Excerpt for Chroniques de Galadria VI - Espoir by David Gay-Perret, available in its entirety at Smashwords

Chroniques de Galadria VI – Espoir


By David Gay-Perret


Copyright 2012 David Gay-Perret


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Table des matières


Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Epilogue

Carte







A tous ceux qui savent encore vivre...

Chapitre 1

LA pierre était réellement d’excellente facture : il n’y avait ni anfractuosité ni la moindre fissure, et ce blanc… absolument inaltérable, même après plusieurs siècles ! « Les nains sont vraiment des bâtisseurs exceptionnels », songea Glaide tout en passant délicatement sa main sur la muraille qui encerclait Shinozuka.

En cette dernière semaine du mois de mai, un nouvel après-midi commençait et, après un bon repas en compagnie de ses amis, le jeune homme avait souhaité s’isoler un moment. La matinée s’était déroulée de la même manière que les précédentes : une heure et demie d’équitation, puis deux heures d’entraînement. Celui-ci commençait d’ailleurs à payer : le jeune homme et sa Magg parvenaient à réduire le temps nécessaire pour invoquer une Lame de Lumière à seulement quelques secondes, et il avait pris l’habitude de n’employer plus que son katana.

Cependant cette monotonie, quoique rassurante, était parfois un peu ennuyeuse, et alors que ses compagnons avaient manifesté l’envie de se rendre au camp d’entraînement, à l’est de la ville, lui-même s’était contenté de monter sur les remparts pour méditer un moment. De sa position il avait une vue imprenable sur tous les soldats de fortune qui faisaient de leur mieux pour apprendre à tuer…

« Combien de temps s’est écoulé depuis la fête ? Murmura-t-il. Je ne parviens même pas à me souvenir. Les événements ont repris leur cours normal, et l’attente avec eux. Chaque jour la tension devient de plus en plus palpable. Se pourrait-il que notre ennemi cherche à nous vaincre par l’usure ? En nous préparant à l’avance comme nous l’avons fait, croyant ainsi déjouer ses plans, ne nous serions-nous pas, au contraire, condamnés ? »

Il chassa ces pensées qui, depuis quelque temps, l’assaillaient de plus en plus souvent… Elles furent bien vite remplacées par d’autres réflexions, tout aussi familières. « Je n’ai pas encore dévoilé à tous que j’étais le Destructeur… Pourtant il me semble que beaucoup de gens s’en doutent. Après tout, les habitants de Shinozuka savent qui je suis, et cela m’étonnerait qu’ils aient gardé cette nouvelle pour eux. »

En vérité, l’adolescent ne parvenait pas à se résoudre à faire son annonce, malgré les suggestions de plus en plus pressantes du roi et des elfes.

Il releva la tête et prit plaisir à humer l’air frais. Comme tous les jours, le soleil brillait de mille feux, répandant lumière et chaleur bienfaitrices. Il semblait que le nombre de nuages s’était peu à peu stabilisé, et il n’augmenterait certainement pas tant que le jeune homme ne se déciderait pas à parler d’Aras, et de son statut…

Glaide fut soudain tiré de sa rêverie par un étrange détail dans le lointain. En plissant les yeux, il lui sembla apercevoir une ombre mouvante. Peu habitué au métier de sentinelle, il ne savait absolument pas si ce qu’il croyait discerner était une illusion d’optique ou autre chose… Cependant, quelques mètres plus loin, un soldat nettement plus expérimenté que lui avait déjà compris : il courut récupérer une trompette et souffla dedans à pleins poumons. Aussitôt le silence se fit, et il hurla :

« Aux armes ! On nous attaque ! »

L’effet fut immédiat : les soldats de métier se ruèrent sur leurs lames, tandis que les différents gradés prenaient le commandement des opérations. En quelques minutes, et avant que le jeune homme n’esquisse le moindre geste, les remparts se retrouvèrent garnis d’archers, une flèche déjà encochée.

« Vite, par ici ! Criait un homme en contrebas.

- Il faut prévenir le roi ! » Lança un autre.

Glaide regarda tout ce petit monde s’affairer dans tous les sens, jusqu’à ce que, progressivement, il réalise ce qui se passait : la guerre qu’il avait déclenchée était sur le point de commencer… Aussitôt il fut gagné par la panique : que faire ? Où aller ?

