Sultân al ‘Ârifîn
Shaikh Mahmûd Sâmî Ramazanoglu
Le Sultan des Gnostiques
by Musa Topbas
Published by Erkam Publications at Smashwords
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Table Des Matières
Sa nature et ses qualités spirituelles
Son obéissance et son amour pour le Prophète
Son abstinence face à l’illicite (Harâm)
Sa compassion envers les créatures d’Allah
Les traditions du Prophète qu’il aimait raconteur
Ses diverses façons d’offrir des sacrifices à Allah
Sa façon d’accueillir ses hôtes
Ses visites et les services qu’il rendait aux autres
Que disaient de lui ceux qui le connaissaient
Musa Topbas, l’auteur de cet ouvrage, est né à kadinhan, une petite ville située dans la région de Konya en Turquie. Il était le fils d’Ahmet Hamdi Efendi, un homme d’affaires, et le petit-fils d’Ahmet Kudsi Efendi, qui avait succédé à Khalid al-Baghdadî. Musa Efendi s’installa avec sa famille à Istanbul alors qu’il était encore jeune. Il y termina ses études secondaires et y entama des études supérieures. Sa famille désirait qu’il reçoive un enseignement islamique, ainsi il étudia l’Islam et les commentaires du Coran sous la direction de M. Hamdi Yazir, un savant réputé en Turquie dont la discipline majeure était l’exégèse coranique. Il apprit également l’arabe classique sous la direction de Mustafa Asim Yoruk Efendi qui était membre de l’Ayan Meclis (le Parlement Ottoman). Il parlait couramment le français, ayant étudié cette langue avec un professeur privé. Musa Efendi était aussi très intéressé par la calligraphie et l’étudia sous la direction de Hamid Aytaç.
La famille Topbasa toujours soutenu les institutions islamiques et offert des appointements aux savants qui se sont retrouvés sans fonction après l’instauration de la République. Musa Efendi a bénéficié, pour ainsi dire, de tous les grands savants et érudits de la période ottomane tels que Bekir Hâkî Efendi, Ali Yektâ Efendi, Ömer Nasûhî et Bediüzzaman Said Nursî. Il poursuivit les activités commerciales de son père et, jusqu’en 1970, il travailla très activement, essentiellement dans le secteur textile. Ensuite, il laissa ses activités à ses fils et ses frères et consacra la plupart de son temps au service spirituel. Sa principale philosophie était de partager avec d’autres les dons matériels et spirituels d’Allah.
Musa Efendi rencontra Mahmûd Sâmî Efendi pour la première fois en 1950 à Bursa, et sa vie fut entièrement bouleversée. Il lui rendit souvent visite et fut initié à la Voie en 1956. Il décrivit son expérience initiatique comme suit :
« Lorsque je rencontrai notre respecté Ustad Sâmî Efendi, je ne connaissais pas grand-chose du tasawwuf. J’avais cru qu’il allait nous donner quelques ‘wird’ et que je le réciterai, rien d’autre. Je ne connaissais rien au sujet du progrès spirituel. Je pensais que le chemin de la spiritualité n’était guère différent des autres voies d’éducation. Cependant, je suis venu à réaliser que cette spécificité était en mesure d’implanter fermement l’amour dans le cœur. Si le disciple use de sagesse, il comprendra la signification de ce chemin et, en peu de temps, il y marchera à grands pas. »
Après avoir rencontré Sâmî Efendi, la vision du monde de Musa Efendi changea ; il dédia sa vie au service de l’islam et à celui de son Shaykh, Sâmî Efendi. Il fut pionnier dans la fondation des Éditions Erkam et du magazine mensuel Altinoluk. Il voua près de cinquante ans de son existence au service de l’islam, basée sur la voie des ‘Ahl as-Sunna’ et sur celle de la vie des Compagnons.
Musa Efendi, accompagné de son Shaykh Sâmî Efendi, émigra à Médine en 1979 en raison de son amour pour le Prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui). Il séjourna longuement à La Mecque et Médine. Il retourna en Turquie en 1998 pour raison de santé, bien qu’il se rendît chaque hiver en Terre Sainte.
En 1984, Musa Efendi reçut l’Ijaza (la permission) pour perpétuer la tradition soufie de l’Ordre Naqshbandî. Depuis ce temps, il dédia son existence au service de l’islam. Il était lui-même une fondation ; il mettait de côté des ressources pour soutenir différentes causes comme la construction de mosquées et d’hôpitaux, mais également l’assistance aux orphelins et l’achat de médicaments pour les malades nécessiteux.
La plus grande caractéristique de Musa Efendi était son amour, son service et sa loyauté envers son Maître Sâmî Efendi. Il était si annihilé en lui que même si le titre de l’ouvrage devait être changé : Sâmî Efendi écrivant sur Musa Efendi, tout ce qu’il écrirait sur lui serait valable pour lui-même. Sa loyauté envers Sâmî Efendi était même plus forte après sa mort. Dans ses sohbets, il décrivait toujours les caractéristiques de Sâmî Efendi, et en enseignant à ses disciples les usages islamiques, il se référait à Sâmî Efendi comme meilleur exemple. En conséquence, nous discernerons dans cet ouvrage la vie de deux amis d’Allah. Puisse t-Il nous faire bénéficier de leur exemple.
Musa Efendi mourut le 16 juin 1999. Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde.
Publications
Musa Topbasa publié la plupart de ses œuvres sous le pseudonyme de Sadik Dânâ :
- Islâm Kahramanlari (Héros de l’Islam en trois volumes). Le premier volume étudie l’héroïsme et le courage dont ont fait preuve le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) et Ses compagnons. Le second et le troisième volume examinent le courage dont on fait preuve les musulmans au cours des périodes seldjoukide et ottomane.
- Altinoluk Sohbetleri (les Discours d’Altinoluk). Une collection de ses articles liés au tasawwuf, publiés dans le magazine mensuel Altinoluk.
- Allah Dostunun Dünyasindan (Du monde d’un ami d’Allah : Musa TopbasEfendi). Interviews réalisés avec Musa Efendi vers la fin de sa vie.
- Sültânü’l Arifîn : es-Seyh Mahmûd Sâmî Ramazanoglu (le Sultan des Gnostiques). Le présent ouvrage de Musa Efendi examine la vie de Sami Efendi qui fut son guide spirituel.
Le traducteur : Musa Belfort
Chers lecteurs,
Devant l’audace d’entreprendre la tâche ardue d’écrire cette biographie, j’ai été motivé par le désir que les générations présentes et futures puissent apprendre de la vie d’un véritable ami d’Allah (walî). Dans ce travail, je me suis efforcé d’illustrer la signification du Maître Parfait (al Murshid al-Kâmil), ceci dans le but que nombre de gens puissent l’aimer et le respecter. Il faut garder à l’esprit, toutefois, qu’un tel récit ne peut être qu’une simple goutte d’eau dans ce qui est un vaste et puissant océan.
Les amis d’Allah ne recherchent ni publicité ni éloges de qui que ce soit ; Allah le Très-Haut Lui-même les couvre d’éloges et les aime. En élevant ainsi leur position, Il accorde même une immense considération à l’égard de ceux qui aiment Ses amis ; car, en réalité, en aimant Ses amis, ils aiment Allah et parmi ceux-ci figure Mahmûd Sâmî Ramazanoglu d’Adana.
