Excerpt for La nouvelle vie d'Anna : deuxième année by Pauline Sarélot-Le Floc'h, available in its entirety at Smashwords

La Nouvelle Vie d’Anna


Deuxième Année


By Pauline Sarélot-Le Floc’h


Smashwords Edition


Copyright 2010 Pauline Sarélot-Le Floc’h

Smashwords Edition, License Notes

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Chapitre 1 : Les retrouvailles.



  • Anna, on part dans dix minutes, dépêche-toi !

Ma mère était toujours stressée par les départs. Je n’ai jamais compris pourquoi. En l’occurrence, c’était plutôt à moi d’avoir les boules. Arriver tard, ça voudrait dire ne pas avoir le temps de profiter du château et de ses habitants avant le début des cours. Je tenais à tout savoir de mon aile Sud avant d’entamer officiellement mon année de Première scientifique.

Après avoir galéré pendant plus d’un quart d’heure, ma valise finit par se fermer. D’un coup d’œil, je vérifiai que je n’avais rien oublié dans ma chambre. A priori, pas de problème. Mon portable sonna. Le nom qui s’afficha sur l’écran me donna le sourire. Je décrochai :

  • Allô Carole ?

  • Allô Anna ?

Elle avait passé trois semaines à l’étranger et je n’avais donc eu de ses nouvelles depuis que grâce à une carte postale d’Egypte qu’elle m’avait promise deux mois plus tôt.

  • Tu es encore à Bordeaux ?

  • On vient de partir, et toi ?

  • On part dans quelques minutes.

  • On devrait arriver à peu près en même temps, alors.

  • Sauf si on met trois plombes à sortir de Paris.

  • J’espère que tu as plein de choses à me raconter.

  • Pareil pour toi.

  • Allez, rendez-vous dans cinq heures !

  • A tout à l’heure.

Après ce coup de téléphone, mon château me manqua encore plus. Ma mère me hurla une dernière fois que le départ était imminent. Je pris ma valise, mon sac à dos, mes lunettes de soleil et regardai une dernière fois ma chambre parisienne avant de rejoindre mes parents près de la porte d’entrée.


Le voyage sembla durer une éternité. J’avais vite arrêté de regarder les kilométrages sur les panneaux tant cela me déprimait. Pendant la deuxième partie du trajet, je reçus un texto de Raphaël m’annonçant son arrivée au château alors qu’il me restait encore une bonne heure de route. Par contre, un texto de Barth me spécifia que je ne le verrais pas avant le dîner.


Enfin, il était là, c’était bien lui, oui je le reconnaissais : le portail vert. Mon portail vert. Et ce petit gardien moustachu. Et cette interminable allée au milieu de la forêt. Et mon château. Enfin. Mon château.

Sur le parking, je vis la directrice accueillir des Seconde. Elle n’avait absolument pas changé. Même coiffure, même tailleur, même air strict. Elle nous salua de loin puis monta au château avec un couple de parents et un jeune garçon. Mon père sortit mes bagages du coffre. Je pris mon sac à dos, il prit la valise, ma mère ne prit rien, et tous les trois nous partîmes à la conquête des marches de pierres qui nous conduiraient à la grande porte d’entrée.


Le hall du bloc n’était pas aussi animé que je l’aurais espéré. Je reconnus seulement Baptiste et Jordan, qui désormais faisaient partie de l’aile Est. Puis Emilie arriva et se dirigea droit sur moi.

  • Bonjour. Tu rentres en Première ?

  • Oui. Je suis Anna Camors.

Elle regarda son classeur d’aménagement et m’annonça que ma chambre se trouvait au premier étage, troisième porte à gauche.

  • Tu veux que je t’accompagne ? me demanda-t-elle en me donnant ma clé.

  • Non ça ira, merci.

Emilie me parut toujours aussi peu sympathique. C’était le jour de la rentrée, elle souriait donc un minimum. Mais quand même. Rien à voir avec Karl, et rien à voir avec… Jérôme. Je prononçais discrètement ce prénom. Cela ne m’était pas arrivé depuis deux mois et cette sensation me donna un bon coup de nostalgie. Perdue dans mes souvenirs, ma tête opéra une rotation en direction de l’aile Ouest. Une élève et sa mère attendaient devant l’entrée et semblaient un peu égarées. Puis il sortit de l’aile, son classeur à la main, et alla accueillir cette nouvelle venue et sa petite maman. En le voyant, je cessai de réfléchir. Je le regardai et espérai que ses yeux se posent sur moi. Mais rien. Il salua sa nouvelle protégée et l’entraîna à l’intérieur de l’aile Ouest. Il ne m’avait même pas regardée.

  • Anna, on y va ? dit mon père.

  • Oui oui, on y va. C’est tout droit.


