Excerpt for Exil by Anne de Gandt, available in its entirety at Smashwords

EXIL

Anne de Gandt

****

Published by:

Anne de Gandt at Smashwords

EXIL

Copyright (c) 2011-2012 by Anne de Gandt

Cover design and photography by Anne de Gandt

****

All rights reserved. Without limiting the rights under copyright reserved above, no part of this publication may be reproduced, stored in or introduced into a retrieval system, or transmitted, in any form, or by any means (electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise) without the prior written permission of both the copyright owner and the above publisher of this book.

This is a work of fiction. Names, characters, places, brands, media, and incidents are either the product of the author’s imagination or are used fictitiously. The author acknowledges the trademarked status and trademark owners of various products referenced in this work of fiction, which have been used without permission. The publication/use of these trademarks is not authorized, associated with, or sponsored by the trademark owners.

Smashwords Edition Licence Notes

This ebook is licensed for your personal enjoyment only. This ebook may not be re-sold or given away to other people. If you would like to share this book with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. If you’re reading this book and did not purchase it, or it was not purchased for your use only, then please return to Smashwords.com and purchase your own copy.

****

Exil :

n. m. 1. Mesure qui consiste à expulser quelqu’un hors de son pays avec interdiction d’y revenir ; état qui en résulte. 2. Situation de quelqu’un qui est obligé de vivre ailleurs que là où il est habituellement, où il aime vivre. 3. Lieu où réside une personne exilée.

*

Août. La mer est belle aujourd’hui. Le soleil qui scintille sur sa surface la rend heureuse et fière, libre sur l’horizon qui s’étire le long du ciel. La plage se remplit, le sol s’allonge, paresseux, sous la lumière. Les mouettes tournoient dans l’azur de leurs cercles parfaits, au son nonchalant de leurs cris. Le sable enveloppe la peau de ses courbes tendres et moelleuses. La chaleur monte, les gestes deviennent lents, incertains. Un calme irréel s’abat, rythmé par le ressac hypnotique de l’océan. Allongée sur l’étendue jaune et or de mes rêves, je me balance, funambule, sur des arcs-en-ciel imaginaires. À l’abri des rayons brûlants, j’efface les ombres d’une vie que je veux réussie. Le chant de la mer me le dit de ses notes régulières. Il déploie sa mélodie miraculeuse, au gré d’un mouvement unique et invisible. La ligne du large, les crêtes bleu marine, turquoise ou indigo mêlent leurs tonalités secrètes dans une harmonie sereine ; des coquillages émergent des dunes, lancent quelques aigus, rappellent à l’ordre le refrain qui se perd dans ses accords.

L’astre resplendit, et enfin disparaît. Je me lève et marche, portée par la brise qui secoue voluptueusement les tamaris et les haies de laurier-rose. Ensorcelée par l’apaisement qu’elle me procure, je hume les effluves de sel, dont le grain léger semble éloigner l’inquiétude perpétuelle qui me traverse. Voleuse d’enfance, croqueuse d’adolescence, cette angoisse sans nom assassine ce qui me reste de victoire sur moi-même. Je marche, heureuse ou malheureuse, incapable de choisir entre les deux états. L’éclat étourdissant du ciel fait naître une ombre à la pointe de mon cœur, un sentiment étrange, le sursaut d’un songe à peine éclos. Les allées se succèdent, invariables, le long de dalles à la surface irrégulière. Le vent bouscule les cheveux collés par l’eau salée, qui coule, tiède, dans le cou et le dos brûlés par le soleil. Le ressac poursuit sa plainte mystérieuse, parallèle à la mienne. Le crépuscule colore l’air de tons rouge, or et cuivre spectaculaires, la douleur cesse, le vent forcit, la fraîcheur précède la nuit qui tombe, pure et noire, sur le rivage endormi.

L’odeur de pizza chaude embaume encore. Des bruits épars de conversation se mêlent au vent et à l’océan. Des couples baguenaudent, paisibles, le long de la jetée. Les câbles d’acier des bateaux amarrés cliquètent contre les mâts, les coques tanguent dans un clapotis rond et léger, le public devient dense, les pas résonnent sur les pavés. L’odeur savoureuse des crêpes et des gaufres se joue de ma gourmandise ; je cède à son appel. Assise sur un banc, j’observe les vacanciers blancs, rouges, bronzés, brûlés se laisser aller à vivre, de manière presque irraisonnée. Détendus ou feignant de l’être, en short ou habillés, ils déambulent bras dessus-dessous, heureux de retrouver enfin le temps perdu. Les colliers offrent leurs perles et leurs coquillages bigarrés aux yeux distraits, les voiliers oscillent, insouciants, comme surgis d’un autre siècle. Une étoile filante passe. La ronde captivante d’une masse sans cesse mouvante me porte vers la jetée, où vient mourir l’eau malmenée. Lieu presque joyeux en journée, elle se mue en un cortège funèbre qui semble gémir sous les assauts répétés de la houle. Je recule. Les rouleaux déferlent, prêts à engloutir le mince carré de pierre où je me tiens. Le vent déploie sa rage, la mer s’affole, libère sa déraison. La digue se brise, une lame surgit et m’emporte, impuissante, vers le large. Comme un brouhaha familier et lointain, le son de la foule me ramène à terre. La tempête s’éloigne, l’océan se jette sur le sable, reprend sa litanie première. Il faut rentrer, le ventre serré, se reposer.