Grâce à son amour profond pour Allah, tous ses actes ont été menés en conformité avec le Coran et la Sunna du prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui), la Fierté de l’Univers. Toutes les vertus inhérentes au caractère du Prophète béni étaient réunies chez cet illustre personnage ; ainsi donc, tous ceux qui auront lu l’histoire de sa vie avec soin et considération pourront en tirer bénéfice. Comme cette œuvre n’est ni une histoire, ni un roman, mais plutôt l’illumination des réalités spirituelles de la vie d’un saint, il est recommandé, avant d’en commencer la lecture, d’effectuer les ablutions rituelles (wudhu) afin d’obtenir le maximum de bénéfices spirituels à travers les mots qu’elle contient.
Puisse Allah nous guider afin que nous puissions devenir de parfaits serviteurs dignes de Son amour. Puisse Allah faire de nous des membres de la communauté de Son Prophète Bien-aimé et de dignes serviteurs ; puisse-t-Il nous faire tous bénéficier de l’intercession des amis d’Allah (Shafâ’ah).
Puisse Allah nous pardonner les fautes et les péchés que nous avons commis sciemment ou inconsciemment ; puisse-Il nous protéger du feu de l’Enfer. Amin
Musa Topbas
Mahmûd Sâmî est né en 1892 à Adana dans le district connu sous le nom de Tepedag. Adana était et demeure toujours une importante ville côtière du sud de la Turquie, au bord de la Mer Méditerranée. Il mourut à Médine aux premières heures du 12 février 1984, correspondant au 10 J.Awwal 1404 du calendrier hégirien.
Mahmûd Sâmî est issu d’une noble lignée. Par Nurradin Shahîd, sa lignée familiale remonte jusqu’à Khâlid ibn Walîd, l’illustre commandant militaire du Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui).
On raconte que lorsque Mahmûd Sâmî était prêt à venir au monde, Hadrat Khidr (sur lui la paix) pénétra à l’intérieur du foyer familial et demanda à parler à sa mère. Bien que cette dernière ne souhaitât pas parler au visiteur, puisque communément les femmes musulmanes ne parlent pas aux étrangers, Khidr insista pour s’entretenir avec elle. Sa mère vint finalement à la porte et s’entretint avec lui de derrière elle.
«Ô ma fille! Sais-tu que tu es enceinte? Par toi, une personne illustre viendra en ce monde. (Comme signe), il aura une grande tache noire sur son épaule gauche. Il servira l’islam durant une longue période. Tu dois être très attentive au fait d’obéir aux ordres d’Allah et de t’abstenir de ce qu’Il a interdit. Tu appelleras cet enfant Mahmûd Sâmî.
Après avoir prononcé ces paroles, Khidr demanda une chemise en souvenir de ce jour précis. Cependant, tandis que ceux qui étaient à l’intérieur du foyer retournèrent vers la porte, Khidr avait déjà disparu.
Peu de temps après naquit Mahmûd Sâmî, cette illustre personnalité. Il servit l’islam à travers sa conduite exemplaire, sa prédication, et en guidant ses disciples. En dédiant ainsi sa vie pour la cause de l’islam, un grand nombre de gens purent bénéficier de lui.
Sa nature et ses qualités spirituelles
Mahmûd Sâmî était de taille moyenne, mais l’admiration qu’il inspirait dans le cœur des gens le rendait plus grand. Sa peau était couleur de blé, sa barbe n’était pas trop épaisse, ses cheveux étaient frisés. Il était mince, mais point maigre. Ses yeux étaient couleur noisette. Son apparence changeait souvent. De là, il est impossible de le décrire précisément et il est difficile de décrire avec des mots la beauté de son visage.
Il avait une personnalité très aimable, possédant les meilleures qualités qu’un homme puisse avoir. Il a répondu à des situations différentes selon les besoins de l’époque, et il agissait aussi avec un extrême courage quand les circonstances l’exigeaient. Bien qu’il ait toujours eu un visage souriant, son cœur était solennel.
Ses amis proches et ceux qui l’ont connu de près se réfèrent à lui comme « l’ange Sâmî Efendi » en raison de son niveau moral élevé. Un poète l’a décrit de la manière suivante :
Un noble roi dans ce monde il fut,
Envers le Très-haut un ami sincère,
Un guide pour les âmes pures et honnêtes ;
Pour la Oumma un trésor radieux,
Le sommet de la vertu et de la vraie modestie,
Il posséda jusqu’à la fin
Les qualités qu’ils possédaient en lui,
Grandes et impressionnantes dans leur mesure.
Il portait des vêtements simples et ordinaires. Il n’avait pas laissé croître sa barbe plus longue que la portée de sa main, et parfois il laissait pousser ses cheveux derrière ses oreilles.
Il marchait d’un pas lent et digne. Bien qu’il eût l’habitude de marcher lentement, il voyageait assez rapidement et ses compagnons se dépêchaient pour le rattraper. Un poète a ainsi décrit sa démarche :
Dans sa démarche lente il y avait pourtant une vitesse naturelle.
Ceux qui marchaient comme s’ils couraient étaient laissés derrière.
Il mangeait et dormait très peu. Il parlait peu et la plupart du temps il préférait garder le silence. Il ne parlait que lorsque cela était nécessaire et, même dans ce contexte, ses paroles étaient brèves. Quand il parlait à quelqu’un, il n’ignorait rien des origines et du statut de la personne. Il ne disait pas un mot de plus ou de moins de ce qui était nécessaire. Il parlait lentement et clairement, en répétant trois fois quand il tenait à souligner quelque chose.
Le sujet de ses entretiens concernait la plupart du temps l’explication des versets du Coran, les propos du Prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui) ainsi que les récits concernant les autres prophètes.
Il commenta la vie et la moralité des amis d’Allah, ainsi que leur patience et les sacrifices qu’ils consentirent pour la gloire d’Allah. Il recueillait les informations relatives à ces choses et les présentait aux murîds (ceux qui le prirent pour guide).
Parmi les sujets qu’il abordait, un thème majeur occupait une place importante : il s’agissait du cœur et de sa formation. Il évoquait toujours le fameux hadith du Prophète qui stipule : « Méfiez-vous ! Il y a dans le corps un morceau de chair que s’il devient bon (réformé), le corps tout entier devient bon ; mais s’il est corrompu, alors tout le corps deviendra corrompu, et c’est le cœur. »
Il aimait également ajouter que le cœur est la seule région du corps où Allah se manifeste. De là, le cœur est plus important que le Sanctuaire Sacré situé à La Mecque (Ka’ba) parce que ce dernier fut édifié par le prophète Abraham (Ibrahim), un édifice construit de main d’homme ; tandis que le cœur est édifié par Allah, donc, par conséquent, il est une création directe du Divin.
Chaque fois qu’il remarquait les lacunes de son murîd, il se sentait alors très triste, mais il ne parlait jamais derrière son dos, même implicitement. Tous les rapports qu’il entretenait avec les autres demeuraient dans les limites de la bonté et de la miséricorde. Il aspirait fortement à ce que ses disciples soient formés de la meilleure façon, qu’ils possédassent les meilleures qualités morales telles que la sincérité, l’intelligence, la modestie, le sacrifice, la générosité, la miséricorde, et de nombreuses autres bonnes et nobles caractéristiques.
