3. Demeurer ferme sur le chemin de dieu
4. Demeurer en compagnie du juste et du véridique
11. L’excellence (Al-Ihsân) et la vigilance (Al-Murâqaba)
14. L’islam donne vie à l’humanité
15. L’importance du comportement dans le tasawwuf
Ouvrages d’Osman Nuri Topbas en langue française
Osman Nuri Topbas est né en en 1942 à Erenköy, un important quartier d’Istanbul en Turquie. Il est le fils de Musa Topbas et de Fatma Feride Hanım, elle-même fille de H. Fahri Kığılı. Il fréquenta l’école primaire Zihni Paşa d’Erenköy puis, en 1953, il fut élève au lycée Imam Hatip, l’une des principales institutions d’enseignement secondaire, composée d’enseignants hautement respectés tels que M. Celaleddin Ökten, Mahir Iz ou bien Nurettin Topçu. Pendant cette période, il étudia sous la direction de M. Zekai Konrapa, Yaman Dede (Abdülkadir Keçeoğlu), Ahmet Davutoğlu, Mahmud Bayram et Ali Rızâ Sağman. Il fit également la connaissance du célèbre poète et penseur Necip Fazil. Il joignit le dernier cercle de ses amis, assista à ses discours, s’occupa de sa revue ‘Buyük Doğu’ et devint un ardent défenseur de ses idées. Osman et son oncle Abidin Topbas reçurent tous deux leur diplôme de fin de cycle en 1960.
Après l’obtention de son diplôme, Osman Nuri Topbas s’engagea pour un certain temps dans le commerce et l’industrie. En 1962, il effectua son service militaire à Tillo, près de Siirt, en qualité d’enseignant officier de réserve. Il apprécia particulièrement enseigner au sein de l’armée et s’impliquer parmi les gens.
Après avoir terminé son service militaire, il retourna travailler dans le secteur commercial en ayant jamais rompu les liens de l’éducation et de la philanthropie. Il fut un membre actif du mouvement ‘Ilim Yayma Cemiyetli’ (Association pour la Promulgation de la Connaissance). Son activité opéra comme une organisation ou une fondation charitable, en un centre qui offrait aussi des bourses d’études aux étudiants et l’assistance nécessaire aux pauvres. Il fut également en charge des activités philanthropiques de sa famille. Ensuite, il poursuivit ses activités de bienfaisance sous le toit de la Fondation Aziz Mahmud Hüdayi après son instauration en 1985. Il joua non seulement un rôle important dans son instauration, mais aussi dans la diffusion de ses services en faveur des étudiants venus des pays voisins de la Turquie.
Osman Nuri Topbas commença sa carrière d’écrivain au début des années 1990 suite à son intérêt pour les études religieuses et la poésie. On peut citer parmi ses ouvrages publiés à Istanbul:
1. Bir Testi Su (1996).
2. Rahmet Esintileri (1997.)
3. Nebiler Silsilesi I- IV (1997-1998).
4. Tarihten Günümüze İbret Işıkları (1998).
5. Abide Şahsiyetleri ve Müessesleriyle Osmanlı (1999).
6. Islam Iman Ibadet (2000).
7. Muhabbetteki Sır (2001).
8. Imandan Ihsana Tasavvuf (2002).
9. Vakıf-Infak-Hizmet (2002).
10. Son Nefes (2003).
Les œuvres d’Osman Nuri Topbas sont traduites en de nombreuses langues. Il partage également sa vision à travers des séminaires d’enseignement et en prenant la parole lors de conférences internationales. Il est marié et père de quatre enfants.
Louange à Dieu, l’Exalté, qui nous a bénis, (nous), Ses serviteurs impuissants, avec la joie et la paix émanant de la vraie foi. Que les bénédictions et la paix soient sur la Fierté infini de l’Univers, le Prophète Muhammad, qui a mené l’humanité de l’obscurité la plus profonde à la lumière la plus absolue.
Dieu le Très-Haut a conféré à l’existence un secret unique : elle fut créée par amour. En raison de cette réalité, il y a déclin là où cet amour est absent et il y a manifestation de sa perfection là où il est patent. Cette évidence est exprimée dans le fameux Mathnawî de Jalal-ud-Din Rûmî:
Dieu a murmuré un secret à l’oreille d’un nuage, et des larmes d’eau ont coulé comme un seau de ses yeux. Il a murmuré un secret à l’oreille d’une rose et l’a embellie de couleurs et de parfums. Il a murmuré un secret à la pierre et l’a transformée en cornaline chatoyante à l’intérieur de la mine. Il a murmuré un secret au corps humain et a élevé ceux qui l’ont éternellement protégé.
Ce secret est celui de l’amour divin. C’est pourquoi la seule façon pour les êtres humains de parvenir à la satisfaction de Dieu le Très-Haut et à l’intercession du Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui), et par conséquent, d’obtenir le salut ici-bas et dans l’au-delà, est une simple vérité cachée à l’intérieur du secret de l’amour divin. Ceux-là connaissent cette vérité et sont obéissants à ses préceptes ; ils éprouvent l’émotion intense et la joie de vivre dans leurs cœurs, à l’instar de cette souche d’arbre qui, en pleurant, avait poussé des cris d’amour envers le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui). Vivre un tel degré d’amour exalte l’homme à l’état de perfection et à l’apogée de la création. Il mène au droit chemin.
Cependant, demeurer dans le droit chemin n’est seulement possible qu’en fréquentant les croyants justes et véridiques. Une telle compagnie crée l’équilibre du corps et de l’âme jusqu’à ce que l’âme-sultane prévale sur le corps-esclave. Le cœur, lieu où apparaissent les manifestations divines, obtient quiétude et apaisement parce qu’il est capable de parvenir à la Vérité.
Le serviteur progresse sur la voie de la perfection spirituelle, faisant face à diverses épreuves de foi. À chaque étape de ce voyage vers l’éternité, il est traité en proportion de sa sincérité. La clé de la grâce et de la miséricorde de Dieu repose sur la crainte et l’espoir – un équipement très important pour remporter la guerre contre l’ambition et la jalousie – afin de parvenir au contentement. Le serviteur, parvenu à cette condition, restera alors en alerte contre le danger de l’insouciance et adorera son Seigneur avec un cœur sain et éveillé. En observant de la sorte son ego profond, on renforce son cœur en le maîtrisant contre la colère.
Ainsi, ceux qui peuvent être «les véritables lutteurs», comme spécifié dans les propos du Prophète Muhammad1 (paix et salutations de Dieu sur lui), réalisent la portée de la sagesse divine derrière la vie et la mort. Ces derniers ne font aucune provision en vue de jouir des plaisirs temporaires que leur offre ce monde d’ici-bas. Ils tentent seulement d’accomplir de bonnes œuvres et de vivre une existence embellie de connaissance, de raisonnement, d’obéissance et d’adoration. Puisqu’une telle existence permet de combler le cœur par l’intermédiaire de l’amour de la Vérité, le serviteur se rend compte de la beauté et de la sérénité de la mort. Il considère la mort comme un moment de retrouvailles avec le Bien-aimé et l’attend avec impatience.
Les croyants travaillent le jour pour gagner licitement leur subsistance et obtiennent leur nourriture spirituelle à travers leurs actes d’adoration accomplis au milieu de la nuit. C’est la raison pour laquelle ils ne sont ni concernés par la poursuite des biens d’ici-bas, ni même intéressés par les soucis que cela engendre. Ils deviennent eux-mêmes source de sérénité et de bénédiction pour leur communauté et, dans ce monde, leur famille se change en paradis.
