Excerpt for Petite Anthologie de la Jeune Poésie française. by Strofka , available in its entirety at Smashwords

PETITE ANTHOLOGIE



DE LA JEUNE POÉSIE FRANÇAISE




© Géhess Agence Éditoriale

Géhess Éditions


5, rue d’Antrechaus

83 000 Toulon - France

04 94 71 46 64

www.gehess.fr


Conception et réalisation graphique : Frank Pitel & Géhess Agence Éditoriale


Dépôt légal : Décembre 2009 - ISBN : 978-2-35464-060-6


Tous droits de traduction, d’adaptation

et de reproduction strictement réservés pour tous pays.


Impression et reliure : Jouve - 1, rue du Docteur Sauvé - 53100 Mayenne




PETITE ANTHOLOGIE



DE LA JEUNE POÉSIE FRANÇAISE


sous la direction d’Emmanuel Rastouil


POÉSIE






Préface


Loin de moi l’ambition d’expliquer ce qu’est la poésie ! Les hommes

sont trop complexes et différents pour qu’il y ait une seule vérité poétique

transformable en dogme, exemplaire et omnisciente pour les satisfaire

tous…


Loin de moi le désir de vous faire partager ce qu’est ma poésie ou de

vous montrer la vision d’un futur poétique meilleur ! Même si les auteurs de

cette anthologie possèdent tous assez de qualités pour mériter d’être lus des

initiés ou des profanes…


Ce recueil est une image, un instantané du paysage poétique

francophone d’aujourd’hui avec ses aspirations et ses maladresses, sa

candeur, sa naïveté, son honnêteté, son courage et son humilité.


Car il faut être fou pour s’espérer « poète », bien courageux pour

exposer son coeur au monde et rester humble face à l’enchantement que

quelques vers peuvent provoquer chez l’autre.


En ce qui me concerne, je n’ai jamais pu me résoudre à écrire pour

rien, à taire des vers au fond d’un tiroir. Certes, la poésie n’admet pas la

médiocrité mais elle excuse la témérité et l’innocence !


J’ai écrit mes premiers vers à l’adolescence, pour séduire mes

premières amours comme pour exprimer la détresse de les voir s’enfuir,

avec la même flamme ! Un langage du coeur qui cherchait un écho, une

reconnaissance chez l’autre. Encore, lorsque j’offris des poèmes à celle qui

devînt ma femme, c’était des cadeaux pour nouer notre amour, un pacte, un


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testament, des promesses écrites pour durer, pour sceller nos futurs.


Les poèmes de ce recueil sont autant de promesses qui partagent

cette même volonté, ce même mobile : vivre chez l’autre une existence riche

et salutaire, voyager par l’oeil ou par l’oreille vers l’esprit et le coeur, puis par

la bouche et dans la lecture exister à nouveau et repartir encore combler

quelque attente, émouvoir, consoler ou simplement distraire. Les poèmes

de ce livre n’existent déjà plus dans le sein de l’auteur, mais sont offerts au

monde, vers une aventure encore indéfinie mais qu’il espère exaltante. Et

cet espoir contente déjà pleinement son auteur.


Pourtant, un poème dans un livre est devenu une curiosité obsolète

qui ne répond plus sous cette forme aux besoins du monde moderne.


Même si aujourd’hui la « poésie » s’exhibe sur Internet dans tous les

accoutrements possibles, permettant le ridicule ou la médiocrité, beaucoup

d’auteurs (ceux de ce recueil ne font pas exception) ont cherché depuis

longtemps à prendre un contre-pied et oeuvrent à combler un vide culturel et

affectif toujours plus béant par leur art ou leur poésie : ici un site ou un blog,

là une association ou un rendez-vous slam. Et c’est heureux !


Les poètes qui forment cette anthologie incomplète sont vifs et

entreprenants, comblés dans leur vie (il me semble), bien loin des clichés

éculés du poète mélancolique ressassant sa torpeur dans l’ombre de sa

solitude avec sa bouteille ! Les poètes d’aujourd’hui forment des fusibles,

des éponges au milieu du monde percevant les mêmes vibrations que chacun

mais ayant trouvé ou élaboré un langage privilégié pour les restituer, les

transmettre.


Pour ma part, je gage qu’il y a dans ces pages quelques pépites, un


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poème ou juste quelques vers capables d’émouvoir le coeur ou d’exciter

l’intelligence de tous !


Je souhaite vertueusement que le plus grand nombre s’en empare,

comme un cadeau, pour l’offrir à son tour !


Emmanuel Rastouil


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LILAS KWINE


née en 1977

réside à Lille

http://lilaskwine.over-blog.com/


Lilas Kwine se décrit comme auteur et musicienne amateur qui

trouve dans la pratique littéraire un prétexte à l’évasion, au rêve

et à la transmission. Elle tire de l’observation inépuisable et

invariablement passionnée des quotidiens, ses textes dont les

formes multiples et souvent peu orthodoxes – poèmes, chansons,

contes, expriment qui les blessures profondes, qui les indicibles

espoirs de la vie sur fond de rencontre(s). Elle se plaît à penser que

les mots peuvent faire voyager les destins.

Elle aime la musique des mots tout simplement.

L’écriture de Lilas Kwine est sobre et limpide, mais aussi pleine de

franchise et de vérité, sans compromis.

Dans ses vers, le poème reste une histoire romancée qui profi te de

quelques respirations pour s’envoler.


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MAJAX AMMONIAQUÉ


Sur l’édredon des sommeils vides

où tu te disperses, je sème

pluie diaphane

fi ne averse

des sanglots fl eurant bon,

transpirés du macadam minéral

souvenirs d’un orage imminent


Bandes fertiles de myocarde,

pérenne terreau refroidi

par les rancoeurs à peine

humide encore arrosé de caféine


Je voudrais qu’il y pousse des forêts d’elle

de ces plantes sensibles aux couleurs de sa voix,

lierres rauques ou lilas

vignes vierges étranges,

dénouer les drames de quelques lianes


Je sème à l’horizontale des allers-retours

dans ce vague terrain trace

une mare lacrymale

le contour


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Épithélium frêle le poison érodant

dans mes mains les lambeaux

d’une symbiose létale


Allongée recueillie au tapis d’herbes mouvantes

voguant légères d’une lumière émouvante

la pluie danse en transit dans la rosée du matin,

rien ne me rattrape tant que l’ondée tropicale d’un air de rien


Et même si je sais...

Tranché le mal à la racine

à présent je joue les magiciens futiles

de ceux qui font la pluie et le beau temps,

creusées les digues de circonstances

éclaboussées de nous

pour ce qu’il reste de temps


CHIENNE ET TRAÎNÉES


Dans le miroir soudain j’ai vu,

à travers mes humeurs vitrées

de blanches traînées étendues

séchant à l’ombre de ton trépas ;


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La mort est une chienne.


Marais salants à perte de vue,

des traînées blanches à l’estomac

carbonisé aux entournures

lèguent des souvenirs posthumes,

acides relents de ton absence.


La mort est une chienne

La mort est une chienne

La mort est une chienne


Lorsqu’elle aboie, brutalement

sur la défaite, je jette, un verre

bien tassé de vodka, je déploie


Quand enfin la douleur me noie,

éclats coupants me traversent,

elle me rappelle ce qu’est la vie

je suis encore là, toi tu es parti


La mort est ce point

à la fin de la chaîne

concluant à la ligne

la force de nos ébats


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AU BAR


Bercée par la ronflante houle des conversations de bistrots

qui s’enroulent chatoyantes autour de mon silence marginal,

c’est ici au sein de ce coton dominical que s’éveille mon ego ;


Je ne me sens jamais autant moi, plus résidente en ce cocon,

qu’à toute aube des jours je pénètre pour déplacer mon être,

que lovée en quelques lieux peuplés d’inconstants quidams ;


Dans l’ivresse je m’anime, toutes mes cellules entament comme

un jerk connectées à mes frontières mouvantes, réanimant d’un

coup sec les relents de cette âme éthérée, vapeur dans le noir


[néant.


