Tribute to Disha
Varanasi, India, 2009
by
Darkroom – Reporter’s Voice
SMASHWORDS EDITION
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PUBLISHED BY:
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Tribute to Disha
Varanasi, India, 2009
Copyright © 2011 by Darkroom – Reporter’s Voice
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All © Copyrighted Franklin Erder-2009
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Les gares sont des points de passage, des lieux de tous les dangers pour les enfants des rues. En Asie, sans doute plus qu’ailleurs. A Bénarès, ce sont des dizaines, sans doute des centaines, de petites filles et d’adolescentes qui errent à la merci des dealers, des marchands et des voyageurs, et des millions de pèlerins qui passent par cette ville pour ne jamais y revenir. Bénarès est une ville de 2 millions d’habitants, traversée par plus de 80 millions de pèlerins chaque année... ce sont des hordes d’hommes sans futur qui passent, et qui se servent.
Beaucoup de ces enfants, petites filles et adolescentes qui vivent dans la gare et dans les bidonvilles adjacents, sont seules, sans famille et sans toit. Elles recherchent elles-mêmes leur nourriture et quelques roupies pour survivre. La plupart sont des enfants de prostituées, des mères qui les aiment et qui tentent tant bien que mal de les protéger de leur vie, de la drogue, et du trafic des jeunes vierges happées dans des réseaux... Souvent, ces enfants se trouvent rejetées par l’arrivée d’un père de passage. Toutes sont illettrées. Certaines sont alcooliques et droguées. Parce qu’elles n’ont pas d’autre solution, la prostitution devient pour elles le seul moyen d’obtenir de quoi vivre jusqu’au lendemain.
En 2006, nous avons ouvert un dispensaire, un lieu d’écoute dans un bidonville de la gare, pour les ac- cueillir, les entendre et, surtout, pour leur apprendre à se protéger. Très vite, beaucoup ont exprimé le souhait d’arrêter cette vie de violence et d’errance. Et celles qui ne peuvent arrêter la prostitution nous ont demandé de mettre leurs petites filles à l’abri...
La Maison Disha... mot sanskrit pour a new way of life, s’est ouverte en 2009 sur les rives du Gange, loin de la gare, pour offrir à celles qui veulent quitter la rue les moyens de s’en sortir, et pour redonner aux enfants perdues ce que la vie leur avait volé, une en- fance et un avenir.
Disha, c’est un espace de bonheur et de lumière où elles se sentent protégées, à l’abri des agressions, où elles reçoivent des soins, des vêtements et une nourri- ture saine, un suivi psychologique et médical, une édu- cation et beaucoup d’amour. Les accompagner jusqu’à leur réinsertion sociale est une longue route, leur route vers une nouvelle vie...
Elles s’appellent Rajani, Asha, Pinky, Kajal, Sapana, Anita, Leela, Manjami, Menaka, Anju, Lalita, Reena, Rakhi,...
Toutes ont une histoire douloureuse, faite de violence, d’abandons, d’abus de toutes sortes. Toutes ont une soif de vie et un besoin d’amour immenses.
Nous leur donnons la main pour les aider à retrouver leur enfance et à croire en leur avenir.
Arrivée dans la maison Disha le 30 mai 2009, elle a passé toute sa vie dans la gare de Bénarès. Son prénom signifie “Rêve”. Elle a 8 ou 10 ans, elle ne sait pas exactement. Sa mère, prostituée et toxicomane, ne le sait pas non plus. Son père du moment est rickshawman (vélo taxi). Lui aussi est toxicomane. Tous deux la laissent errer seule dans la gare, souvent à la recherche de nourriture, mais elle en reçoit très peu. Dénutrie, depuis un an environ elle compense en se droguant : elle fume de façon sporadique de la marijuana et des bidies, et a les dents rougies à cause du Paan qu’elle chique régulièrement. Elle consomme aussi du décapant, et sniffe du dissol- vant. Il n’est pas sûr qu’elle ait déjà été prostituée, mais il est certain qu’elle a été victime de nombreux abus et violences sexuels. Son isolement est total. Parce qu’elle consomme, la plupart des femmes de la gare la repoussent pour la tenir loin de leurs enfants. Un cercle infernal, parce qu’elle est souvent seule elle consomme, parce qu’elle consomme, elle est de plus en plus seule...
Plusieurs fois, les équipes de Disha ont tenté d’approcher la mère pour lui proposer de prendre en charge l’enfant : des tentatives sans effet, car elle est rarement sobre. On se heurte à une femme incapable de prononcer un mot. C’est le père qui, finalement, nous a demandé d’emmener la petite pour lui donner une chance de vivre autre chose.
