Excerpt for Une Paternité Inoportune by Patrick Huet, available in its entirety at Smashwords

Une Paternité Inoportune


Author : Patrick Huet.


Copyright

© Patrick Huet 1995

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Published by : Smashwords edition the 18th March 2011.

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1er Dépôt légal : 3° trimestre 1995 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon


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Remarque.

Cette histoire est inspirée d'un fait réel, mais bien sûr, romancé à la façon de l'auteur.


DEBUT DE L'HISTOIRE


UNE PATERNITÉ INOPPORTUNE


Le jour ne s'était pas encore levé sur cette bonne vieille ville de Lyon qu'un citadin matinal pressait le pas au travers des ruelles désertes. L'on venait à peine de fêter le Nouvel An 1770 ; les nuits s'étiraient, interminables, réduisant la lumière du jour à sa portion congrue.

Parfois, un Lyonnais plus courageux que les autres mouvait sa silhouette fantomatique derrière un voile de brumes glacées puis disparaissait avant que notre homme n'ait pu le rejoindre. Du reste, il ne s'en souciait pas. Il marchait avec la ferme détermination d'une personne chargée d'une mission grave qui ne tolérait aucun retard.

Il traversa la ville de part et d'autre du même pas rapide, enjamba le Rhône au pont de la Guillotière, traversa la Saône sur l'une des nombreuses barques au service des voyageurs. Les nautoniers étaient disponibles pratiquement à toute heure et leur tarif, si léger, qu'il ne chagrinait aucunement une bourse fût-elle dégarnie.

La ville s'éveillait au rythme de la progression de notre homme. D'abord, ce furent les paysans dans leur charrette poussive ; ils venaient là vendre leurs denrées. Puis les boulangers ouvrirent leur boutique juste avant les tavernes qui, elles-mêmes, précédèrent de peu les autres corps de métiers. Il faisait toujours nuit sombre quand il parvint au quartier de Saint-Nizier, mais les rues étaient désormais actives. Des appels rauques se répercutaient par-ci, par-là ; on s'interpelait, s'invectivait ou riait parfois. Les habitants venaient de décréter l'ouverture de la journée, bien que le soleil ne se lèverait que dans une bonne heure.

Peu après son débarquement sur le quai de la Saône, l'homme glissa sur une masse spongieuse, quoique durcie par le froid. Il se retint de justesse à un mur et rouspéta contre l'incurie des riverains. La ruelle était encombrée d'immondices. En dépit des semonces des échevins, les Lyonnais jetaient leurs détritus au milieu des rues avec un enthousiasme navrant. L'été, par les temps de grosses chaleurs, les odeurs qui s'en dégageaient écoeuraient le plus robuste des individus.

D'ordinaire, cette insalubrité n'affectait en rien notre impatient voyageur ; après tout, elle était générale. Il en avait tant l'habitude qu'il ne la remarquait pas vraiment. Seulement aujourd'hui, il avait une affaire sérieuse à régler, avec quelqu'un d'important. Il ne pouvait se permettre d'arriver crotté et les vêtements souillés de déjections animales... quand elles n'étaient pas humaines.

Il frotta ses sabots contre l'arête d'un pavé et reprit sa marche.

L'église proche fit soudain entendre sa voix. Le bronze des cloches résonna par-dessus les immeubles. Au huitième et dernier coup, le gaillard s'arrêta devant la façade cossue d'une maison en pierres de taille. Un sourire carnassier étira son visage rude. L'heure convenait parfaitement : ni trop tôt pour qu'on refusât de le recevoir, ni trop tard, ce qui eût été préjudiciable à son opération. Il cueillerait son homme au saut du lit, au moment où, encore engourdi de sommeil, il serait le plus vulnérable.

Ses doigts raidis par le froid saisirent l'anneau de fer suspendu à la lourde porte d'entrée puis en frappa la plaque métallique incrustée dans le bois. Le choc retentit comme un gong dans la maison. Le battant s'ouvrit sur un domestique en livrée, un chandelier à la main.

