Excerpt for LA MALEDICTION DU DIAMANT DE L'ESPOIR by Editions La plume d'hippopotame, available in its entirety at Smashwords




Pascal NAUD



LA MALÉDICTION

DU DIAMANT DE L'ESPOIR


Roman








Copyright France n° GBD7181

Manuscrit déposé auprès de la Société des Gens de lettres

- Reproduction interdite -










Même sans espoir, la lutte est encore un espoir

Romain Roland





Quand la chance rend fou…


Nous sommes tous joueurs devant l’éternel, c’est bien connu, et principalement lorsque nous sommes pauvres. Bien sûr, il y a la catégorie des gens aisés pour qui jouer est un passe-temps ou un divertissement. Mais Madjid lui, jouait souvent et plus particulièrement aux jeux de hasard, car il savait que son sort sur cette terre était bien dérisoire. Et de toute façon, personne ne viendrait le sortir de la misère et de la vie précaire dans laquelle il végétait.

Madjid savait qu’il avait du mal à se libérer de ses liens terrestres qui l’enchaînaient à ses passions et l’empêchaient de vivre libre. Alors, il tentait régulièrement sa chance aux jeux.

Mais la chance qui vous sourit parfois (encore qu’elle soit rare) peut se retourner contre vous et avoir des effets dévastateurs. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le Coran stipule dans l’un de ses versets, d’éviter de tenter le hasard par les jeux…

Madjid avait pu constater les effets ravageurs de cette recommandation…

En effet, comme la plupart d’entre nous, après la semaine passée au travail à la chaîne dans une usine de montage, Madjid jouait. Il misait sur les numéros de la chance. Et un jour, Madjid, avait joué deux euros au loto comme à son habitude et il avait gagné une forte somme de plusieurs millions d’euros.

Il est inutile de vous dire ce qu’il ressentit à ce moment-là. Seuls les joueurs peuvent vous décrire l’enchaînement des divers mouvements de leurs secrets intimes soudain remontés à la surface de leur auguste personne. Les plus proches individus se trouvant présents par “hasard” à ce moment-là, pouvaient se faire une image de ces sensations que l’on nommera pudiquement d’extraordinaires.

Bref, Madjid, qui avait regardé les résultats sur le poste de télévision du foyer des travailleurs en compagnie de ses copains immigrés, fêta l’événement en bonne compagnie, comme il se devait.

Il est toujours sain de partager sa joie quand on en a une à offrir et Madjid n’étant pas d’un naturel égoïste, la fête fut heureuse avec ses amis.

Notre ami, ayant cependant la tête sur les épaules et deux doigts de raison, se dit alors qu’il était temps de mettre à profit cette situation pour réaliser les vieux rêves qu’il ressassait depuis des décennies ; à savoir retourner au village et y passer le restant de ses jours au milieu des siens, sans avoir à continuer à trimer stupidement pour un salaire de misère sous les injures des chefs d’ateliers occidentaux qui vous massacrent l’humeur à longueur de semaine pour accélérer des cadences de travail dans un bruit digne de l’enfer.

Rentrer à la maison : enfin le rêve devenu réalité !

À cela, me direz-vous, rien que de bien normal. En politique, on pourrait même dire que les esprits grincheux, du genre extrême droite, n’y verraient pas non plus à redire…

Encore que, avec leur mauvaise foi, ils trouveraient probablement injuste que Madjid ne rentre pas chez lui les mains vides. Madjid prit donc la bonne résolution de rentrer définitivement au pays.

Fini ! Les années galères à vous casser bêtement la santé pour engraisser ces riches civilisés. « En avant la liberté ! »

Madjid annonça son retour par courrier au chef du village qui le fit lire par l’instituteur, car il n’y avait pas de poste et le courrier n’était distribué dans ces contrées éloignées que par le taxi de brousse de liaison au passage parfois hebdomadaire. De plus, nombreux étaient ceux d’entre eux qui ne savaient pas encore lire.

