Jean Christophe Arnaud
Rencontres
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Éditions Dédicaces
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Couverture : « Lettre d’amour »
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Jean Christophe Arnaud
Rencontres
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PRÉAMBULE
L’idée d’écrire un roman, sur mes aventures rencontrées au centre d’un site sur Internet, me vint lorsque, pris de ce mal empli de bien que l’on appelle l’Amour, je me suis retrouvé au paradis.
Mes voyages, mes coucheries, mes échanges virtuels sont étalés, ici, sans porter de jugement, ni condamner, ni approuver ces nouveaux modes de rapports ou de communications entre hommes et femmes.
Plus porté par la curiosité que par la solitude, j’ai erré dans les méandres de la complexité humaine. Sans objectif avoué, ni intention de me muer en chasseur de proies terrorisées par la solitude et les charognards, j’ai déambulé pendant des semaines dans des steppes pauvres en optimisme. Dans un désert à la culture ensablée, je me suis laissé bercer par des richesses aux sentiments bienfaisants.
Mes louvoiements, sur un site bien connu, m’ont donné la joie de découvrir des dames aux tempéraments différents.
Je retrace ici toutes les péripéties qu’un homme relativement sage et modéré peut vivre, en m’écartant des excès et de la vulgarité, pourtant si présents en la matière.
Les milliers de visites sur ma page et plusieurs centaines de clins d’œil ou de flashs, ajoutés à une foison de messages tous aussi agréables les uns que les autres, m’ont confirmé les tendances de notre société de communication.
A la fin de deux mille cinq, je débarquais pour la première fois sur les rivages du virtuel, m’y promenant pendant un mois. J’y revins un an plus tard, navigant tout au plus pendant deux semaines. Mes divagations devenant lassantes, je me suis éloigné, momentanément, des échecs et des turpitudes.
Lors de mon retour sur ce site en février deux mille huit, j’ai découvert ce que j’attendais, sans le rechercher, logé pendant deux mois en une demeure où je fus choyé par un grand nombre de dames, charmées par mon physique et mon annonce très sensuelle, senti-mentale et romantique.
Retraçant en ces pages une partie de ma vie, je pense avoir obtenu le résultat d’une sagesse colorée de toutes ces teintes qui irisent l’Amour.
Ma patience et ma ténacité se sont alliées à ma séduction naturelle.
Ma générosité et ma confiance dans l’Amour m’ont éradiqué d’une solitude inconsciente.
Les lieux ne sont pas ceux où, dans la réalité, se déroulèrent mes aventures.
Les prénoms ou pseudonymes sont empruntés à mon ima-gination.
L’Amour est une lagune ou ne plongent que sensibilité, sensualité et respect.
L’Amour est un lagon ou tout n’est que limpidité.
L’Amour a sa barre de corail au-delà de laquelle se perdent les ruptures.
L’Amour est un élixir dans lequel deux êtres sont aspirés sous un ciel d’azur.
L’Amour est le zénith de la vie
CHAPITRE I
Balbutiements
Novembre deux mille cinq.
Plongé dans mes rêveries et l’élaboration de plans pour la construction de la résidence de l’un de mes clients allemands, l’idée que mon divorce deviendrait inéluctable, faisait son chemin. De ce fait, mon avenir passerait par mon retour en France. Mes deux enfants vivaient avec moi, tandis que leur mère prenait le parti de vivre sa vie sans nous.
En août, lors de notre séparation, secouée par des tremble-ments dus à une dépression qui la rongeait, mon ex me taquina, arguant que dans la vie, l’argent seul ne compte pas. De terribles sou-venirs d’enfance remontaient à la surface des réalités en cette femme qui souffrait à vouloir en mourir.
M’offrant plus de vingt ans de sa vie, je lui reconnais éter-nellement de m’avoir apporté ce savoir acquis au-delà des frontières de mon pays.
Parfois, elle vivait de fantasmes érotiques qui ne m’habitaient pas.
Ses parents à la lamentable morale, aux mœurs si petites et si viles, creusèrent un sillon semé de séquelles et de tourments dans la vie de leur fille.
Après de cinq mois de séparation, je me posais la question de ma libido. Dans quelle direction serpenterait mon destin ?
Où somnolaient ma séduction naturelle, mon charme dont mes conquêtes évanouies me parlaient tant ?
Mon allemande favorite enrichit ma vie de deux enfants adorables et adorés. Notre différence d’âge, plus de quinze ans, ne souffrait d’aucun complexe, bien au contraire. Depuis des années, je ne vivais que pour mes enfants, pour ma famille, pour mon métier.
Probablement que, délaissant ma compagne pour me réfugier dans le travail et mes loisirs sportifs, j'ignorais l’essentiel de la vie.
La mère de mes second et troisième fils, épousée au milieu des années soixante-dix, arborait avantageusement six années de moins que moi.
A la fin de cette décennie, mes affaires et l’attrait physique pour l’une de mes secrétaires eurent raison d’une union pas vraiment désirée. Ma collaboratrice, devenue ma compagne pendant deux ans, superbe créature, me donna un fils qu’elle me reprit et qui restera absent de ma vie depuis, mais présent dans ma mémoire et dans mon cœur.
Que dire de mon premier mariage contracté dans l'irraisonnable à la fin des années soixante et dont allait naître mon fils aîné ?
A vingt et un ans, la maturité me manquait. La trahison me salissait. Revêtant la houppelande jaune de cocu, je me réfugiais dans une instabilité qui hypothéquait toutes mes qualités.
Je ne tardais pas à combler quelques envies, voire de lancer quelques girandoles dans mon ciel sentimentalement décoloré.
Conseillé judicieusement par l’une de mes progénitures, je tatillonnais sur la toile comme un nourrisson maintient son équilibre sur un sol instable.
J’osais engager des conversations, rosies de politesse. Ma bonne éducation paraissait attirer de gouleyantes dames.
Ma première «touche» s’appelait Constance. Je ne reçus d’elle qu’une humble photographie en noir et blanc. Je la trouvais jolie, élé-gante, distinguée, plutôt très jeune pour son âge. Sur sa fiche de rensei-gnements personnels, elle indiquait porter quarante-huit printemps ; j’en alignais cinquante-huit.
La fréquentation de femmes plus jeunes que moi évitait de me rider façade et mental.
Constance, cette charmante esseulée venue des Vosges, hésitait à m’adresser d’autres photos d’elle, tandis que je me complaisais à lui exhiber mes portraits actuels les plus avantageux.
Aligner les mots sur un clavier, ceci ne présentait aucun intérêt si le timbre d’une voix féminine ne venait s’incruster sur un écran figé par une image sans saveur.
Loin d’être intimidé, mu par cette force extraordinaire que l’on nomme séduction, j’obtins de Constance que nous puissions nous rencontrer à Metz un dimanche, en fin de matinée.
La place Saint Louis se vidait de son marché. Ses arcades ombrageaient un mail où badauds et commerçants déambulaient.
Constance et moi avions convenus de nous signaler par notre habillement. Ainsi, nous ne pourrions pas commettre l’ignorance. Nos téléphones portables pourraient nous sauver d’errements ou de trom-peries sur nos personnes.
Vers treize heures, au moment où le soleil de novembre luisait à son zénith, lorsque les ambulants commençaient à quitter le lieu, une ombre grise et triste se profila entre deux vitrines aux reflets hésitants.
Décontenancé et déçu, je ne savais comment me comporter.
Devais-je fuir, quitter cet endroit mille fois fréquenté ?
Je bloquais mes pas sur le pavé de la place.
- Bonjour. Je suis Constance. Vous êtes bien celui auquel je pense ?
- Oui. Je crois… Enfin… Oui !
Vingt années s’étaient écoulées entre l’image que mes neurones percevaient de cette dame et cet instant dramatique. Avec dix années de plus, mes pattes d’oie bordant mes yeux interrogatifs rivalisaient d’un orgueil juvénile. Et pourtant, elle se dressait bien là. Son visage me paraissait bien plus âgé que sa voix.
