Excerpt for #NouveauMonde by Jean-Philippe Denis, available in its entirety at Smashwords


#NouveauMonde


Par Jean-Philippe DENIS



Copyright Les Editions Lexemplaire & Jean-Philippe DENIS, 2012



Smashwords Edition & Les editions Lexemplaire



License Notes


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Acte I



Les politiques, à l'approche de la campagne, prenaient le métro. Tout semblait à peu près calme. Les émeutes étaient lointaines.


Seul Raymond Soubie, mais parti trop tôt de son poste de conseiller spécial, avait vu le problème de nombreux mois auparavant.


Ce problème, dans les "affaires" dites "sociales", c'était celui du "trou noir" : plus le temps d'espaces-temps de décompression.


Les politiques n'avaient rien compris. Le métro n'était pas le bon lieu de prise de température. Le ridicule était à son comble.


Le bon lieu, c'était la station-service.


Un type s'était écrié, après avoir vu défilé si vite le compteur qui remplissait le réservoir : "Putain, qu'il dégage l'autre !"


Il faut dire que cette bagnole, achetée à crédit dans le cadre du plan de relance, il avait déjà du mal à en régler les traites.


Alors forcément, arrivé à ce stade, alors qu'il savait son emploi définitivement menacé, la coupe désormais était pleine.


Et l'indigence des discours, la vulgarité des comportements des "politiques", cela lui était désormais absolument insupportable.


Bref, il suffisait désormais d'un rien. D'une simple étincelle. Depuis très, trop longtemps, le feu était à l'état de potentiel.


Au plus haut niveau, le pari de la division des masses semblait encore jouable. La désignation du bouc émissaire pouvait produire effet.


Assumer la figure de l'autorité, prendre grand soin que nul ne songe à lier les "problèmes" entre eux, à ces conditions cela pouvait passer.


La tension était cependant palpable sous toutes ses formes : se faire respecter n'est rien, l'être est tout. La garde rapprochée le savait.


Mais, pour l'instant, cela semblait tenir. Le dire à l'intéressé n'aurait servi à rien. La fuite en avant était seule possibilité crédible.


Et puis, après tout, toute omelette ne supposait-elle pas de casser des œufs ? Il pouvait effectivement en falloir juste davantage...


Restait la question cruciale, sur laquelle tout le monde planchait à plein temps : quel slogan ?


La partie adverse s'était déjà ridiculisée sur ce thème : penser que les masses croyaient encore à un changement possible était pathétique.


Mais qu'elle se soit ridiculisée en se positionnant sur le terrain des hommes n'apportait pas de réponse. Il fallait un slogan. Lequel ?


Le rythme des réunions s'était accéléré - si tant est qu'on puisse user du mot : l'urgence perpétuellement recommencée était notre rythme.


Là l'objet était différent : faute de vision et de schéma directeur, il fallait déjà jouer la guérilla de la réaction. Avec deux objectifs.


Comme à l'habitude, d'abord saturer les espaces et les temps d'attention. Ensuite, les rendre utiles pour déminer les risques majeurs.


Ainsi de cette affaire du "sale mec", que nous étions parvenus à transformer en affaire d'État. Les sms de félicitations se multipliaient.


Mais nous n'étions pas dupes : la colère l'alternait toujours avec les débordements pulsionnels d'euphorie. Et là, rien n'était résolu.


Le problème était simple à formuler. Y apporter un début réponse était impossible. Les colères, en haut lieu, allaient être d'anthologie.


Assurément, des juniors des cabinets de consulting allaient avoir matière à apprentissage. Les seniors, eux, seraient fusibles des associés.


En termes crus.


Il fallait d'un côté éteindre le feu d'une éventuelle reddition comptable. Ceci, nous nous y étions employés avec maestria : fichue crise !


C'est ainsi que du passé, nous étions parvenus à convaincre qu'il fallait faire tabula rasa : seules les voies de sortie devaient faire débat.


L'invention du "Merkozysme" restera, pour tous, l'un de nos coups les plus fameux. Et de cette trace de craie, le réel portait la cicatrice.


Le message était repris, diffusé. Aucune interrogation ne semblait se faire jour, du moins assez crédible pour modifier l'agenda, bien tenu.


