Les Maquisards du Bois de Vincennes
Gaelle Kermen
#04
1969
cahiers parisiens
50 ans d'écriture en cahiers
de 1960 à 2010
du pensionnat à l'ermitage
l'itinéraire d'une femme libre
Copyright Gaelle Kermen 2011
ISBN 978-1-4581-1568-3
25 février 2011
Smashwords Edition, License Notes
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Photo de couverture
Portrait de l'auteur en jeune fille dansant le jerk
par Jacques Morpain, été 1969
scannée par Bruno Cohen et rajeunie par Corine Merville en 2011
modèle de mai 68, robe de twill rouge à pois blancs, emmanchures américaines, ceinture blousante
Maquisards du Bois de Vincennes
mireille mathieu à l'essayage chez féraud
Début du livrel suivant : Le Cartable en vinyle jaune #05 1970
Les Maquisards du Bois de Vincennes
Ou la révolution en chambre
Le titre est dû à une réflexion de Jean-Claude Rabinovitch au Comité d'Occupation de la Sorbonne, sur l'activité des personnages apparus au précédent livrel, en mai 68. A la rentrée de septembre 68, le ministre de l'Education Nationale, Edgar Faure, donne une belle vitrine aux étudiants en créant le Centre Expérimental Universitaire de Vincennes, qui deviendra Paris 8. Et à partir de janvier 69, le maquis se prend au Bois de Vincennes.
Le livrel #04 de mes cahiers d'écriture se situe pendant l'année 69, première année de la Fac de Vincennes. Je quitte alors Nantes la Rouge pour expérimenter une Université plus moderne qu'Assas ou la Sorbonne, avec d'autres méthodes de travail en dynamique de groupe.
Je parle des gens importants de ma vie : Casamayor (1911-1988), mon professeur de droit en libertés publiques, chroniqueur judiciaire au Monde et sur France-Culture, ou Bernard Lambert, paysan révolutionnaire de Loire-Atlantique, militant au PSU (1931-1984). J'apporte ainsi une documentation historique de dimension humaine à quelques personnages connus, que j'ai estimés et admirés.
Pour les personnes privées, dont j'ai croisé la vie un temps, je les croque, au sens propre comme figuré, toujours avec tendresse et amitié. Parfois par confidentialité pour les vivants, je change leur prénom. Quelquefois cela m'est impossible, tant le prénom et la personne sont emblématiques, comme petrus, brice ou kiki.
Ce simple journal de vie devient œuvre littéraire et document sociologique sur les années 60.
Après mon premier amant américain trafiquant et le second amant révolutionnaire malgache, j'ai plusieurs amants dans les milieux de la mode, du design ou de la fac, en liberté des corps et des cœurs de l’après mai 68. Mais au milieu des expériences amoureuses, j'ai besoin de partir à la recherche de Brendan, l'antihéros d'Aquamarine 67.
L'écriture se fait toujours entre le quotidien et les réminiscences d'événements ou personnages déjà apparus dans les précédents livrels. Une écriture qui coule comme le temps passe. Parfois lentement. Parfois très vite. Comme la vie en 69, année érotique.
Gaelle Kermen,
Kerantorec, 24 février 2011
mercredi 1 janvier 1969
réveillon dans un lit avec ma sœur
dans l'île saint-louis où elle habite en ce moment et où je l'ai suivie
beaucoup dormi
raté rendez-vous avec la bande à geismar et glücksman au balzar parce le balzar est fermé le mardi
et puis assoupissement de l'île
téléphone aurélia non plus ne sort pas
ben nous on reste au lit
téléphone à minuit à saint-leu
à neuf heures et demi réveil par maman qui nous prévient que philibert et bruno vont venir
on les attend
à midi maïté et alexandra m'appellent faut que je passe les voir ce soir
après-midi douce et confortable avec bruno et philibert
soirée chez maïté qui n'arrête pas de parler de pierre la salope
c’est elle que j’avais virée de la rue visconti
on s’est retrouvé à la sorbonne avec alexandra
télé julie driscoll et les beegees
je suis contente de commencer quelque chose de nouveau
surtout une année
que ça soit positif
jeudi 2 janvier 1969
douceur de l'île saint louis
les matins qui s'étirent
envie de robe de velours
mais envie de formes modernes
dynamisme piscine
je n'arrive pas à me décider si je rentre à nantes dans quatre jours ou si je reste à paris pour m'inscrire à vincennes
pour foncer
être entièrement dans le coup
rue guisarde lettre de christine pour moi ça me chauffe le cœur
extrait
15 jours sans un petit homme à se mettre sous le cœur et la cuisse c'est dur et je crois que le 5 janvier je serai à point pour tailler 20 costumes à françois s'il en a envie et tomber dans les bras de brice le très doux et beau
retrouvé immédiatement après notre grande et chère élise de retour d'italie
au ramsès où je ne fais que passer bleiptreu me donne d'autorité le téléphone de rychter la maison de prêt à porter tricots
pour mon avenir créateur
est-ce un signe
si j'ai un boulot je reste à paris d'autant que peut-être je serai logée gratis
vendredi 3 janvier 1969
je crois que je vais rester à paris
intuition
bien commencer quelque chose pour arriver quelque part
at least
at last
peu de choses en fait
pas réussi à joindre bleiptreu
pas téléphoné chez rychter
dîner chez bea
qui me désole elle ne pense qu'au fric qu'au fric
j'ai essayé de dire
et la vie intérieure
parce qu'après tout je n'ai pas de fric c'est pas drôle je ne vais ni au cinéma ni au théâtre mais ce n'est pas pour ça que je m'ennuie
et même si je reste à la maison il y a toujours un livre quelque part pour m'occuper l'esprit
mais elle ne saisit pas
comment a-t-elle pu être une de mes meilleures amies d'internat et perdre ainsi tout le charme d'avant son mariage
à part ça aurélia me téléphone
elle doit comme dit ma sœur être aussi ma meilleure amie
samedi 4 janvier 1969
parait que pierre a appelé hier soir pour nous inviter au cinéma
faut vraiment qu'il s'ennuie
dieu merci je l'aime bien
alexandra m'appelle
aurélia m'appelle
j'ai beaucoup d'amies
on a voulu aller à vincennes mais la fac est fermée
ma sœur vient de se voir proposer un boulot sensationnel secrétaire assistante dans une revue gastronomique et touristique faite par les critiques gault et millau
en plus on lui propose un appartement de trois pièces cuisine salle de bain et tout
nous pourrons habiter ensemble
en étant indépendantes
et travailler
surtout moi parce que ce n'est pas au quartier mais près des trucs de couture
retrouvé hélène et yannis
vu aurélia qui est belle quand même
retour à saint-leu
dimanche 5 janvier 1969
saint-leu crise d'asthme of course
au fond comme ça j'échappe au repas de famille avec ma grand-mère mon cousin et sa femme qui est assez fatigante parce qu'elle pose des questions sans écouter les réponses
je tricote quand je vais mieux
je mets l'après-midi à lire le monde d'hier
je me sens désormais personnellement concernée par les problèmes internationaux et intérieurs
maintenant que je suis au courant
l'essentiel c'est d'être dans le coup
j'ai aussi des envies de robes au tricot longues et mousseuses
