Nouveau départ
-nouvelle-
Par David Forrest
Published by David Forrest at Smashwords
Copyright 2011 David Forrest
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Pour Lucas, comme promis.
- I -
Le Genesis était flambant neuf, mais pour Alastair, le vaisseau était déjà un très vieil ami. Il l’avait rêvé quarante ans plus tôt, il avait participé à sa conception et à sa construction et aujourd’hui, il s’apprêtait à l’envoyer au-delà du système solaire, avec en son sein une trentaine d’hommes et de femmes. Dont Alastair lui-même.
Il avait longtemps hésité avant d’accepter de faire partie de l’équipage. Il était presque centenaire et se considérait trop âgé pour avoir le droit de faire partie des premiers humains à coloniser un autre système solaire, même s’il lui restait normalement à peu près un bon siècle à vivre, voire un peu plus vu son excellente hygiène de vie.
Mais il avait finalement accepté, non pas tant à cause des fortes pressions qu’on avait exercées sur lui, politiques (« Il est indispensable pour l‘image de GenDev que l’inventeur de son moteur magnéto-quantique montre qu’il a confiance en sa découverte ») ou éthiques (« Si l’humanité doit coloniser une nouvelle planète, autant que ce soit par ses meilleurs représentants, dont logiquement le plus grand physicien de ce vingt-deuxième siècle ! »), mais parce que ça l’arrangeait.
Le voyage lui permettrait de continuer ses recherches tranquillement, de se replonger dans ses projets loin des projecteurs qui avaient continuellement été braqués sur lui ces deux dernières années. Deux années à jongler entre son travail et la « communication ».
Pourtant, lorsqu’il avait établi les principes théoriques de la poussée magnéto-quantique, ça n’avait pas intéressé grand monde. Parmi ces rares initiés, Stephen Door, le richissime dirigeant de la société aérospatiale privée GenDev, avait offert à Alastair des crédits illimités pour trouver des applications pratiques à ses théories (certes révolutionnaires, mais totalement obscures pour la plupart des gens). Bien entendu, Alastair accepta.
Trois ans après, GenDev lui avait permis de mettre au point un prototype de moteur MQ. Les premiers essais secrets de GenDev confirmèrent que la poussée MQ permettait de propulser de la matière au-delà de la vitesse de la lumière.
Vingt-quatre mois plus tard, un autre prototype prouva qu’il était possible de faire voyager des êtres vivants à vitesse supraluminique. On envoya ainsi des chimpanzés et des plantes dans l’espace. Les animaux étaient maintenus dans un état comateux, harnachés dans de complexes machines qui les nourrissaient, les nettoyaient et surtout les observaient sans relâche. Les six animaux revinrent sains et saufs. Enfin, cinq d’entre eux, le dernier étant décédé de mort naturelle pendant le voyage retour. Les plantes avaient quant à elles été entretenues par des robots dans une petite serre automatique. Les fruits et légumes qui avaient poussé pendant le voyage semblaient normaux, comestibles et même un peu plus gros que la moyenne. Certains les avaient même trouvés plus goûteux, mais Alastair pensait que cette plus grande saveur était psychologique, vu le contexte.
Les essais avec les nombreux prototypes suivants permirent de confirmer ce que GenDev espérait : un vaisseau MQ pourrait emmener des hommes vers d’autres systèmes solaires en un temps relativement court.
La corporation mit alors la quasi-totalité de ses ressources dans un seul projet qui permettrait certainement à GenDev d’entrer dans l’histoire par la grande porte... et en ferait à n’en pas douter la compagnie la plus riche et la plus influente qu’ait jamais connu l’humanité : la colonisation de nouvelles planètes.
Des sondes MQ avaient été envoyées vers les plus proches étoiles où des planètes telluriques potentiellement accueillantes avaient été repérées. Lorsqu’une sonde trouvait une planète exploitable, elle avait pour mission de revenir vers la Terre. Aucun mode de communication ne pouvait en effet rivaliser de vitesse avec le système MQ (même si Alastair espérait bien changer les choses sur ce point), aussi était-ce la solution la plus rapide. D’autant que la sonde n’aurait pas à ralentir sur le trajet retour, se contentant de délivrer son message en passant à une vitesse prodigieuse dans notre système solaire avant de se diriger vers une autre destination où elle poursuivrait sa tâche.
En 2154, soit trois ans après son lancement, la sonde GD-98 délivra son message en revenant de Gliese 581, situé à un peu plus de vingt années-lumière du système solaire. Gliese 581d, la quatrième planète de Gliese 581, ne se contentait pas d’entrer mollement dans les critères de viabilité. De l’eau à l’état liquide y avait été détectée en grande quantité, tout comme de larges masses de terre. Des mers, un océan. Et même une atmosphère respirable, légèrement plus riche en oxygène que sur la Terre.
La gravité, deux fois plus forte, pourrait poser problème, mais cela ne s’avérerait pas insurmontable : il suffirait d’augmenter progressivement la gravité artificielle du Genesis pendant le voyage pour que ses occupants s’habituent peu à peu à une pesanteur plus forte, développant ainsi progressivement leurs muscles afin qu’ils soient capables de supporter la double gravité de la planète quand ils y débarqueraient. Les premiers enfants à naître seraient peut-être à surveiller (même si les fœtus devraient naturellement s’adapter à la gravité lors de leur croissance in utero), mais des bâtiments à compensateur de gravité pourraient au besoin les accueillir jusqu’à ce qu’ils puissent supporter la charge.