Ô le moment fou d’une parfaite jouissante, la plaisante


[découverte

que celle d’une belle présence, forte et départie de son apesanteur ;

elle me fait aujourd’hui la leçon, me happe, m’apostrophe sans


[façon,


comme un très ancien camarade qui rappelle d’une tape sur

[l’épaule

qu’il y a des siècles nous avons ensemble formé un seul grand

[être ;


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là mes frontières se raniment, creusant en riant leurs dermiques

[sillons !


Ne prend-on pas au plus profond toutes les dimensions de son

[soi,

que perdu, éperdu dans la marée montante d’une amicale foule

[qui

pérore et se noie, et se répand, habit de soie, d’un fl uide

[drapement ;


Ce n’est pas que le silence pèse comme une chape de plomb mais

on perçoit mieux le son de sa voix au milieu de toutes les


[autres,

le point parmi les points un instant de la ligne enfi n se


[dissociant.

Bercée par la ronflante houle des conversations de bistrots

qui s’enroulent chatoyantes autour de mon silence marginal,

c’est ici au sein de ce coton dominical que se révèle mon ego.


ALIEN EGO


J’ai un alien en moi, j’ai un alien en moi,

qui ne porte pas de nom, pas de marque,

pas de logo, j’ai un alien en moi,


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mon alien ego, mon alien ego.

J’ai un alien en moi,

tout en bas ou parfois là-haut,

au plus profond il habite

sans adresse ni domicile fi xe,

au plus profond il subsiste,

mon alien ego, mon alien ego

Egoiste, égaré, ego triste, ego gai

mais pas idiot, pas idiopathique et

surtout pas anti, pas antipathique,

non jamais pathétique, mon alien

à moi, mon alien ego

J’ai un alien en moi ..

mon alter jumeau,

mon alter alien,

mon alter ego...

J’ai un alien en moi, un alien en moi,

le débat reste clos ;

ensemble on rit, on boit,

on joue souvent beaucoup

et même parfois on a la gueule

sans dessus dessous,

la gueule de bois, mon alien et moi.

On discute aussi d’univers horrifi ques,

d’espaces un peu froids, de plans maléfi ques,



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de trous noirs oniriques, sans témoin, sans effroi,

sans témoin sans effroi..

J’ai un alien en moi, un alien en moi,

un E.T du troisième type, aux longs doigts

qui m’agrippent et m’agacent ou

m’angoissent comme des tics,

c’est sa tactique à lui , tac tic tac tic,

le temps passe avec lui, mon passe-temps

autistique, mon passe temps-adéquat

j’ai un alien en moi

mon alter jumeau,

mon alter alien,

mon alter ego....



L’ABANDON


Une sieste vaporeuse, abritée au soleil rougeoyant

dans le filtre chaud-froid des vieilles persiennes en

bois ou la tête doucement reposant sur mes paumes

apaisées, au coin du foyer crépitant de l’hiver glacé ;

Un réveil embrumé par le tiède crépuscule ;

Une session prolongée dans l’océan salé puis

dix secondes d’éternité sur la vague ondulante

ou dans des bras amants enserrée tout contre ;


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Une plongée abyssale, dans le silence aquatique ;

Après la remontée, bercée par la houle paresseuse,

le clapotis de l’eau entre mes orteils fripés comme

dix points d’horizons flous d’un moment d’abandon

Une guitare entre mes mains, un ukulélé parfois,

dans celles de quelques-uns bien plus délicats;

Des chansons-boucles par centaines de milliers

Et puis, c’est plus rare, une plume automatique;

Des mets si sapides aux délicieux lipides qui fondent

et qui tapissent mes papilles gustatives, qui croustillent,

et pétillent, qui croquent, craquent, et crépitent, et qui

en triomphant explosent, se posent sur mon palais

Un orgasme exultant, seule ou à deux,

Ensemble, une si troublante jouissance ;

Un silence partagé, un silence contemplé,

un silence chaud et pénétrant...

Un regard prolongé, un regard égaré,

un regard doux et enveloppant...

Les pieds nus dans le sable UVA vermillon

après une longue nage, à la promesse iodée ;

les pieds nus dans l’herbe perlant au tout petit

matin et la convalescence après la fi èvre enfi n ;

L’odeur verticale végétale après le beau déluge

brutal de l’orage aoûtien, sur les volets crépitant,

sur les carreaux, les fenêtres, sur mes joues et



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ma langue, dans ma bouche grande ouverte ;

La musique sous mes pas dans la neige fraîche et

poudrée, endorphines auditives dévalant tous shuss

mes veines, délicieux aux oreilles, ces chuintements

feutrés font frissonner les poils de mes pensées d’hiver ;

Un sourire con aux lèvres sans savoir quand, comment

ni pourquoi, ces pensées vagues et présentes, comme une

voix intérieure ; mes nostalgies fugaces et pénétrantes ; en

un instant mystique, saisir la Beauté, ce désir impérieux

de la partager, comme la sève brûlante montant en moi ;

Tant d’EVNI, tant de mes Espace-temps

Vaporeux Non Identifi ables, surprenants,

apaisants, déphasés, comme des instantanés

de toi, en couleurs ou en noir et blanc...


ET PUIS LÀ-HAUT...


Silences, rien que silences

diagonale des regards

souffl es inconstants...


Laissée là en bas

la trace d’un détour

sur la pointe des pieds


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avancer jusqu’à toi

ramper même

s’il fallait vraiment

engager le premier

et le dernier pas

pour ce que ça vaut

Ceindre mes empreintes

d’une parenthèse pudique

troublante comme

ton sourire hésitant

ta taille fi ne bientôt

entre mes doigts roulant

cheveux au vent

tous ces chemins

entre deux arpentés


Regards, rien que regards

diagonale des silences

en aparté d’une certaine absente


Recouvertes les heures de la nuit

du voile de l’étrange sentiment

jusqu’à la tiède matinale

n’appartenir qu’à soi

atténuer les fraîcheurs


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plafond bas des réalités

à l’aubade d’un émoi

à l’abandon des étreintes

d’une jeune éternité

n’exister que le temps


le désir palpitant

le désir palpitant

le désir palpitant


et mon corps ancré là

alors avance, avance

déshabille moi

ôte moi

lentement, lentement

la dernière dérobade

doucement, comme ça...


Frôlements, rien que frôlements

verticale des vertiges

les regards gémissants




LA TENSION


Avec le cerveau sous vide

et mille pensées avides,

et toutes ces envies brutes

de toi sans ma raison,

j’ai mes raisons planquées

de ne plus y penser

et passer pour cette fi lle

au coeur appertisé,

aseptisé ou quelque peu aride

bien que démon torride

démon en cage, démon brûlant ;

je glisse sans fin au fond...

J’ai cette vision amère

de nous qu’on voit danser

le long des courbes claires

de ce vieux canapé ;

J’ai ces pouls plein la tête qui

zonent et déraisonnent ;

ces pulsatifs bourdons battent

un brutal tempo

dans ce réseau fractal, mes hématies

à corps indéfendable,

comme un flash temporal font


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la tempête en dedans.

Calme au dehors, vides alentours

tout est contenu,

retenu dans mon souffl e court

souffl e violent

souffl e inspiré

souffl e expirant

Lave en fusion, aux pourpres bubons

dévale ces veines,

nécrose ces chaînes, envole moi ces

putains de bourdons !


CONTE HORRIFIQUE POUR ENFANTS TERRIFIÉS


Tu crois que la lune dort dans la nuit étoilée,

mais tu sais, la lune se meurt

dans les gerbes brunes de l’océan sanglant,

en fusion sous la dune.

Elle se consume chaque soir, la lune,

sous l’édredon astrale ;

c’est pour ça qu’elle est si blanche,

la lune au visage pâle

C’est qu’elle est anémique, la lune,

anémiée par



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les désirs sadiques et dénués de sens

de notre humanité

Obligée qu’elle est de nous contempler

par une cruelle

destinée galactique, parfois elle se cache

et se détourne

à moitié pour ne plus assister au spectacle

répugnant

de nos désastres programmés

Quand l’horreur atteint des sommets

et va croissant,

de lune, elle mue en chrysanthème

consterné dont elle dépose

les doux pétales sur les enfants blêmes

qu’elle continue de veiller.

