Cesar del Fuego
Domina
lettres contemporaines
Éditions Dédicaces
Domina, lettres contemporaines
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Cesar del Fuego
Domina
lettres contemporaines
Domina, lettres contemporaines
Pour avoir longtemps nié ma différence, je me retrouve aujour-d’hui coupé en deux, comme soudainement détaché de ma vigueur, de la trajectoire qui fut mienne. Des autres mecs, je me distingue par une sensibilité à fleur de peau. Écrasé par le poids de cette affectivité, je sens bien que ma condition d’homme en a pâti. D'évidence, il me faut faire différemment. A vrai dire, je ne peux faire autrement que d'accepter ma différence, pour ne plus tromper mon monde.
Il y a toutes ces scènes déplacées qui m'envahissent l’esprit. Le jour, la nuit, je souffle pour évacuer, pour continuer à faire sans, pour conserver mon élan vital. Mais à force, je m’époumone à vouloir rectifier mes pensées. Au fond de moi, je sens bien qu'elles ne sont pas en droite ligne avec ce que je devrais être. Ces scènes qui se révèlent en moi fonctionnent comme un effet miroir, comme une affreuse loupe portée au dessus de mon âme. Bien que l’image soit techniquement nette, les frontières entre hommes et femmes sont ici plus floues au point que je ne sache plus très bien où je me situe. Tantôt l’un, tantôt l’autre. Je ne saurai le dire, ni le prédire. Il ne s’agit nullement de mécanique des fluides. Et ce serait si simple de se penser homo sapiens, mais cette idée, cette nuit, je préfère l’écarter. Trop pressant. Alors j'écris. J'écris pour ne plus souffler comme avant, pour souffler autrement, sans penser au regard des gens.
J’ai bien conscience que mon cerveau est en train de faire bande à part et qu’il prend par-devers moi des sentiers divergents. Je sens aussi l’emprise du chimique qui stimule et envahit tout mon esprit. Avec le temps je m’étais accoutumé aux drogues douces qu’il me sécrétait. A chaque jour, sa dose suffisait. Mais aujourd’hui mon encéphale s’est déréglé. Mon être est devenu addict si bien que je suis devenu une machine hormonale difficile à régler. L’engin s’est emballé et déverse chaque jour, chaque nuit, des images, des mots durs, parfois dénués de sens. Ces mots qui me soulageaient hier, me font désormais peur, et ce que je lis sous mes yeux, m’apparait à présent pour le moins en corps bien étrange.
Alors je rêve. Je rêve d’être un autre, un autre découplé du réel, du moins pour l’instant. Cet autre vient à s’imposer à moi, comme une ombre qui porte ma pensée jusqu’à mes mains. Au bout du compte, j’ai fini par me construire une ligne de conduite. Je me dis que je dois tout écrire pour ne pas oublier, pour ne pas rompre avec le fil de mes idées. Je me dois de les recevoir pour faire le choix de vivre ou bien d'évacuer. Avec comme intime espoir que peut peut-être, ces images, ces mots s’arrêteront d’eux-mêmes. Je n'y crois guère. A l’évidence, je suis complexe. Mais pour autant, est-ce une raison pour perdre le fil de soi ?
Le visage entre les mains, devant mon clavier, je repense à quelques-unes de ses violences ordinaires auxquelles j’ai été con-fronté et qui font ce que je suis. Des séquences me reviennent en pleine face. Là aussi, il n’y a ni début, ni fin et le tout cohabite dans le plus grand désordre. Au milieu de mes pensées, seul devant mon écran, je chemine dans la douleur. Le parfum de mes mains savonnées parvient à prendre le dessus. Devant mon clavier, je reprends force. Je le sens. Je me sens même devenir plusieurs. Je n’ai pas commencé à frapper car j’attends que la cohorte se mette en ordre de bataille. Combien de temps devrais-je attendre ? Combien de mots suffiront à éponger la tension du jour ? De la veille ? Sans parler d'elle, de celles d’avant. Je parle seul dans ma tête et je n’ai encore pas bougé. C’est quasi devenu un rituel. Venir à demi-nu à la table, le peignoir entrouvert, les jambes serrées. Je renifle pour ne pas avoir à me lever pour me moucher. Seule le froid de saison et la goutte qui pend au nez me rappellent l’existence du réel.