Mais, pour utile qu'ait pu être le concept, allait-il tenir ? Surtout, serait-il suffisant ? On était légitimement en droit d'en douter.


À l'hypothèse d'une crise brutale de la monnaie d'ici avril, nous avions affecté une probabilité de 0.2. Et des risques associés "faibles".


Oui, "faibles" ces risques : dans cette hypothèse, un inévitable "momentum" se serait ouvert qui aurait profité in fine du/au "merkozysme".


"On ne change pas le Capitaine dans la tempête". La formule avait fait mouche. Elle continuerait. L'alternative avait été habilement brisée.


Son Hérault était si facilement tombé dans chaque piège que c'était l'évidence : il ne saurait être jugé digne de l'étoffe de la fonction.


Implosion € ? Proba : 0.2 - Risques : faibles.


Ici n'était donc pas le souci.


Il n'était pas non plus cette perte du triple A qui occupait les conversations : la certitude rend inutiles les raisonnements probabilistes.


Dans ce cas, on ne se préoccupe plus de risques. On gère juste des conséquences.


Et le merkozysme, précisément, était ce mot conçu pour transformer cette certitude d'un triple aux oubliettes en opportunité électorale.


C'eût été faute professionnelle que de ne point anticiper et de manquer une telle occasion politique de dramatisation radicale.


Non, tout ceci était sous contrôle. Le problème était ailleurs.


Le problème, c'était le slogan.


En ce domaine du slogan, du credo, pourtant nous étions maîtres.


Faire advenir un monde.


Cet imaginaire de projection, le faire naître par la magie d'une formule génératrice de désirs, de fantasmes, de potentialités, d'angoisses.


Ceci est notre coeur de métier. Écrire, éclairer, composer, mettre en scène, réaliser, cadrer, faire jouer... Nos compétences. En tension.


Pour faire advenir. Un monde.


Salles obscures. Écrans lumineux.


"Fracture, plus, travailler, gagner, sociale, plus, tranquille, force, Tonton, normal, faire, action...". Juste des questions d'agencement.


De l'agencement des mots provient un ordre du monde. Ce sont ces mots qui, dans leur agencement, sont redoutables instruments de conquête.


Travailler plus pour gagner plus.


C'est cette énergie-là qu'il nous était demandé de retrouver. Alors que la faillite de cet imaginaire-là était désormais d'évidence avérée.


Comment faire ? Le temps, très vite, allait presser. Avec urgence.


Le brainstorming se tiendrait un dimanche. Alors que le slogan antérieur s'était donné mission de liquider le repos dominical. Belle ironie.


Le meeting s'était tenu à 14:30 PM. Au lendemain d'une interview donnée par le candidat surprise de 2007, dans une émission d'entertainment.


Cela fixait un cadre aux débats : seul à l'époque à faire campagne sur le thème de la dette, il pensait que le vent soufflait dans son dos.


Il était encore trop trop tôt pour évaluer si ce diagnostic, juste à l'époque, allait porter réellement avantage compétitif cinq ans après.


Après tout, aucune élection n'avait jamais été affaire de seule raison. Ceci était intégré. Lui-même, d'ailleurs, n'était pas dupe de ceci.


14.30. Les débats avaient été lancés. Pied au plancher. On était, tous, parfaitement habitués à ça désormais. À cette urgence, constante.


Et là, l'impatience était à son comble. Puisque le slogan était bien le problème. Que c'était tout le problème, ce slogan. Version 2012.


"Diagnostic !". Le mot préféré de nos consultants. Nous allions donc devoir tenter de nous y livrer à cette activité.


Étrangement, alors que cela était habituellement long et difficile, après trois heures nous étions rendus. Une formule s'était imposée.


"Nouveau Monde, Nouvelle volonté".


La formule visait juste et avait d'innombrables mérites. Elle avait été jugée susceptible d'une percée décisive pour une course de sprint.


"Nouveau Monde". Le diagnostic était posé.


"Nouvelle volonté". La prescription était limpide.


On s'était longuement interrogés sur les majuscules. Oui, à "Monde", il en fallait une. Non, à "volonté", il n'en fallait surtout pas.


