Francette Peulon
Au delà de
la rémission
la guérison de ma leucémie
Éditions Dédicaces
Au delà de la rémission, la guérison de ma leucémie
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Francette Peulon
Au delà de
la rémission
la guérison de ma leucémie
« Donner après son dernier souffle »
Préface du docteur Garlopeau
Samedi, un samedi comme tous les samedis, c'est la fin de l'après-midi, la fatigue est là, elle devient abyssale en fin de semaine. Déjà trente ans que j'exerce … Le dernier patient vient de partir … un peu de calme avant de partir en visites. Il n'y a pas eu d'urgence cette semaine. Les jours allongent et en ce mois de février, il fait beau. Lentement, la nature reprend force et vigueur. Pas d'urgence ……. Le calme ……. La semaine se termine bien.
Pas d'urgence !
Une consultation de dernière minute arrive. Fièvre, déman-geaisons. Rien de bien grave, sans doute quelqu'un qui est malade depuis plusieurs jours et que le week-end effraie, c'est classique. La patiente est là ; je ne la connais pas. Son mari l'accompagne. Lui, c'est une vieille connaissance. A première vue, elle n'a pas l'air trop malade ; elle paraît même assez vive. Elle m'explique tout, qu'elle est souffrante depuis plusieurs jours, qu'elle a vu deux fois le médecin, que les traitements ne font rien (Ah ! je l'ai entendu souvent cette phrase au cours de ma carrière !) et que ça va de plus en plus mal, qu'elle n'en peut plus, que son médecin n'est pas là.
C'est d'ailleurs pour ça qu'elle vient me voir ! en dépannage en quelque sorte !
Et la fièvre ne tombe pas … vers 39-40° … Elle a mal partout. Elle est épuisée et n'a pas été travailler. Elle est rendue au bout, et même plus que cela … ! L'examen montre une symptomatologie inquiétante, très inquiétante même. Pourtant elle me demande si elle peut aller ce soir chez des amis ! Ce genre de question, quand on est bien malade, m'indispose fortement.
Elle ne doute de rien ! C'est hallucinant ce genre de question, dans son état. Que je dise oui ou non, la patiente n'en fera qu'à sa tête, je le sais depuis longtemps. Et je comprends aussi qu'il ne faut pas proposer une hospitalisation ! Curieusement, les patients pensent qu'ils ne seront pas soignés à l'hôpital en fin de semaine ; c'est une idée tenace.
Il faut prescrire un traitement pour soulager notre patiente et surtout lui faire promettre qu'elle fera venir l'infirmière dès lundi pour un bilan biologique qui sera, j'en suis convaincu mauvais. Le mari n'a rien dit, mais il est d'un naturel peu bavard. Je compte pourtant sur lui pour que la prise de sang soit faite. Ils s'en vont. Je les regarde partir. Fera t'elle la prise de sang ? Je suis perplexe. Je n'y crois pas beaucoup.
Lundi, en fin de consultations, le laboratoire téléphone : « Une prise de sang calamiteuse » m'annonce le directeur. Ce mot est tout à fait inhabituel. De quoi s'agit-il ? C'est le résultat de la patiente de samedi. « Ah ! elle l'a donc faite, cette prise de sang ! ». « Eh ! bien, elle a eu raison. Car il est vraiment catastrophique son résultat ! ». Le mari, appelé, arrive. Sa femme doit être hospitalisée tout de suite à NIORT. C'est une leucémie. Aucune émotion sur son visage. Pas de bavardage. Rien. Mais avec lui, j'ai l'habitude. Il va la conduire à Niort.
J'ai eu des nouvelles régulièrement. Elle a été soignée au C.H.U. de Poitiers. Il y a eu des bas, surtout des bas, très très bas. Mais petit à petit, au fil des mois et après bien des misères, la patiente a pu regagner son domicile. Il y a des années que je n'avais revu cette patiente. Je la trouve en excellente forme. Elle a voulu écrire ce qu'elle a enduré au cours de la maladie. C'est certainement un bien.