Pour un premier rendez-vous, ma perplexité m’intimidait.
Ma naïveté m’entraînait sur les voies de la contrariété.
Par manque d’expérience, je m’avançais à inviter Jeanne à partager ma table dans une pizzeria de la rue Dupont des loges.
Remontant la rue de la tête d’or, passant la rue de la chèvre, nous intronisions nos maladresses, balbutiant des politesses usagées.
Poussant la porte d’une pizzeria, j’invitais ma dame de compagnie à prendre place à une table éloignée de l’entrée. Je redoutais d’être la risée de quelque connaissance de passage.
Mon séant se posa sur une chaise d’une rigidité rhumatisante. Une bévue inhabituelle me fit oublier les devoirs élémentaires de la courtoisie.
Je l’invitais à me parler d’elle. Je n’exprimais aucune envie de glisser mon vécu entre assiettes et verres. Elle se lamentait d’avoir subi les violences de son ex-compagnon.
Sans broncher, mais avec un agacement contenu, j’écoutais cette personne qui portait les affres des désillusions du mariage.
Physiquement, elle divaguait aux antipodes de mes souhaits, isolée de toutes ces jolies femmes qui dorèrent ma vie.
Au moment de commander les plats, une nouvelle envie de partir m’envahit.
Je ne restais que par respect de la parole donnée. Je ne savais plus ce que j’ingurgitais, ni ce que j’avais commandé. Le temps pesait sur mes neurones.
Je trouvais qu’elle prenait aisance à me confier les petits secrets de son existence miséreuse de femme mariée.
Le contraste avec ma vie s’écoulait entre deux gorgées de bon vin.
L’Italie me secouru, atténuant mon désarroi.
J’ignorais la teinte de sa tignasse : brune, blonde, châtain ?
Le timbre de sa voix ne parvenait pas à se graver sur une gamme aux octaves inexistantes. Dièse ou bémol ?
Je ne distinguais plus la différence. Une seule note me perturba au moment d’avaler mon café. Je pestais d’engloutir un dessert âcre et malodorant.
Pressé de m’évader de ce restaurant, à contrecœur, je réglais l’addition.
La gentillesse et la douceur de la dame ne pouvaient rien faire pour excuser cette duperie. Etait-ce une erreur sur la marchandise ?
Non ! Mon infini respect pour la gent féminine, marqué d’un angélisme caractérisait et exprimait mes pensées. Mère, épouse, fille et la sainteté donne, reçoit et sacralise la vie.
La sortie du restaurant humectait d’une fraîcheur propice à la marche.
Nous errâmes du côté de la rue Serpenoise.
La lourdeur de mes jambes se mariait à celle de mon estomac. La place de la République baignait d’une morosité salutaire.
Je puisais enfin la force de dire que je devais rentrer chez moi en Allemagne car mes enfants m’y attendaient.
- Bien…Dommage…Je t’appelle demain soir…Ça te va ?
- Oui… OK ! Merci de m’avoir accordé de ton temps si précieux. Bonne journée… - À demain.
Nous nous séparâmes. Je me motivais à ne plus tomber dans un tel traquenard.
La route qui s’étirait de Metz à Sarrelouis me parut soudain bien gaie. Les rayons du soleil se reflétaient sur ma légèreté de me retrouver seul, dans une accalmie d’une pureté divine.
Le roulement des pneus de mon automobile chantait le long des routes forestières qui reliaient le premier village français à celui dans lequel je résidais.
Entrant dans mon bureau, j’adressais un mail à Constance ; je lui demandais de ne plus chercher à me revoir.
J’avouais, sans chercher à la blesser, que chez elle, rien ne correspondait à mon idéal féminin ; que malgré toutes ses qualités, une continuité ne pourrait s’installer entre elle et moi.
Laissant mon épouse quitter le domicile conjugal, faisant bien peu pour la dissuader de partir, j’agissais ainsi en respectant sa volonté ; elle si belle, si pure, si amoureuse.
En engageant une relation ordinaire, je tomberai dans les filets de la banalité. Cela ressemblait un déni de la réalité.
Réaliste, je ne durcissais pas la situation. Ma générosité m'atten-drissait et me ramollissait.
Je ne voulais plus me prêter à ce jeu sans atout. L’anecdote Constance cessa ici.
Jusqu’à ce que, le samedi suivant, sur mon site, je reçus la visite d’une dame de cinquante ans.
Encore une fois, aucune de photo ne m'étonna ; seulement une description approximative.
Nous discutâmes par écrits mystérieux et anonymes.
La prétendante me remit son numéro de téléphone fixe. Je trouvais qu’elle n’éprouvait pas de peur, pas d’appréhension.
Je l’appelais en lui demandant de m’adresser au moins une image récente d’elle.
Sa voix m’envoûtait. J'appréciais, comme jamais auparavant, de façon aussi sensuelle une voix de femme. Mon interlocutrice savait aussi manier le verbe et la persuasion délicate.
Porter un tel timbre ne pouvait émaner que d’une belle créature.
En mois de cinq minutes, nous convînmes d’un rendez-vous chez elle pour le lendemain, c’est-à-dire dimanche à dix-neuf heures.
Le moment venu, sans savoir ce qui m’incitait à le faire, je choisis de me rendre chez cette candidate au remariage avec mon véhicule de chantier : un utilitaire orange flanqué d’un gyrophare.
Saint Avold se situait à deux pas de mon domicile.
J’engageais mon tacot dans l’impasse. Comme une prémoni-tion, un doute s’installa. Une lumière blafarde éclairait le porche d’entrée d’une maison sans luxe.
Je descendis de mon engin, m’acheminai sur le dallage menant à la porte d’entrée.
L’un des doigts de ma main droite pressa le bouton de la sonnette.
Je m’attendais à être reçu par une jolie femme au décolleté plongeant, au sourire aguicheur, à l’allure invitante. L’horreur m’ouvrit ses bras !
Je craignais d’avoir été piégé par un transsexuel, par un travesti.
J’hésitais à rebrousser chemin. Ma seconde infortune éclabous-sait davantage la tristesse de ce vestibule funeste.
Aspiré dans un salon spacieux si morne que la mort semblait rôder ici, je m’affalais sur un canapé en cuir havane qui se mirait sur un piano noir.
Un bar rustique se dressait près de l’instrument de musique.
La veuve me proposa de boire un whisky. Une crispation m’étreignit
La comploteuse me tenait causette et je n’entendais pas un mot de ce qu’elle disait. Mon regard figeait ce piano qui m’invitait à le caresser.
- Puis-je faire des gammes ?
- Oui, bien sûr, mais je crois qu’il est désaccordé. Mon défunt époux en jouait agréablement.
- Je vous comprends. Musicien de bals, je ne joue plus guère pour mon plaisir et celui de mes amis.
Flirtant avec les touches du meuble, je compris assez vite que l’harmonisation de cet instrument vivant et l’âge de cette femme éteinte se mariaient.
Là encore, je me projetais dans l’avenir en suggérant un souper en tête-à-tête avant même d’avoir jaugé une situation et une personne.
Mes tripes se liquéfiaient. Je réclamais un second scotch.
J’appelais ce courage des téméraires qui vont au combat sans armes.
Il me fallait expédier cette affaire mauvaise. Je sommai la dame de prendre place dans ma voiture et nous partîmes sans un mot vers le premier restaurant ouvert en ce dimanche tristounet.
La squadra nous accueillit. Le cadre magnifique et le personnel adorable estompaient ma morosité.
À peine assis, j’optais pour consommer une fondue de poissons.
Nous parlions peu, regardant à droite, à gauche, vers le dehors, au plafond.
Mon désappointement affichait une exécrable pitié. Pour la seconde fois, ma générosité me déguisait en dindon.
Riesling ou Pinot blanc ? je ne me souviens plus de ces liquides vaseux absorbés. Mon gosier restait obstinément sec. Commandais-je un dessert ou un café ?