Dans ce monde d’épreuves au sein duquel la lumière et les ténèbres mènent une lutte sans merci, ceux qui sont élevés dans ce paradis prennent toujours le côté du droit et de la vérité – le droit chemin indiqué par les commandements divins. Ils s’acquittent avec ravissement de leurs obligations envers le Saint Coran. Ils tentent de lire avec recueillement le «Livre de l’univers» pour y découvrir sa sagesse, ses mystères et ses vérités. Ainsi, ils se transforment en miroirs qui reflètent l’aisance et la quiétude spirituelles qui leur est accordé. Cette condition éminente est celle d’être un Coran vivant. En effet, tous les combats justes, depuis celui de Badr jusqu’à ceux menés par nos ancêtres Ottomans, ont été des efforts pour atteindre puis protéger cette condition.
Cette introduction est un résumé de ce modeste ouvrage que j’ai intitulé «Le secret de l’amour divin».
Puisse notre Seigneur nous accorder les manifestations inhérentes à la prospérité et à la spiritualité. Puisse Dieu nous accorder l’extase de la foi. Puisse t-Il illuminer nos cœurs par la lumière du Coran et d’en tirer, pour nous-mêmes, des sources multiples de sagesse. Puisse notre Seigneur nous pardonner à cause de Son amour, Sa miséricorde et Sa compassion.
Amin!
L’un des plus remarquables attributs du trésor caché mentionné dans la parole: «J’étais un trésor caché et J’ai voulu être connu. J’ai alors créé le monde afin d’être connu par lui» est une grâce absolue. Dieu le Très-Haut ne désirait pas dissimuler cette grâce mystérieuse, infinie et imperceptible ; Il a donc créé le monde. Une petite goutte de Son amour infini a été accordée à cet univers et à cette terre. Ainsi, cette dernière a obtenu une supériorité probante sur toutes les autres créations. Dieu a également créé l’être humain, la plus noble créature de la terre.
Dieu, qui a créé chaque créature avec amour, a fait d’elle un signe manifeste de Son art et de Sa perfection. L’existence de l’être humain, en tant que chef- d’œuvre divin, est la manifestation parfaite de l’amour et de la bonté. Car le but de la création de ce monde n'a pas été uniquement de l'orner de champs verdoyants, de vallées, de vastes déserts et de montagnes, mais le but en était l’être humain, le ressort de l’amour et la quintessence de la création. C’est pourquoi l’honneur d’un être humain est directement proportionnel à son objectif de préservation de sa propre création.
En outre, étant donné que le but de la création est l’amour, l’attribut de l’amour est présent comme inclination naturelle chez toutes les créatures. Même le scorpion qui transporte sa progéniture sur son dos est la conséquence de cet amour.
Cette inclination d’amour est à son apogée avec l’être humain, la plus noble des créatures. Néanmoins, dans ce monde rempli d’épreuves et de tribulations, l’homme obtiendra la récompense de son amour à la mesure de la dignité de l’objet de son amour. Cela signifie que le cœur de l’homme, créé avec la capacité d’aimer infiniment, pourra atteindre la perfection qu’à l’unique condition que son possesseur dirige sa tendance vers l’amour de Dieu. Il ne peut s’aider en poursuivant des buts inférieurs et inutiles sinon sa vie sera finalement une déception. En d’autres termes, aussi longtemps que l’homme se consacre à Dieu, à ce qui Lui est cher et à sa tendance naturelle à aimer, il pourra obtenir la grâce de s’élever spirituellement, à la mesure de sa dévotion.
En effet, les épreuves divines infligées à l’être humain dépendent de la façon dont il oriente son amour. C’est en raison de cette règle que Dieu a accordé à la nature humaine des inclinations positives et négatives. Dieu a accordé aux êtres humains une part de Ses trois grands attributs: 1) l’existence absolue, 2) la grâce absolue, 3) le bien absolu; mais Dieu a également altéré cette nature humaine par les opposés de ces attributs: 1) l’inexistence absolue, 2) la laideur absolue, 3) le mal absolu. Dans ce contexte, le Coran dit: «et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété.» (Coran, Shams, 91/8)
Ceux-ci sont deux infinis, deux pôles diamétralement opposés vers lesquels les êtres humains sont attirés durant toute leur vie. Cependant, on doit se rendre compte que le plus grand malheur de l’homme demeure son inclination vers le pôle négatif. Ceux qui sont inclinés vers ce pôle sont tellement aveuglés qu’ils ne font qu’admirer leurs personnes et leurs actions. C’est là certes une grande faiblesse. Une telle insouciance empêche l’homme de réaliser sa pleine capacité. C’est aussi la maladie spirituelle la plus malfaisante, la plus grande arrogance pour l’homme, devenant ainsi étranger à la puissance divine.
Le sens réel de l’adage soufi: «mourrez avant que la mort vienne à vous!» signifie en fait que l’on doit éviter de tomber dans le piège d’acquérir les mauvais traits provenant du pôle négatif et s’échapper du tourbillon de la nature. Cependant, la méthode (utilisée) pour une telle réalisation ne veut pas dire qu’il faille tuer l’ego (nafs), mais d’obtenir le contrôle sur lui. Rûmî développe ce point comme suit:
Si l’eau reste en dessous du navire, cela devient un point d’appui. Toutefois, si l’eau remplit le navire, elle le détruira. On peut exemplifier le même fait avec le feu déplaçant le navire : le feu dans la chaudière déplace le navire, mais si ce feu se propage sur le pont, alors il brûlera le navire.
Le serviteur devient alors proche de son Seigneur puisqu’il refoule les effets provenant des traits négatifs. La seule manière de réaliser cela est d’orienter son amour vers Dieu à la mesure de la capacité de son cœur. Pourtant, beaucoup de dangers se dissimulent lorsque cet amour est orienté directement vers Dieu. À un moment donné, le cœur peut brûler comme s’il était électrifié par un haut voltage. Cela peut détruire une personne. La manifestation de Dieu au prophète Moïse (sur lui la paix) en est un exemple représentatif:
Moïse a rencontré le kalam, ou l’attribut divin de la parole de Dieu, sur le Sinaï. Il perdit toute conscience du grand amour à cause de l’attraction spirituelle de la divine conversation qui eut lieu au-delà de la perception humaine, sans lettres ni paroles. Alors, il demanda ardemment de voir Dieu, mais Il lui répondit: «Tu ne peux pas me voir!» Moïse cependant insista et Dieu, de fait, lui demanda de regarder en direction de la montagne: celle-ci fut littéralement pulvérisée par un rayon de lumière envoyée par Dieu. Après cet évènement terrifiant, Moïse s’évanouit et sollicita le pardon divin.
Comme l’illustre cet incident, l’amour exige une gradation. Certaines pratiques sont nécessaires pour développer sa propre capacité à connaître l’amour divin. Cela exige une formation progressive consistant à adopter la spiritualité des amis de Dieu et à s’éloigner de l’autorité exercée par l’ego. Le cœur peut seulement augmenter sa capacité innée d’aimer qu’en utilisant cette sorte d’entraînement et peut ainsi être purifié et libéré de l’emprise des traits négatifs. Alors seulement le cœur sera en mesure d’avoir la capacité spirituelle de devenir un réflecteur de l’amour divin, à l’instar d’un miroir poli.
