Excerpt for Nuit torride à Kéresquant by Gérard Porcher, available in its entirety at Smashwords




Gérard Porcher












Nuit torride

à Kéresquant





















Éditions Dédicaces





Du même auteur :

« Que se passe-t-il à Lisses ? », Edifree

« Les poèmes d’une jeune fille disparue », Edilivre

« Les outils pour appliquer les règles d’hygiène », TheBookEdition

« Une inconnue plane sur le crime », Éditions Dédicaces





Nuit torride à Kéresquant



© Copyright - tous droits réservés à Gérard Porcher

Toute reproduction, distribution et vente interdites

sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.




Dépôt légal :

Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Un exemplaire de cet ouvrage a été remis

à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte









Pour toute communication :


Site Web : http://www.dedicaces.ca

Courriel : info@dedicaces.ca



MonAvis : http://monavis.dedicaces.ca

Facebook : http://facebook.dedicaces.ca


Gérard Porcher












Nuit torride

à Kéresquant








« De cantons en cantons

A travers bois et landes

Où s’en vont-ils par bandes

Les nomades bretons »


(Sophie HUE)


1



Je me réveille et je m’étire langoureusement. La forme est là. Un rayon de soleil filtre à travers le velux, inondant le lit d’une couleur dorée. Je descends de ma chambre pour déjeuner, un bon bol de café au lait avec du pain grillé garni de beurre salé, quel délice, j’en ai l’eau à la bouche.

Le petit-déjeuner fini, je sors sur la terrasse, pour m’aérer de l’air frais, de ma douce Bretagne. Nous sommes à la fin du mois de Juin, il est 9 heures du matin.

Le ciel est d’un bleu pastel avec un soleil resplendissant, pas un nuage à l’horizon, et une chape de plomb commence à me tomber sur les épaules. « Dans l’après-midi la chaleur va être terrible ». Je suis, debout devant ma maison de campagne, une petite fermette que j’ai retapée entièrement. J’admire le paysage, qui devant moi, s’étire à perte de vue. Des champs cultivés, soit de maïs, soit de blé. Cela fait une mosaïque verte et jaune. Par endroit, des vaches sont parquées dans des prairies bien vertes. Elles recherchent des coins d’ombre, la chaleur leur pèse tellement, sur leurs imposantes épaules. Au loin à l’horizon, se dresse le mât de la gendarmerie, c’est le point culminant de la région. A coté, j’aperçois les pylônes d’éclairage du stade de foot, et en dessous, je vois une route qui serpente de droite à gauche. C’est la route de Trégourez menant à Coray.

Ah, le plaisir d’être là !

Le plaisir de me retrouver en Bretagne.

Le pays de mes origines.

J’aime bien me retrouver chaque jour devant la maison, afin de regarder le paysage, ça me repose. Surtout après ces deux enquêtes très difficile que je viens de résoudre, j’ai besoin de souf-fler, c’est pour cela que je me trouve ici. De plus, cette promotion que je viens de recevoir m’a épuisé, surtout avec les invitations officielles. Les pots, le champagne et les petits fours.

Nous sommes arrivés lundi matin. Déjà je me sens beaucoup mieux, en deux jours j’ai bien récupéré. J’aime bien venir en BRETAGNE afin de me ressourcer. J’amène toujours mon vélo, afin de le pratiquer dans la région. A chaque fois je me dis que faire du vélo ici, c’est beaucoup plus dur qu’en Essonne. La région de Coray, se trouvant sur le flanc sud de la Montagne noire, est très vallonnée, sans compter le vent toujours présent. Sauf aujourd’hui où le soleil tape aussi fort qu’au Mexique.

Lupé s’approche tendrement de moi, elle aussi aime bien sa maison de campagne et son environnement, souvent elle dit qu’elle a l’impression de se retrouver au Mexique, son pays d’origine. Avec ce soleil resplendissant qui à ma gauche irradie de ces rayons ardents.

Elle aime aussi aller à Quimper, cette ville bourgeoise et catholique. Se promener auprès de la cathédrale Saint Corentin, dans les rues piétonnes à faire les magasins, pendant que moi, le Télé-gramme de Brest et Ouest-France à la main, je l’attends dans la voiture, en les lisant.

Je me rappelle mon enfance dans cette ville, un peu bour-geoise, mais que j’aime bien. Je me souviens de l’Odet qui parfois sortait de son lit inondant les places de parking. Les feux d’artifices que j’admirais posé sur les épaules de mon père.

La fête foraine au pied du Mont Frugy. Où avec les cœurs vaillants, je campais la nuit, parmi les arbres. La peur au moindre bruit, au vent qui faisait remuer les branches. J’avais toujours peur de tomber sur un animal. Ah ! La fameuse phrase, « à cœur vaillant rien d’impossible » combien de fois l’ai-je répétée avec mes copains. C’était la belle époque. Dix ans, c’était la joie de vivre, la joie simple sans les inconvénients de notre époque actuelle.

J’aime aussi me promener à Concarneau, à l’intérieur de la ville close. Bénodet et ses belles plages que l’on surnomme le petit Nice breton, La Forêt Fouesnant et son cidre et le Cap-Coz. C’est ma jeunesse qui me revient en mémoire.