"Nouveau Monde". Accord unanime : solder ce qui avait fondé la victoire mais était devenu principale faiblesse du "bilan". Ce "T+ / G+".


De cette "faiblesse", faire une "force". De cette "menace", une "opportunité". - Un "Nouveau Monde", donc, avait vu le jour...


De nouvelles "règles" s'étaient imposées. D'où une inflexion stratégique majeure sur la période. Lucidité et responsabilité. #NouveauMonde


Les adversaires allaient renvoyer au "bilan", au décalage entre les promesses et les résultats. Le piège "Nouveau Monde" les accueillerait.


Qu'ils n'aient pas compris pourquoi il avait fallu changer de stratégie et de posture, voilà la meilleure preuve de leur irresponsabilité.


Renvoyer à ce "programme 2007", voilà qui serait même la meilleure preuve de leurs incapacités et de leurs incompétences / "Nouveau Monde".


"Nouveau Monde". Les mots étaient redoutables dans leur puissance d'évocation. Même la ligne Bayrou n'y résisterait pas. Prise au piège.


Bayrou avait vu le problème de la dette en 2007. Mais le problème s'était depuis révélé mondial et autrement plus critique. #NouveauMonde.


Avoir raison - trop tôt - n'avait jamais tenu lieu de politique. Sur ce point, le bilan était imparable : nous avions, nous, agi. Pas lui.


Grand parmi les Grands de ce "Nouveau Monde", nous avions agi, conquis et exercé le leadership. Même Obama l'avait reconnu. Officiellement.


Bayrou, lui, n'avait rien à faire valoir. On lui accorderait donc un sens certain de la prédication. Cela coûtait peu. Il était inoffensif.


"Nouveau Monde". Cette mise en forme et en scène du contexte, plus on y pensait, plus elle était imparable. Plus elle était d'évidence.


Hollande ? Il aurait dû être candidat en 2002 puisque le programme qu'il porte est, au fond, identique. Et aussi irréaliste. #NouveauMonde


Les principaux adversaires allaient être ainsi neutralisés. Enferrés. Restaient les "petits" candidats du premier tour. Et, bien sûr, le FN.


Ici, l'articulation des mots devait faire oeuvre de bouclier. Face à un "Nouveau Monde", il allait falloir un leader actif, volontaire.


"Nouveau Monde, Nouvelle volonté". Synthèse des compétences nécessaires à la fonction, la formule était assassine pour les petits candidats.


Villepin ? Reconnaissons-lui une volonté incontestable : celle d'écrire des livres. Mélenchon, Joly et les autres. Allons, soyons sérieux !


"Nouveau Monde, Nouvelle volonté". Le coup était indubitablement magistral. Il devait permettre de contrer aussi l'extrême de la droite.


"Contrer". Sous-entendu : Marine. Le terme avait été employé lors du brainstorm. Un des participants l'avait écrit, sur son post-it.


Un "junior", probablement. Tant cela transpirait la rafraîchissante naïveté du débutant. Tout frais émoulu de l'X, tout aussi probablement.


Nous avions feint de trouver la proposition de "contrer" Marine judicieuse. Savait-on jamais ce que ce gamin était susceptible de devenir...


Cinq minutes avaient suffi pour l'aider à préciser ce qu'il avait eu raison de (mal) formuler ainsi.


Marine, il fallait bien au contraire la propulser. Au premier tour. Devant Hollande. Devant Bayrou. Marine au second tour ? Une bénédiction.


18% avait réussi son père, en 2002, face au sortant.


Le contexte la portait. Elle posait indéniablement le meilleur diagnostic. Elle surfait sur la transformation. En route. Ce "Nouveau Monde".


Nous avions tous ceci en tête, et depuis longtemps. En phase de "démarrage", les innovateurs se délectent de la présence de concurrents.


La concurrence est alors autant d'atout pour faire savoir et développer le marché. Elle contribuait au sens. Elle travaillait pour nous.


Toutes les directions marketing connaissent ce principe, cette base. Au début, laisser faire. Profiter de la dynamique créée. Sans effort.


Son potentiel de second tour était de 30-35 % maximum. Autant dire qu'elle était inoffensive. Sa montée en puissance n'était que bénéfice.