retour le soir dans l'île saint-louis
christine a dû rentrer aujourd'hui
lundi 6 janvier 1969
c'est fou ce que je dors dans l'île
mon frère louis vient enregistrer des disques de dylan avant de regagner la caserne demain il part à djibouti où il sera moniteur de voile pendant son service
piscine je nage beaucoup et mieux
vincennes beau soleil d'hiver sur le bois
a g dans truc moderne ça me plaît
la première personne que je rencontre est une fille rencontrée à la sorbonne l'an dernier elle fait partie du comité d'action
je rencontre aussi un m l marxiste -léniniste qui enseignera en philo ou socio et une fille qui nous avait apporté à la trésorerie du fric donné par les chanteurs de bobino en grève active
au ramsès bleiptreu me dit de téléphoner le plus vite possible chez rychter qui a besoin d'une modéliste il l'a vu hier mais je n'arrive pas à le joindre
christine retrouvée
ma vie à venir risque d'être formidable
mardi 7 janvier 1969
aller à vincennes pour transfert dossier de nantes
8h alsace à paris gérard pour rychter
contacté au téléphone gérard pour rychter semble très sympathique
vincennes sous les pluies un peu triste mais envie folle de commencer enfin un genre d'enseignement nouveau
buci passage
soloman me parle de pierre
mais qu'est-ce qu'ils ont tous à me parler de lui
heureusement que je crève d'humour
et que je m'en fous
soir entrevue avec gérard de chez rychter
très gentil tout rond j'aime bien les gens ronds
mais il doit savoir ce qu'il veut
tant mieux
je crois avoir fait bonne impression
réellement tout cela m'intéresse
je dirais presque physiquement
c'est un besoin physique de mouvement
mercredi 8 janvier 1969
aller à vincennes
2h christine au ramsès
alexandra
5h téléphone gérard
aller chez rychter
je me vois proposer un travail que j'ai toujours rêvé de faire depuis que je suis toute petite
ces dernières années d'errance où rien ne me satisfaisait mais où tout pouvait être intéressant ne sont pas complètement perdues et inconsciemment si je refusais certaines choses c'était parce que j'attendais ça
à moi de jouer maintenant
j'en suis capable
ou je ne suis rien
mais j'ai tout à gagner
perdu mon temps avec christine et alexandra puisque j'arrive trop tard à vincennes pour m'inscrire
mais entrevue intéressante chez rychter
je crois avoir compris ce qui m'est demandé
une de mes qualités est de comprendre vite
jeudi 9 janvier 1969
il fait beau à nantes merveilleusement
départ très tôt le matin pour nantes où je rentre chercher mes affaires
je n'ai plus l'habitude de me lever si tôt il va falloir la reprendre pour travailler il me faut tellement tellement toujours travailler
à la sortie du train restau u jacob puis per-jakez
je les aime bien per-jakez surtout je l'adore autant qu'avant mais je n'ai rien à faire avec lui
visite dernière à mon amie gene chérie qui attend son bébé dans une béate amplitude
arrivent filou et jolie soisick qui venaient demander un truc à gene et ne s'attendaient pas à me voir
eux aussi je les aime
puis je rentre avec ma cousine margot à saint-julien
atmosphère chaude confortable pleine d'esprit
mon oncle cher et pierre mon cousin
et le médecin remplaçant sympathique
c'est un peu dommage de partir
mais je ne regrette rien
vendredi 10 janvier 1969
lever tôt aussi aujourd'hui
pour repartir à paris avec tonton francis et le petit erwan
à la gare tante denise qui m'invite à déjeuner
j'accepte bien qu'ayant très envie de me mettre très vite à dessiner
dans l'après-midi j'accepte encore d'aller chez ma cousine annig qui repart à aubagne ce soir elle attend un bébé depuis peu
je vois sa jolie petite sabine
dieu que j'aimerais faire un enfant
soir hélène
christine avec brice ça n'a pas marché
il lui a fait un drôle de cinéma
je suis déçue
pourquoi se croit-il obligé d'être stupide
mais peut-être a-t-elle eu une attitude moins intelligente que je ne l'espérais
je commence à noter des idées de tricots
samedi 11 janvier 1969
je me mets sérieusement au travail
mais appels téléphoniques de mes meilleures amies
bea qui m'embête sérieusement
aurélia qui me donne rendez-vous
et maïté qui m'appelle pour parler et me dire que pierre est furieux contre moi
pourquoi je n'en sais rien et je me fous des histoires de nanas
après-midi visite du futur appartement boulevard poissonnière
sur les grands boulevards
face au cinéma rex
à côté de l'humanité
plein sud avec balcon
ça va être sensationnel
jamais nous n'aurions pu espérer ça
en tout cas je vois parfaitement ma chambre
très moderne très nette avec un mur en glace une table à dessin assez grande devant la porte-fenêtre et cetera
j'y travaillerai très bien
raté rendez-vous aurélia
vu des cailloux somptueux
rencontré maya
pas vu pierre
mangé grec
été admirée
c'est bien
dimanche 12 janvier 1969
ma sœur part à saint-leu vers 11 heures passées
je vais à la piscine de pontoise après m'être baladée du côté de la mouff
je nage beaucoup sans fatigue maintenant
je rentre je bouffe me fais jolie et note quelques idées
puis je sors pour aller chez pierre puisque j'ai besoin de dessins qui sont restés rue visconti et que ce matin aurélia m'a appelée pour me dire qu'il me cherchait et qu'il fallait que je me méfie
comme si je ne savais pas que pierre serait seulement ravi de me voir
ce qui ne rate pas
pot au buci
puis je l'accompagne chez lui parce qu'il a pour moi une locomotive miniature jouet c'est original comme cadeau de noël
il est tellement sûr que je serai une locomotive si je ne rate pas le train
pour ma sœur il me donne un tatou
puis je dîne avec lui rue privas
nous avons toujours beaucoup à dire
et je rentre et je travaille jusqu'à trois heures du matin
lundi 13 janvier
7h30-8h gérard rychter
c'est ce soir que je saurai si je serai une grande styliste ou pas
mais je suis sûre de réussir
la locomotive
j'aime beaucoup pierre en fait
plaisir de le rencontrer dans la rue d'être invitée à déjeuner
ça n'arrivait pas quand je vivais avec lui
symphonie triomphante de mozart et repos entre deux dessins
j'ai fait beaucoup de dessins
vu gérard rychter
il trouve qu'il y a beaucoup à faire et que je suis très dans le coup
mais peut-être n'est-ce pas assez tricot mais trop couture
je dois faire d'autres croquis
lui aussi s'inscrit à vincennes
rencontré maya
pas vu pierre
d'ailleurs il fait froid je rentre
mardi 14 janvier
je pensais aller à vincennes m'inscrire mais mes meilleures amies décidément ne m'oublient pas
de plus les peintres viennent dans le studio alors en attendant mon rendez-vous avec aurélia je dessine
évidemment elle est un peu en retard
j'en profite pour regarder les vitrines
des années que je n'avais pas fait ça
enfin nous allons acheter de la laine aux galeries lafayette
maman va lui tricoter un ensemble bermuda
puis nous rentrons au quartier
hélène et yannis sont complètement gelés
ils n'ont plus d'argent pour acheter du gaz
je leur laisse de l'argent