- Alors Jérémy tu admires le paysage, il fait beau, c’est un temps à aller se baigner ! Elle avait dit cela avec son sempiternel accent mexicain qui faisait son charme.

- Oui Lupita, j’aime bien rester là à contempler cette vue, c’est splendide et cela me change de la région parisienne, le calme de la campagne à la région parisienne, il n’y a pas photo, j’adore.

Puis je me tourne vers ma femme, qui amoureusement m’entoure la taille de ses deux bras et je lui demande ce qu’elle pense faire aujourd’hui.

- D’abord on déjeune, puis on fait une petite marche à pied dans le coin et ensuite on va à Quimper.

Lupita me dit cela avec malice, souhaitant mon approbation, car elle sait que cela ne me plait guère de rester à attendre dans la voiture qu’elle fasse la tournée des magasins. Mais elle adore ça, de faire les magasins, à regarder les robes, les parfums ou autres babioles, même si parfois elle n’achète rien. Ne lui refusant rien. Je reste passivement à l’attendre. Lupita ou bien, Guadalupé (lupita ou Lupé étant le diminutif), est une belle mexicaine aux longs cheveux noirs comme le plumage d’un corbeau. Aimant les beaux vêtements et les parfums français. Jérémy, le visage fin, les cheveux grison-nants, coupés courts pratiquement rasés, la cinquantaine, yeux marrons et petite moustache, mesurant 1.74 mètre. Il pratique le cyclisme assidument ayant fait de la compétition pendant plus de vingt ans.

- Je lui réponds ok. En oubliant que ma femme n’aime pas cette façon de répondre. La réponse de la bergère au berger fut cinglante.

- Mais pourquoi tu dis toujours « ok », on n’est pas chez les américains ici, tu ne peux pas dire « d’accord » comme tout le monde. Disant cela avec un regard noir et un accent plus prononcé.

- Oui ! Mais cela m’a échappé, bon allons déjeuner et ensuite on fait comme tu as dit.

On déjeune tranquillement, puis on se prépare à la petite promenade campagnarde. Je mets un short, un polo léger. Puis des petites socquettes de cycliste qui n’arrivent qu’au bas des chevilles et des tennis. Une heure après, nous voilà partis. Lupé en jogging bleu ciel était agréable à regarder. Nous prenons à droite à la sortie de la maison en direction d’un secteur paisible.

On passe auprès de deux fermes relativement calmes, on croise quelques vaches dans des grands champs, elles nous regardent bêtement. Et au loin on voit un tracteur qui amène de l’eau aux animaux. Car au vu de la température ils vont avoir soif. Au bout d’un kilomètre et demi, on arrive à un carrefour en forme de patte d’oie, et on prend à gauche, en direction de la Chapelle de Lochrist, une route très en pente, très peu bitumée où les pierres sont appa-rentes. On traverse une autre ferme, ou il y a un élevage de volaille, la forte odeur qui s’échappe nous monte à la tête, c’est une odeur pestilentielle. Puis quatre cents mètres plus bas, après un virage à gauche, on arrive à un endroit agréable.

Un petit pont et dessous un petit ruisseau se faufile, on pourrait même dire un ru, tellement il est petit. A droite une chapelle abandonnée, la chapelle de Lochrist. Elle fut construite avant 1540, Jésus Christ en est le saint patron. Avant que la chapelle ne soit en partie détruite, il y avait plusieurs des statuts, dont Saint Laurent auquel l’autel lui fut dédié.

Le bâtiment religieux n’a plus de toiture, les éléments inté-rieurs religieux ont disparu. C’est agréable à regarder, les portes et les fenêtres sont nues, comme déshabillées. A travers ses pierres ancestrales, on sent qu’il y a eu une vie ici. Une vie spirituelle. Le clocher bien droit finissant en pointe dans le ciel bleu, est encore intact. Devant la chapelle, une table en pierre est posée. Prête pour les pique-niqueurs. A côté, un espace de verdure ressemblant à un petit terrain de foot, le terrain herbeux est bien vert et bien tondu. Derrière ce terrain, une maison d’habitation blanche dans la tradition bretonne, dépare un peu dans cet environnement champêtre et religieux. La chapelle est au bord de l’ancienne voie romaine. Et la petite rivière qui longe ses pieds, c’est l’Odet qui finit son chemin à Concarneau en passant par Quimper.

En regardant cette chapelle, je pense aux fes-noz et aux pardons (le dernier Dimanche d’Aout) qui ont dû animer ce quartier. Chaque année a lieu ici un marathon pédestre. En face, un chemin mène à la route principale Coray - Langolen.

Lupé et moi étions occupés à regarder le site que nous n’avions pas remarqués un attroupement auprès du ruisseau, il y a là deux paysans, deux promeneurs et un chien. Le ruisseau auprès du pont fait une petite anse où les vaches viennent boire avant de rentrer à l’étable.

Allongé à même le sol, il y a un corps recroquevillé sur lui-même, ressemblant à un pantin désarticulé.