Il n'y a pas de guérison dans ces pathologies. On parle toujours de rémissions. Mais je vais faire promettre à cette sympathique patiente de venir à mon enterrement, et comme je vais vivre fort longtemps,… Elle a encore de beaux jours devant elle !
Seuls ceux qui traversent de telles épreuves connaissent la valeur de la vie. Il faut toujours croire en la médecine et avoir la foi.
- Dr Alain Garlopeau
CHAPITRE PREMIER
PREMIÈRE ÉTAPE DE VIE
Je suis née dans le Marais Poitevin le 14 Janvier 1947, fille de Français moyens, mais très honnêtes et courageux ; mes parents m’ont montré le droit chemin, m’ont inculqué les devoirs, les droits des personnes et m'ont dirigée vers une situation correcte qui me plaisait après quelques années d’études.
A 19 ans, j’ai eu la possibilité d’obtenir un poste de secrétaire dans une petite laiterie des Deux-Sèvres dont mon père était le responsable.
Ma carrière commence donc en 1966 à Saint Hilaire la Palud, c’était une époque extraordinaire on collectait le lait en petits bidons de 20 litres, les ramasseurs laitiers effectuaient ce travail en tracteur dans les fermes accessibles par la route, ou en barque pour les autres producteurs. Ils rendaient aussi de grands services aux habitants du village (échanges de plans de légumes, bas à remailler….) et surtout nous transmettaient les nouvelles et les faits nouveaux.
Avec ce lait collecté nous faisions de très bons fromages, Edam français, et un fromage dénommé le « CHAMPEROU » parce que la laiterie était construite dans un lieu appelé Champerou.
En 1968, notre petite laiterie qui avait du mal à obtenir des résultats financiers positifs a été absorbée par une unité plus impor-tante, toujours située dans le Marais Poitevin à Coulon dans les Deux-Sèvres ; c’est dans les bureaux de cette structure que j’ai travaillé pendant 31 ans.
Un parcours professionnel très intéressant, des contacts avec de très bons clients et à l’écoute des producteurs laitiers. Je m’investissais dans cette entreprise qui commençait à rencontrer des difficultés face aux rigueurs de qualité et des investissements à réaliser très lourds. La tâche n’était pas facile, il fallait s’accrocher ; avec des efforts et de la ténacité nous y parvenions.
C'était bien pour moi, je n'aimais pas les choses faciles … J'étais un petit bout de femme blonde de cinquante kilos, mesurant 1 m 57 très volontaire qui se donnait constamment des objectifs à atteindre.
J'étais intransigeante sur ma coiffure, ma tenue vestimentaire, la décoration et le rangement de ma maison et j’attendais la pousse des mauvaises herbes dans le jardin pour bien vite les arracher.
Une telle rigidité dans la perfection nécessitait beaucoup de temps et ne me permettait pas de regarder ce qu’il se passait autour de moi … je n’avais pas le temps de m’arrêter et de partager les soucis des autres, même si parfois je les percevais.
J'adorais recevoir des amis le week-end, mais je ne savais pas faire simple. Je préparais des plats plutôt compliqués et soignais la présentation (ce qui générait beaucoup de vaisselle (je n'avais pas de lave-vaisselle à l'époque). La nappe et les serviettes ne devaient pas avoir un "faux pli" et il était impératif d'assortir les fleurs à la couleur de la nappe.
Au départ c’était un long week-end, mais il ne m’avait pas laissé une minute à moi pour me reposer ou prendre des nouvelles de la tante malade …
En ce qui concerne ma vie privée elle a été marquée par la naissance de mon fils Florent en 1971, mon divorce en 1983, et mon remariage avec Patrick en Mai 2000 qui a de son premier mariage 2 filles Véronique et Isabelle.
Notre maison principale se situe au bord de la Sèvre Niortaise dans le charmant village du Mazeau (Vendée) dont les habitants ont entouré mes parents tout au long de cette lourde épreuve. Certains amis se déplaçaient voir des guérisseurs et d'autres récitaient des prières à l'église.