Les gens bénéficièrent de ses entretiens et conversations en fonction de leur degré de sincérité et de capacité. Ceux qui ont suivi ses conseils et effectué le wird (une pratique spirituelle généralement accordée à ceux qui entrent dans un Ordre soufi) dont ils ont été instruits ont rapidement traversé la voie spirituelle, ce qui avait été facilement observé par d’autres :
Leurs vices ont été remplacés par la vertu,
Leur fierté par la modestie,
L’incroyance par la croyance,
La jalousie par le respect,
L’avidité par l’altruisme,
La paresse par la diligence,
La lâcheté par le courage,
L’impolitesse par la gentillesse,
La cruauté par la miséricorde.
Mahmûd Sâmî, qudissa sirruh, n’entrait jamais dans la polémique, ne s’abandonnait pas à la calomnie et n’entrait pas dans des débats houleux. Il n’avait jamais une mauvaise opinion d’autrui ; au contraire, il pardonnait aux autres leurs erreurs. À l’instar d’autres amis d’Allah, sa personnalité fut marquée par la miséricorde et le pardon.
Il a toujours donné espoir à ses disciples, et ceux qui lui ont rendu visite repartaient toujours avec un sentiment de soulagement et de bonheur, même si ceux-ci n’étaient pas venus en sa présence avec les manières appropriées.
Mahmûd Sâmî, qudissa sirruh, était très affectueux envers les murîds qui possédaient de bonnes manières et leur accordait une attention particulière. Il ne s’est jamais comporté étourdiment. Il a été l’une de ces rares personnes qui, au cours de ce siècle, ont bénéficié des meilleures vertus qu’Allah accorde à Ses serviteurs élus. Il a montré le véritable sens de l’expression évoquée en langue arabe : Addaba-nî-Rabb-î (mon Seigneur m’a purifié).
C’était un être rempli d’un grand nombre de nobles qualités. Il menait une vie ascétique et améliorait sans cesse ses relations avec les autres. En tant que guide spirituel, il possédait également de grands pouvoirs. Si le murîd était une personne sincère, il lui permettait de réaliser différentes stations de tasawwuf en un court laps de temps. En conséquence, le murîd purifiait son cœur de l’amour de ce monde et le remplissait par l’amour d’Allah. Le cœur de l’œil physique était remplacé par l’œil du cœur. Ainsi, le murîd acquerrait le discernement pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. En bref, la foi du murîd, qui est fondée sur l’imitation, était intériorisée par le rayonnement spirituel de Mahmûd Sâmî et par la grâce spirituelle (baraka) dont il était bénéficiaire. La transformation qui eut lieu dans la vie spirituelle de certains de ses murîds a souvent été extraordinaire.
Inversement, de nombreuses personnes ont défailli sur le chemin spirituel. Soit elles n’ont pas suivi de guide spirituel, soit elles ont suivi un guide trompeur. Ces personnes, même si elles ont exercé de multiples bonnes actions, se sont engagées dans le jeûne, et accompli toutes sortes de bonnes œuvres, cependant ont échoué dans l’atteinte de leur destination, car elles n’ont pu purifier leur cœur de l’amour qu’elles portaient aux acquisitions de ce bas monde telles que la richesse, la famille et les enfants. Pire encore, parfois la quantité de leurs actes d’adoration leur laisse penser qu’elles valent mieux que d’autres musulmans ; et cet orgueil leur cause plus de problèmes, car elles sont incapables de discerner leurs défauts mais, par contre, elles discernent parfaitement les défauts des autres.
Notre Ustad (Maitre spirituel), qudissa sirruh, ne se fâchait jamais avec ses amis. Il n’établissait pas de distinction entre ceux qui lui faisaient des éloges et ceux qui le critiquaient. Il pardonnait aussi à ceux qui, après avoir vitupéré contre lui, reconnaissaient leurs fautes et sollicitaient sa bienveillance.
Quand il accomplissait ses prières rituelles, il regardait toujours devant lui. Avant d’entamer tout discours soufi (sohbet), il demandait à un Hafidh (quelqu’un qui a mémorisé le Coran par cœur) de réciter une portion du Coran. Il demandait aussi à ce que l’on récite une fois la sourate Al-Fatiha (le chapitre d’ouverture du Coran) et trois fois la sourate Al-Ikhlâs (dite de la Sincérité), les présentant comme un cadeau provenant de l’âme de nos précédents maîtres. Bien qu’il eût l’habitude de s’exprimer à voix basse, tout le monde était en mesure de l’écouter, même ceux qui étaient installés au fond de la pièce. Dans la plupart de ses discours soufis (sohbet), il demandait soit que l’on lise un livre religieux, soit il le lisait lui-même. Toutefois, quand le sujet concernait les questions relatives au cœur, il s’exprimait avec ses propres paroles, sans l’intermédiaire d’un livre. Il lisait très souvent les versets coraniques suivants:
«En vérité, nous avons doté l’homme, en le créant, de la forme la plus parfaite.» (Coran, At-Tîn, 95/4)
«Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam (…)» (Coran, Al-Isrâ’, 17/70)
«(…) En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. Allah est Omniscient et bien Informé.» (Coran, Al-Hujurât, 49/13)
Selon notre Ustad (Maître spirituel), taqwâ signifie que le serviteur connait Allah comme Il doit être connu, qu’il est en mesure de suivre Ses commandements sans relâche, les effectuant de la meilleure manière, qu’il puisse s’abstenir de commettre les actes qui lui sont interdits par Allah (harâm) et qu’il puisse suivre l’exemple (Sunna) du Prophète dans toutes ses actions. Il aimait encore répéter les versets suivants:
«Pensiez-vous que Nous vous avons créés sans but et que vous ne seriez jamais ramenés vers Nous?» (Coran, Al-Mu’minûn, 23/115)
«L’homme croit-il qu’il sera laissé à l’abandon (sans but)? (Coran, Al-Qiyâma, 75/ 36)
Allah le Très-Haut désire que Ses serviteurs reconnaissent Sa seigneurie et qu’ils s’inclinent avec modestie devant Sa majesté. De cette façon, ils sont en mesure de s’acquitter de leur devoir de service envers leur Seigneur. Après avoir connu Allah, on demande au croyant d’obéir à Ses commandements prescrits dans le Coran. Cependant, il est nécessaire de savoir que l’obéissance du corps aux commandements d’Allah n’est pas suffisante. De même, le cœur doit accepter volontiers d’adorer Allah et il doit également rompre avec toute attache mondaine. Sans le consentement du cœur, la simple obéissance des membres extérieurs n’est pas satisfaisante en vue de parvenir à la Connaissance du Divin (al-Ma’rifa al-Ilâhiyya).
Afin de souligner davantage l’importance de cette formation spirituelle, le Prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui) prononça les paroles suivantes devant ses compagnons alors qu’ils étaient de retour de la bataille de Tâbûk :
« Nous sommes revenus du petit djihad au grand djihad. »
La bataille contre l’ego (nafs), étant plus significative que celle menée contre l’ennemi. Abdul Qâdir al-Djilanî, le grand pilier de la voie soufie, a dit :
« La guerre contre l’ego est plus difficile que celle menée contre l’ennemi parce que l’hostilité de l’ego est continuelle et demeure une part de la personnalité de l’homme. Pourquoi est-il si difficile de mener le combat contre l’ego ? Se battre contre son ego équivaut à se battre contre soi-même. Cela signifie abandonner ses mauvaises habitudes et ses propres passions pour suivre les commandements de la Loi Divine. Quiconque conduit ceux qui s’engagent dans de telles batailles, tant avec l’ennemi extérieur qu’intérieur, Allah récompensera une telle personne aussi bien ici-bas que dans l’au-delà. » (Al-Fath al-Rabbâni, Suhbat, 8)
Abû Bakr al-Saydalâni a dit:
«La vie est présente dans la mort de l’ego (nafs), la vie du cœur est tributaire de la mort de l’ego.»
