir rencontré, ils commencent à vous dire qu’ils vous aiment et qu’ils veulent vous épouser. Ils le disent mais ils n’en pensent pas un mot. Un Thaï, ne dirait jamais qu’il vous aime aussi rapidement. Je ne pense pas que mon père n’ait jamais dit à ma mère qu’il l’aimait, seulement le jour où elle est morte. Je ne veux pas dire qu’il ne l’aimait pas, au contraire mais il n’a jamais vraiment dit les mots. Les farang sont à l’opposé. Ils le disent mais ils ne le pensent pas.
Il avait l’air bien. Il m’a dit qu’il avait trente-sept ans, mais il avait l’air plus jeune. Il n’était pas gros, comme la majorité des farang qui viennent dans le bar et il ne perdait pas ses cheveux non plus. Il n’était pas très beau mais il avait le visage doux et des yeux vraiment bleus. Je pense que c’est ses yeux dont je me souviens le plus. Ils étaient bleus et doux.
Il avait un peu bu quand il est parti et je pensais qu’il m’aurait complètement oublié en mettant les pieds dans l’avion. Je me souviens avoir été déçue que la chaîne ne soit pas plus grosse.
La baise ? Je ne me souviens même pas comment c’était avec lui. J’essaye de ne pas penser à ce que je fais quand je suis au lit. J’essaie de tout effacer, de ne penser qu’à l’argent. Ce n’est pas faire l’amour, ce n’est même pas sexuel, si vous voyez ce que je veux dire. Je suis là sur le lit et il y a un farang avec moi mais je lui laisse faire ce qu’il veut. Tendre ou brutal il n’y a pas de différence pour moi, j’attends seulement que ça se termine. En principe ça ne prend pas plus de dix minutes. Il y a des filles qui gémissent, en simulant, elles disent qu’ils finissent plus vite, mais moi, je ne fais pas ça. Je ne veux rien faire, je veux que ce soit eux qui décident de ce qu’ils font. Normalement, je m’allonge simplement sur le dos. Je déteste quand ils me demandent d’aller sur eux, parce qu’à ce moment-là, ils veulent que ce soit moi qui bouge, qui fasse tout le travail et je n’aime pas ça.
Il ne m’a pas demandé combien il fallait qu’il me donne, et avant que nous quittions la chambre, il m’a donné mille Bahts. Je lui ai dit que ce n’était pas assez. Il a eu l’air gêné. Je pense qu’un de ses copains avait dû lui dire que mille Bahts était le prix normal. Beaucoup de filles le feraient pour ce prix là, certaines feraient même une passe pour cinq cents Bahts, mais moi, je ne le fais jamais pour moins de quinze cents. Et s’ils veulent que je reste la nuit entière, c’est trois milles. Enfin, j’ai dit à Pete qu’il devait me donner quinze cents et il l’a fait.
* * *
ALISTAIR
Pete travaille pour la société depuis plus de cinq ans et c’est un bon opérateur. Rapide, fiable et précis. Il a fait notre guide sur Londres et il a été assistant pour les guides sur la France et l’Espagne. Je le connais depuis qu’il a rejoint la société, en fait je faisais partie du comité qui l’a interviewé. C’était un journaliste dans une petite feuille de choux, dans le ‘West Country’, puis il a commencé à écrire pour les voyages et il était free-lance pour certains journaux nationaux quand je l’ai embauché. Je m’entends bien avec lui, professionnellement et personnellement parlant, aussi. Quand nous avons commencé à rechercher quelqu’un pour revoir notre édition sur le Sud-est asiatique, je n’ai pas hésité une seconde avant de citer le nom de Pete.
Son prédécesseur avait eu une mauvaise expérience en Thaïlande. Pour commencer, il nous a joué la corde du natif. Il s’appelait Lawrence, il venait d’Australie. Il avait travaillé pour nous au siège social de Perth et, il y a environ dix ans, il a demandé à être transféré à Bangkok. Au début, il travaillait bien, il avait fait un très bon travail sur la troisième édition de notre guide sur la Thaïlande mais il commença à ne pas respecter les délais de remise de documents et à fournir des copies de mauvaise qualité. Il a été rappelé à Perth, pour une bonne engueulade, les choses se sont arrangées pendant quelques mois mais à ce moment-là, il s’est marié à une fille locale et il a recommencé à bâcler son travail.
Lawrence a reçu deux mises en garde écrites, mais elles n’ont pas produit le moindre effet. La société m’a demandé de prendre l’avion pour aller lui parler. Il vivait dans une petite maison près d’un canal à l’odeur nauséabonde, pas d’air conditionné ni d’eau chaude, avec une fille qui avait la moitié de son âge. C’était un joli petit jouet et il était évident que Lawrence en était fou. J’ai compris que Lawrence faisait tout pour elle. La cuisine, la lessive, il s’occupait aussi du bébé. Ils avaient un fils, je pense qu’il avait six mois quand je l’ai vu. Aussi beau qu’un bouton de rose mais, pour être honnête, il avait l’air cent pour cent Thaï. Lawrence était gaga du gamin, donc je ne voulais pas semer le doute en lui disant que je ne voyais pas de ressemblance entre lui et le gamin.