Je me réjouis d’un un tel élan de générosité et du rappro-chement des habitants lorsque certains d'entres eux sont dans la peine. J'avais déjà constaté la même solidarité lors des inondations de Janvier 1994. Cette entraide pour monter les meubles hors d'eau, cette convi-vialité pour faire oublier à certains l'état de leur maison après le passage de l'eau chargée de terre et de boue, elle est pertinente dans nos petites campagnes.
CHAPITRE II
LA MALADIE - TOUT BASCULE
Le mardi 8 Février 1999, je me réveille difficilement, je suis en retard, je me lève rapidement. Oh ! la tête me tourne, chancelante, je me dirige vers la salle de bains. Je ne me sens pas très bien, mais un bon bain va me mettre en forme. En effet, il fut bénéfique.
Cependant, arrivée à la cuisine, les deux petites biscottes beurrées et mon bol de café qui me stimulent habituellement ont du mal à passer ; eh ! bien tant pis ; j’avale la première gorgée de mon jus de fruit et repose le verre aussitôt. Il me pique la bouche et la langue ! il n’est pas bon. Je ne me pose pas de question, mon but était d’être à l’heure (car Nadine ma collègue qui habitait sur place était en arrêt de maladie) pour ouvrir le bureau de la petite laiterie à Coulon (Deux-Sèvres) U.L.V.V. (Union Laitière de la Venise Verte) située au cœur du Marais Poitevin où il y fait si bon se promener en toute saison.
Je fus très occupée en début de matinée par le téléphone et un dossier d’exportation urgent, assise tout allait bien, mais lorsque je voulus me lever peu avant midi pour faire des photocopies de documents, je tenais à peine debout.
A 52 ans, les problèmes de santé ! Je ne connaissais pas, jusqu’à ce jour je ne m’étais arrêtée que quatre fois en trente trois ans de carrière. :
- une césarienne pour la naissance de mon fils
- deux sciatiques.
- une chute d’escalier
J’ai pensé instamment à ce que me disait le docteur de mon enfance : « C’est lorsque l’on met la machine en route qu’il faut l’alimenter, sinon elle a du mal à démarrer ! »
J’en ai conclu que de ne pas prendre mon petit déjeuner était la cause de cet incident. Cependant, la sensation de brûlure dans la bouche m’inquiétait un peu. Je me rassure pensant qu’il s’agit d’aphtes.
En arrivant chez moi pour déjeuner seule, car mon mari ne rentrait pas à midi, je n’avais pas faim. Je suis donc repartie au bureau en ayant difficilement avalé un bouillon de légumes à peine tiède qui me brûlait pourtant la gorge comme s’il venait juste de bouillir.
Lorsque je suis arrivée à la laiterie, mon directeur Monsieur Rambaud était déjà au travail, nous avons échangé quelques mots, puis je me suis assise devant mon bureau, j’avais du mal à me concentrer, j’éprouvais le besoin de dormir. Ce n’était vraiment pas mon habi-tude… je devrais peut-être consulter mon docteur !
Pourquoi mon médecin traitant ? son cabinet est éloigné de quinze kilomètres, alors que celui du docteur de Coulon était à 200 mètres de l’usine.
Aussi, à 18 heures lorsque je quitte le bureau, je m’y arrête. Une chance extraordinaire, il y avait un seul patient avant moi et sans rendez-vous il a accepté de me recevoir.
La consultation a été très brève, dès que je lui ai dit que j’avais consommé une tarte aux fruits de mer 48 heures auparavant, il a diagnostiqué une intoxication alimentaire due à des crevettes ou langoustines pas fraîches.
Il m’a prescrit l’ordonnance suivante :
- comprimés, dont j’ai oublié le nom
- bains de bouche
Traitement de 3 ou 4 jours et tout devait rentrer dans l’ordre.
La journée du mercredi 9 Février a été identique à celle de la veille, mais il fallait que le traitement agisse, je n’ai pu avaler qu’une tisane et un bouillon. Au bureau je n’ai fait qu’acte de présence, répondant difficilement au téléphone car l’eau me venait à pleine bouche.
Le jeudi 10 Février, mon état ne s’améliorait pas du tout, j’avais même un problème supplémentaire, une douleur très importante à l’anus lorsque je suis allée à la selle. Je suis de nouveau partie au bureau où j’ai passé la longue journée à me tortiller sur mon fauteuil, "l’arrière train" commençait à me brûler presque autant que ma bouche où régnait un feu ardant.