Le hall de l’aile Sud était absolument similaire à celui de l’aile Ouest. Pareil pour l’escalier. Puis le petit salon jaune. Premier étage, troisième porte à gauche. En mettant la clé dans la serrure, je me demandai dans quelles couleurs j’allais vivre mon année scolaire. Verdict : murs vert menthe et sol rouge vermillon. La disposition changeait un peu : la salle de bain était à droite et le bureau à la place de l’armoire, près du lit. Ca me plaisait. Mon père posa ma valise sur mon lit. Ils profitèrent de ma salle de bain avant de reprendre la route. Puis je les raccompagnai au parking.


Je n’avais pas recroisé de tête familière en traversant le hall du bloc. Mais quand mes parents partirent, je remarquai une voiture immatriculée trente-trois. La Gironde. Bordeaux. Carole… Je m’approchai timidement de la voiture. Un homme en sortit. Il était grand, très élégant, l’air quelque peu antipathique. Je fus prise d’un doute. J’imaginais difficilement cet homme comme étant le père du Carole. La portière arrière gauche s’ouvrit. Je m’étais trompée de Bordelaise. C’était Inès.

Je rentrai au château en courant et regagnai ma nouvelle chambre. De ma fenêtre, je voyais l’aile Est, mais du côté opposé à la terrasse. Il n’y avait que des fenêtres. Je voyais l’arrière du parc, la forêt, et j’apercevais un bout de la piscine. J’ouvris cette valise que j’avais eu tant de mal à fermer et rangeai mes affaires. J’entendais Emilie faire des allées et venues dans le couloir. Mon portable sonna. Raphaël. J’avais complètement oublié qu’il était déjà là.

  • Tu es arrivée ? demanda-t-il.

  • Oui, c’est bizarre que je ne t’aie pas vu.

  • Non c’est normal, je ne suis pas sorti de ma chambre depuis mon arrivée.

  • Où es-tu ?

  • Troisième étage, première chambre à droite. Benjamin et Antony sont avec moi.

  • J’arrive.


Trente secondes plus tard, j’arrivai essoufflée au troisième étage de l’aile Sud et frappai à la porte de Raphaël. Ouverture de la porte. Raphaël était tellement bronzé, je n’en revenais pas.

  • Ca me fait trop plaisir de te voir ! s’écria-t-il en me serrant dans ses bras.

  • Fais voir ta chambre.

Cette année, c’était lui qui avait hérité des murs orange. Son sol était vert foncé. Je fis la bise aux garçons et m’installai comme de coutume sur le lit de l’hôte.

  • Vous avez vu qui est déjà là ? demandai-je.

  • Il y a donc nous trois, Sandra, Chloé, Ulysse, Margot, Leslie et le meilleur pour la fin : Inès !

Alors que nous nous racontions nos vacances, mon portable sonna de nouveau. Carole :

  • Ca y est, je suis arrivée. Deuxième étage, première porte à gauche.

  • Moi je suis au premier, troisième porte à gauche.

  • Ok, j’accours.

  • Non attends, là je suis dans la chambre de Raphaël. Troisième étage, première porte à droite.

  • Et bien, on va en faire des kilomètres pour se voir, cette année.

Elle n’avait pas tort. Les escaliers de l’aile Sud n’allaient bientôt plus avoir de secret pour nous. Antony et Benjamin sortirent afin de rejoindre Victor et Adrien qui arrivaient par le car de 17H30. Carole entra. Emouvantes retrouvailles puis conte des vacances.

  • Qu’est-ce que tu es bronzé ! lança-t-elle à Raphaël

  • Ce sont les Pyrénées, les filles. Vous ne pouvez pas comprendre, dit-il en se moquant.

Raphaël était originaire d’une petite ville près de Perpignan. Deux mois sans le voir, et surtout sans l’entendre, ça m’avait fait oublier son merveilleux accent du sud.


Nous descendîmes au deuxième étage pour permettre à Carole de continuer la discussion tout en déballant ses affaires. Ses murs étaient similaires aux miens, mais son sol était jaune pâle. Je préférais mon vermillon.

  • Décidément, je suis abonnée aux murs verts, dit-elle.

  • Ce n’est pas du tout le même vert.

  • Raphaël, quel sens de l’observation !

  • Merci.

  • D’ailleurs ce vert est plus joli que celui de l’année dernière.

Sa valise était encore plus grosse que la mienne. Je me sentais moins seule.

  • Vous croyez que le fait qu’on soit chacun à un étage différent est un hasard ? dit Raphaël.

  • Tu penses qu’Emilie se souvient de nous ? s’interrogea Carole.

  • C’est possible. Elle est tellement à cheval sur le règlement. Sachant qu’on allait atterrir dans son aile un an plus tard, elle avait tout intérêt à bien s’encrer nos noms dans la tête.

  • Elle ne savait pas nos noms.

  • Elle n’avait qu’à regarder dans les fichiers de Jorain, ou demander à Jérôme.

  • Jérôme ne nous aurait pas balancés.

