Excerpt for Plain-chant sur mer by Dary Jean-Charles, available in its entirety at Smashwords


Dary Jean-Charles










Plain-chant

sur mer


















Éditions Dédicaces






Plain-chant sur mer



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Couverture : © Piotr Rydzkowski

Gdansk, Pologne







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Dary Jean-Charles










Plain-chant

sur mer


















Femme ma terre-vigie

à lance pierre du soleil d'avant jour

beauté d'averse en évasion de sens

entre l’éclair l’orage et l'arc-en-ciel

je me souviens de toutes choses


de la parole en pile ou face

au bout des seins de tes papilles

cherchant le lait des lendemains


de la vieille ville avant dame Jeanne

flirtant avec les vents contraires

des flamboyants graciles de tes yeux

voguant à fleur du bord de mer


de ce ruban de rue déchaussée

déambulant vers le quai

par les dimanches d'aubépine

des clairs de soir où l'oralité du silence

n'avait ni ombre ni bruit sûr sur la mer


Aussi allai-je à pied à pas de dunes

digue à la vague allègrement

mourir en soubresauts de roses blanches

sur le bêlement du sable écumeux de l'oubli








Je suis ce paysage urbain d'octobre

nouant mes bottes de pluie

en lettres mortes de fines herbes

batifolant au rez des berges d’autrefois


fragrance d'ailes souveraines

je vole au vent de chaume de tous les toits


la lyre en bandoulière du jour et de la nuit

mon piano blanc déplie ses neiges noires

aux pieds des elfes diamantés du matin

ourlant leur hampe de haut de gamme

au cou du mauvais temps qui passe

sous les dentelles de ta robe-ajoupa

comme une fusion d’étoiles de mer

dans le flamboiement du large











Entre soi et loin de mer

entrelacs de l'absurde

l'étrange et l'être

il m'a semblé serein

cet air de pluie joué à deux

au bal à fond de mes antennes

en quête de hautes fréquences


blessé au talon plat

d'achillées de feuilles mortes

l'oubli attelle ses grands chevaux de soif


je suis laissé pour compte

sans bas sans voix

laqué de boue

seul sur la piste

entre les bras de la pucelle











Dès lors en larme à l'oeil voyage l'île

à marée basse de mon visage


pavé uni au vent du large

qui amarre mes voiles

le temps longtemps s'enfuit

et le silence croît à plaisir

ailes épervières voguant à l'aveuglette

dans mon regard d'oiseau blessé


oser boire l'opale et l'onde

l'amer en rafale sur ma langue


se cristallisent les mots courts

au domicile de mes paupières


redéfinir le vague à l'âme

et l'encre au blanc de l'oeil

lac-émoi portant son masque

à ras les saules de mes vains souvenirs








Je suis en porte-à-faux

fil à langue de bois d'orme

pourri d'attente d'Ella

lorgnant l'haleine du silence


plus loin que veille d’une large soif

Lapierre* corps nu sans lune sur la mer

reste morne de délit dans la nuit


l'ombre est un arbre blessé

barbelé de vents incandescents


au carrefour du regard

rampent les feux des ruisseaux

qui s'en vont au charbon dans mes yeux


mais quel brasier de larmes astrales

casse les eaux dures de la mémoire

enfermées dans la jarre du silence














____________

* Lapierre: montagne située au nord-est de la ville des Gonaïves (Haïti)

dont la mer baigne le pied.






