Les aventures d'Archibald le grillon
(The adventures of Archibald the cricket)
Author – Auteur : Patrick Huet
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© Patrick Huet 1996
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Dépôt légal : novembre 1996 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon
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The author : Patrick Huet
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Début de l'histoire
Au cours d'une soirée d'hiver, alors que la bise froide siffle au-dehors, un vieux grillon reçoit ses petits-neveux.
— Oncle Archibald, oncle Archibald ! Raconte-nous tes aventures !
Le vieux grillon bouge très peu en raison de son grand âge, mais sa voix est encore claire.
— C'est une longue histoire, mes enfants. Par où voulez-vous que je commence ?
— Par le début ! crient-ils tous en même temps.
— Eh bien, soit ! asseyez-vous autour de moi et écoutez donc le récit de mes aventures. Les aventures d'Archibald le grillon
1 — le Grillon voyageur
Un beau matin du mois d'avril, un jeune grillon, vif et plein d'esprit, se promenait dans la campagne. Il s'appelait Archibald et le printemps tout neuf lui donnait force et vigueur.
Ce matin-là, il en eut assez de se poser des questions sur le monde sans obtenir de réponses. Et il en posait des questions, Archibald. Sur ceci, sur cela. Il voulait savoir où se couchait le soleil, pourquoi la lune était toujours accrochée dans le ciel, où partait l'eau de la pluie. Enfin, toutes sortes de questions auxquelles personne n'avait jamais pu répondre.
En ce jour d'avril, il prit donc une grande décision.
— Je m'en vais parcourir le vaste monde, dit-il à sa famille et à ses amis. Désormais, je serai un grillon voyageur.
— Un grillon voyageur ? s'exclamèrent tous ses proches. N’a-t-on jamais entendu une chose pareille ? Un grillon, c'est fait pour chanter et pour s'amuser. Pas pour voyager !
Ils eurent beau insister, il n'en démordit pas.
— Non, mes amis ! Je veux découvrir le vaste monde et devenir un grillon voyageur.
Il prépara aussitôt son balluchon, qui comprenait quelques affaires de première nécessité, il prit également un bâton de marche, puis s'en alla gaiement à travers les champs.
Il avançait depuis un bon moment quand il rencontra un groupe de fourmis. Chacune d'elle tirait un gros morceau de fruit jusqu'à leur fourmilière. La fourmi de tête lui demanda :
— Hé, l'ami ? Que fait donc un jeune grillon avec ce balluchon et ce bâton de marche ?
— Je m'appelle Archibald et tel que vous me voyez, je m'en vais découvrir le vaste monde. Car je veux devenir un grillon voyageur.
Toutes les fourmis éclatèrent de rire.
— Un grillon voyageur ? Ahahah !... N’a-t-on jamais entendu parler d'un pareil métier ?
Elles se moquèrent tant de lui, qu'Archibald les quitta bien vite. Il continua sa route en sifflotant un air léger. Il marcha ainsi jusqu'au soir, ne s'arrêtant que le temps de humer le parfum d'une fleur ou de grignoter un morceau de feuille.
À la nuit tombée, il s'assit sous un bouquet de pissenlits. Il fit là un repas splendide en croquant un des pétales qui penchait vers lui. Ensuite, il s'endormit heureux.
Le lendemain matin, les premiers rayons du soleil le réveillèrent. La rosée du petit jour avait recouvert la campagne et même lui, Archibald, en était complètement mouillé.
Il s'ébroua puis s'en alla vers la fleur la plus proche. Comme petit déjeuner, il aspira des gouttes de nectar, ainsi qu'on appelle le miel des fleurs.
Enchanté par ce repas, il s'éloigna sans regarder le sol. Une brindille posée au travers du chemin le fit trébucher et il tomba par terre dans un grand cri.
Aussitôt, un énorme rire s'éleva.
— Ahahah ! Que c'est drôle ! Ahahah...
Archibald tourna la tête. Il aperçut en haut d'une tige de pissenlit une coccinelle d'une belle couleur rouge vif. Quand elle eut fini de rire, la coccinelle demanda : « Que fait donc un jeune grillon si loin de sa famille ? »
— Je m'appelle Archibald. Je veux découvrir le vaste monde et devenir un grillon voyageur.
Et la coccinelle de s'esclaffer :
— Ahahah... Eh, les copines ? Venez voir ce jeune imbécile qui veut devenir un grillon voyageur.
Une vingtaine de coccinelles montrèrent leurs antennes au-dessus des pissenlits. Elles ne se privèrent pas de se moquer du pauvre Archibald.