- Tu ne trouves pas qu’il a mon nez ? demandait-il en permanence.
Quoi qu’il en soit, deux mois plus tard, je suis revenu le voir pour lui donner une étude de personnalité à faire. Lawrence est parti dans le Triangle d’Or pour vérifier un nouveau Casino qui venait d’ouvrir. Il a été piqué par un moustique et a pris l’encéphalite Japonaise. Il en est presque mort. Ils l’ont emmené rapidement à l’hôpital de Chiang Rai, et ils l’ont mis sous une machine d’assistance médicale. Sa femme est venue le voir, elle a parlé avec les docteurs et elle a disparu. Il ne l’a jamais revue, ni le gamin. Elle a vendu la maison, a pris tout ce qu’elle pouvait emmener pour retourner dans son village.
Les parents de Lawrence sont venus pour prendre soin de lui. Ils l’ont ramené en Australie dès qu’ils ont pu. Il est toujours dans un fauteuil roulant et c’est à peine s’il peut parler. La dernière chose que j’ai entendue c’est que les docteurs avaient fait tout ce qu’ils avaient pu mais que les dommages cérébraux étaient irréversibles. Une putain de triste histoire. Et toujours pas de nouvelles de sa femme ou de son gamin.
Je ne pense pas que Pete va prendre le même chemin. Il est trop intellectuel pour ça. De plus, il a déjà été marié. Il a divorcé à l’amiable, juste avant de commencer à travailler pour la société. Ils ont vendu la maison, partagé le montant de la vente et ils se sont divisé le contenu à parts égales. Je crois que le seul problème était de savoir qui devait garder le chat mais, comme Pete voyageait beaucoup, ce ne fut pas un sérieux problème. Mais revenons à nos moutons, je n’ai jamais pensé qu’il se précipiterait une fois de plus dans le mariage, donc il était le meilleur des choix pour Bangkok.
Pete est venu à Hong-Kong, pour quelques jours afin que nous puissions travailler sur les têtes de chapitre du nouveau guide sur la Thaïlande. Nous voulions mettre un peu de peps dans le style pour attirer une clientèle plus jeune, plus de photographies, plus d’infos sur la vie nocturne et tout le bazar. Le siège social, avait aussi décidé de mettre en place une série de guides sur les villes thaïes pour maximiser la masse d’information disponible. En Thaïlande, ça veut dire, Bangkok, Chiang Mai, Udon Thani, Pattaya et Phuket. Ils avaient aussi eu l’idée d’un livre complètement nouveau, un genre de livre de cuisine avec des informations touristiques, de façon à ce que les lecteurs puissent cuisiner les plats qu’ils avaient mangés pendant leurs vacances, une fois rentrés chez eux. J'avais demandé à Pete d’éditer ce livre et il était enthousiaste. Il fallait qu’il compile les recettes Thaïes, mais ce n’était pas un gros surcroît de travail parce qu’une partie de sa tâche consistait à visiter le plus de restaurants et de cafés possible, donc tout ce qu’il avait à faire était de récupérer les recettes quand il se déplaçait. Nos correspondants dans la région avaient reçus les mêmes consignes et c’était le travail de Pete de les collationner et d’insérer les informations touristiques et les adresses d’hôtels que nous avions déjà. Ce serait un livre haut de gamme, au sommet de la série de nos guides pour routards dans la région, et j’étais sûr que Pete s’en sortirait très bien.
Il habitait chez moi et nous sommes sortis ensemble quelques soirées, mais Pete semblait avoir la tête ailleurs. Je pense qu’il n’avait qu’une envie, commencer le travail.
* * *
PETE
Je suis rentré à Bangkok tôt dans la soirée, j’ai laissé mes affaires à l’hôtel et je me suis précipité au Zombie. Joy ne portait pas ma chaîne en or, ni quoi que ce soit d’autre, seulement les boots. Quand elle m’a vu, elle sourit et me fit un signe, j’ai commandé un gin tonic et j’ai attendu qu’elle finisse son tour de danse.
Elle s’enroula la taille avec le châle en imprimé léopard, se précipita vers moi, en me donnant un gros baiser sur la joue et en me serrant dans ses bras. J’ai commandé un cola et j’ai passé mon bras autour d’elle.
- Je ne pensais pas que tu allais revenir, Pete.
Je ne pouvais pas m’arrêter de sourire. Elle s’était souvenue de mon nom.
- J’avais dit que je reviendrais.
- Je ne pensais pas te revoir.
Je lui ai demandé où était la chaîne en or et elle a détourné le regard. On aurait dit une écolière qui a été prise en train de voler des gâteaux dans la boite.
- Je suis désolée, Pete, pas d’argent.