Le temps me paraissait infernal, l’addition cruelle. Je demandais à sortir, à prendre l’air. Je m’asphyxiais. Ma galanterie m’interdisait d’extérioriser mon malaise.
Le froid climatique adoucissait le gel qui me figeait.
Ma galanterie surgelée, j’embrayais la marche arrière de mon véhicule. Je l’engageais dans cette impasse funèbre où logeait mon invitée.
Ma passagère posa ses pieds sur le sol endurci.
Je demeurais sur mon siège. Je n’enviais pas de rejoindre cette victime de la solitude. J’attendais qu’elle ouvre la porte de sa maison pour m’enfuir, serein. Elle insista pour que je la suive.
- Venez ! n’ayez pas peur ! prenons encore un verre ensemble !
Elle dégrafa son corsage, mettant à nu un torse totalement désert.
Le calme plat décorait un buste décharné. La pitié envahit mon âme. Je redémarrais le moteur de mon bus et partis, heureux de m’être respecté.
Le lendemain, la dame visita ma page. Je confirmai que notre relation trouva son début et son épilogue dans la même seconde : celle de ma vision d’elle.
Pour calmer une anxiété qui me rongeait depuis deux heures, je relisais des messages laissés par mes admiratrices.
Lydie désirait engager un dialogue avec moi, naïf inconnu. Elle non plus, ne mit sa photo en ligne. Nous surfions sur la vague de la séduction et du charme.
Échaudé par mes précédentes prétendantes, j’exigeais de la belle qu’elle me montra patte blanche en m’adressant du concret.
Demeurant dans la région de Thionville, travaillant au Luxem-bourg, ma confidente du moment me transmit, non sans peine, quel-ques photos dans ma boîte messenger. Je la trouvais jolie, affirmée, de caractère imposant.
Les renseignements qu’elle m’adressait, me transportaient sur une autre planète d’où je revins illico. Mensurations, taille, physionomie m’abjuraient de renoncer à une rencontre à Thionville.
Deux jours après ce premier contact, une guinguette du côté de bel air nous reçu. Arrivé le premier, j’appréhendais cette entrevue avec une femme au tempérament de feu.
Une luxueuse limousine vint se ranger auprès de ma berline. En descendit, avec élégance, une très belle créature, vêtue d’un cuir qui ne pouvait laisser aucun doute sur les moyens d’existence de la belle.
Sans tarder, elle me reconnu. De toute évidence, nous nous plaisions.
Nous commandâmes deux thés. La princesse se dévêtit et son corps moulé dans une robe noire entra dans mes rêves.
L’introduction de notre conversation baignait dans le charme et la courtoisie. Nous mîmes en exergue notre situation familiale.
Après avoir dévoilé ma position sociale, puis celle de père en charge de deux enfants, Lydie, la brune, s’exprimait sans que je ne vienne contrarier ses ambitions. Vinrent des minutes cruciales…
- Êtes-vous vraiment divorcée, comme vous me l’avez indiqué par mail ? demandai-je.
- Oui, depuis trois ans.
- Vous avez trois enfants à charge ?
- Oui, ils vivent avec moi et sont grands.
- Et votre ex… leur papa ?
- Il végète. Sans emploi depuis notre séparation. J’ai pitié de lui.
- C’est-à-dire ?
- Que n’ayant pas de logement à lui, il vit à la maison avec nous !
- Et comment se passent les vacances… Le partage avec les enfants ?
- Pour mai prochain, j’envisage de partir en Croatie, en espérant qu’un beau chevalier servant voudra bien nous y emmener.
- Seule ?
- Non, bien sûr, avec mes enfants ! Il n’est pas question que je les abandonne ici.
- Et votre mari ou ex-mari ?
- Il vient avec nous !
- Ah ! Oui ?
- Oui, bien sûr ! Si je vous plais et si nous nous entendons, nous pourrions partir ensemble !
Quelque peu outré, le rire en parenthèses, j’abrégeais ici un entretien peu flatteur pour le bonheur des dames.
Reprendre la route de l’Allemagne, cela me soulagea gran-dement.
Plus jamais, je ne répondis aux relances de cette opportuniste au sens des affaires si pointu. La modestie et mon humilité peu coutu-mière m’entraînèrent alors à nouer relation avec filles de mon rang.
En ce début d’hiver lorrain deux mille cinq, un soir de décem-bre, Céline interrompit une monotonie que je n’effaçai qu’aux sons de musiques d’ambiance.
Après quelques échanges écrits par mails, puis par chat, nous poursuivîmes notre dialogue plus discrètement, sur un autre site.
Jolie fille, aux cheveux longs châtains clairs, la petite nouvelle qui logeait à Nancy se présenta à moi revêtue uniquement d’une sortie de bains.
Il en sera ainsi à chacune de nos discussions, chaque soir, de dix-neuf à vingt et une heures, jusqu’à ce qu’une décision venant d’elle, nous amenât à nous voir en chair et en os à Yutz, près de Thionville.
Elle exerçait le métier de messagère et se démenait comme un homme pour garder son emploi. Stationnant sa camionnette sur l’aire d’un supermarché, elle attendait mon arrivée. Je ne lambinais pas. Quittant ma petite cylindrée, je m’avançais vers elle d’un pas décidé.
Elle ne descendit pas de suite de la cabine de son bahut ; et pour cause… sa taille n’avait rien de commun avec celle annoncée sur le site qui nous liait.
Le mètre soixante-cinq avait rétréci de dix bons centimètres.
Céline avait ce bagout qui fait que l’on ne peut faire autrement que de s’intéresser à ses récits. Elle distillait aussi un charme indéniable. Sous son pull rouge apparaissaient des seins lumineux ou volumineux. Je ne sais plus.
Mon pantalon rétrécit subitement. Je ne pouvais attendre davantage et faire encore patienter ma libido. Ma sexualité hésitait.
Tant de mois d’abstinence affaiblissaient ma confiance en moi-même.
Préconisant un approfondissement de notre relation, la trans-porteuse suggéra mon passage dans la cité des ducs de Lorraine.
La célèbre place Stanislas, parée de ses grilles dorées, sourit de ma venue. Céline choisit de partager notre repas de midi dans un bistrot des alentours.
Le menu, composé de cette méconnaissance culinaire qu’ont les yeux rivés sur un décolleté, n’avait pas vraiment marqué ma mémoire. Le café nous poussa vers la sortie de cet établissement sans renom.
Nos voitures stationnaient à proximité de la place. Vers dix-sept heures, après le prolongement de notre causette dans mon véhi-cule, nous gagnâmes le quartier où Céline logeait. Une modeste HLM, dans les étages supérieurs d’un immeuble rose et sans âme, m’ouvrit sa porte. Je découvrais une partie de la vie de la petite nancéienne.
Mon dévolu, pour cette jeune femme, se résumait alors de savoir à quel instant découvrirais-je enfin un lit qui recevrait mon corps et ma sueur.
Ma servante d’un soir m’offrit un apéritif dans le salon. De la musique de variété berçait mes désirs.
Dans mon dos, une table se dressait, rutilante d'une rusticité romanesque.
Les chaises garnies de paille, renforcées de barreaux en hêtre attendaient que nos séants veuillent bien s'y poser.
Vers vingt heures, nous soupâmes dans une ambiance de douceur et de tiédeur au goût de béton. Deux bonnes heures plus tard, repu, je m’étirais sur le canapé tout de noir vêtu. La vaisselle m’ignorait. Les programmes de télévision m'ennuyaient et je n'entendais plus le scherzo habituel de mon entrain.
Après plus d’une heure de parlotte, je m’invitai dans la salle de bains où une bonne douche excita davantage ma libido. La chambre à coucher de la belle daigna me recevoir, dans le plus simple appareil. Céline m’y suivit, quelque peu intimidée. La température du logement nous rendait dispos aux ébats amoureux. Caresses et préliminaires s’écourtaient. Le décorum s'imposait.