Il fallait juste stériliser le risque de premier tour. "Nouveau Monde, Nouvelle volonté", tel en était prévu être le moyen. Cette "volonté".


Le second tour contre elle ne pouvait être que formalité. Il aurait suffi de rappeler que le "merkozysme" est la meilleure des protections.


Contre le retour des spectres anciens qu'incarnait sa très belliqueuse filiation. Seuls quelques fous pouvaient être prêts, à un tel risque.


"Nouveau Monde, nouvelle volonté". Oui, cette formule pouvait provoquer le "bouclier de confiance" jugé nécessaire à l'issue du diagnostic.


À une condition. Majuscules partout. Mais pas à "volonté". Car cette formule, nous en étions conscients, n'était que formule. Pas slogan.


Et nous étions à l'heure de Twitter.


Oui, à l'heure de Twitter, mettre une majuscule à "Volonté", aurait été prendre un risque inconsidéré. C'était sa thèse.


Nous étions sur le point de partir, contents pour une fois de finir à une heure raisonnable pour un dimanche. Nous nous sommes rassis.


Et nous avons écouté. Conscients que ce moment allait être de ceux, pas si fréquents dans une carrière, qui comptent. Le silence régnait.


La volonté, c'était sa marque de fabrique depuis toujours. Alors, pourquoi ne pas pousser cet avantage-là jusqu'au bout ?


Surtout, c'était l'évidence : jamais le premier concerné n'accepterait de ne pas mettre un hyper-V, pour parler de sa "Volonté".


"Nouveau Monde, Nouvelle VOLONTÉ !" - certains se prenaient déjà à imaginer les variations qui allaient leur être soumises depuis là-haut.


Autant dire que volonté, seul mot de la formule sans majuscule, c'était un coup à faire virer la cabinet manu militari !


On était donc en attente d'une explication. Lui s'est contenté de sortir de sa pochette une couverture de magazine. En guise d'argument.


http://twitpic.com/84ucvb


D'un coup, le silence était devenu glacial.


Les juniors se regardaient du coin de l'oeil, ne sachant trop que penser.


Les "seniors" s'étaient raidis. Il faut dire que devenir "associés" était le but, et le motif de sacrifices nombreux - notamment familiaux.


Les associés, eux, n'avaient pas besoin d'un dessin supplémentaire : en 2011, ils avaient été à maintes reprises appelés à la rescousse.


Pas de majuscule à "volonté". C'est ce qui avait été conclu, à l'unanimité. Après une bonne 1/2 heure passée à refaire le point. Minimum.


"Un Nouveau Monde, une Nouvelle volonté". La formule était porteuse. On pouvait expliquer en et de quoi. Mais elle n'était pas pas slogan.


Le problème restait donc entier ; jamais n'avait été approchée l'ivresse du "Travailler plus, pour gagner plus" ; ce coup de craie, génial.



Acte II.



La formule, adressée au sortir de la réunion, avait fait mouche. "Canon", "Géniale", "Fantastique"... Les superlatifs pleuvaient.


Le soulagement était palpable. Il est vrai que l'étape d'impression des tracts et affiches approchait dangereusement. Il était donc temps.


Deux proches conseillers avaient été mandatés pour faire le point. Instruction avait notamment été donnée de corriger une erreur.


Il manquait une majuscule à "volonté".


Pour le reste, cela convenait, donc.


Aucune surprise au fond. Dès la veille, nous le savions, la présentation des conclusions promettait d'être fort tendue. Sous haute tension.


Ceci n'allait pas manquer d'advenir.


Que personne n'aime les mauvaises nouvelles, ceci tous les médecins le savaient. À nouveau, nous allions en faire la difficile expérience.


En points de Hongrie. Moulures. Et puis cheminées.


Les lieux des réunions - dites "secrètes" - donnaient toujours l'impression d'être tout droit sortis d'une annonce de "seloger.com".


L'atmosphère, au départ détendue, avait ensuite tourné à l'orage.


La formule sonnait juste. Mais que la faillite du projet de départ ait été si crûment mise en avant, voilà qui n'avait pas beaucoup plu.


Que la seule issue viable ait été jugée de l'assumer, voilà ce qui avait, dans un premier temps, déclenché les éclairs comme la foudre.