c'est le monde à l'envers
puis je passe chez pierre
il est tout beau tout heureux de me voir
son coup a marché il a passeport et tout
bref il m'invite à voir mister freedom de william klein
puis à manger une côte de bœuf au pop hot
je le quitte à deux heures du matin
mercredi 15 janvier 1969
inscription vincennes
fragments les chinois avec terzieff
vincennes matin finalement je m'inscris en dominante sciences politiques en espérant que la licence sera créée
vers 6 heures je vais au quartier ne sachant si je vais ensuite à saint-leu ou si je reste avec pierre
au cas où il n'a pas oublié qu'il m'a invitée à aller au théâtre voir terzieff dans fragments
je rencontre devant le buci ses frères
et maïté qui veut que j'aille avec elle voir pierre rue visconti
je vais chez hélène très triste parce que yannis passe ses journées à vincennes et la laisse seule
puis je trouve pierre au buci il pensait que je ne viendrais pas
théâtre excellent comme toujours avec terzieff
nous dînons au pop hot
nous évoquons les histoires de la sorbonne
mais c'est dommage je n'ai plus confiance politiquement
je reste la nuit avec pierre
jeudi 16 janvier 1969
rosemary's baby
pierre m'aime il le dit
il crève d'amour pour moi
moi je ne sais pas je ne sais plus
il faut qu'il parte vite
pour que je ne sois pas freinée
et puis je n'aime pas recommencer toujours les mêmes choses
nous déjeunons au mini chirest
il déborde de tendresse
moi aussi
dans l'après-midi nous rentrons faire l'amour
mais je n'en ai pas tellement envie j'ai besoin de caresses surtout
et nous nous endormons
puis c'est le soir
nous allons voir rosemary's baby
angoisse je connaissais déjà l'histoire je ne suis pas choquée
dehors il fait froid j'ai mal au cœur
pierre m'entoure m'offre des huîtres
quand nous rentrons j'ai une crise d'asthme
je suis nerveuse et révoltée par la poussière de la pièce et la crasse ambiante
vendredi 17 janvier
pierre a essayé de me calmer mais n'a réussi qu'à aggraver mon état
il prétend que je suis injuste qu'il cherche seulement à m'aider
et moi je ne supporte pas
je pars tôt
maman doit venir chercher la laine d'aurélia puisqu'elle va lui faire un ensemble pull et bermuda
j'ai une crise pénible angoissante
maman arrive je décide rapidement de rentrer à saint-leu avec elle
samedi 18 janvier 1969
11h sciences po réunion à vincennes
j'arrive tôt à vincennes enfin un quart d'heure avant la réunion ce qui représente un tour de force
les profs auront fort à faire
nous n'hésitons plus à les contrer il n'y a plus de barrières hiérarchiques
je n'ose pas encore prendre la parole mais ça viendra
un type qui était deux rangs derrière moi vient s'asseoir à côté de moi il est sympa plein de vie je crois que je m'entendrai bien avec lui et c'est pratique de pouvoir désormais tout de suite tutoyer les gens
je rentre dans l'île
per-jakez doit aujourd'hui me rapporter les derniers bagages restés à nantes
pierre doit m'appeler
mais l'après-midi je ne peux attendre je dois aller m'occuper de l'appartement de ma sœur boulevard poissonnière
per-jakez est passé a laissé un mot
pierre a dû appeler
dimanche 19 janvier 1969
per-jakez
faubourg poissonnière
dessins
per-jakez nous réveille
toujours ponctuel précis sûr certain solide
je suis contente de le voir
et puis il est mignon il a un très beau sourire
il nous conduit boulevard poissonnière
j'aime sa façon de conduire rapide et efficace sécurisante
per-jakez c'est peut-être ce qu'il y a de plus beau en moi
c'est toute l'intégrité de l'enfance
je fais mon rideau de toile cirée jaune puis nous rentrons
et je dessine jusqu'au soir
pierre n'a pas rappelé pendant que j'étais là
lundi 20 janvier
dessins
alexandra
bertrand passe vers onze heures je ne l'avais pas vu depuis plusieurs mois il s'est calmé fait moins de cinéma et a toujours beaucoup de charme
mes dessins lui plaisent
comme j'ai envie de bouger il m’emmène à saint-germain
je passe rue visconti pas de réponse
rue guisarde chez hélène pas de réponse non plus
alors je rentre et dessine
je n'arrive pas à joindre gérard
à six heures je sors pour laisser le studio à ma sœur jusqu'à huit heures
de nouveau rue visconti toujours personne je laisse un mot
rue guisarde pareil
rue de fürstenberg maya n'est pas là non plus
alors que faire où aller jusqu'à huit heures
ben je suis obligée d'aller voir alexandra qui vient de faire une fausse-couche
mardi 21 janvier
pierre téléphone
mnef
marianne
pierre
décidément je me réveille tôt
à dix heures je suis dehors parce qu'il fait beau
je retourne rue visconti pas de réponse mais mon mot a été enlevé
je rentre
téléphone à marianne
rendez-vous pour deux heures près d'odéon
un peu après midi pierre m'appelle comme je le lui avais demandé
il me rejoint au café où je suis avec marianne puis nous restons ensemble
chez lui il y a une fille une des deux qui garderont l'appartement
je vais à la m n e f mutuelle nationale des étudiants de france avec pierre et son frère puis on repasse rue visconti prendre line au passage leur petite sœur qu'ils adorent
restaurant ensemble
on me drague je pétille j'éclabousse
je rate gérard rychter
je reviens chez pierre comme il me l'a demandé
il me garde
il m'aime
nous sortons à onze heures pour téléphoner à ma sœur que je ne rentrerai pas
mercredi 22 janvier 1969
je n'ai plus tellement envie de faire l'amour avec pierre mais j'ai besoin de sa tendresse de l'entendre dire et redire qu'il m'aime qu'il m'estime et tout
et puis qu'est-ce qui se passe
il me parle des dernières nanas qu'il s'est tapées
et il me fait horreur
à midi son frère vient le chercher
ils doivent venir me prendre au buci vers une heure et demi
j'attends j'ai faim j'ai froid je suis furieuse d'attendre et de perdre mon temps
à trois heures je décide de partir
au fond c'était facile de partir il suffisait de le décider
il avait raison dylan
it’s easy to quit you just have to get up and go
je devrais pourtant le savoir depuis que je connais pierre
je suis exténuée et nerveuse je ne veux plus revoir pierre
il me tue
demain sera la dernière fois
soir rychter grandes discussions il va essayer de faire trois de mes modèles
alors pierre je m'en fous
jeudi 23 janvier 1969
midi je frappe rue visconti pas de réponse
je suis folle de rage maman doit venir tout à l'heure pour m'aider à déménager
pierre me dégoûte
je reste avec son frère au buci
à une heure trente nous allons rue visconti
pierre a ouvert il parait très dur et dit qu'il ne pouvait pas ouvrir tout à l'heure
bon j'ai compris il y a une nana dans son lit à côté d'ailleurs son sac est là
maman et phili avec un immense far breton que maman a fait spécialement pour pierre
déménagement
nous prenons un maximum de choses
pierre me demande de passer demain à midi pour l'enregistrer
boulevard poissonnière je fais des rideaux encore et range l'appartement
à six heures vincennes où je dois avoir réunion d'information de sciences po