Cela attire mon attention, et mon instinct de policier m’ordonne de m’approcher auprès de cet attroupement. Je laisse un peu à l’écart ma femme qui n’aime pas voir les cadavres. De plus elle n’aime pas ce genre de situation, furtivement elle se dirige vers la chapelle, s’éloignant ostensiblement du lieu du drame. Un des fermiers me parait familier. Lui aussi semble me connaitre, et il m’apostrophe :

- Regardez Monsieur, c’est Jos et il est mort, me dit le paysan d’une voix affolée. C’est le fermier de la ferme qui est à deux cents mètres d’ici, au bout du chemin, là.

Et le paysan me montre du doigt une bâtisse qui se trouve de l’autre côté du pont, juste dans le virage avant la montée vers la ferme aux volailles. Depuis cinq ou six ans que j’ai cette maison de campagne à Kerherno, je n’avais jamais fait attention à ce paysan qui actuellement est couché dans une mare de sang, quelques mouches faisant déjà leur apparition.

Je montre ma carte de police et m’agenouille auprès du corps afin de l’examiner. Je fais attention à ne pas toucher cet homme pour ne pas souiller la zone de crime. L’homme âgé d’environ soixante ans a une barbe de plusieurs jours. Habillé d’un vieux jean râpé et sale, d’une chemise à grands carreaux bleus et revêtu d’une veste usagée noire. Une paire de bottes aux pieds et un béret noir sur la tête. Le parfait paysan en tenue de travail. Au niveau de la poche droite de la chemise, le petit carré était troué au niveau du cœur avec autour un peu de sang de couleur rouge noir.

Sur le sol, venant du dessous du corps, une grande mare d’un liquide épais et visqueux s’est répandue. Je pense que ce fermier a été tué cette nuit car ses membres sont encore flexibles. L’examen terminé je me relève et pose des questions aux fermiers présents. Je leur demande de s’éloigner de l’endroit afin de préserver la zone de crime.

- Vous le connaissez bien ? Est-il marié ? Comment vit-il ?

- Eh bien c’est Jos Breteuil, dit l’un des fermiers, il vit seul, sa femme étant décédée, il y a un an, il a quelques vaches, un peu de volailles, c’est un fermier tranquille, tout le monde s’entend bien avec lui.

- Bon, restez éloigné et ne touchez à rien, pendant que j’appelle la gendarmerie.

Et prenant mon portable, j’appelle police secours. Me tenant debout auprès du corps, je regarde l’endroit du crime. En face, à environ quatre cents mètres, j’aperçois la fermette. Petite maison dans un renforcement du virage, ombragé par un petit bosquet. A ma gauche, la chapelle lançant sa flèche dans le ciel bleu. Le triangle entre la maison, le corps et la chapelle me donne une bonne perspective du lieu du drame. D’après la position du corps, le coup de feu est venu de la chapelle.

2






Voilà des vacances qui s’annoncent mal pour moi, cela fait un moment que je les attends, et voilà une simple promenade, un cadavre.

« Mais qu’ai-je fait au Bon Dieu ?

Il n’y a qu’à moi que cela arrive ces choses-là. Et Lu pita, cela ne va pas lui plaire non plus, car elle aussi attendait ces vacances avec impatience. Le stress de la région parisienne, la garde des enfants. Terrible par-dessus le marché. Enfin c’est la vie, on verra bien ! ».

Une demi-heure après une voiture bleue de la gendarmerie arrive sur les lieux et quatre gendarmes en descendent, je m’avance vers eux et me présente. Les gendarmes, dont une femme, sortent du véhicule, mettent leurs képis, ajustent leurs chemises un peu frois-sées par le trajet en voiture. Avec leurs shorts ils paraissent en vacances ces pandores.

- Commissaire divisionnaire Jérémy Rocher, de la police criminelle d’Evry, en Essonne. Actuellement je suis en vacances près d’ici. Et je montre ma carte de police que je garde toujours sur moi, même en vacances.

- Brigadier Jean Paul Guérin, de la gendarmerie de Cora, dit le gendarme de sa voix rocailleuse avec l’accent du terroir, que se passe-t-il, inspecteur ? Et se tournant vers l’un de ses collègues, protégez-moi le secteur et écartez-moi les badauds et toi Marcelle tu me prends l’identité de tous les gens présents.

- Brigadier, cet homme qui s’appelle Jos Breteuil, habite à la ferme qui se trouve derrière vous, il a reçu une balle en pleine poitrine, la mort a dû être instantanée. C’est l’attroupement autour du cadavre qui m’a interpelé. J’ai une maison de campagne à deux kilomètres d’ici à Kererno, en me promenant avec ma femme nous sommes tombés sur ce triste accident. J’ai laissé le corps tel que je l’ai trouvé.

J’ai expliqué la situation comme si j’étais le responsable de l’enquête, « déformation professionnelle, » me dis-je, remarquant l’étonnement des gendarmes quand je me mis à expliquer la situa-tion. Voyant leur étonnement, je m’en excuse auprès du brigadier, ne voulant pas le froisser, je sais que parfois les relations entre gendarme et policier, sont assez tendues, pour ne pas dire explosives.

- Excusez-moi brigadier, mais je suis tellement habitué à ce genre de situation que je me suis mis dans la situation d’un enquêteur.