Sans se fâcher, celui-ci se dit que, décidément, ces coccinelles n'étaient pas très intelligentes. Il préféra continuer son chemin plutôt que de perdre son temps à discuter.
Il marcha dans les prairies en souriant, entre des feuilles de thym et de menthe.
Un peu avant midi, il sentit une légère fatigue dans les jambes. Il s'assit sous un bouquet de grandes fleurs en forme de vases et jaunes comme le soleil en milieu d'après-midi.
— Voilà de bien belles fleurs ! s'exclama Archibald. Leur couleur est magnifique. Je suis content d'être un grillon voyageur, car ce n'est pas chez moi que j'aurais vu d'aussi jolis pétales.
Pendant qu'il admirait le paysage, une des fleurs se courba vers le sol. Elle était remplie d'eau, de cette rosée du matin justement. Et toute cette eau s'écroula sur la tête d'Archibald.
Dans un cri de surprise, Archibald bondit sur ses pieds en éternuant et en toussant. Il était trempé et pas très content de cette douche imprévue.
Une couleur rouge vif traversa le ciel à sa droite pour se poser derrière lui. Avant même de l'observer entièrement, Archibald devina ce que c'était, ou plutôt, qui c'était. Il avait reconnu le rire moqueur de la coccinelle du matin.
Il se retourna vivement en s'essuyant le visage.
— Quelle bonne farce ! Ahahah... je t'ai suivi de loin en volant et quand, ahahah... je t'ai vu sous ces fleurs pleines d'eau... ahahah !... je n'ai pas pu m'empêcher d'en verser une sur toi ahahah...
Elle continuait à rire de plus en plus fort. Et plus elle riait, plus Archibald se remplissait de colère.
Il éclata enfin : « Je vais t'attraper et tu me payeras ce mauvais tour. »
Il bondit vers elle. La coccinelle s'enfuit, mais pas trop vite, juste assez pour l'enrager et se moquer encore plus de lui.
— Alors, le grillon voyageur ? On n'est pas très rapide ce matin ! N'a-t-on jamais vu un grillon se faire doucher par une coccinelle ! Ahahaha...
Furieux, Archibald courut plus vite. Dès qu'il s'approchait de la coccinelle, cette dernière déployait aussitôt ses ailes et voletait plus loin, pour le taquiner davantage. Cela le mettait en rage.
Soudain, comme la coccinelle tournait la tête vers Archibald pour s'en moquer une nouvelle fois, elle ne fit pas attention à son chemin.
Une toile d'araignée s'étirait entre deux tiges de fleurs. Une toile solide et très gluante. La coccinelle s'y colla en plein milieu. Elle eut beau se secouer, tirer dans tous les sens, impossible de s'en dégager ! Ce fut au tour d'Archibald de rire.
— Ahahah... te voici prise dans un piège. Alors farceuse ? On a avalé sa langue ? On a perdu ses moqueries ?
— Ce n'est pas le moment de plaisanter, protesta une petite voix tout en bas.
C'était une jeune fourmi, elle aussi, prisonnière dans la toile d'araignée.
— Ce n'est pas de toi que je riais, fourmi, mais de la coccinelle.
— Je m'appelle Gaëtane, coupa la fourmi. Et ne reste pas là à nous regarder ! Aide-nous à nous détacher, sinon...
— Sinon, quoi ? Gronda une voix terrible du haut de la fleur.
La fourmi et la coccinelle poussèrent un cri de terreur. Une énorme araignée s'approchait. Massive, ventrue, affamée, elle se frottait déjà les pattes de devant à l'idée du bon repas qui l'attendait.
— Elle va nous manger ! S'exclama la fourmi.
— Sauve-nous ! Supplia la coccinelle.
Archibald ordonna à l'araignée de faire demi-tour. Elle ricana sauvagement. Elle tenait deux proies dans son piège et avait l'intention de s'en régaler !
— Je ne te laisserai pas les dévorer, dit-il !
Il leva son bâton de marche et se battit contre l'araignée. Elle était énorme, et possédait des griffes longues et coupantes. Archibald faillit lui-même être renversé par le monstre. Mais, il donna tant et tant de coups de bâton que l'araignée, finalement, préféra arrêter le combat. Elle alla se cacher dans l'arbre le plus proche.
Archibald se précipita vers la fourmi et la coccinelle ; il les libéra très vite. Ensuite, ils s'éloignèrent vivement du piège. Gaëtane le remercia chaleureusement.
