Excerpt for Un Paysan Penaud by Patrick Huet, available in its entirety at Smashwords

Un Paysan Penaud


Author : Patrick Huet.


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© Patrick Huet 1995

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Publish by : Smashwords edition the 14th March 2011.


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1er Dépôt légal : mai 1995 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon


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Remarque.

Cette histoire est inspirée d'un fait réel, mais bien sûr, romancé à la façon de l'auteur.


DEBUT DE L'HISTOIRE


UN PAYSAN PENAUD


Le jour venait à peine de se lever, en cette froide matinée de décembre 1769, que de lourds sabots de bois écrasaient le tapis de givre à un rythme saccadé. Ils franchirent la clôture d'un petit jardin et se dirigèrent vers la porte d'entrée d'une imposante demeure.

Un poing rougi et gonflé par le froid agrippa une chaîne et fit tinter une cloche. Un chien aboya quelque part. Un remue-ménage s'éleva dans la maison et rendit l'homme anxieux. Il lissa rapidement ses braies et sa tunique élimées ; de bien maigres remparts quand le vent soufflait et que la froidure s'abattait comme une chape de glace.

La porte s'ouvrit à la volée, découvrant le visage acide d'un petit homme sec.

Qu'est-ce donc ? aboya-t-il d'une voix dissonante.

Suis-je à la demeure du Sieur Brenod, le Procureur ?

Vous y êtes manant ! Et j'ajouterais que votre présence ici est déplaisante. Votre allure et votre vêture ne conviennent point à une maison aussi noble. Je vous prierai instamment de quitter la place et de ne point nous importuner davantage.

Il refermait déjà la porte quand le paysan, jusqu'alors figé dans une attitude de respect, sortit de son immobilité. Depuis deux jours, il préparait cette rencontre, vitale pour lui. Et maintenant qu'il avait trouvé le courage de parler au seigneur des lieux, il n'admettait pas qu'un simple domestique ravît son entretien par son seul caprice. Son pied s'allongea vivement. La galoche cogna contre le battant de chêne. Une plainte sonore jaillit de ce choc. Effaré de son audace, le paysan en perdit la parole. Mais la porte restait entrebâillée, son sabot coincé entre le battant et l'encadrement.

Le domestique n'était pas moins ébahi. Il contemplait stupidement cette galoche boueuse puis la face rubiconde et maigre sur le seuil, à moins d'un mètre. Finalement, la voix lui revint.

Vilain ! Comment osez-vous poser le pied dans une demeure où vous êtes indigne d'entrer à genoux ? Hors d'ici, à l'instant ! Ou je m'en vais quérir la garde !

Nenni ! Je n'en ferai rien. Je désire parler à votre maître, allez donc l'en avertir !

Le domestique refusa. Il haussa le ton. Ses éclats retentirent dans toute la maison, éveillant l'attention de celui-là même qu'il ne voulait pas chercher. Du plus profond de l'immeuble, une voix de baryton fulmina.

Palsambleu ! Mon logis serait-il devenu le siège des démons pour qu'un tel chahut m'ôtât la plénitude du silence de si bon matin ?

Le domestique articula d'une voix tremblante et fluette.

Ce n'est rien, Monseigneur, rien qu'un paysan récalcitrant. Mais il va s'en aller.

Il n'avait pas terminé sa phrase que le maître de maison s'avançait. Non pas qu'il éprouvât un quelconque intérêt pour la condition paysanne ; il n'avait tout simplement pas compris le discours de son serviteur. Avisant la pointe du sabot hors du chambranle, il ouvrit violemment la porte. D'un revers de la main, il renvoya le petit homme aigre à ses travaux et s'enquit auprès du visiteur de la raison de sa présence.

Seigneur, pardonnez mon audace ! Je ne serais jamais venu vous importuner si je n'avais eu quelques bons motifs. Seule la misère m'a poussé à quémander votre secours.

Mon secours ? Expliquez-vous, mon brave ! Vos propos ne me sont point très clairs.

Comme vous le voyez, Monseigneur, je ne suis qu'un pauvre paysan, sans grandes ressources. La récolte a été mauvaise et j'ai une famille à nourrir. Depuis plusieurs semaines, nous vivons dans le plus noir des malheurs.

J'en suis désolé pour vous ! S'apitoya le procureur.

L'expression ennuyée qu'il arborait déniait cette pitié de façade. Le paysan contrariait sa sérénité matinale et il cherchait un moyen habile de s'en défaire.

Oui, j'en suis sincèrement désolé, reprit-il. Mais qu'y puis-je ? Je ne suis point maître des moissons. Quant aux récoltes, elles ont été aussi maigres pour vous que pour moi. Le voudrais-je que je serais dans l'impossibilité de subvenir à vos besoins.

Je ne vous demande rien de tel, Monseigneur.

Ah ! s'exclama-t-il

Jusqu'à présent, il craignait que le paysan ne lui demandât de la nourriture. Bien que ses caves regorgeassent de victuailles, il y tenait âprement. S'il avait dû les distribuer à chaque rustaud venu se plaindre de la famine, depuis longtemps son train de vie aurait diminué. Pour quelqu'un aimant le faste des réceptions, c'était une idée insupportable.

Et que voulez-vous ?

Je ne cherche rien d'autre que du travail, Monseigneur. Mes bras sont solides et l'ouvrage ne m'effraie point. En tant que Procureur, vous connaissez peut-être des employeurs à la recherche d'un homme de peine pour quelques jours ou quelques semaines.

C'est qu'en hiver le travail se fait rare et que j'ai des affaires autrement sérieuses à m'occuper.

S'il vous plaît, messire, on m'a dit que vous étiez frère du curé de Saint-Amour. En son souvenir et celui de notre Seigneur, je vous en prie !

Ah ! oui, mon frère, le curé... Quoi qu'il en soit, cela ne change rien à mon emploi du temps déjà très chargé.

Il allait répudier le malheureux d'un adieu définitif quand une lueur rusée traversa ses pupilles. Ses lèvres esquissèrent un sourire madré.

Attendez un instant ! J'ai souvenance d'une charge qui pourrait vous convenir.

Vraiment, Monseigneur ?

Le paysan n'osait croire en sa bonne fortune. Il ouvrait de grandes oreilles et ne quittait plus des yeux le procureur.

Il me revient tout à coup qu'un emploi vacant doit bientôt être pourvu. Celui qui y sera affecté dépendra de mon choix et de celui de six autres de mes confrères. Repassez vers les onze heures, il se pourrait que vous soyez sélectionné.

Oh ! messire, ma reconnaissance vous serait acquise à jamais !

Trêve de flatterie, mon brave ! Le marché n'est point encore conclu. Des affaires m'appellent en ville, aussi ma femme vous recevra-t-elle et vous expliquera en quoi consiste cet emploi si vous êtes retenu.

La joie illuminait le visage rougeaud du paysan tandis qu'il s'éloignait de la grande maison. Il ne doutait pas de l'heureuse issue de son entretien. En dépit de la sécheresse de coeur dont on affublait communément le procureur Brenod, il n'en était pas moins frère du curé de Saint-Amour et, à ce titre, charitable.

Alors que sa silhouette étriquée disparaissait derrière une haie vive, des rires s'élevaient de la chambre des maîtres, étouffés par les épais murs de pierre. Le procureur chatouillait l'oreille de son épouse en lui murmurant quelques secrets amusants. Et cette dernière de pouffer ou de lancer de petits cris d'excitation.


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