À l’usine, il fit savoir qu’il quittait définitivement son lieu de travail et rentrait chez lui. Il rendit la chambre qu’il occupait au foyer et donna autour de lui les quelques affaires encombrantes qui lui restaient. Il ne reviendrait plus jamais dans ces pays froids où l’hospitalité se mesure au profit que l’on peut tirer de votre maigre carcasse.

Il va sans dire que le village était impatient de voir son héros. Tout avait été préparé pour fêter le retour de ce digne fils qui revenait dans l’aisance et dont la communauté espérait bien aussi récupérer quelques avantages tant il était vrai que tout se partageait dans les communautés manquant de tout.

En homme prévoyant, Madjid changea à sa descente d’avion les nombreux billets de banque français en sa possession avec de la monnaie locale. Puis il remplit à ras bord avec les grosses coupures obtenues, une grande valise acquise pour l’occasion. Il fit ensuite les magasins de la capitale, acheta des cadeaux pour les proches du village en prenant soin de choisir ce qui leur convenait le mieux. Sa seule folie fut d’acheter à un prix dérisoire un magnifique diamant d’un bleu intense qui symboliserait selon lui sa nouvelle richesse…

Il chargea ensuite un taxi entier avec tous ses paquets en plaçant la valise contenant sa fortune sous le siège arrière. Puis il se mit en route vers son village natal, loin de plusieurs centaines de kilomètres.

La joie et la bonne humeur durèrent tout le temps du voyage en discussions et rigolades. Le chauffeur s’extasiant de cette chance qui bénéficiait pour une fois à l’un de ses frères du pays.

Après plusieurs heures de route et de piste, Madjid arriva enfin au village et le klaxon rassembla tous les habitants. On s’embrassa, on cria, on chanta, on salua le héros et on remercia au passage le chauffeur en lui laissant un bon pourboire. Lequel s’empressa de vider son taxi avec célérité et reprit le chemin de la capitale. 

Tout à sa joie des retrouvailles, Madjid en avait cependant oublié de prendre la valise qui renfermait tous ses millions ainsi que le magnifique diamant qu’il avait récemment acheté. Elle était restée sous le siège arrière du Taxi.

Cette constatation provoqua la consternation de Madjid quand il s’en rendit compte quelques minutes après. Mais il était trop tard. Le taxi était déjà loin et n’a jamais été retrouvé. La valise non plus !

Alors s’ensuivit la descente aux enfers pour Madjid.

Il se traita de tous les noms et devant la triste réalité de son sort, il s’accabla lui-même au point d’en perdre la raison et plongea dans la folie. À ce jour, il erre dans le village, se parlant tout seul en se demandant comment il a pu perdre en quelques minutes tous ses rêves enfin réalisés.

Le village dans sa grande compassion s’occupe toujours de lui, mais sa raison a pris une voie lointaine au point qu’il ne reconnaît maintenant même plus les siens quand ils lui parlent doucement.

N’avait-il pas pourtant appris dans son enfance, en gardant les troupeaux, qu’il convenait de relativiser ses passions si l’on ne voulait pas tomber dans un précipice ? Car tout est illusion. Si l’existence ne vaut guère plus qu’un grain de sable, alors combien peuvent valoir les richesses matérielles de ces bouts de papier et de ce diamant ? Des mirages tout cela, comme le chauffeur du taxi que l’on ne reverra plus…

Qu’Allah le bénisse lui aussi, car toute créature de l’éternel à droit à sa bienveillance.

Tel devait cependant être le destin de Madjid qui ne s’était pas douté que si, grâce à ces millions, il avait pu acheter en dessous de son prix réel ce diamant d’un bleu si pur, c’est parce que la liste des tragédies liées à cette pierre était particulièrement longue…

2. Étrange découverte


Une nuit, il y a plus de deux ans, près de la place des Ternes où Melvin habitait, un chien se mit à hurler sous ses fenêtres.


