Excerpt for The greek alphabet by Thierry H. De Mortain, available in its entirety at Smashwords

Published by Thierry H. De Mortain at Smashwords

Copyright 2010 Thierry H. De Mortain

thierry.de.mortain@orange.fr

Montigny-le-Bretonneux. Le 20 octobre 2010.

L
’ALPHABET GREC

LA PISTE ACROPICTOGRAPHIQUE

LA LANGUE GRECQUE A T’ELLE EU UNE INFLUENCE SUR L’ALPHABET GREC ?

par Thierry H. de Mortain.

L’écriture pictographique a une longue tradition qui date du 3 ème millénaire av. JC et qui développée en parallèle en Egypte (hiéroglyphes) et en Mésopotamie (cunéiforme), a par la suite donné naissance et influencé tous les systèmes d’écriture du Proche Orient comme le protosinaïtique, le perse, l’arabe, l’hébreux et finalement le phénicien dont certaines lettres se propageront jusqu’à notre alphabet latin par l’intermédiaire de l’alphabet grec.

Introduction :

Je suis toujours étonné de lire sur la première page du dictionnaire, à la lettre ‘A’ la définition suivante: première lettre de l’alphabet. Dérisoire définition pour ce caractère qui est reproduit tous les jours des milliards de fois dans les livres, les journaux, les salles de classe et à la télévision...

Je ramenai d’un voyage au Japon il y a quelques années un livre fabuleux qui s’intitule ‘Comment se souvenir du Kanji’. Le Kanji ce sont ces milliers de caractères pictographiques -le plus souvent issus des caractères chinois et qui représentent les mots japonais. Le livre que je ramenai décrivait comment chaque caractère de Kanji se décompose en pictogrammes élémentaires et que chacun de ces pictogrammes était une représentation plus ou moins analogique d’un mot. C’est ainsi que le soleil

s’écrit :

;
et que l’oeil s’écrit :

Certes ces pictogrammes sont assez éloignés de la réalité avec leur forme cubique-les kanji étaient en général peints ce qui interdit l’utilisation des arcs de cercles-mais au moins on dispose d’un moyen mnémotechnique pour s’en souvenir : le soleil avec sa forme carrée est comme traversé d’un rayon de soleil ; l’oeil, lui est représenté verticalement et les 2 traits horizontaux au milieu représentent sans doute l’iris. Et surtout, les caractères utilisés pour l’écriture sont reliés aux mots qu’ils représentent : ils ont un lien avec la langue qu’ils sont chargés de transcrire et donc avec la vie.

Pourquoi n’en est-il pas de même avec les lettres de notre alphabet ? Bien sûr le S ressemble à un Serpent et le C à un Crochet mais beaucoup de lettres comme le A ou le M n’évoquent rien, du moins

en français.

Il faut donc remonter aux sources, à la naissance des alphabets phénicien et grec pour retrouver quelques explications sur l’origine et la forme des lettres. Je me suis plus particulièrement interessé dans les pages qui suivent au passage entre l’alphabet phénicien et l’alphabet grec, autrement dit à la rencontre de l’alphabet phénicien avec les mots grecs. Pourquoi ce passage entre l’alphabet phénicien et l’alphabet grec est -il si crucial ? Précisément parce que c’est lors de ce passage qu’on semble perdre le fil conducteur entre l’alphabet et la langue : en effet, en phénicien, on sait associer a chaque lettre un mot qui admet approximativement comme pictogramme cette lettre ; en revanche, en grec, on ne connait pas ce type de représentation pictographique. C’est comme si les lettres grecques perdaient toute valeur pictographique. Est-ce aussi simple que cela ? C’est ce que nous allons voir.

De nombreuses lettres grecques dérivèrent directement du syllabaire phénicien ; et il n’est pas question ici de remettre en cause cette filiation. Par contre, si on connaît bien le principe sur lequel furent créées les lettres phéniciennes, on ne sait pas pourquoi certaines lettres grecques changèrent de forme par rapport aux lettres phéniciennes dont elles étaient issues. Par ailleurs, de nouvelles lettres furent inventées par les Grecs : le principe sur lequel furent créées ces lettres reste lui aussi mystérieux.

La naissance de l’alphabet est datée autour du 8 ème siècle av. JC. La nouveauté apportée par cet alphabet concerne l’utilisation pour la première fois dans l’histoire des écritures, d’un ensemble fini de lettre et où chaque lettre transcrit un seul et unique phonème (les voyelles comprises) contrairement au syllabaires consonantiques amplement utilisés, la même époque, au Proche Orient. Pourtant la forme des lettres n’est pas nouvelle, car la majorité ont été importées par le syllabaire phénicien qui, lui a été élaboré autour du 10 ème siècle av. JC. La question, donc, qui se pose c’est d’explorer les raisons pour lesquelles les Grecs ont adopté telle ou telle forme pour les lettres de leur alphabet. S’agit-il de raisons phonétiques, de raisons pictographiques, d’une combinaison des deux, ou d’une autre raison, profondément liée à la culture grecque d’abord puis latine ensuite et aux apports des Grecs et des Latins aux peuples du Proche Orient et de l’Afrique du Nord ? Dans cet article nous explorons le mécanisme pictographique qui pourrait avoir été activé pendant l’élaboration du premier alphabet grec puis du premier alphabet latin.