  • Attends, Carole, on n’a quand même pas cambriolé le château. Jérôme n’avait aucune raison de nous protéger, on ne risquait rien. Et puis si elle lui a demandé nos noms, quelle excuse il aurait pu trouver pour refuser de lui répondre ?

  • Ok. Tu marques un point, Raphaël.

  • D’ailleurs, tu as vu la cicatrice de Jérôme, au dessus de l’œil droit ?

  • Oui. Il a eu de la chance. Deux centimètres en dessous, et il était borgne. Enfin, ça avait plutôt l’air de le faire rire. Et puis on ne voit pas grand chose, il n’est pas défiguré pour autant.

Je fronçai les sourcils. Ca n’allait pas du tout. Carole et Raphaël semblaient faire allusion à une anecdote de vacances de Jérôme. Comment pouvaient-ils savoir ça, tous les deux ? Je demandai :

  • Vous avez parlé avec Jérôme ?

  • Bien sûr, répondit Raphaël. Il est venu me voir quand je suis arrivé.

  • Pareil pour moi, renchérit Carole. On a discuté dans le hall et puis Emilie est arrivée pour me montrer ma chambre.

Moi, Jérôme ne m’avait même pas regardée. Cependant, j’étais persuadée qu’il m’avait vue. Enfin je croyais. Après tout, je pouvais me tromper. Et puis, il y avait une élève qui attendait. Il devait s’occuper d’elle. Quand même, il avait trouvé le temps de discuter avec Raphaël et Carole, mais pas avec moi. Pourtant, il n’avait aucune raison de m’éviter. Peut-être à cause de mes parents…

  • Eh oh, Anna, tu rêves ?

Carole me sortit de ma réflexion. J’étais un peu perdue.

  • Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Raphaël.

  • Rien. Je réfléchissais à un truc.

On entendit Emilie passer dans le couloir, frapper à toutes les portes et annoncer une réunion imminente dans le petit salon. Cela signifiait que tout le monde était là.


Il me faudrait du temps avant de l’habituer à un petit salon jaune. J’aimais tant le rouge de l’an dernier. Après un rapide bonjour à tous mes camarades, je remarquai trois nouvelles têtes, dont deux pas si nouvelles que ça. Emilie se plaça devant nous et commença son discours :

  • Bonjour tout le monde. Pour ceux qui ne le savent pas ou l’aurait oublié, je m’appelle Emilie, je suis responsable de l’aile Sud. Je vous rappelle quelques points importants du règlement : lumières éteintes à 22H30 pendant la semaine, minuit pendant les week-ends et les soirées à thème. Il est interdit de pénétrer dans les autres ailes ou de faire entrer des élèves d’autres niveaux ici.

En disant cela, son regard se posa sur nous. Elle avait de la mémoire, cette Emilie.

  • Madame Jorain expliquera les horaires des repas et du bloc lors du dîner. Je vous fais donc grâce de cela. Pour ceux qui ne l’avaient pas remarqué, il y a trois élèves qui n’étaient pas dans l’aile Ouest l’an dernier. Je vous présente donc Yorick et Marion qui redoublent leur Première.

Carole semblait très bien se souvenir de Yorick. Effectivement, il était très beau, et surtout, il était métis. Et Carole avait un grand faible pour les métisses.

  • Et la jeune fille là-bas s’appelle Océane. C’est sa première année au château, je compte donc sur vous pour qu’elle s’y intègre vite.

Océane. Joli prénom. La fille aussi était jolie. Elle avait l’air très jeune.


En sortant du petit salon, je fis un demi-tour sur moi-même pour voir si quelqu’un s’occupait d’Océane. Elle paraissait si petite, si fragile. Je l’aurais bien prise sous mon aile. Quand mon regard se posa sur elle, je poussai un long soupir. Inès avait été plus rapide que moi.

  • Oh non, on ne va quand même pas laisser faire ça, chuchota Carole.

  • Ce qu’on ne va quand même pas faire, c’est des histoires avec Inès dès le premier jour.

  • Je sais bien qu’il faut être raisonnable, mais là, c’est un cas de force majeur.

  • Il faut attendre. On ne la connaît pas, cette fille. Si elle a un peu de jugeote, elle sortira du cocon d’Inès de son plein gré.


A l’heure du dîner, Emilie vint nous donner notre panoplie de tee-shirts. Je ne me souvenais pas qu’elle était aussi belle. Ses cheveux blond platine lui tombaient en bas du dos, sa peau était claire et ses yeux d’un bleu très pur. Emilie aurait très bien pu être mannequin. Elle avait ce corps très à la mode qui consistait à n’avoir quasiment aucune forme féminine. Tout le contraire de Carole et moi. On avait l’air en excellente santé, à côté d’elle.