L’amour d’une mère, d’un père, d’une épouse, d’un mari, d’un enfant, ainsi que toutes les opportunités d’ordre matériel et spirituel sont en fait des faveurs que Dieu accorde à Ses serviteurs. Toutes ces manifestations d’amour doivent uniquement servir à se rapprocher de Dieu; elles ne sont que des indicateurs sur le chemin de Dieu. Nos cœurs ne doivent pas en être esclaves; ceux qui sont amoureux de l’Absolue Beauté ne tombent pas amoureux de ses fragments. Ceux qui le sont seront privés de tout. En d’autres termes, ceux qui aiment le monde d’ici-bas seront privés de l’amour de Dieu. Rûmî exprime cette réalité dans le distique suivant:
«Quiconque aime ce monde et lui consacre son cœur ressemble à un chasseur tentant de chasser une ombre. Une ombre peut-elle lui appartenir? De même, un chasseur naïf confond l’ombre de l’oiseau avec l’oiseau lui-même et tente de le capturer. Pourtant, même l’oiseau sur la branche de l’arbre est étonné par ce que tente de faire le chasseur d’ombre!»
Chaque individu conscient qui pense à sa finalité peut facilement comprendre que le but de la création consiste à devoir limiter son indulgence vis-à-vis des amusements et affections provisoires et à orienter son amour vers Dieu. La grâce absolue étant la grâce de Dieu, toutes les beautés dont nous sommes témoins et que nous admirons ne sont rien d’autre qu’un reflet de Sa beauté.
L’amour vécu entre Layla et Majnun est un exemple magnifique qui exprime ce fait. Si le cœur de Majnun était resté consacré à Layla, elle serait devenue son idole. Cependant, Layla a seulement joué un rôle provisoire pour Majnun; elle est tombée de sa faveur après que son cœur se soit élevé à un niveau tel que son but premier est devenu l’amour divin. Bien que Majnun voyageât vers Layla, il eût la force d’orienter son cœur vers Dieu au lieu de s’établir sur Layla.
L’amour est confirmé lorsque son objectif est véritable. Un tel amour ne devient ni un manoir, ni un quartier général absolu, ni même une destination finale pour le cœur s’il aboutit à la déception et à la désillusion! Seul en est exempt le cœur qui continue son voyage en compagnie des bénédictions acquises de ces amours, à l’instar d’un sol fertile. Le danger ici réside dans le fait de se tourner vers ceux qui sont indignes d’être aimés. Pire encore est le fait que cela leur reste collé. Si Majnun avait été étouffé par l’amour fou qu’il éprouvait pour Layla, sans se rendre auprès d’elle, son amour aurait été sans valeur. Il aurait disparu avec l’amour limité, tout comme d’autres «Majnuns».
Dieu le Très-Haut n’abandonna le prophète Joseph (sur lui la paix), celui-là même qui portait en lui la lumière de la prophétie, au moment où il fut jeté dans un puits par ses frères. Un voyageur assoiffé y plongea son seau dans l’espoir de trouver de l’eau. Lorsque Joseph sortit du puits avec le seau, le voyageur perspicace oublia sa soif; il fut à la fois charmé et terrifié par la beauté qu’il apercevait. D’une part, le voyageur insouciant n’avait pas perçu l’aspect spirituel de cette beauté et d’autre part il était resté concentré sur la substance matérielle qu’il avait vendue imprudemment par la suite à un vil prix, tout comme Majnun qui était resté attaché à Layla et qui n’avait pu réaliser ultérieurement l’union divine.
Pour le voyageur qui avait descendu la corde dans le puits, espérant y trouver de l’eau, cela aurait dû être pour lui l’occasion de l’oublier en contemplant la beauté de Joseph. Il aurait dû rompre toute relation avec ses affaires terrestres avant que ne se manifeste l’amour divin qui avait brillé comme les rayons lumineux du soleil à travers une lentille. Il est très regrettable que le stupide voyageur ait été dupé par l’attrait des avantages terrestres qu’il pensait recevoir de Joseph (sur lui la paix). Il gaspilla ainsi l’occasion magnifique qui lui avait été présentée.
Ce que nous tentons d’expliquer ici, c’est l’itinéraire idéal pour réaliser le plus grand amour et l’affection la plus durable. Passer par les différentes étapes de l’amour sans y être retenu est au-delà de la capacité de la plupart des gens ordinaires. Ceux qui parviennent à la perfection sont ceux qui inclinent vers ce but, extérieurement par leur libre arbitre et intérieurement par la commande de leur destin. Ces personnes peuvent accéder à des étapes différemment variées, à travers de nombreux chemins, toutes guidées par Dieu proportionnellement à l’aide divine qui leur a été accordée. Le résultat de ceci est le retour à Dieu – fanâ fi Allah (extinction ou annihilation en Dieu), à l’instar d’une rivière qui disparait dans la mer. La destination ultime étant baqâ bi-Allah (demeurer avec Dieu)2
Il faut savoir que la raison est limitée. Tout ce qui est au-delà de la limite de la raison est pure folie. En revanche, le pouvoir du cœur est lui infini. L’essence de la sérénité est l’annihilation en Dieu et l’éternité avec Dieu. Rûmî exprime magnifiquement la manière dont il a été consumé par l’amour divin, en état de fanâ fi-Allah et de baqâ bi-Allah, et comment ce feu présent à l’intérieur de son âme n’a pu être éteint par la mort:
Ouvrez ma tombe après ma mort et voyez comment les vapeurs se lèveront de mon linceul. Est-ce donc cette cage corporelle qui rend la mort si effrayante! Lorsque vous brisez la coquille corporelle, vous vous apercevrez que la mort ressemble aux perles!
L’une des plus remarquables caractéristiques des amis de Dieu est leur faculté d’être consumés par l’amour divin. Rûmî avait recherché de tels amoureux, ceux qui avaient été brûlés d’amour, d’où ces expressions passionnées:
J’ai besoin de cet amant qui, de ses flammes intérieures, provoque de grands tumultes; et avec le feu de son cœur, tous les feux se réduiraient en cendres.
Il existe deux formes d’amour: métaphorique et véritable. L’amour, la dépendance et la dévotion à toute autre chose ou créature dans l’univers «autre que Dieu» (ma siwa Allah) est considéré comme la forme métaphorique, tandis que l’amour exprimé envers le Seigneur de l’univers et l’inclination vers Lui est considéré comme la forme véritable.
Ceux qui ont poli leur cœur avec le véritable amour exprimé envers le Seigneur sont capables de voir la manière dont la beauté est reflétée en eux à tout moment et d’être témoins de l’un des signes illimités de la puissance de Dieu. En d’autres termes, ils découvrent dans leur nature intrinsèque la réalité de «ahsani taqwim » (le plus excellent modèle). Pour eux, il n’existe aucune couleur, aucune odeur métaphorique susceptible de les attirer par leur beauté, mais quelque chose d’infiniment plus vrai. En effet, ils ont atteint la connaissance de Dieu, ont renoncé aux parures extérieures et sont parvenus à la Réalité. Là, ils y ont vu l’éternité divine.
Le grand voile établi entre Dieu et Ses serviteurs n’est pas lié à une distance physique, comme celle qui existe entre le Ciel et la Terre, mais il est le sentiment de l’existence distincte du Créateur. Pour cette raison, quand Dieu énonce:«Quand J’ai inspiré en lui un esprit venant de Moi», Il veut rappeler aux êtres humains cette saine nature qu’Il leur a donnée de Sa présence. Dieu a dit aussi: «Je suis le secret de l’homme, et l’homme est Mon secret.»