«La plus grande victoire, c’est d’échapper à votre ego, car il est le plus grand voile disposé entre vous et votre Seigneur. »
«Il est impossible de vaincre l’ego par l’ego. Vous n’y parviendrez seulement qu’avec l’aide d’Allah. Cela signifie que vous devez soumettre votre volonté à celle d’Allah. » (Tadhkirat al-Awliyâ, 752)
Son Obéissance Et Son Amour Pour Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui)
Le caractère et la conduite de notre respecté maître, qudissa sirruh, étaient en complet accord avec celle du Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui). Cette conformité entre eux a été extraordinaire. Une telle conformité n’est possible que par la Grâce divine et ne résulte pas de l’activité humaine.
Il persévérait à réciter des prières et des louanges au Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui). Il a toujours pris le Prophète en modèle dans sa vie quotidienne, dans les gestes simples tels que boire ou manger, ou bien voyager. Il le prenait également en exemple dans ses actes de dévotion tels que jeûner ou accomplir la prière rituelle. Dans ses relations avec sa famille, son épouse et les autres, il prenait le Prophète comme unique modèle. Il agissait ainsi car il aimait profondément le Prophète. La vie du Messager d’Allah a été un miroir à travers lequel il pouvait évaluer ses propres actions.
Allah le Très-haut dit :
«Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah. Et quiconque tourne le dos... Nous ne t'avons pas envoyé à eux comme gardien » (Coran, An-Nisa’, 4/80)
«Dis: « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux.» (Coran, Al-Imran, 3/31)
Les croyants qui souhaitent recevoir la Grâce d’Allah dans leur vie doivent à la fois imiter et suivre les pratiques religieuses et usuelles du Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui). Il est préférable de pratiquer avec parcimonie les actes d’adoration conformes à la Sunna prophétique que de les pratiquer en abondance mais en ne respectant pas son exemple. Ceux qui auront suivi avec soin le Prophète atteindront de très hautes stations spirituelles en raison de leur obéissance à la Sunna ; étant donné que ceux qui auront agi contrairement échoueront dans leur désir de parvenir à ces hautes stations car ils auront usé de paresse quant au respect de la Sunna.
Le Prophète a toujours choisi la modération dans sa vie quotidienne et a dit à ce sujet :
« La meilleure des conduites est celle faite avec modération » (Khayru l-umûri aswatu-hâ)
Il y a un fameux hadith dans lequel il est stipulé que trois Compagnons du Prophète avaient décidé de mener une vie pieuse en suivant une voie exagérée d’ascétisme. Ils avaient donc décidé de ne pas se marier et de consacrer tout leur temps aux actes de dévotion tels que la prière et le jeûne. Le Prophète n’avait guère approuvé cette forme excessive de pratique. Il a dit à ce sujet :
«Un petit nombre d’actions accomplies conformément à ma Sunna est plus avantageux qu’un grand nombre d’actions qui n’y est pas conforme. Toute action qui est contraire à ma Voie est égarement; et tout égarement finira dans le feu de l’Enfer.»
D’aucuns pensent que l’atteinte des stations spirituelles élevées correspond à la performance d’avoir accompli un nombre conséquent d’actes de dévotion. Cependant, dans cette voie, les réels progrès dépendent de la manière dont le disciple réalise qu’il est constamment en face de son Seigneur, observant la Sunna du Prophète et faire ce qui est nécessaire à chaque moment de la journée et devant chaque situation. Il y a beaucoup de croyants qui effectuent volontairement un grand nombre d’actes d’adoration, jeûnent continuellement, effectuent des prières nocturnes et entreprennent d’autres actes méritoires, mais qui ne peuvent pas progresser parce qu’ils parlent mal de leurs amis, ils ne respectent pas les injonctions d’Allah et n’engagent pas de relations avec les autres, lesquelles sont basées sur le comportement islamique. D’aucuns aussi ne prennent pas garde à la question de savoir si ce qu’ils mangent est illicite (harâm) ou licite (halâl). Il serait préférable qu’ils accordent plus d’attention à ces questions et donner plus d’importance au fait de parvenir à un comportement digne des actes de dévotion qu’ils accomplissent volontairement et non en négligeant cet aspect. Le Prophète a dit :
« Celui qui acquiert (ses revenus) à partir de moyens légaux, mange ce qui est licite et suit mon exemple de telle façon à ce que les gens se sentent en sécurité par rapport au travail de ses mains (sans préjudice sur ce point) ; une telle personne ira certainement au Paradis. »
Les grands saints de cette Voie ont passé leur vie dans la dévotion, la prière et le jeûne, ne prenant seulement qu’un peu de nourriture et dormant peu. Ces saints ont préalablement purifié leur monde intérieur puis leur monde extérieur, par la Grâce d’Allah. De cette façon, ils annihilèrent leur intérêt personnel pour le monde et se libérèrent des chaînes de leur corps.
Les hadiths suivants soulignent l’importance de suivre la Sunna du Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui). Pour la suivre, il faut tout d’abord se rappeler du Prophète en le mentionnant avec sa langue, puis en priant sur lui :
«Il nous informe que ceux qui sont les plus proches de moi sont ceux qui mentionnent mon nom en priant sur moi (disant : sallalahu alayhi wa salam).»
«Pour ceux qui prient sur moi, Allah leur accordera une lumière sur le pont Sirât. »
«Il est clair que le peuple de la lumière n’appartiendra pas au peuple du feu, c’est–à-dire qu’ils ne choiront pas dans le feu de l’Enfer. »
«Quand une personne prie une fois sur moi, Allah lui accorde dix fois plus de compassion. »
«Prier sur moi est meilleur que d’affranchir un esclave. »
«Que ceux qui sont en difficulté prient sur moi, car prier sur moi efface les difficultés et permet une subsistance prospère. »
«Pour ceux qui choisissent d’acquérir ma vertu et de suivre mon chemin lorsque la communauté est moralement corrompue, leur récompense sera celle de cent martyrs. (Kanz al-‘Irfân)
‘Ala Addîn ‘Attâr a dit :
« Ceux qui ne s’obligent pas eux-mêmes à suivre la Sunna sont imparfaits dans leur observance de l’islam. Les purifications externes et internes ne sont possibles que par l’observance de la Sunna du Prophète. »
De tous ces propos émis par le Prophète et d’autres grands Soufis, il est entendu que c’est en suivant la Sunna prophétique que le disciple sera en mesure d’atteindre l’amour d’Allah.