C’est le froid, ou bien l’anxiété qui m’ont incité à t’inventer. Je ne saurais dire comment précisément. C’était l’hiver, j’étais seul avec mes mauvaises pensées. Je n’osais pas sortir, j’avais trop besoin de me confronter à moi-même. A l’époque, tu répondais à mon désir de renaître, de fouiller en moi, de rendre ma tête moins lourde et moins confuse. Je pensais alors que pour retourner en moi, je devais d’abord sauver ce qui pouvait l’être en corps, en commençant bien sûr par ma mémoire sans faille. Je me suis déjà sauvé mille fois de cette façon. J’y arriverai certainement de nouveau. D’ailleurs, pourquoi en serait-il autrement ?
Au début, j’ai cherché à reprendre mes vieilles habitudes. Coucher le passé, pour mieux comprendre. Sans effet. Cette fois-ci rien n’y faisait. Le flot qui coulait en moi passait par d’autres ramifications. Comme il y avait urgence, je me suis exposé à mon double. J’ai fait en sorte que ce double se matérialise, comme un être à part entière avec qui je pourrai dialoguer. C’est comme cela que j’en suis venu à m’écrire, t'écrire une lettre par jour et me contraindre à y répondre. Tous les soirs, je me suis astreint à sortir cette ombre qui me drape. Au début le trouble m 'envahissait dès qu'un mot, une ligne n'était pas en droite ligne avec ce que pensais être. Mais chemin faisant, au fil des soirs, des mots venant, d'acceptation de soi, j’ai appris à respecter les rythmes espacés. Ni avant, ni après. Maintenant.
Au début absente, mon écriture est devenue plus fidèle au rendez-vous que je lui fixais. Au fil de l'eau, l’obligation est devenue moins difficile, l’astreinte moins dure, devenant même parfois source de plaisir. Après quelques semaines, j’ai senti que mon élan vital était revenu. Je le sentais là, diffus mais entier, qui reprenait le cours de ma tête, de mes idées, les amenant à affluer jusqu’à mes doigts. A partir de là, je pouvais cheminer vers moi.
Désormais, je pouvais exécuter le programme que j’avais cette fois-ci librement consenti.
♦ ♦ ♦ ♦ ♦
M.
Je t'écris, comme promis, mais je ne vais pas respecter ta règle à la lettre. Je suis trop insoumis pour me plier à des lois qui me sont extérieures. Et pourtant...
Je débuterais en vous parlant de mon goût pour l'art. J'y suis sensible, et il reste de ma formation initiale un esprit créatif, imaginatif. J'aime l'art, ses règles relatives, au goût peu sûrs, aux cultures entrelacées dépendantes des désirs de l'autre. Ici, rien n'est simple. Tout est dans l'antre des lignes. Il existe comme un défi permanent à convaincre l'autre d'aimer, pour espérer exister. Pour autant je me suis senti longtemps frustré par ce long apprentissage. J'étais un cérébral qui ne le savait pas en corps et qui mettra du temps à se découvrir. Ma différence, longtemps honnie, j'ai appris à l'assumer. C'est plus tard, en poursuivant mes études que j'ai découvert que j'étais mu pour la soif de (me) connaître, et finalement fait pour le complexe, l'observation, l'analyse. Tout ceci passe chez moi en premier lieu par la tête, mais aussi par l'image, l'écrit, le corps. Ma femme ne l'ayant pas compris, n'ayant moi même pas su lui expliquer, nous avons fini par nous séparer.
Il m'a alors fallu des titres pour refaire surface, revenir à sa hauteur, acheter ma tranquillité sociale. C'est dans les livres que je suis allé chercher le dépassement. Je donne parfois l'impression d'être docile, nonchalant, hautain parfois, alors qu'à l'intérieur je suis tout autre. Je suis un angoissé qui a appris à canaliser ses émotions, en démulti-pliant ses terrains d'action. Avec le temps je suis devenu à l'aise avec moi-même me trouvant au final, en bonne compagnie avec moi-même. Plutôt de nature repliée, j'ai appris avec le temps à faire autrement. Je me rends compte que j'aime être entouré, de femmes le plus souvent. J'apprécie leur intelligence, leur culture, leur savoir-vivre, leurs attentions à mon égard. Pas toutes, il est vrai et certaines m'ont montré des visages moins attirants.