Par conséquent, tous les trésors et les secrets divins sont consacrés à l’humanité. Dieu le Très-Haut souhaite présenter Sa sublime existence dans le cadre sacré de l’homme. «Je suis le secret de l’homme» contient l’annonce joyeuse d’un attribut partagé. Si cet essentiel et ces heureuses nouvelles sont capables de transporter le croyant vers la perfection affective et amoureuse, alors le cœur lui aussi est capable de voyager vers les secrets du monde divin. Ainsi, la réalité de tous les objets, les secrets nommés «homme» et «univers» et les secrets du monde divin peuvent donc tous se manifester. À ce moment-là, le serviteur est en mesure de recevoir ces manifestations d’un cœur sain.
Quand le serviteur atteint cette maturité, le voile de l’insouciance qui se trouve entre Dieu et lui se soulève petit à petit. Il peut désormais saisir le sens de «mourrez avant que vous ne mourriez». Le monde, avec son amour limité et sa beauté éphémère, s’éparpille au vent ; l’âme perçoit enfin la grâce immense de s’approcher de son Créateur.
Nous devons savoir que la seule source de miséricorde et d’affection qui mène autrui à l’océan de l’amour, c’est le Prophète Muhammad (paix et salutations de Dieu sur lui). L’amour de Muhammad signifie obéir à Dieu le Très-Haut. Lui obéir signifie obéir à Dieu et se rebeller contre lui signifie se rebeller contre Dieu. Par conséquent, l’honorable existence du Prophète Muhammad constitue un lieu d’amour et un refuge pour l’humanité. Les Gnostiques (‘Arifun) savent que la raison liée à l’existence de la création est due à l’amour de Muhammad. En conséquence, l’univers entier est dédié à la lumière existentielle de Muhammad (paix et salutations de Dieu sur lui).
C’est la raison pour laquelle l’amour envers le Messager de Dieu est protégé des dangers qui se cachent derrière l’amour porté envers les autres créatures (mâ siwa). Ainsi donc, il est impératif d’aimer de tout cœur le Prophète. Fatima (que Dieu soit satisfait d’elle) présente l’un des meilleurs exemples de cet amour dans la description de son désespoir vécu lors des funérailles du Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui):
En l’honneur du Prophète du monde futur, un tel malheur m’est parvenu; serait-il parvenu au-dessus de l’obscurité, sa couleur aurait été changée. (Ibn al-Jawzi, al-Wafa)
La plus belle manifestation et la plus significative de l’amour envers le Prophète apparait dans l’obéissance qui lui est due. Le principe de «l’amant doit aimer tout ce qui est aimé par son bien-aimé » signifie qu’il est effectivement nécessaire d’obéir au Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui). Cet amour constitue l’épine dorsale de l’amour envers Dieu; tout autre objet d’amour étant invalidé dans le chemin du Coran et de la Sunna. La seule façon de parvenir à l’amour divin est de passer par l’amour du Prophète Muhammad (paix et salutations de Dieu sur lui).
L’amour envers le Prophète est sans conteste le plus haut degré qu’un homme ne pourrait jamais atteindre dans le chemin qui le mène à l’amour de Dieu. Le Très-Haut a placé des limites à toutes les capacités humaines telles que leur perception et leur intelligence. Cependant, Son essence divine surpasse toutes les limites.
L’amour pour Dieu exige celui de la lumière de Muhammad (Nur Muhammadi), de son honorable existence, des amis de Dieu et de toute créature considérée en présence de Dieu et en vertu de leur mérite. C’est un cercle d’amour dont l’inclination vers Dieu est une source de miséricorde et de guérison; tout objet d’amour situé en dehors de ce cercle affaiblit la logique prédominante de l’amour véritable. En conséquence, de nombreuses bénédictions sont attachées au fait d’aimer le Prophète et le peuple de Dieu (Ahl Allah). Les remords en ce monde et dans l’au-delà attendent ceux qui les détestent.
Le cœur des amis de Dieu est semblable à la nacre: il engendre des perles plus grandes que les gouttes de pluie d’avril. Ces gouttes peuvent transformer les cœurs immatures en perles grandes et magnifiques, par la grâce de Dieu. Tout ce dont le cheminant a besoin, c’est de percevoir la goutte de pluie qui est dissimulée à l’intérieur de cette perle. Il est dit ceci dans le commentaire du Mathnawî:
Dieu a murmuré un secret à l’oreille d’un nuage, et des larmes d’eau ont coulé comme un seau de ses yeux. Il a murmuré un secret à l’oreille d’une rose et l’a embellie de couleurs et de parfums. Il a murmuré un secret à la pierre et l’a transformée en cornaline chatoyante à l’intérieur de la mine. Il a murmuré un secret au corps humain et a élevé ceux qui l’ont éternellement protégé. Recevant l’inspiration directement du monde divin, ces corps ont atteint le secret de la proximité de Dieu – étant sauvés de leur propre enveloppe corporelle.
À travers l’Histoire, les prophètes et les messagers qui ont reçu ce secret ont été des porteurs de lumière et ont atteint la perfection par le biais de leur amour.
Puisse Dieu nous accorder l’immense faveur de Son affection, l’affection de Son bien-aimé Prophète et de Ses saints ! Puisse Dieu nous maintenir suffisamment en vie pour que nous puissions accomplir de bonnes actions qui pourront nous assurer l’acquittement dans le monde futur, avant qu’Il éclaire nos cœurs de Ses magnifiques manifestations d’amour! Puisse Dieu remplir nos cœurs de miséricorde!
Amin!
L’homme a été créé par Dieu de la meilleure façon (ahsani taqwim) et, en tant que tel, il est l’essence même de tout être. L’homme est la seule création qui a recueilli, en quelque sorte, les attributs de Dieu et, comme Lui, a rassemblé les opposés en lui-même. Par conséquent, l’homme est désigné comme l’être le plus noble de toute la création.
L’être humain est non seulement équipé d’un potentiel intérieur positif capable d’améliorer sa position morale, mais également de désirs négatifs susceptibles de le faire sombrer dans les plus abjectes profondeurs de l’immoralité. Dans le contexte présent, l’être humain, tout au long de sa vie, est témoin de ce conflit véhément qui existe entre ces deux pôles. Ce micro-conflit est en réalité un reflet du micro-univers de l’être humain et du conflit ayant cours dans l’univers. Le véritable courage, celui qui fait d’une personne un être humain décent, se trouve dans la capacité qu’à celui-ci d’obtenir un résultat positif de son conflit intérieur et de préserver sa moralité originelle et innée. Ainsi, l’appellation «d’homme parfait» (insan kamil) est généralement octroyée à ceux qui ont protégé les aspects divins dans leur nature essentielle. De telles personnes représentent des figures de bonté et de sincérité extraordinaires; elles sont l’avant-propos et le résumé du livre de l’univers, la scène sur laquelle le principe de la création est dévoilé.
Le corps même de l’homme parfait reflète la pureté de son cœur en raison de la maîtrise exceptionnelle qu’il exerce sur ses organes. Son cœur est devenu la demeure de l’amour divin et le magnifique palais de la connaissance de Dieu (ma’rifat Allah). Ainsi, le cœur de l’homme parfait devient, dans une certaine mesure, la propre demeure de Dieu le Très-Haut (bayt Allah).