Dès lors, aucun doute : si nous devions remporter le morceau, le compte-rendu final serait marqué au coin du bon vieux "confidentiel / PR".


Après la phase de la colère, irrépressible, était venue celle de la dépression. L'enchaînement des faits et des arguments était implacable.


La faillite du projet stratégique de 2007 - rebaptisé "T+ / G+" sur les "slides" préparés durant la nuit - était plus qu'avérée : consommée.


L'heure n'était plus aux ergotages. La faillite produisait ses effets depuis plusieurs mois. Seules deux questions étaient donc importantes.


  1. Le concept de "merkozysme" - et au-delà toutes les formes expiatoires inventées d'ailleurs -, oui tout ceci tiendrait-il jusqu'en mai ?


  1. La "formule" - il n'aurait été raisonnable d'en imaginer d'autres - allait-elle suffire pour éviter l'instruction des irresponsabilités ?


L'effondrement des schémas mentaux était palpable.


Les conseillers pensaient visiblement, en cet instant précis, au déjeuner "merkozyste" prévu à Berlin et qui n'allait pas tarder à débuter.


Inutile de détailler à ce stade pourquoi et comment le T+ / G+ avait chuté. Comment le moteur avait "serré", sous le poids du vice caché.


L'urgence était au rétablissement d'une consonance cognitive minimale. "Nouveau Monde, Nouvelle volonté", la formule était parfaite.


Sur des œufs. La suite allait donc devoir se jouer sur des œufs. Allaient-ils, collectivement, en être capables ? Rien n'était moins sûr.


Mais il n'y avait pas le choix. La probabilité du scénario était jugée de 0.5. Les risques associés portaient la mention : "considérables".


Nous étions à l'heure de Twitter ; la mèche pouvait être allumée de n'importe où ; et lancer ce redoutable et redouté "printemps européen".


Pas de majuscule à "volonté", donc. Surtout pas. La réunion était terminée. Les deux conseillers étaient déjà tendus vers leurs smartphones.



Acte III



La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre. La campagne 2012 tenait son slogan. C'était : "Nouveau Monde, Nouvelle Volonté".


Le cabinet avait donc été entendu. Partiellement.


Avec le recul que seule confère l'expérience, des "associés" avaient relativisé la joie des "juniors". Les "seniors", eux, s'inquiétaient.


Avoir conçu la formule d'une campagne perdante n'avait jamais été du meilleur effet, sur un CV. Et un bon nombre approchait la cinquantaine.


N'être pas parvenu à convaincre de la nécessité d'écrire "volonté" plutôt que "Volonté" c'était donc, pour eux, une catastrophe. Une vraie.


"Probabilité : 0.5. Risques : considérables." Cela, griffonné sur la couverture du magazine un dimanche soir, ils s'en souvenaient. Si bien.


Comme ils se souvenaient parfaitement de ladite couverture. Dans ses moindres détails, ils se la remémoraient. | http://twitpic.com/85cj3n


Probabilité : 0.5. C'était l'hypothèse, si une de ces formes de "logique des phénomènes collectifs" mettait le feu aux poudres. Par "magie".


Une majuscule à "Volonté" était la pire des provocations : après tant d'échecs, c'était inciter à frapper au cœur cette figure d'autorité.


Dans l'hypothèse où le scénario du "pire" ne se serait pas réalisé, cette majuscule conservée, cette "Volonté", annonçait l'échec, fatal.


Ce "Nouveau Monde" était bien entièrement "Nouveau". Toutes les industries pleuraient leurs chiffres d'affaires mirobolants. Ceux d'avant.


Les majors de l'industrie de la musique avaient été les premières touchées. Jamais elles ne s'en étaient relevées. - 50 % de CA, au bas mot.


Aucune industrie n'échappait aux destructions créatrices qu'engendrait la "révolution de la communication", comme on l'appelait désormais.


Vouloir.


Un terme éculé. Du moins dans sa conception traditionnelle. Celle qui fondait le monde "ancien". Celui de la "gagne". Celui du "T+ / G+".


Il fallait retirer cette majuscule. "Nouvelle volonté", pas "Nouvelle Volonté". La maintenir démontrait par l'absurde les erreurs commises.