Intrigué par ces aboiements tragiques Malvin avait regardé par la baie vitrée de son atelier. C'était un setter irlandais au poil fauve. Une belle bête qu'un maître cruel ou inconscient semblait avoir abandonnée pour s'en débarrasser. Des voisins irrités durent appeler la police, car à deux reprises un fourgon de police avait patrouillé dans le quartier, mais à chaque fois, méfiant, le chien s'était éloigné dans une ruelle voisine sans se faire remarquer pour recommencer à gémir et à aboyer près de chez Malvin.

Ami des animaux Malvin finit par se lever et descendit dans la rue recueillir cet animal qui, dès son apparition, se mit à gambader autour de lui, jappant joyeusement comme s'il le reconnaissait.


Il l'attrapa, le chien se laissa faire puis lui lécha les mains. Il était trempé.

Malvin voulut le monter à l'appartement, mais il refusa de franchir la porte cochère, faisant semblant de s'éloigner vers le bas de la rue de la rue du Faubourg Saint-honoré comme pour l'inviter à le suivre.


Il finit par le rattraper et lui ayant passé une laisse improvisée, il le tira jusqu'à l'appartement où il examina son collier. Une plaque sertie dans le cuir portait un numéro de téléphone. Malgré l'heure tardive, il composa le numéro du propriétaire présumé de l'animal. Nul ne répondit. Le chien s'échappa et se campa derrière la porte d'entrée lui faisant comprendre par ses jappements qu'il voulait sortir.


Intrigué, Malvin passa une gabardine et suivit l'animal. Il l'entraîna en bas du faubourg vers le boulevard Haussmann, se retournant souvent pour voir s’il le suivait. Il descendit jusqu'à Saint-Philippe-du-Roule où il bifurqua vers l'avenue Franklin-Roosevelt en direction de la Seine.


Fatigué par cette marche rapide, Malvin héla un taxi en maraude. Le chauffeur dut le prendre pour un fou lorsqu’il lui demanda de suivre le chien qui, accélérant son trot, les guida vers la Seine. Il traversa le Pont de l'Alma et remonta les quais de la Rive-Gauche, s'assurant de plus en plus fréquemment qu’il le suivait. La chaussée étant à double sens à cet endroit, le taxi fut obligé de rouler sur la droite de la chaussée.


À un moment donné, le chien s'arrêta net en haut de l'escalier qui descendait vers la berge. Malvin fit stopper le taxi, lui demanda de l'attendre et rejoignit la bête. Elle dégringola rapidement les marches, traversa l'autoberge comme une flèche, se faufila entre les jambes des quelques rares badauds attroupés autour d'une voiture de police au gyrophare allumé.


À bord d'une vedette de la brigade fluviale, des policiers, projecteurs braqués sur l'eau glauque ramenaient à la surface, grâce au treuil d'une grue mobile, une voiture accidentée. C'était un taxi.


À l'intérieur, deux noyés. Le chauffeur coincé à l'avant en serrant fermement entre ses mains une valise contenant plusieurs millions ainsi qu’un superbe diamant bleu, et une passagère recroquevillée sur la banquette arrière en qui Malvin effaré reconnut sa seule famille, sa cousine Amandine. Elle travaillait à l'étranger et il ne l’avait pas revu depuis plusieurs années.


L'enquête révéla que le setter irlandais appartenait au chauffeur de taxi. L'animal n'avait donc rien à voir avec Malvin ! Par quel mystérieux instinct était-il venu le réveiller et le prévenir de l'accident ?


3. Audition



De temps à autre, les médias parlaient bien de bavures policières, mais le sentiment de Malvin était que l’on cherchait surtout à faire des procès d’intention à la Police, à vouloir faire passer pour une bavure ce qui en fait n’était qu’une intervention policière plus musclée dans des situations particulières qui l’exigeaient.


Pourtant alors que sa soirée se terminait au commissariat compte tenu de sa présence sur une scène de crime, Malvin allait totalement changer d’opinion.

