Excerpt for La doulou by Alphonse Daudet, available in its entirety at Smashwords

La doulou


par


Alphonse Daudet


Smashwords édition




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Publié par :


L’Herne

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Préface




« – Qu’est-ce que vous faites en ce moment ?
– Je souffre.
»

Alphonse Daudet



La Doulou, texte posthume d’Alphonse Daudet (paru en 1931, mais rédigé de 1885 à 1894), est le journal de sa maladie, écrit comme l’indique l’épigraphe « Dictante dolore » (« sous la dictée de la douleur »).

comme nombre de ses contemporains, du plus illustre au plus anodin, l’auteur des Lettres de mon moulin contracta la syphilis dans les bras d’une créature de la bohème parisienne, il avait à peine 20 ans. La maladie évolua avec le temps en « tabes dorsalis », forme particulièrement invalidante de la pathologie, dont le tableau est assez terrifiant. Le malade est affligé de douleurs extrêmes des membres, de caractère « classiquement fulgurant » et de divers troubles de la motricité, ainsi parlent les traités de médecine. Une crise particulièrement violente, une nuit, lui inspira cette saillie qui donne au « Journal » son ton, entre réalisme naturaliste et humour dérisoire : « Le supplice de la croix, torsion des mains, des pieds, des genoux, les nerfs tendus, tiraillés à éclater. et la corde rude sanglant le torse, et les coups de lance dans les côtes. […] et j’imaginais une conversation de Jésus avec les deux larrons sur la Douleur ».

La « Douleur » (« doulou », en provençal), qu’il honore parfois d’une majuscule, comme s’il fallait qu’elle eût un semblant d’identité ou assez d’objectivité pour ne point l’envahir tout entier. Elle est entrée un jour dans sa vie, s’est infiltrée à la manière d’un « Horla ». Alors, il l’implore comme dans une prière : « Ô ma douleur, sois tout pour moi ». Nul dolorisme, pourtant, même si le registre religieux souvent affleure (« Ô puissance de la présence réelle »). La douleur n’est associée à aucun salut. Elle est une compagne de tous les instants, à la fois étrangère et intime. Si elle semble pouvoir « rendre meilleur », si elle peut aider à comprendre, ce ne sont que les premiers temps de l’épreuve, les derniers versent plus sûrement le malade dans une torpeur dure et stagnante, sinon dans le néant : « Nada !… Nada !… »

Les climats des pays chauds lui étant plutôt favorables, il voyagea autour de la Méditerranée, du Midi à l’Algérie, terres éminemment « tartarinesques ». Il chercha aussi l’apaisement dans diverses villes d’eaux du centre et du sud de la France, souvent accompagné des siens, en particulier de son fils Léon, futur médecin (auquel on doit Les Morticoles, violente satire des milieux médicaux) et pamphlétaire d’Action française. À Néris-les-Bains, par exemple, entre deux immersions dans les thermes bourbonnais, Daudet croque d’impitoyables portraits de curistes : « Les bouches sans dents, les gencives malades, la pioche des cure-dents dans les molaires creuses, et ceux qui ne mangent que d’un côté, et ceux qui roulent leurs bouchées, et ceux qui ruminent, et les rongeurs et les carnassiers ! »

Et puis, il y a les machines qui étirent jusqu’à la suffocation et les opiacés injectés à l’envi…
Il porte sur lui-même, sur les transformations progressives de son corps, sur la maladie et les malades qui l’entourent, un regard tout à la fois d’une grande froideur clinique et d’une profonde humanité.
Il apprit du professeur Charcot, son ami, que son mal était sans remède, qu’il en avait « pour la vie ». Dès lors, selon son expression, il s’est « installé » et a pris de temps en temps des notes avec la « pointe d’un clou » et quelques « gouttes de son sang » sur les « murailles du carcere duro ». Aucune indication d’année, de jour ou d’heure, le temps de la maladie (elle-même, jamais nommée) est un continuum infernal qui mêle, confond et emporte tout.

Il mourra d’un « arrêt du bulbe » en 1897, à l’âge de 57 ans, après treize ans d’agonie.


François L’Yvonnet






Mαθcματα — Παθcματα


Mαθcματα — Παθcματα. Les vraies élémentaires. — La Douleur.


*


— Qu’est-ce que vous faites, en ce moment ? — Je souffre.


* * *


Devant la glace de ma cabine, à la douche, quel émaciement ! Le drôle de petit vieux que je suis tout à coup devenu.

Sauté de quarante-cinq ans à soixante-cinq. Vingt ans que je n’ai pas vécus.


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