J’avais même des difficultés à ouvrir la bouche pour la badigeonner. Le soir, en rentrant, j’étais complètement épuisée. Mon mari me voyant dans cet état me dit :
« Va t’allonger ! Tu ne tiens pas debout ! »
« Tu as raison, mais avant de me coucher, fais-moi couler un bain à peine tiède, il me semble que j’ai de la température ! »
Quelle ne fut pas ma surprise en retirant mes collants ; j’avais les cuisses et les jambes gonflées et très douloureuses au toucher.
« Tes problèmes ne font que croître et embellir, demain matin tu n’iras pas au bureau, il est impératif que tu consultes de nouveau le docteur, le traitement qu’il t’a prescrit est insuffisant. »
Je le pensais aussi, « Pourquoi suis-je dans cet état ! », épuisée le sommeil m’a emportée
Le vendredi matin, avant de me lever, je téléphone au cabinet du docteur : une chance c’est lui qui me répond. Lorsque je lui exposai mon état et mes nouveaux problèmes, il me conseille de venir le voir tout de suite.
Je me demande encore si c’est moi qui ai conduit la voiture ou si c’est la voiture qui s’est dirigée seule au cabinet médical. Je ne sentais plus mes jambes, j’avais comme un flux de sang très chaud dans le corps et je tremblais comme une feuille.
La consultation terminée, il était pensif, il ne comprenait pas !
Le diagnostic pour lui était le même : intoxication alimentaire très importante pour laquelle il avait prescrit un traitement insuffisant.
Persuadée que la nouvelle prescription de médicaments devait améliorer mon état dans les 48 heures, j’étais sereine et confiante, et j’ingurgite bien vite les nouvelles pilules. A midi, je ne suis pas rentrée chez moi ; c’était inutile : je ne pouvais rien avaler, uniquement de l’eau minérale pour accompagner les comprimés. J’ai fait un bain de bouche sur place et me suis laissée aller à ma fatigue.
Heureusement, il y avait un gravier sous la porte d’entrée qui a généré un fort grincement lorsque Monsieur Rambaud est entré, j’ai simplement eu le temps de relever péniblement la tête avant qu’il me surprenne affalée sur le bureau. Il me semblait avoir reçu un coup derrière la nuque, je me souviens avoir éteint le radiateur tellement j’avais chaud. L’après midi est passée sans que je ne m’en aperçoive.
En fin de soirée, Monsieur Rambaud m’a demandé de lui chercher une facture. Après bien des efforts, je réussis à me diriger vers l’armoire : je n’ai jamais été en état d’ébriété, mais mon attitude devait en être le reflet. C’est lui qui a tourné les feuilles du classeur, je ne sentais plus mes jambes, je devais avoir une fièvre très importante. Il ne s’est pas aperçu de mon attitude inhabituelle tellement il était absorbé par sa recherche. Je me rappelle lui avoir dit seulement :
« Je pars, je ne suis pas bien ».
Arrivée à la maison, direction la chambre. Lorsque mon mari est rentré, j’ai eu bien du mal à répondre à ses questions, j’ai avalé péniblement les comprimés et me suis endormie.
Le samedi 12 Février en fin de matinée, je suis réveillée par le téléphone ; nous avions prévu de participer à une soirée dansante avec une amie ; elle m’appelait pour connaître l’heure du départ. Qu’elle a été sa surprise en entendant que des balbutiements.
« Que t’arrive t-il ?
Tu ne vas pas bien du tout !
Tu as les mêmes symptômes qu’une amie qui a fait un œdème de Quincke lorsque j’habitais Tahiti. On a dû l'hospitaliser et l’intuber pour ne pas qu’elle étouffe !
Appelle vite ton médecin ou pars à l’hôpital ! »
Elle exagère ...
D’abord, j’ai déjà un traitement qui n’a pas eu le temps de faire régresser mes problèmes, et une hospitalisation un week-end n’est pas concluante.