Il avait été convoqué très tard devant l'hôtel de Police où étaient situés les bureaux de la Brigade territoriale qui avait été chargée de reprendre l'affaire du taxi. Une barrière s’était levée et Malvin avait pénétré sur le parking afin de garer sa voiture.

Il entra alors dans un grand immeuble somptueux tout neuf, puis prit l'ascenseur, toujours sans menotte en compagnie du même inspecteur qui lui avait offert un café et un croissant avant que l'audition proprement dite ne commence.

Malvin imaginait parfaitement la déception des pauvres policiers qui l’avaient interpellé, lui qui n’avait rien à voir avec cette affaire, sans parler de tous ceux qui étaient venus de tous les commissariats parisiens voir le « fauve » dans sa cage. Mais bon, il ne leur en voulait pas à eux. Comment aurait-il réagi dans de telles circonstances ? La mission d’un bon policier n’était-elle pas d’interpeller tout ce qui bouge ?


Face à sa machine à écrire l’inspecteur commença la procédure comme il se devait en lui demandant son grand état civil, comme on dit dans la police. Malvin en profita alors pour déguster son café tout en lui répondant.


Cela faisait peut-être dix minutes que l’audition était commencée et tout se passait bien. Puis le téléphone sonna.


Mauvaise nouvelle : compte tenu de la valeur inestimable du diamant retrouvé dans la précieuse valise du chauffeur noyé, le commissaire Julia reprenait l'affaire.


Pour avoir déjà lu dans la presse et entendu parler de la façon d'agir du commissaire Julia, Malvin se doutait que l'audition avec lui allait être musclée. L'inspecteur le rassura en lui certifiant que de toute manière c'était la procédure pour ce genre d’affaires. Il n’y avait pas matière à s’inquiéter. Au pire, il sortirait en fin de matinée.


L’inspecteur ajouta qu’avec le commissaire Julia que personne n'aimait, ce dernier allait chercher la petite bête, mais comme Malvin n'avait rien fait de mal, il ne fallait pas s’affoler. Au même moment la porte s'ouvrit. 


Comme dans les films de 1960, un peu à la manière du commissaire Bourel dans la série policière préférée de Malvin « les cinq dernières minutes », deux hommes entrèrent. Ils avaient la cinquantaine, au moins en apparence. Leurs costumes étaient impeccables.


Ils prirent Malvin sèchement entre eux et lui mirent les menottes.



Le plus grand d’entre eux, le commissaire Julia, dont la démarche se caractérisait par un léger boitement, lui dit alors d’un ton ferme et directif « écoute mon petit gars, on va pas y passer la nuit, toi et moi on a autre chose à faire, alors voilà ce que je te propose, tu avoues le double meurtre et le vol du diamant et tout ira pour le mieux pour toi ».


À l’écoute de ces mots, une horrible peur envahit Malvin. Abasourdi et pétrifié, il en perdit pratiquement connaissance. Ce n’était pas des accusations légères qui venaient d’être proférées à son encontre…


Le rire tonitruant du commissaire Julia rompit alors violemment le silence de plomb qui s’était installé dans la petite pièce où Malvin était maintenant retenu depuis de longues heures…


« Mais non mon gars, tu n’as rien à voir avec cette histoire » lui dit Julia. « Un peu d’humour n’a jamais tué personne ! »


Malvin, livide, mais soulagé à l’écoute de ces paroles rassurantes, éprouva immédiatement une terrible envie de se lever de sa chaise. Étouffé et médusé par la forte émotion qu’il venait de vivre, il avait ressenti le besoin vital d’ouvrir en grand la seule fenêtre de la pièce. La fenêtre atteinte, il en tira sans ménagement le rideau défraîchi pour pouvoir respirer une bonne bouffée d’air frais. Elle lui fit immédiatement reprendre ses esprits.