Je n'aime pas la lutte et il m'arrive de partir sans crier gare. J'aime les plaisirs de la chair et le temps passant, je sens mes envies évoluer. La quarantaine probablement. Je suis moins en quête de fusion, mais de plaisirs partagés. Je me laisse guider au gré de mes attirances. J'aime parler de mes pulsions, et je ne fais pas d'efforts pour rechercher les mots. Ils me viennent naturellement. J'ai actuellement envie d'être en confiance avec une femme, qui me fera découvrir les plaisirs qui peut être m'effraient encore. J'aurais envie qu'elle m'accorde son attention, me domine, quelle me prenne comme un homme, qu'elle me fasse dépasser mes limites. On pourrait dire tout bonnement qu'il s'agit de simples pulsions homosexuelles, mais je ne me reconnais pas dans ce terme. Pour me rassurer, je parle plutôt de fantasmes. Dans mes fantasmes, je me vois être pris par une femme et non par un homme. J'ai envie de violence et de douceur à la fois... J'ai besoin de compréhension, de douceur qu'un homme ne me parait pas être capable de donner. Pour autant je suis loin d'être soumis. J'y reviendrais si tu le souhaites. J'ai autant de plaisir à donner qu'à recevoir et des fois, le plaisir de l'autre me suffit. A la voir réclamer mon corps, ma peau, mon sexe, tout ceci me procure de l'extase. J'essaie alors de deviner ce qu'elle attend réellement de moi, ce qu'elle n'ose pas me dire. Le plaisir de la création prend alors tous ses droits. C'est pour cela que ton annonce m'a attiré.
A te lire.
C.
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C.
Je ne m'attendais pas à cette présentation longue, mais j'apprécie. Un homme qui sait écrire est un homme qui sait aussi écrire sur les corps... enfin, c'est ce que je crois. Évidemment je pourrais tout aussi bien donner des contre-exemples. Je suis ce qu'on appelle une libertine peut être et cela depuis bientôt 10 ans. Alors j'ai quelques exemples d'hommes pour soutenir cette affirmation.
Libertine, d'ailleurs, est-ce un qualificatif qui me convient ? Car je ne fais pas de libertinage dans les clubs, les boites échangistes, je m'offre des rencontres qui sont toujours des aventures, des expériences et je les fais durer le plus longtemps possible. Je les mène de front, autant que je puisse le faire. Il y a certainement de l'amour dans tout cela, du désir beaucoup, des émotions abondam-ment. Je prends des risques, je les assume. Mon cœur d'artichaut est parfois pressé, je survis.
Socialement ? Quatre enfants dont la dernière seize ans est encore à la maison, un mari qui est le deuxième et que je vais certainement quitter. J'ai pris le large depuis septembre en partant à Lyon, une semaine sur deux. La fusion ne m'intéresse plus, elle me fait peur, j'ai une soif d'exister pour moi-même et une folle idée de devenir sculpteur. J'ai décidé de vivre chichement, avec un minimum d'argent mais un maximum de temps.
J'ai compris que j'étais séduisante à 40 ans et j'ai commencé à en profiter. Cette idée m'a transformée. J'ai gagné en confiance en moi. J'ai d'abord gouté aux jeunes garçons sur lesquels j'ai testé ma capacité à convaincre. Je voulais écrire, draguer... J'aime les corps qui bougent bien, assumés, à l'aise. J'aime la danse contemporaine et danser moi-même.
Mes fantasmes varient selon les partenaires. Je suis attirée par la domination lorsqu'un corps me plait ou par la soumission lorsque le maître sait entrer en complicité avec moi. Avec certains partenaires que j'aime. L'alternance me plait beaucoup.
Avoir des fantasmes de soumission ne signifie pas que l'on soit soumis. Je vous imagine avec du caractère. Cela signifie juste que l'on est capable de lâcher prise pour accéder à la jouissance. C’est une énorme qualité pour un homme. En tout cas, pour moi, c'est une source de jouissance dont beaucoup se privent.
J'aime sentir le désir de l'homme sur moi, je ne crains pas la drague directe. Tout est question de moment et de relation. J'aime les extrêmes. Je peux aussi « danser » avec un corps masculin pendant des heures. Je peux aussi construire des scenarii de rencontres.