Sayyidinâ ‘Umar (qu’Allah l’agrée) a dit :
« J’ai entendu dire qu’une supplication qui n’est pas accompagnée d’une prière au nom du Prophète sera suspendue entre ciel et terre et ne pourra pas accéder à Allah. »
Dans de nombreux autres hadiths, le Prophète nous a avisés de réciter de sa part des invocations telles que ‘Allahumma salli ‘alâ Sayyidi-nâ wa Nabbiyi-nâ Muhammad’. Il ajouta également que lui adresser des invocations et des salutations est équivalent à donner la charité. Il a demandé aussi à sa communauté (Oumma) d’intercéder en sa faveur auprès d’Allah. Les Compagnons lui demandèrent : ‘Qu’est-ce que l’intercession (wasîlah) ?’ Il répondit : ‘l’intercession (wasîlah) est le haut degré du Paradis et une seule personne y accédera. J’espère que ce sera moi.’ (Tanbîh al-Ghâfilûn)
Le Prophète a également donné le conseil suivant :
«Ô ma Communauté! Craignez Allah et obéissez à votre autorité. Acceptez ce que dicte le Coran en matière de licite et d’illicite sans déformer quoi que ce soit. Accueillez vos invités et veillez sur eux est une vertu. N’allez pas chez une personne à qui vous avez prêté de l’argent et ne mangez pas les fruits de leurs arbres. »
«Ceux de ma communauté qui auront suivi mon exemple, qui auront gagné leurs moyens de subsistance par des moyens légaux, et ceux avec lesquels les gens se seront sentis à l’abri (c’est-à-dire de leur nuisance) entreront au Paradis. Ceux qui pratiqueront le contraire de ces choses entreront en Enfer. Ceux qui m’auront suivi recevront la récompense de cent martyrs. Le meilleur croyant est celui qui suit mon exemple de la meilleure façon. J’aime ceux qui suivent mon chemin. Ils entreront au Paradis à mes côtés. Ceux qui suivront en pratique ma Sunna réaliseront le bien ici-bas et dans l’au-delà. Vous ne pouvez pas être un parfait musulman à moins que vous ne m’aimiez plus que vos parents, vos enfants et même l’humanité entière. » (Marifatnama)
Dans une dévotion et supplication continuelles
Notre Maître (Ustad), qudissa sirruh, n’aimait pas voyager de nuit et ne voyageait qu’en cas d’absolue nécessité. Lorsqu’il voyageait, il préférait le faire les lundis et jeudis. Il planifiait ses déplacements très soigneusement en avance et prenait toujours le strict nécessaire. Il pliait ses vêtements d’une façon très organisée.
Ses voyages débutaient et se terminaient selon un plan bien préparé. Si un incident se produisait lors d’un déplacement, il ne décidait pas d’une action à entreprendre sans avoir consulté préalablement ses compagnons de route. Il ne montrait jamais des signes d’impatience, d’imprudence ou de tristesse.
Au début de chaque voyage, il récitait le verset du Trône (ayat al-Kursi : Coran 2/255) ainsi que d’autres invocations liées aux voyageurs. Il tenait à souligner l’importance d’invoquer Allah et rajoutait que l’invocation est l’essence de la prière.
Quant aux invocations, il préférait des versets du Coran tels que ‘al-Fâtiha’ (l’Ouverture), ‘Ayat al-Kursî’ (le verset du Trône) ainsi que d’autres versets sélectionnés. En outre, il utilisait les invocations que notre bien-aimé Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) et les autres prophètes utilisaient. Il ne pouvait imaginer d’autres termes d’invocations que ce soit en langue arabe ou turque.
Bien qu’il ne souciât pas d’utiliser des jolies phrases pour s’exprimer, les paroles qu’ils prononçaient transmettaient un profond sentiment de beauté et de puissance. Ceux qui l’écoutaient étaient touchés par ses discours (sohbets). De même que l’aimant attire naturellement des morceaux de métal, de même ses auditeurs étaient attirés par lui et ne voulaient pas quitter ses assemblées (spirituelles).
Pour lui, une partie essentielle de l’invocation était le fait de posséder constamment les ablutions rituelles (wudhu) et de les renouveler même si celles-ci étaient déjà effectives. Durant le pèlerinage (Hajj), il renouvelait ses ablutions sans accorder une seule pensée aux difficultés que cela aurait pu engendrer. Il disait que le renouvellement d’une nouvelle ablution sur l’ancienne était « lumière sur lumière » (nûr ‘ala nûr). Il s’acquittait de ses ablutions avec respect et grand soin, percevant la présence d’Allah le Très-Haut.
Au cours de ses séjours dans le Hedjaz (région située à l’ouest de l’Arabie et contenant La Mecque et Médine), il assistait à toutes les prières en commun à la Mosquée Sacrée. Il passait le plus clair de son temps dans la prière et la supplication, retournant ensuite chez lui fatigué et harassé. Néanmoins, s’il se trouvait des disciples qui étaient venus lui rendre visite, il leur accordait un bref entretien afin que leur cœur soit adouci et qu’ils ne repartent pas « les mains vides ».
Bien qu’il fût faible physiquement en raison de la maigreur de son corps, il assistait à toutes les prières avec énergie et grande volonté. Cette persévérance dans l’adoration a été pour lui une grande faveur qu’Allah a accordée. En particulier dans sa vieillesse, il demeurait couché dans son lit, vêtu du même habit quotidien afin de gagner du temps. Il considérait comme du temps perdu le fait de mettre et d’enlever son vêtement. Tous les amis d’Allah possèdent cette caractéristique et sont très attentifs à leur emploi du temps car, en effet, ils considéraient comme pure perte le temps consacré aux choses mondaines. En raison de ce surcroît d’attention, il accomplissait toujours ses prières en leur temps imparti. En outre, il s’adonnait également aux prières surérogatoires telles que les prières nocturnes comme si elles revêtaient un caractère obligatoire.
Il conseillait aux membres de sa famille, à ses disciples et à tous ceux qu’il aimait, de rester fermes en suivant le chemin de l’islam. Pour lui, la sincérité, la loyauté et la poursuite du droit chemin ont été des principes très importants devant lesquels tout croyant doit impérativement adhérer.
Son Abstinence Face À L’illicite (Harâm)
Notre respecté Ustad (Maître spirituel), qudissa sirruh, émigra à Istanbul en 1953. À la tête d’une famille, il avait besoin de travailler afin de subvenir à ses besoins. En conséquence, l’un de ses disciples lui offrit un poste de comptable dans son entreprise. Cette dernière se situait à Tahtakale, un important quartier commercial d’Istanbul.
Notre respecté Maître, qudissa sirruh, n’accepta pas immédiatement le poste. Il vérifia préalablement les transactions commerciales de l’entreprise afin de s’assurer qu’il n’y avait pas de transactions illégales telles que l’emprunt d’argent avec intérêt et l’achat de produits achetés et vendus au marché noir.
Après avoir vérifié l’ensemble de ces questions, il proposa au chef de cette entreprise de réaliser quelques ajustements concernant les transactions commerciales opérées afin qu’elles soient en pleine conformité avec les injonctions du Coran. Lorsque toutes ces conditions furent remplies, il accepta le poste et travailla comme comptable.
Comme nous pouvons le constater au sein de sa vie professionnelle, notre respecté Maître, qudissa sirruh, fut très prudent quant à la vérification de la licéité des gains obtenus. À chaque fois que quelqu’un venait lui rendre visite afin de bénéficier de ses conseils, il demandait à la personne son occupation et si ses revenus étaient licites (halâl). Il demandait aux gens d’être prudents quant au licite et à l’interdit relatifs aux transactions liées aux gains obtenus pour leur famille. Après avoir pris connaissance de ces premières informations concernant son visiteur, il était en mesure de lui fournir le plus nécessaire et bénéfique des conseils.
Avoir un emploi acceptable et gagner sa vie par le biais de moyens légaux est l’un des plus importants fondements de la vie religieuse. Si nous ressentons le besoin de tester quelqu’un sur la base de sa piété et de sa sincérité dans la pratique de l’islam, la première chose à examiner est la source de ses revenus. Si le revenu d’une personne provient de l’exploitation d’autrui ou de gains acquis avec intérêt, une telle personne ne peut pas pratiquer sincèrement l’islam.