Mes espoirs s’effondraient. L’or n’avait pas de valeur sentimentale, mais j’avais espéré, qu’en portant la chaîne, elle se souviendrait de moi.
- Tu l’as vendue ?
Elle secoua la tête.
- Pas vendue. Elle fit un geste avec son pouce, en le pressant sur le bar. Nigel m’avait expliqué que les filles de bar mettent souvent leur or au Mont de Piété et elles signent en mettant l’empreinte de leur pouce. Elle avait mis ma chaîne en gage. Elle sourit largement.
- Si tu me donnes trois milles Bahts, je la récupère pour toi.
Elle regarda au sol, soudainement timide, et je sentis mon cœur fondre. Je ne pouvais pas être en colère contre elle.
Je promis :
- Okay, je te donnerai l’argent.
Elle sourit et me donna un baiser rapide sur la joue. Sa poitrine dénudée vint caresser mon bras. Certaines filles dansaient nues, comme Joy, mais d’autres portaient des bikinis complets. D’autres encore dansaient topless mais avec un slip de bikini. Je lui ai demandé pourquoi elle quittait tous ses vêtements pour danser.
Elle m’expliqua que celles qui gardaient leurs vêtements étaient moins bien payées que celles qui quittaient le haut et que celles qui étaient le mieux payées enlevaient tout. Joy avait besoin d’argent disait-elle. Elle disait qu’il fallait qu’elle en envoie à sa famille. Je me suis senti protecteur tout à coup. Ce n’était pas juste. Joy était vive, elle était intelligente, mais elle était contrainte de quitter ses vêtements et de coucher avec des hommes, parce que c’était le seul moyen de gagner un salaire décent. C’était un genre de viol économique : si Joy était née en Europe ou aux États-Unis, elle aurait sûrement été à l’université, dans un bureau avec un bon emploi. J’ai payé son bar-fine. Je n’avais pas aimé l’hôtel de passe où nous étions allés la dernière fois, donc je lui ai demandé si elle connaissait un autre endroit où nous pourrions aller. Elle suggéra le Penthouse, un petit trajet en taxi par rapport à Nana Plaza.
C’était un hôtel que les Thaïs utilisent, une sorte de parking hôtel où l’on peut garer la voiture devant la chambre, un employé tire un rideau autour de la voiture ce qui la cache aux yeux des curieux. La chambre était assez propre avec des grands miroirs aux murs et au plafond. Un jeune Thaï mit en marche l’air conditionné et me dit que c’était trois cents Bahts pour une passe ou cinq cents pour la nuit.
- Toute la nuit, d’accord ?
Elle sourit et acquiesça. Je payais le type et il nous laissa tous les deux. Nous avons pris une douche et fait l’amour, puis elle s’endormit dans mes bras.
Au matin, je lui ai donné quinze cents Bahts. Elle a remué la tête pour indiquer son désaccord.
- Toute la nuit c’est trois milles Bahts.
Mon cœur battait la chamade. J’avais espéré que je représentais plus pour elle qu’un simple client. Je lui ai donné le supplément.
- Et ta chaîne ?
Je lui ai donné encore trois milles Bahts.
Elle joignit ses mains, comme si elle faisait une prière et pressa le bout de ses doigts sur son menton. C’était un wai, un geste Thaï pour signifier le respect ou les remerciements. Tout le mécontentement que j’éprouvais à cause de ses demandes d’argent s’était évaporé. Elle était si mignonne, si enfantine, que je voulais simplement la serrer dans mes bras et la protéger du monde qui l’avait forcée à vendre son corps.
* * *
JOY
J’étais assez surprise de le revoir. En fait je l’avais complètement oublié. J’avais mis en gage la chaîne en or qu’il m’avait donnée, le jour suivant et j’avais utilisé l’argent pour payer la mensualité de la moto que je suis en train de m’acheter. Heureusement que je dansais quand il est arrivé parce que j’avais complètement oublié son nom. J’ai demandé à deux de mes copines si elles le connaissaient mais non. Il a fallu que je me creuse la mémoire pour finalement m’en rappeler. Pete. C’était un écrivain ou quelque chose du style. Alors, dès que j’ai eu fini de danser, j’ai couru jusqu’à lui et je lui ai joué la comédie. J’ai bien fait attention d’utiliser son nom, à chaque fois ça marche avec les farang, ils adorent ça. Il s’est aperçu tout de suite que je n’avais pas la chaîne en or et je lui ai dit que je ne l’avais plus. Je lui ai dit que je pouvais la récupérer s’il me donnait trois milles Bahts. C’est ce qu’il a fait. Et il m’a aussi donné trois milles Bahts pour que je reste avec lui toute la nuit. Il doit bien gagner sa vie car il ne discute jamais ce que je lui demande comme argent.
