L'école malade
de l'égalitarisme
Published by Olivier Vial at Smashwords
Copyright 2012 Olivier Vial
ISBN : 978-1-4661-0847-9
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Dans la même collection
Jacques Rougeot, [2008], UNI 40 ans de combats, 40 affiches, éditions Union nationale Inter-universitaire (UNI), Centre d’études et de recherches de l’UNI (CERU), 102 p. 11,50 euros
Olivier Vial, Inès Charles-Lavauzelle [2009], Le mur de Berlin n’est pas tombé tout seul, éditions Union nationale Inter-universitaire (UNI), Centre d’études et de recherches de l’UNI (CERU), 112 p. 10 euros
Olivier Vial, Inès Charles-Lavauzelle [2009], Les étudiants des classes moyennes sont-ils condamnés au système D pour étudier ?, éditions Centre d’études et de recherches de l’UNI (CERU), collection notes et études, 28 p. 5 euros
Jacques Rougeot, [2010], Ah ! Laissez-nous respire ! Contre la censure des bien-pensants, éditions Union nationale Inter-universitaire (UNI), Centre d’études et de recherches de l’UNI (CERU), 84 p. 10 euros
Olivier Vial, [2011], La jeunesse n'est plus ce qu'elle était ...tant mieux!, éditions Union nationale Inter-universitaire (UNI), Centre d’études et de recherches de l’UNI (CERU), 54 p. 5 euros
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Sommaire
Première partie : les symptômes
Des moyens importants mal affectés et gaspillés
Des résultats académiques décevants et des inégalités qui se creusent
Un climat scolaire qui se dégrade
Deuxième partie : le diagnostic
"La conjuration des Egaux" à l'école
Des pédagogies adaptées à un enfant qui n'existe pas
L'égalitarisme et les enseignants
Troisième partie : le traitement
Propositions pour guérir l'école de l'égalitarisme
"Le mammouth n'a plus que la peau sur les os", titrait l'Humanité à la fin de l'année 2011.(1) Difficile à croire, au vu de l'importance des crédits qu'il engloutit ! En 2010, 134 milliards d'euros ont été dépensés en France pour l'éducation. Cette dépense a quasiment doublé en trente ans, alors même que le nombre d'élèves demeurait relativement stable.(2) Pourtant, il est vrai que le mammouth est dans un triste état, mais sa maladie n'est pas celle que certains disent. Cette maladie, c'est l'égalitarisme. C'est pour tenter de guérir ce grand corps malade que nous proposons ces quelques pages sous forme d'ordonnance.
S'il suffisait d'injecter des milliards, il jouirait d'une santé florissante.
Avec plus de 88 milliards d'euros inscrits dans le projet de loi de finances 2012, c'est près d'un quart du budget de l'Etat qui est absorbé par des dépenses liées au ministère de l'Education nationale ou à celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. En France, plus d'un fonctionnaire sur deux travaille pour l'un de ces ministères, ce qui fait du mammouth le neuvième plus gros employeur du monde avec 970 654 postes équivalents temps plein (ETP) inscrits au projet de loi de finances en 2012.
Ces trente dernières années, la dépense moyenne par élève n'a cessé de croître à un rythme beaucoup plus soutenu que celui de l'inflation. Entre 1981 et 2011, l'indice des prix a progressé de près de 160 % alors que l'augmentation de la dépense moyenne par élève dépassait, elle, les 400 %, pour atteindre en 2010, 8 150 euros par élève.
La part de cette dépense supportée par les collectivités publiques (Etat + collectivités territoriales + administrations publiques) a, elle aussi, continué à progresser passant de 83,7 % en 1980 à 85,6 % en 2010 (3), alors que, dans le même temps, l'effort consenti par les ménages pour l'éducation de leurs enfants diminuait. (4)
Alors, à la vue de ces chiffres, comment continuer à croire tous ceux, syndicats, experts patentés, associations d'éducation populaire, qui, depuis des décennies, dénoncent le désengagement de la puissance publique, résumant quasiment tous les maux de notre système éducatif à une simple question matérielle et comptable ?