Un jour, quelqu’un vanta une autre personne en présence de Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Ayant écouté les éloges qu’on lui avait adressées, ‘Umar demanda à l’homme : « As-tu fait du commerce avec cet homme (dont tu vantes les mérites)? » «Etais-tu voisin avec lui ?» ou «As-tu déjà voyagé avec cet homme? » Lorsqu’il répondit par la négative à toutes ces questions, ‘Umar lui dit alors: «Alors tu ne connais pas cet homme».
La leçon à retenir ici est que l’homme dont on avait vanté les mérites n’avait pas été jugé selon ces trois critères ; ils figurent parmi les plus importants tests pour révéler la nature d’une personne.
Tous les prophètes, les Compagnons du Prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui) et les amis d’Allah ont été nourris par des gains licites. Ils n’ont jamais eu à gagner leur subsistance par des moyens illicites. Le fait qu’une personne effectue nombre de prières surérogatoires n’est pas le véritable indicateur de sa piété : le véritable indicateur est de savoir si cette personne obtient son revenu par des moyens légaux et possède une bonne conduite concernant ses affaires avec autrui.
Notre respecté Maître, qudissa sirruh, nous a toujours dit que pour les croyants « posséder l’intégrité (istiqâma) est une obligation qui ne doit jamais cesser ». Toutes les autres obligations se limitent à des heures spécifiques telles que celle de la prière rituelle. Toutefois, il n’y a aucune limite dans l’intégrité ; un croyant devrait toujours être droit. Si l’intégrité était délaissée, ne serait-ce qu’une seule seconde, il risquerait de perdre tout l’effet des bonnes actions effectuées. Pire que cela, il perdrait son éternité.
Puisse Allah nous préserver de tomber dans de telles situations en abandonnant notre intégrité et en perdant notre place dans l’au-delà.
L’histoire suivante concerne ‘Ali ibn Shihab, un grand saint d’antan. Ce dernier dit un jour :
«La terre ne pourrira pas le corps qui a été nourri licitement et il ne sera pas non plus dévoré par elle.»
Son fils ajouta que les docteurs de la Loi islamique contestèrent ses paroles et lui dirent :
«Ce n’est vrai que pour les prophètes et les martyrs.»
Puis son fils poursuivit :
«Ce différend s’éternisait depuis que mon père était décédé. Ses paroles disant que la terre ne détruira pas le corps qui a été nourri licitement étaient tellement devenues célèbres qu’elles demeuraient sur la langue de tous. Finalement, quelqu’un suggéra de vérifier la véracité des paroles d’Ali ibn Shihab en ouvrant sa tombe. Lorsqu’ils l’eurent ouverte, ils virent avec stupeur que le corps de mon père était aussi frais que le premier jour où il fut enseveli. Tout le monde alors se soumit à la véracité de ses paroles et ceux qui les avaient rejetées implorèrent le pardon d’Allah.»
La générosité de notre Maître Mahmûd Sâmî était si extraordinaire que nous ne pouvons pas la décrire suffisamment ici. Il y a tant d’exemples dans sa vie qui démontrent en tout point la générosité qui l’habitait.
Durant une certaine période, il travailla comme comptable à Adana, une ville du sud de la Turquie, et ses revenus étaient très limités.
Un jour, un mendiant apparut soudainement et lui demanda la charité. Il venait de recevoir son salaire mensuel dans une enveloppe ; et cette âme pure lui donna l’enveloppe contenant tout l’argent à l’intérieur, sans même l’ouvrir ! Son employeur, ayant vu l’incident, le raconta ensuite avec étonnement. (A cette époque), il était très difficile pour quelqu’un de donner la totalité de son salaire pour l’amour d’Allah, particulièrement en des périodes où les gens étaient en général très pauvres et obtenir suffisamment de revenus était un grand combat.
Que ce soit à la maison ou en voyage, il donnait toujours la charité aux autres. Lorsqu’on lui demandait la charité, il ne laissait jamais repartir quelqu’un les mains vides. Il offrait davantage que le nécessaire et était heureux d’agir ainsi sans qu’il ne montre de signe d’accablement ou d’irritation.
Une fois, nous voyagions ensemble en Anatolie Centrale. Quelqu’un près d’Ürgüp nous fit signe de stopper la voiture et lorsque nous nous arrêtâmes, il nous demanda de l’argent pour acheter des cigarettes. Ses compagnons de voyage ne voulaient pas lui donner d’argent. Cependant, notre Maître Mahmûd Sâmî estima que puisqu’il avait sollicité leur aide, il était préférable de lui accorder ce qu’il voulait. Le pauvre homme, voyant ce genre de comportement, leur dit alors qu’il avait changé d’avis et qu’au lieu d’acheter des cigarettes avec cet argent, il achèterait du pain. Et nous le laissâmes avec grand plaisir. Il était si tolérant envers les autres qu’il ne tournait jamais le dos aux pauvres sur la base d’excuses mineures.
En une autre occasion, ses amis se plaignirent que l’un des pauvres hommes qu’il aidait mangeait dans des restaurants coûteux. Cependant, il ne cessa jamais d’aider cet homme ; à cela il disait : « Je vois que cet homme dépense plus d’argent car il est accoutumé à manger des mets raffinés, donc, nous devons de même augmenter la somme que nous lui donnons. »
C’était dans sa nature de donner et de donner davantage. Il avait coutume de céder les biens les plus précieux tels que les tapis, les tapis de prière, les chapelets, les stylos et ainsi de suite. Sa générosité était aussi vaste que les océans et aussi lumineuse que le soleil. Il était impensable pour lui de renvoyer quelqu’un les mains vides s’il (ou elle) sollicitait son aide. Il accorda de larges aumônes sans la moindre hésitation ; c’était comme si Allah le Très-Haut lui avait donné les clés de Ses trésors cachés.
De grandes quantités de nourriture furent préparées chez lui, bien que lui-même mangeât très peu. Cette grande quantité d’aliments cuisinés était servie à ses invités et ce qui en restait était envoyé à ses voisins.
Pour ceux qui sollicitaient ses prières en vue d’obtenir son aide pour se débarrasser d’une difficulté, Notre Ustad leur conseillait de donner la charité en plus des prières qu’ils accomplissaient en vue du bien-être des individus.
La bonne conduite à suivre pour donner la charité
Si un musulman veut donner la charité à une personne nécessiteuse, la meilleure façon est de mettre de côté dans une enveloppe une somme d’argent suffisante (bien sûr en fonction de sa situation financière présente) et d’attendre l’opportunité de pouvoir l’offrir au nécessiteux dans un lieu isolé. Puis, en allant vers ce dernier, le musulman lui dit modestement et affectueusement :
« Pourriez-vous, de grâce, accepter cette ‘amana’ (dépôt en confiance) ? »
De cette manière, le nécessiteux est préservé de l’humiliation. Selon la compréhension de notre Ustad, qudissa sirruh, celui qui donne la charité doit être plus reconnaissant que celui qui la reçoit, car la présence du nécessiteux est pour le plus avantagé l’occasion d’accomplir une bonne action. S’il n’y avait pas de nécessiteux, le plus fortuné n’aurait pas l’opportunité de s’acquitter de son devoir d’offrir la charité et l’aumône.
Nous devons nous-mêmes être prudents lorsque nous choisissons les personnes à qui nous voulons donner la charité. Nous devons rechercher les véritables personnes qui sont nécessiteuses et qui ne souhaitent pas révéler leurs besoins. S’agissant des mendiants que l’on côtoie dans les rues, il est préférable de leur donner une petite somme que de ne rien leur donner du tout. En d’autres termes, nous devons toujours préférer donner aux autres plutôt que de ne rien donner du tout. Quand un croyant néglige de donner la charité, la partie inférieure de son ego devient satisfaite et, en fin de compte, il s’accoutume à l’avarice.