Lorsqu’on est venu la chercher, elle était droguée, couchée toute molle sur un pavé de la gare, avec pour seul bagage les vêtements qu’elle portait. Nous l’avons conduite directement dans la clinique d’ASHRAY, l’association indienne qui abrite le projet Disha, afin de recevoir un premier traitement pour désintoxication, et des compléments alimentaires d’urgence. À la grande surprise de l’équipe de Disha, elle s’est remarquablement bien adaptée à la vie de la maison. Elle s’est fait des amis à l’école et participe à toutes les activités. Très rapidement, elle a compris comment manger, utiliser les toilettes, se laver sans chercher un tuyau qui fuit comme ceux qui traînent dans la gare, et dormir sur un vrai matelas. Aujourd’hui, elle rit, s’amuse, parle, joue, dessine et s’ouvre au monde en posant des dizaines de questions. Attentive, elle a déjà appris l’alphabet Hindi, et l’écrit vraiment bien. Elle commence à lire, c’est une élève appliquée et passionnée.
Dans quelques mois, elle rejoindra, avec ses nouvelles petites sœurs de Disha, une plus grande école qui ré- pond aux normes officielles de l’enseignement en Inde et où le port d’uniforme est obligatoire.
La
route de notre petite “Rêve” vers une nouvelle vie est grande
ouverte...
Récit de Sara La Mer
Aujourd’Hui... la maison abonde de vie, fous rires et éclats de rire, rondes et marelles, cordes à sauter et parties de cache cache... Avec ses quinze pensionnaires, Disha retentit de toutes les joies de l’enfance. Les petites filles dorment toutes dans la même chambre, refusant de se séparer. Tous les matins, réveil vers 6 heures, suivi de la cérémonie des douches et de la distribution de dentifrice. Un peu de lessive, quelques valses et galopades sur la terrasse, puis c’est le petit-déjeuner, un copieux thali servi par les mataji, les mamans de Disha. À 7 h30, il est temps de partir pour l’école. Flanquées de lourds carta- bles, elles s’envolent vers leur première école, appelée la BHN School pour Basic Human Needs, un centre éducatif pour les enfants des rues, tout proche de Disha. Avec les autres enfants, elles suivent des cours de yoga, mais aussi abordent les prémices de l’alphabet Hindi, pas moins de 48 lettres de base... et les premiers chiffres. Elles dessinent, et découvrent le bonheur de toutes les petites filles du monde, serrer très fort une poupée sur son cœur. Une collation est servie à l’école, mais le vrai grand déjeuner, c’est à la maison où les mataji les attendent.
Trois fois par semaine, Dr Shailja, la psy, vient les voir. Dr Shailja, c’est celle à qui on peut tout dire et qui garde tous les secrets. Séparément ou ensemble, ce sont deux heures d’expression libre, d’échanges et de bonheur. Les plus fragiles ou intoxiquées ont un suivi médical personnalisé. Les jeux reprennent sur la terrasse jusqu’à l’arrivée de Sangram, le professeur qui vient tous les jours pour les faire réviser. Elles ont un tel bonheur à montrer ce qu’elles ont appris... les progrès faits avec Sangram sont spectaculaires. Vers 20 h, on débarrasse vite le tapis de l’école pour installer le couvert du diner... Après le diner, c’est la liberté, les grandes s’isolent, les plus petites jouent. Puis, un dernier verre de lait, et tout le monde va dormir... Le samedi soir, c’est la soirée télévision et, deux fois par semaine, la baignade dans le Gange. Une fois par mois, il y a un grande sortie : une excursion à Sarnath, cité bouddhiste à 10 km de Varanasi, ou une promenade en bâteau sur le Gange...
et demain… D’ici fin 2009, la maison DISHA accueillera une vingtaine de petites filles et adolescentes. Les besoins sont très importants.
L’association veille à ce que chaque fille entrant à la mai- son DISHA réponde aux critères souhaités pour leur assurer une vie meilleure : qu’elle soit prête à apprendre à lire et écrire, acquérir une base d’anglais, et surtout à apprendre un métier. Elles sont souvent bien petites pour comprendre l’ensemble de cet engagement, mais il est essentiel qu’elles comprennent que ce processus s’étale sur plusieurs années.

































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