Vers midi, j’ai voulu me lever pour préparer le repas de mon mari qui bricolait dans le garage, mais je n’y suis pas parvenue, les murs de la chambre tournaient autour du lit, et j’avais des nausées comme sur les manèges à sensations. J’ai pris conscience qu’il ne m’était pas possible de sortir du lit.
Vers 13 heures, étonné par mon absence dans la cuisine, mon mari se dirige dans la chambre, il ouvre les volets et s’exclame en voyant mon visage :
« Tu as les joues gonflées ! », et s’approchant de plus près :
« Si tu voyais sous tes mâchoires on dirait qu’on vient de t’extraire les dents de sagesse ! »
Inquiet, il appelle de suite le cabinet du docteur de Coulon.
C’est un répondeur !
« Veuillez appeler un confrère, je suis absent pour le week-end ! »
Il a eu la présence d’esprit d’appeler le docteur Garlopeau à Damvix qui est toujours là quand on a besoin de lui, même le diman-che, quand il n’est pas de service. Je me souviens qu’un jour, il a accepté d’extraire un hameçon de l’oreille d’un enfant qui pêchait au bord de l’eau ; et je tiens à ajouter : pour le coût d’une consultation en semaine.
Tout cela pour dire que c’est un médecin de campagne, comme il n’y en a plus dans les nouvelles générations, et c'est toujours lui, depuis son départ à la retraite, qui effectue les remplacements du docteur qui exerce aujourd'hui à Damvix.
Je n’oublierai jamais que je lui dois la vie, et que c’est grâce à sa vigilance que j’écris ce livre aujourd’hui.
Quand il m’a vue dans cet état, il a posé sa main sur mon front en disant :
« Vous avez une très forte fièvre, votre dernière prise de sang, elle date de quand ? »
Je hoche les épaules, « Je ne sais pas, elle n’est peut-être pas récente ».
« Il faut faire un bilan sanguin rapidement, mais avec le week-end, je vous prescris une prise de sang à faire dès lundi matin ; en attendant, vous prendrez de la cortisone pour arrêter l’évolution de votre état et dès que nous aurons les résultats du laboratoire, je veux vous revoir. Donc à lundi soir ».
La posologie de cortisone m’a aidé à passer la journée du dimanche et la nuit suivante, mais le lundi matin lorsque l’infirmière de Damvix Elisabeth est venue pour la prise de sang, je n’ai pas pu me lever pour lui ouvrir la porte J’ignore ce qu’elle a pensé de mon état.
Dès 9 heures, j’ai appelé mon directeur pour l’informer que je serai absente, je n’étais pas capable de me rendre au bureau.
Mon mari, très inquiet, avait prévenu mes parents que je n’étais pas bien sans trop insister pour ne pas les alarmer.
Ils sont venus dès le début de l’après midi, je n’étais pas plus mal, la cortisone après chaque prise calmait un peu ce feu ardant qui avait envahi : bouche, gorge et « arrière train ».
Les brûlures atténuées me permettaient d’échanger quelques mots avec eux.
Tout à coup vers 17 heures, nous voyons arriver mon mari.
« Déjà Patrick dit Papa, il n’a pas perdu de temps ! »
Et pour cause, je le reverrai longtemps devant nous trois, le visage sombre, cherchant les mots qu’il allait prononcer, c’était difficile, il n’avait pas d’alternative, il fallait parler.
« Ton analyse de sang n’est pas très bonne, Il faut préparer tes affaires, je te conduis à l’hôpital de Niort pour faire des examens ! »
Le laboratoire avait contacté le docteur Garlopeau pour lui annoncer le résultat ; il fallait faire très vite, le temps était compté, il n’y avait plus que trois ou quatre jours pour agir, après il serait trop tard. Il a fait preuve d’une grande vigilance ; il a prévenu mon mari immé-diatement en lui disant :
« Conduisez là au centre hospitalier de Niort, mais elle n’y restera pas ; il faudra la diriger dans un grand centre »
Il en savait d’avantage, mais il s’est bien gardé de donner plus amples explications devant mes parents.