Une fois en tenue, nous montâmes dans le réfectoire. J’eus un petit pincement au cœur en voyant tous ces élèves souriants qui portaient un ‘ouest’ orange sur la poitrine. J’avais opté pour le débardeur à fines bretelles. Ce ‘sud’ vert m’était tellement étranger, et cette Emilie tellement désagréable. Vivement le passage en Terminale.


Après le discours de Jorain, le repas commença. Marion et Yorick dînèrent avec leurs anciens camarades qui, désormais, portaient les couleurs de l’aile Est. Quant à Océane, je fus rassurée de la voir avec Chloé, Sandra et Leslie. Je vis passer Karl. Toujours aussi maigre, toujours aussi grand, toujours aussi blagueur. C’était le responsable qui avait le moins de salutations à faire. En effet, il avait les Terminale et ne voyait donc ses élèves qu’un an, contrairement à Jérôme et Emilie. A part trois ou quatre redoublants, Karl ne connaissait aucun élève.


Je le cherchais du regard. Mais le réfectoire était très grand. Et puis, le premier jour, il avait du boulot. Enfin, je le vis. Mon ancien responsable. Il venait du coin des profs et se dirigeait vers la table où dînaient Emilie et Karl. Je le suivais des yeux. Sur son trajet, il dit bonjour à tous mes camarades, offrant même un magnifique sourire à Inès. Bien qu’il eût déjà vu Carole et Raphaël quelques heures plus tôt, je pensais qu’il viendrait nous dire un petit mot, et en particulier à moi. Mais rien. Même pas un regard, même pas un signe. Pourtant moi, je le fixais. J’essayais de capter son regard. Souvent, quand quelqu’un vous fixe, vous finissez par vous en apercevoir. Mais ça ne marchait pas. Il alla s’asseoir, au fond du réfectoire, dos à moi. Deux mains se posèrent sur mes yeux.

  • Le sud te va très bien, ma belle.

Barth retira ses mains et se pencha pour m’embrasser. Lui aussi était bien bronzé. Il serra la main de Raphaël, donna une bise à Carole :

  • Tu dînes avec nous ? demanda Raphaël.

  • Euh… je veux bien. Enfin, si ça ne vous dérange pas.

Je fus très surprise de la proposition de Raphaël. Quand j’avais commencé à sortir avec Barth, Raphaël n’était pas très content. Puis ils avaient sympathisé à la fin de l’année, quand le cas d’Inès devint trop sérieux. Barth alla remplir son plateau et s’installa en face de moi, à côté de Carole. Elle assaillit mon petit copain de questions à propos de Yorick.

  • Je crois que son père est français et sa mère marocaine. Ou peut-être l’inverse.

  • Et tu sais s’il a une copine ?

Raphaël et moi pouffâmes de rire. Barth resta poli.

  • L’année dernière, il est sorti avec une fille de Terminale. Elle a eu son bac donc elle n’est plus au château. Je ne sais pas s’ils sont toujours ensemble.

  • Tu ne te reposes jamais, toi, lança Raphaël à Carole.

  • J’en ai marre d’être célibataire.

  • Sinon, Baptiste est toujours libre, dit Barth.

  • Non merci. Ca ira.


Carole et Raphaël retournèrent dans l’aile Sud. Barth et moi partîmes dans le parc. J’étais un peu angoissée à l’idée de reprendre les cours le lendemain. Bien que je me sois un peu ennuyée pendant les vacances, la perspective de retrouver les profs ne me réjouissait pas plus que ça. Barth me tenait la main, me rappelait à quel point je lui avais manqué depuis la dernière fois où l’on s’était vus, début août. A moi aussi il m’avait manqué.

En remontant vers le château, nous vîmes trois élèves de l’aile Ouest assis sur le petit muret. Deux filles et un garçon, en train de rire. J’avais l’impression de me voir moi, un an auparavant, avec mes deux meilleurs amis.


Barth partit dans son aile afin de défaire ses bagages. Je rejoignis mes compatriotes dans le petit salon. Il y avait Raphaël, Carole, Ulysse, Julie, et la petite Océane. Cette dernière nous raconta qu’elle venait de Perpignan.

  • Comme moi ! s’écria Raphaël.

Effectivement, elle parlait avec le même accent. Océane avait deux ans d’avance, soit quatorze ans. Elle ne dépassait pas les 1,60m et avait un corps très fin. Ses longs cheveux châtains lui arrivaient en bas du dos. Quand on la voyait de loin, on ne lui donnait pas plus de douze ans.

  • Je crois que Raphaël craque, marmonna Carole à mon oreille.

  • Il a bien raison, répondis-je. Elle est mignonne comme tout.

Raphaël, tout comme Barth, avait un an de retard. Ca lui faisait trois ans d’écart avec Océane.