des types du comité d'action arrivent
flics à la sorbonne
profs exclus
manifs
grève votée avec occupation
arrive le type sympa de l'autre jour
je reste manger au restau u et rencontre aurélia
a g à 8h je décide de rester
mon copain est à la tribune
glücksman est très beau
vendredi 24 janvier
toujours à la fac
à une heure à la cafétéria je retrouve mon copain très étonné de me voir là
puis les voilà
aurélia fonce
moi aussi mais sans voir grand chose
les c r s courent partout
je suis entrée dans le bâtiment c
je me retourne
les c r s entrent dix mètres derrière moi
je fonce tout droit dans l'escalier et me retrouve dans la zone d'auto-défense où je ne voulais pas aller étant non-violente
attente
longue attente
on se sent tous proches
révoltés de voir les c r s faire les cent pas en bas devant les amphis
puis attaque
je monte au 2e étage avec ceux qui ne veulent pas se battre
on étouffe on pleure
on entend crier
descendez
on descend
ne les touchez pas
alors vous n'êtes pas mieux là
grand amphi
on respire si bien ici
attente des autres
puis on est tous embarqués dans les cars vers beaujon
je suis coincée entre michel foucault et andré glücksman
à beaujon attente
parqués dans des cellules
serrés comme du bétail
slogans
nous sommes tous des juifs bretons
on a tous tué marcovic
fouille
identité
photos
attente
on entend des cris
pour nous mettre en condition
je commence à ne plus pouvoir respirer
à trois heures de l'après-midi on nous relâche
là dans la rue devant l'hôpital j'ai une crise d'asthme épouvantable
j'appelle ma sœur qui a dû s'inquiéter
aurélia l'a réveillée à trois heures du matin pour lui dire que je serais battue matraquée et tout
parce qu'aurélia elle s'est tirée
elle a eu raison d'ailleurs
je me repose me restaure m'endort
ma sœur revient nous allons dîner chez maya rue de fürstenberg
samedi 25 janvier
pierre nous réveille au téléphone vers onze heures
il est très brillant
il ne part pas aujourd'hui parce que les banques sont fermées et qu'il ne peut toucher le chèque qui devait payer son voyage
il veut que je l'enregistre sur ses histoire de la sorbonne
il n'a pas dormi
son appartement avait été mis sens dessus dessous par ses futures occupantes
et puis il a eu des histoires avec des nénettes
moi il m'embête avec ses conneries
mais je fais assaut d'humour comme d'habitude
maya arrive vers midi
je me lève avec effort
j'ai des difficultés à retrouver mon rythme respiratoire
piscine eau trop froide ou moi trop fatiguée je perds complètement mon souffle
je m'endors après le repas tout l'après-midi jusqu'à huit heures
dîner avec ma sœur au théâtre de la ville
puis visite chez hélène qui nous coupe les cheveux
il y a deux cinglés chez elle en plus de yannis
dimanche 21 janvier
pierre a dit qu'il appellerait vers onze heures
bon de toutes façons je reste au lit essoufflée fatiguée sans force
il n'appelle pas je lis je somnole j'essaie d'écrire je tricote
quel temps fait-il dehors
peu importe j'ai pas envie de sortir
pierre a tort il rate tout
j'avais envie de faire l'amour je lui aurais offert ma journée et ma nuit ici dans l'île
peut-être sa dernière nuit
mais je ne l'attends pas il ne faut pas que j'aille le chercher
et juste alors que j'allais sortir et peut-être inconsciemment le trouver arrive ce vieil yvon de mon enfance bretonne le fils de simone morand qui me recevait l'été 1962 musicien de génie que je n'avais pas vu depuis juin
puis petrus m'appelle mon inaltérable ineffable jamais perdu tout à fait
il viendra peut-être cette nuit
je passe une douce soirée pleine de musique avec yves
petrus viendra-t-il
lundi 27 janvier
huit heures et demi téléphone
c'est petrus qui veut venir maintenant
j'accepte bien que ce soit un peu tôt
est-ce une revanche sur l'absence de pierre
ou une revanche sur son frère patrice que j'ai aimé
platoniquement
petrus c'était mon petit frère
je vais faire l'amour avec lui pour me venger de tout ce matin où j'ai mal aux dents
il arrive avec des croissants
je ne lui trouve plus ce charme si adolescent que j'adorais chez lui
et j'ai mal aux dents
il a rendez-vous à dix heures et demi
après son départ je me rendors et je me réveille après l'heure du déjeuner
c'est vrai il m'avait invitée à déjeuner
trop tard
15h vincennes marxisme et théorie de marx
17h vincennes sociologie des classes sociales
il parait qu'on risque des sanctions pour avoir occupé vincennes
je rencontre jacques de la sono sorbonne et philippe de l'occupation qui me dit
voilà ce que c'est de devenir gauchiste
ah bon
mardi 28 janvier 1969
10h30 vincennes national socialisme amphi 3
étrangeté de me retrouver dehors avant dix heures
cours avec rouvier jeune sportif actif brillant et horriblement cabot
ne cesse de nous parler de ses petits copains edgar faure et autres
mais son cours est pour l'instant intéressant
rencontre michel mon petit camarade de droit
ravi de me voir
était déjà dans l'amphithéâtre quand nous avons été pris dans la zone d'auto-défense
m'avait fait de grands signaux que je n'ai pas vus
bon on ne se quitte plus on mange on prend le café
l'après-midi je rentre à paris
j'ai mal aux dents
je rate toute ma fin de journée
mercredi 29 janvier
10h30 national socialisme
16h sociologie économique
il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut et doit lutter
mais pour ça il faut être fort
cours avec rouvier il m'énerve
parait que dès qu'il lève le petit doigt le monde s'empresse de faire des articles
on verra
de plus son cours devient trop érudit
on veut de l'action cher professeur
après le déjeuner je finis par retrouver michel
on passe les tests d'anglais ensemble c'est marrant
puis il part
je reste à l'a g de socio
puis on reste pour éco po
pour voter la motion contre la participation
arrive aurélia
puis brice aussi
a g successives
je dîne avec yannis qui mourait de faim
socio économique
a g de psychanalyse près de glücksman
jeudi 30 janvier
18h histoire des idées politiques
nuit de souffrance atroce je deviens folle avec ces foutues dents
je rencontre pierre avec une nénette blonde et finnoise moins belle que le soir où je l'avais vue au buci alors que j'étais moi avec lui
ça n'a plus d'importance
j'ai même dit à pierre que je n'aurai pas le temps de le revoir avant son supposé départ à londres déjà retardé de huit jours
ni pour l'interviewer sur mai
mai on s'en fout maintenant
et je perds mon temps
à part ça difficultés pour faire soigner mes dents
mais vincennes c'est passionnant
avec michel mon petit camarade de droit on intervient tout le temps on va avoir fort à faire avec les types de l'u e v union des étudiants de vincennes
jeu de mots
quitte cette u v
rejoins l'u e v
cours très intéressant
vendredi 31 janvier
18h30 droit constitutionnel
21h30 soirée chez kiki féraud
si nous voulons lutter activement il va nous falloir d'abord travailler comme des dingues