« Où sont mes amis ? Se mit-il à répéter fébrilement. Où sont-ils ? »

Il avait beau scruter le camp d’entraînement, il ne voyait qu’une marée humaine qui s’affairait dans toutes les directions.

« Nous… Nous ne sommes pas prêts ! S’exclama-t-il avec angoisse. Ça n’était pas supposé se passer comme ça ! Les dragons ! Que font les dragons ? Ayrokkan était censé m’avertir ! »

Une idée folle lui traversa l’esprit, ajoutant à sa confusion : les dragons avaient-ils été exterminés ?

La nouvelle de l’attaque avait déjà atteint la ville, et en se retournant il découvrit une immense foule qui se réunissait près de la porte donnant sur le camp d’entraînement. Des enfants pleuraient, les hommes couraient dans tous les sens, des femmes demandaient vainement des explications…

Glaide fit volte-face et ses yeux se posèrent sur la tâche au loin, qui avait progressé : désormais il était certain qu’il s’agissait bel et bien d’une armée… Ses mains se crispèrent sur la pierre blanche, alors que sa respiration s’accélérait : il était complètement dépassé par les événements, et la panique générale ne faisait qu’empirer son état.

Soudain, avec une netteté surprenant, il distingua chacun de ses compagnons en contrebas : ils étaient occupés à aider les soldats à ordonner la foule. Ceux qui étaient prêts à se battre se voyaient remettre arme et armure, qu’ils devaient enfiler prestement, tandis que les autres rejoignaient la porte donnant sur la ville. Avec une parfaite maîtrise d’eux-mêmes, Jérémy, Emily, Fendras, Renhaï, Gwenn et Jorek distribuaient tour à tour conseils, sourires et épées.

Cette vision inattendue apaisa instantanément le jeune homme. Tout à coup il retrouva l’intégralité de son sang froid, et en même temps qu’il se mettait à réfléchir à toute vitesse, il vit Rozak s’approcher.

La seule présence du monarque eut le don de calmer la foule : bien qu’il y eût encore de l’agitation, les cris s’étaient tus.

« On dirait qu’ils nous ont pris par surprise, déclara l’homme en fixant l’horizon. Tous les soldats de réserve se préparent, mais il va nous être impossible de sortir de la ville.

- En outre les volontaires ont paniqué : il ne reste même pas la moitié d’entre eux prêts à se battre », observa Glaide.

La situation s’annonçait extrêmement difficile…

En bas la place avait été dégagée : les guerriers étaient placés contre la porte de la palissade et emplissaient tout l’espace vide.

« Archers ! Rugit Rozak. Tenez-vous prêt ! »

Les hommes vérifièrent leur matériel et levèrent leurs armes dans un bel ensemble. Glaide dégaina le katana, qu’il avait récemment passé à sa ceinture tandis qu’il gardait son épée invisible, et le contact avec la poignée recouverte de tissu le rassura. Dans son dos, il lui sembla que la foule retenait sa respiration… Bon nombre des gens présents l’avaient reconnu, ainsi que son arme. Bientôt une rumeur naquit alors que, petit à petit, chacun découvrait qu’il avait en face de lui le Destructeur…

Glaide ignora ce phénomène et fixa son regard et son attention sur les troupes qui approchaient. Elles marchaient à un pas cadencé, lentes mais régulières, comme si rien n’avait pu les détourner de leur objectif.

Puis soudain le jeune homme capta un détail… Un infime scintillement qui fit toute la différence : son cœur manqua un battement et il agrippa la muraille pour ne pas tomber. D’un geste il rengaina son arme, et alors que le roi ouvrait la bouche pour donner l’ordre de tirer, il le devança et cria :

« Attendez ! »

Rozak s’interrompit, surpris, de même que tous les gens présents, soldats ou civils. Les archers connaissaient cet adolescent, et son ordre équivalait sans doute celui du monarque, si bien que leurs flèches restèrent en suspend.

Glaide se félicita de cette discipline, mais il ne chercha pas à se justifier ou à ajouter quoi que ce soit : à la vérité il lui était même tout à fait égal que chacun sache qu’il était le Destructeur, car il avait compris….