- Bien, commissaire divisionnaire, ce n’est pas grave, je vais vous demander de rester à ma disposition, le temps que je fasse mes investigations sur ce présumé crime. Par contre, donnez-moi votre numéro de téléphone, cela me sera utile. Ce que je fis, en insistant sur le fait que je suis à sa disposition en cas de problèmes.

Je m’éloigne du lieu du crime et je regarde les gendarmes sécuriser le secteur, ils avaient posé un ruban jaune autour du cadavre, ils marchaient un peu partout, polluant l’endroit avec leurs grosses chaussures. Cela se voyait qu’ils n’étaient pas habitués à ce genre de situation. Le brigadier, placidement, est là planté droit comme un I, un léger ventre arrondissant les formes. Ils contem-plaient ses hommes, donnant quelques ordres, me jetant de temps en temps un regard. A sa façon de faire, je ne le sentais pas tranquille, pour tout dire, pas professionnel. Malgré son aspect abrupt, je le sentais fragile.




3






En fait de compte, le gendarme était content d’être tombé sur un professionnel, car pour lui, j’allais lui faciliter le travail, mais il n’en dit pas un mot, la froideur ou la retenue bretonne encore bien présente dans son comportement me rappelait quand même que le brigadier voulait garder la main mise sur cette affaire.

Je regarde le brigadier. C’est un homme d’une quarantaine d’années. Trapu mesurant environ 1.70 m, une tête ovale comme aplatie par une enclume, avec un nez comme une patate bien rond. Dessous une grosse moustache, bien touffue et bien noire.

Les gendarmes, le secteur de ruban jaune marqué « passage interdit-gendarmerie » mis en place, font quelques recherches aux alentours. Un peu plus loin la « gendarmette» pose des questions aux témoins puis vient vers moi et me demande aussi mes coordonnées. Ce que je fais prestement. En regardant bien le brigadier, j’aperçois que je suis entré dans ses bonnes grâces. Mes ronds de jambes l’ont rassuré.

Une sirène au loin retentit. Chose qui devait être rare pour ces citadins pas habitués à ce genre de situation, à part les tracteurs qui font des va et viens incessant de la ferme aux champs, les pompiers et la gendarmerie et un cadavre était quelque chose de surprenant pour eux. Les paysans en sont tout retournés, ils sont inquiets de voir un de leur collègue mort, jamais ils n’ont vu de crime, ni même une ambulance arrivant à fond de train. Le bolide rouge s’arrête prudemment près du corps et deux pompiers en sortent attendant l’ordre de la maréchaussée pour retirer le corps. Une autre voiture bleue arrive, c’est le médecin-légiste de la gendarmerie qui vient faire les premières constatations. Un gendar-me prend des photos du corps, des témoins et de l’environnement.


Je me dis que les investigations de la gendarmerie laissent un peu à désirer, cela se voit qu’ils ne sont pas habitués à ce genre d’enquête. La scène de crime est pratiquement polluée par le passage incessant des gendarmes et des badauds. La police scientifique n’est même pas appelée pour prendre les empreintes qui sont flagrantes. Pour eux ce n’était qu’une banale affaire de voisinage. Par consé-quent, je fais moi-même une prospection du secteur, retenant toute la scène de crime en mémoire, quand m’approchant du ruisseau, j’aperçois un objet de couleur noir au fond de l’eau, caché par les hautes herbes, j’appelle le brigadier pour lui montrer ma découverte.

- Regardez brigadier, cela ressemble à un pistolet au fond du ruisseau.

- Vous avez raison commissaire, (puis regardant bien l’objet il dit) c’est un 9 mm, il se retourne et appelle un des gendarmes.

- Michel amène moi une paire de gants jetables et un sac, s’il te plait.

Et le soit disant Michel, bedonnant le visage légèrement rouge, court sur pattes, se dirige vers la voiture et revient tout essoufflé avec les affaires demandées par son chef.

Le brigadier mesurant au moins deux mètres, se met à genoux. Il prend une branche d’arbre qu’il effeuille et se penche pour récupérer l’objet. Il prend le révolver avec ses mains protégées de gants jetables. Il regarde l’arme et le met dans le sac transparent tendu par son collègue. Puis malgré sa taille et son poids, l’homme, d’une façon agile et rapide redresse sa grande carcasse sans difficulté.

- Bien commissaire, est-ce bien l’arme du crime ? Je ne sais pas ? Je vais envoyer ça au service de l’identité judiciaire, à l’autopsie du corps, le médecin légiste, récupérera la balle, que l’on comparera avec le pistolet, on verra bien si on a vu juste. Je pense que c’est un règlement de compte entre voisins.

J’avais vu juste, se dit Jérémy en écoutant le brigadier. Pour lui c’est un règlement de compte entre voisin.

Pendant ce temps-là, les pompiers mettent le corps sur un brancard et l’enveloppent d’un grand drap blanc et prennent la direction de l’institut médico-légal de Quimper. Les témoins, un par un, commencent à rentrer chez eux et la gendarmerie, leurs investi-gations finies, s’en vont. Resté seul avec ma femme, j’en profite pour inspecter méticuleusement le secteur, cherchant quelques petits détails qui au moment voulu auront surement leur importance. Je regarde méticuleusement chaque recoin. De la place du mort, je vois la ferme où il habite et à ma droite la chapelle d’où a dû venir la balle qui la tué.