ça a bien commencé
ils nous faut être les plus forts
je rencontre toujours michel
là à la bibliothèque nous nous retrouvons entre deux livres
il est sympa
nous travaillons ensemble assez longtemps
soir je vais chez kiki à un dîner soirée avec gilbert le frère de pierre
j'avoue que ça ne m'amusait pas mais ça ne se passe pas trop mal
gilbert a l'air de plaire à yves le fiancé de kiki
je me sens un peu bizarre au début
sortant de vincennes comme ça
me retrouver là c'est étrange
j'ai les yeux qui s'enfoncent
comme dit tout de suite yves
avec des yeux pareils ou on fait beaucoup l'amour ou on fait la révolution
ah
samedi 1 février
9h30 droit constitutionnel
je n'arrive évidemment pas à me lever pour aller à vincennes où j'ai rendez-vous avec michel mon petit camarade
tant pis
d'ailleurs il y a ce foutu déménagement à faire
gilbert ne vient pas
je suis furieuse
d'accord ça ne l'amusait pas de venir nous aider mais moi non plus ça ne m'amusait pas de le présenter à kiki vu que kiki ne pouvait plus entendre parler de pierre et qu'elle met tous les frères dans le même sac
elle n'a sûrement pas tort
donc je les considère comme n'existant plus
maya vient nous aider avec deux amis
phili aussi
sympa
dimanche 2 février 1969
j'ai bien dormi
il s'agit ici de prendre possession de l'espace
ce dont nous n'avons pas l'habitude
je fais la cuisine
bien
sur ce minuscule camping gaz
l'après-midi yvon vient
il joue à m'interviewer sur la mini cassette en tant que contestataire de vincennes
puis arrivent maman grand-mère le cousin et sa femme qui persiste à m'appeler cousine ce qui m'agace fort
tout le monde me fatigue
j'ai horriblement mal au dos et je dors très mal
michel de vincennes m'a curieusement manqué tout le week-end
tout jeune sans doute
l'an dernier il était encore lycéen comités d’actions lycéens en mai dernier
tout enthousiaste
j'aime ça
les gens qui vivent et ne sont pas encore usés ni désabusés
intacts
lundi 3 février
je n'ai pas du tout envie de me lever pour aller au cours à neuf heures
j'ai le corps tout endolori
et puis comme je suis réveillée j'y vais
en allant vers le bus j'entends un sifflement appel
c'est michel on se retrouve toujours
cours de libertés publiques avec casamayor
un drôle de bonhomme très sympathique qui nous parle de langage et de cohn-bendit et de contestation et de camarades
qui nous donne un devoir en nous disant
dites-moi ce que vous pensez vous
n'allez pas chercher dans les livres
c'est la première fois de ma vie qu'on me demande de penser pour un devoir
au déjeuner je ne retrouve pas michel
je suis furieuse contre moi-même de l'attendre et de le chercher plus ou moins consciemment
je me résous finalement à aller à la bibliothèque lire le bouquin d'aron sur la société industrielle
je me réfère aussi à chevallier
et me passionne pour montesquieu
mon dieu commencerai-je enfin à comprendre les choses
mais j'ai mal aux dents
mardi 4 février 1969
courses pour ma sœur et l'appartement
je ne vais pas à la fac aujourd'hui tant pis je ne verrai pas michel
mais il faut que j'aille voir l'oculiste j'y perds beaucoup de temps
puis je passe chez aurélia lui apporter l'ensemble en tricot fait par maman
elle prévoit que demain les flics seront sur les campus et autres conneries dramatiques de son genre elle est folle je pars vite
je rencontre une amie de la fac de droit d'il y a deux ans une jolie petite vietnamienne elle a revu récemment jacques mon meilleur copain d'alors j'aimerais le revoir
hélène n'est pas chez elle
j'achète chez maspero raymond aron et le themis de touchard je fais mon dernier chèque
je dois lire aron pour demain
la situation universitaire s'aggrave
ou peut-être est-elle excellente comme dirait le camarade mao
mercredi 5 février
cours avec rouvier
il parle à la fin du risque de fermeture de vincennes
je lui ai posé la question au cas où une grève serait décidée
la fermeture dit-il se fera département par département
d'abord ceux qui n'ont pas encore commencé comme la socio et la philo
dans l'escalier du restau u je retrouve michel il y a longtemps qu'on ne s'est vus oui on commençait à s'ennuyer nous déjeunons ensemble
hier des c d r comités de défense de la république ont menacé de venir
ça a été un ridicule branle-bas de combat
après le repas je me fais draguée par un jeune con qui doit être réac et je perds michel
cours de théorie marxiste un joli minet me sourit de ses yeux bleus
le chargé de cours lui-même engage le débat
le minet continue sur la grève
je donne l'information de rouvier
je retrouve le minet à l'ag il est anar c'est trop joli ça
il est tout doux un doux anar c'est rare
grève votée hélas nous restons dans les cours à discuter
mon minet anar est très caressant je flirte avec lui en rentrant mais je rentre
jeudi 6 février 1969
je n'ai plus envie de flirter entre deux métros
je n'ai pas envie de revoir mon petit anar d'hier d'ailleurs il vivait chez papa maman
dentiste puis visite à hélène au lieu d'aller en socio où il sera
nous prenons le thé
maïté se ramène elle m'apprend que pierre est parti
de toutes façons il y a longtemps que je le considère comme parti
je l'avais même oublié
vincennes sciences po
michel n'est pas là mais philippe compte sur moi pour expliquer la situation
c'est dur dans ce groupe qui dit on veut travailler
a g un monde fou
je vois glücksman mais pas michel
je reviens au cours
ambiance idiote
philippe est sympa
michel arrive enfin il est furieux de voir un cours en amphi
plus tard nous discutons avec le prof et trois types réacs dont mon dragueur
j'ai envie de pleurer
michel aimerait peut-être me consoler
nous sommes déçus
vendredi 7 février 1969
que faire pour lutter mon dieu je ne sais plus
la grève active ne servira à rien
alors la défendre parce que je suis en minorité et engagée dans une idéologie
j'ai envie de pleurer
cinq heures trente a g
michel vient d'arriver nous nous trouvons tout de suite
il dit qu'on ne s'est pas tellement vus que plusieurs fois il m'a cherchée vainement c'est gentil ça
j'appelle gérard chez rychter il prétend que les modèles ne marchent pas il ne sait pas quoi faire il a pas l'air d'aller bien je dois le voir lundi
a g glücksman parle bien un autre aussi
je suis avec michel et deux copains dont un de droit très sympa
je vais au cours de droit constitutionnel
discussion avec des types de l'a g e v
ils sont durs à convaincre ces réacs
je vais chercher michel et l'autre mais l'a g est finie je les ai perdus
je rencontre yannis
je retourne au cours
discussion toujours presque risible
pourquoi ça vous gène les flics dans la fac
évidemment on se demande
samedi 8 février
en quittant vincennes hier soir j'ai retrouvé michel dans le métro avec ali l'iranien connu au buci ami de brendan c'est marrant
mais je suis rentrée pour travailler
matin de neige je tousse
hélène élise