Emilie entra dans le petit salon et posa un tas de feuilles sur l’une des tables. C’était l’emploi du temps. Carole en attrapa plusieurs et nous les distribua. En fin de Seconde, nous avions eu le choix entre trois filières générales : scientifique, économique et social, littéraire. J’avais opté pour un bac scientifique. Carole et Raphaël prépareraient un bac éco. L’organisation différait donc par rapport à l’an passé. Nous étions divisés en trois groupes, correspondant aux trois filières. Certains cours étaient néanmoins communs à tous. Sur vingt-six élèves, on en comptait dix en scientifique, sept en éco et neuf en littéraire. Je réalisai que je ne connaissais pas la répartition exacte des élèves. Je me levai et m’approchai du panneau d’affichage. Je vis une feuille qui semblait donner la réponse à ma question. Résultats :

Bac L : Marion, Nathan, Romain, Leslie, Julie, Victor, Paul, Sandra, Chloé.

Bac ES : Carole, Margot, Benjamin, Raphaël, Adrien, Antony, Géraldine.

Bac S : Lucie, Marc, Erwan, Anna, Emmanuel, Nicolas, Ulysse, Yorick, Océane, Inès.


Ca n’allait pas du tout. Mais alors, pas du tout. Gros sentiment d’injustice.

  • Tu l’as déjà supportée un an dans ta classe. Ca ne va pas te tuer.

  • Toi évidemment, tu t’en fous, t’es en ES.

  • Anna, arrête. Elle restera collée à Lucie. Tu n’as rien à craindre.

  • Je sais. Mais ça m’énerve de savoir que Raphaël et toi vous êtes débarrassés d’elle, et moi non.

  • Allez, courage ma fille. Bonne nuit !

Carole monta au deuxième étage. Je découvris que Marion occupait une chambre voisine de la mienne. Elle me sourit. Je ne trouvai rien de mieux à dire que :

  • Ce n’est pas trop gonflant de refaire une année de Première ?

  • Non, ça va. J’avais un an d’avance. Ce qui est gonflant, c’est de supporter Emilie une année de plus.

  • Je m’appelle Anna.

  • Je sais. Tu es la copine de Barth. Bonne nuit !



Chapitre 2 : Les fiches de renseignements.



Première journée très ordinaire. Les profs nous souhaitèrent bon courage pour cette nouvelle année décisive qui s’achèverait par le bac de français et commencèrent leur cours. C’était étrange d’être en classe sans Carole. Jamais je ne m’étais assise à côté d’une autre personne qu’elle l’an passé. Il n’y avait que quatre filles en scientifique. Inès et Lucie s’installèrent ensemble. Je fis de même avec Océane.


A 16h30, tout le monde se rua vers la piscine tant l’insoutenable chaleur de l’été persistait. Nous découvrîmes une nouveauté dans le parc : dix petits jets d’eau s’échappaient du sol, en face du muret. Cela formait une voûte sous laquelle on pouvait se glisser et se faire asperger par des petites gouttes bien froides. En attendant Carole, je tentai l’expérience et m’étalai de tout mon long au milieu des petits jets d’eau. Je fermai les yeux. Evidemment, ça ne valait pas une piscine, mais ça restait très appréciable. Et je n’avais pas les cris d’une trentaine d’autres élèves dans les oreilles.

Il me sembla percevoir des pas. Quelqu’un s’approchait. Pensant qu’il s’agissait de Carole, je restai sous mes petits jets et attendis qu’elle soit là. Je l’entendis s’asseoir à côté de moi.

  • Tu devrais essayer, c’est génial, déclarai-je.

  • Ca en a tout l’air.

C’était tout sauf la voix de Carole. J’ouvris les yeux. De l’autre côté du rideau de pluie, à quelques centimètres de moi, se trouvait Jérôme. Je me redressai d’un coup, traversai la voûte et me pris donc de l’eau en pleine figure. Il rit. Alors que j’essuyai les quelques gouttes qui ruisselaient comme des larmes sur mon visage, Jérôme m’embrassa sur la joue.

  • Tu as passé de bonnes vacances ? demanda-t-il.

  • Ca peut aller. Et toi ?

  • J’ai passé le mois de juillet à Paris pour le procès.

  • Ah oui. J’ai suivi dans le journal.

  • Ensuite je suis parti un peu partout, voir ma famille.

  • Il y a beaucoup d’élève en Seconde, cette année ?

  • Vingt-quatre. Douze filles et douze garçons. Vive la parité.

  • Ils sont sympas ?

  • Pour l’instant, aucun problème. Mais je te rappelle qu’on est le premier jour. J’ai encore largement le temps d’avoir des surprises.

Je me sentais soulagée. Jérôme ne m’évitait pas du tout. Il semblait même très content de me voir.

  • Il a l’air sympa, ton père.

  • Mon père ?

  • Ce n’était pas tes parents, hier ?

Je n’avais donc pas rêvé. Jérôme m’avait bien vue dans le hall, lors de mon arrivée.

  • Mon père est adorable. J’ai un peu plus de mal avec ma mère.

  • Une fille de seize ans qui s’entend bien avec sa mère, c’est rare.

