Excerpt for Une Femme De Trop d'Envergure by Patrick Huet, available in its entirety at Smashwords

Une Femme de Trop d'Envergure


Author : Patrick Huet.


Copyright

© Patrick Huet 1995

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Published by : Smashwords edition the 18th March 2011.

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1er Dépôt légal : 3° trimestre 1995 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon


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Remarque.

Cette histoire est inspirée d'un fait réel, mais bien sûr, romancé à la façon de l'auteur.


DEBUT DE L'HISTOIRE


UNE FEMME DE TROP D'ENVERGURE


La chaleur accablante qui régnait sur LYON depuis plusieurs semaines ôtait à ses habitants l'envie de s'y promener au coeur de la journée. En ce samedi 27 juillet 1867, l'été calcinait les toits de la cité. Il asséchait les cours moisies, dissipait les brumes tenaces, éclairait les ruelles les plus étroites.

Les Lyonnais, donc, évitaient de sortir quand le soleil était au midi, redoutant la brûlure de ses rayons. Cependant, la mi-journée était dépassée depuis longtemps. La grande horloge de l'église Saint-André accusait 19 h 30 et malgré cette heure avancée, la rue de Marseille restait désespérément vide. Seuls quelques chiens errants voguaient au hasard, livrés à eux-mêmes.

De représentants de la race humaine, l'on n'en voyait aucun. L'air plus frais des derniers instants de l'après-midi aurait dû pourtant les appeler à l'extérieur des murs.

Soudain, la flèche de l'église vibra. Sa cloche de bronze sonna, claire dans le soir naissant. Des notes limpides, presque joyeuses se répandirent alentour, annonçant la fin de la messe.

Les lourdes et massives portes de chêne sculpté s'ouvrirent. Une cohorte de fidèles se pressa en rang serré à l'extérieur. Beaucoup de jeunes hommes et de jeunes filles étaient présents. En fait, une bonne partie de la jeunesse du quartier de la Guillotière venait d'assister à l'office du soir. Ils apportaient animation et gaieté, flânaient sur le parvis de l'église, ne se décidaient pas encore à rentrer tant la soirée leur paraissait douce.

Leurs aînés ne montraient guère plus de hâte à regagner leur logis. Ils s'assemblaient en petits groupes, parlaient fort et riaient haut.

Un attroupement inhabituel se forma subitement devant le porche d'un immeuble vétuste. Il n'était pas dans les us des adultes de se réunir en un bloc si resserré après la messe du soir.

De jeunes gens curieux se rendirent vite sur les lieux, accroissant le nombre des badauds, éveillant par la même occasion l'intérêt d'une demoiselle prénommée Agnès. La fraîcheur de ses 14 printemps se lisait sur son visage lisse et délicat.

Relevant légèrement sa longue jupe de toile, elle courut les rejoindre. Un cri la figea soudain, un cri de femme, un cri de douleur.

Tous les mentons étaient levés. Les yeux convergeaient vers un point unique, une fenêtre entrebâillée au premier étage du vieil immeuble.

Un nouveau cri retentit et les discours, un instant interrompus, reprirent de plus belle. L'on parlait dans tous les sens, donnait des ordres et des contrordres. Pour finir, deux hommes se précipitèrent à l'intérieur du bâtiment, dans un couloir humide. Trois autres les suivirent.

Quelques-uns à proximité voulurent les imiter. L'étroitesse du corridor ne le leur permit pas. Ils se contentèrent d'observer leurs camarades grimper quatre à quatre les marches d'un escalier de bois, à peine suffisant pour le passage d'une personne tant il était resserré.

Un poing s'abattit sur une porte. Le premier de la file gronda.

Holà ! De l'habitant ! Que se passe-t-il ? Avez-vous besoin d'aide ?

Les intonations de la femme parvinrent jusqu'au rez-de-chaussée. Les hommes sous le porche n'en comprirent pas le sens. Ils étaient trop loin de la source et la porte épaisse constituait un écran par trop efficace.

Comprimés sur l'espalier du premier étage, trois d'entre eux tendaient l'oreille à l'écoute de cette voix si ténue. Dans l'escalier, les deux derniers trépignaient. Eux non plus n'avaient pas saisi la réponse ; ils manifestaient bruyamment leur impatience.

La paix ! aboya le meneur. Vous ne voyez donc point qu'une femme est souffrante là-dedans !

Des protestations fusèrent, vite réprimées. Hurler ne leur en apprendrait pas davantage. L'homme de tête cria à travers la porte.

Madame, ouvrez-nous ! Que l'on puisse vous porter secours.

La réponse resta mystérieuse à ceux bloqués dans l'escalier ou rivés sous le porche. L'oreille collée contre le battant, le meneur, lui, l'avait parfaitement appréhendée. Il répliqua aussitôt.

Je vous en prie, Madame, faites un effort ! Nous ne voulons point enfoncer votre porte et causer des dégâts à votre logis.

Vingt secondes s'écoulèrent ; une éternité presque, tant chacun se rongeait d'inquiétude, avant qu'un soprano féminin ne les secouât. Ce n'était pas là une réponse, mais un cri de douleur.

Palsambleu, cette femme est à l'agonie ! rugit le dernier du groupe dans l'escalier.

Pourquoi n'ouvre-t-elle point ? demanda son voisin.

Impossible ! rétorqua le meneur. Elle est clouée dans son lit et dans l'incapacité de se mouvoir. Seule, elle ne peut se déplacer.

Comment cela ?

Quelques mots rapides et concis mirent fin aux questions. Un nouveau cri les tétanisa.

Foin de scrupules ! s'écria l'un d'eux. Nous n'allons point rester à l'entendre souffrir jusqu'à demain. Qu'on nous apporte un pied-de-biche et une masse !

Et qui paiera les dommages ? Objecta un autre. Il faudra bien rembourser la porte cassée. Au prix que cela coûte !

Le prix ! Ne penses-tu qu'à ta bourse, que tu ne veuilles...

Il suffit, vous deux !

Le ton sec et péremptoire de l'homme de tête brisa la querelle. Il reprit, énergique.

Une femme souffre ici et tout ce que vous trouvez à faire c'est de vous quereller !

Un des gaillards rabroués se montra acide.

Les sermons sont aisés ; il faudra pourtant pénétrer dans cette chambre puisque la dame ne peut se lever. Nous n'avons pas d'autres choix que d'enfoncer la porte.

Au bas de l'escalier, un jeune homme s'était approché.

Holà ! Inutile de tout casser, la fenêtre du premier étage est entrouverte. Quelqu'un d'agile pourrait l'atteindre facilement.

Parbleu ! le gone, tu as raison. Allez, les gars, tous dehors que l'on puisse enfin aider cette malheureuse !


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