Il n’a pas arrêté de dire qu’il aimait mes cheveux. Beaucoup de farang sont pareils. Je dirai que quatre-vingt pour cent des farang aiment les cheveux longs. Je suis toujours surprise par les filles qui se font couper les cheveux. Le travail dans les bars repose sur le fait d’attirer les farang : on ne gagne pas assez d’argent seulement en dansant, il faut qu’ils te paient des verres et des bar-fines. Mes sœurs Sunan et Mon dansent au Zombie et toutes les deux ont les cheveux jusqu'à la taille. Les farang aiment aussi nous voir danser nues. Nous sommes mieux payées si nous dansons nues mais ce n’est pas pour ça que je le fais. Les mille Bahts de plus par mois ne représentent rien mais ce qui est important, c’est qu’ils ont plus envie de payer le bar-fine s’ils nous voient danser nues. Je pense que quatre-vingt pour cent des farang préfèrent les filles qui dansent nues. Ils sont tout de suite, en condition pour le sexe. Certaines filles sont trop timides pour enlever tous leurs vêtements mais je leur dis qu’elles ont tort de ne pas le faire. Une fois qu’un mec t’a vue nue, il te veut. Quatre-vingt pour cent d’entre eux en tout cas.
Une autre chose que les farang aiment bien c’est qu’on sourit à leurs blagues stupides et qu’on flirte avec eux. Ils aiment bien que leur fille soit mignonne. Pas trop mignonne, parce que ça fait pas naturel mais il faut leur sourire en permanence, mettre une main sur leur jambe, les regarder dans les yeux quand ils vous parlent, enfin tout ça quoi. Et il faut leur sourire quand on danse, lui faire croire que c’est l’homme le plus important du bar. Certaines filles s’installent dans un coin quand elles ne dansent pas et elles fument ou encore elles se mettent dans les vestiaires pour discuter. Elles n’ont pas l’air de se rendre compte qu’elles sont dans le bar pour travailler et travailler veut dire se faire aimer des farang. Qu’ils aient envie de toi.
Sunan est la meilleure à ce genre de pratique. Son anglais n’est pas très bon mais elle a le chic pour que les hommes aient envie d’elle. Elle les regarde, mais vraiment, dans les yeux, profondément et même si elle ne comprend pas tout ce qu’ils racontent elle sait quand il faut rire et quand il faut sourire. C’est comme les actrices. En fait on est toutes des actrices, le bar est notre scène, et les farang, notre public.
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NIGEL
C’est le syndrome de ‘Pretty Woman’, rien d’autre. Le film avec Richard Gere et Julia Roberts, tu te souviens ? Lui, c’est un mec riche, elle une pute de Los Angeles, ils se rencontrèrent dans la rue, ils tombèrent amoureux, et ils vécurent heureux pour la vie. Bon Okay. Ça n’arrive jamais. Les putes font le trottoir c’est leur boulot, elles ne tombent pas amoureuses de leurs clients. Un point c’est tout. Si le type paie la fille pour baiser la première fois leur relation ne peut jamais être autre chose qu’un rapport client/pute. Chaque fois qu’il la regardera, il se souviendra qu’elle était pute quand il l’a rencontrée, il va s’imaginer le visage de tous les mecs avec lesquels elle est allée. Et quand elle le regardera, elle se rappellera qu’il cherchait une pute quand ils se sont rencontrés.
Le film était un conte de fée. Un mythe urbain, une œuvre de fiction. Ça n’arrive jamais. Ça n’arrive pas à L.A. et ça n’arrive pas en Thaïlande. Et encore moins dans les Go-go bars. Ce film apporte beaucoup de réponses. Il soulève la possibilité que tu peux trouver l’amour avec une pute. Eh bien on ne peut pas. Enfin moi, je n’ai jamais trouvé en tout cas. Et je ne connais personne pour qui ça a été le cas. Je connais des douzaines de gars qui ont épousé des filles de bar. Certains on ramené les filles en Grande Bretagne, d’autres se sont installés en Thaïlande. Sans la moindre exception, ça c’est toujours terminé en catastrophe. Pas seulement des cœurs brisés mais aussi des pertes financières incalculables. On ne peut pas leur faire confiance, jamais. Tu ne peux pas les laisser seules une minute, elles vont tout vendre sans la moindre hésitation. Il n’y a pas une fille de bar vivante, qui ne connaisse le moyen de vendre un terrain ou une maison en moins de quarante-huit heures. J’ai averti Pete des dizaines de fois mais je voyais bien que ça rentrait par une oreille pour ressortir par l’autre. J’aimerai pouvoir lui faire comprendre à quel point c’est dangereux de s’amouracher d’une fille de bar, mais comme nous tous il faudra qu’il fasse lui-même son apprentissage, pour apprendre à partir de ses propres erreurs.
