Serge Baguidy-Gilbert
Elliptiques
éditions Dédicaces
Elliptiques
© Copyright - tous droits réservés à Serge Baguidy-Gilbert
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sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Couverture : illustration de Aimé Zayed (Ghost),
directeur du Département des arts de l’UQTR
Dépôt légal :
Bibliothèque et Archives Canada
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Un exemplaire de cet ouvrage a été remis
à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte
Du même auteur :
- Ode à Maguy, Port-au-Prince, Haïti, Le Nouvelliste, Édition spéciale de Noël, 1964.
- Poème dit dans un miroir, Collection Hounguenikon, Port-au-Prince, Haïti, Imprimerie Rodriguez, 1965.
- Dict du Nord profond, illustration de Kittie Bruneau, Collection Hounguenikon, Sept-Îles, 1968.
En collaboration :
- Mémoire animale, texte de l’auteur, eaux-fortes de Kittie Bruneau, La Guilde Graphique, Montréal, 1967.
Pour toute communication :
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Serge Baguidy-Gilbert
Elliptiques
je lance ce pont par-dessus le silence .
Je suis ce funambule qui marche sur ses mots
et sur mes mots
je joue gros
Pierre Bastide (Le monde s’est remis en marche à travers la ville un soir d’hiver)
Esta triste mi lira
El poeta no canta sus canciones de amor
Las palabras suspiran
Y en el vaso del alma desvanece una flor
José Antonio Zuniga,
poète nicaraguayen
1
BRÈVES
Cry, beloved country
Alan
Paton
I
Détour d’un journal un beau matin
ci-gît
qui
n’a pas su te reconnaître
II
Silence sur les remparts de ma ville
Silence sur les pierres dénudées où gisent
filigranes inertes
les caciques de la cité
Ouvrez les portes de l’accueil pour ces armées en deuil
qui se pavanent sur les dalles de ma ville
Apportez des fleurs
et puis du vin pour ces guerriers lassés
Demain se lèveront de nouvelles phalanges
sur nos miroirs abandonnés
Je fais maintenant
le signe de la paix
le signe de ma croix
III
Chantez hautbois pour célébrer l’absence
Et sur le plus haut toit de ma ville où dorment les corbeaux
je verserai mon sang pour la pérennité de cette absence
Sonnez trompettes
Je lirais bien tous les signes à l’envers
mais il me faut survivre
malgré
les portes closes et les sandales déliées
Des éléphants chamarrés sillonnent les rues de ma ville
Et sur le seuil où je me tiens
voici la mort en robe de velours
Chantez hautbois pour célébrer leur victoire
Demain ma ville sera livrée au pillage
aux chiens
et aux mains carnassières
IV
Or peu à peu se fit le silence
Écoutez s’éteindre la clameur de la foule
Seul un chant résonne encore de l’autre côté de la colline
Dormez en paix ville bien-aimée
toi qui gardes les derniers vestiges de tout ce qui fut moi
Au fil du temps
le sable reprendra vie sous les lampes condamnées
Et sous le souffle de la terre
peut-être surgira cet homme nouveau que j’espérais
chié
par des mouches
en délire
V
Ô ma ville ma terre crucifiée sur la mer des antilles
ville emmurée dans le silence et dans le désarroi
À quoi sert de parler de ton histoire
les hommes d’aujourd’hui ont perdu leur mémoire
Tes héros sont morts en vain
car tout mon peuple s’agenouille
pour célébrer des faux dieux
Aveugle parmi les libations de sa honte
l’espoir est en exil sur des terres lointaines
VI