Céline me proposa de me couvrir de ce truc en latex que je nommerai sombrero en hommage à tous ceux qui se prennent pour des héros, mais qui ne connaissent que le sombre de la nuit.
Depuis plus de sept mois, mon sexe se terrait comme un héros. Il hibernait. Se dressant avec la raideur des honneurs, il pénétra la source de la dame, ce qui provoqua quelques roucoulements, tous pleins d’encouragements.
Je n’éprouvais pour Céline aucun sentiment romantique.
Je ne désirais que vider des bourses pour retrouver une légèreté de mâle repu par un rite frugal.
Deux cent trente jours de sieste s’évanouirent sous des coups de reins aussi vigoureux que les râles de jouissance de ma livreuse d’une nuit.
À peine les amarres larguées, le sommeil m’emprisonna. Je ne revis le jour qu’au petit matin, terne et maussade.
De nouveau en proie à cette extension et cette raideur qui me rendaient généreux, je m’accolais avec force à l’orgasme de cette femme qui ne pouvait ressentir de moi qu’un muscle jouissant. La dépression m’endormit encore pour quelques minutes.
À mon réveil, je me hâtais d’aller chercher viennoiseries et croissants chez le boulanger, tout près d’ici. Sans même me raser, ni prendre une douche, je m’empressais de réclamer à ce que le petit-déjeuner nous fut servi.
Brusquement, vers dix heures trente, je décidais de décamper. Je voulais rentrer en mon logis. La comédie n'avait que trop duré. Je soulageais ma mémoire retrouvée. Celle qui me donnait des ailes, celle qui me faisait avancer.
Ma compagne d’une journée s’offusqua que j’abrégeasse ainsi de si bons moments. Elle insistait pour me garder auprès d’elle.
Plus elle forçait mes sentiments, plus je m’éloignais d’elle.
J’endossais mon sac de voyage, posais ma main sur la clenche de la porte d’entrée, l’embrassais froidement puis disparaissais, claquant les talons de mes chaussures sur le carrelage de l’escalier.
Pendant plus d’une semaine, Céline me harcela jusqu’à ce que j’osasse affronter la réalité, lui avouant que nous ne verrions plus jamais.
Des noms d’oiseaux, mais aussi de poissons crépitèrent dans mes oreilles pourtant peu zoophiles.
Elle tentait de m’effrayer en me faisant croire qu’elle était séropositive et que je souffrirais pendant des années de ce fléau qui mine les imprudents.
Le meilleur, noyé dans les draps de la belle, obnubilé, la certi-tude me hantait, qu’une herbe plus verte poussait ailleurs. Céline réagit de même et ne tarda pas à s’éprendre d’un gars de la route. Une décente satisfaction allégea mon égo.
Dans un mois, j’entamerai ma cinquante neuvième année d’existence.
CHAPITRE II
Premiers Pas
Égrenant de nouveau le chapelet de mes contacts féminins, je me mettais à la recherche de minois dans la région de Haute Normandie.
Natif de Rouen, désormais un peu perdu au pays de Bismarck, je lorgnais vers l’ouest pour y trouver un travail en rapport avec mon parcours professionnel.
Sur mon écran, se fixa une créature au charme insensé.
Feuilletant son album de photos, je me laissais captiver par son tour de poitrine. Les clichés la montraient tantôt à Venise, tantôt sur les bords de mer, tantôt à Versailles.
Les textes qui emplissaient des pages ensoleillées dénotaient une sobriété qui portait à suspecter une mauvaise approche de la langue française.
Malgré de nombreux mails, la dame au décolleté évocateur tardait à me répondre. Elle rechignait à m’écrire. Mon insistance à créer le dialogue porta ses fruits.
Enfin intéressée par mon personnage, Virginia me transmit son numéro de téléphone portable. Dès lors, rien ne m’empêchait de l’appeler.
D’une voix très douce et légèrement intimidée, marquée d’un fort accent sud américain, la dame s’exprimait suffisamment bien en français.
Sans ambages, elle me révéla sa nationalité colombienne et vivait en France avec sa fille depuis quinze ans.
Après seulement quelques jours de brèves discussions, je lui proposais de la rencontrer dans une bourgade du département de l’Eure.
En ce vingt-trois décembre deux mille cinq, la route qui menait d’Allemagne vers Rouen bitumait une destination garnie de petites surprises.
Je n’atteignis les environs de Mantes que vers deux heures du matin. Je dois avouer qu’un autre contact, dans la même région, avait aussi retenu mon attention. Depuis plusieurs semaines, avec Alexandra, nous échangions des fous rires nuancés de messages burlesques. Elle travaillait dans une régie publicitaire. La perspective de la cessation d’activité de son entreprise lui laissait quelques loisirs. Alors, elle papotait avec qui voudrait bien la draguer.
Sa photo la présentait telle une demandeuse, positionnée en levrette sur un lit. Cette suggestion devait attiser bien des désirs.
Avant de retrouver Virginia, il m’incombait de rendre visite à cette humoriste, laquelle, en théorie, ne fumait qu’occasionnellement et ne buvait pas.
Dix-neuf heures sonnèrent. Le carillon annonçant mon arrivée vibra dans une résonance de bon accueil.
Au second étage de cet immeuble cossu, une femme vêtue de noir, s’empressa de m’ouvrir sa porte et de déboucher une bouteille de champagne.
En moins d’une demi-heure, le breuvage avait disparu dans des entrailles rotantes de gaz alcooliques.
Elle aussi usurpait son âge. La maline avala quatre coupes en moins de temps qu’il ne m'en fallut pour en trinquer deux fois moins.
Elle fumait comme un pompier. La tabagie irritait mes fragiles bronches. Mes nerfs en témoignèrent de l’amertume.
La sonnerie de son téléphone ne cessait de venir interrompre une beuverie gavée de toasts indigestes. Le haut-parleur nasillait de vulgarités intimes.
L’un des interlocuteurs d’Alexandra s’invitait à une réception sans panache.
- Salut vieille salope ! t’es encore en train de sucer ou de baiser ?
- J’ai de la visite. Rappelle-moi plus tard !
- Tu ne m’invites pas ? t’as pas envie de te faire enfiler par deux mecs ce soir ?
Je demeurais glacial. Cette boisson, mêlée à des propos boueux, agressait les parois de mon estomac. Mes intestins se nouaient.
Alexandra entama une seconde bouteille, tout en consumant une cigarette à l’odeur pestilentielle. L’antre d’une fêlée, de mœurs peu catholiques, m’asphyxiait. Je ne désirais pas m’abreuver de ce flacon si repoussant.
Piégé par ma constance à demeurer galant, j’invitai, impru-demment, cette dame brune, grande et un peu enveloppée, à souper hors de chez elle. Non loin des Mureaux, une pizzeria nous happât.
Pendant ce repas, des couleuvres bucoliques glissaient dans mon gosier contracté par un mal-être de circonstance. Je dois bien avouer l’effacement de ma mémoire du menu et la nature du vin bu par charité.
À vingt-trois heures, de retour dans cet appartement manquant d’air frais, tout autant que la dame manquait de fraîcheur, nous ouvrîmes nos palais à des coupes de champagne qui se vidaient allègrement. Le téléphone se mettait en ébullition toutes les demi-heures.
Le même cochon stoppait momentanément l’évaporation des bulles dans une eau troublée par mon agacement.
- Ca y est, baiseuse de mes couilles ! t’es revenue ? fous le dehors, j’arrive !
- Attends encore un peu ! ma fille va arriver ! elle ne restera que quelques minutes !
- T’es rasée ? t’as la moule fraîche ?
Alexandra picolait autant qu’elle couchait. Elle fumait autant au lit qu’au bureau.
Écœuré par tant de vulgarité, je me congédiais de cette nymphe au physique vieilli par le tabac et l’alcool.
La voix d’Alexandra, jamais entendue au téléphone, rauque et gravée par la nicotine, scellait un dégoût que seul, mon départ pouvait éloigner.