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PETE
Ce que je préférais chez Joy c’est que, quoi qu’elle soit en train de faire, où qu’elle soit, avec n’importe qui, en train de parler, elle abandonnait tout pour venir m’enlacer dès que j’arrivais au Zombie. Pendant tout le temps où je restais dans le bar j’étais le centre de son attention. Je pense qu’il y avait encore des clients pour payer son bar-fine, mais je ne l’ai jamais vue partir. Loin des yeux, loin du cœur, je suppose. Quelquefois quand j’allais au bar, elle n’était pas là. Les autres filles me disaient qu’elle n’était pas venue ce soir-là, mais je crois qu’elles me mentaient pour préserver ma sensibilité. Je n’ai jamais demandé à Joy. Ce n’étaient pas mes affaires. C’était une fille de bar, je le comprenais et il fallait qu’elle gagne sa vie. Ce n’était pas comme si c’était ma petite copine, ou autre chose du genre. Je veux dire, que je sais qu’elle m’appréciait et j’éprouvais quelque chose pour elle, c’est sur, mais malgré tout, je devais quand même payer comme tous les autres clients. Je lui payais des verres, je lui payais son bar-fine et si je l’emmenais dans un hôtel de passe, je lui donnais quinze cents Bahts. Quelque fois plus, quand elle devait payer son loyer, ou si elle voulait envoyer plus d’argent dans sa famille à Si Saket. Même quand on n’allait pas dans un hôtel de passe, je lui donnais quand même de l’argent. Je crois que je pensais : si je lui donne de l’argent, elle n’ira pas avec d’autres farang. Je ne le lui ai jamais dit, ça aurait été trop pathétique, mais j’espérais qu’elle avait compris par elle-même, qu’elle pouvait obtenir de moi ce qu’elle voulait afin de ne pas vendre son corps.
Il y a deux jours, j’étais assis avec elle au bar quand un gars s’approcha, proposant de prendre des photos avec un polaroid pour quarante Bahts le cliché. Joy m’a demandé si je voulais une photo de nous deux, ensemble. Elle a pris beaucoup de mal à prendre une pose pour nous deux, mon bras autour d’elle, sa main sur ma jambe et un grand sourire tous les deux à la caméra. Elle fit ensuite le tour du bar pour montrer la photo à toutes ses amies.
Aujourd’hui, quand je suis allé au bar, elle a fait tout un cinéma pour poser son porte-monnaie sur la table, c’est une chose qu’elle n’avait jamais faite auparavant. Puis elle l’a ouvert afin de me montrer ce qu’il y avait dedans. La photo de la veille était en évidence. J’avais l’air d’avoir un peu bu, Joy souriait à l’objectif, sa main sur ma jambe.
- Je veux que tout le monde sache que je t’aime, dit-elle.
Une de ses copines vint pour lui emprunter cent Bahts et Joy lui montra la photo. J’étais là assis, estomaqué. C’était la première fois qu’elle disait qu’elle m’aimait. Elle l’avait dit d’une façon si simple que ça semblait tout à fait naturel et vrai, complètement évident.
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Extraits de
Complications dues aux chocs des cultures avec la prostitution en Thaïlande.
Par le Professeur BRUNO MAYER
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Les estimations varient quant au nombre de prostituées en Thaïlande. Le consensus général est que, à tout moment il y a entre 300 000 et un million de femmes dans cette activité qui est illégale dans le pays depuis 1960. Il est difficile de donner un nombre plus précis compte tenu du haut caractère transitoire de cette activité, avec des filles qui entrent dans la prostitution pour une courte période, quand elles ont besoin d’argent. Une grande proportion d’entre elles vient du Nord-est de la Thaïlande, la région Isaan, éloignées de leur village par des salaires bas et un marché du travail très dépressif. Beaucoup viennent à la capitale, Bangkok, à la recherche d’un travail, souvent dans l’espoir de pouvoir entretenir leur famille restée en Isaan mais en fait pour s’apercevoir que les possibilités d’emploi dans la capitale ne sont pas vraiment meilleures que dans leur province. La prostitution offre beaucoup d’argent, principalement pour celles qui peuvent travailler avec des touristes.
Les filles qui travaillent dans les bars à farang sont en fait l’élite des prostituées du pays. Leur base d’anglais est en principe meilleure que celles qui s’occupent de la clientèle Thaï et comme elles sont payées plus à chaque rencontre, elles n’ont pas besoin d’autant de clients. Une prostituée thaïe qui travaille dans un salon de massage, ou dans un bar, peut avoir à traiter jusqu’à douze clients par jour. Une fille dans un Go-go bar, par contre peut très bien n’avoir qu’un ou deux clients par semaine, elle peut aussi, jeter son dévolu sur un client spécial qui paiera son bar-fine pour toute la durée de son séjour en Thaïlande. Les filles deviennent des fiancées temporaires. Dès lors, la ligne de séparation entre prostitution et amour de vacances devient plus floue. Les filles deviennent rapidement expertes pour convaincre les hommes rencontrés, que leur histoire n’est pas basée que sur l’argent, qu’elles sont vraiment amoureuses d’eux et pas seulement du côté financier.