« En tant que seule famille identifiée, tu es désormais à la tête d’un héritage inespéré. Qui n’a jamais rêvé de gagner une immense fortune sans rien faire ? N’es-tu pas enivré par cette promesse d’avenir radieux ? » Poursuivit Julia, dont les yeux brillaient comme ceux d’un enfant à la vue du diamant bleu que les inspecteurs venaient de déposer sur la table située au centre de la pièce où se déroulait l’interrogatoire.


« Mais attention, mon petit gars, on n’est jamais préparé au bonheur. Les obstacles se multiplient, le pire n’est pas loin et l’improbable devient possible » conclut mystérieusement Julia avant de permettre à Malvin de retrouver sa liberté au petit matin.


4. Refus



Jeune homme dans la dèche, tyrannisé par sa femme, par son patron et par son chat, Malvin était complètement déboussolé par la somme colossale dont il venait mystérieusement d’hériter… Car si une partie des billets avait été détruite par l’eau dans laquelle ils avaient séjourné longuement après l’accident, le diamant lui était bel et bien intact et réel…et il valait une fortune !


Mais face à la nouvelle vie qui s’offrait à lui, Malvin avait peur.


Il nous est tous arrivé d'avoir eu peur de petites choses qui nous semblaient énormes à un moment donné, comme un examen à l'école, rencontrer un nouveau patron ou encore aller chez le dentiste. Parfois nous craignons des choses comme une maladie grave ou la mort, ou que quelqu'un que nous aimons se blesse. Cette crainte est saine, nous en ressentons tous. Il arrive d’ailleurs qu'elle nous empêche de faire des bêtises.


Mais trop de crainte peut nous empêcher de faire ce que nous voulons vraiment. Et sans pouvoir se l’expliquer à lui-même, Malvin était effrayé par ce joyau et ce qu’il représentait.


Les nombreuses heures d’errance dans les rues de la ville ne changèrent pas ce sentiment. Malvin, étranger à la foule qui déambulait autour de lui, n’arrivait pas à se maîtriser face à ce qu’il craignait. Il ne surmontait pas son angoisse. Il n’arrivait pas à gagner de la force, du courage et de la confiance en ce qu’il pourrait faire de cette fortune.


Cette crainte l’oppressait tellement que l’incroyable, l’incompréhensible, l’inconcevable, l’inimaginable allait être atteint.


Cette décision irrévocable que Malvin allait prendre, malgré un statut social peu élevé, allait être une grande chance pour une personne qu’il ne connaissait pas. C’est du moins ce qu’il croyait au moment où il la prenait.



D’un pas décidé Malvin se rendit dans le 15e arrondissement de Paris, au 36 rue des Morillons, où une véritable caverne d’Ali Baba se cachait derrière une façade anonyme : le Service des objets trouvés. Chaque année plus de 140.000 objets toutes tailles et toutes valeurs confondues, convergeaient par ce bric-à-brac étatique.


Malvin savait que les objets dont la valeur était supérieure à la limite fixée connaissaient un destin particulier, une sorte de traitement de faveur.


Il savait qu’ils étaient séparés de leurs compagnons d’infortune et reposaient dans une pièce à part. Là, ils attendaient pendant un an ceux qui les avaient perdus et pendant dix-huit mois ceux qui les avaient inventés. Et, si au bout de cette faste période, ils n’avaient toujours pas retrouvé preneur, ils étaient alors mis aux enchères par l’administration des Domaines.


Malvin n’eut aucun regret à abandonner dans cette boutique désuète le confort matériel qui lui était promis.


Bien au contraire, les sentiments de bien-être, de libération qu’il ressentit après avoir abandonné le diamant avaient quelque chose de surnaturel. Ils n’étaient pas explicables.


Mais choisit-on son avenir ? A-t-on le choix ou tous les choix dans son existence ? Malvin apprendra très vite à ses dépends que ce n’est pas le cas…



5. Braquage



Tout semblait paisible le dimanche 25 mars 1990, vers 7 heures, au 36 rue des Morillons.