Midi. Le soleil est haut dans le ciel. Le zénith fulgurant et oppressant de chaleur fait courber les épaules, écrase les serviettes éparpillées sur le sable, aplatit les ombres. Les parasols s’ouvrent un à un, auréolent la plage de tâches multicolores, droits, inclinés, solidement amarrés. La mer s’immobilise dans l’attente de la fraîcheur du soir. Quelques journaux claquent, soulevés par la brise. L’atmosphère saturée de chaleur s’emplit des odeurs de hot dog, de café et de crèmes solaires. Des familles se serrent sous les ombres circulaires, sortent dans un froissement léger les sandwichs préparés pour le pique-nique, font tinter les bouteilles de bière. Plusieurs tables sont dépliées. Simultanés ou successifs, les reflets de l’océan qui rutile sous la lumière jouent, sur une portée imaginaire, un air de musique familier. Des nuages passent, les traces de pas s’effacent, l’eau tiède ne rafraîchit plus la peau desséchée. J’observe, amusée, les milliers de grains qui se prélassent sous mon nez, interroge leurs souvenirs anciens, quand ils n’étaient que pierres ou galets roulant sous la marée. Certains ont un éclat particulier. Ma main s’égare sous le sable brûlant, à la recherche de coquillages qui me parleraient, encore, de ce chant que j’aime tant. Mais ils demeurent silencieux, éteints par la chaleur et ses égarements. Au large filent quelques voiliers, plus près des planches à voile délaissées flottent sur l’eau barbouillée. L’heure du déjeuner a sonné. Le pain craquant et les fruits désaltérants font oublier ce spectacle presque lassant. Sans quitter des yeux l’océan qui m’appelle, je mâche, distraitement, un pan-bagnat qui n’apaise pas ma faim. Autour, les vacanciers ont terminé leur repas et s’étendent, à l’affût d’un bronzage aussi parfait qu’artificiel. Signe ultime d’une réussite qui se veut visible, preuve tangible d’une vie dénuée de souci, la quête du bonheur s’affiche sans retenue sous les protections solaires, aux parfums entêtants de noix de coco et arômes divers. Les peaux luisent sous la lumière crue de ce début d’après-midi.

Les journées se succèdent, égales à elles-mêmes, au rythme des baignades, des promenades et des dîners de soir d’été. Le quinze août et ses orages approchent, qui sonneront la fin de ce factice éden. L’éclat des feux d’artifice jaillis de nulle part illuminent un coin de jetée, rouge, bleu, vert, jaune, blanc. Voici la mer soudain parée de mille couleurs, en bouquets énormes, ronds ou linéaires. L’écho se joue des détonations joyeuses qui fusent alentour et emplissent le rivage d’une auréole spectaculaire. Je regarde les fusées qui découpent le ciel de leurs cris stridents puis éclatent dans un sursaut sonore.

Insensiblement, la lumière décline. La fraîcheur du soir devient plus vive. Les vacances se terminent. Il faut rentrer. Empaqueter, nettoyer, ranger. Les valises s’emplissent des vêtements légers, les visages s’assombrissent, l’appartement loué se vide. La vie et ses contraintes reprennent leurs droits, entre une dernière glace à la vanille et une barbe à papa. À moins que les beignets gras et sucrés ne prennent le relais. Une ultime baignade, et en voiture. Le sable colle encore aux peaux bronzées. Au revoir, océan de liberté, soleil et légèreté. À l’année prochaine.

Septembre. Les feuilles commencent à tomber. Elles s’envolent et virevoltent dans une danse légère, avant de retomber sur le sol asséché par l’été. L’odeur des cahiers neufs, des trousses, des stylos juste sortis de leur emballage se répand dans la maison. Dehors, la nature à l’orée de son sommeil s’assoupit lentement. Les arbres magiques se parent des couleurs chaudes de l’automne, jaune d’or, ocre, rouille, terre brûlée, terre d’ombre. Les fruits gorgés de soleil ont mûri, prêts à être cueillis ou ramassés. Le jour diminue, les ombres s’allongent. Les bruits s’atténuent, deviennent imperceptibles. Les derniers grillons s’obstinent à striduler, quémandent encore la chaleur de la saison passée. C’est la rentrée, mais pas de saignement. Pas ce mois-ci. Cela est étonnant. Surprenant. Inquiétant. Le regard des parents me le dit continûment. Quelque chose ne va pas. Je cherche une explication, une raison, mais ne rencontre qu’un silence poli, gêné, sévère. Qu’ai-je fait ? L’inquiétude sourde qui m’envahit me fait redouter le pire. Un châtiment supplémentaire, la punition ultime. Mes entrailles se serrent, sous un regard ou un geste plus insistant. Mais rien ne se passe. L’angoisse terrible d’avoir trahi le serment qui me tient encore en vie m’oppresse de son silence menaçant. C’est parce que je me tais que je suis encore ici [1]. On me le répète assez souvent. Le sentiment d’être sale me rend fautive, sans que je comprenne pourquoi. Mon corps change. Il prend des formes, s’allonge, s’arrondit. Est-ce à cause de lui ? Je cherche désespérément un point d’appui, un mot, un sourire qui calmeraient mes craintes. Mais le mutisme réprobateur de ma mère me renvoie à ma solitude.


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-4 show above.)