Bien évidemment, les filles n’arrivent pas dans la capitale avec les connaissances nécessaires pour pouvoir travailler avec des farang. Elles doivent les acquérir, et l’apprentissage peut durer plusieurs mois. Les plus anciennes font l’instruction des nouvelles, au niveau du maquillage à l’occidental, de la façon de s’habiller pour que les occidentaux les remarquent et aussi les rudiments d’anglais pour pouvoir communiquer avec les étrangers. Les filles qui ne sont pas capables d’acquérir ces éléments ont deux solutions, soit elles retournent dans leur village, soit et c’est plus fréquemment le cas, elles cherchent un travail dans un salon de massage, un bar à cocktail, un bar karaoké, fréquenté par une clientèle thaïe.
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PETE
Un soir, alors que nous prenions un repas ensemble, Joy m’a demandé mon signe astrologique dans l’horoscope Chinois. Je lui ai dit que j’étais singe. Elle était lapin. Elle s’assombrit :
- Gros problème, a-t-elle dit, solennellement.
Je lui ai demandé pourquoi.
- Le lapin et le singe, ont toujours de gros problèmes. Le lapin est doux. Il aime qu’on soit gentil. Calme. Il ne change pas. Mais le singe lui, change toujours. Jamais constant. Le lapin ne peut pas avoir confiance dans le singe.
- Parce que le singe va mettre les oreilles du lapin ?
Elle acquiesça.
- Gros problèmes, Pete. Vraiment.
Elle était profondément sincère. Je lui ai demandé quel signe elle était dans l’horoscope farang, elle était Balance, comme moi. Nous avions dix jours de différence pour nos anniversaires, j’ai donc proposé que nous fassions une fête commune. L’idée l’enthousiasmait et elle dit qu’elle ferait venir sa famille de Si Saket pour l’occasion, un voyage en bus de dix heures. Je ne savais pas vraiment où on pourrait faire la fête, elle dit qu’elle retiendrait la salle VIP du Chicago Karaoké. C’était où Joy avait travaillait quand elle était arrivée à Bangkok. J’y étais allé avec elle plusieurs fois. C’était dans le quartier de Suphan Kwai, littéralement le Pont du Buffle, un centre de loisir bas de gamme fréquenté par les Thaïs. Joy était très bonne chanteuse, elle s’asseyait à côté de moi, me fixant yeux dans les yeux pendant qu’elle chantait et même si je ne pouvais pas comprendre toutes les paroles, l’intention était claire.
Le bar Karaoké, ne marchait pas si bien que ça donc il y avait rarement du monde, mais ses interprétations engendraient toujours des applaudissements et des acclamations. Elle n’avait travaillé dans ce bar que deux mois, parce qu’elle n’était pas bien payée. Elle gagnait deux milles Bahts par mois comme hôtesse et pratiquement rien comme pourboires. Elle me dit qu’elle n’allait pas avec les clients, aussi elle ne gagnait que le strict minimum vital. Sunan et Mon, l’avaient persuadée de les rejoindre au Zombie, mais elle aimait bien retourner au karaoké pour voir ses amies. Faire la fête pour son anniversaire dans ce bar allait lui faire avoir beaucoup de face.
C’était une super fête. J’avais commandé un gros gâteau avec la tête de Garfield et ‘Joyeux Anniversaire pour Joy et Pete’ écrit en glaçage rose et bleu. Je suis allé au Zombie avec Nigel et j’ai payé le bar-fine pour Joy, Mon et Sunan. J’ai donné à Joy son cadeau d’anniversaire, un bracelet en or, avec des cœurs entrelacés qui avait coûté près de dix milles Bahts. Elle était très heureuse, mais elle me le redonna, me demandant de lui offrir pendant la fête pour que tout le monde puisse voir.
Quand nous sommes arrivés dans la salle VIP il y avait déjà au moins une douzaine de personnes, majoritairement des jeunes hommes Thaï dans la vingtaine. Deux d’entre eux, étaient les frères de Joy, le reste était des cousins, dit-elle. Ils nous furent présentés, à Nigel et moi, mais ils semblaient plus intéressés dans les bouteilles de Johnnie Walker Black Label, que Joy avait commandé. J’étais plus vieux qu’eux mais malgré tout, aucun ne me fit le wai d’usage, je ne sais pas si c’était par manque de respect ou s’ils pensaient qu’en tant que farang je ne m’y attendais pas. Le père de Joy est arrivé une heure plus tard et je lui ai fait le wai. Il sembla surpris et me fit en réponse un wai en demi-teinte. Joy m’avait dit qu’il avait soixante ans mais il en paraissait plus, un petit homme ratatiné avec la peau sur les os. Il s’assit dans un coin et l’un des cousins de Joy lui tendit un verre de whisky.
