Annette Et Le Dragon
Author : Patrick Huet
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Publish by : Smashwords edition – The 14th March 2011
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(Début de l'histoire)
Annette et le dragon
Il était une fois un méchant dragon qui vivait dans une forêt lointaine.
Il était terriblement féroce et ravageait les environs.
Comme tous les dragons, il adorait ce qui brillait : l'or, l'argent, les bijoux, les diamants.
Il survolait continuellement les villages à la recherche de la moindre petite pierre précieuse. Il avait l'ouïe tellement fine qu'il entendait de très haut dans le ciel le choc d'une pièce de monnaie sur le sol. Il descendait alors à toute vitesse et arrachait la pièce des mains du pauvre malheureux qui voulait la récupérer.
Au bout d'un certain temps, il ne resta plus rien aux habitants - le dragon leur avait tout volé. Et ils vivaient tous dans une grande pauvreté.
Mais un autre malheur s'ajouta à celui-ci.
Le dragon, faute de pierres précieuses ou de pièces d'argent, s'était pris d'un vif appétit pour les êtres humains.
Le dernier de jour de chaque mois, il s'envolait par-dessus la forêt à la recherche d'un villageois bon à croquer. Tous se blottissaient au fond de leur logis. Mais les murs ne suffisaient pas pour arrêter le dragon. Le monstre choisissait une maison au hasard, arrachait les portes et les façades, puis dévorait ses habitants d'une seule bouchée. Ensuite, il s'en allait digérer son déjeuner, cela pendant un mois entier.
La peur régnait sur tout le pays, particulièrement dans les villages les plus proches de la forêt.
Un homme habitait l'une de ces bourgades. Il s'appelait Zak. C'était un être fourbe, lâche et rancunier. Il s'était juré de se venger d'une jeune fille de sa commune qui avait refusé de l'épouser. Elle préférait un autre garçon, Anthony, qui vivait dans un hameau voisin.
Cet homme donc, chercha un moyen de se soustraire aux appétits du dragon et de se venger d'Annette en même temps. Il y réfléchit pendant des jours et des nuits. Ce n'est qu'à la fin du mois qu'il trouva une idée. Il réunit très vite les habitants du village et leur parla en ces termes.
— Voisins, voisines, écoutez-moi ! Demain sera le dernier jour du mois. Le dragon va se réveiller, il brisera nos maisons l'une après l'autre jusqu'à ce qu'il déniche quelqu'un à manger. Cela ne peut plus continuer ainsi, il faut faire quelque chose.
— Faire quelque chose ? Mais quoi donc ? Tu veux combattre le dragon ? Va si tu en as envie, moi, j'ai trop peur. Le dragon est invulnérable.
— Le combattre ? Oh, non ! Je sais aussi bien que toi que nul ne peut le vaincre. Mais nous ne pouvons pas le laisser détruire nos maisons chaque fois qu'il cherche quelqu'un à attraper. Chaque mois, il nous faut tout reconstruire, et nous vivons de plus en plus dans la peur et dans la misère.
— Que proposes-tu alors ?
— C'est tout simple. Plutôt que de laisser le dragon venir à nous et avaler l'un des nôtres en fracassant nos habitations, tirons à la courte paille. Celui ou celle qui tirera la plus petite paille se rendra à la grotte du dragon pour lui servir de petit déjeuner. Le dragon restera dans sa forêt et nous serons tranquilles pendant un mois.
Il parla tant et si bien que les villageois furent bientôt d'accord avec lui. Il se chargea lui-même de réunir les pailles et de les donner à tirer, mais en trichant, de telle façon qu'il obtint une des plus longues. La plus petite revint à la belle et à la gentille Annette.
Ses joues roses pâlirent soudainement. Elle était désespérée.
— Ce... ce n'est pas possible... ce n'est pas vrai. Pas moi !
Le vilain bonhomme se frottait les mains. Une méchante lueur brillait dans ses yeux quand il déclara :
— Hélas Annette. Le sort en a décidé ainsi. Tu iras servir de petit déjeuner au dragon.
— Mais, je ne veux pas mourir.
— Personne ne veut mourir. Mais ne t'en fais pas, le dragon ne te dévorera qu'une seule fois.
Annette plongea la tête entre ses mains et sanglota.
— Mais une fois, c'est encore trop. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas servir de déjeuner à qui que ce soit.
— Tu ne peux pas faire autrement Annette. Tu as été tirée au sort. Si tu n'y vas pas, peut-être que ce sera quelqu'un de ta famille qui finira sous sa dent. Pourras-tu vivre avec ce poids sur la conscience ?
Le coeur brisé, Annette fut bien obligée d'accepter. Elle fit ses adieux à sa famille et à ses amis, puis s'avança dans la forêt vers la tanière du dragon, une grotte située dans une clairière, près d'une mare.
Le vilain bonhomme, empli d'une joie mauvaise s'empressa d'aller au village voisin annoncer la nouvelle à Anthony, l'amoureux d'Annette. C'était un brave garçon qui aurait voulu être chevalier, mais il ne le pouvait pas, il n'avait même pas d'épée. Il possédait juste une fourche avec laquelle il ramassait le foin de son champ
Les paroles du vilain bonhomme le cinglèrent.
— Que dis-tu ? Annette va servir de petit déjeuner au dragon ? C'est une erreur, certainement !
— Hé, non... héhéhé... Elle a eu la malchance de tirer la plus courte paille.
— Misérable, je suis sûr que tu es pour quelque chose dans ce malheur. Tiens, prends ça !
Il donna un grand coup de poing sur la tête du vilain qui s'écroula, la lèvre pendante, à demi assommé.
Il saisit ensuite sa fourche et se précipita à toute allure vers la forêt. Comme il atteignait le sommet d'une colline, il aperçut au loin Annette qui franchissait les premiers arbres.
— Annette, non !... Annette, attends ! N'y va pas !
Mais il était beaucoup trop loin, Annette ne l'entendait pas.
Alors, comme il la voyait disparaître dans les bois, il reprit sa course.
Annette, quant à elle, marchait à petits pas vers l'antre du dragon. Des larmes coulaient sur ses joues, son coeur se serrait de peur, mais pour sauver sa famille et ses amis, elle continuait à avancer.
Elle aperçut bientôt une immense grotte. Elle s'immobilisa aussitôt. Là-bas, à dix mètres, une tête de dragon dépassait de l'entrée de la grotte et reposait sur le sol. L'animal ronflait si fort que la terre vibrait.