Aux nombreuses relances téléphoniques de cette gentille dépra-vée, mes silences répondirent aux sons du mépris.
Et Virginia qui m’attendait…
A une heure du matin, culotté, j’appelais la latino.
Prévenue, la native de Bogota se proposait de m’attendre ou de me rejoindre devant un hôtel à colombages. Nous y arrivâmes ensemble.
Malgré la pénombre, je distinguais très bien la physionomie de la quinquagénaire. Elle se jeta dans mes bras et m’embrassa très langoureusement.
Son manteau gris clair enveloppait son corps et dessinait son opulente poitrine en un moule majestueux.
Après deux ou trois minutes d’étreinte amoureuse, Virginia me demanda de la suivre jusqu’à son domicile. Je lui répondis que l’hôtel, situé en face, pourrait fort bien m’accepter pour une nuit. Elle insista. Je la suivis jusqu’à un groupe d’immeubles aux façades grises. Elle logeait au second étage, dans un appartement fort bien meublé. Une dominante ibérique y régnait.
Le salon et la salle à manger donnaient sur deux chambres à coucher. Dans l’une d’elle, dormait la demi-sœur de sa propre fille.
Nous bûmes un verre d’alcool, puis la jolie Colombienne me pria de mettre mes affaires dans sa chambre. Elle décida de dormir sur un sofa, dans le séjour.
Je me réjouissais, ravi, de cette opportunité.
Un chien vieillissant, caniche de race, blanc d'origine, allait et venait entre chambre et séjour.
Il s'étonnait de mon intrusion nocturne et observait mon déshabillage.
Ma nudité mise à jour, je gagnais la salle de bains.
Sous une eau réparatrice, je fourbissais ma libido et tramais mes intentions viriles.
A genoux dans la baignoire, je frottais mon corps et le débarrassais des impuretés de mon quotidien. La mousse cachait des restes de comédies qui gloussaient dans le siphon de l'exotisme.
Nu comme un verre, je m’allongeais sur un matelas au confort appréciable.
De derrière la porte, Virginia, d'une voix doucereuse, éclatait ses envies.
- Tout va bien, mignon ?
- Viens ici ! Ce serait dommage que tu ailles t'aliter sur le sofa du salon !
S'approchant du lit à pas feutrés, elle prit la main que je lui tendais, se laissa tomber sur un drap soupçonneux, puis succomba à mes caresses.
La gène du caniche qui s'évertuait à rester allongé sue le bord du lit, à nos pieds, grignotait à peine ma virilité.
En cette nuit de la veille de Noël deux mille cinq, le petit jésus m’offrait un agréable présent. Le réveil fut délicieux, le petit-déjeuner également.
Mon projet initial de passer Noël en famille, à Rouen, s'échoua en Seine.
Faisant volte-face, je trouvais infiniment plus profitable de rester en bonne compagnie, ici, tout près de ma terre natale.
En ce soir de réveillon, un restaurant de bonne tenue étalait son tapis rouge. Nous y entrâmes à trois, dans une allégresse bien latine.
Coquille Saint-Jacques et poissons emplirent nos estomacs après être savourés par nos palais.
Mes deux Colombiennes n’avaient pas dû être à pareille fête depuis fort longtemps. Ne manquait à cette liesse que la propre fille de ma nouvelle amie. Elle officiait dans un fast-food de la région.
Vers minuit, la sagesse réintégra un logement réchauffé. De nouveaux ébats se prolongèrent tôt en ce matin de la nativité.
En début d’après-midi, après un copieux repas arrosé d’un excellent bordeaux, je découvrais enfin la fille de Virginia. Sa beauté m’éblouit immédiatement. Toute l’Amérique latine surgit des fins fonds de la campagne normande.
Brune à l’énergie volcanique et au charme des plus sauvages, Monica balaya mon regard comme pour mieux s’imposer à moi.
En laquelle des deux femmes s'immiscerait mon désir ? pour la fille ou pour la mère ?
Reprenant mes esprits, Je proposais à Virginia de nous pro-mener en bord de Seine.
Je revisitais ainsi La Roche-Guyon. Bien que les châteaux fussent clos en cette époque de l’année, mon plaisir s’étalait sur mon sourire permanent.
Revenus dans l’appartement, un repas allégé nous régala.
La nuit, entrecoupée de jouissances communes, se refermait sur une aube qui m’invitait à rentrer en Allemagne. Il me fallait assumer mes responsabilités de chef de famille. Pas question pour moi de laisser de côté mes deux enfants pour batifoler sans vergogne.
Le vingt-six décembre au soir, je prolongeais le Noël en mon domicile avec mon fils et ma fille. Mes obligations professionnelles me rappelaient à l'ordre.
Organisant mon emploi du temps pour la semaine à venir, je notais une invitation à l’attention de Virginia.
Passer ensemble la nuit de la saint Sylvestre me paraissait être une bonne idée
Un restaurant Vernonnais, voisin des jardins de Monsieur Monet, enregistra ma réservation pour deux personnes. Évidemment ravie, la fille de Bogota s’émerveillait de tant de sollicitude de ma part.
En ce matin gelé du trente et un décembre, le moteur de ma voiture vrombit sur l’autoroute de l’Est. Arrivé à destination vers quatorze heures, je m’alimentais légèrement. Une sieste bien venue recueilli mon sommeil. Ma sexualité me réveilla ; Virginia en fut déli-cieusement comblée. Vers vingt et une heures, les portes du restaurant s’ouvrirent.
Un orchestre de jazz interprétait des airs dont les notes jaillis-saient et fusaient, effleurant les jardins japonais du regretté artiste.
De l’apéritif champagnisé à la liqueur digestive, plats et rires s’égayaient sans exigence.
La Colombienne étalait un bonheur qui la fuyait depuis bien des crues et des mascarets. Loin de son pays, de ses traditions, elle avait suivi un mari français qui ne la comprenait peut-être pas. Ses sacrifices pour subvenir aux besoins de ses filles minaient son moral. Elle se savait à la merci des hommes.
En janvier et février deux mille six, je m’échappais aussi souvent que possible de la nature qui me berçait depuis plus de vingt ans.
Mes enfants devenaient de plus en plus indépendants, s’éman-cipaient.
Sur le plan financier, ils comptaient toujours et de plus en plus, sur les perches de leur papa, toujours présent en ces occasions où les poches de leurs vêtements restaient désespérément percées.
Les berges de l’Eure et de la Seine remuaient en moi tous mes souvenirs d’enfant pauvre. De gamin démuni de ressources trébuchan-tes, je me vautrais dans l’opulence féminine.
Virginia m’entraînait sur ces sentiers qui dominaient la vallée de l’Epte. Nous revisitions Château Gaillard, le petit Andelys, et le site magnifique de La Roche Guyon.
Les soirées glaciales de l’hiver lustraient nos visages lorsque, après le souper, nous partions promener le chien de la famille. À notre retour, douche et ébats sexuels animaient des instants exotiques.
Pourtant, malgré toute la gentillesse, la douceur, l’affection que me portait cette femme, un intérêt couvait comme un reptile qui rampe, guettant sa proie.
Une animosité ressemblant à de l’Amour s’installait entre Monica et moi. Nous opposions nos convictions sur des opinions économiques et politiques, mais une séduction réciproque veillait.
Lors des repas, nos longues conversations nous précipitaient dans des conflits idéologiques sans grande envergure. Notre catholi-cisme et la tolérance nous unissaient.
Petit à petit, entre la jeune Colombienne et moi, de doux regards s’irisaient. Virginia n’en tenait pas compte. Elle semblait ignorer ce nuage incolore.
J’en voulais pourtant à ce superbe corps et ce visage féerique de créer des dettes que sa maman ne pouvait plus assumer.
Les contraventions s’amoncelaient au-dessus du réfrigérateur ou bien sur le bahut de la salle à manger. Négligeant de payer ces amendes, les frais venant gonfler celles-ci, ces descendantes d’Incas et de colonisateurs hispaniques tentaient de faire supporter des dépenses inconséquentes aux soupirants de la mamita.