Ces fautes de diagnostic, ces erreurs de jugement, ces décisions "Volontaires" qui avaient aggravé, sans cesse, la maladie. QEn. Au carré.


Hollande avait bien joué. Un président "normal". Et puis la "jeunesse". Et l' "éducation". Il ne pouvait que finir par réaliser l'évidence.


Les technologies nouvelles brisaient les logiques addictives du "+", de la consommation, de la vanité individuelle du sentiment de posséder.


Elles leur substituaient les logiques, tout aussi addictives, du "partage", de l' "apprentissage", des "rencontres" sans cesse nouvelles.


"volonté", sans majuscule. Surtout. Parce que c'était la seule chance : jouer sur une transformation encore en-cours. Pas achevée, encore.


Surtout pas de majuscule. Parce cette "Nouvelle volonté" était déjà tromperie. Elle portait, déjà, un vice caché. Considérable. Suffisant.


Puisque, à l'heure de ce "Nouveau Monde", seule l'agrégation des "volontés nouvelles" comptait pour innover. De partout. N'importe quand.


Sans, pour la première fois dans l'Histoire, qu'une majuscule ne soit nécessaire. Nulle part. C'était juste la fin du pouvoir et du leader.


"Nouveau Monde. Nouvelles volontés. And WIFI 4 ALL." #2012


Peut-être la thèse qui aurait été soutenue par Hayek et d'autres, penseurs moins du libéralisme que de la liberté. Et puis de la démocratie.


Salles éclairées. Écrans multiples. Et divers. > Salles obscures. Écrans lumineux. Et aveuglants.


End.


Annexes : "Civiliser internet". So they thought, said, tried and failed. With "Volonté". | http://youtu.be/ykJcnweXmBI cc @yochaibenkler ;)


Still wondering how so bad a job could have been done ? Well, listen. And remember : he was "prime" of the "ministres". http://bit.ly/zel2po


And that he could not imagine such a thing. http://youtu.be/x8SV3oAP5wI (2/2)


So, ready for a (mental) revolution ? http://0z.fr/EyoZU - "Nouveau Monde, Nouvelles volontés" > "Nouveau Monde, Nouvelle Volonté". ;)


They branded it as "Hyper-Management". In fact, was just what specialists named "Baby-Management". A long time ago, in the XXth century.


& So they were about to learn. That http://0z.fr/WWCPV > http://0z.fr/Xn5M8 | Gonna be hard a new reality. | http://youtu.be/x8SV3oAP5wI 5/5



Acte IV



Les réactions militantes n'étaient pas enthousiastes. "Nouveau Monde, Nouvelle Volonté", voilà qui était formule, pas slogan.


Mais il était trop tard. À ce stade, impossible de tout refaire. Il n'y aurait donc pas le choix : loyalty or exit ! Point.


Certains, disait-on, auraient rejoint le camp d'un autre candidat... passé un samedi soir dans une émission d'entertainment.


Ils s'en étaient félicités : avec cette constance qui lui était propre, le 1er des Ministres s'était ridiculisé. À nouveau.


Ses vœux à la presse allaient longtemps nourrir les enseignements de sciences politiques. Comme remarquable contre-exemple.


Au moins n'avaient-ils pas été tout à fait inutiles : la surdité et l'aveuglement étaient, toujours, les pires ennemis...


... quand les moquettes parisiennes brouillaient la vue et altéraient l'ouïe. Dramatique, alors que le doigté manquait déjà.


Naturellement, comme cela était prévisible, la foudre n'avait pas tardé à s'abattre sur ce cabinet composé de "stratégistes incapables".


Deux "seniors" firent donc leurs bagages. En guise d'offrande. Et comme ils s'y étaient tous, déjà, préparés.


Cela faisait partie intégrante du métier : en sport, les coachs étaient toujours les premiers à tomber. Avant les joueurs. Puis le Capitaine


À ce stade, rien n'était d'ailleurs jugé dramatique. Et ce d'autant qu'il restait des atouts dans la manche, et non des moindres.


Ainsi de cette réforme VOLONTAIRE de "la gouvernance des universités", unanimement saluée pour sa modernité. Et ce, à droite comme à gauche.