soir à la radio j'entends annoncer que cent quatre vingt trois étudiants ont été choisis par le doyen sur les deux cent vingt qui ont occupé la fac le vingt trois janvier ils risquent la même sanction que ceux du rectorat de la sorbonne
recevrai-je une lettre
je me demande si je ne suis pas enceinte
je le serais de pierre et ce n'est plus le moment
je n'ai pas le droit d'attendre un petit bébé encore et c'est mon drame
j'ai tellement envie d'aimer
dimanche 9 février 1969
dimanche ensoleillé
errances dans quelques bouquins dont marcuse qui avec le pouvoir de sa pensée négative me dynamise
visites
philibert
hélène et yannis
discussions
c'est bien je m'affirme
j'ai le pouvoir de l'humour
ce qui m'effraie le plus dans le mouvement c'est qu'on perd cet humour qui était notre plus grande force
quand je vois ces discussions agressives et hargneuses je suis triste
c'est tellement bête
fini à trois heures du matin mon devoir sur le langage pour le cours de libertés publiques de casamayor qui nous a demandé ce que nous en pensions c'est la première fois en autant d'années d'études qu'un prof me demande mon avis
je suis assez contente de moi
maintenant je sais m'engager
j'écris pas trop mal
j'ai une faim énorme de travail
et d'amour
lundi 10 février 1969
libertés publiques devoir sur le langage
cours de casamayor qui m'autorise à partir vers dix heures trente pour me rendre à l'a g concernant ceux qui ont été emmenés à beaujon
projets de lettre en réponse au recteur
à la fin de l'a g je retrouve emmanuel du c r a c sorbonne pas vu depuis longtemps
michel a reçu sa lettre samedi matin il est avec une nana de son groupe d'éco po et je le perds de vue rapidement
je déjeune avec emmanuel puis nous allons à la bibliothèque
je tombe sur un bouquin de libertés publiques
l'oppression la répression me révoltent
il faut arrêter ça
faire quelque chose
une grève de la faim
j'y crois
tout semble perdu
perdu pour perdu autant aller jusqu'au bout
à l'a g je me retrouve assise à côté de corinne connue cet été à kerfany
elle aussi était à beaujon
je retrouve michel il semble assez abattu
je propose mon projet de grève de la faim
on me la déconseille
films sur mai
je suis toujours révoltée
je rentre je n'ai pas encore reçu ma lettre
mardi 11 février 1969
dix heures les types du téléphone me réveillent
je me sens horriblement mal
nausées vertiges
serais-je vraiment enceinte
hier j'ai repris normalement mon contraceptif
ça se bat peut-être là-dedans
si nous avons fait un bébé c'était au moment où nous avons vu rosemary's baby
vraiment non merci
je n'en veux pas
onze heures moins le quart le facteur m'apporte ma lettre recommandée
vincennes sous la neige
michel tout de suite
je vais signer la lettre collective
on va au quartier sous la neige
au ramsès j'ai le temps de serrer la main de jacques bleiptreu d'embrasser françois donzel toujours aussi barbu
sorbonne déprimante
on rentre par maspéro
marcuse
soir on a le téléphone
on appelle nantes
gene a accouché hier
sa petite fille n'a pas vécu
je suis trop démoralisée
mercredi 12 février 1969
lire bouquin aron
socio économie
matin réveil normal je n'ai pas de bêtes nausées
j'essaie d'appeler la clinique de nantes c'est pas libre
cours de rouvier
je ris tout le temps sauf au cours de rouvier
malgré ses grands efforts rouvier est la seule personne qui ne me fasse pas rire
je bouffe avec un petit minet de socio mignon marrant intelligent avec des problèmes adolescents encore
théorie marxiste le prof veut créer un groupe de militants
je suis d'accord on doit se retrouver avec l'a g et le cours de nicos poulantzas
a g avec rémy kolpa-kopoul du comité d'action tout doux tout jeune
la plupart des étudiants sont tout doux et tout jeunes j'aime
de plus en plus de types de droit viennent me voir en dehors des cours pour discuter
poulantzas et son cours sur le fascisme
rémy m'y a suivie et nous restons ensemble ensuite pour discuter avec le prof de théorie marxiste
on veut faire des tracts le type tape le texte on cherche du papier on n'en trouve pas mais on rencontre beaucoup d'appariteurs musclés
je rentre avec le prof
jeudi 13 février 1969
exposé sur tocqueville
nuit agitée
au matin rêves de pierre
réminiscences de ses caresses de ses meilleurs baisers
eau port pont bateau
devoir à faire
mais je préfère l'amour
appelé gene
elle semble toujours très forte mais flanche en me parlant
c'est atroce on a l'impression qu'un amour immense et inconditionnel peut être totalement stérile et vain
on ne peut empêcher l'impossible
j'arrive vers quatre heures à la fac à la sortie d'une a g
j'apprends que s'est créé un groupe d'intervention droit qui a décidé d'aller à la gare de l'est ce que je crois inutile ça les déçoit beaucoup car ils le disent eux-mêmes ils viennent de se réveiller
je reste tirer des tracts
je retrouve michel dans une a g spontanée après la manif
nous traînons tard dans la fac et rentrons ensemble
vendredi 14 février
le jeune michel est de plus en plus caustique
il me rappelle l'esprit de guy s de saint-leu
j'ai enfin des lunettes
d'ailleurs on ne voit plus qu'elle je disparais derrière
ça me plaît
vincennes vers deux heures
film sur les black panthers et débat très intéressant avec julia herve du s n c c student nonviolent coordinating committee
je retrouve marianne
plus tard je retrouve aussi mais lui après trois ans daniel domingo et ça me fait très plaisir c’est lui qui a ouvert mes yeux sur l’art les peintures les sculptures les galeries les musées
il fait très froid à vincennes
je n'ai pas vu michel
il déserte
il faudrait que je travaille
mais je sais que tout ce temps qu'on perd à discuter on le gagne
samedi 15 février
marché de la porte saint-martin
je distribue des tracts pendant que ma sœur fait les courses
froid terrible qui me gèle les doigts les pieds la bouche
je crains que le militantisme ne soit pas fait pour moi ni moi pour lui
douce après-midi
ma sœur tape des articles pour gault et millau
je revois mon programme de droit constitutionnel
ces trois dernières années d'errance n'auront pas été vaines
je comprends un peu maintenant
soir train saint-leu
fridu et cendrine mes animaux
dimanche 16 février 1969
rêves terribles de feu et de mort
je suis brûlée vive et enterrée mais pas tout à fait morte
et de nouveau le feu
puis plus tard rêve de pierre bien sûr
je lui en voulais horriblement
mais de quoi au fond
symboles oniriques de rosemary's baby
le bébé de gene
le mien
j'en aurais tellement voulu à pierre s'il m'avait fait un bébé
parce que ça aurait été ma faute et parce qu'il n'est plus là
de toutes façons consciemment ou non je lui en veux
et ça me rend folle
à part ça neige
je m'engueule toujours avec maman qui m'énerve
je réétudie mon livre d'histoire de seconde et ça me passionne
lundi 17 février
neige sur vincennes
c'est très beau
fourquet à cestas a tiré sur ses deux gosses et puis sur lui quand ces salauds de flics ont donné l'assaut