La lune auréole encore de quelques antiques

espoirs, ces âmes

seules en peine, ses êtres sombres et terrifi és

à l’idée de demeurer

dans l’obscurité éternelle du froid cachot

de la nuit noire ;

Au fond de leur lit, ainsi recroquevillés,

assistants impuissant

aux drames de la terre, ces derniers Justes

chuchotent doucement


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une enfantine prière pour enfi n s’étourdir

dans le sommeil amnésique

Mais la vérité c’est que la lune

ne répondra jamais

car elle a consommé ses derniers

souffles palpitants ;

Il y a quelques millions d’années

qu’elle a décroché


DÉSIR-FLASHÉ


Ombre auréolée de fumée-réverbère,

Inconnue à tes côtés je m’affi che,

née silencieuse au halos de lumière

invisible rencontre, une envie vagabonde,

jette profond en moi ses griffes,

embuée ma vision, ma chétive raison


Invincibilité de ce pâle état, halos

tu me permets les méfaits

qui parfois me font transpirer

lorsque je ne songe plus qu’à toi


Et je glisse partout sur ta peau, et j’aspire à tes recoins si fort,


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Et toi tu crois que le vent joue avec tes cheveux fi ns

comme des mains d’enfant sur ces jouets de pacotilles, c’est


[moi qui déshabille

tes complexes parfumés, en éclat j’ai fait voler la dernière frontière,

la lave trébuchante nous dévale, corps à corps renégat


Et je couche sur ce derme immaculé toute la pression de ce


[désir caché

Et tu crois que le vent joue avec tes émois,

les airs frais de mistral, un soir de printemps,

tu murmures que tu aimes cette valse à deux temps


RD 34


Claquement de portière. Un pied et l’autre.

Le crissement des graviers sous mes baskets.

Je traverse la D 34.

Plus un quidam à l’ex-place des campings cars fantômes.

Les touristes sont repartis hanter St Malo.

Du bout de la langue je goûte ce salpicon odoriférant.

Pins parasols, grands conifères ont abandonné la place ;

ce ne sont plus qu’ajoncs, bruyères, ronces et fougères « grand



[aigle ».

Tant d’autres encore dont les molécules s’émancipent à l’air,


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comme on regagne le bref espoir en un instant de grâce.

Senteurs volages, c’est toute la flore que la lande essaime,

en suspends leur vol sur ces ares de terres d’Armor.

Et moi, moi je n’aspirais qu’à l’abandon...



Mille fragrances de sentiers aux ombres maladroites,

s’empare de mes sens l’essence de ce Cap.

A bout de souffle, à flancs de falaises, craillés du beau granit rose,

de quelques traits de lasures, un blush de poudre blanche.

En somme, la séduction parfaite.

Soudain j’ai grimpé plus vite, plus fort au sommet j’ai grimpé.

La route était libre.

Ne restait plus que le rhum depuis la disparition

de toutes voiles au loin vers les grands creux.

Et le vent, absent de ce ciel d’avril en feu.



Egards gris hagards à l’univers des cieux,

à l’horizon offert mon paso-doble aimant.

Pas de deux, j’ai frôlé, tangué, dansé sur les arêtes,

effleuré la pointe du bleu, équilibriste instant,

du bout de la chance, effrité l’indigo, au fil des bords tangents.

La vie me rattrape dès qu’elle sent que je penche.

Combien de survivants à ces pentes érodées,

par des années lumières de tant d’illusions ?

Et moi, c’est ici que je me dérobais à la peine de ces désillusions



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Paradis clairs en dedans, obscurité collective.


J’ai pris de la distance, observé les foules d’en haut.


J’ai pris l’azur en pleine face, saisi à la gorge toutes ces

[démesures.

C’est en prenant un peu de recul qu’on s’aperçoit à quel point

[les choses sont ridicules...



Vaseuse constriction d’une gorge oubliée.


Menée par l’étoile funambule, libre enfin, pieds nus dans

[l’arc-en-ciel moelleux.

En vie là-bas au bout du Cap Fréhel, tout droit levée au bout du

[Cap Fréhel.



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STROFKA



homme [2]5 ans


réside dans le Jura


www.strofka.c.la


Strofka est né deux fois [à toulouse en 1984 puis en 2004 à

sunderland, uk] Strofka est un lointain souvenir de rupture

abattu d’étoiles mais plus ardent que le jazz Strofka s’éveille à

onze heures onze, mange des lavabos, roule des épaules et déballe

des papillotes Strofka jongle au piano, écrit dans la bouche des

biographes, photographie ses fenêtres et chasse l’amour à courre

d’idées Strofka a cinq cents vers nés comme naissent les poèmes

génération spontanée ou sortilège Strofka cultive les mots comme

des topinambours, plus personne ne semble en manger mais

l’on retrouve la chose avec plaisir dans notre assiette Strofka

lutte contre la prolifération du string à grand coup de poésie

prestidigitatrice dont il ne tient même pas les ficelles.


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***



erreur de molécule encore

le marchand est confus

son sable sent l’oubli

le souffre et la pluie

les souvenirs anciens



les peurs de nos papules

et les pleurs de nos corps

font malgré tout qu’il ressent

nos besoins en doux rêves

et à genoux il pleure.



***



c’est comme à l’entretien où

en dire le moins et honnête

avouer faire son possible

vous fait marquer mille points

c’est ainsi que l’on s’en sort

fier de son antre ou lacune

et s’il est besoin d’une boussole

le poing levé ou pas

il vous reste la lune.



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***



je t’aime à en mourir

mon idéal sur terre

mon cliché ma colère

je t’aime à en mourir

mon rêve d’oasis

mon chameau des villes

je t’aime à en mourir

mon chiendent de traîneau

mon agneau de prairie.



***



dieu aussi a sur nous son enfer

comme son fleuve pâle se jette dans l’océan

forgeur en fin de course il s’est focalisé

sur notre métal brillant



l’oeuvre n’est pas de l’homme plus d’un ange prisé

dieu est parmi nous hautain comme une cime

son haleine chaude émeut mon corps humain

d’une assonance fi gée.



***



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nos égratignures sont telles

nos pensées de telles morsures

ou piqûres de rappel

que l’insomnie fait rage

et l’homme en vain de souffrir

l’homme en vain de pleurer

aux yeux fatigués du conteur

les souvenirs ont du mal

soudain à se faire oublier.



***



à son intime corps défendu

elle a offert son suc et tout son temps

toute son âme et ses liqueurs

elle a ouvert son port

à son intime corps défendu

en porcelaine d’amérique

elle a redonné son ancien lustre

dans un trop plein d’amour

à son intime corps défendu

sans compter sa sueur

elle a redonné goût

elle a redonné vie.



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***



quand l’orthodoncie sourde fait beauté

d’une gencive infestée par nos peurs

leurs oreilles sifflent fort et longtemps

à nos bouches écumant de prières

la pénombre dans ces couleurs difformes

mélange à nos biberons pour putains

quelques fragments d’oublis comptés

quelques flagrances d’houblon divin.



***



kaléidoscope que font les jours

au découragement

succède l’euphorie

une tragédie sans mots

une comédie franche

anesthésie sans coeur



o.d.k.

odécaphonisme soudain

sur l’air de la discorde

une chanson d’amour


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gamme de douze demi-tons

arc-en-ciel et choux-fl eur

mes crayons de soleil



***



à nous les jours de congés

les vacances aux bord d’îlots

en forme d’ivresse aux allures

d’envie de pommes d’amour

à nous vos écueils de verdures

leurs étendues d’eau douce

à nous les petits bonheurs

à nous d’être enfin ivres morts

à nous la vie.



***



les rideaux tremblent

à mon reproche

je n’en ai cure



j’eus gravi l’échelon

en des temps moins retors



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j’invente l’émotif ponctuel


j’invente l’utopie de saison


et alors qu’il est dans la ruche

ressens l’épure

la douceur inconnue

qu’est notre lit d’édredon



j’invente là ma propre discipline

j’invente l’utopie de saison



son temple infi ni j’élabore



sur les rebords du temps



les rideaux tremblent hélas

à mon approche

que suent fondent leur roche.