Qu'Harvard ait pu être interpellée quant à ses possibles responsabilités dans la crise financière n'avait pas - encore - retenu l'attention.


Ceci, pourtant, au sein du cabinet - doté d'un puissant système de veille - n'avait échappé à personne. Il y avait, là, un risque majeur.


"Un truc à faire PÉTER la baraque !", s'était exclamé un des associés, soudain pris de terreur à la simple évocation de l'hypothèse.


À une belle unanimité, les membres du cabinet décidèrent de ne souffler mot de cette affaire à quiconque. Comme pour en conjurer le risque.


À ce stade, au sein du cabinet, être mobilisé sur le projet #Slogan #2012 constituait un véritable cadeau empoisonné. Une vraie galère.


Parfois, on en riait. Jaune. Comment avions-nous pu être embarqués dans cette galère !? Les apporteurs d'affaires, eux, rasaient les murs.


La pression, logiquement, était encore montée d'un cran. Si tant est que cela eût été encore possible. Les esprits s'échauffaient. Fort.


La rumeur avait couru qu'un stagiaire de grande École aurait confié une impression de débarquer dans "Lost Highway". Juste avant "The End".


Avec des intuitions aussi fulgurantes, le gamin ne pouvait qu'être promis à un grand avenir dans le métier... | http://youtu.be/pD3_9yd72Ks



Acte V



Fort heureusement, le cabinet ne vivait pas que de seules affaires "extrêmes". Il était des contrats plus simples... et plus rémunérateurs.


Le conseil (stratégique) délivré aux politiques était d'abord vitrine. À cet égard, il était souvent facturé pour des montants symboliques.


Un peu comme une belle adresse, l'essentiel était de susciter impression chez ceux qui rêvaient d'une entrée au royaume de la puissance.


De ce royaume, nous serions pour les clients suivants le sas d'entrée. La liste de nos clients prestigieux était notre meilleure pancarte.


Naturellement, seuls les plus importants avaient droit aux honneurs des associés les plus en vus. Les petits clients formaient nos juniors.


Dans notre domaine, la réputation était tout puisque nous ne produisions rien de tangible. Mais notre valeur immatérielle était immense.


Les financiers, paraît-il, appelaient ceci "goodwil". Ils avaient très probablement raison. Puisqu'ils étaient ceux qui créaient les mots.


Ainsi de la "juste valeur", à titre d'exemple.


"Juste valeur" donc, à titre d'exemple. Ou "fair value", comme le disaient nos maîtres - et néanmoins amis - anglo-saxons. Juste. Valeur.


Revenons donc à cette "affaire" de "juste valeur", au principe du modèle économique - "business model" - de notre cabinet de consulting.


Le cabinet était maître dans l'art d'exploiter les potentiels d'un monde désormais partout régi par la "fair value". | http://j.mp/ybGoaU


Le concept emportait en effet des conséquences pratiques immenses, pour les plus "grands" P-DG comme pour les plus "petits" de nos clients.


Pour les plus grands P-DG, elle allait leur permettre, à condition de savoir le manier, de justifier des salaires hors portée d'imagination.


Pour les plus "petits", jusqu'au niveau individuel, se penser en tant que couple Produit(s) / Marché(s) pouvait changer bien des destins.


La valeur avait en effet ceci de remarquable qu'elle était par nature construction sociale, puisqu'elle était confrontation de sentiments.


Et puis, un jour, de ces petits clients qui faisaient vivre le cabinet, nous n'avions tout simplement plus eu besoin.


Parce que des très, très "gros" poissons se pressaient désormais dans nos filets. Le miel, depuis toujours, avait attiré les abeilles.


Et de ce miel, ils allaient se délecter. Jusqu'à s'en rendre malades. Comme des enfants trop gourmands. Comme toujours. Ah, les enfants...


On a donc appelé ceci, des stock-options.


Avec la "fair value", la "juste valeur", l'alliance des mots était redoutable.


La "juste valeur" boursière des entreprises n'était qu'anticipation. C'était ce que nous leur expliquions : il leur suffisait de promettre.


Ils ne comprenaient rien à ce qui se passaient dans leurs "business". Beaucoup parlaient à peine l'anglais. Mais ceci, aucune importance.


