Rencontre Du 3° Type Au Moyen-Age
Encounter with extraterrestrials in the Middle Ages
Author : Patrick Huet.
Texte mis en scène et interprété surla radio France Inter
Copyright
© Patrick Huet 1995
all rights reserved
Published by : Smashwords edition 30 august 2009
This e-book is licensed for your personnal enjoyment. It may not be re-sold or given away to other people. If you like to share it with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. Thank you for respecting the work of the author.
Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays.
Reproduction même partielle interdite.
Dépôt légal : décembre 1995 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon
Other ebooks : www.smashwords.com/profile/view/patrick
Important.
The following story is based on a real fact which took place in the town of Lyon in 840 AD, when the country called « Gaule » (now France) was ruled under the law taken by the king Charlemagne : it was forbidden to the people who lived in the sky and the sylphs to have any contact with the human people. That was the law of Charlemagne and his son the king « Louis I le Débonnaire ».
Remarque.
La nouvelle suivante est extraite de LYON SENTIMENTAL, recueil d'anecdotes -insolites, curieuses, amusantes- qui se sont réellement passées à Lyon ou dans le Lyonnais, mais romancées à la façon de l'auteur. La collection complète comprend 30 livrets qu'il est possible de commander à l'adresse ci-dessous. Illustrés de gravures anciennes, ils comportent tous la reproduction du document d'archives sur lequel est basée l'histoire.
DEBUT DE L'HISTOIRE
Rencontre du 3° Type
Au Moyen-Age
En ces temps obscurs éclairés par le fragile espoir d'un Au-Delà meilleur, tout ce qui n'entrait pas dans le cadre défini par les théologiens était considéré comme hérétique et digne du bûcher. Le Diable était partout, prêt à saisir l'imprudent qui s'éloignerait des normes établies. Le commun des mortels avait été éduqué en ce sens et il y croyait aussi durement que de la roche. Si d'aventure, il regardait au-delà du mur, repoussait le joug des superstitions, il ne tardait pas à subir un procès pour sorcellerie et à connaître la morsure des flammes.
Terrorisés par l'Enfer et ses habitants, citadins et paysans, artisans et serfs, devinaient la main du Démon derrière toutes les manifestations pour eux inhabituelles.
Ainsi, lorsqu'un beau matin de l'an de grâce 840 de notre ère, les Lyonnais virent un engin volant déchirer les brumes recouvrant la ville et se poser à l'actuelle Place du Change (dans le Vieux-Lyon) puis libérer trois hommes et une femme, un effroi sans bornes les saisit. Une peur venue du plus profond de leur âme. Un seul cri jaillit de leurs lèvres comme le vaisseau repartait : « Sorciers ! »
« Sorciers ! » ce cri unique fit rapidement le tour du quartier et, dès que l'engin volant eut disparu derrière la colline de Fourvière, une colère foudroyante chassa la peur, c'était une fureur noire qui bloquait chacun de leurs mouvements et répandait aux alentours une malfaisance viciée. Même l'air paraissait empoisonné tant l'épouvante avait englué la place d'une brume de suie.
Soudain, une voix grêle et rocailleuse brisa la poix de cette atmosphère.
— Ne les laissez point s'échapper ! Des sorciers, ce sont des sorciers, des envoyés du démon ! Attrapez-les !
Étranges paroles, d'autant plus surprenantes que les trois hommes et la femme n'avaient pas entamé le moindre geste depuis leur arrivée. Ce qui n'empêchait pas la voix grêle de reprendre, hystérique.
— Par l'enfer, ils vont se sauver ! Capons que vous êtes, laisserez-vous ces démons assassiner vos femmes et vos enfants ?
Fouettés par ces injures, les visages virèrent du blême à l'écarlate ; la colère jusque-là emprisonnée dans les poitrines gronda dans les gorges et dénoua les membres. Le premier à s'avancer était grand et fort. Ceint d'un épais tablier de cuir, il levait droit devant lui une masse de fer et marchait à pas réfléchi vers les quatre voyageurs aériens.
— Que la couardise vous mange le coeur ! Fulmina la voix grêle. Quel genre de gaillards êtes-vous pour laisser des démons envahir votre ville ? Avez-vous tous vendu votre âme à Satan ?