***



et lorsqu’aux quatre coins du monde

ils auront vu tous l’ampleur du désastre

ils s’emmerderont comme vingt rats morts



37





au retour dans leur nid


rien ne pourra plus les combler

les tirer de leurs doux songes

ou distraire leur ennui


seul la tête dans le sceau

le couteau dans la plaie

explorer le fond du trou

la fin de tous les maux

les rudiments de l’apnée.


***


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conte de l’affolant ordinaire

( prélude )


souvent ce sont nos verres qui trinquent

tu dors ailleurs et les portes

claquent sur nos tympans meurtris

les gonds grincent sur leurs socles

l’hypocampe se cabre

une de mes mains poursuit son cap

et l’autre vient sur quelque signe avant coureur

doucement poser ses ongles

mais tu es déjà loin

de l’imposture nouvelle qui changera mon corps

en un bol de lueur

bain de grâce baigné d’oubli

comment te dire avec douceur

que sans ton visage nos cernes s’écoutent geindre

que nous n’avons plus sommeil

que nous ne sommes plus qu’un

les moutons s’éparpillent par hordes

d’humains seuls

les moutons mutins s’étripent

tout nu de complaisance

invoquons notre désir

mille drapeaux sans pudeur


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découvrant ce linceul

nos incommensurables pensées nous bercent

ce décompte opportun pour

adulte qui fait peur

je bois les conséquences

incompatible amant aux yeux

troués du peuple

à l’oeil d’époux

beaucoup de peines embrassées

la quintessence du désir croupi

qui du présent obscur joue l’accueil

gardez leçon votre chien docile

la foule en délire eut tort de rompre nos laisses

tort de rompre nos liens.


l’horizon reste ancré souvent

au delà du seuil des morts

en dehors des nuages

et si je semble admettre au sol

la sueur folle qu’elle me coûte

l’envie me fait ombrage

ayons le courage du mentir

seuls les éclairs nous honorent

sous les colonnes du temps.


[...]


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LE BABEL


né en l’an pataphysique 136

réside à Strasbourg

www.myspace.com/lebabel


Surnommé un jour ‘concierge de la tour de babel’ par Julos

Beaucarne : ce surnom abrégé en « le babel » lui est resté. Caché

sous son chapeau, ses lunettes noires, il ne se veut que « le babel ».

Maintenant qu’il travaille avec la Compagnie du Talon Rouge

(Strasbourg), en tant que « cabinet de Lecture et auteur », il ajoute

donc « le babel du Talon Rouge ». On sait de lui :

Son genre : humain.

Son sexe : masculin.

Son goût pour le tabac et le houblon, ce qu’il appelle son

« homéopathologie ».

Sa capacité à écrire des poèmes.

Sans doute très diplômé, côté Humanités, il se dit troublé par le

classicisme jusqu’aux héritiers d’Andy Warhol. Il ne se soigne pas :

toujours obsédé textuel. Conscient de la crise du livre, il publie une

partie de son travail poétique en ligne. Un recueil de poésie a été

publié aux éditions de la Petite Vague (Les Amours Post-Industriels).

On peut entendre ses textes lus par le Talon Rouge (Strasbourg).

Il se murmure qu’il publierait bien d’autres choses, très savantes et



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sérieuses, mais son un autre nom. Mais, ce qu’on dit…

Sa recherche est celle d’un autre classicisme, en fouillant dans

l’aujourd’hui des mots, le maintenant des choses, l’ici de l’émotion.

Il se résume finalement à :

« Et à ce jour, consanguin de toutes choses »

Pourquoi tant de mystères ? Parce qu’après tout, rester dans l’ombre,

c’est Homère qui a commencé, et parce qu’une « persona », ce n’est

qu’un masque de théâtre antique, porté même le cinquième acte,

celui de la catastrophe.



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De Tiges en Pattes


Le babel du Talon Rouge


(Cie du talon Rouge, 5 Rue Grad, 67 000 Strasbourg. Lecture

créée le 1er juin 2008, à Selestat, Agence Culturelle/FRAC

Alsace, Voix : C. Javaloyès, Anne-Laure Haguenmuller.

Danse : Darius Popielarski. Design Sonore : Muadhib)


Arbres


(Chorale arboricole en sept mouvements)


1er mouvement - Arbres, phase un.


Peu d’écorce, premières feuilles, âge tendre et tête de bois :

arbres nouveaux, encore souples. À côté, rangés, les si beaux

souvenirs à demi effacés en chêne fascié, en vagues charmes

détaillés, morcelés en jouets au bois figé dans le vernis, pièces

de jeux aux règles différées, par manque de cette écorce, de sa

raideur à venir.


2nd mouvement - Arbres plus tard.


Hiver sur la terre, mais avec chaleur dans les chants, autour de

l’âtre. La bûche fascine. Par ailleurs, mon écorce s’épaissit. Les

charpentes esquissent une forêt de madriers embaumés de

sucs, tirés de châteaux, de stères empilés, de galions naufragés,

sans doute. Les dernières feuilles illustrées s’envolent : à


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l’ordre du jour, apprendre à faire. Alléger un pampre, oui, non,

qu’importe, mais apprendre à faire son bois : voici, oreilles

et nuque dégagées, le temps de mes jeunes clairières, et des

premières échardes.


3e mouvement - Arbres : étape intermédiaire.


Livre d’école où de profonds abris ondulent au burin dans les

gravures anciennes, feuillage déjà plus fourni. A l’orée, des

bosquets emplis de légendes, et surtout de désirs, entament

au rabot la sombre face cachée des jours ordinaires. Cabane

pour y rêver. Découverte de portiques voûtés, ouverts sur les

gueules de loup, et les vêtements d’un chaperon déposés au

creux d’une souche : de l’arbre-conteur jaillissent des copeaux

de silence complice.


4e mouvement - Arbres, il y a moins longtemps.


L’âge bien mûr, gavé de sève, rempli d’idées, en mon été, vraie

panse enfin pleine, ébloui : « je » peux replier toute ma vie dans

les frênes et les charmes. Chaque bouillonnement dans une

rue, chaque brouillon inachevé sur une table a pour avocat leur

désordre, émeraude et insoumis. De même, tout ennui se voit

défendu en tant que cousin par l’alignement sage des cyprès et

des buis au cimetière. Sur les tables, la fête choisit des rameaux

pour décor ; la nappe est persillée d’allées calmes jonchées de

branches coupées, où j’avance de nourritures en poisons.


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5e mouvement - Arbres. Cinquième acte.


Une surprise baroque attend. Les noeuds, les sillages au

millimètre près, tracent la carte des courants ; côté aubier, côté

écorce : une réplique. L’élégance des volutes figées est celle

d’une volupté dérivée. Les lignes des feuillages, les courbes des

branches répartissent une symphonie mathématique : fractales

conjuguant équations, contraintes, vents, rythme et chiffre

de la vie, plus harmonieuses que l’or, mais contraintes par le

hasard des nécessités. Diagramme planté où tout est musique,

« harmonie du nombre », l’Arbre-boulier, nombres bouclés en

volume, enclenche un compte à rebours. Son calcul est en vie.

Je fais feu de tout bois, sous le couvert des embranchements

logiques, dans la floraison des variables, à l’ombre de Pi.


6e mouvement - Arbres, le temps passe.


Un lustre de plus, le nom et le nombre des arbres, des choses,

des mondes sont occupés à se renouer en un seul.

Je, nous, arbres et compagnie, nous avons mûri ensemble, fruit

du vivant : un seul sang, un seul et même fruit tranché en petites

unités, débité en instants, tronçonné en de multiples ego.

Des matins ont pleuré tantôt, ce n’est que de la rosée, le ciel avait

une escarbille dans l’oeil. Des matins pleurent encore, ce n’est

toujours que rosée : le bruissement des arbres détrempés est un

fou rire d’aurore. Un seul matin, une seule sève, pour mille éveils.


Sephirot ou généalogie, Tau de l’Agneau ou fruit défendu,


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maintenant, safran et auburn, sèves et sangs redeviennent peu

à peu un unique miellat.