Avec 7 % du PIB consacré aux dépenses d'éducation, la France se classe parmi les nations qui investissent le plus dans ce secteur. En 2008, la dépense d'éducation moyenne des pays de l'OCDE n'était que de 5,9 %. Certains pays, qui affichent pourtant de meilleurs résultats académiques, consacrent une part beaucoup moins importante de leur richesse nationale à l'éducation. La Finlande, qui caracole en tête des classements internationaux, n'y investit que 5,9% de son PIB, et l'Allemagne à peine 4,8 %.
Si les résultats de l’école et le bien-être des élèves et des enseignants étaient directement proportionnels aux moyens investis, comme aiment nous le faire croire les syndicats, nos écoles compteraient parmi les plus efficaces du monde, et tous y seraient parfaitement heureux.
Il suffit de s’intéresser, même rapidement, à ce qui se passe dans les établissements scolaires pour deviner que la réalité ne ressemble pas à cette situation idyllique.
Dans ses vœux aux personnels de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le 5 janvier dernier, le président de la République a lui-même reconnu que, malgré les efforts budgétaires consentis, il demeurait une véritable “crise d’identité” au sein du monde enseignant.
Ce malaise est également ressenti par les Français, qui expriment une grande défiance vis-à-vis de l'école. Une étude réalisée en juillet 2011 par l’institut IPSOS révèle ainsi que 64 % des Français estiment que l'enseignement en France fonctionne mal, qu’il ne garantit pas une réelle égalité des chances (60 %), et qu’il prépare mal à la vie professionnelle (68 %).
Les Français, certainement plus lucides et moins attachés à la seule défense d’intérêts corporatistes que les syndicats de la rue de Grenelle (5), ont bien conscience que les problèmes les plus importants, auxquels il faut s’attaquer en priorité, ne sont pas ceux du manque d’enseignants ou du nombre d’élèves par classe, mais bien ceux de la maîtrise du français à l’écrit comme à l’oral et du rétablissement de la discipline au sein des établissements. (6)
Depuis 2002, les différents gouvernements de droite ont engagé de nombreuses réformes : refonte des programmes du primaire, mise en place de l’orientation active, réforme du lycée, mise en place de l’autonomie des universités, développement du crédit impôt-recherche ... Les premiers résultats positifs commencent à peine à se faire sentir (baisse légère de l'illettrisme et de l’échec en premier cycle universitaire, amélioration sensible de la professionnalisation des études...), tant l’inertie de ces ministères est grande. Il faudra de la persévérance et de la constance pour redresser notre école.
Mais, au delà de ces réformes structurelles, si l’on veut continuer à moderniser notre système éducatif pour qu’il soit à nouveau un atout au service de notre pays et de sa jeunesse, il convient, désormais, de s’attaquer à la racine du problème, au cancer qui ronge l’éducation en France : l’égalitarisme.
C’est cette vision dévoyée de l’égalité qui régit encore l’organisation de notre système éducatif et inspire tous les hérauts de la bien-pensance éducative. L’égalité est devenue le mètre étalon à partir duquel on construit et on évalue toutes nos politiques éducatives.
“L’enseignement qui avait traditionnellement pour mission de transmettre des connaissances, est aujourd’hui censé promouvoir l’égalité. Tous les élèves étant par décret déclarés égaux, ils doivent tous marcher d’un même pas jusqu’aux mêmes diplômes, l’application de ce principe étant censée favoriser la promotion des élèves issus des milieux défavorisés.” (7)
Cette croyance, dénoncée en ces termes par le professeur Rougeot, conduit à des résultats totalement contraires aux objectifs affichés. Plus on parlait et on encensait l’égalité dans les textes, plus les inégalités se creusaient entre les élèves.
La présente ordonnance a été rédigée afin de suggérer un traitement pour lutter contre la maladie de l'égalitarisme dans l'éducation. Nous dégagerons d'abord les premiers symptômes, puis nous dresserons un diagnostic en nous intéressant aux "agents infectieux", avant de proposer un traitement.
Première partie
Lorsque l'on s'intéresse à l'état de notre système éducatif, il n'est nul besoin de pousser très loin l'auscultation pour voir apparaître de nombreux dysfonctionnements. Par souci de concision et de clarté, nous avons choisi de ne présenter ici que quatre grandes séries d'indicateurs, faisant référence aux moyens, aux résultats, au climat scolaire, ainsi qu'à la crise d'identité qui frappe le milieu enseignant.