Il est certes extrêmement difficile d’expliquer et d’analyser de manière complète cette notion d’homme parfait. Shaykh Sa’dî disait à ce propos: «Le cœur est le lieu où Dieu se révèle Lui-même.»
Les paroles qu’emploie l’homme parfait recèlent maintes significations spirituelles cachées tandis que ses actions reflètent la perfection parce qu’il a tiré bénéfice du climat spirituel du noble Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui). Son cœur est devenu un espace de beauté, car atteindre la vérité (haqq) et devenir le vice-gérant (khalifa) de Dieu le Très-Haut ne devient possible qu’en possédant un cœur spirituellement sain.
L’homme parfait embrasse l’essence vraie de l’adage suivant: «al-shari’a (la loi religieuse) est ma parole, at-tarîqa (la voie; le chemin) est mon agissement et al-haqiqa (la réalité) est mon état.» Un prophète a relaté que Dieu a dit: «Ni Mes cieux ni Ma terre ne peuvent Me contenir, mais le cœur de Mon serviteur fidèle Me contient.»3
L’homme parfait est celui qui a perdu sa propre volonté en raison de son amour pour Dieu, à l’instar du phalène qui virevolte autour d’une source de lumière. Dieu devient sa vue et son ouïe; tout ce qui lui est alors prédestiné devient pour lui la plus belle des possibilités. Étant sans cesse à la recherche du divin, son amour pour le monde d’ici-bas est complètement éliminé, tous les gains provisoires ayant perdu leur signification.
L’homme parfait est en état de regarder et d’apprécier la beauté divine, l’ordre parfait de l’univers. Cet univers et les évènements qui s’y déroulent lui enseignent d’innombrables leçons. Il est un humble croyant qui a véritablement pris conscience de son insignifiance et de sa faiblesse par rapport à la constante révélation divine. C’est pourquoi, la plupart du temps, Dieu le Très-Haut accepte les prières et les requêtes de l’homme parfait et ne les refuse en aucun cas. Son humilité et sa sincérité signifient que dans ses prières il évite tout ce qui serait susceptible de tourner à son propre avantage; la graine de la miséricorde façonne son caractère et son cœur prend soin de chaque créature. Il est pleinement conscient du fait que l’univers fonctionne d’une manière parfaite et qu’il est entouré de sagesse divine (hikma). La règle céleste qui régit cet univers est celle qui nous est la plus propice.
Un jour, Sünbül Efendi demanda à ses disciples: «Si vous étiez autorisés à administrer l’univers, que feriez-vous?» Étant peu habitués à entendre une telle question, les disciples hésitèrent à répondre. Puis l’un deux dit: «Je ne laisserai aucun incroyant vivre sur la surface de la terre!» Un autre dit: «Je supprimerai tous les maux de la terre!» D’autres suggérèrent même de sanctionner les gens ivres. L’un des disciples demeura cependant silencieux, ce qui attira l’attention du shaykh: «mon fils, toi, que ferais-tu? Lui demanda t-il. Ce disciple répondit humblement: «Ô mon shaykh! Cette question implique - puisse Dieu me pardonner – qu’il y ait carence ou imperfection dans l’administration de la création. Comment oserais-je, avec mon intelligence limitée, proposer une option autre que celle déjà en place?»
Après avoir entendu cette sage et perspicace réponse, le shaykh déclara: «La question est désormais réglée, nous avons découvert le fond du problème.»
Après cet évènement, ce disciple vint à être connu comme étant Merkez Efendi. Par la suite, son véritable nom, Musa Muslihiddin, fut oublié. Il est connu aujourd’hui sous le patronyme de Merkez, ce qui signifie «noyau».
Étant donné que l’homme parfait est tout à fait conscient de l’amour de Dieu, il n’y a donc plus aucune possibilité pour que la tentation réside dans son cœur. À cause de son être qui est le centre de l’attraction spirituelle, les gens le considèrent naturellement avec amour et respect ; cette réalité ne le rendant toutefois ni arrogant ni fier.
Il se rend constamment compte de la puissance de Dieu, même quand il se trouve parmi les gens, et obéit aux injonctions divines. Il attache une grande importance aux commandements de Dieu (ta’zim li amr Allah) et se montre particulièrement tendre et compatissant envers les créatures de Dieu (shafaqa li-khalq Allah). Par contre, il ne ressent aucune sympathie envers les fautifs et les oppresseurs. Cependant, grâce à son sens aigu de la miséricorde, il a beaucoup de peine pour eux. Les seuls biens dont il a réellement besoin sont ceux qui lui sont nécessaires pour être au service du pauvre et du nécessiteux.
L’homme parfait se consacre à l’acquisition de la connaissance divine pour pouvoir atteindre Dieu. Ceci conformément au postulat: «L’être humain est Mon secret et Je suis le secret de l’être humain.» L’homme parfait est désormais un serviteur qui ne s’inquiète pas de la peine et des tribulations de ce monde.
On raconte que Jésus (sur lui la paix) rencontra un jour un homme dont le corps était couvert de taches et transpirait sans cesse. Malgré cela, il s’exclamait :
«Ô Seigneur! Grâce et louange te soient rendues car Tu m’as épargné des souffrances infligées à la majeure partie de l’humanité.»
Afin de tester sa maturité (spirituelle) et sa conscience, Jésus lui demanda: «Ô homme! Quel est donc ce tourment que Dieu t’a enlevé?» L’homme répondit:
«Ô esprit de Dieu! La plus douloureuse des maladies et des difficultés, c’est le fait d’être privé et ignorant de la Vérité. Que Dieu soit loué de m’avoir préservé de cela, car je vis dans la joie et le bonheur à cause de la grâce qu’Il m’a accordée. Aucun autre avantage en ce monde n’est comparable à cela.»
L’homme parfait considère ce monde à la lumière de la réalité certaine que tout va finir par disparaître. Il sera ainsi en compagnie de son Seigneur dans la station de l’émerveillement.
Le seul objectif et la finalité de l’homme parfait, c’est de parvenir à la satisfaction de Dieu. Sur ce chemin, les aliments doux et amers sont pour lui identiques. De même, il n’y a aucune différence de son point de vue entre le peu et le considérable, le chaud et le froid, la richesse et la pauvreté; tout lui est relatif.
L’homme parfait semble étranger à ce monde. En fait, le monde entier n’a aucune signification pour lui; il est comme un jeu accompli dans un bac à sable. Par conséquent, nul être humain ici-bas ne pourra l’incliner vers ce bas monde. Il est humble dans l’ensemble de ses affaires et suit le meilleur chemin dans tous ses actes d’adoration.
L’être humain a certains droits vis-à-vis de son Seigneur, tel le fait de L’adorer et de Lui rendre grâce. D’autres droits lui sont imputés vis-à-vis de sa famille et de lui-même. L’homme parfait maintient un équilibre entre ces obligations.
L’homme parfait est une âme douce. Il garde toujours ses promesses et ne trahit jamais sa parole. Il ne fait de mal à personne pour acquérir un intérêt personnel. Il est juste dans sa conduite, à la fois envers ses semblables et Dieu le Très-Haut. Même les actions qui sont contraires à son propre intérêt ne l’affligent guère ; si l’offenseur est une personne qu’il a l’habitude d’aider, l’homme parfait continuera d’agir avec bienveillance envers elle. Étant donné que l’homme parfait imite en tout point la conduite de Dieu, en ne cherchant que Sa satisfaction, son comportement et tous ses actes seront naturellement conformes au Coran et à la Sunna (Tradition prophétique). Puisque, assurément, Dieu continue de soutenir toutes les créatures, même ces ignorants qui n’ont de cesse de Lui désobéir.