À trois ou quatre reprises, je me dévouais pour régler les tickets de caisse des supermarchés. Les chariots bondés de victuailles permettaient de nourrir les trois filles pour une semaine complète.
Les jours de mes arrivées, le plus souvent le vendredi, s’enta-maient par cette sorte de rituel de la virée des grandes surfaces ali-mentaires.
L’autre habitude, devenue mauvaise, s’avérait de se faire inviter dans de bons restaurants. Mauvais résistant, mais superbe chevalier, je m’enlisais dans une relation à laquelle je voulais échapper. Mère et fille pressentaient cette présomption de fuite.
Vint le jour où Monica élargit son indépendance en louant un studio à Rouen près de la place De Gaulle et celle de la rouge mare. Elle semblait s’y plaire, pouvait y recevoir qui elle voulait.
Sachant sa mère très occupée à son travail, et moi, officiant dans l’architecture près de Rouen, Monica m’appelait de plus en plus souvent pour des futilités curieuses.
Le dimanche de la signature du bail pour la location de cet appartement où, naguère pratiquaient les filles de joie, nous dînâmes dans une pizzeria de la rue Beauvoisine, non loin de la place des carmes.
Tous quatre, nous réjouissions de l’attribution de ce logement qui devait faciliter les études de la belle Monica.
Le café avalé, Virginia et moi, musâmes, main dans la main. Sa fille se blottit au creux de mon épaule droite ; Elle m’étreignait amoureusement et m’embrassait sans que cela ne fasse broncher sa maman.
Flash-Back sur ma vie adulée des femmes. Leur rendais-je ce qu’elles me donnaient de plus tendre, de plus sensuel, de plus sensible ?
En fin de journée, mon trouble et mon émoi émulsionnaient mon orgueil. Comblé de bonheur, mais perdu dans autant d’Amour si démonstratif, je masquais mon humilité.
Finalement, l’ordre et la raison l’emportèrent sur des envies et des fantasmes.
La jeune fille de vingt-deux ans planchait seule sur la révision de ses cours et je raccompagnais demi-sœur et mère en leur apparte-ment aux confins de l’Eure.
Le dimanche suivant, Virginia, qui sentait glisser entre ses doigts et ses jambes un homme qu’elle jugeait providentiel, me proposa de partir ensemble, en Colombie, en mai. Le principe de devoir assumer seul le coût de ce voyage, inopportun pour moi, gicla comme une désespérance.
Cette dernière sollicitation sonna le glas d’une relation secouée par un opportunisme illusoire, car trop coûteuse financièrement.
Pendant toute la durée de notre liaison, nous évoquions la situation politique au pays de Bolivar.
La stratégie des FARC, la détention de leurs otages, de celle d’Ingrid Betancourt, tout cela dissolvait mon énergie. Je pensais que l’élue colombienne ne vivait plus, qu’elle avait succombé à la terrible forêt amazonienne, à ses tortionnaires.
Nos commentaires allaient bon train. Nous cernions l’événe-ment sans jamais savoir où se situait la vérité, esquivant les paradoxes.
Je refusais donc de survoler l’Atlantique, même en galante compagnie. Revoir Monica me tentait de temps à autre. J’imaginais qu’elle n’attendait que cela.
Notre complicité se refermait sur des doutes, mais pas sur une logique. La moralité préservait et sauvait nos âmes.
Malgré toute la bonté, la sensibilité, l’exotisme que dégageaient d’elles ces femmes aux accents du café, il me fallait les quitter, les abandonner à leurs destins que je savais heureux, là-bas, à Bogotá.
Ensemble, nous avions passé des moments fabuleux.
La liesse de nous retrouver à chacun de mes retours brocardait cet ennui du pays. Et pourtant, Aujourd’hui, vivent en parfaite harmonie, au soleil de la coke, une mère et sa fille elle-même accolée à sa demi-sœur.
Une incompatibilité sexuelle envenimait nos rapports avec Virginia. Un médecin le confirma.
Elle m’aimait sincèrement. Mes intérêts s'insurgeaient, priori-taires.
Mes enfants ne pouvaient pas encore se passer de moi. Et puis, ma mère sentait ses forces l’abandonner. Je lui devais ma vie et voulais rembourser vingt-trois années d’absence. L’Allemagne m’avait digéré. Je redoutais d'en être rejeté, comme un sujet fécal.
La volonté d’émanciper mes deux garnements allemands me poussait à prendre du travail à Rouen, en juillet deux mille six. M’éloi-gner de mon foyer sarrois me peinait un peu. Mon fils se débrouillerait-il sans moi ?
De nouvelles motivations professionnelles m’attendaient.
Étaler mon savoir, en faire profiter les plus jeunes, cela me con-venait. Disparu des sites de rencontre, depuis fin décembre de l’année d’avant, je me donnais tout entier à mon nouveau job.
Deux fois par mois, je rentrais chez moi, retrouvant mes enfants dans une joie immense. Les chaleurs de juillet augmentaient mes forces.
Les pluies diluviennes d’août ne refroidissaient en rien mes ardeurs.
Lorsque je restais en Normandie, c’était pour embellir la propriété de ma sœur chez laquelle je logeais. Je rendais visite à ma mère aussi souvent que possible.
Le charmant séducteur avait rangé la panoplie de ses mots de désirs.
L’été et l’automne se déroulaient sur feuillage vert, puis ocre, vivifiant ma nature profonde.
Ma fille vivait une idylle avec son Liebling du moment et mon fils logeait chez les parents de sa Freundin. À la fin de novembre je m’accordais quelques loisirs entre midi et treize heures.
Dans un cybercafé de l’Avenue de Caen, je pianotais sur un clavier, devant un écran aussi glauque que le local qui nous hébergeait.
Une jolie Nantaise, très blonde, se plaisait à me tenir con-versation.
Dans la nasse de ses élucubrations, j’oubliais son pseudo et son prénom.
Cette pure nébuleuse scintillait d’illuminations diurnes. Elle me faisait la cour, minaudait.
Je la trouvais assez excitante, mais m’abstenais de lui parler de cette affaire qui monte dans la cogitation du cerveau et qui s’émeut en dessous de la ceinture.
Après trois ou quatre séances, je lui proposais de nous ren-contrer.
Puisque nous nous plaisions et qu’elle ne cachait pas son atti-rance pour moi, à quoi bon surfer sur un site, dès lors que nos sens fusionnaient en désirs latents.
L’inconnue de midi m’expliqua que, déjà liée à un homme qu’elle prétendait aimer, notre relation naissante risquait de s'enliser. Il bossait aux states et ne rentrait à Nantes que tous les trois mois.
Je la croyais, sachant ce qui lui manquait. La présence physique d’un homme pas trop vilain, réaliste et aventurier, anisait ses fantasmes.
Elle me disait qu’elle était folle ; folle de qui ?
Probablement qu’elle se sentait déstabilisée par la nuée de vautours qui tournoyaient au-dessus d’elle. Cette midinette toute de blondeur maculée, jouait de ses mystères et s’y perdait.
Elle récoltait tant de succès virtuels, dans le dos de son pré-tendu exilé, que seules, des masturbations ne pouvaient que l’animer d’obsessions extravagantes.
Je me désengageais d’une dame qui passait son temps à allumer les hommes et à éteindre des cierges ramollis par une désaxée…Jusqu’à ce qu’une autre fausse blonde me sollicitât pour chatter avec moi.
Après les habituelles formules de politesse et de présentation, je visitais la page de l’intrigante Nîmoise, l'interrogeant sur ce qui l’inté-ressait en ma personne.
À mes compliments sur sa silhouette, la fraîcheur de son visage, elle me lança :
- Ce site est une boîte à broyer les femmes !
- Pourquoi cette réaction ?
- Je viens de renverser le café sur mon clavier !
- Vous avez un problème ?
- J’en ai marre !