Puis je rejoins ma femme qui commence à s’impatienter. Elle s’est assise sur un banc auprès de la table de pierre, je lui prends le bras, l’enjoignant à continuer notre petite promenade. Lupita tout en marchant commence à me poser des questions, elle sent que l’enquête va me retomber dessus car les gendarmes n’avaient pas l’air d’être très futés, cela se voyait qu’ils étaient inexpérimentés.

- Alors Jérémy qu’est-ce que tu penses de cette affaire ? Les gendarmes n’avaient pas l’air de connaitre leur travail. Je crois bien que c’est la première fois qu’ils ont un crime à élucider, sur le dos. Je ne suis pas du métier, mais j’ai vu à ton regard, que cela ne te plaisait pas de les voir ainsi, marcher de tous les côtés.

- Eh bien oui, comme tu as dû le voir, ils n’étaient pas forts les gendarmes pour organiser leurs investigations, ils n’ont même pas recherché ou des empreintes pourtant visibles ou une piste qui les amènes à trouver des indices. Si je n’avais pas regardé le fond du ruisseau, ils n’auraient jamais trouvé le pistolet. Et en inspectant méticuleusement le secteur, j’ai remarqué quelques petites choses qui vont être intéressantes pour la suite de l’enquête.

- Ah ! tu as trouvé des indices, moi je n’ai rien vu de spécial, dit Lupita. Comment tu fais ?

- Ce n’est pas pour rien que je suis commissaire division-naire, Lupé, j’ai l’habitude des enquêtes, et je remarque le moindre détail, la moindre chose peut avoir de l’importance. Je te fais un pari que le brigadier va appeler son responsable à Quimper et ensuite, tu verras, on va m’appeler. Une convocation à la gendarmerie pour me signaler que l’enquête m’est confiée et comme dans l’affaire de Lisses*, la gendarmerie va me laisser carte blanche pour résoudre l’enquête, pour eux je leur enlève une épine du pied.

- Oh oui ! je vois que l’enquête commence à t’intéresser. Allons ! marchons rapidement maintenant et vite allons faire un tour à Quimper avant que l’on t’appelle.

- Ah !au fait, il ne faut pas que j’oublie de téléphoner à mon adjoint au bureau à Evry. Depuis que j’ai été nommé commissaire divisionnaire, j’ai une équipe à diriger maintenant.


On marcha un peu plus vite, comme si une urgence nous imposait ce rythme. Avec ses petits pas Lupé a du mal à me suivre.


Arrivés, à notre petite maison, on se change. Toujours dans l’urgence et on part pour la grande ville.


Sur la route, on eut d’un seul coup une grande faim. On s’arrête à un petit restaurant, qui s’appelle « l’auberge du Loch’ Lae », pour se restaurer. C’est une auberge ou on aimait souvent nous arrêter, car on mange bien et cela se trouve à mi-chemin sur la route de Cora à Quimper.






































_____________________________

*Voir : Que se passe-t-il à LISSES

4






Avant de prendre la route de Quimper, j’avais fait un détour en voiture, pour revoir les lieux du crime. Prendre quelques photos des traces de pas. Puis avec un produit à base d’élastomère mélangé avec un peu d’eau, je fis une belle empreinte de semelle qui se trouvait près du corps. Je l’avais repérée avant que tout le monde y mettent leurs pas. Le produit ayant bien pris forme, je l’ai démoulé délicatement et rangé dans un sachet plastique. Je prends un autre sachet et une pince à épiler.

A la chapelle, j’entre à l’intérieur, cherchant minutieusement au sol quelque chose. L’ayant trouvée, je m’agenouille. Non pas pour faire ma prière, qui d’ailleurs n’est pas dans mes habitudes. Mais pour ramasser avec la pince à épiler une douille que je mets dans le sachet. Au sol je vois des traces de pas, qui se trouvent près d’une ouverture dans le mur de l’église. Et hop, je prends une photo. Je mets le tous dans mon attaché-case qui me suit partout où je vais. Je le range dans le coffre de ma voiture. Lupé commence à s’impatienter et m’interpelle à tout va. Mon travail fini, nous roulons silencieusement vers la grande ville.

Quimper, avec ses 65 000 habitants, qui s’appelait du temps des rois, Quimpercorentin. Puis Kemper en langue bretonne. Corentin est l’un des sept saints bretons fondateur de la ville. Il était le saint privilégié du roi Gradlon, roi de la Cornouaille. La ville est traversée par trois rivières, l’Odet, le Stéïr et le Jet. C’est le pays Glazik. La ville, à son époque, a été créée par des notables, des gens riches.

On passe un bon moment dans les rues piétonnes à regarder les magasins, malgré la chaleur qui nous fait transpirer. Sur la place Corentin près de la cathédrale, le soleil tape si fort que j’ai l’impression d’avoir une chape de plomb qui me tombe sur les épaules. Cela est étouffant, mais heureusement que les petites rues sont abritées et ombragées. Pour une fois, j’accompagne ma femme dans son slalom de boutiques, chose rare pour moi, mais j’ai besoin de réfléchir, et le fait de marcher ainsi me fait du bien. Mes neurones fonctionnent à fond, les détails et les petits indices que j’ai remarqués et ramassés sont très importants.