En effet, tel un boulimique, notre système éducatif consomme une quantité importante de crédits et de postes de personnels, sans que cela lui "profite" réellement, les résultats académiques des élèves restant très décevants. Le cœur n'y est plus. L'ambiance dans les classes, entre indiscipline et violence, se dégrade, et les enseignants, déconsidérés, doutent de leur vocation et désertent le métier.
Dans un monde qui évolue de plus en plus vite, il peut être rassurant de savoir que certaines choses n'évolueront jamais, à l'image des syndicats de l'Éducation nationale. Depuis des décennies, à chaque rentrée scolaire, leurs mots d'ordre restent les mêmes : plus de postes, plus de moyens, la question de leur utilisation et de leur affectation leur apparaissant comme simplement subsidiaire.
Ainsi, dans une parfaite communion, médias et syndicats ont réussi à faire croire qu'une bonne politique éducative se mesure à l'aune des sommes investies et des postes créés. Cela explique en partie que les dépenses consacrées à l'éducation aient augmenté de 87 % (euros constants) en trente ans, alors que la population scolarisée est restée relativement stable.
Cette augmentation conduite à l'aveugle a fait abstraction des besoins et des déséquilibres dont souffrait notre système éducatif. Elle les a même, jusqu'au début des années 2000, renforcés.
La France s'est distinguée, durant des décennies, de ses partenaires européens car elle investissait moins pour former un étudiant que pour un lycéen.(8) Les rapports successifs de l'OCDE signalaient régulièrement cette bizarrerie, ce qui n'a pas empêché, au cours des années 90, les ministres successifs (9) de continuer à investir massivement en faveur des lycées, alors même que ces derniers, en comparaison de leurs homologues européens, étaient déjà largement sur-dotés.
Au début des années 2000, la dépense moyenne par lycéen était de 7776 dollars US en France, soit 32 % de plus que la moyenne de l'OCDE qui s'établissait alors à 5919 dollars US. La Finlande ne dépensait que 5479 dollars US par élève.
La France, comme une mauvaise mère, semblait préférer certains de ses enfants et accordait un traitement de faveur à l'enseignement secondaire au détriment du primaire et du supérieur.
Un tel déséquilibre entre les cycles (10) est difficilement explicable, sauf à envisager que l'affectation et la répartition des moyens et des postes ne se ferait pas exclusivement en fonction des besoins, mais plutôt en fonction de la puissance des syndicats et de leur capacité de nuisance. Quand on connait la force des syndicats du secondaire, au premier rang desquels le SNES, et la peur qu'inspirent les mouvements lycéens aux politiques, cette hypothèse acquiert de la crédibilité. C'est, sans doute, cela que l'on a appelé la cogestion.
Il aura fallu attendre les années 2000 pour que le nécessaire rééquilibrage des moyens investis entre les différents cycles soit entrepris. Désormais, la part de la dépense intérieure d'éducation (DIE) consommée par le secondaire diminue au profit du primaire et surtout du supérieur. La dépense par étudiant a progressé de 32 % entre 1990 et 2010. Elle est désormais supérieure à la moyenne de l'OCDE.
La question des moyens dans l'Education nationale reste, avant tout, une affaire de postes. Les dépenses de personnels représentent 94,5% des crédits du ministère de l'Education nationale et près des trois quarts de la dépense totale d'éducation (DIE), le reste se répartissant entre les dépenses de fonctionnement (17,1 %) et d'investissement (9,2 %). (11)
Malgré l'importance de ces dépenses, la gestion des ressources humaines n'a jamais brillé par sa précision. Il a toujours été difficile de connaître clairement le nombre de fonctionnaires dépendant du ministère de l'Education nationale ou de celui de l'Enseignement supérieur. (12)
En 2010, alors même que les syndicats dénonçaient la suppression de 12 000 postes, le ministère, procédant à un dénombrement de ses effectifs, a, divine surprise, retrouvé 20 000 postes supplémentaires (13), qui existaient mais qui avaient disparu, depuis plusieurs années, des radars du ministère. Les syndicats auraient dû se réjouir de cette annonce, puisque finalement, cette année-là, le nombre de suppressions de postes était largement compensé par cette découverte inattendue. Ils ne l'ont pas fait ! Comment ne pas s'interroger, comme Philippe Marini, "sur la qualité du pilotage des emplois du premier employeur de l'Etat." (14) ?
