Excerpt for Deux Officiers Pour Un Vicaire by Patrick Huet, available in its entirety at Smashwords

Deux Officiers Pour Un Vicaire


Author : Patrick Huet.


Copyright

© Patrick Huet 1995

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Published by : Smashwords edition the 20th March 2011.


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1er Dépôt légal : mai 1996 - Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon


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Remarque.

Cette histoire est inspirée d'un fait réel, mais bien sûr, romancé à la façon de l'auteur.


DEBUT DE L'HISTOIRE


DEUX OFFICIERS POUR UN VICAIRE


La grande maison laissait échapper de ses nombreuses fenêtres une fontaine de lumière qu'accompagnaient des rires, des cris de joie et des accords de musique.

Depuis longtemps déjà, la nuit avait recouvert de son velours sombre l'ensemble du pays. Rien ne venait briser son tissu monochrome hormis ce jaillissement de lumière provenant de l'imposante bâtisse. Alors que le silence total régnait sur la campagne environnante, inspiré par le lourd tapis de neige et la froidure hivernale de ce décembre 1769, toute la vie de cette petite commune — un village prospère à trois lieues de Lyon — s'était concentrée dans la demeure du vicaire.

Le brave ministre de l'Évangile y donnait une fête. Et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agissait du repas de noces d'un de ses parents. Les habitants du village y avaient été conviés et leurs amis également. En ces temps rudes où la nourriture se faisait rare chez le petit peuple, une telle invitation relevait sinon du miracle, à tout le moins d'une occasion inespérée de se remplir l'estomac pour la semaine à venir.

Nombreux, ils quittèrent leur froid logis, à peine chauffé par des bûches humides, pour se précipiter allègrement chez le vicaire. Et y trouver joie et chaleur, autant qu'amitié et bonheur.


Le vicaire, à légal des autres, faisait honneur au repas qu'il avait ordonné. Assis confortablement à la base du « U » formé par un ensemble de plaques de bois posées sur des tréteaux et recouvertes d'une nappe blanche, il attaquait chacun des mets avec un redoutable appétit. Salaisons, volailles, gibiers, rien ne l'impressionnait. À sa droite, la jeune mariée, radieuse dans sa robe immaculée, riait bellement et découvrait un visage splendide. Le nouvel époux n'était pas moins heureux. Il ne savait où donner de la tête entre les plats qu'on lui présentait, les ris charmants de sa douce moitié et les appels de ses amis.

Une soixantaine d'invités faisaient bombance autour de cette table. Les plats se vidaient aussi vite que les serviteurs les apportaient. Un va-et-vient incessant de mets succulents égayait donc la salle à la grande joie des enfants qui, facétieux, s'entendaient à couper la route des domestiques quasiment sous leurs pas.

On les voyait courir d'un bout à l'autre de la pièce, s'amuser d'un rien, grappiller une cuisse de poulet par-ci, un morceau de pâté par-là, ou bien s'asseoir à même le sol pour écouter les trois musiciens divertir l'assemblée de leurs airs joyeux.

La société, quant à elle, était des plus cocasse et variée. On y distinguait là un notaire à l'ample bedaine, une tenancière de cabaret à la gouaille facile et, surtout, deux officiers en grand uniforme. Nul ne savait qui avait pu inviter ces deux soldats de si belle prestance, mais c'était jour de fête et tout humain désireux de se réjouir était le bienvenu.

Cette disposition trouva un écho auprès des deux militaires dont l'assiette se garnissait aussi promptement que leur verre se levait. D'épais éclats de rire ponctuaient les plaisanteries salaces qu'ils jugeaient fort à propos lors d'une telle soirée.

La grande aiguille de l'horloge avait plusieurs fois accompli le tour du cadran. Personne ne s'en souciait. L'hiver, la nuit tombait si rapidement et durait si longtemps qu'on n'accordait aucune importance au déroulement du temps, et ce soir, moins que les autres.

Cependant, le repas touchait à sa fin. Des applaudissements accueillirent l'apparition étincelante des bouteilles de champagne. Un cru rare et, de ce fait, fort cher.

Les bouchons sautèrent et les verres s'apprêtèrent. À l'instar de ses invités, le vicaire tendit le sien à un domestique. Il savourait à l'avance cette boisson quand une voix railleuse brisa son élan.

Holà, le vicaire ! Qu'est-ce donc là ? Un prêtre qui boit du champagne, cela ne se peut. C'est un breuvage pour les laïcs, pas pour un homme d'Église.

Aussitôt, les conversations se figèrent et les musiciens en perdirent les notes de leur instrument. Tous contemplaient, ébahis, cet officier au regard flou interpeller si vivement le maître de maison.

Le visage empourpré, le vicaire le dévisagea sévèrement. Il se fit violence pour répondre courtoisement à cette insolence.

Vous oubliez, mon fils, que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même a changé l'eau en vin lors des noces de Cana, et qu'il a institué l'utilisation du vin durant la messe.

Peut-être, mais il s'agissait là de vin rouge, le vin des humbles, pas de ce vin de riches, originaire de Champagne.

Outré, le vicaire répliqua sèchement.

Mon fils, votre impertinence n'est pas de mise en cette demeure. En tant que maître des lieux, je vous l'interdis ; et en tant qu'homme d'Église, je vous enjoins de vous rendre à mon jugement et de vous le tenir pour dit !

Une fureur glacée traversa les pupilles sombres de l'officier. De tempérament agressif, il n'entendait pas qu'on lui ordonna quoi que ce fût et surtout pas de se taire.


Comme le bon vicaire faisait signe au domestique de remplir son verre, il se leva de son siège dans un grand fracas et, à la stupéfaction générale, s'empara de la bouteille.

Une telle impudence désarçonna le vicaire au point qu'il eut du mal à maîtriser sa colère.

Reposez cette bouteille immédiatement !

Nullement, vicaire, ce vin n'est point pour vous.

Par le Très-Saint, je vous ordonne de la remettre en place sur-le-champ ou je m'en vais la quérir moi-même !


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