Ils seraient, dans tous les cas, protégés. Rien à craindre. Puisque la justice n'avait jamais condamné des choix stratégiques erronés.


Il y avait en effet toujours un doute : au pire, ils y risqueraient la valeur marchande inhérente à leur réputation. Rien de grave.


Les sommes accumulées sur la base des "promesses" suffiraient à mettre à l'abri plusieurs générations de descendants. Que vouloir de plus ?


La valeur était rencontre de désirs de propriété, donc de sentiments. Il suffisait de savoir en jouer. Même si eux n'étaient pas dupes.


L'espace public s'est progressivement vidé de ses leaders. Les énarques préféraient rejoindre les X, dans des industries très lucratives.


Jusqu'au jour où le meilleur de tous eût une idée : ce qui avait été réussi dans le privé, pourquoi ne pas le faire dans l'espace public ?


Il faut dire qu'il était avocat d'affaires.


Nous nous étions astreints à concevoir ce qui nous était demandé : par la recherche, coller un turbo d'illusions sous le capot des discours.


"Crédit hypothécaire".


"A l'américaine".


Travailler plus. Pour rembourser plus. #enrésumé #slogantrouvé


Pas grave si les gens, in fine, ne pouvaient plus payer. Et si la valeur de leur maison s'effondrait. Ils n'avaient qu'à pas s'endetter.


Tout fonctionnait à merveille. Les actifs allaient s'envoler sous le poids de désirs de possession stimulés. Il n'y avait qu'un seul risque.


Personne ne devait mettre en synergie "mots et choses", la recherche et la pratique. Au risque de dévoiler le "blackhole" des culpabilités.


Les P.-DG stock-optionisés l'étaient pour contrôler des choses incontrôlables. Ils en étaient prévenus depuis 1993. END http://pic.twitter.com/83qC0Ilv


La morale : enrichissement personnel par abus de confiance, rappelez-moi, c'est bien du pénal ? #moraliserlecapitalisme #areyoureallysosure



Postface - aux actes I, II, III, IV, V



La nouvelle était tombée un vendredi soir. Nous le savions, c'était une certitude. La dégradation n'en avait pas moins été une déflagration.


Les psychothérapeutes familiaux le savaient depuis les travaux de l'école dite de "Palo Alto" : l'acte de deuil est traumatisme immense.


Comme dix ans plus tôt, lorsqu'il avait fallu pousser vers la sortie le CEO de ce groupe qui se voulait numéro 1 mondial de la communication.


Mêmes causes. Mêmes effets.


Pas davantage que la concurrence "pure et parfaite", la démocratie n'était autre chose que "fiction" théorique utile et commode. Nulle part.


Ceci ne voulait pas dire que les groupes "dirigeants" ne sécrétaient pas des mécanismes d'auto-régulation et de gouvernance spécifiques.


L'exclusion du "clan" était celui que pratiquaient tous les réseaux qui sélectionnaient les élites : opus dei, franc-maçonnerie...


Il avait suffi d'un coup de fil ; il nous avait été passé. Nous avions ensuite géré les suites ; as usual. Pas de temps pour les sentiments.


Trop VOULOIR jouer avec les victimes girardiennes expiatoires, c'était prendre le risque d'en devenir une. Tous les "stratèges" le savaient.


À VOULOIR voler trop haut, Icare s'était brûlé les ailes, à l'approche du soleil. Et chuta. Une parabole célèbre, vieille comme le monde.


"Après tout, puisqu'il rêve tant des USA... Qu'il y aille !". La formule avait été lâchée avec l'humour très britannique de l'aristocrate.


En écho, le plus fameux des associés du cabinet avait alors lâché, assassin : "Game Over".


"Pas le premier. Pas le dernier. Just political business as very usual." - c'est ce qu'avait pensé le "junior" qui assistait à cette scène.



FIN



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Sur l’auteur :


Jean-Philippe DENIS est Professeur de Sciences de Gestion à l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense (Paris X)


Avec Smashwords.com :


Journal d’un universitaire (tomes 1, 2, 3)

Introduction aux Technosciences du Management

Mémoires de Crise (version intégrale)


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