Si l'on s'intéresse au nombre d'enseignants qui sont réellement devant des élèves, le Mammouth nous réserve de nouvelles surprises.
Un rapport de la Cour des Comptes, publié en janvier 2005, établissait que le nombre d'enseignants qui n'exerçaient que peu ou pas du tout "le métier pour lequel ils ont été sélectionnés, recrutés et formés" équivalait à près de 97 500 postes ETP. (15) Le député Jean-Yves Chamard, dans un rapport d'information publié la même année, tirait lui aussi la sonnette d'alarme en notant que le nombre de décharges de service aux justifications hasardeuses représentait 14900 ETP.
Depuis, un travail de remise en ordre à été entrepris. Lors de ses vœux aux personnels de l'éducation, le 5 janvier 2011, le président de la République déclarait : "Nous avons beaucoup diminué le nombre, objectivement trop élevé, de professeurs qui n'étaient pas devant les élèves [...] : 8 000 postes d'enseignants qui avaient été recrutés en "surnombre" dans le premier degré ; nous avons mis fin à des milliers de mises à disposition d'enseignants auprès d'associations diverses. Nous avons amélioré l'efficacité de notre système de remplacement, réorganisé l'administration et regroupé l'offre de formation, parfois trop diverse."
Le nombre de mises à disposition a été considérablement réduit depuis dix ans, mais de sérieux efforts de transparence restent à accomplir en la matière.
On ne peut que saluer le ministère de la fonction publique, qui, pour la première fois en 2012, a publié une grille des postes mis à la disposition des syndicats. 1789 postes ETP seront ainsi mis à la disposition des syndicats de l'Education et de l'Enseignement supérieur.(16) Joli effort de transparence, mais joli cadeau aussi, que l'on peut évaluer à plus de 118 millions d'euros chaque année !
La mauvaise gestion des ressources humaines n'est pas le seul apanage de la rue de Grenelle. Les établissements, au premier rang desquels les universités, sont eux aussi régulièrement épinglés pour leur gabegie.
Récemment, l'université de Toulouse-le Mirail, surtout connue pour entretenir la flamme du souvenir de mai 68 et son folklore gauchiste, a été rappelée à l'ordre par la cour régionale des comptes de Midi Pyrénées pour sa gestion dispendieuse de ses personnels BIATOSS (techniciens, ouvriers, administratifs, personnels des bibliothèques).
Alors que le temps de service d'un fonctionnaire est fixé réglementairement à 1607 heures annuelles, les présidents successifs de cette université avaient décidé de réduire cette harassante charge de travail en instaurant un régime dérogatoire du droit (17), très favorable à ses personnels. Ces derniers ne travaillant finalement que 1400 heures par an, ce qui revenait à leur accorder 7 semaines de congés de plus que le reste des Français, de quoi leur laisser le temps de préparer le Grand soir. Rien que cette infraction engendre un surcoût estimé à 3 millions d'euros pour les finances publiques.
Les chambres régionales de la Cour des comptes ne manquent pas de travail, d'autres établissements ayant mis en place, par exemple, un système de répartition des heures supplémentaires très innovant. En effet, plusieurs établissements d'enseignement supérieur avaient pris l'habitude de permettre à certains de leurs personnels d'effectuer des heures supplémentaires, alors même qu'ils n'avaient pas réalisé l'intégralité de leurs heures de service. Pratique et surtout très rémunérateur.
Si toutes ces dérives mises bout-à-bout constituent bien un gisement de gaspillage ; il en est un autre beaucoup plus important et pourtant beaucoup moins connu.
Quand on s'intéresse au fonctionnement des lycées généraux et techniques, un chiffre attire tout de suite l'attention : celui du taux d'encadrement, c'est-à-dire du nombre d'élèves par enseignant. La France dispose d'un taux beaucoup moins élevé que celui de la Finlande ou de la moyenne des pays de l'OCDE. Il s'élève à 9,5 en France, pour 16,2 en Finlande et 13,6 dans l'OCDE, ce qui signifie que pour un même nombre d'élèves la France dispose de près de deux fois plus d'enseignants que la Finlande.
Pourtant, la taille des classes est beaucoup plus importante en France (24,5 élèves par classe) qu'en Finlande (20,1 élèves par classe). Comment expliquer un tel paradoxe ?