Qu'est-ce donc ? s'enquit-il.

Je réclame audience auprès de votre maître pour une question de la plus haute importance.

À cette heure ? Monsieur Vivien est à peine levé. Il n'est point en état de converser. Repassez plus avant dans la matinée,

Que Nenni ! Les huit heures viennent de sonner et l'affaire qui m'amène ne souffre pas de retard.

Le ton était cassant, bref, péremptoire. À tel point que le domestique s'en retourna informer son maître de la requête. Il revint peu après.

Monsieur Vivien vous accorde la faveur d'un entretien. Veuillez me suivre, je vous prie !

Il l'introduisit dans le salon richement habillé. Le propriétaire des lieux s'y tenait déjà, confortablement assis dans un large et profond fauteuil. Un peignoir de laine enveloppait sa taille généreuse et le protégeait du froid persistant. Aucun feu ne réchauffait la pièce. Depuis des heures, les braises de la cheminée avaient cessé de rougir. Il n'en restait que des cendres.

Il leva un regard inexpressif sur le grand maigre qui lui faisait face avant de rompre le silence.

Approchez donc, Monsieur. Monsieur ?

Monsieur D...

Et que me vaut l'honneur de votre visite à une heure si matinale ? Mon majordome n'a su me l'expliquer.

Le geste volontaire, Monsieur D. s'avança au milieu du salon comme si la pièce entière lui appartenait.

Monsieur Vivien, croyez bien que je ne me serais pas permis de vous importuner si l'affaire en cause n'était soumise à une extrême urgence.

Vous m'intriguez, monsieur, et vos paroles me rendent perplexe.

D'un revers de la main, il désigna un fauteuil à sa droite.

Prenez un siège ! Quelle que soit la gravité de ce que vous avez à m'annoncer, n'en oublions pas pour autant notre bonne éducation. Désirez-vous une collation ?

Je vous remercie, mais je ne resterai pas longtemps.

Soit ! répondit le maître des lieux en se rejetant en arrière pour s'enfoncer davantage dans la profondeur moelleuse de son fauteuil. Parlez donc, mon brave, je vous écoute !

Le regard vif et inquisiteur du requérant s'attarda sur le visage rond et bonhomme de M. Vivien. Il se décida enfin.

Monsieur Vivien, j'ai ouï dire que vous occupiez une position importante dans le chapitre.

En effet, je suis attaché à la paroisse de Saint-Nizier.

Je suis sûr que vos pairs reconnaissent en vous un ambassadeur parfait de l'Église.

Un gloussement vite réprimé monta du fauteuil.

Vos propos sont flatteurs. Pour ma part, je ne risquerai pas une telle affirmation. Nul n'est parfait en ce monde. Je m'efforce uniquement d'enseigner la bonne nouvelle et d'alléger les souffrances autour de moi.

Je vois !

De nouveau, le visiteur le contempla d'une étrange façon.

Vous avez quand même l'estime de vos supérieurs et la considération de vos ouailles.

Un sourire béat illumina la face ronde de l'ecclésiastique.

Dieu en a voulu ainsi, je ne suis que son instrument !

Un spasme secoua le corps de l'homme brun. Le caractère bon enfant et les finasseries du ministre de l'Évangile mettaient à mal sa patience et l'agaçaient. Il avait hâte d'en finir. Avec une certaine brutalité dans la voix, il l'interpella.

Vous voilà très satisfait de votre situation, monsieur Vivien. Toutefois, je crains qu'elle ne doive changer bientôt.

Dans le fauteuil, la figure ronde se figea.

Oui, mon bon monsieur, dans peu de temps vos supérieurs prendront des mesures sévères contre vous. Peut-être même serez-vous chassé du clergé et vos paroissiens lanceront-ils des pierres sur votre passage.


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