Quelques questions sur l’alphabet Grec :

-La langue grecque a-t-elle eu une influence sur l’alphabet grec ?

-Est-ce que les Grecs utilisent la méthode des Phéniciens (pictographique) pour inventer, créer leurs propres lettres ?

-Se contentent-ils de recopier les caractères phéniciens, et de les laisser se déformer au fil du temps de façon fortuite ?

-Ou bien est-ce que les caractères phéniciens se transforment progressivement afin de mieux ‘coller’ aux mots grecs ?

-Sur quel critère les Grecs transforment-ils des consonnes phéniciennes en voyelles dans leur propre alphabet ?

-Ont-ils une méthode mnémotechnique comme les phéniciens pour enseigner leur propre alphabet?

Il est à noter que nous ne nous intéressons ici qu’à l’alphabet Ionien qui fut adopté en 403 av JC par les Athéniens à l’issue de la guerre du Péloponnèse. C’est cet alphabet qui se progagea jusqu’à nous , jusque sur nos billets en EURO/EYPO par l’intermédiaire des latins. Mais cet alphabet fut surtout le résultat d’une fusion entre entre les nombreux alphabets qui cohabitaient dans toutes les régions grecques. On peut penser qu’il fut le résultat d’une longue réflexion et surtout un signe de paix après cette guerre fratricide entre Spartes et Athènes.

Considérons tout d’abord un exemple simple :

La lettre (pi)

Un des clichés de la Grèce Antique est celui de ses temples avec leurs piliers surmontés d’un

linteau.

On trouve même de nombreux exemples de portes(de temple ou de ville) encore visibles de nos jours et qui ont une forme en  : il s’agissait souvent d’ailleurs de 2 blocs de pierre verticaux sur lesquels repose un troisième bloc horizontal qui dépassait légèrement de chaque côté.

La lettre  ne serait-elle donc pas tout simplement la représentation d’une porte ou Y  ? Le mot Y  signifiait en effet aussi bien porte de ville que de fortification, d’une maison que d’un palais. Si tel etait le cas, on pourrait expliquer qu’elle se soit fortement éloignée au fil du temps de la lettre phénicienne :

-pe- qui signifie ‘bouche’.

Seulement, en grec, le mot bouche se dit et commence par un Pour transcrire le son ‘p’ il faut donc trouver un nouveau pictogramme. La lettre phénicienne subit alors un sérieux changement pour se transformer en  : de forme arrondie, elle devient droite : deux traits verticaux, surmontés d’un trait horizontal qui dépasse un peu.

Elle passe cependant par les étapes suivantes :

On a alors un dessin qui fait penser à la porte des Lionnes à Mycènes : deux solides piliers surmontés d’un linteau horizontal qui dépasse un peu de chaque côté. La lettre ne serait-elle donc pas devenue tout simplement la représentation d’une porte de temple ou de ville, qui se dit (pulê) ...comme Simple n’est-ce pas ?



La porte des Lionnes à Mycènes

(XIII eme siècle av. J.-C.)

semble avoir inspiré la forme

de la lettre 

Cette forme de porte était la clé de l’architecture grecque antique. On trouve cette forme de porte partout en Grèce et notamment à Athènes. Le fait que les traits dépassent de chaque côté des traits verticaux est dû à des questions de résistance des matériaux : ainsi construite la porte est plus solide !

On peut associer à la lettre  un mot qui répond aux critères suivants :

-la lettre  est un pictogramme du mot 

-elle en est l’initiale

-la forme de la lettre est donc donnée par l’image pictographique du mot.

-le son de la lettre est donné par le son de la première syllabe du mot. 

C’est un codage qu’on appellera acropictographique.


Considérons maintenant les lettres constituées uniquement de traits droits, en les classant par nombre de traits croissants et essayons de voir si elles peuvent répondre à un codage acropictographique.

La lettre I (iota)

L’origine de la lettre phénicienne I est obscure. Il pourrait s’agir de la représentation d’une arme (jod).

En revanche, en Grec, plusieurs mots peuvent évoquer la lettre I , vue comme un pictogramme :

-le javelot IA, qu’on appelle parfois également le 'trait' en français.

-le mat I.




La lettre I : un mat de bateau



ou bien un javelot ?

(amphore ventrue grecque vers 525 av JC)

La lettre  (lambda)

La lettre -lamed- :



en phénicien dont est dérivée la lettre  désignait un aiguillon ce qu’on comprend aisément étant donné sa forme pointue et recourbée... Pour la lettre lambda qui forme une pointe avec ses deux traits droits on pensera plutôt au mot OXH qui veut dire pique , ou fer de lance.




La lettre  a une forme de fer de lance

La lettre T (tau)

La lettre T est dérivée de la lettre X (taw) qui désignait un signe en phénicien.

Dans sa version grecque, le trait horizontal de la lettre T paraît être en équilibre sur le trait vertical. Comme s’il pouvait pencher d’un côté ou de l’autre. Ne s’agirait-il pas du fléau d’une balance ?... On peut donc penser aux mots :

-TPYTANH : balance.

-TAANTON : balance de la justice.

-TIMA : juger digne, estimer, évaluer.

Autrement dit :

:


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