Je tabulais mon numéro de téléphone portable, lui enjoignant de m’appeler, sans aucune arrière-pensée.
Sur ce, je pris congé du site, traversais l’avenue et montais dans mon véhicule.
La sonnerie de mon portable retentit.
La dame m’expliqua son désarroi. Elle parla de clinique, de maison de repos. Elle divaguait, en pleine dépression. Je tentais de lui rendre le moral au beau fixe.
Elle s’exprimait avec une très belle voix sensuelle. Me révélant qu’elle professait, je m’évertuais de la calmer.
Anita m’avoua qu’elle irait s’enfermer en maison de repos, les jours prochains. Je lui proposais de l’appeler chaque soir, afin de lui apporter le soulagement nécessaire à son rétablissement.
Trois nuits plus tard, nous fîmes plus ample connaissance.
Sa voix me subjuguait. Nos rires n’en finissaient plus d’emplir nos chambres pourtant si éloignées. Pendant trois semaines, nous échangeâmes mon optimisme contre sa joie retrouvée. La prof m’invita à lui rendre visite.
Un peu avant Noël, la cité gallo-romaine m’ouvrit ses bras et Anita, la porte de son appartement.
À deux heures du matin, par un vendredi étoilé, elle m’accueillit sur le palier de son logement.
Son physique contrastait avec la photo parue sur le site de rencontres. Une autre tricheuse tentait de me séduire. Contre toute bonne raison, j’acceptais de prendre place sur une chaise. Je bus quelques gorgées d’un apéritif amer.
La luminosité du logement s'accouplait idéalement avec la nuit glaciale.
La décoration atténuait une fatigue agressive et désenchanteuse.
De ci, de là, des bibelots dévoilaient la personnalité fragile de la tenancière.
Dans le salon, quelques meubles, posés là comme à titre provisoire, témoignaient d'une sensibilité austère.
La chambre contiguë au séjour m’incita à déshabiller l’ensei-gnante, habilement et délicatement. Nous échangeâmes des baisers sans effusion.
Je découvrais un corps superbe, un fessier aux courbes affinées par un string rose. Je ne sais plus si nous faisions l’Amour ou si nous baisions.
J’écourtais sa nuit. Le labeur l’attendait pour ce vendredi matin. Je demeurais au lit, récupérant d’ébats et d’un voyage harassant.
M'attardant dans une béatitude de senior, je posais mon regard sur les poupées qui me souriaient sur la commode blanche.
Tous les meubles blanchissaient le décor de cet appartement. Le blanc s'unissait avec le rose. Cette marionnette tendre et romantique semblait me regarder fixement et je me laissais séduire par ce séduisant bout de chiffon.
Je retombais en enfance. Mon imagination m'endormait.
Depuis huit heures, comme l'usage le lui commandait, Anita enseignait l'anglais.
Tandis que je me détendais, réactivant tous mes sens d'homme, Anita me réapparut après que l'Horloge voisine eut sonné les douze coups qui réveillent l'appétit.
Nous discutâmes de notre matinée. Je la sentais à la fois heureuse et stressée.
En début d’après midi, Anita cuisinait. Nous dégustâmes salades et fromages comme nous bûmes nos regards. Les couverts abandonnés sur la table, le lit écarta ses draps et nous nous allon-geâmes.
Cette seconde partie de la journée s’emplissait de jouissances communes, bien que le spectre de la trahison vienne parfois contrarier mes performances.
Ne me prenant ni pour Éros, ni pour Apollon, ma nouvelle conquête me plongeait dans l’érotisme. Elle en connaissait un rayon en matière sexuelle, me narrant sa vie conjugale, puis ses déboires sentimentaux.
À chacune de ses aventures, elle tombait éperdument amoureuse, éreintant son ex-époux dont j’allais faire la connaissance deux mois plus tard. Tout en les haïssant, Anita regrettait ses anciens amants. Avait-elle goûté à ce poison subtil de l’acte sexuel sans Amour ?
Mon passé d’aventurier se tapissait de sagesse. Désorienté, je ne trouvais plus mes repères. Le comportement de cette nana se normalisa jusqu’à ce vingt-six décembre deux mille six. Anita avait passé le soir et le jour de Noël en famille avec son ex et ses gosses.
Le loisir de m’ennuyer dans son appartement, tandis que mes enfants se languissaient de ne pas me voir, ce vingt-cinq décembre, entraîna mes pas sur le boulevard Victor Hugo. La solitude forcée me lassait.
Parfois, l'intervention bruyante et sauvage de scènes de ménage dans le couple voisin, cassait une monotonie attentiste.
Au restaurant le bureau, je m’affalais sur une chaise hésitante. Treize heures sonnaient. Le soleil chauffait mes tempes grises et blanches.
Une cliente fort bien constituée, à l’accent américain, titilla ma curiosité.
La brave dame, âgée aussi de la cinquantaine, ne cessait de poser son regard dans mes yeux. Elle s’attabla, juste devant moi. Je l’invitai à boire un peu de rosé, ce dont elle jouissait depuis un moment.
Elle m’allumait. Je la prenais pour une prostituée de passage dans la cité de Daudet. Le temps défilait trop rapidement. Je la sentais humide.
Ma nouvelle contrainte m' essorait : Celle de devoir retrouver Anita avant vingt heures.
Je rentrais avec trente minutes de retard. La déprimée m’atten-dait. Ma gaieté et ma bonne humeur irritèrent la propriétaire des lieux.
Une crise de jalousie éclata. Sa colère attisa mes doutes.
Elle était maniaco-dépressive ! une certitude m'en convainc.
Avant cette rencontre, par nostalgie, probablement, pour la saint Sylvestre, j'avais réservé deux places dans la plus vieille auberge de France, à Rouen.
Les propriétaires de cette auberge proposaient une veillée à la russe avec violons, danses et cotillons. Anita profitait ainsi de ma générosité.
Un séjour d’une semaine évaporait les mauvaises idées de la Nîmoise d’adoption. Je m’égarais dans des promesses débiles.
Progressivement, je liais mon avenir à cette femme aux qualités innées, à l’humour engageant. Plus les jours et les nuits s’adoucissaient, plus j’enracinais mes doutes dans le Gard.
Je choisissais d’attacher mes connaissances professionnelles au redressement d’une entreprise en difficulté en Avignon. Un autre événement accompagnait ma trouvaille.
Parfois, il arrivait que je franchisse la porte de ce logement au même moment que la voisine introduise la clé dans la serrure de la porte du sien.
La beauté extraordinaire de la jeune femme, aux soupçons italiens, sa gentillesse, s'opposaient aux crises de jalousies qui explo-saient à tout moment.
Le concubin, jeune garçon de vingt-cinq ans, d'origine maghré-bine, se faisait silencieux. Il essuyait les dommages causés par les jets divers, mais en était responsable. Ses promesses de mariage se géli-fiaient dans des ébats sexuels dont les échos parvenaient à mes oreilles discrètes.
Lorsque le plus pur des hasards nous mettait en présence l'un de l'autre, sur un palier aux murs feutrés d'un luxe reposant, mon sourire déclenchait un clignement des paupières de la séduisante méditerranéenne.
Je ne pouvais me détourner de mes intentions vis à vis d'Anita.
Grâce à son divorce ou aux prudences de son ex-mari, visionnaire et réaliste, Anita réalisa l’acquisition d’une maison, certes modeste, mais bien placée sur les hauteurs de la cité antique.
Cette prérogative, initiée avant mon arrivée, ranimait mon goût pour la décoration et l’architecture, parties intégrantes de mon métier.
Notre escapade normande et le passage d’une année à l’autre, derrière nous, je consultais, donnais des ordres à des entreprises pour engager les travaux nécessaires à l’embellissement et au réaménagement de ce maset.
Par mon vécu professionnel, la maîtresse de céans bénéficia d’un gain d’argent et de temps. Je ne me souviens pas avoir perçu une quelconque marque de reconnaissance.