aberration de la soi-disant justice bafouée parait-il et la police ridiculisée
mais par elle-même
philippe au cours de libertés publiques
philippe au restau u
michel trente secondes
philippe au cours de droit constitu
philippe à la bibliothèque
jusqu'à ce que je quitte la fac
décidément je suis au mieux avec les biscuits geslot et voreux
marianne au téléphone
puis j'appelle michel
on parle longtemps ça m'étonne en général les types n'aiment pas rester au téléphone
j'ai envie de travailler plus
mardi 18 février 1969
j'aurais aimé que hélène me coupe les cheveux mais quand j'arrive rue guisarde elle est dans son lit et pleure
peu à peu elle m'explique que yannis et elle vont se séparer
il est là aussi mais descend acheter des cigarettes
elle m'expose la situation
elle est à bout de nerfs
alors je me souviens trop de ma propre situation il y a un an maintenant et de l'attitude qu'a eue kiki féraud avec moi quand elle m'a secouée pour me réveiller
j'aimerais que hélène se lève et vienne avec moi
il faut qu'elle parte même une seule nuit
mais je ne peux pas la forcer
ils se disputent
ils ont les mêmes réactions que pierre et moi
je me sens étonnamment forte mais ça me désole
c'est tellement vain
mais christian duc notre ami vietnamien adorable arrive
le courage de sourire et même de rire revient
quand je rentre je trouve kiki devant ma porte du boulevard poissonnière
elle passait là sans savoir que j'habitais là maintenant
elle s'invite avec yves et son copain d'auvergne serge déjà vu chez féraud
nous passons une excellente soirée
ma sœur a invité une collègue d'un certain âge olga qui revit et rajeunit au milieu de nous
mercredi 19 février
hier je me suis surprise à dire à brigitte qui m'appelait pour prendre rendez-vous pour la collection féraud
mais je suis très heureuse de vivre
je n'aurais pas pu dire ça il y a un an
et kiki le sait qui a suivi mon évolution pour finalement me récupérer à l'hôpital
tout ce que je dois à kiki
tout
elle est heureuse de me voir enfin installée dans un appartement stable clair propre agréable et confortable
et puis seule enfin
sans des individus comme pierre ou ses frères qui me minaient
3h collection féraud rue du faubourg saint-honoré en face du palais de l'élysée
certains trucs que j'adore qui m'iraient très bien avec des contrastes de couleurs mais beaucoup de choses me semblent trop classiques pour féraud
je n'arrive pas à joindre gérard rychter
il faut absolument que je gagne de l'argent
europe soir
casamayor parle de cestas et de la justice
jeudi 20 février 1969
joli temps plein de soleil
hélène téléphone elle va bien
avec yannis ça va
ça ne me semble que partie remise
elle le sait mais ils ne peuvent pas se résoudre à une séparation
j'arrive à vincennes après quatre heures
à l'a g rémy tout chaud tout doux comme d'habitude
préparation de l'action de demain journée anti impérialiste
puis nous montons au cours sur marx et le marxisme
je connais une demi douzaine de personnes déjà dont germinal l'anar ami de dany cohn-bendit connu il y a trois ans
après je vais au cours de sciences po avec une camarade journaliste un peu noire
michel arrive me voit ou ne me voit pas et se met de l'autre côté
je suis furieuse
mais je prends ma revanche quand philippe se dérange bruyamment et traverse tout l'amphi pour s'asseoir à côté de moi
ça n'a pas d'importance au fond
à l'entracte joël me rejoint aussi et michel vient dîner avec moi
nous restons ensemble très tard à la cafétéria
il est toujours très caustique
vendredi 21 février 1969
il fait beau merveilleusement beau
et si doux
c'est un avant-goût du printemps
cours avec poulantzas
je me trouve en face de christian gaspard qui m'avait raccompagnée un soir au quartier il est un des membres valables du c a comité d’action avec glücksman salmon et quelques autres
puis bibliothèque où je retrouve certains types sympas de droit
michel arrive aussi
j'ai beaucoup de mal à travailler lénine
il fait beau
je suis très vibrante
le drapeau f n l front national de libération du sud vietnam flotte sur la fac dans un vent léger
brusquement je vois daniel l'ami de marianne traverser la bibliothèque et sortir
je le rattrape sans savoir pourquoi
il n'a pas vu marianne depuis longtemps
il me plaît soudain dans ce soleil avec le ciel bleu et rose comme ma robe
il dit que je ressemble à une petite japonaise
une amie passe et dit
oh tu es adorable comme ça
samedi 22 février 1969
je crois que je suis en train de tomber amoureuse
j'ai rêvé et rêvé de daniel
ça m'étonne
j'ai follement envie de lui
j'ai envie de vivre
j'écris très mal
j'entre sans doute dans une période qui ne me laisse pas de place pour écrire puisque je crève de vivre
dessiné aujourd'hui pas mal dans le soleil
vu ce soir sur les grands boulevards en bas de chez nous le film delphine de éric le hung avec dany carrel frédéric de pasquale et maurice ronet
juste agréable pas très profond et déprimant sur le milieu de la mode
quelques robes féraud qui m'iraient encore
un style des gestes une silhouette qui ressemblent à kiki ou à moi en plus ronde
une belle voiture des arbres du mouvement un homme
dimanche 23 février 1969
je voudrais
je voudrais tellement
me marier
bientôt
entre les pommiers en fleurs
près des talus en primevères
à la petite chapelle de kermen
sur le chemin de la source
journée de ciel en nuances
piscine balade
mais trop de monde dans les rues
on rentre on goûte
et je m'endors comme un bébé
le soir je me mets au travail pour faire les devoirs sur les oppressions et la liberté demandés par casamayor pour demain
je me choisis un titre
répression garantie de la liberté
je travaille jusqu'à quatre heures et demi du matin
j'aime travailler la nuit ici quand le boulevard devient enfin calme
marcuse toujours lui
et il a soixante dix ans
lundi 24 février 1969
mauvais réveil pas assez dormi et mal
je suis nerveuse et de mauvaise humeur ce qui m'arrive rarement
ma sœur est très gentille car elle pourrait m'envoyer balader
mais sa gentillesse m'agace encore plus
après son départ je fais de la gym pour me calmer
mais ça ne m'empêche pas d'avoir une gueule horrible
cours près de philippe
je reste nerveuse parce qu'il ne m'a pas proposé d'entrer dans son futur mouvement comme il l'a proposé à d'autres
me croit-il non valable
puis beaucoup de gens au repas entre philippe toujours et rémy et mon petit anar d'un soir et puis vite marianne
mais où est daniel
et puis brice
même brice qui dit
tu es toute rose
je réponds toujours
ah
et yannis
et michel devant qui je passe très vite
cours avec philippe on s'entend bien et c'est passionnant
plus tard je le retrouve à la bibliothèque il discute avec un voisin
moi je m'avale en deux heures à peine les luttes de classe en france de marx et engels
puis philippe me parle de ses problèmes pour le mouvement et je comprends qu'il m'impliquait a priori dans son truc