La coccinelle ajouta : « Je te présente toutes mes excuses, Archibald. Je me suis moquée de toi bêtement, et je t'ai joué une mauvaise farce. Je m'en excuse encore. J'avais tort. Tu as beaucoup de courage et tu seras certainement un célèbre grillon voyageur. »
— Je t'excuse volontiers ! Une farce n'a jamais tué personne ; ce n'est qu'une farce. Quant à moi, je veux toujours devenir un grillon voyageur et découvrir le vaste monde.
— Découvrir le vaste monde ? s'exclama Gaëtane la fourmi. Mais c'est exactement ce que je désirais entreprendre depuis longtemps. Accepterais-tu que je me joigne à toi pour ce grand voyage ?
— Eh bien...
— Allez, Archibald ! Dis-moi oui ; j'en serais tellement heureuse.
— Top là, Gaëtane ! Je suis ravi que tu m'accompagnes. Et si coccinelle veut aussi venir...
— Oooh, non, mes amis ! L'aventure, ce n'est pas pour moi. J'aime trop mon bon pays et ma maison pour flâner ailleurs. Cependant, je peux vous indiquer un moyen de transport qui vous permettra de vous déplacer plus rapidement durant votre tour du monde. Suivez-moi, je vais vous montrer !
Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent tous les trois sur les bords d'un ruisseau. La coccinelle désigna une large feuille tombée sur la rive.
— Montez sur cette feuille morte, leur dit-elle. Une fois sur l'eau, elle vous portera sans fatigue dans de nouveaux pays. En usant de ton bâton, Archibald, tu pourras la diriger comme tu voudras.
Archibald et Gaëtane grimpèrent sur la feuille puis le grillon poussa avec son bâton.
Aussitôt, la feuille fut entraînée par le ruisseau et prit de la vitesse.
La coccinelle les salua de la main.
— Au revoir Archibald ! Au revoir Gaëtane !
— Au revoir coccinelle. Nous reviendrons te raconter notre voyage.
Et c'est ainsi que débuta la grande aventure d'Archibald le grillon.
2 — Une étrange disparition
Depuis une heure déjà, Gaëtane et Archibald naviguaient sur le grand ruisseau qui les emportait loin de leur pays. Ils étaient assis tranquillement sur la feuille qui leur servait de radeau.
Enfin, pas si tranquillement que ça. En tous les cas, pas Gaëtane.
— Archibald, oh, Archibald !
— Qu'y a-t-il Gaëtane ? Cela fait dix minutes que tu es en train de gémir sans raison.
La petite fourmi, allongée à plat ventre, s'accrochait de tous ses doigts aux nervures de la feuille. La réponse d'Archibald la mit en colère. Elle dressa la tête et répliqua :
— Comment cela, sans raison ? Et cette rivière qui coule juste sous nos pieds, ce n'est pas une bonne raison, ça ?
— Je ne comprends pas, Gaëtane. Dis-moi donc ce qui ne va pas.
La fourmi haussa les épaules.
— Ce qui me tracasse, mon pauvre Archibald, c'est que je ne sais pas nager. Cette feuille ne me paraît pas solide. Si jamais elle se renverse, je me noierais.
— Rassure-toi. Elle est très large. Rien au monde ne peut la faire chavirer.
— Tu le crois vraiment ?
— Bien sûr. Et je m'en vais te le prouver à l'instant.
Le grillon se campa debout sur la feuille. Il déposa son balluchon sur le côté et improvisa une petite danse en chantonnant : « Yop lala, yop lala, yop lalalalère, yop oooh !! »
Quelque chose de gros et de rapide traversa les airs avec un bruit de tempête. Il passa à une vitesse fantastique juste à la hauteur d'Archibald. « Hé ! » sursauta-t-il, mais trop tard. Déjà, il s'écroulait à plat ventre sur la feuille, tout près du bord. Un peu plus et il tombait à l'eau.
— Attention ! Alerta Gaëtane. Elle revient.
— Mon bâton ? Où est mon bâton ? Je ne le vois plus.
— Ici, Archibald. Près de moi.
Gaëtane saisit le bâton et voulut frapper cet engin terrible qui fonçait vers eux. La peur rendait ses gestes maladroits et ses pieds n'arrivaient pas à se maintenir solidement. La feuille bougeait trop. La chose passa à une vitesse de fusée devant Gaëtane. Elle n'eut même pas le temps de se lever complètement.
Abasourdie, la fourmi vit l'étrange bolide se poser sur la queue de la feuille, ce qu'on appelle le pétiole. « Une libellule ! » s'exclamèrent d'une seule voix Archibald et Gaëtane
— Oui, une libellule. Dit la nouvelle venue en se recoiffant. Une des plus rapides qui n’aient jamais existé, d'ailleurs.