  • Je ne suis pas certaine que ça soit uniquement dû à l’adolescence.

  • Si tu le dis.

Jérôme me regardait, droit dans les yeux. Moi qui m’étais juré de ne plus fantasmer sur lui… Puis je vis Barth arriver. Il vint s’accroupir à côté de moi et serra la main de Jérôme. Celui-ci perdit son sourire en voyant Barth déposer un bisou sur ma bouche. Il se leva, déclara qu’il devait s’occuper de l’activité de la semaine et rentra au château.

  • C’est moi qui le fais fuir ? demanda Barth.

  • Mais non. Il a des trucs à faire, il te l’a dit.

Intérieurement, je pensais que Barth avec raison. Seulement, je n’aimais pas penser ça. Je changeai donc immédiatement de sujet de conversation.

  • Tu n’aurais pas croisé Carole ? Elle devait me rejoindre ici.

  • Elle n’est pas dans la piscine ?

  • Non, justement je l’attendais pour y aller.

  • Et bien la voilà.

Carole sortit du château, vêtue de son plus beau maillot de bain, prête à affronter les vagues avec moi.


A 18H, réunion au réfectoire pour l’activité de la semaine. Jorain se tenait comme d’habitude derrière le micro, près du carré central, entourée par les trois responsables. Visiblement, Jérôme n’avait pas retrouvé son sourire.

  • Nous allons vous distribuer à chacun une fiche de renseignements sur laquelle vous noterez vos nom et prénom, votre date de naissance, votre lieu de résidence, votre nombre de frères et sœurs, la matière que vous préférez. Quand ce sera fait, vous rendrez cette fiche à votre responsable. Je vous laisse dix minutes.

Chacun s’affaira à remplir sa fiche. Je me demandais à quoi cela allait servir. Karl commença à ramasser. En le voyant faire, Emilie et Jérôme suivirent. Quand toutes les fiches furent récupérées, la directrice reprit le micro.

  • L’activité de la semaine est un concours de mémorisation. Avant le dîner, vous recevrez une photocopie des fiches des élèves de votre aile. Vous devrez les apprendre par cœur. Demain, à 18H, interrogation écrite. Seront sélectionnés les élèves qui auront fait un sans faute. C’est tout pour aujourd’hui, merci !


Au dîner, la quasi-totalité des élèves avait sa fourchette dans une main et une fiche dans l’autre. Nous jouâmes à nous interroger tout en mangeant. Ce ne fut pas brillant. Vingt-cinq fiches à apprendre par cœur. Je connaissais d’avance celles de Carole et Raphaël dans leur intégralité, et quelques détails pour certains de mes camarades. Par exemple, je savais déjà qu’Inès vivait à Bordeaux. Il y a des choses comme ça qu’on retient bien. Le plus dur, c’était les dates de naissance.


Mardi, 18H, réfectoire. Ambiance de folie. Les élèves de l’aile Ouest se révélèrent être de sacrés fêtards. Ca promettait pour les samedis à venir. Les responsables distribuèrent les copies. On se serait cru en examen. Ils donnèrent le départ. Nous avions dix minutes pour répondre à autant de questions que d’élèves dans l’aile, soit vingt-six pour nous.

Première question hyper facile : date de naissance de Raphaël. Premier août, un an après moi.

Matière préférée de Paul. Français. Il n’était pas en L pour rien. Nombres de frères et sœurs de Marc. Zéro, fils unique. Lieu de résidence d’Anna. Je sèche. Non, vraiment. Trop dur. Impossible de me rappeler. Bon allez, un peu de sérieux. Matière préférée d’Océane. Les maths. Lieu de résidence d’Ulysse. Grenoble. Date de naissance de Victor. Pff… Victor, Victor, Victor… on avait fêté son anniversaire après le concours de danse… trente janvier. Même année que moi. Matière préférée de Romain. Anglais. Lieu de résidence d’Adrien. Montélimar. Nombre de frères et sœurs de Julie. Trois. Nom de famille de Yorick. Non, la question piège ! Alors… Yorick… Canard, Tintamar… Tamar ! Yorick Tamar. Lieu de résidence de Nathan. Nantes. Je m’en souvenais, ça s’écrit presque pareil. Date de naissance d’Antony. Dix-huit décembre, un an avant moi. Matière préférée de Sandra. Anglais. Lieu de résidence d’Inès. Bordeaux. Nombre de frères et sœurs de Leslie. Deux. Lieu de résidence de Nicolas. Pau. Date de naissance de Lucie. Quatorze octobre, un an après moi. Matière préférée d’Emmanuel. Chimie. Lieu de résidence d’Erwan. Saint-Malo. Nom de famille de Margot. Bouttier. Matière préférée de Carole. Histoire. Lieu de résidence de Marion. Oh zut. J’avais un doute. C’était dans l’Est. Strasbourg ou Nancy ? Allez, Nancy. Nombre de frères et sœurs de Géraldine. Zéro, fille unique. Date de naissance de Benjamin. Deux juin, an un avant moi. Matière préférée de Chloé. Histoire. Terminé !


