Dary Jean-Charles
Plain-chant
sur mer
Éditions Dédicaces
Plain-chant sur mer
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Gdansk, Pologne
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Dary Jean-Charles
Plain-chant
sur mer
Femme ma terre-vigie
à lance pierre du soleil d'avant jour
beauté d'averse en évasion de sens
entre l’éclair l’orage et l'arc-en-ciel
je me souviens de toutes choses
de la parole en pile ou face
au bout des seins de tes papilles
cherchant le lait des lendemains
de la vieille ville avant dame Jeanne
flirtant avec les vents contraires
des flamboyants graciles de tes yeux
voguant à fleur du bord de mer
de ce ruban de rue déchaussée
déambulant vers le quai
par les dimanches d'aubépine
des clairs de soir où l'oralité du silence
n'avait ni ombre ni bruit sûr sur la mer
Aussi allai-je à pied à pas de dunes
digue à la vague allègrement
mourir en soubresauts de roses blanches
sur le bêlement du sable écumeux de l'oubli
Je suis ce paysage urbain d'octobre
nouant mes bottes de pluie
en lettres mortes de fines herbes
batifolant au rez des berges d’autrefois
fragrance d'ailes souveraines
je vole au vent de chaume de tous les toits
la lyre en bandoulière du jour et de la nuit
mon piano blanc déplie ses neiges noires
aux pieds des elfes diamantés du matin
ourlant leur hampe de haut de gamme
au cou du mauvais temps qui passe
sous les dentelles de ta robe-ajoupa
comme une fusion d’étoiles de mer
dans le flamboiement du large
Entre soi et loin de mer
entrelacs de l'absurde
l'étrange et l'être
il m'a semblé serein
cet air de pluie joué à deux
au bal à fond de mes antennes
en quête de hautes fréquences
blessé au talon plat
d'achillées de feuilles mortes
l'oubli attelle ses grands chevaux de soif
je suis laissé pour compte
sans bas sans voix
laqué de boue
seul sur la piste
entre les bras de la pucelle
Dès lors en larme à l'oeil voyage l'île
à marée basse de mon visage
pavé uni au vent du large
qui amarre mes voiles
le temps longtemps s'enfuit
et le silence croît à plaisir
ailes épervières voguant à l'aveuglette
dans mon regard d'oiseau blessé
oser boire l'opale et l'onde
l'amer en rafale sur ma langue
se cristallisent les mots courts
au domicile de mes paupières
redéfinir le vague à l'âme
et l'encre au blanc de l'oeil
lac-émoi portant son masque
à ras les saules de mes vains souvenirs
Je suis en porte-à-faux
fil à langue de bois d'orme
pourri d'attente d'Ella
lorgnant l'haleine du silence
plus loin que veille d’une large soif
Lapierre* corps nu sans lune sur la mer
reste morne de délit dans la nuit
l'ombre est un arbre blessé
barbelé de vents incandescents
au carrefour du regard
rampent les feux des ruisseaux
qui s'en vont au charbon dans mes yeux
mais quel brasier de larmes astrales
casse les eaux dures de la mémoire
enfermées dans la jarre du silence
____________
* Lapierre: montagne située au nord-est de la ville des Gonaïves (Haïti)
dont la mer baigne le pied.
Encombrés d'ailes fumantes du matin
migrent en vers libres
dans mon arbre à parole
mille un corbeaux de grand papier
mâché pressé d'accords
de vents jumeaux
dispersant sur nos lèvres
leurs halliers de rosée
alphabet de sans voix
qui effeuille le silence
quel brasier de mots courts
à la renverse de mes voiles
l'ancre est plus douce que la mer
je désarme
j'attends là l'incendie
en comptant goutte à goutte
l'absolu
Noir-absolu du souvenir
la nuit est mer qui danse
dans les aspérités d'étoiles
les vagues à bonds en liberté
ont le bel âge du vent
leur corps ne muse
qu'aux doigts du loin
orchestre de feu
au large des hauts bois
jouant sur le tambour de l'horizon
Point d'orgue bleu
au sommier de ma voix
un soleil-Azuéï* ruisselant l'aile
à saute mouton d'épiphanies
de flamants roses
fait jour de planche
sur les baleines vives
qui assiègent le guéridon
de ma chambre
branle ombre de femme
à boire debout
au balafon
de tes sons de bouteille
en tire-bouchon
à la naissance de mes cheveux
l'ébène agite le désordre
de ses batailles
à la mer amarrée à mon port annoncé
l'écume des mots d'Ella
ensable d’espoir le poème de sa robe
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* Azuéï : lac en Haïti
Je vogue seul vague à la vague
entre les lignes de flottaison d'Ella
vers son corps plein de soif
forêt noire après feu dévorant
du haut chant de ses seins étoilés
fuyant au galbe des galaxies
coeur et corps frileux
errant vers son lit de cendres
fibre à fibre peu à peu
je prends ses courbes folles
au gré du vent saumâtre
gondolant à bout de souffle
jusqu'à son année bissextile
terre neuve de vive voix de pucelle
au mois de juillet de lents rochers
monte à mi-lèvres de la source
parlant encore la langue des hauts bois
J'ai entendu nos pas pleurer
mourir de soif à perdre haleine
devant le puits de l'impossible
sous le poignard de l'impassible
des crocodiles en larmes de carnaval
racontent les marais aux nénuphars
en fuite dans la gravelée de mes yeux
brûlés par le soleil des balles perdues
à la moelle épinière de la liberté
agrès à gré de l'œil en clin qui passe
la rue déchaussée s'envoie en l'air
j'ai rendu l'aile au vent qui bruit au loin
sous les tonnelles des colonies
tendu mes mains aux mêmes erreurs
que ce passé rétif refuse d'oublier
Les rives au libelle du matin
sont reboisées d'aurores
de flamboyants de givre
en verger de discorde
dans mes yeux embués
d’harmonies d’oies des neiges
le Saint-Laurent voisin
langoureuse parole d'île
de plain-chant sur l'escale
court embrasser la mer
devenue plus froide que bleue
Je suis bercé de songes d'écoliers
dans la marée montante de l'enfance
déferlant ses effluves insulaires
j'arrime mon épaule à la houe de la mer
qui dérive des labours incessants de ta voix
tant que ton corps saumâtre
retiendra l'ancre vernaculaire de ma main
j'écrirai sur ta peau caravelle
tous mes voyages d'oiseaux
et du plus haut vol de leurs plumes
je te raconterai de mémoire sans fin
mes migrances d'octobre
Les mots passent comme des fées d'hiver
dans la moiteur folâtre du quotidien
Je suis clameur du soir
orgie de vent du pays pénéplaine
de l'amer qui m'enferme
sans ces pages de vin noir
dans mes yeux mis en fût
de mon arbre véritable
sortirai-je indemne
des propos de feuilles mortes
qui empilent la parole
enlisant dans ma chair
les vertèbres de la mer
Écho d'ailleurs
j'arrive du bout de l'être
d'où je n'étais
que souverain présage
aurore nocturne sur mer frappée
de la monnaie courante des carrefours
périple d'encre qui perle à verse d’aile
l'avenue des mortels
le temps passé revient sans cesse
hanter le reflet de mon visage
dans l'eau étale du souvenir
nomades ni ciel ni cil
n'ont vue sous mes paupières
je suis les yeux qui fuguent
pieds nus dans les années lumières
des orgues et délices d’une chanson à canon
J'entends un bruit d'échelle
en grappes d'espoir
grimper dans les barreaux du vent
colonnades de mots à l'envers