Vers les 18 heures, nous décidons de rentrer à notre petite maison de campagne, on dine et ensuite on regarde la télévision. Me tournant vers ma femme je lui dis ce que j’avais remarqué sur la scène de crime, puis je lui dis que demain matin, j’allais faire du vélo. Cela fait deux jours que nous sommes là et je n’ai pas encore sorti mon engin. Et je sais qu’en faisant une sortie cycliste, mes idées s’éclairciraient et que j’aurais plus de facilité à réfléchir, comme Hercule Poirot qui avait besoin de repos pour faire fonctionner ses neurones. C’est vrai que deux heures à vélo dans la région, c’est très dur et le fait de réfléchir à cette affaire, j’allais oublier la douleur du pédalage et la monotonie de la distance.




5







Au petit matin, arque-bouté sur ma « petite reine », avec mon pédalage aérien. Je roule à une vitesse de 35 kilomètre-heure, j’ai ma tenue cycliste toute trempée de sueur, j’ai l’impression d’avoir fait de la natation. Il fait très chaud et le soleil de midi à son point culminant tape très dur. J’ai hâte d’en terminer car les jambes commencent à me faire mal. Malgré mon Giani Motta qui ne pèse que dix kilos et dont je me trouve à l’aise dessus, j’ai les jambes en compôtes. Soixante-dix kilomètres, en passant par Gourin, Rospor-den, Elliant et Coray, c’est un circuit casse pattes, très vallonné avec beaucoup de côtes. Cet entrainement équivaut à environ 90 km en Essonne. J’ai rencontré quelques cyclistes locaux sur le trajet et je me suis amusé à les suivre et parfois même à les relayer. Je prends la dernière descente à une vitesse vertigineuse, mon ordinateur de bord posé sur mon guidon, indique 80 km/heure, puis arrive l’ultime montée qui mène à la maison. Et cette montée de 400 mètres est terrible, avec un pourcentage de 10%, elle fait mal.

A l’entrée de la maison, Lupita, m’attend impatiemment et toujours avec une peur que je chute, car par trois fois, j’avais fini à terre, et je passais ensuite mes dimanches à l’hôpital, avec des traumatismes crâniens ou la clavicule cassée. Ma femme est radieuse en me voyant arriver, elle avait pris sa douche et s’était habillée coquettement. C’était son plaisir les belles robes et les parfums. Je range mon vélo et entre dans le salon, m’approchant de ma femme je fais mine de l’embrasser, la réaction que je prévoyais arrive, elle me repousse et me dit :

- Ah non, tu sens la transpiration, va te laver. Pouah ! Ah, au fait, j’ai eu une visite.

- Comment ça une visite, qui est venu ? que je demande d’une voix inquiète, avec un soupçon de jalousie.

- Mais ne t’inquiète pas, c’est Youn, le voisin, il voulait te parler sur le fermier trouvé mort, hier. Et regarde ce qu’il nous a amené.

Je regarde à l’endroit que Lupé me montre du doigt. Il y a plusieurs salades, un seau en plastique évasé rempli de pommes de terre et de tomates. Puis me tournant vers ma femme je lui demande si Youn allait revenir.

- Non, après ta douche et pendant que je prépare le repas tu as le temps d’aller le voir, il m’a dit que c’était important.

- Bien je me lave, tu me sors les vêtements que je dois mettre.

- Oui c’est là, sur la banquette, après manger on va faire un petit tour à Concarneau, une petite baignade et un tour à la ville close nous fera du bien.

Youn est un paysan de grande stature. Il me fait penser à l’ancienne étiquette des boites de camembert des années 60, qui représentait un français moyen avec son béret noir et sa petite moustache sous le nez, avec une baguette de pain sous le bras et un litre de vin rouge de l’autre. Youn est habillé comme tous les paysans du coin, un jean bleu foncé, une chemise épaisse à carreaux et une veste délabrée par les heures de labeur dans les champs ou les étables. C’est un paysan jovial qui aime rendre service aux gens qu’il estime et qu’il connait. Sinon il est comme tous paysans bretons, très fermé et sectaire, du roc comme la côte sauvage. Avec l’âge, leur principale préoccupation avec son frère est de s’occuper des vaches. Les sortir, les nourrir et la traite, voilà ce qu’était le commun de leur travail.

- Salut Youn, comment ça va ? La forme ! les vaches vont bien ?

- Oui Jérémy, à part ma jambe droite qui comme d’habitude me tire, ça va et toi le parisien ça va, tu as fait du vélo ce matin, je t’ai vu partir. Il fait beau, hein ! Tu vois qu’en Bretagne il fait beau, il n’y a que les doryphores, euh pardon, les parisiens pour dire qu’il pleut tout le temps ici. Bien sûr ils ne viennent qu’une fois l’an et parfois il brumasse, et pour eux c’est tous les jours qu’il pleut.

Youn quand il parle, à une voix douce, calme. Chaque mot qu’il dit, est fait d’une façon lente, détaché et posé. Il a aussi dans son regard un peu de malice. La façon de parler de la pluie et des parisiens était mesuré, il n’aime pas que l’on parle mal de la Bretagne et en bon breton, il s’en défend.