Une fois les copies rendues, nous partîmes dans notre aile pour faire nos devoirs. En chemin, nous comparâmes nos réponses. Carole avait séché sur le nom de famille de Yorick. Elle ne serait donc pas qualifiée. Raphaël semblait avoir fait un sans faute, tout comme moi. On serait fixés au dîner.

Lorsque mes devoirs furent achevés, je sortis de ma chambre et allai jeter un coup d’œil dans le petit salon. Personne. Tout le monde bossait. Je m’installai dans un canapé et allumai la télé. Rien de passionnant. J’envoyai un texto à Barth. Il me répondit qu’il devait absolument finir son boulot. Je regardai à travers la fenêtre. Il faisait encore très beau. J’avais une demi-heure à meubler avant le dîner. Je décidai de sortir un peu.


Je m’installai sur mon muret et observai. Il y avait une douzaine d’élèves, répartis en petits groupes. Rien que de l’aile Ouest. Je rêvassais tranquillement quand des voix sortirent du château. Je me retournai pour regarder qui arrivait. C’était les trois responsables. Emilie descendait les escaliers, escortée par Karl et Jérôme. Ils parlaient du fait que la correction des copies du concours les avait profondément ennuyés. Je les vis s’asseoir sur l’herbe, côte à côte. Ils papotaient sans relâche, riaient, se charriaient. Je me posai une question qui ne m’était pas venue à l’esprit l’année précédente. Que pouvaient-ils bien faire, tous les trois, pendant l’année ? Certes, ils s’occupaient de nous. Mais nous passions six heures par jour en cours. Que faisaient-ils pendant ce temps-là ?


J’eus ma réponse dans les escaliers du bloc, juste avant le dîner.

  • Ils font des études, affirma Benjamin. Ils suivent des cours par correspondance.

  • Et on peut savoir d’où tu tiens ça ? demanda Raphaël.

  • Mon frère est allé au lycée ici. C’est lui qui me l’a dit.

  • Tu as un grand frère qui est venu ici avant toi ? dit Carole, surprise.

  • Oui. Il a eu son bac il y a quatre ans.

  • Et c’était les mêmes responsables ?

  • Karl et Emilie, oui. Jérôme est arrivé quand mon frère a fait sa Terminale. Donc ils ne se sont pas vraiment connus.

  • Et tu sais ce qu’ils étudient ? demanda Carole.

  • Je crois que Karl fait du droit. Pour les autres, j’ignore.

Intéressant. Nos responsables étaient jeunes, et ne comptaient certainement pas passer toute leur vie au château de Camilia.

  • Mon frère m’a dit que l’ancienne responsable de l’aile Ouest avait presque trente ans quand elle a quitté le château.

Cela voulait dire qu’elle avait joué les pions pendant près de dix ans. Elle devait aimer ça. Du moins, c’était ce qu’on lui souhaitait. En fait, leur boulot permettait aux responsables de gagner de l’argent tout en étudiant. Encore fallait-il être capable de suivre les cours par correspondance. Je me demandais ce que Jérôme pouvait bien étudier.


Le réfectoire était bondé. Et pour cause, nous allions connaître les résultats du concours. Le château entier s’était donc déplacé dès 19H30, alors que d’habitude, chacun allait manger à l’heure qu’il voulait, entre 19H30 et 20H30. On avait sorti les tee-shirts. Madame Jorain prit le micro.

  • Les responsables vont donner la liste des élèves qualifiés. Après, je vous expliquerai comment se déroulera la suite du concours.

Jérôme se leva et cita quinze élèves de Seconde. Ce fut au tour d’Emilie. Elle se leva, remit ses longs cheveux blonds derrière ses oreilles, s’éclaircit la voix et annonça :

  • Dans l’aile Sud, sont qualifiés : Nicolas, Nathan, Marion, Océane, Margot, Raphaël, Victor, Paul, Antony, Emmanuel, Anna, Julie, Sandra, Chloé, Géraldine.

Cool. J’allai participer à la suite du concours. Emilie regagna sa chaise et laissa sa place à Karl. Seulement dix élèves de Terminale qualifiés. Barth n’en faisait pas partie. Karl alla s’asseoir et la directrice revint devant nous.

  • Nous allons distribuer à chacun des qualifiés une fiche de renseignements beaucoup plus complète que la précédente. Demain, à 18H, vous serez interrogés sur les fiches des élèves de votre aile. Bon courage !

Tandis que les élèves éliminés commençaient leur dîner, nous autres qualifiés eûmes droit à la distribution des fiches qu’il fallait remplir le plus vite possible et rendre à notre responsable.