Déjà, plus que les oiseaux marchandeurs, ces pommes de

plumes posées sur les branches dévêtues, nettement, j’entends

venir mon propre bûcheron. Son pas n’a rien d’étranger. Lui

aussi est irrigué de ce sang-sève : à qui en vouloir ?


7e mouvement - Arbres. Au demeurant.


Moi, comme tant d’autres, encore produits des arbres,

du berceau au cercueil : jouets, bûchettes, charpentes de

souvenirs, oeil évidé en judas, stries sur la peau, frondaison

crépue ici, tombante là, fruits tournés, fraisés par les soleils,

nos pendeloques balançant aux branches des saisons qui nous

récoltent, nous émondent. Nous, les arbres. Moi racines dans

le ciel, rameaux dans le sol, et, au bout de mon chemin de terre,

bordé de sciure, une coupe versée, prête à boire.

Arbre, jumeau caché par la forêt.


Grouillots


Pics comme de fer dans le vert

En carapaces farouches

Scaphandrier sous les souches

Plexiglas de chitine


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Flambants bijoux sur les mousses,

Élytres parmi les pousses

Rostres voraces, vermines

Mandibules, sac de griffes

Dragons hésitants en chiffe

Molle, bouillonnement de vers,

Grouillots rampant dans l’urgence

Maladroits jusqu’en vos danses

Onyx recycleurs de nos corps

En un autre corps pour qu’encor

Dans le ventre d’une femme

La rencontre des atomes

Disponibles et d’une âme

Articule une chair d’homme.


Grouillots 2


Dès qu’au jardin

La forge des nuées fournit

De quoi compter l’heure

Au rond d’un gerbera,

Raturant le vide du temps

Mandibules dressées

Au centre du cadran…


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Des fois que là-haut

Une griffe me harponne

Légère,

Adjuvants funéraires,

Pulpeux compagnons de cercueil,

Pullulez, dévorez plus fort.

Allégez-moi de tout charme :

Faites de moi un souvenir.

Rendez-moi à la roture :

J’ai composté mon ticket fi nal ;

Trouvez dans mon suaire vos corons



Lorsque soudain

Se forgent des secrets ternis

Des regrets aux seins lourds

Roses et camélias

Roulent en bombyx de velours

Rondeurs écarlates

Sur mon épitaphe…



Des fois que là-haut

Une guêpe guette

Céleste…

Arrogance guerrière,

Noble compagnie de caveau,



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Occupez-vous bien de ce corps.

Dévorez toutes ses armes :

Mon esprit est à affranchir.

Je vous cède cette armure :

Compost de mon banquet fi nal ;

Chevauchez tous les ors de mon blason.



Quand le matin

Nous tresse des fi ls argentés

Tirant sur le sombre

Lames d’une herbe drue

Comme voilette sur les yeux,

Élytres tamisés

Cornes sur nos treillis…



Des fois que là-haut

Du noir nous tisse

Son règne…

Adjudants des sépultures,

Douce compagnie de châsse,

J’ai quelque chose dans le coeur

À brandir comme une alarme.

Mâchez ce qui voudra nourrir :

Profitez de ce qui dure :

Compotez ce destin fi nal :



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Chevauchez dans le creux de mes tendons



Puisqu’au jardin

Se forgent les nouveaux matins…

Grouillots....



Monologue du jardinier


« Oui, je vous l’assure, tout cela est vrai. Il y aura l’air conditionné,

et la télé couleur ! - disait le jardinier assis au milieu de ses fl eurs Vous

vivrez dans la présence des humains, vos dieux. Du matin

au soir : la nuit vous les verrez dormir ! Et vous serez dans un

trône que là-haut on appelle ‘ un vase ’.

Il n’y aura plus de rages, plus de luttes : les iris contre les lys,

les roses contre les pucerons. Non : ce sera enfin la paix, la

vraie !

En vérité, camarades, je vous le jure : plus d’averses de grêle,

plus de coups de gel : le paradis est là, le paradis c’est ça !

Alors, convertissez-vous, prenez votre carte au parti, engagez-

vous, croyez en moi, faites-moi confiance ! »



Puis agitant son sécateur à hauteur de ses yeux et des tiges

attentives, il ajouta :

« Alors, qui de vous, un lys ou une rose, un oeillet ou un souci ?



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Qui sera cité, à tout jamais, dans l’histoire comme le premier...

Qui se décide ? Quand même, laisser à un autre la gloire d’être

numéro un...


Juste un petit coup de sécateur, et après, y’a tout ce que je vous

ai promis, juste après, juré, craché : alors, on se décide ? »


Dialogue au jardin


(Tragédie en un passage à l’acte)


La rose : « je t’aime ! »

Le jardinier : « moi aussi je t’aime ! »



La rose : « Embrasse-moi... »

Le jardinier : « Embrasse-moi... »

Les deux : « Embrassons-nous... »

...



(Ils s’embrassent)


La rose : « Oh, ce que tu piques ! »

Le jardinier : « Pour être honnête, toi aussi, tu piques pas mal

non plus ! »

La rose : « Ah, c’est maintenant... Écoute, je dois te parler, c’est

délicat, d’un truc, voilà : je n’ai pas toujours été une fi lle... »



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YANNIS SANCHEZ


né en 1982

réside dans le Var

www.parolesdauteurs.over-blog.com


Amoureux et partisan d’une littérature qui tend à saisir directement

le lecteur, la poésie de Yannis Sanchez englobe une grande variété

de thèmes. Ses passions l’ont conduit à s’interroger sur son siècle et

le quotidien de ses semblables, une interrogation qui a enfanté une

poésie aux multiples visages qui s’inspire souvent de faits divers et

de l’actualité.

Son style poétique, hérité de Rimbaud et d´Hugo, tisse des liens

entre l´homme et son époque et parle au coeur. Grâce à une

maîtrise technique exceptionnelle, Yannis Sanchez fait danser les

vers classiques avec autant de facilité que de classe. Son premier

recueil Les solitudes assassines, sorti dans l´anonymat chez « Paroles

d´auteurs » reste une merveille poétique quasi inconnue du public.

Peu importe, d´autres poèmes arrivent et rivalisent déjà avec les

plus belles oeuvres du patrimoine français...

Goûtez à ces « voyelles », elles sont délicieuses !


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A


Lettre aux pieds de métal ancrés solidement

Jusqu’au point le plus haut de ton infi nitude,

C’est toi que le savoir a mis en altitude :

Première demoiselle au premier déploiement.



Lettre triangulaire amputée à la base

Comme cette colline éteinte dans le sol,

Dont la neige a soumis la ceinture du col

Ou comme ce grand mont que l’incendie embrase.



Et debout, dans le mot, résonnant la stupeur

Et la brutalité surnatale, tu fl ambes ;

Pyramide entravée au milieu de tes jambes,

Ta lucarne est un oeil cyclopique de peur !



Stratifiée au fil décroisé de tes pas,

Ta démarche à l’écart alarmant se contracte

Et ton antre soudain est blanc de cataracte,

O danseuse malade aux épaules sans bras !



E


Passante habtiuée aux caprices divers

Exigés par les sons de la langue française,


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Tes emplois récurrents savent prendre à revers

Jusqu’à ceux qui te font ponte de sa genèse.



Les accents t’ont conçu différents faux-jumeaux

Et le poète a dit qu’on voyait ta présence

Comme une ombre portée à la suite des mots

Quand ta terminaison ne fait pas résonnance.



Et pour comble d’amour, ce mutisme secret,

Cette danse finale à la pose divine,

Cette douce mesure au sourire discret,

Est pour les amoureux la rime féminine.



Sans doute ont-ils perçu dans ce déhanchement

Comme une analogie à la grâce des femmes

Et ces adorateurs ont unaniment

Lié leur insolence aux contours de tes lames.



L’homme avide et savant a dressé ta graphie

Comme une grande tour vers le ciel qu’il défi e

Et t’a donné ce corps bref, strict et vertical.



Pour imprégner en toi l’image de ce rêve,



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Il t’a symbolisé de ce point qui t’achève,

Etoile dominant le sens grammatical !