- Alors Youn tu veux me parler du fermier qui a été tué hier, qu’as-tu à me dire ?

- Dis-moi Jérémy, c’est un meurtre, hein, il a été tué ? demande avec appréhension le paysan.

- Oui il a reçu une balle en pleine poitrine et en plein cœur, il est mort sur le coup. D’après le brigadier, ce serait un problème de voisinage.

Le paysan eut une réaction brutale à l’annonce du commis-saire, ce qui détonnait par rapport à sa façon posé de parler. Il ne doit pas aimer la maréchaussée se dit Jérémy.

- Peuh, il n’y connait rien ce brigadier, Jérémy, ne l’écoute pas. Il aime trop sa tranquillité, cela va se passer comme la mort du fils et de la mère. Affaire vite classée et on en parle plus. C’est un incapable ce militaire. Celui qui a fait ça est un bon tireur, une balle en plein cœur et d’un seul coup. Et je peux t’assurer que ce n’est pas un paysan du coin qui l’a fait. Assis toi Jérémy je vais te raconter l’histoire de ce paysan mort, après tu feras ce que tu voudras de l’affaire, comme tu es flic…. (il s’arrêta un moment me regarda et me dit malicieusement) … parisien, tu pourras t’expliquer avec les gendarmes.

- Attends, Youn, je suis peut-être parisien maintenant, mais mes racines sont Bretonnes, mon père était de Dinan et ma mère de St Yvi, moi je suis plus breton que parisien.

Et Youn s’assoit en face de moi, sert les deux bolées de cidre, puis commence son histoire.

« Alors voilà, écoute-moi bien. Ce fermier originaire de Trégourez, a connu sa femme à Coray, ils se sont mariés et ils ont acheté cette ferme à côté de la chapelle abandonnée. C’était un couple charmant sans histoire, vivant du travail de leur ferme. Ils eurent un enfant. Et c’est là que leurs problèmes ont commencé. Ce garçon, c’était un vaurien, à l’école il tapait tout le monde, c’était des bagarres perpétuelles, à l’école catholique il l’on viré. Il l’on mit à l’école publique et rebelote, bagarre sur bagarre. Au collège c’était la même chose, il volait l’argent de ses copains, on présume qu’il aurait aussi goutté à la drogue. Sans parler des problèmes qu’il nous faisait, en courant après les vaches qui affolées sortaient des prés et on passait des heures à les récupérer. Bref un authentique bandit en culotte courte.

A cet instant un homme entre et me salue, c’était le sosie de Youn mais plus petit et trapu, les épaules tombant sur le ventre, tellement il est courbé. Il pose son bâton lui servant de canne auprès de la cheminée et parle à son frère. Lui disant que ce n’était pas la peine de raconter tout cela, c’était de l’histoire ancienne. C’est Michel son frère cadet. Sa façon de parler d’une façon hachée, avec moitié des mots bretons et moitié des mots français, laissait perplexe les parisiens, mais pas moi qui connait quelques rudiments de la langue de mon pays. Sur ses lèvres, il à un mégot éteint, humidifié par la salive, ce mégot doit être posé là depuis plusieurs heures. Mais Youn, en tout bien tout honneur, continue son récit. Il ne se laisse pas intimider par son jeune frère.

- Mais Michel, Jérémy doit savoir qui est ce mort, car étant policier il va peut-être aider les gendarmes à chercher le tueur, qui pour moi est un fin tireur, surement un parisien. Puis ce tournant vers l’inspecteur, Youn continue son histoire.

« Puis ce gamin, à plus de vingt ans, est monté à Paris, d’après la presse régionale, il aurait braqué des banques et des bijouteries, vendu de la drogue et il aurait fréquenté la pègre. Puis à la quarantaine il est revenu au pays, chez ses parents, il s’acheta une moto et dépensa de l’argent facilement, faisant quelques petits boulots pour s’occuper. Il avait l’air de s’être assagi et puis d’un seul coup il s’est mis à faire le fou avec sa moto, il faisait peur à tout le monde dans la région, il faisait exprès de frôler les piétons. Et un jour, on a trouvé sa mère morte noyée, dans le petit ruisseau qui se trouve en bas de ta maison. Mais comment peut-on se noyer dans ce court d’eau? Avec 10 centimètres de profondeur. Il y a eu beaucoup de choses de racontées, suicide, crime etc. … 6 mois après le fils se tue en moto, dans des circonstances bizarres. Voilà Jérémy, cela fait beaucoup, pour cette famille, et maintenant le père. Alors c’est quoi? Ce n’est pas un suicide? Un jaloux, mais de quoi ? Un règlement de compte de la pègre parisienne ? Je crois que la police aura du boulot pour résoudre cette enquête ».

- Cela me fait penser à quelque chose, dit Michel. Tu te rappelles de cette belle voiture noire aux vitres peintes, qui est passée deux ou trois fois devant la ferme.

- Ah oui, c’était une voiture allemande mais je ne connais pas la marque. C’est une voiture pour les milliardaires.

- Au fait, Michel, on ne dit pas les fenêtres peintes, mais des vitres teintées.