Je suis fille unique, ils ont perdu ma petite sœur cadette, elle avait seulement quelques semaines. C’était en 1948, pour ma Mère c’était une seconde césarienne avec complications importantes ; il était évident qu’elle ne mettrait pas d’enfant au monde naturellement, à cette époque on ne prenait pas le risque de faire trois césariennes ; c’est la raison pour laquelle le chirurgien, avec l’accord de ma Grand-mère et de mon père, avait fait l’opération nécessaire pour la rendre stérile.
Ce fut le grand silence, ma mère prenait mon manteau et mes chaussures, pendant que mon mari préparait ma trousse de toilette et quelques sous vêtements. Absorbée par mes pensées, j’ai réalisé que je quittais mon domicile simplement à mon arrivée au centre hospitalier.
Mon mari m’a conduite aux urgences par la main comme on conduit un élève à l’internat pour la première fois.
J’étais prise en charge très vite : j’étais attendue.
Et pour cause, la laborantine qui avait lu mon résultat sanguin avait appelé ses collègues, elle n’en croyait pas ses yeux, elle n’avait jamais vu un bilan de sang semblable. Il était catastrophique, dans ma numération globulaire il y avait 222 000 leucocytes qui demeuraient à l’état embryonnaire, je n’avais donc plus aucune défense immunitaire.
En arrivant aux urgences, ils m’ont dirigée dans un box où se trouvait déjà une autre femme qui était examinée suite aux coups qu’elle avait reçus de son ami et du trouble psychologique qui s’en suivait.
Immédiatement un médecin de service est venu me faire une prise de sang, puis une radio des poumons. Lorsque je suis revenue dans ce box, j’étais à nouveau avec cette patiente qui s’est approchée de moi en me disant :
« C’est très grave ce que vous avez !
J’ai entendu le docteur le dire à l’infirmière, et ils sont partis téléphoner à Poitiers ! »
Cette pauvre femme qui ne savait pas se taire, avait bien entendu et compris la situation.
Lorsqu’ils sont revenus auprès de moi, c’était le silence !
Lequel des deux allait parler !
Puis, en me regardant tendrement le docteur me dit :
« Ma petite dame, vous avez un problème sanguin, vous devez être examinée par un professeur d’hématologie et d’oncologie médi-cale. Nous allons vous diriger au C.H.U. de la Milétrie à Poitiers, qui a des structures de soins adaptées à votre pathologie, que nous n’avons pas sur Niort ».
La coordination de ces deux établissements a été parfaite le transfert aurait dû être immédiat, mais faute de place cela ne fut pas possible.
J’ai su quelques jours après que mon mari avait demandé d’agir très vite, de contacter un autre centre hospitalier aussi performant, et pourquoi pas avoir recours à un transport par hélicoptère ! Il n’a pas obtenu satisfaction. On ne m’a transportée sur Poitiers que le mardi matin 15 Février 1999.
Je me suis à peine rendue compte de mon transfert en ambulance, je revois seulement Maman assise près de moi me tenant la main ; en arrivant à l'hôpital Patrick était là. Il n’avait pas dû respecter les limitations de vitesse ...
Trois personnes vêtues de blanc m’attendaient et en deux temps trois mouvements j’étais déjà sur un autre brancard.
Aucun doute, elles étaient là pour me prendre en charge à la seconde de mon arrivée.
Direction salle d’examens : prise de sang, anesthésie locale, ponction de moelle osseuse au sternum, ensuite j’ai compris que l’on allait m’installer en fin de soirée, dans une chambre à deux lits, pas le choix, (des malades attendent dans les couloirs, même en cours de traitements …, le service est « engorgé »).
Dans cette chambre, une femme …, je ne la voyais pas très bien, elle semblait dormir en souriant un peu. Quant à moi, je ne réalisais pas du tout ce qui se passait, je rêvais certainement …, lorsque j’entendis une petite voix fébrile :
« Je n’ai vu personne aujourd’hui, voulez-vous que l’on échange quelques mots ? ».
Elle se relève, plus de cheveux, elle était pâle comme une morte.