Point, trait, division, colonne informatique,

Morse redéployé sur un fi l défi ni,

Ta silhouette s’aligne ainsi qu’une musique :

Lit minci d’indistincts si divins d’infi ni;



Quel est ton vrai désir, lettre à peine visible

Dont l’allure est réduite au plus simple agrément ?

De la joie au malheur, du bien à l’impossible,

Cri strident de la vie ouvert au fi rmament.



O


Odéon reflété dans ta double structure,

Planète reformée à partir du compas,

C’est ton souffle profond, concert de la nature,

Qui te donne l’ampleur que les autres n’ont pas !



Car au bout de ta courbe intégrale et bien ronde,

C’est l’ondoiement au sol de ta tranquillité ;

L’ensemble de ton corps délimite le monde

Dans le cercle abouti de ta globalité.



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Ta fragile corolle aux ombres redondantes

Dore par son silence infini sa toison

Mais ton iris de glace et tes lèvres béantes

Décorporent en toi ton contour de poison.


Comment sauver l’aurore au dos des symphonies

Sonores et sombrant dans ton mystère bleu ?

Eau dormante, eau de roche aux mégalomanies,

Horizon de sagesse aux hypnoses de feu !


U


Arche d’un pont coulé, renversée à l’envers

Sous le poids ambigu des gravités nocturnes,

Ta coupole recule au son de l’univers

Vide comme le gris de la cendre des urnes.



Tes murs de cruauté hurlés à l’état brut

Te privent de chaleur et le froid de ta bouche,

Stupéfiant le rude accord grave du luth,

Soude ta démesure à celui qui te touche.



C’est la peur de se perdre et c’est la peur d’aller,

C’est le clairon funèbre et c’est la solitude ;

Voilure descendue aux brumes sans parler



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Quand la parole fuit sa propre inquiétude.


La volonté d’unir les rumeurs d’absolu

Surhumaines ont fait refluer tes brûlures

Vers ta nue incurvée, anse qui t’a valu

Cette austère pudeur qui brunit ton allure.


Et c’est toi qui retiens les élans trop osés

Des mots aventureux de l’inexpérience

Comme un salut de garde aux regards déposés

Comme un aimant qui veille et qui lutte en silence !


Y


Lettre d’arborescence à la base héllénique

Tel un être implorant l’infini de ses bras,

Tes segments se sont joints au centre névralgique,

Triple point de départ de l’étoile où tu vas.



Origine du tout, mère des hyponymes,

Symbole du tryptique et du lys abyssal,

Ossature pareille au corps des xyphodymes

Suivant la symétrie et le cycle royal.



Ta rareté s’oppose à tes multiples faces,



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Triangle démembré ! Partout dans mes espaces,

Tout me revient vers toi, hiéroglyphe premier.



Caractère trônant en lettre majuscule

Ainsi que le profil du célèbre olivier,

Tu rêves d’éclaircir ton ombre noctambule.



Les passants


Tandis que les moteurs tournent à plein régime

Dans l’atroce concert du bruit indifférent,

A chaque pas de plus, cette foule anonyme

Se dévisage en s’ignorant.



Elle marche, elle croise et recroise, elle passe

Et repasse les fils de son immensité

Mais tout ce remuement énorme qu’elle brasse

Est comme atteint de cécité.



Aucun son, aucun mot qui ne sort de sa bouche

Mais toujours la fumée effroyable qui tord

Les narines, la gorge et vient y prendre souche

En la serrant un peu plus fort.



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Là, ce boulevard noir de monde mais inerte

Est un long récital muet de bout en bout ;

Là, cet arrêt de bus est une tombe ouverte

Aux mourants qui tiennent debout.



A chaque coin de rue, un monstre de silence,

A chaque angle d’immeuble, un spectre de douleur,

Plusieurs milliers de corps font son inconsistance

Et font élargir son ampleur.



L’hiver froid n’est pas fou, l’été chaud n’est pas dupe,

Les cadeaux du premier, les maillots du second

Savent qu’après cela, personne ne s’occupe

De ceux et celles qui s’en vont.



Derrière les passants, la foule qui s’exsangue

Enfermant dans son coeur le vacarme des pas ;

On dit les mêmes mots dans une même langue

Mais l’on ne communique pas.



Ame soeur


«Ame-Soeur» relié par un trait transitoire

(Nous sommes bien d’accord) est un mot désignant


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La personne idéale et surtout contenant

L’amour qui vous paraît parfait pour une histoire.



Mais «Ame Soeur», deux mots, forment une entité

Synonyme d’égale, ensemble, équivalente,

Qui nomme deux esprits dont la pensée augmente

Suivant le même cour d’une même unité !



«Ame-Soeur» est un terme à vrai dire utopique

Bien qu’assez répandu pour ne pas être faux,

Toutefois il contient de multiples défauts :

Dépendance, étroitesse, habitude cyclique...



Mais «Ame Soeur», soleil, puissance, ascension,

Double mystère, ciel des paroles sacrées,

L’infini qui s’éveille aux aurores dorées

Amplifie «Ame Soeur» de défi nition.



Car «Ame Soeur», les yeux dans les yeux, la tendresse :

C’est plus que l’amitié, c’est plus loin que le coeur,

Plus loin que le réel, plus fort que la douleur,

Suprême fusion de deux corps en détresse !



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Six heures du matin


Six heures du matin, le réveil se déchaîne

Et c’est depuis deux ans le même rituel ;

J’ouvre à peine les yeux, d’un geste habituel,

J’éteins ce fou qui hurle et me rend incertaine.



Ma tête est encor lourde et mon esprit brumeux,

Ma respiration est encor hésitante

Et j’ai dans la poitrine une masse oppressante,

Une sorte de poids angoissant, nuageux.



Six heures du matin, l’hiver est diffi cile

Et l’horloge m’a mis son cadran assoiffé

En face de la table où je bois mon café :

Je le fixe, je pense et je reste immobile...



Je pense à cette époque où sur le bord de mer,

Mon frère et moi faisions de grands châteaux de sable,

Je pense à mon école, à mon petit cartable,

A notre appartement qui nous était si cher !



Je pense à mon enfance et je pense à mon père

Qui nous a laissés seuls du jour au lendemain ;

Le divorce, l’huissier, son travail inhumain,

Aux meubles qui s’en vont, aux larmes de ma mère.



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Ma mère qui parvint à trouver un logis

Pour vivre dignement seule avec ses deux gosses,

Le secours populaire et les hivers précoces :

Il fallait éviter de faire du gâchis !



Je pense à mes amours de jeune adolescente,

A ma première fête, à mon premier baiser,

A ces halos de sang venus se déposer

En cercle sur mes draps par une nuit tremblante.



Je pense à nos secrets de filles, aux garçons

Qui nous draguaient toujours en nous contant fl eurette

Au bahut, où chacun fumait sa cigarette

Au moment de la pause à côté des buissons.



Je pense à ce fameux printemps, en terminale,

Quand nous étions devant les résultats du bac ;

L’attente, le tableau, le coeur qui bat, le trac,

Et notre cri de joie à l’annonce fi nale !



Après, j’étais quasi certaine d’avancer,

Après je désirais poursuivre mes études,

Mais moi je n’avais pas, car ces temps-là sont rudes,

Les moyens de survivre et de les fi nancer...



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Et je pense à ce jour où calme et résignée,

Je suis venue ouvrir, dans le quartier voisin,

La porte d’un bureau de ce grand magasin ;

Mon sentiment amer en serrant la poignée...


Je reprends mes esprits ; les deux doigts du cadran

Ont à peine changé leur misère de place,

Le vent souffle dehors et brandit sa menace,

L’hiver sera toujours un terrible tyran !



Mon café, presque froid, dans son oeillet trop sombre,

Comme un rêve qui meurt, a l’air de vaciller,

Comme ma vie aussi quand je vais travailler

Et que les souvenirs me suivent comme une ombre !



Je vais prendre mon poste et je ne dirai rien,

Les clients me verront aimable et souriante,

Je rêverai toujours la vie étudiante,

Et ce rêve demeure un fragile soutien.



On ignore mon nom ; de derrière ma caisse,

D’où je ne peux plus voir la lumière du jour,

Je me surprends parfois à songer à l’amour

Et tombe dans l’oubli quand le rideau se baisse !