Le premier des pieux califes, Abû Bakr (que Dieu soit satisfait de lui) avait coutume de donner la charité à un certain Mistah ibn Uthathah, mais il découvrit plus tard que cet homme était impliqué dans l’affaire de la calomnie (ifk) qui avait touché sa fille A’icha, l’épouse du Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui). En conséquence, Abû Bakr jura de ne plus rien lui donner. Subséquemment, la famille de ce dernier devint délaissée et indigente. Cependant, Dieu le Très-Haut, en raison de la bienveillance qu’Il exerce sur toute créature, incluant celles qui s’opposent à Lui, révéla les versets suivants:
«Et que les détenteurs de richesse et d'aisance parmi vous, ne jurent pas de ne plus faire des dons aux proches, aux pauvres, et à ceux qui émigrent dans le sentier d'Allah. Qu'ils pardonnent et absolvent. N'aimez-vous pas qu'Allah vous pardonne? Et Allah est Pardonneur et Miséricordieux!» (Coran, An-Nur 24/22)
«Et n'usez pas du nom d'Allah, dans vos serments, pour vous dispenser de faire le bien, d'être pieux et de réconcilier les gens. Et Allah est Audient et Omniscient.» (Coran, Al-Baqara, 2/ 224)
Après la révélation de ces versets, Abû Bakr (que Dieu soit satisfait de lui) déclara: «J’aimerais, bien entendu, que Dieu me pardonne.» En conséquence, il versa une indemnité pour avoir rompu son engagement et recommença à donner des aumônes à l’homme qui avait faussement accusé sa fille A’icha (que Dieu soit satisfait d’elle), l’épouse du Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui) et la mère des croyants. Cet évènement est un exemple des plus remarquables, car la perfection et le mérite d’Abû Bakr sont des valeurs peu communes.
L’homme parfait dépense beaucoup par amour de Dieu. Il dépense toujours au bon moment et au bon endroit; cela pourrait faire penser à certaines personnes qu’il est plus ou moins extravagant. Si le cas se présente où ce n’est ni le bon moment ni le bon endroit, l’homme parfait donne si peu que d’aucuns s’imaginent qu’il est avare voire méprisable. Néanmoins, l’homme parfait ne vit uniquement que pour l’amour de la vérité. Dieu ordonne:
«Et donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu'au pauvre et au voyageur (en détresse). Et ne gaspille pas indûment, car les gaspilleurs sont les frères des Diables ; et le Diable est très ingrat envers son Seigneur.» (Coran, Al-Isra, 17/26-27)
«Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l'étend pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné.» (Coran, Al-Isra, 17/29)
‘Umar ibn Abd al-‘Aziz, qui avait fort bien compris le sens de ces versets, faisait largesse de ses biens envers les orphelins et les indigents. Il prenait même de la fortune de sa famille avec leur consentement. Il était devenu un modèle pour tous ses sujets. Étant donné que durant son règne les gens fortunés suivaient son exemple, il ne restait plus aucun pauvre qui fût digne de recevoir la zakat (aumône légale). Il produisit également un brillant précédent contre l’extravagance en vivant sous une tente en lieu et place d’un palais.
L’homme parfait contrôle son ego (nafs) en permanence. Il n’a aucun intérêt pour les points faibles des gens et autres insuffisances. Il ne prête aucune attention aux secrets des autres et n’en révèle rien. L’homme parfait imite l’attribut de Dieu de « Satar al-uyub » (Celui qui couvre les fautes).
Vivant de façon plénière, n’ayant aucune envie de jouir des plaisirs éphémères d’ici-bas, l’homme parfait est titulaire d’un statut que tout le monde lui envie. Le monde même a reçu l’ordre de lui obéir. Un hadith stipule que:
Celui qui se soucie principalement de l’au-delà, Dieu le rendra riche de cœur, donnera ordre et force à ses actions, et le monde viendra à lui dans la reddition. Mais celui qui se soucie principalement d’ici-bas, Dieu placera sa pauvreté devant ses yeux et fera de lui un vagabond. Il recevra seulement ce qui lui a été prédestiné dans ce monde. (Tirmidhî)
L’homme parfait possède un si haut degré en matière de comportement qu’il ne ressent ni colère, ni animosité envers qui que ce soit, excepté pour l’amour de Dieu. Il met en pratique le sens de l’expression divine suivante:
«Qui dépensent dans l'aisance et dans l'adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui - car Allah aime les bienfaisants.» (Coran, Al-Imran, 3/134)
Ja’far al-Sadîq, pratiquant le principe essentiel de ce verset précité, pardonna à son serviteur lorsque ce dernier avait renversé de la nourriture sur ses vêtements. Qui plus est, il le traita d’excellente façon. Similairement, Al Hasan al-Basrî avait non seulement coutume de pardonner à ceux qui le calomniaient, mais de plus il les éduquait en leur offrant des cadeaux.
L’homme parfait est constamment animé de gentillesse et se trouve toujours en état d’adoration. Chacun de ses soupirs est une glorification de Dieu (tasbih) et ses paroles répandent des perles de sagesse. Ses yeux sont une fontaine d’éclaircissement (fayd) et d’amour (mahabba). Il incite les gens à se rappeler de Dieu par le biais de sa présence. Ceux qui assistent à ses cercles amicaux sont dans l’extase, expérimentant de ce fait la joie et le bonheur, car ses discours sont eux-mêmes porteurs de joie. Il transmet un grand nombre de dons spirituels, selon la capacité de son assistance. Il est l’interprète de la vérité pour ceux qui sont désireux de recevoir les mystères divins.
Dieu le Très-Haut aime l’homme qui a atteint ce comportement et qui amène d’autres personnes à l’aimer aussi. À son tour, il sera en mesure de guider avec grâce et sincérité ceux qui aspirent au chemin de Dieu. Il se sacrifiera pour sauver les gens autour de lui de l’horrible obscurité de l’ego (nafs) et les amener à la lumière des Cieux. Le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui), qui lui-même avait souffert des difficultés les plus graves dans cette tentative, a dit:
«Ceux qui supportent les plus sévères épreuves sont les prophètes, puis viennent ceux qui leur ressemblent le plus.» (Tirmidhî)
L’homme parfait est un trésor de secrets divins. Seuls ceux qui en sont familiers peuvent apprécier sa perfection ; étant donné que l’homme parfait n’est pas extérieurement différent des autres. Cependant, il est celui dont l’âme a été perfectionnée par Dieu. Il représente le secret d’ahsani taqwim (le modèle le plus excellent). Il est une mine de lumière, un diamant attaché à la chaîne des gens de bien, depuis l’époque du Prophète jusqu’à aujourd’hui. L’héritage de Khidr, lequel eût accès à la connaissance divine (laddunî), lui est de ce fait accordé.
L’âme de l’homme parfait ne périra pas lorsqu’elle sera ensevelie ; ce qui est rapporté de son âme survivra à jamais. De nobles personnages tels que Shah Naqshband, al-Ghazalî, Mawlana Rûmî ou Shaykh Adabalî continuent à ce jour les services qu’ils avaient commencés en ce monde. Ils vivent parmi nous et continueront perpétuellement à vivre même après notre mort.