Effectivement, c’était plus complet. On nous demandait toujours nos nom et prénom. A cela s’ajoutaient la couleur des yeux, la taille en centimètres, la pointure des pieds, le prénom de la maman, le plat préféré, la couleur préférée, le film préféré, la main dominante, le prénom du meilleur ami et le sport préféré.


J’appris mes fiches jusqu’à tard dans la nuit, éclairée à la lampe de poche au cas où Emilie viendrait faire sa ronde. J’espérais que le gain en valait la peine, parce que mémoriser tout un tas de détails dont on se fichait éperdument, ce n’était vraiment pas drôle. Je fermai l’œil vers une heure du matin. Le réveil à 7H30 fut dur.


Puisque je participais à un concours et que j’avais passé la première étape sans problème, autant essayer de gagner. Ma journée du mercredi fut entièrement consacrée aux fiches. Même pendant les cours, je posais mon tas de feuilles sur mes genoux et jetai un coup d’œil de temps en temps. Et je n’étais pas la seule.


Seuls les élèves qualifiés furent conviés à entrer dans le réfectoire à l’heure fatidique de 18H. Nous étions une quarantaine. Madame Jorain n’eut pas besoin de micro, le silence avait pris place d’emblée. Quand les responsables daignèrent montrer le bout de leur nez, l’épreuve commença. Nous disposions d’un quart d’heure. Il y avait trente questions. Seraient qualifiés les deux meilleurs de chaque aile. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce que je tombe sur une question qui me posa problème. La maman de Paul. J’avais subitement un doute. Tant pis. Question suivante.

Quand le quart d’heure se termina, j’avais répondu à toutes les questions. Mais de là à dire que tout était bon… certainement pas.


Avant le dîner, je consacrai mon temps libre à mes devoirs pour le lendemain. C’était l’année du bac de français. J’avais une sainte horreur du français. Et là, j’allai me taper plein d’études de textes. En plus, Emilie me gonflait. Et l’année n’avait commencé que depuis trois jours. Je fus prise d’un petit coup de cafard. J’abandonnai mes devoirs et ouvris mon placard pour en sortir l’album-photos de l’aile Ouest. Je le feuilletai tranquillement. En voyant les images, les sons revenaient, et même parfois les odeurs. L’odeur du petit salon, l’odeur de la salle de classe, l’odeur des locaux de travaux pratiques. Je me souvenais des fous rires lors de la soirée chinoise, du stress pendant le concours de danse, de l’intensité de ma peur quand les inspecteurs m’avaient emmenée au sous-sol. Je me souvenais de la première fois où j’avais vu Barth. Il n’apparaissait sur aucune photo. Normal, il n’était pas dans notre aile. Au tout début de l’album, il y avait une prise panoramique de tous les élèves de Seconde assis sur le petit muret du parc. Cette photo avait été prise le dernier jour. Quand on la regardait, on n’y voyait que des visages souriants. Rien ne laissait supposer que Carole et Raphaël étaient inséparables de moi, qu’Inès avait la majorité des élèves à dos, qu’Ulysse et Julie s’aimaient, qu’Emmanuel et Chloé songeaient à former un club du désespoir sentimental. Tout au long de l’album, on voyait les élèves au cours des différents événements de l’année. Et surtout, on voyait Jérôme, sur plus de la moitié des photos. Jérôme dans son rôle de responsable, de copain, de confident.


  • Anna, c’est moi. Je peux entrer ?

Je n’avais même pas entendu Raphaël frapper.

  • Oui vas-y, entre, c’est ouvert.

Je reposai l’album sur mon bureau et rangeai mon classeur de physique. Raphaël se mit en tailleur sur mon lit.

  • Qu’est-ce que tu faisais ? demanda-t-il.

  • Je bossais un peu. Je voulais m’avancer en physique mais là, je sature.

Il attrapa l’album.

  • Tu ne crois pas que tu te fais du mal ?

  • J’ai un peu le blues, c’est tout.

  • Je ne te reproche pas de repenser à l’année dernière. Moi aussi je me sentais mieux dans l’aile Ouest. Ce qui m’énerve, c’est que l’album est ouvert à la page où il y a la plus grande photo de Jérôme.

  • Et alors ?

  • Et alors, je te répète que tu te fais du mal.

  • Qu’est-ce que tu insinues ?

  • Tu sais très bien ce que j’insinue. Cela ne fait pas partie des sujets que j’aborde avec toi, mais je ne suis pas aveugle.

  • Raphaël, je regardais juste une photo.

  • Franchement, Barth n’est pas mon meilleur ami. Mais ça n’empêche pas qu’il mérite mieux que ça.

  • De quoi tu te mêles ?

  • Je me mets à sa place. Qu’est-ce qu’il dirait s’il savait que tu penses sans arrêt à un autre mec ?

  • Raphaël, ça fait six mois que je sors avec Barth, et je suis très amoureuse de lui. Alors tu gardes tes soupçons pour toi.


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