Alors, une poignée d'entre eux s'enhardit. On retrouvait là le boulanger et ses habits enfarinés, le boucher et son tablier bruni de sang et quelques autres personnages munis d'outils divers pouvant servir d'armes. De nombreuses têtes disparurent aussitôt des fenêtres et une foule bruissante s'assembla. Elle entoura les quatre nouveaux venus, mais n'osa pas s'en approcher à moins de deux mètres.
En dépit de la colère qui roulait toujours dans les entrailles, la peur reprenait le dessus. Cette peur terrible de l'inconnu, de ces pouvoirs horribles que l'on rapportait sur ces maudits sorciers. N'allaient-ils pas subitement inonder l'endroit de feu, jeter les Lyonnais dans le désespoir et dans le sang ?
Une forme rabougrie, vêtue entièrement de noir, fichu noir sur les cheveux, robe noire sur le corps, chausses noires sur les pieds, se fraya à coup de coude un chemin dans l'assemblée frileuse. Elle se plaça adroitement aux côtés du forgeron dont la masse de fer semblait collée aux doigts.
C'était une petite vieille au visage émacié, au nez crochu, les joues ridées à l'égal d'une pomme flétrie. Les mains semblables à des griffes trituraient un bout de chiffon noir tandis qu'un regard méchant, fielleux, scrutait le quatuor au centre de la place.
— Sorciers ! crissa-t-elle sourdement.
Et chacun de reconnaître les intonations grêles qui les invectivaient depuis cinq minutes.
— Cela est faux ! Répondit un homme.
Un frisson parcourut l'assistance, car l'un des inconnus s'était mis à parler et l'on craignait sa malédiction. Même la petite vieille s'était tue. Recroquevillée contre le bras du forgeron, elle tremblait jusqu'à la pointe de ses ongles cassés.
— Nous sommes des habitants de cette contrée, renchérit une douce voix de femme. Nous vivons dans un village à dix lieues d'ici. Nous avons été capturés bien malgré nous. Ce n'est point notre faute si nous avons été relâchés au milieu de vous. Au grand jamais nous n'avons désiré cela. De toute cette fièvre, vous nous en voyez désolés. Nous allons partir et tout sera comme avant.
Elle fit deux pas en direction du fleuve. Touchée par la gentillesse de cette demoiselle, la foule commença de se fendre pour lui permettre de passer ainsi que ses compagnons. Une tête ridée au nez crochu jaillit d'entre deux badauds.
— Couards de Lyonnais ! Ce démon femelle vous prend en traître. Êtes-vous nigauds ou ânes bâtés pour vous laisser subjuguer par un charme démoniaque ?
La neutre bienveillance qui prédomina un instant la foule fut brisée net. Et la vieille aux lèvres pincées, au regard étriqué et méchant d'assener encore et encore.
— Souvenez-vous du Justin, un enfançon de deux saisons à peine, qu'on a retrouvé hier matin gisant dans son vomi, plus mort qu'un cadavre ! Et l'Albéric, mort l'autre jour, juste après son retour de la cueillette aux champignons. Un gentil garçon qui n'a pas vu cinq fois la neige tomber. Toi la Madeleine, rappelle-toi quand tu l'as tenu dans tes bras alors qu'il se vidait par le haut et par le bas. Et toi, Colin, qui l'a soutenu quand il a culbuté devant ton échoppe. Souviens-t'en comment il gémissait et se tordait de souffrances ? Et après cela, vous laissez partir ces sorciers de l'enfer, ces porteurs de venin...
— Non ! Cria une nouvelle voix tandis qu'une jeune femme à l'allure éperdue et au visage abîmé par le désespoir surgissait parmi les spectateurs.
— Moi, la mère de Justin, je dis non ! Mon garçon était bien vivant et criard comme tous les marmots. C'est point possible qu'il ait fini ainsi ! Sorciers de vous autres, je réclame justice !
— Justice ! hurla la vieille grincheuse dans un écho strident. Justice !
La foule s'était refermée. Redevenue hostile, elle contemplait méchamment les quatre inconnus.
— Oyez-moi, reprit un des hommes, oyez-moi donc un instant. Nous ne sommes pour rien dans ces morts subites.