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Pompon


Pompon, l’âne hyérois arpentait le pavé

Au milieu des clameurs de la rue à la place ;

Ses sabots résonnaient et les gens disaient : «Vé !

ça sent bon la nature et c’est Pompon qui passe !»



Pompon, les flancs chargés, montait jusqu’au château

Puis il redescendait jusqu’à la vieille ville ;

Pas si simple d’avoir le pain et le couteau,

La vie, à cette époque, était bien moins facile.



La tour des Templiers dominait Massillon,

Les femmes, au lavoir, battaient le linge sale,

L’école séparait la fille du garçon,

On ouvrait le commerce à l’heure matinale.



On se connaissait tous, l’air était coloré :

Les rires des enfants se fondaient dans la liesse,

On était bien vêtu quand monsieur le curé

Commençait le dimanche en célébrant la messe.



On y voyait un frère, une tante, un cousin,

Et quand venait le soir, chacun sortait sa chaise :

On parlait, saluant un ami, son voisin,

On parlait, comme ça, pour rester à son aise.



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Lui, Pompon, tous les jours, il avait son travail,

Il s’en acquittait bien d’ailleurs ce bon vieil âne !

Les vieux qui le voyaient traîner son attirail

Disaient : « Vé, c’est Pompon ! » en tapant de la canne.



Pompon passait, les gens saluaient ce porteur

Humblement courageux, force de la nature ;

Il n’était certes pas comme un maire, un docteur,

Mais pour tous les Hyérois, c’était une fi gure !



Car Pompon travaillait dans la rue autrefois,

A l’époque où mon père et ma mère étaient gosses,

Où l’on vivait encor sans télé sous son toit

Et que tout le quartier fêtait gaiement des noces !



Oui, c’était autrefois, mais ceux aux cheveux blancs

Qui peuvent témoigner l’époque disparue,

Ceux qui riaient, qui sont aujourd’hui grands-parents,

Se souviennent d’avoir vu Pompon dans la rue !



Pompon, l’âne hyérois, dont le nom est resté

Parmi les noms qui font perdurer la mémoire

Des époques d’avant quand elles ont quitté

Quelque peu les esprits pour rentrer dans l’Histoire.



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Et chez les vrais Hyérois dont ce nom est gravé

Dans la tête, on raconte avec un air tranquille

Que lorsqu’on entendait résonner le pavé

C’était l’âne Pompon qui montait dans la ville.


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STÉPHANIE GAOU-BERNARD



née en 1974

réside à Tanger (Maroc)


La déferlante de mots


http://stephaniegaou.over-blog.com


Les partances et l’exil chevillés à la plume, Stéphanie Gaou-Bernard

qui vit à Tanger depuis de nombreuses années, écrit poèmes

et nouvelles sur les navigations amoureuses, la quête d’un sud

fantasmé, africain, poussiéreux et ouvert à tous les vents, ce sud

de tous les impossibles. Avec toujours à l’esprit ceci : ailleurs est

un mot qui porte en gestation tous les rêves que l’on nourrit depuis

l’enfance. Sa poésie, sensuelle et cruelle, se nourrit des doutes

d’une femme aux prises avec son désir, un peu rêveuse, libre.

Vraiment libre.


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SI SEULEMENT


Si seulement,

Pouvoir me dresser,

Femelle parmi les femelles,

Face à mes pères,

Leur jeter à la fi gure

Les ramas de mon existence,

Leur dire à ces raclures,

Pourquoi ils ont miné les espoirs de ma jeunesse.



Si seulement alors, repue de colère,

M’enfermer à double tour

Chez moi, écouter Reggiani,

Le coeur gros de houle cassante,

En me saoulant de vigne âpre et viciée.



Si seulement,

Vestale au feu sacrilège,

Pouvoir me souvenir de l’homme

Que j’ai tenu à bout de doigts,

A bout de bras,

A bout de force,

A bout de draps.



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Si seulement,

Mettre fin aux équivoques,

Conciliabules, jugements, errances et soumissions.

Eloigner de moi matadors

Et matamores,

Me découvrir immense

Comme la paume de ma main,

Infi nie

Au-delà des représailles,

Impétueuse et torrentielle.



Et puis,

Comme après un jour sec de tramontane,

La tête ivre de courants d’air,

Souffletant, voletant, virevoltant et m’égrisant,

M’étioler. M’étioler, tout simplement.



NO COMMENT


Pantelante et nue,

Voilà comment tu m’as laissée.

A plat ventre, sur les carreaux,

Chancelante sous les chandeliers,



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La honte passée, et moi tremblante,

Tu disais ne plus m’aimer, jamais.

Et moi, bien sûr, je t’ai cru.

A quoi servent les souvenirs, disais-tu,

Je te répondais:

J’ai oublié, mais je l’ai su.



Et puis, un jour, l’attente.



Une fois morts les sentiments,

Que restait-il de nous?

Quelques étreintes de fous,

Les écarts de conduite excitants,

Les non-dits lourds de sens,

Et les griffes, les griffes de l’absence.



JE PENSE MES PLAIES


toujours penser mes plaies,

face au grand pourquoi de ma vie.

ils sont las,

ceux qui m’accompagnaient pour le grand voyage.

las et là.

jamais très loin de mes souvenirs.



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sombres remembrances.

je pense mes plaies.

je panse.

sparadrap sur mes colères,

je me fais douce comme après la tempête

orageuse, et solennelle.

je pense mes plaies.

ai endossé bien des dommages,

tué l’énergie qui filait en moi,

araignée tisseuse de songes noirs.

ai tout cassé.

je les hais tous.

les ai tous aimés.

tous.

mais que restera-t-il quand vieille et laide

je ne saurai plus dire jusqu’à mon prénom ?

je pense mes plaies

et m’apprête pour le dernier voyage.

le grand saut vers l’inconnu.

je pense mes plaies.

je cicatrise à merveille.



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LIOUBOV


Depuis que toi,

Elu à vie de ma concupiscence,

As cessé de te délecter

Des rivages flous de ma nudité,

Je n’ai regardé mon corps

Qu’avec crainte,

La peur au ventre d’y lire,

En vrac et sans exhaustivité,

Les ravages des années :



marques que la vie a gravées sans soin au scalpel

au rasoir au poignard au crochet

graffites du temps complices des rides et crevasses

qui ont défiguré ma peau

caresses des amants dont j’ai même désappris les prénoms

caresses papillons légères à la résonance infi nie

césures laissées par les étreintes de la maladie du deuil des


[convalescences

sutures violacées que tu avais oublié d’emporter à ton

[départ


Ai-je raison de croire encore,

Qu’une fois, une seule,


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Tu seras dépouillé au creux

De ma nuque,

Fou d’amour,

A me susurrer des insanités

Et me faire oublier, élixir de jeunesse,

Mes beautés envolées ?



AU PINCIO


je m’étais enivrée du parfum de tes bras

aisselles nues comme un puits sans fond

catin tout de même un peu

comme toutes les fi lles

qui ont aimé

aimé une fois

tu m’avais préféré une douce discrète

créature au sang clair qui t’avait consolé

sans remords, sans remous

de mes salves incendiaires

je ne m’étais pas remise, l’ivresse

manquait à mes ennuis d’amour

par une nuit d’équinoxe, m’étais juré

de ne plus faire revivre les images, les pensées

les allées du pincio, bourbeuses


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après la pluie

m’avaient rappelé les encens de ta peau

je m’étais enfuie par les rues

troublée que j’étais

par cette beauté-là, ces soubresauts.


NOCTAMBULANCE


Lui, pas de velours,

Nuit qui tombe sur les buildings,

Moi, diurne, chétive créature,

Mon courage à deux mains j’ai pris

Et l’ai suivi.



Où pourrait-il bien me mener,

Lui, marcheur et noctambule,

Somnambule aux yeux de braise ?



D’audace me suis armée,

Pour braver mes interdits mes fi èvres.

Car pouvait-il me protéger,

Garder intactes mes exigences,

Lui, l’inconnu aux cheveux de jais ?



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Craintes grotesques évanouies.

J’ai fantasmé,

Là, si fébrile si fourmillante !