Nous devons toujours être modérés dans nos dépenses et économiser de l’argent. Nous pouvons profiter de cela de deux façons :
Premièrement, ne tombons pas dans la position où nous aurions besoin de la charité des autres. Deuxièmement, consécutivement à la modération de nos dépenses, nous devons posséder assez d’argent pour donner nous-mêmes la charité aux autres. Malheureusement, le gaspillage d’argent est devenu normatif, tant parmi les riches que parmi les pauvres. Cette habitude est contraire aux injonctions du Coran car y est mentionné cette parole divine : « (…) Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. » (Coran, Al-Araf, 7/31) Qu’y a t-il de pire que de déplaire à Allah en gaspillant ses biens ? D’autre part, le Coran déclare aussi : « Allah aime ceux qui sont généreux (Muhsînîn). » (Coran, Al-Imran, 3/148) De là, la générosité est quelque chose qui attire l’amour et la miséricorde d’Allah.
Jadis, même les pauvres avaient les moyens de donner la charité, étant donné qu’ils ne perdaient jamais leurs revenus. Par conséquent, ils goûtèrent au plaisir d’aider autrui et de vivre heureux dans leurs foyers. Malheureusement, de nos jours, les riches n’ont aucune chance de dépenser en charité car ils gaspillent leurs richesses dans des voies inutiles.
Au cours de nos déplacements en voiture, il arrivait que notre Ustad, qudissa sirruh, en apercevant sur la route une personne nécessiteuse, nous demandait de stopper le véhicule. Au moment où nous nous arrêtions, alors que nous voyagions depuis un bon moment, la personne nécessiteuse était déjà loin derrière. Cependant, au lieu de faire marche arrière, notre Ustad préférait retourner vers la personne elle-même. Agir de cette façon le rendait joyeux et il revenait vers la voiture avec grand bonheur. Parfois, un tel incident se produisait plusieurs fois dans un voyage. Quel délice d’adorer Allah dans un tel état d’amour et de joie !
L’une des raisons pour lesquelles notre Ustad, qudissa sirruh, servit l’islam et les musulmans avec un tel amour et un immense bonheur est que son propre Ustad avait prié pour lui en ces termes:
« Je demande à notre Seigneur et Créateur, le Tout-Puissant, d’augmenter la volonté et l’amour de Mahmûd Sâmî afin de servir la sainte loi islamique et la lumineuse voie soufie, et de bénéficier des hommes de l’Unification (Muwahhidîn) tant en termes de connaissance (qâl) qu’en termes de station (hâl). Amin. »
Notre Créateur affirme dans le Coran :
«Vous n'atteindrez la (vraie) piété que si vous faites largesse de ce que vous chérissez. Tout ce dont vous faites largesse, Allah le sait certainement bien. » (Coran, Al-Imrân, 3/92)
Dans plusieurs hadiths, le Prophète Muhammad (paix et salutations d’Allah sur lui) nous explique combien il est difficile de donner la charité :
«Certes, un homme ne peut pas être en mesure de donner la charité sans arracher soixante-dix poils de la barbe de Satan.»
«La générosité est un arbre dont les racines sont au Paradis et dont les branches sont dans le monde. Quiconque saisit une branche de cet arbre, cette branche le mènera au Paradis.»
«L’avarice est un arbre dont les racines sont en Enfer et dont les branches sont dans le monde. Quiconque saisit une branche de cet arbre, cette branche le mènera en Enfer.»
Allah le Très-Haut décrit les musulmans de la façon suivante :
«Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent.» (Coran, Al-Hashr, 59/9)
«Ô les croyants! Dépensez des meilleures choses que vous avez gagnées et des récoltes que Nous avons fait sortir de la terre pour vous. Et ne vous tournez pas vers ce qui est vil pour en faire dépense. Ne donnez pas ce que vous-mêmes n'accepteriez qu'en fermant les yeux! Et sachez qu'Allah n'a besoin de rien et qu'Il est digne de louange. » (Coran, Al-Baqara, 2/267)
Allah le Très-Haut met en garde les musulmans sur le fait de ne pas écouter (les sollicitations de) Satan, lequel provoque l’avarice dans le cœur des gens :
«Le Diable vous fait craindre l'indigence et vous recommande des actions honteuses; tandis qu'Allah vous promet pardon et faveur venant de Lui. La grâce d'Allah est immense et Il est Omniscient.» (Coran, Al-Baqara, 2/268)
Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) donne les avertissements suivants à l’attention de ceux qui ne suivent pas le sentier d’Allah :
« Ceux qui ont amassé des richesses ont péri, excepté ceux qui les ont dépensé vertueusement (c’est-à-dire en charité).»
Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) nous informe également que la charité ne se réfère pas seulement aux choses matérielles ; en fait, il disait que la meilleure charité est d’acquérir des connaissances utiles et d’enseigner ce savoir à d’autres.
Il a également dit que c’est Allah qui est le plus généreux et ajouté de même qu’Allah aime ceux qui s’efforcent de l’être tout autant. Selon lui, la générosité est l’un des aspects essentiels des attributs d’Allah le Très-Haut. Il a donc fait savoir que si nous voulons être traités et récompensés généreusement par Allah, nous devons aussi être généreux envers les autres.
Notre Ustad, qudissa sirruh, nous rappelait continuellement les mérites de la générosité. Je vais vous raconter ici deux cas :
Allah le très-Haut révéla à ‘Issa (Jésus : que la paix soit sur lui) :
«Va et dit à celui-là, qui est Mon serviteur, que je lui accorde la richesse durant la première moitié de sa vie et la pauvreté durant la seconde (moitié). Demande-lui ce qu’il préfère préalablement. »
Quand ‘Isa informa l’homme de la volonté d’Allah à son sujet, ce dernier répondit :
« Permets-moi de consulter mon épouse à ce sujet et je te donnerai ensuite une réponse. »
Son épouse étant une femme douée de sagesse, il lui décrivit la situation et lui exprima ses propres idées à ce sujet :
«O mon épouse, Allah a révélé notre situation à ‘Isa et nous a offert deux possibilités concernant notre vie. Je pense que nous devrions choisir d’abord la pauvreté, puis la richesse dans la deuxième partie de notre existence, car il serait difficile de s’exposer à la pauvreté durant notre vieillesse. »
Son épouse, qui possédait la sagesse et la connaissance, fut en désaccord avec son mari et lui dit :
«Non, nous allons d’abord choisir la richesse, mais nous la partagerons avec autrui. Nous partagerons notre nourriture et notre vêtement avec autrui. »
C’est parce qu’ils partagèrent avec d’autres leurs avantages matériels que leur richesse ne prit pas fin. Allah dit dans le Coran que si les serviteurs Le remercient comme il se doit, Il se montrera davantage généreux. Par conséquent, Il augmenta leur richesse et ne connurent plus la pauvreté.