Une serveuse vint avec le menu et Joy commanda de la nourriture pour tout le monde. Beaucoup, beaucoup trop de nourriture. Il y avait du Tom Yam Gung, la fameuse soupe Thaïe, très pimentée avec des crevettes, des crevettes en beignet, une salade de bœuf épicée, des omelettes au porc et aux légumes, un curry de poisson chat, des huîtres à la friture, des pinces de crabe à la vapeur, les plats arrivaient en permanence. L’alcool aussi. Quand arriva minuit nous avions bu une demi-douzaine de bouteilles de whisky et deux cartons de Heineken. Il y avait de plus en plus d’amis de Joy qui arrivaient. La majorité d’entre eux ne faisait même pas attention à Nigel ou moi, les deux seuls farang de la pièce. Ce n’est pas que ce fut important, Nigel tripotait Mon la plupart du temps et je me saoulais lentement. Joy était attentive, comme d’habitude et me chantait des chansons d’amour en permanence. Mon avait amené sa fille, Nonglek, trois ans, mignonne comme un cœur.
A minuit, Sunan alluma les bougies sur le gâteau et Joy et moi, on les souffla. Joy m’embrassa.
- Le bracelet, murmura-t-elle. Donne-moi le bracelet, maintenant.
Je pris le bracelet en or dans ma poche et le lui donnait. Elle le mit au-dessus de sa tête, pour que tout le monde dans la pièce puisse le voir, puis elle me demanda de lui passer au poignet. Mon coupa le gâteau et chacun en eut un morceau. Mais je vais vous raconter un truc qui m’a semblé bizarre. Il ne restait qu’un morceau à la fin de la soirée. Celui qui avait mon nom dessus. J’ai demandé à Joy, pourquoi ils ne l’avaient pas mangé. Elle haussa les épaules.
- Je ne sais pas.
Plus tard, j’ai demandé à Nigel ce qu’il en pensait. Il disait que ça pouvait être une marque de respect. Ou de mépris. Ça m’a travaillé l’esprit pendant quelque temps.
*
A deux heures du matin, il n’y avait aucun signe indiquant que la fête allait se terminer. Les bouteilles de whisky continuaient à arriver et tout le monde se suivait pour chanter. Les gens continuaient à arriver pendant que d’autres s’en allaient, des amis de Joy et de ses sœurs, mais personne ne se proposait pour payer les verres – je pense que Joy leur avait dit que je payais tout. Je n’étais pas ennuyé, après tout c’était un anniversaire commun, mais je trouve que ça aurait été sympa s’ils avaient amené une bouteille, pour montrer qu’ils avaient envie de contribuer. Personne n’avait de cadeau pour Joy. Pas de cadeau et pas de carte.
Nigel dit qu’il devait y aller parce qu’il devait travailler le lendemain matin. J’étais fatigué et passablement saoul, donc j’ai dit que je partais avec lui. J’ai payé la note. Le total arrivait à plus de dix milles Bahts. Je me suis levé pour partir. Personne n’a dit au revoir. Personne n’a dit merci. Joy nous a conduit dehors et nous a aidés à trouver un taxi. Nigel monta le premier dans le taxi. Joy m’embrassa sur la joue.
- Merci pour tout ce que tu as fait.
Je lui ai donné mille Bahts pour qu’elle puisse racheter du whisky pour sa famille et ses amis. Elle changea de visage.
- Qu’est-ce qui ne va pas ?
- Whisky très cher. Ma famille boit beaucoup.
Je lui ai redonné cinq milles Bahts. Elle me fit un wai. Je montai dans le taxi.
- Super soirée, Pete, dit Nigel.
- Ouais.
On est parti. Joy attendait sur le trottoir en faisant des signes, jusqu’à ce que nous disparaissions.
* * *
JOY
On a passé une super soirée, j’ai eu la gueule de bois pendant deux jours, après. On n’a pas fini avant sept heures du matin et encore, c’est seulement parce qu’on avait plus d’argent. On est passé sur le whisky Thaï après le départ de Pete et Nigel, parce que c’est moins cher, mais on a recommandé à manger parce que tout le monde avait à nouveau faim, Bird avait de la marijuana et on s’est mis à fumer. Tout le monde a aimé le bracelet en or que Pete m’a acheté mais ils se sont tous moqués qu’il soit fait avec des cœurs. Ils disaient que j’avais volé le cœur de Pete et ils avaient trouvé vraiment bizarre qu’il soit parti si tôt. Ils voulaient savoir combien avait coûté la fête et combien Pete gagnait. J’ai dit qu’il gagnait des millions de Bahts par an et je leur ai montré la note. Ils étaient tous impressionnés, même Sunan et pourtant, Sunan à beaucoup d’argent.