Le lycée français est devenu au fil du temps le parfait exemple de la mauvaise organisation et de la mauvaise affectation des moyens dont dispose l'Education nationale. Quelques exemples :
Les options proposées au lycée se sont multipliées et les citer tient de l'inventaire à la Prévert : Persan, peule, Haossan (une langue nigérienne), surf, golf, escalade ... Ces options, souvent très peu demandées par les élèves, mobilisent pourtant des enseignants. Ainsi, en 2008, le Figaro (18) rapporte que 8 élèves seulement avaient choisi l'option "langue des signes" dans l'académie d'Aix-Marseille et qu'il a fallu faire venir l'examinateur de la région parisienne.
Ces cours d'option sont souvent confidentiels et il n'est pas rare qu'un enseignant fasse classe devant moins de dix élèves. Selon la discipline qu'il enseigne, il aura, par ailleurs, bien du mal à effectuer l'intégralité de son service de 18 heures de cours par semaine, "faute de clients".
Dans le même temps, afin d'aider les élèves en difficulté, les enseignements dispensés, non pas devant la classe entière, mais devant des groupes réduits d'élèves, se sont généralisés. Mais, afin d'éviter de sombrer dans la stigmatisation tant honnie des élèves en difficulté, ces cours en effectif réduits ont été proposés à tous les élèves, même à ceux qui n'en avaient pas besoin. Le ministère estime qu'aujourd'hui la moitié des enseignements au lycée se font devant des groupes réduits.
Et puis, il y a aussi tous les petits bonus accordés, depuis 1950, par le statut d'enseignant et défendu avec fougue par les syndicats, comme la méconnue "heure de première chaire". Les professeurs enseignant 6 heures et plus en première et terminale sont considérés comme professeurs de première chaire et de ce fait leur service est automatiquement diminué d’une heure. La journaliste Sophie Coignard estime que ce simple "avantage" représente l'équivalent de 5 000 postes à temps plein. (19)
Ces options tout à la fois pléthoriques et confidentielles, comme l'extrême banalisation des cours en effectif réduit et les petits cadeaux prévus par les décrets de 1950, participent à une telle inflation des coûts, que l'on comprend mieux pourquoi la France dépense 62 % de plus par lycéen que la Finlande. (20)
Cela engendre un surcoût, rien que pour le lycée général, de près de 2 milliards d'euros par an. Du fait de sa complexité, notre système a besoin pour fonctionner de 40 % de postes en plus. Chaque année, plus de 29 000 postes sont ainsi affectés aux lycées, alors que ceux-ci n'en auraient pas eu besoin si l'affectation des moyens et des heures de cours avaient été optimales. (cf. encadré n°1)
Estimation du surcoût engendré par la mauvaise affectation des moyens au lycée général.
Afin de calculer ce surcoût, il convient de comparer le nombre d'heures annuel d'enseignement dont la France a besoin pour assurer l'intégralité des cours (BTH : besoin théorique en heures de cours), et le nombre d'heures de cours qui est facturé aux contribuables (NHTD : nombre d'heures d'enseignement théoriquement dispensées).
Calcul du besoin théorique en heures de cours (annuel) - (BTH)
BTH = 39 127 (Nombre de classes de lycées générales et techniques -Chiffre DEPP) X 1072 ( nombre moyen d'heures de cours par an au lycée- Chiffre OCDE) = 41 944 144 heures de cours nécessaires
Nombre d'heures d'enseignement théoriquement dispensées chaque année (NHTD)
Le service normal d'un enseignant est de 18 h par semaine, 36 semaines par an, soit un service annuel de 648 heures d'enseignement. Seuls les titulaires d'une agrégation, qui représentent, selon les chiffres fournis par la DEPP, environ 28 % des enseignants de lycées généraux et techniques, ont un service réduit à 15 h par semaine, 36 semaines par an, soit 540 heures par an.
NHTD = Nombre d'heures effectuées annuellement par l'ensemble des agrégés + nombre d'heures effectuées annuellement par l'ensemble des autres enseignants
Sachant que le projet de loi de finances 2012 a inscrit 98 817 enseignants (ETP) pour les lycées généraux et techniques, on peut estimer que 27 669 postes ETP sont pour des enseignants agrégés (ce qui correspond à 28 % des postes ETP) et le reste soit 71 148 postes ETP pour les autres enseignants.