Le butin qui venait d’être dérobé en ce dimanche de printemps, à Paris, était pourtant de ceux qui forgent les légendes : trois millions de francs en objets de toute sorte, dont un diamant de 45,5 carats.

La boutique n'était guère mieux protégée qu'une épicerie de quartier. Une salle ultra sécurisée devait y être prochainement inaugurée, mais pour l'heure, aucune caméra n'équipait le bâtiment. À l'intérieur, quatre employés, dont deux agents de sécurité sans arme, tuaient le temps.

Julia sonna au vieil Interphone. « Lorsque j'ai vu le premier homme sauter le portillon, j'ai d'abord pensé à une plaisanterie », avoua plus tard l'un des vigiles. À ce moment, l'idée d'un braquage ne l’avait pas effleuré.

En revanche, le vigile comprit immé-diatement de quoi il s'agissait lorsqu'un des membres du commando lui avait mis son revolver sur le ventre.

Au total, deux hommes, armés, gantés, grimés, investirent les lieux. Ils frappèrent les vigiles à coups de crosse avant de les ligoter avec l'employé qui était en train de mettre les horloges à l'heure d'été.

Ils neutralisèrent toutes les alarmes. Ils étaient étonnamment bien renseignés. Ils connaissaient les combinaisons chiffrées nécessaires à l'ouverture des coffres de la salle des objets trouvés. Ils jetèrent dans de grands sacs de sport des milliers d’objets, dont un magnifique diamant bleu qui venait d'être mis en dépôt...

En l'espace d'une heure trois quarts, montre en main, ils raflèrent au total près de 150 kilos d’objets ! Ils traversèrent ensuite la ville endormie dans une petite voiture de couleur sombre, immatriculée en Haute-Savoie.

Jamais une telle quantité d’objets n'avait été dérobée. Et la seule empreinte relevée était celle du premier policier arrivé sur les lieux ! Ce matin-là, le tableau de service de la P.J de Paris voulait que le commissaire Rico, pire ennemi de Julia, fût de permanence. L'homme prit aussitôt l'affaire en main.

Ce flic réputé cachait une finesse de renard dans un corps de dogue allemand. Mais Rico flaira rapidement des complicités internes. Son intuition ne le trompa pas...

Le 25 mars 1990 au soir, à Bordeaux, un homme dévorait des yeux les informations télévisées. Julia esquissa un large sourire sous sa moustache lorsque les journalistes évoquèrent le «casse du siècle». Sans lui, son physique passe-partout et son métier, ce coup de maître était impossible.

Julia avait obtenu d'un employé le plan de l'agence et le code de certains coffres qu'il avait remis, la veille du coup, à des membres du commando.

Il faut dire que Julia avait ses entrées aux objets trouvés : un de ses informateurs avait épousé l'assistante personnelle du chef du service des objets de valeurs.

La nuit était maintenant tombée. Julia enfila une petite laine et sortit de chez lui pour retrouver les voyous dans leur planque.

Il les avait rencontrés à plusieurs reprises par le biais d'un intermédiaire, mais par mesure de sécurité il ignorait leurs noms.

Lorsqu'il arriva à l'appartement, au 47 quai du Rhône, il ne trouva qu'une vingtaine de mégots qui jonchaient le sol. Les braqueurs ne lui avaient laissé que des clopinettes. Il n’y avait aucune trace du diamant pour lequel il avait pris tant de risques. Cocufié, Julia entra dans une rage folle : «Même dans les plus mauvais films, l'histoire ne se termine pas comme ça ! » éructa-t-il. Il se lança alors sur la piste encore chaude des truands.

Julia commença par exiger des explications auprès de l'intermédiaire qui lui avait présenté les membres de l'équipe. Mais ce dernier affirmait ne rien savoir du vol et lui conseillait de s'adresser à l'avocat niçois présenté comme le «défenseur des braqueurs». Julia jouait décidément de malchance. La récompense promise par la municipalité (10% du montant du butin) commençait en effet à aiguiser les appétits.


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