Envisager de rencontrer Dieu ne se mesure pas à la puissance ou à la réputation, mais c’est le fruit d’une authentique vie spirituelle. C’est pourquoi Dieu le Très-Haut a fourni à l’homme parfait le bonheur des deux mondes en le protégeant de la crainte et de la tristesse, ici-bas et dans l’au-delà. Dieu dit:
«En vérité, les bien-aimés d'Allah seront à l'abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés.» (Coran, Yûnus, 10/62)
Dans l’histoire de la dignité humaine, il y a toujours eu des gens parfaits. Ce furent leurs conseils qui ont conduit les conquérants de ce monde à tenir le pouvoir. À cet égard, les trois premiers siècles de l’Empire Ottoman ont été riches en hommes parfaits, à l’instar de Shaykh Adabalî et bien d’autres illustres personnages issus de cette chaîne bénie. Ils remplirent leur environnement par de sages conseils et apportèrent d’abondantes bénédictions. Ils dirigèrent leur communauté respective à partir du monde spirituel. L’un des meilleurs exemples significatifs se trouve parmi les Sultans Ottomans: il s’agit de Yavuz Selim. Bien qu’il fût un dirigeant particulièrement brillant, il préféra servir l’islam et les amis de Dieu plutôt que de siéger comme roi. Il déclama les vers suivants:
Être le conquérant du monde est un combat sans signification,
Être le serviteur d’un wali (ami de Dieu) est au-dessus de toute chose.
Nous prions Dieu de nous accorder, à nous qui sommes nécessiteux et faibles, le même zèle d’amour qu’Il a accordé au Sultan Yavuz. Nous nous souvenons avec prière et demandons la miséricorde de Dieu en faveur de l’homme parfait et grand wali (saint), Sultan al-‘Arifin, Mahmûd Sâmî Ramazanoğlu (que son âme soit sanctifiée), lequel nous a accordés de grands bénéfices à travers sa bienveillance spirituelle. Nous demandons également que Dieu donne la guérison, ainsi que de nombreuses autres années d’orientation spirituelle, au successeur de ce grand wali, Musa Topbas.4
Demeurer Ferme Sur Le Chemin De Dieu
Istiqama (demeurer ou tenir ferme) signifie littéralement «progression continue, courageuse et constante vers une cible». Dans la terminologie soufie, ce terme correspond à «la capacité de préserver l’innocence et la pureté de notre nature principielle (l’état dans lequel nous avons été créés) sans dommage ni destruction».
Conséquemment à la protection de la vie spirituelle du cœur, le nafs (= l’ego représentant l’individu inférieur) aboutit à ce que l’on nomme al adab (= le bon caractère) puisque le cœur se rapproche de la spiritualité et réalise al akhlâq Muhammadiyya (= le caractère de Muhammad). Les secrets commencent à devenir évidents : Dieu le Très-Haut représentant l’Objectif de tous ces objectifs ; ma siwâ ou tout autre que Dieu perd de son importance, le croyant entrant dans un état dans lequel il peut accéder à la divine présence.
Afin de souligner combien il est difficile d’atteindre cet état, le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui) – bien qu’il soit la cause sine qua non de la création, une miséricorde pour toute créature, le meilleur exemple en matière de perfection et de moralité – a été divinement averti par «Demeure sur le droit chemin comme il t’est commandé…» (Coran, Hûd, 11/112)
En effet, le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui), ressentant l’énorme fardeau résultant de la responsabilité de sa mission divine, a dit : «Le chapitre de Hûd m’a rendu plus âgé.» Les Compagnons lui demandèrent: « Ô Messager de Dieu! Sont-ce les histoires des prophètes qui t’ont rendu plus âgé?» Le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui) répondit: «C’est le verset qui énonce: «Demeure (ferme) sur le droit chemin comme il t’est commandé… (Coran, Hûd, 11/112)
Après la révélation de ce verset, une partie de ses cheveux se mirent à blanchir alors qu’ils étaient habituellement d’un noir prononcé et ne présentaient aucune trace de blancheur. Les commentateurs expliquent ce verset de la façon suivante:
Ô Prophète! Tu te dois d’être un modèle de droiture en te comportant conformément à la morale et aux principes du Coran, de manière à ce qu’il n’y ait pas de doute à ton sujet ! Ne te préoccupe pas de ce que peuvent dire les hypocrites et les païens, laisse-les à Dieu! Sois intègre dans tes affaires publiques comme dans tes affaires privées, comme cela t’a été commandé, et ne t’écarte pas du droit chemin. Comme il est toutefois difficile de demeurer dans le droit chemin, ne sois pas découragé par aucun obstacle sur la voie de la réalisation et de l’application de ce commandement. Ton Seigneur est Celui qui te soutient.
Dans ce contexte, Abd’Allah ibn Abbas a dit: «Pas d’autre commandement pèse plus lourd sur les épaules du Prophète que ce verset du Coran.»
D’autre part, ce verset s’adresse à tous les musulmans en la personne du Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui). Ainsi, ce qui l’avait rendu plus âgé était le souci qu’il renfermait pour sa communauté (Oumma) depuis que ce verset avait été aussi adressé à ses membres. Car sa propre droiture est confirmée par le verset suivant:
«Tu (Muhammad) es certes du nombre des messagers, sur un chemin droit.» (Coran, Ya-Sin, 36/3-4)
Par conséquent, il n’existe pas d’autres moyens pour avoir la possibilité d’atteindre Dieu, excepté le fait d’être sur le droit chemin, et il n’existe pas d’autre commandement aussi difficile que de demeurer sur ce chemin. Dans la voie soufie, la plus haute station (spirituelle) est de veiller à ce que l’on suive le droit chemin en chaque point. C’est en raison de cette difficulté que cette injonction a été énoncée sous forme de prière dans la sourate Al-Fatiha. Le verset «Guide-nous dans le droit chemin» (Coran, Al-Fatiha, 1/6), fréquemment répété, formulé des dizaines de fois par jour par les musulmans, illustre à quel point il est difficile de demeurer sur ce chemin.
Le droit chemin est désigné dans le Coran sous diverses appellations telles que le chemin de Dieu, la voie appropriée, le livre de Dieu, la foi et les questions qui y sont liées, l’Islam et la Shari’a, le chemin du Prophète Muhammad et de ses Compagnons, le chemin des justes et des martyrs, la route du bonheur (concernant) ici-bas et l’au-delà, le chemin du paradis, etc.
Ainsi, le droit chemin est celui des personnes choisies, puis bénies de Dieu. Ce sont en premier lieu les prophètes, puis les véridiques, ensuite les martyrs et les justes. Tous ceux qui suivent ce chemin sont également nommés «les gens du droit chemin». Le droit chemin est la voie qui mène le croyant vers Dieu. Le Très-Haut dit: «Le chemin d'Allah à Qui appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la Terre. Oui c'est à Allah que s'acheminent les choses.» (Coran, Achoura, 42/53)
Demeurer dans le droit chemin ne devient possible qu’à travers l’adoration et le service de Dieu:«Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc: voilà le chemin droit.» (Coran, Al-Imran, 3/51); «(…) Quiconque s'attache fortement à Allah, il est certes guidé vers un droit chemin.» (Coran, Al-Imran, 3/101).