« Vous êtes hospitalisée pour quelques jours ? »
Comme je ne répondais pas, elle poursuivit :
« On ne se verra pas longtemps, demain je rentre en bulle pour une greffe de moelle osseuse, je suis heureuse et ma famille aussi, cette greffe est ma seule chance ! »
Je ne puis lui parler.
Quelques minutes plus tard, elle me dit, rassurante :
« Vous savez nous sommes dans un service compétent, les malades sont suivis par une grande équipe de médecins sous les ordres du professeur Guilhot qui utilise des protocoles américains. Il est très direct et parfois un peu froid. Son bras droit, le professeur Sadoun suit de très près les effets des traitements, comprend leur lourdeur, aide les malades à les supporter, les entoure, les encourage pour que leur état général ne s’amenuise pas.
Tant qu’aux infirmières elles sont d’une gentillesse remarquable, d’ailleurs il faut souvent qu’elles « recollent les morceaux ».
En entendant ces paroles, j’ai eu envie de lui demander :
« Mais qui sont les personnes dont vous me parlez, dans quel service suis-je ? "
Puis elle continua :
« C’est ma quatrième hospitalisation, j’ai un lymphome, et si ma greffe réussit, le professeur Guillot m’a promis que je reviendrai seule-ment en contrôle à l’hôpital de jour ».
Devant mon silence, elle se rallongea et une infirmière est entrée pour nous donner un somnifère pour la nuit.
Je me souviens encore lui avoir dit :
« Est-il fort ? pour que je puisse dormir longtemps ! ».
Le lendemain, à mon réveil, deux personnes étaient au pied de mon lit, Maman et mon mari. Ma compagne était déjà partie.
Quel bonheur, je n’étais pas seule, ils allaient m’aider à entendre ce dont j’avais le plus peur :
Le diagnostic !
Il ne serait pas bon, j’en étais persuadée, cette sensation de sang brûlant dans tout mon corps était une preuve flagrante.
Quelques instants après, la porte s’ouvre. Trois blouses blanches apparaissent : le professeur Sadoun, l’anesthésiste de la veille et une infirmière. Les uns après les autres, ils me demandent comment j’ai passé la nuit, puis ils sortent de la chambre en parlant à mi-voix.
Ouf ! ils sont partis, le diagnostic ne tomberait pas ce matin !
Epuisée, ou encore sous l’effet du comprimé de la nuit, je me suis rendormie.
Peu de temps après, je suis réveillée par une infirmière très gentille qui venait me poser une perfusion. Sans la questionner, elle devine mon inquiétude et me dit d’une voix rassurante :
« Ce n’est pas méchant, c’est un sérum physiologique pour vous hydrater ».
Quelques minutes après, j’ai entendu le chariot et le personnel de portage des repas, mais pour moi, il y avait seulement un comprimé, un verre et une bouteille d’eau.
Je n’avais probablement par droit à autre chose, de toute façon, je ne pouvais pas manger, j’en n'avais pas la force et puis surtout, je n’avais pas faim. Je n’étais à peu près bien que lorsque ma tête était sur l’oreiller.
La sieste de l’après midi n’a pas été longue, le professeur Sadoun est entré dans ma chambre, il s’est dirigé vers la fenêtre, a échangé quelques mots avec Patrick et Maman qui étaient de chaque côté de mon lit pour m’entourer au mieux. Je le reverrai toujours s’asseoir près de moi, me prenant la main. Il n’y avait pas de doute cette fois, il avait des choses importantes à me dire ; en effet, l’annonce du diagnostic ne se fit pas attendre :
« Nous avons le résultat des bilans complets de votre formule sanguine et de votre moelle osseuse :
« Vous avez une LEUCÉMIE AIGUЁ MYÉLOCITAIRE » je ne vous cacherai pas que c’est une maladie très grave, mais il n’est pas trop tard pour agir. Le traitement sera très lourd, nous allons devoir suivre un protocole rigoureux, il va falloir être courageuse, j’ai déjà parlé avec votre mari et vos parents, ils vont se relayer pour vous entourer et vous soutenir, et toute l’équipe médicale, sera à votre écoute et vous prodiguera des soins pour essayer de minimiser au mieux les effets secondaires des traitements ».