À la fin de février, l’intérieur de l'habitation avait totalement changé d’aspect. D’un vieillot décor, le logement s’était paré de clartés et de lumières incitant à une nouvelle vie. En mars, le jardin retrouvait ses couleurs, renouant avec vigueur et beauté. Les fleurs et plantes, avec l’aide de mes mains et de ma sueur, s’épanouissaient à nouveau.
Pour tous ces bienfaits, la propriétaire du lieu m’exonéra, pendant deux mois, de contribution aux frais d’hébergement. Les notes de restaurants qui grevaient mon budget gonflaient tout autant mon déficit que mon humeur.
Une baisse de fréquentation de lieux animés emportait la dame dans des crises dépressionnaires. Dès que mon organisme ou mon porte-monnaie me réclamaient une pause, Anita me reprochait un laxisme, une vieillesse invisible, une froideur.
Elle prétendait de jour, comme de nuit, que constitué par la nature de deux bras, il me fallait donc utiliser ces membres, et non pas un seul. Au lit, elle exigeait que les caresses dussent être le flux de deux mains, ma verge ne devant être qu’un accessoire pour assouvir ma jouissance. La clitoridienne se complaisait dans un égoïsme lapidaire.
Elle me rabâchait souvent ses déboires, tantôt avec un SDF parisien, utilisateur de produits dopants et buveur invétéré, tantôt avec un détraqué sexuel qui lui faisait parcourir plus de six cents kilomètres pour obtenir de son esclave sexuelle une fellation.
Certain qu’au fond d’elle-même, elle fantasmait sur ses aven-tures passées, je feignais une pitié cachée.
Mon réalisme de toujours m’empêchait de faire preuve de sentimentalité, vis-à-vis de cette créature, certes bien faite de corps, mais si mal dans sa peau !
Je commençais à m’ennuyer profondément. Mes enfants me manquaient. Seuls, le soleil et la chaleur me procuraient grand bien.
Nos promenades à Uzès, à Alès, nos visites au musée du désert, l’ascension de la tour Magne, le recueillement dans la tour de Constance, tout cela m’enchantait divinement.
Traverser le cours du Gard en empruntant le célèbre pont et me détendre aux fontaines de Vaucluse, s’avérait reposant.
Approfondissant mes connaissances et ma culture, je rêvais de nouveaux idéaux.
Dans ma tête, se rappelait ma progéniture, laissée là-bas, aux trois frontières.
En mai, au mois le plus fleurissant de mon implantation à Nîmes, mes tripes martyrisèrent ma ceinture abdominale. Une éven-tration vit le jour.
Je payais des années d’efforts physiques intenses.
Après consultation auprès d’un chirurgien local, la décision de m’opérer s’avéra réaliste. Je découvrais ainsi la désorganisation du service hospitalier et l’emprise du laisser-aller sur le découragement.
Mes souffrances temporaires s’évanouissaient dans une convalescence fort agréable. Le jardin d’Anita s’embellissait toujours davantage. La floraison s’opposait à notre relation qui se dégradait de jour en jour.
En août, nous fûmes conviés par ma famille à passer l’Assomp-tion dans la propriété cossue d’un avocat retraité, à Veules les roses.
Le soleil arrosait toute la journée. Nous couchâmes deux nuits dans cette résidence de luxe. La fraîcheur nocturne de ce village de bord de mer et l’humidité ambiante me causèrent bronchite et dérangements respiratoires.
Le troisième jour, nous revînmes à Rouen où une petite fête de famille nous réunit. Heureusement ou malheureusement, pour l’un, comme pour l’autre, une scène absurde et violente contraria nos plans.
Alors que nous nous dirigions vers la maison natale du grand Corneille, une nouvelle crise de nerfs déstabilisait Anita.
Excédé par les remontrances et certaines jalousies, je décidais de quitter le véhicule, de me saisir de mon bagage et de retrouver mes fils Rouennais.
Anita s’engageait sur les routes du sud, visage larmoyant et regrets émouvants.
La santé de ma mère se détériorait.
Alerté par deux de mes sœurs, je me rendis dans un hôpital, à Boisguillaume, pour constater qu’un calvaire rongeait ma génitrice.
Dès lors, je pris la sage décision de retourner à Nîmes en train ; d’y récupérer affaires et véhicule et de tenir compagnie à cette femme dont la vie s’effilochait.
Après dix jours de soins intensifs, ma maman regagna son logement, heureuse de me trouver à ses côtés.
J’ imaginais qu’elle ne tiendrait pas plus qu’au Noël deux mille sept.
J’abandonnais toute autre relation féminine.
Lentement, sa situation s’améliorait. Assistée de mes sœurs le jour, rassérénée de m’avoir auprès d’elle, la nuit, ma nourricière m’accorda de repartir pendant quelques jours dans mon foyer, en Allemagne. J’y séjournais quatre jours avec mes jeunes et chers héritiers.
Le trois janvier, je me réfugiais dans le giron maternel et repris le travail dans une entreprise Lovérienne.
Mon aventure avec Anita tombait dans le domaine de la parodie inachevée.
Sa trompeuse photographie et l’âge annoncé, lors de notre premier contact, avaient gravé dans mon âme une défiance qui bernait toutes les illusions de l’Amour.
Je fêtais mes soixante ans dans la simplicité, entouré de mon ascendance et de ma descendance.
CHAPITRE III
Vie intime
Rouen, fin janvier deux mille huit.
La nuit tombait lentement sur le parc arboré où stationnaient les véhicules des locataires. Les immeubles à loyers modérés aux façades de béton granité se dressaient en forme de fer à cheval, décou-vrant une vue sur les hauteurs de ce quartier rénové. Les lumières blafardes éclairaient les appartements et donnaient un sens à des vies bien présentes.
Dans ce logement occupé par ma mère, parvenue aux confins de sa vie, L'accompagnement me permettait de veiller la nuit sur celle-ci tout en investissant mon énergie, tissant des liens avec des rêveuses. Mon lit, sommairement installé dans un coin de la salle à manger, tête collée au bahut rustique, semblait être aussi seul que moi.
Mon pull blanc, couvrant une chemise anthracite, contrastait avec mon visage hâlé et bruni sous le soleil hivernal des terrasses de la place Saint Marc.
Installé devant mon écran depuis plus d’une heure, je visionnais photos après photos, fichiers après fichiers, prétendantes après préten-dantes. Pour la troisième fois en deux ans, je rôdais encore et pour une fois ultime, enfin, le croyais-je, dans un labyrinthe pour amours perdues.
Par l’intermédiaire d'un site de rencontres sérieux et renommé, je m’ouvrais à la reconnaissance de dames fatiguées de solitude, à la recherche de contacts, sans convictions, ni prétentions.
Cette saga, aux senteurs de jouvence, débuta par la découverte de Brigitte.
Je m’habituais à être interpellé, puis abandonné.
À ses heures perdues, la succulente blonde de Pont-Audemer, professeur des écoles, daignait prendre des nouvelles de Romanbleu. Mon pseudo, peut-être, la surprenait, mais il me moulait à la perfection.
Cette enseignante présentait une photo d’accroche la position-nant de façon interrogative, de profil, torsades capillaires couvrant partiellement son visage.
Cheveux bouclés et mi-longs, d’une blondeur mariée à des ombres de suspicion, ce premier contact, depuis fin deux mille cinq, hésitait entre mille et une opportunités masculines. Ses prises de rendez-vous formelles alternaient avec des annulations ou des reports usants.
Mon initiative à la contacter par téléphone la persuadait enfin de nous rencontrer.
Ce fut chose faite à Rouen, place de l’hôtel de ville, à deux pas du logement de ma défunte mère, un jeudi vers midi.
La dame, aux bouclettes aguicheuses, visiblement, se pressait et comptabilisait les minutes accordées à un candidat à un examen déconcertant.
Assez grande, svelte et élégante, la jeune femme de près de quarante-sept printemps, se fit prier pour prendre place dans un restaurant, place des carmes.