Le droit chemin est défini comme suit dans la sourate Al-An’am:
Dis : «Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit: ne Lui associez rien; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a faite sacrée. Voilà ce qu’Allah vous a recommandé de faire; peut-être comprendrez-vous. Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous. Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété.» (Coran, Al-An’am, 6/151-153)
L’homme est incapable de réaliser le droit chemin (en tant qu’ambition) à moins que celui-ci place l’amour de Dieu (mahabbat Allah) au-dessus de l’amour qu’il porte à d’autres créatures. Pour parvenir à cette station, l’homme doit connaître Dieu de la manière dont Il mérite d’être connu. Par conséquent, on peut dire que le droit chemin est ma’rifat Allah (connaissance de Dieu) puisque celui qui atteint cette connaissance et organise son existence en fonction de cette connaissance échappera aux maux de sa nature principielle et des ruses de Satan. Le cœur de l’individu parvenu à ce stade est récompensé par d’abondantes bénédictions spirituelles. Il ouvre une fenêtre aux mondes spirituels; l’univers se métamorphose en un grand livre rempli de sagesse.
Abû Sa’îd al-Kharraz, qui appartient au peuple de la ma’rifat, vit une fois Satan en rêve et tenta de le frapper de son bâton. Satan (ou Iblis) lui dit alors: «Ô Abû Sa’îd! Je n’ai aucune crainte de ton bâton, car il est pleinement visible. Ce que je crains, c’est la lumière étincelante du soleil de la connaissance spirituelle qui brille des cieux du cœur des ‘Arifs’ (Gnostiques), qui brûle et détruit tout du ‘mâ siwâ’.»
Dans la voie soufie, les efforts fournis par le murîd (disciple) qui ne possède aucune droiture (c.-à-d. en voulant suivre le droit chemin) restent vains. Ses efforts ne lui apportent aucun avantage. C’est pourquoi le fait de demeurer ferme dans le chemin de Dieu est considéré comme étant le plus grand miracle. Selon une autre définition, le «droit chemin» signifie maintenir toute action dans la modération sans se diriger vers l’extrême (comme par exemple dépenser trop ou pas assez), persévérer dans le droit chemin, obéir aux commandements divins qui ont été donnés.
Le Messager de Dieu (paix et salutations de Dieu sur lui) enjoint les croyants d’agir toujours avec modération. Il faut savoir que le Prophète a vécu toute son existence en conformité avec cette règle, dans les limites relatives à l’être humain, afin de devenir un exemple pour les autres. Sa vie est le meilleur exemple relatif à la façon d’adorer Dieu, au respect des droits attachés aux membres de la famille et à tout ce qui a trait aux autres interactions sociétales. Le Messager de Dieu (paix et salutations de Dieu sur lui) a accordé à tous ces actes la juste place qui leur appartenait et présenté à sa communauté (Oumma) tous ses accommodements. S’écarter des enseignements du Prophète et négliger quelques devoirs essentiels tout en suivant d’autres de manière extrême ne sont donc pas des dispositions acceptables. Nous devons organiser notre vie en conformité avec les normes proposées par le Prophète et non selon nos désirs subjectifs.
Le grand maître soufi ‘Abd al-Khalîq Ghujduwanî expliqua ce point clairement. On lui demanda une fois: «Faisons-nous ce que notre ego désire ou bien ce qu’il déteste?» Le Shaykh répondit: «Il est très difficile de faire la distinction entre les deux. L’ego (le moi ou nafs) trompe habituellement les individus quand les désirs sont d’ordre divin ou bien satanique. À cause de cela, il suffit de suivre ce que Dieu a commandé et de s’abstenir de ce qu’Il a proscrit. Cela est la véritable obéissance.»
Le Coran stipule: «Dis : "Voici ma voie, j'appelle les gens [à la religion] d’Allah, moi et ceux qui me suivent, nous basant sur une preuve évidente. Gloire à Allah! Et je ne suis point du nombre des associateurs.» (Coran, Yusuf, 12/108)
Au cours des différentes époques que l’humanité a traversées, marquées par l’ignorance, au moment où les gens étaient esclaves du pouvoir matériel et des désirs de leur ego, quelques hommes particulièrement pieux ont été chargés du devoir de prophétie. Ces hommes distingués, qui étaient des modèles exemplaires pour leur communauté respective, ont été chargés de trois fonctions: 1) Exposer les versets de Dieu et les énoncer, 2) Enseigner le livre et la sagesse, 3) Purifier leur nature (essentielle), c.-à-d. transmettre aux gens la bonne orientation (istiqama).
Depuis Adam (sur lui la paix), cette sainte chaîne prophétique est parvenue à sa pleine maturité avec le Prophète Muhammad (paix et salutations de Dieu sur lui). Le droit chemin, ou istiqama, est en fait une collection de ‘amal sâlih ou bonnes actions.
Afin d’envisager une action ‘amal sâlih, il existe deux conditions nécessaires:
Ta’zim li-amr Allah ou suivre les ordres de Dieu correctement et humblement.
Shafaqat li-khalq Allah ou aimer, montrer de l’affection et être généreux envers chaque créature pour l’amour de leur Créateur.
En d’autres termes, la droiture, c’est d’aimer le Messager de Dieu et de recevoir une part de sa personnalité archétypale, de sa moralité exemplaire, de vivre selon les conseils spirituels énoncés dans le Coran et la Tradition prophétique(Sunna), de rester à l’écart des plaisirs mondains et d’atteindre les secrets de l’adoration, de l’obéissance et de la connaissance.
Il est nécessaire, pour l’individu, de garder sous contrôle son monde intérieur, afin d’y reconnaître la vérité et la droiture. Renoncer à effectuer des actions pour Dieu équivaut à un manque de sincérité qui les dévalue à Son regard. C’est pourquoi les actions doivent toujours être exécutées pour le simple plaisir de Dieu. Même ‘Umar ibn al-Khattab (que Dieu soit satisfait de lui) s’était inquiété de la préservation de sa propre sincérité et droiture. Étant parvenu au pouvoir, il prononça les paroles suivantes:
« Ô gens! Si je déviais du chemin de Dieu ou m’inclinais vers l’injustice, que feriez-vous?»
Un bédouin se leva et dit:
«Ô Calife! Ne t’en soucie pas! Si tu penchais vers l’injustice, nous te redresserons avec nos épées!»
Le Calife ‘Umar, satisfait de cette réponse, remercia Dieu en ces termes:
«Ô mon Seigneur ! Que toutes les louanges Te reviennent! Tu m’as béni en m’offrant une communauté qui me ramènerait dans le droit chemin si je m’en écartais!»
Le Prophète (paix et salutations de Dieu sur lui), agissant pour la sûreté de l’Oumma musulmane, n’informa que Hudhayfa de la présence de ceux qui portaient la marque de l’hypocrisie dans leurs cœurs. ‘Umar entendit parler de ceci et interrogea un jour Hudhayfa à ce sujet:
«Ô Hudhayfa! Pour l’amour de Dieu, dis-moi, y a-t-il quelque marque d’hypocrisie en moi?»
Hudhayfa lui répondit:
«Ô Calife! Je peux te garantir que tu ne présentes aucun signe d’hypocrisie.»
Al-Hasan al-Basrî fit la remarque suivante à son disciple Tawûs, lui-même enseignant dans le domaine du Hadith:
«Ô Tawûs! Si la fierté te gagne lorsque tu enseignes le Hadith, abandonne l’enseignement de cette discipline.»
Al-Ghazalî, alors qu’il enseignait à trois cents étudiants, s’inquiétât de lui-même:
«Dois-je rechercher la faveur de Dieu en enseignant à ces étudiants, ou suis-je en danger de corruption par amour de la renommée?» se disait-il.