Park attendait dehors jusqu’à ce que Pete et Nigel partent. Je l’ai vu assis sur sa mobylette quand je suis sortie pour appeler un taxi pour les farang, il a commencé à faire des grimaces, pour me faire rigoler. J’ai rencontré Park la première semaine où je travaillais au Zombie. C’est l’un des DJ, il a vingt-cinq ans et il vient d’Udon Thani. Sa sœur travaille au Spicy-a-Go-go et elle est devenue une de mes bonnes copines. Park est vraiment beau, il a aussi un beau corps. Ses copains et lui font du fitness toute la journée et ils s’amusent à comparer leurs muscles. C’est vraiment drôle, quand ils commencent à faire des concours, ils sont aussi idiots que les filles de temps en temps. Ses abdominaux sont très durs, comme la carapace d’une tortue et sa peau est très douce. Il sortait avec une autre danseuse quand il m’a rencontrée, mais il l’a balancée en prétextant qu’il préférait sortir avec moi. Au début j’ai dit non, mais il passait son temps à me courir après, en m’embêtant jusqu’à ce que je finisse par dire oui. La raison pour laquelle je disais non, c’est qu’il avait une sacrée réputation. Mon m’avait mise en garde a son sujet, elle disait que Park était attiré, comme le sucre attire les mouches, par les nouvelles filles, surtout si elles étaient jeunes et jolies. Mais il m’a dit qu’avec moi c’était différent, qu’il m’aimait vraiment bien. De plus, il n’a rien essayé de me faire la première fois qu’on est sorti ensemble. On est allé manger après le boulot. Il n’avait pas d’argent, alors j’ai dû payer, mais je m’en fous. Les DJ gagnent encore moins que les serveuses et en plus j’avais fait une passe avec un vieux Suisse qui avait été très généreux, j’avais eu deux milles Bahts.
Park m’a fait beaucoup rigoler, il m’a raconté plein d’histoires idiotes sur ce qui se passe dans les bars et il m’a parlé de sa famille.
Je n’ai pas couché avec lui avant notre deuxième sortie ensemble et c’était fantastique. Il était si doux avec moi, pas brutal comme les farang, il m’a embrassée partout en me murmurant des gentillesses jusqu’à ce que j’aie des picotements sur tout le corps.
Mais revenons-en à ce soir-là. Park rentra dans la salle VIP avec moi et nous avons chanté des duos ensemble et tout le monde a applaudit. Il a vu le morceau de gâteau avec le nom de Pete et il a mis un point d’honneur à le manger. Je lui ai donné la becqué et puis je l’ai embrassé devant tout le monde. Je lui ai montré le bracelet en or que Pete m’avait offert, il voulait que je le lui donne pour qu’il le vende. Chaque mois il devait payer cinq milles Bahts pour sa moto, et il avait des paiements en retard. Je lui ai dit que je ne pouvais pas le vendre parce que Pete serait en colère, mais j’ai promis de lui donner l’argent le lendemain, il a été d’accord. Il avait amené des comprimés de yar bar[5] avec lui, et j’en ai pris deux parce que je commençais à être fatiguée. Ils m’ont ragaillardie d’un coup.
Après qu’on ait quitté le karaoké, Park et moi sommes allé dans sa chambre et nous avons dormi. C’était une super nuit, ma meilleure fête d’anniversaire, jusqu’à maintenant.
* * *
PETE
Laissez-moi-vous dire quel genre de fille est Joy. Un mois après la fête de l’anniversaire, je suis rentré au Zombie et je l’ai trouvée débordante de joie. Elle souriait à belles dents, gloussant et se trémoussant sur son siège. Je lui ai payé un cola et je lui ai demandé de me dire ce qui la rendait aussi heureuse. Elle leva la main pour me montrer une chaîne en or à son poignet. Elle me dit que c’était environ dix-huit grammes d’or Thaï, 23 carats, pour environ dix milles Bahts.
Joy m’expliqua qu’elle avait eu un client qui avait payé son bar-fine, pour l’emmener dîner.
Je l’ai interrompue :
- Tu es sure que ce n’était que pour dîner ?
Elle a levé les sourcils et soupiré, pour montrer son mécontentement.
- Pete, pourquoi je te mentirais ? Seulement dîner, OK ?
Elle a recommencé à sourire tout en continuant son histoire. Après le repas, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas assez d’argent pour lui donner le pourboire de mille Bahts qu’il lui avait promis. Elle montra la chaîne.
- Mais il avait ça autour du cou et il me l’a donné. Il m’a dit qu’il voulait la vendre mais ne savait pas comment faire. Pete, il m’a dit que je pouvais vendre la chaîne et en garder la moitié pour moi. Il revient demain pour récupérer son argent. Elle se pencha en avant, les yeux grands ouverts. Pete, je pourrai garder cinq milles Bahts.
*
Elle passa le reste de la soirée à montrer le bijou en or à toutes ses copines en racontant son coup de chance. C’était comme une gamine à laquelle on vient d’annoncer que Noël est en avance cette année.
Le soir suivant, je suis retourné au Zombie et je l’ai trouvée assise dans un coin les yeux rougis d’avoir pleuré. Elle me serra très fort et posa sa joue mouillée de larmes contre mon cou.
- Pourquoi les farang mentent-ils ? me demanda-t-elle, entre deux sanglots.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
Elle était toute menue dans mes bras, menue, douce et vulnérable.
- Or, pas vrai, dit-elle en me serrant la taille.
Elle avait emmené la chaîne chez le marchand d’or et la femme qui l’avait reçue avait éclaté de rire. C’était une copie, ne valant pas plus de cinquante Bahts. Même pas du plaqué or.