J'ai voulu répondre sur le modèle que vous m'aviez proposé. Je suis ravie de ce premier contact.
A bientôt !
M.
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M.
Merci pour votre réponse et vos compliments. A vrai dire, je ne savais pas quelle serait votre réaction, car je crois avoir été direct. Sans en rajouter non plus, surtout sans tricher. J'ai passé l'âge. Je pense aussi que le mensonge est la pire des choses qui soit, d'abord pour soi. Le déni est ce qui me déstabilise le plus. Je suis fait pour être lucide, souvent à la place de... C'est plus facile pour les autres que sur soi. L’expérience des femmes m’a appris qu'il ne fallait pas toujours chercher la vérité et que l'on peut très bien vivre sans la chercher à tous prix. On s'arrange tous avec le réel, l'essentiel n'étant plus là pour moi. A présent je cherche la jouissance, à défaut de bonheur. Nos sociétés ne sont pas faites pour le bonheur. Carpe diem et advienne que pourra.
Libertine, vous dîtes ? Sans doute, puisque vous le voyez ainsi. J'ai l'impression que vous vivez cela en toute simplicité, sans protocole. Moi, j'apprends à vivre avec mes envies, je les découvre. Je sens que je lâche prise. Peut-être n'ai-je pas su prendre le temps de gouter le présent. J'avais davantage de facilité pour appréhender le futur, sans doute par excès de maitrise.
Entre les mots et les femmes, j’ai découvert la passion. Mon chemin sillonnant s’est avéré destructeur. A chaque embuche j'aurais pu m'écrouler, mais les mots enfouis en moi m'ont donné la force. Ils m'ont permis de ne pas sombrer et au final d'être plus fort. Ils me viennent facilement maintenant. Les mots sont source d'inspiration, d'excitation. J'adore les utiliser, avant tout par écrit, par esprit d’élégance et de liberté.
Je suis charnel également. J'aime mon corps, même s'il n'est plus aussi fringant qu'autrefois. J'aime sentir la chaleur de ma peau, de mes épaules lorsqu'ils viennent d'être exposés au soleil. Je suis à la fois fort et fragile, de grande envergure mais peu musclé. Je suis bien chevelu, mais avec peu de poils. J'aime pavaner nu chez moi. Mon coté exhib, en cam aussi des fois. Je n'ai pas peur de la nudité. J'aime me montrer tout autant que voir. J'aime que l'on me touche et toucher. J'aime les mains d'une femme sur mon torse, sur mon ventre, mes fesses bien rondes et fermes, mon sexe. Je me demande toujours ce que peut procurer comme plaisir à une partenaire le fait de faire une fellation. « Essaie avec un homme » m'a-t-on répondu une fois. J'en suis resté interloqué. J'aime lécher. Je n'ai pas de réticence, seule l'odeur dans certain cas, peut nuire à mon plaisir.
Voilà, j'aime le plaisir vous l'avez compris, quand il s'offre à moi. J'ai rencontré sans doute beaucoup de femmes, aucun homme, pour autant je ne me qualifierai pas de libertin. Sans doute, parce que mes pratiques sont somme toute dans la norme. Je ne cherche pas à forcer les choses. Je prends les choses comme elles viennent. Tout est question de confiance. Je suis libre, de mes gestes, de ma parole. Enfin, je le crois.
Au plaisir de vous lire et faire tomber le voile.
C.
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C.
Je suis ravie de voir que vous avez eu envie de répondre vite.
Ravie aussi de découvrir un peu votre corps entre vos phrases.
J'aime les torses imberbes. J'aime quand un homme prépare son corps à l'amour, soigne ses sous vêtements, les choisit pour sa partenaire, surveille sa peau, discipline ses poils, se regarde dans la glace, prend des poses, vérifie son image.
Puisque son corps sera de la même façon inspecté par mes mains et il pourra découvrir sur mon visage tout le plaisir que ça me procure.
M.
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M.
Je vous ai fait attendre.
Vous en aviez presque oublié l'existence de nos échanges et je viens vous bousculer, raviver le souvenir enfoui. Alors que je n'étais plus, je reviens là où vous ne m'attendiez pas.