je suis flattée mais il me laisse toute liberté d'adhésion ou non à ce nouveau parti socialiste destiné à rajeunir le s f i o section française de l’internationale ouvrière
simplement il refusait de me recruter comme d'autres
puis longtemps il me parle de ses problèmes assez spéciaux
ça m'ébranle ça m'inquiète un peu ça me flatte aussi
est-ce mon physique qui lui donne cette confiance en moi
mon physique de petit page comme il dit
je n'ai pas vu daniel le soir
peut-être n'était-ce qu'une illusion entre deux rayons de soleil et un fragment de ciel
mardi 25 février 1969
mardi long et lent
je perds beaucoup de temps à feuilleter des livres dans les libraires proches de la maison donc la librairie nouvelle en bas de l'humanité voisine
puis tardivement je me lance dans un bouquin d'histoire
je n'ai pas fait grand chose
zut
mercredi 26 février 1969
je me réveille trop tard pour aller au cours de rouvier mais je m'en fiche
son cours est hors sujet
je préfère rester étudier l'histoire du sort des paysans avant de foncer à vincennes où j'écoute pendant deux heures sans relâche le cours sur la lutte des classes et le 18 brumaire
enfin je suis l'histoire j'en comprends le sens tout s'éclaire
ensuite le cours de poulantzas sur la théorie marxiste du travail me parait évident
il m'aura fallu deux ans de droit et un de sorbonne pour comprendre ça
puis au restau u marianne qui s'étonne de me trouver toujours aussi pimpante et daniel arrive
j'aime le regarder droit dans le visage au cœur des yeux
j'aime son autorité
j'aime moins la présence de marianne parce que je la gène malgré elle
jeudi 27 février 1969
margot ma cousine me réveille au téléphone elle est à paris c'est formidable
elle arrive vers midi et demi toujours en retard
je suis ravie de la revoir
elle m'accompagne chez le dentiste et en m'attendant va se balader du côté de la sorbonne
puis nous allons vers la rue d'assas attendre simon à l'i s e p institut supérieur d'électronique de paris
en chemin une douleur commence à envahir mes muscles du dos puis des épaules et enfin de la poitrine je respire avec peine et quand je m'assieds à l'école électronique c'est la crise d'asthme
la vieille secrétaire douce et dynamique m'offre du rhum et du thé
de l'alcool comme marcel proust quand il prend le train pour balbec avec sa grand-mère
simon est en cours
en attendant le bus je suis obligée d'entrer dans une boutique
la fille est aussi très attentionnée
je retournerai lui acheter des pulls
la douleur cette nuit persiste encore
j'ai affreusement envie de vivre
pas de mourir
vendredi 28 février 1969
j'ai mal toujours mal
chaque mouvement chaque souffle est une torture
je dois pourtant aller à maubert porter des trucs pour gault et millau
je grelotte je transpire
j'ai mal au dos
je rentre enfin
après un œuf à la coque et un yaourt je m'offre un whisky à l'aspirine et je m'endors
le soleil erre sur les murs
je voudrais
je veux
daniel
je me sens perdue
j'ai mal
rien n'a d'importance
dans vingt jours je l'aurais peut-être oublié
mais peut-être aussi
l'aurais-je
aimé
samedi 1 mars 1969
peu à peu mes muscles reprennent leur place et mon souffle sa cadence
mais je n'ai pas envie de parler
maman ne le comprend pas
alors je me plonge dans la baignoire bleue avec le marxisme du XXe siècle
après-midi on commence en famille à écrire les adresses pour gault et millau pendant qu'ils parlent à la radio des amusements de paris de bouffe de clubs privés
comme si les jeunes n'avaient que ça à penser s'amuser
margot et simon arrivent
on dîne ensemble en bas
et puis ils partent avec ma sœur au théâtre de la huchette voir la cantatrice chauve de ionesco
je reste très éveillée à écrire ces foutues adresses jusqu'à presque trois heures du matin
dimanche 2 mars 1969
adresses adresses adresses
tour de notre société de consommation
margot descend puis revient avec des fleurs des anémones assorties à mes couleurs d'aujourd'hui qui s'éclaboussent doucement sur le mur blanc
simon m'apporte une rose
pour mon anniversaire demain
aujourd'hui c'est celui de pierre
il y a un an il avait trente ans
moi demain j'aurai vingt-trois ans
ma sœur m'offre le lever du jour de joan baez
un livre des rêves des pleurs dans un grand vide une force de violence d'amour
je ne me sens plus ces délires d'angoisses d'il y a deux ou trois ans
où vais-je
lundi 3 mars 1969
écoute-moi dieu veille sur lui de très près il est plus fragile que la plupart des gens et en outre je l'aime
joan baez pour bob dylan
matin gris
on part vers les nouvelles messageries de la presse parisienne
je reviens mourante de souffle et m'endors sans aller au cours de casamayor
petrus me réveille pour me souhaiter mon anniversaire c'est vrai c'est merveilleux qu'il ne m'oublie pas
vincennes
philippe et les autres
un a les yeux verts
je n'ai pas envie de travailler
rémy
rémy veut qu'on souhaite ensemble nos deux anniversaires
philippe les autres
un type se vante de ses exploits sur les coins de table et dans les lavabos dans tous les coins de vincennes
il nous déprime
pas envie de travailler
philippe bibliothèque
il a sa petite amie de médecine près de lui mais son attitude avec moi ne change pas
malgré moi je cherche daniel
soir cours avec rémy
soir je pars avec lui
je n'ai pas trouvé daniel
je ne veux pas mourir
nuit chez rémy
j'ai trop bu
je n'en peux plus
mardi 4 mars
je suis rentrée au matin
j'étais jolie bien maquillée et affreusement triste dans l'appartement gris de blanc
maintenant il fait beau parce que j'ai dormi
le jour s'est levé enfin
je n'en pouvais plus d'attendre
je vais sortir dans les rues avides de printemps
et puis je reviendrai et j'inventerai de jolies choses
à habiter
mais dieu que je suis seule sans pierre je n'ose l'admettre pourtant
je ne sais même plus de quoi j'ai envie
plus tard
le soleil est toujours là mais je pourrais pleurer
visage yeux daniel illusion
j'ai lu joanie baez
qu'est-ce que je fais de ma vie
au fond je ne crois à rien
mercredi 5 mars 1969
ce matin je dois enregistrer rouvier sur magnétophone pour conserver une preuve orale de ce qu'il va promettre à propos du problème des non bacheliers
j'ai fait un effort pour me lever tôt
j'ai oublié la nuit désolante avec rémy qui ne méritait pas ça
je ne devrais pas boire autant
il fait beau la journée va être intéressante
j'ai du mal à respirer
tiens une lettre sous la porte
je l'attendais
timbre anglais
c'est de pierre
il a froid il a faim il n'a plus d'argent
à peine un je t'embrasse
je suis furieuse
mais au fond pour que pierre m'écrive une telle lettre difficile à écrire il faut qu'il m'aime vraiment ou du moins qu'il m'ait en grande confiance et estime
toute la journée je vais très bien travailler
enregistrant au magnétophone nos débats sur l'ordre contestataire
assistant à deux cours jusqu'à neuf heures du soir
pas vu daniel