— Idiote ! Ne put s'empêcher de lancer Archibald.
— Non, non, pas idiote. Naèva ! C'est ainsi que je m'appelle, Naèva.
— Naèva, tu es une idiote. Tu as failli nous expédier à l'eau. Et comme ni Gaëtane ni moi ne savons nager, nous nous serions noyés.
— Cela m'étonnerait, car je vous ai frôlé de sorte que vous ne tombiez que sur la feuille. Il faut dire que vous m'aviez provoqué. Quand j'ai vu tous ces pas de danse, je n'ai pas résisté à l'idée de vous jouer cette bonne farce. Ahahah, j'en ris encore, ahahah ! Elle était drôle, n'est-ce pas ?
— Cela dépend pour qui, grogna Gaëtane.
La libellule, toujours assise sur le bout de la feuille, les regardait d'un air amusé. Elle frottait ses longues ailes transparentes et dorées qui brillaient sous le soleil.
— À propos, que fait un jeune grillon avec une jeune fourmi sur cette feuille morte ? Êtes-vous perdus ?
— Absolument pas. Naèva, je te présente Gaëtane, elle m'accompagne dans mes découvertes. Moi, je me nomme Archibald. Ensemble, nous voyageons pour découvrir le vaste monde et vivre de belles aventures.
— Oumpf !... Quelle idée farfelue, alors qu'on est si bien chez soi ! Enfin, c'est votre affaire. Et puisque vous êtes friands d'aventures, vous allez être servis. Voyez donc qui arrivent !
Une multitude de petits ronds blancs courait sur les flots en direction de la feuille. Leurs pieds ressemblaient à des plumeaux et se posaient sur l'eau sans jamais s'enfoncer. De cette façon, ils marchaient sur le ruisseau comme d'autres le font sur la terre.
— Hé ? Qu'est-ce que c'est, ça ? interrogea Gaëtane.
— Des chenapans ! Des garnements, pas méchants du tout, mais très joueurs. Trop pour moi. Je pense que vous allez bien vous amuser avec eux.
La libellule déploya ses longues ailes et s'envola en riant. Archibald et Gaëtane n'eurent pas le temps de lui demander des explications. Elle était déjà loin et disparaissait à l'horizon.
Une foule de petites têtes entourèrent soudain la feuille et parlèrent en même temps :
« Salut ! Salut ! Salut ! Salut !...»
— Qui êtes-vous ? demanda Archibald.
— Qui sommes-nous ? Hé les filles ? Il veut savoir qui nous sommes.
Un grand rire secoua les petites têtes. « Ouh qu'il est bête ! » ahahah, « ouh qu'il est bêta ! »
Tout à coup, les têtes disparurent sous les carapaces blanches et les petites bêtes qui marchaient sur l'eau s'éloignèrent. Oh, pas bien loin. Elles entourèrent la feuille et brusquement, elles se dressèrent sur leurs pattes de derrière. Elles se tenaient par la main et entamèrent une ronde en chantant.
« Nous sommes les puces d'eau, nous sommes les chenapans, vous êtes les deux nigauds ! Youhou ! »
Aussitôt, elles envoyèrent des paquets d'eau sur Gaëtane et sur Archibald. Elles plongeaient la main dans le ruisseau et jetaient son contenu sur les deux voyageurs. Elles ne prenaient pas beaucoup d'eau à la fois, mais comme elles étaient nombreuses, le grillon et la fourmi avaient l'impression qu'un déluge tombait sur eux. Ils étaient complètement mouillés.
— Arrêtez immédiatement ! ordonna Archibald. Arrêtez où je vais me fâcher !
Les puces se moquèrent de lui. Elles continuaient à leur jeter de l'eau tout en chantant.
« Nous sommes les puces d'eau, nous sommes les chenapans, vous êtes les deux nigauds ! »
Une puce sortit subitement de la ronde : « Les copines ? J’ai trouvé une drôle de babiole. Oh ! ça m'a l'air intéressant »
— Donne-la-moi ! exigea une deuxième puce.
— Non, j'étais la première.
Une troisième intervint : « Je suis la plus vieille ! c'est à moi que tu dois la remettre. » Une quatrième hurla : « Ah non ! C'est à la plus jeune ! »
— Jalouses ! Je l'ai trouvée la première et je la garde. Et si vous voulez cette babiole, essayez de m'attraper !
Et la puce d'eau sautilla sur le ruisseau. Toutes ses copines la suivirent en piaillant et en riant comme des folles. Elles abandonnèrent la feuille sans plus accorder d'attention au grillon et à la fourmi.