NHTD = (27 669 X 540) + (71 148 X 648) = 61 045 164 heures d'enseignement théoriquement dispensées.
Calcul du surcoût engendré par la complexité du système
NHTD - BHT = surcoût engendré par le système calculé en heures de cours
61 045 164 - 41 944 144 = 19 101 020
Rien que dans les lycées généraux et techniques, chaque année la complexité du système (profusion d'options, cours en demi-classes, affectation non optimale des enseignants) conduit, pour assurer le bon fonctionnement de ces établissement, à produire plus de 19,1 millions d'heures de cours de plus que ce qui serait théoriquement nécessaire si le système était plus simple et les moyens parfaitement alloués.
Ce surcoût représente plus de 44 % du besoin théorique. Il équivaut à 29 477 postes de certifiés (ETP), pour un coût annuel que l'on peut estimer à plus de 1,9 milliard d'euros.
5 juillet 2011, l'ambiance est à l'allégresse. 85,6 % des candidats au baccalauréat ont obtenu leur diplôme. Dans la série scientifique, dont une épreuve avait partiellement été annulée après une fuite portant sur le sujet, le taux de réussite culmine à 89,4 %, en progression de près d'un point. Les nouveaux diplômés et leurs familles sont heureux !
Le ministère peut lui aussi se réjouir. Les bons résultats ont fait oublier les polémiques concernant l'organisation des épreuves, et, pour la première fois, la proportion d'une génération obtenant le baccalauréat dépasse les 70 %. Elle s’établit à 71,6 % contre 65,3 % en 2010, chiffre qui n’avait quasiment pas évolué depuis 15 ans. (21)
A en croire les statistiques officielles, les candidats au "bac" ne se contentent pas d'arracher leur diplôme, ils le font avec la manière. Depuis 1967, le nombre de lauréats de la mention "très bien" a explosé, ils sont proportionnellement 17 fois plus nombreux aujourd'hui à obtenir cette distinction. (22)
De quoi accréditer l'idée que tout va très bien dans l'école française et que le niveau monte, comme le prétendent toujours certains pédagogues habitués à prendre tout le monde, y compris la réalité, à contre-pied.
Les Français sont plus circonspects. Ils considèrent peut-être, comme le professeur Jean-Robert Pitte, ancien président de la Sorbonne, qu'il y a "arnaque" (23), et que les commissions d'harmonisation qui, après chaque session, révisent à la hausse les notes, ne sont pas étrangères à ces bons résultats.
Loin de cet optimisme, près d'un Français sur deux estime que les élèves maîtrisent mal le français. Les évaluations réalisées par le ministère leur donnent en partie raison. Entre 2003 et 2009, les performances des élèves à la fin de l'école primaire en compréhension de l'écrit ont très légèrement progressé, mais seulement un tiers des enfants maîtrisent complètement les compétences attendues par les programmes du primaire.
"A l'autre extrémité de l'échelle, 13 % des élèves sont en difficulté, proportion qui approche un quart (23 %) en zone d'éducation prioritaire." (24) Ces élèves sont à peine capables de trouver dans un texte des informations qu'on leur désigne explicitement, mais en aucun cas de les mettre en relation et encore moins de comprendre le sens global du texte.
Ces difficultés ne disparaissent pas avec le temps. L'association "Sauvons les lettres" a, en 2004, proposé à des élèves de troisième une courte dictée (85 mots), soumise, 4 ans avant eux, à d'autres élèves. En quatre ans, le nombre d’élèves qui ne maîtrisent pas l’orthographe de base a doublé. Ils furent 56% à obtenir un zéro à la dictée en 2004, contre 28 % en 2000. (25)
Il faut dire que, pendant des décennies, on a culpabilisé les futurs enseignants au sein des IUFM en leur martelant qu'il fallait cesser d'enseigner la grammaire, l'orthographe et la conjugaison.
C'est chose faite en 2002, quand les nouveaux programmes de français tournent le dos à la grammaire rétrograde et à ses règles oppressives pour la remplacer par l'observation réfléchie de la langue, l'ORL. Fini les règles apprises par cœur, c'est à l'enfant de découvrir en contemplant un texte comment fonctionne la phrase, comment s'accordent les adjectifs ... C'est tellement plus ludique ! Et sans doute beaucoup moins efficace. (26)