La seconde chose que je voudrais raconter de mon Ustad est l’histoire suivante :
Il était une fois un homme qui était excessivement avare. Alors qu’il y avait une période de famine, il dit à sa femme et à sa fille :
«Ne donnez à personne la nourriture qui se trouve dans cette maison. »
Toutefois, lorsqu’il quitta la maison pour une raison quelconque puis y retourna ensuite, il vit un pauvre homme avec une miche de pain dans la main. Il lui demanda :
«D’où as-tu obtenu ce pain ? »
Le pauvre homme indiqua la maison de l’avare, source de la provenance de ce joli pain cuit. L’avare devint furieux contre sa fille car elle avait désobéi à ses paroles et donné à manger à ce nécessiteux. Sur ces entrefaites, il rentra précipitamment chez lui et coupa la main droite de sa fille depuis le poignet. Cette jeune fille innocente perdit sa main en raison de son bon cœur.
Quelques années plus tard, cette jeune fille devint une femme ravissante. Elle eut, parmi les jeunes hommes, de nombreux prétendants et, finalement, épousa l’un d’entre eux qui était riche. Entre-temps, son père qui lui avait tranché la main mourut dans la pauvreté. Lors du premier petit-déjeuner qu’elle prit avec son mari, la jeune mariée se servit de sa main gauche pour manger. Son mari lui demanda alors de se servir de sa main droite. La jeune femme avait dissimulé à celui-ci son absence et continua de manger avec la main gauche. Sur ce, son mari se mit à l’insulter, disant :
«Que puis-je attendre de toi ? Les pauvres gens comme toi ne connaissent pas les (bonnes) manières. »
Là-dessus, la jeune mariée entendit une voix venant de nulle part:
«Fais apparaître ta main droite ! »
Lorsqu’elle fit le geste d’étendre sa main droite, elle vit que celle-ci avait été rétablie. Cela en guise de récompense car elle avait usé de bonté et possédait un bon cœur. Ainsi, elle put désormais manger avec la main droite.
Notre Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) a dit:
«Allah le Très-Haut fait montre de miséricorde envers ceux qui en font montre aux autres. Faites montre de miséricorde envers ceux qui sont sur Terre afin que ceux qui sont au Ciel puissent faire montre de miséricorde envers vous.»
Sa Compassion Envers Les Créatures D’Allah
En 1968, nous accomplîmes ensemble le Pèlerinage béni (Hajj). Lors de notre visite à Médine (Madina Munawwara), nous demeurâmes chez Sayyid Hasan Efendi. La maison était vieille et très humide, ce qui est un environnement idéal pour toutes sortes d’insectes. Elle était également occupée par des serpents, des scorpions et d’autres insectes tout aussi dangereux. En raison de la difficulté d’accéder aux étages supérieurs de la maison, notre Ustad décida de rester au premier étage où vivaient la plupart de ces insectes. Il y avait dans sa chambre un trou duquel un serpent apparut ; ce dernier y retourna après avoir erré dans toute la pièce. Cela m’avait profondément préoccupé et je lui fis savoir que nous voulions déplacer son lit au deuxième étage et tuer le serpent. Quand il apprit qu’il y avait un serpent dans sa chambre, il n’en fut pas surpris et nous avisa de ne pas le tuer mais de lui laisser la vie sauve. Il ne nous permit pas de tuer le serpent parce que le croyant qui craint le Créateur n’a aucune crainte de la création. Même les bêtes les plus sauvages ne feraient pas de tort aux amis d’Allah.
Au cours d’un autre Hajj, notre Ustad demeura avec nous dans la maison d’Abdul-Sattâr Efendi du Turkestan. La maison se situait près de la Ka’ba, dans le quartier de Jiyâd (à La Mecque). La chambre de notre Ustad donnait sur la rue. À midi, il vint vers nous et nous dit qu’il y avait quelqu’un à l’extérieur ayant besoin de nourriture. Je préparai quelque chose à manger puis sortit à l’extérieur, mais je ne vis personne, aussi retournai-je à l’intérieur. Notre Ustad vint une seconde fois et nous informa : « Il est revenu, regarde donc à l’intérieur de la maison. » Une fois de plus je sortis et vis un chien affamé dont la langue pendait en raison de la faim qui le tenaillait. Je lui donnai immédiatement toute la nourriture qui était en ma possession. Le chien avait si faim qu’il mangea tout ce qu’il y avait.
Ce ne sont que là que quelques exemples de la compassion qui caractérise les amis d’Allah. Notre Ustad n’ignorait même pas le chien affamé dans le besoin. Il faisait référence aux animaux en tant que serviteurs d’Allah, un terme qu’il utilisait aussi pour les êtres humains.
Nous ne pouvons pas suffisamment décrire la modestie de notre Ustad en un nombre limité de mots. Il considérait chacun comme supérieur à lui-même sans exception. Il visitait les pauvres et les faibles qui ont été méprisés par d’autres. Il sollicitait leurs supplications à son intention en leur donnant davantage d’importance. Il respectait toutes les personnes en fonction de leur piété, considérant qu’elles sont toutes des créatures d’Allah.
Il traitait sa famille avec amour et grand soin, mais son appréciation des gens qui avaient des degrés élevés dans le domaine spirituel était même plus importante. Il les respectait et les appréciait encore plus que les propres membres de sa famille, en particulier ceux qui avaient mémorisés le Coran, ceux qui connaissaient les sciences islamiques et ceux qui avaient bon caractère.
Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, savant ou profane, bureaucrate ou homme ordinaire ; à tous notre Ustad faisait preuve d’une grande modestie et compassion. Quand il se trouvait à la Mosquée Sacrée (Masjid al-Haram) à La Mecque, il avait coutume de baiser les mains des portiers et des serviteurs de la Ka’ba, dont la plupart étaient des gens sans instruction. Devant un tel respect, ces derniers, en retour, respectèrent et aimèrent grandement notre Ustad. Ceci est tellement vrai qu’ils se mirent à son service pour le guider, lui et ses compagnons, vers quelques-uns des lieux les plus saints qui se trouvent autour de la Mosquée Sacrée, notamment celui appelé « Ashâb al-Suffah », et cela même pendant les moments les plus intenses du pèlerinage où les gens sont nombreux.
Parmi les personnes qui fréquentaient également le domaine d’Ashâb al-Suffah se trouvaient l’ancien mufti de Van (une ville située en Turquie orientale, près de la frontière iranienne) ainsi qu’un Shaikh Shâdhili. Tous les deux traitaient durement les autres et réprimandaient immédiatement celui qui avait commis une erreur ou montré une absence de bonnes manières. Toutefois, après avoir connu les manières raffinées et tolérantes de notre Ustad Sâmî, qudissa sirruh, possédant véritablement le caractère d’un disciple de Muhammad, ils vinrent à l’aimer profondément. En conséquence, ils changèrent d’attitude et remplacèrent leur dureté par la miséricorde et leur sentiment de colère par la tolérance et la patience. Ceci fut le résultat de l’appréciation que possède le véritable voyageur qui chemine sur le sentier d’Allah le Tout-Puissant. Même si de tels serviteurs d’Allah ne parlaient pas beaucoup, leur attitude parlait et enseignait les autres.
Parmi les personnes qui servaient à la Mosquée Sacrée figurait un homme handicapé dont le nom était Abdul-Qâdir Efendi. Bien qu’il fût physiquement handicapé, il était spirituellement animé d’une grande force. Notre Ustad l’invitait très souvent à diner et s’asseyait à côté de lui. Les mains d’Abdul-Qâdir Efendi avaient coutume de trembler à cause de sa déficience et il lui arrivait de renverser de la nourriture sur les vêtements de notre Ustad. Toutefois, ce dernier ne se sentait jamais concerné par cela et même faisait fi de ces incidents ; il nettoyait ses vêtements une fois son invité parti.