Encombrés d'ailes fumantes du matin

migrent en vers libres

dans mon arbre à parole

mille un corbeaux de grand papier

mâché pressé d'accords

de vents jumeaux

dispersant sur nos lèvres

leurs halliers de rosée


alphabet de sans voix

qui effeuille le silence

quel brasier de mots courts

à la renverse de mes voiles


l'ancre est plus douce que la mer

je désarme

j'attends là l'incendie

en comptant goutte à goutte

l'absolu









Noir-absolu du souvenir

la nuit est mer qui danse

dans les aspérités d'étoiles


les vagues à bonds en liberté

ont le bel âge du vent

leur corps ne muse

qu'aux doigts du loin

orchestre de feu

au large des hauts bois

jouant sur le tambour de l'horizon










Point d'orgue bleu

au sommier de ma voix

un soleil-Azuéï* ruisselant l'aile

à saute mouton d'épiphanies

de flamants roses

fait jour de planche

sur les baleines vives

qui assiègent le guéridon

de ma chambre


branle ombre de femme

à boire debout

au balafon

de tes sons de bouteille


en tire-bouchon

à la naissance de mes cheveux

l'ébène agite le désordre

de ses batailles


à la mer amarrée à mon port annoncé

l'écume des mots d'Ella

ensable d’espoir le poème de sa robe














________________

* Azuéï : lac en Haïti






Je vogue seul vague à la vague

entre les lignes de flottaison d'Ella

vers son corps plein de soif

forêt noire après feu dévorant

du haut chant de ses seins étoilés

fuyant au galbe des galaxies


coeur et corps frileux

errant vers son lit de cendres

fibre à fibre peu à peu

je prends ses courbes folles

au gré du vent saumâtre

gondolant à bout de souffle

jusqu'à son année bissextile


terre neuve de vive voix de pucelle

au mois de juillet de lents rochers

monte à mi-lèvres de la source

parlant encore la langue des hauts bois







J'ai entendu nos pas pleurer

mourir de soif à perdre haleine

devant le puits de l'impossible

sous le poignard de l'impassible


des crocodiles en larmes de carnaval

racontent les marais aux nénuphars

en fuite dans la gravelée de mes yeux

brûlés par le soleil des balles perdues

à la moelle épinière de la liberté


agrès à gré de l'œil en clin qui passe

la rue déchaussée s'envoie en l'air


j'ai rendu l'aile au vent qui bruit au loin

sous les tonnelles des colonies

tendu mes mains aux mêmes erreurs

que ce passé rétif refuse d'oublier








Les rives au libelle du matin

sont reboisées d'aurores

de flamboyants de givre

en verger de discorde

dans mes yeux embués

d’harmonies d’oies des neiges


le Saint-Laurent voisin

langoureuse parole d'île

de plain-chant sur l'escale

court embrasser la mer

devenue plus froide que bleue









Je suis bercé de songes d'écoliers


dans la marée montante de l'enfance

déferlant ses effluves insulaires

j'arrime mon épaule à la houe de la mer

qui dérive des labours incessants de ta voix


tant que ton corps saumâtre

retiendra l'ancre vernaculaire de ma main

j'écrirai sur ta peau caravelle

tous mes voyages d'oiseaux

et du plus haut vol de leurs plumes

je te raconterai de mémoire sans fin

mes migrances d'octobre









Les mots passent comme des fées d'hiver

dans la moiteur folâtre du quotidien


Je suis clameur du soir

orgie de vent du pays pénéplaine

de l'amer qui m'enferme


sans ces pages de vin noir

dans mes yeux mis en fût

de mon arbre véritable

sortirai-je indemne

des propos de feuilles mortes

qui empilent la parole

enlisant dans ma chair

les vertèbres de la mer







Écho d'ailleurs

j'arrive du bout de l'être

d'où je n'étais

que souverain présage


aurore nocturne sur mer frappée

de la monnaie courante des carrefours

périple d'encre qui perle à verse d’aile

l'avenue des mortels

le temps passé revient sans cesse

hanter le reflet de mon visage

dans l'eau étale du souvenir


nomades ni ciel ni cil

n'ont vue sous mes paupières


je suis les yeux qui fuguent

pieds nus dans les années lumières

des orgues et délices d’une chanson à canon










J'entends un bruit d'échelle

en grappes d'espoir

grimper dans les barreaux du vent


colonnades de mots à l'envers


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