Mes angoisses les ai surpassées

Pour récolter les cendres de son coeur,

A lui, pas de velours,

Yeux de braise et cheveux de jais.



SANS TITRE


A l’amorce de nos reins

Faiblir en cadence

Par la transe qui muselle.

Après les assauts, les ébats, les suspends

De bonheur, fous de gémir

Au plus sombre du désir

Frémir du dépouillement

Perdus l’un l’autre dans nos corps

Chair et châteaux-forts.


Ne pas résister, succomber, ivres

De prophètes en prophétie


79





S’armer d’impatience

Pour nos amours en litanie

Toujours irrévérencieux jusqu’à l’indécence

Sans oublier cela : il faut se hâter de vivre.


STALAGMITE


La main ébouriffera la chevelure

Moi, nue et stalagmite, dans le rai de lumière froid

Bouche contre bouche, tout juste frôlées

Et ses lèvres à peine posées sur la pointe des seins

Au loin, le ronflement des moteurs

Nous rappellera au monde des autres

Et les enfants dans les fl aques

Et la sirène de l’école


Et moi, nue encore, dans l’attente du baiser

Fébrile et sage,

Docile sous les doigts qui pianotent

Et ma chair offerte

Du grain de beauté en passant par la nuque


Le souffle du vent a soulevé le voile

Qui servait de rideau à la chambre clandestine


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L’on me verra peut-être un instant du dehors

Figée dans l’étincelle du désir


Au diable les voyeurs

Nous serons seuls sur cette terre

A la commissure des lèvres

Dépêche-toi, vite, vite ce baiser


NU(S)


Nu, Bronze, Or, Argent, Alliage

Nu, toi, Fou, Libre et Agile

Nu

Un corps qui se déploie

Qui se délie

Nu, Beau

Beau et nu comme un mirage

Nu, Trop sublime, Inutile

Nu

Un coeur nu qui se fourvoie

M’étourdit

Nu, Voix sans écho, Impasse sans retour

Nu

Qui s’impose à mon âme


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Intrépide

Danger du geste perfi de

Nu, Chair étincelante, Corps sans issue

Nu

Tu es mon monde, toi, Infini, espace cru, nu


Toi et moi, Mélange sombre de deux inconnus

Nus

Lumière étanche

Impressions déçues


Nue, Je me contemple, Le miroir nu

Nue, Comme au premier jour

Nue, Je quitterai la terre

Nue

Et pour toujours


DESERT


à être comme le désert, immense et inhabitée

mes terres sans frontières et mon âme inféodée

à broyer du feu comme d’autres le noir

battue à rouge par le soleil ardent

à pas comptés, avancer au coeur du brasier


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et me débattre, comme le désert, contre le manque et l’illimité

me rêver parfois close et protectrice

ceinte de tous côtés par des lignes d’horizon

moi dont le corps n’a jamais un autre corps abrité

ne demeurer qu’infinie, ouverte à tous les possibles

moi dont la grotte utérine

n’a jamais rien engendré que le vide


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PASCAL LERAY


né en 1971

réside à Noisy-le-Grand (93)

www.lechasseurabstrait.com

www.seriographe.forumactif.com


« Je sais peu de chose de Pascal Leray...

Ce que je sais, c’est qu’il est parfois poète, parfois philosophe, très

érudit, cultivé, visionnaire aussi, passionné par la série des mots

mais aussi gribouilleur, peintre, chanteur ou musicien, suivant

les envies, un garçon doté d’une énergie cérébrale qui défi e

l’entendement !

Cette belle énergie semble canalisée depuis peu par la revue Le

chasseur abstrait qui lui laisse l’espace nécessaire pour exprimer

son art.

Je sais aussi son amitié, belle et forte, qui a su conseiller mon travail

et me montrer la voie. Je lui dois d’avoir lu mes poèmes et d’y avoir

répondu avec application. Je le remercie aussi de m’avoir montré

Grosjean, le poème dans une respiration, l’instant, le partage, le

cadeau... Mais aussi l’humilité et l’intégrité poétique !

Je sais que découvrir son oeuvre peut changer un homme… »


Le Poète Inconnu


85





Montrez-moi une lèvre

ou une lueur d’abat-jour

je veux descendre de la barque


mais voici l’eau de mes repas

nous mangeons galamment

nos mains sont des fourchettes suprêmes

(suprême est l’instrument qui perce l’eau)


Il faudra que tu cherches

dans des malles entières la vaisselle du monde

----------------------------- et la vaisselle ruisselait.


Pourquoi une

épopée


alors que nous allions tous

vivre

dans le givre

à la pousuite du sang

« J’eus un orgasme dans le

sang » --- disait la lampe ;


86





l’écoutais-je mais la trahis-je ?

la lampe : un train

passait et traversait la --------- plaine ?



qui nageait tendrement dans le sang de ce soir


Nous avons traversé la plaine

et chéri les dangers nous avons

bien vécu de bonne chère

or la

faim vint


nous avons répondu à la faim par le sang

et quand la plaine fut ouverte nous avons

écarté -- la lampe ------------



Fin d’épopée.


Je ne voudrais pas oublier votre visage

ouvert contre le mien

le mien est

rond vous y

touchez la mort encore et j’ai besoin


87





--- vous le voyez...


d’une lueur de lampe

orientée orientée

vers le sol où je marche où je

marche je respire


(on me demande mes raisons)


je marche c’est


--- vous le voyez...

l’estrade de ma bienséance

je veux me tenir devant vous

parlez : vous me demanderez et je

dirai ceci :


OEil

oeil tourné vers les

caves de sa chambre oeil

jamais muet

de bouche en bouche passait ta lumière vipérine

aux lèvres aux paupières de nos convives

tu offrais le repos et le repas

pansant leurs corps entiers encore mais dépecés

nous y avons

passé des mois


88





Vous le voyez -- les mois qui passent

ne se ressemblent pas non

ils tournent vraisemblablement

plus

vraisemblablement encore

ils dansent nous

tournons nous seulement

plus vraisemblablement encore

les choses reviennent parfois elles reviennent

reviennent mal

et ce qui revenait revenait mal : début d’épopée

le mal subi

ah non n’est pas le mal

commis

les mois qui passent

ne sont pas en eux-mêmes un engagement

mais un

couloir de truchements et de

chuchotements :

les voix du peut-être peut-être...


89





Poèmes de l’abat-jour


I


L’abat-jour étranger à la table des nuits

Qui, comme nous changeons, progressent et transforment

Les êtres lourds et flous que nos rêves endorment

Dans l’inconscient, abstrait de leurs multiples puits,



Sous ces fleuves de rêves clairs et évanouis

L’abat-jour étudie la forme de nos sommes

De ces formes il fait l’écheveau que nous sommes

Oublié vers midi (sous les désirs enfouis,



Une lumière accepte d’affleurer au sol

Mais se rétracte vite, et revient sous le col

Abstrait de l’abat-jour, éteint et jamais clos) :



Eveille-toi bientôt et goûte le silence ;

A cinq heures peut-être, au calme de tes os,

L’abat-jour te gouverne et te donne sa science.



90





II


Je me suis retourné, hier, avant-hier,

Sur ces morceaux de ville ignorés du passé ;

Comme on disperserait un butin amassé,

On se nettoie l’esprit du souvenir trop cher !



Le souvenir liquide remue un peu l’air

Où nous vécûmes longs, tendrement affaissés

Sur le socle du sol, qui nous avait pressés :

Tu te refuseras à ce parfum trop clair.



Tu reviendras aux lieux où rien ne s’est inscrit,

Où la pierre, sereine et tendre, joue et rit

Tandis que l’abat-jour de ta chambre en abîme



Suit progressivement tes quelques mouvements

Qui esquissent de loin un horizon sans cîme

Et nourrit en silence tes écoulements.



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III


L’abat-jour s’écoulait sur la table de nuit,

Des chansons feuilletaient cette coulée nocturne,

Une radio lointaine effaça la diurne

Enveloppe de chair du souvenir qui luit !



En la suivant des yeux, cette image qui fuit,

Tes yeux aussi s’enfuirent ; à travers ta turne,


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