Jérémy avait dit cela d’une façon détaché, en lui faisant un clin d’œil.

J’avais écouté religieusement Youn, sans l’interrompre. Quelques mots écrits sur mon inséparable carnet de notes, me rend très perplexe d’avoir écouté cette histoire. Est-ce que les faits qui m’ont été racontés sont liés avec ce crime ? Humm, peut-être, peut-être pas, à voir. Je regarde ma montre, bon sang, une heure et demie, « oh là, la, Lupita va s’inquiéter de mon absence », Je me lève rapidement, finissant d’un trait la délicieuse bolée de cidre et serrant les mains, je pars en courant.

- J’ai pris note et je verrais avec les gendarmes ce qu’il en est exactement, ils doivent surement avoir d’autres éléments sur l’affaire de Mr Breteuil. Je vous tiens au courant, allez au revoir, kénavo avéchal !

Et je me dirige rapidement à la maison qui se trouve juste en face de la ferme. Je trouve Lupita qui commence à grommeler, elle a mis le couvert, tous est prêt pour manger.

- Si ça continue on va manger à l’heure mexicaine, tu as vu l’heure qu’il est ? Tu aurais pu rester diner avec eux, pendant que tu y étais.

Lupita comme à son habitude aime la polémique, par goût de la contradiction ou le plaisir de parler, de dire n’importe quoi, qui sait.

- Oui Lupita, mais Youn avait une histoire à me raconter sur le mort et c’était long.

- Au fait, en ton absence, le portable a sonné, le temps que je quitte la cuisine pour prendre l’appareil, ça avait raccroché.

Je prends mon portable et je regarde dans les appels reçus, et je vois un message en attente. Je l’ouvre, je reconnais la voix rocailleuse du brigadier J.P Guériné, me disant que le colonel de la gendarmerie de Quimper nous fixait un rendez-vous pour le lendemain à 9 heures dans son bureau, au 12, place de la Tour d’Auvergne. Je dépose le cellulaire, moyen de communication des temps modernes sur la table, me disant « que c’était pratique ces mobiles et dire qu’il y a quelques années il ne fallait pas m’en parler, j’étais contre », mais maintenant avec le recul du temps, je ne peux plus m’en passer.

- Tu vois je te l’avais dit, je suis convoqué à la gendarmerie de Quimper.

On mange tranquillement, Lupita amène deux flutes et une bouteille de champagne que je sers délicatement, la montée des bulles dans les verres me donne une sensation de fraîcheur et l’envie d’avaler ce liquide jaunâtre. Tout en mangeant je lui raconte l’histoire de Youn et le rendez-vous, prévu le lendemain avec le colonel de la gendarmerie de Quimper.

6






Lupita en m’écoutant, se dit que les vacances étaient bien com-promises, elle savait que son mari adorait son travail et que demain, il serait chargé de l’enquête et surement que son adjoint, le capitaine Tumart va venir l’aider. Et pourquoi pas, le lieutenant Elisabeth Desrine de la police judiciaire, accompagnés de ses deux acolytes.

Déjà, j’avais rempli plusieurs pages de mon carnet de notes, et Lupita me voyant dans cet état, se dit que j’étais déjà en chasse, à la recherche d’indices. Cela ne lui disait rien de rater ses vacances, mais elle me connaissait et ne me dit rien, il fallait me laisser faire et tout se passerait bien.

Après le repas, on part comme prévu à Concarneau. On se baigne sur une petite plage à environ deux kilomètres du centre. Comme toujours on se promène le long de la plage sur un kilomètre et on revient ensuite à notre point de départ. Deux kilomètres à marcher ainsi, on aimait cela, car la promenade les pieds dans l’eau, nous fait du bien, le léger massage fait par les vagues qui caressent nos chevilles soulagent les petites douleurs de l’âge. Puis ensuite on va se promener sur les remparts de la ville close, admirant le port de Concarneau qui se profile au loin, regardant le bac qui amène quelques touristes sur l’autre versant qui s’appelle « le Cabelou », ensuite on prend une bière à une terrasse de restaurant.

Il y a déjà foule dans les voies piétonnes. Pourtant on est qu’au mois de Juin, il est vrai très chaud. Si en Juillet et Aout, le temps est aussi chaud, cela va être la cohue dans ces petites rues étroites. Ensuite on marche tranquillement jusqu'à la sortie. On passe sur le pont de bois. On traverse la grande rue qui longe la côte et on se dirige vers le parking où se trouve notre Laguna. Avant d’entrer dans la voiture j’en profite pour acheter les journaux de la région, à la presse, qui se trouve en face de mon véhicule. On est content de notre petite journée, on aime ce genre de sortie calme et tranquille cela nous repose. Je pense que surement c’est la dernière journée ainsi. Que cette journée il fallait la prendre avec délice. Car demain, c’est une autre promenade qui m’attend. Je sais que si l’on me confie l’enquête, il y aura quelques difficultés. Car n’étant pas dans ma juridiction, je risque d’avoir des jaloux locaux, et de plus, étant parisien, même si mes origines sont bretonnes. « Mais bon, c’est mon métier d’affronter les problèmes, cela ne me fait pas peur ».


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-24 show above.)