Alors que tous les regards convergeaient vers lui, un sourire se dessina sur ses lèvres, et d’une voix rendue forte par l’excitation et l’assurance, il lança :

« Les orques portent-ils des armures de mithril ? »

En baissant les yeux il croisa le regard de ses compagnons, et ce fut suffisant… A eux sept ils rugirent :

« Les nains ! Ce sont les nains qui arrivent ! »

Cette déclaration fut accueillie par un concert d’exclamations de surprise, puis tout le monde se mit à répéter ces mêmes mots avec incrédulité :

« Les nains… Les nains arrivent ? »

Rozak se tourna et considéra un moment l’adolescent à ses côtés, puis un sourire illumina son visage et il ordonna d’une voix forte :

« Ouvrez les portes ! Les nains viennent nous prêter main forte ! Que les soldats à l’intérieur de la palissade forment une haie d’honneur : nos alliés sont arrivés ! »

La terreur et la panique furent instantanément remplacées par une allégresse tout aussi forte : les militaires s’exécutèrent alors que la porte de bois pivotait pesamment sur ses gonds.

Glaide, incapable de détacher ses yeux du régiment qui approchait, distingua bientôt très nettement les reflets du mithril. Les nains s’avançaient, de leur pas lourd et sûr. Le jeune homme sentit des frissons d’excitation le parcourir, alors qu’il n’en croyait toujours pas ses yeux : Gardock avait finalement répondu à l’appel…

« Nous devons les accueillir, déclara Rozak. Viens. »

Et tous deux dévalèrent les marches menant à la porte est, sous les exclamations des humains et des elfes présents. Le prince Falonel et ses deux conseillers étaient déjà là, entre les deux rangées se soldats au garde-à-vous. Vizc et Feren ne tardèrent pas, puis Glaide et le roi vinrent compléter le groupe.

Le jeune homme croisa le regard de ses compagnons, qui hochèrent la tête d’un air entendu. Il sentait peser sur lui l’attention des guerriers présents, mais aussi des archers, des elfes et de toute la population de Shinozuka, montée sur les remparts pour ne rien rater du spectacle.

Le bruit des bottes martelant le sol se fit de plus en plus présent, jusqu’à ce que la terre elle-même se mette à trembler sous le pas cadencé du peuple nain. Lorsque le premier d’entre eux, leur souverain Gardock, franchit la porte de la palissade, la foule, humains et elfes confondus, poussa un rugissement de triomphe ! Ces alliés tant attendus furent ovationnés alors que leur colonne pénétrait petit à petit dans l’enceinte.

Lorsque le dernier des guerriers fut entré, on referma la porte dans un grand bruit.

Gardock se détacha de ses hommes et se dirigea droit vers Glaide. Sans même accorder un regard à Falonel ou Rozak, il s’adressa au jeune homme en ces termes :

« Nous voilà à nouveau face à face Destructeur. Notre première rencontre date de plusieurs mois, une poussière dans nos vies. Mais une poussière devenue l’instant le plus important de ces derniers siècles.

- Bienvenu à toi et ton peuple, Gardock. Votre présence est un honneur et une joie pour nous tous, et plus encore pour moi. Je connais la vie que vous aviez choisie, et je mesure la portée de votre décision d’en changer.

- Je ne sais pas encore si un jeune humain peut être plus sage qu’un vieux nain, mais au moins a-t-il eu le courage de se dresser face à l’Histoire et aux traditions. Nous verrons dans les années à venir si ma décision fut la bonne. »

Et sur ce il tendit sa grosse main recouverte de plaques de mithril : à l’intérieur se trouvait une petite chaîne que Glaide reconnut immédiatement.

« Voilà qui t’appartient, déclara le souverain. Les nains honorent toujours leur promesse. »

Glaide récupéra le bijou avec émotion et l’attacha autour de son cou. C’est à cet instant qu’il réalisa que ce cadeau lui avait manqué : tout comme il possédait une ceinture offerte par les habitants d’Orté-Feldir, un shakuhachi de son maître ou une bague donnée par Menrick, il avait désormais récupéré un autre symbole chargé de souvenirs…

Gardock se tourna alors vers Rozak, qui lui souhaita la bienvenue.

« Les nains sont fiers de rejoindre les Hommes dans leur combat. Votre volonté et votre solidarité sont un exemple.

- Un exemple que nous avons, semble-t-il, tous décidé de suivre, ajouta le prince Falonel en s’avançant. Bonjour, roi des nains. Cela fait bien longtemps que nos deux peuples n’ont plus eu aucun contact, et plus longtemps encore depuis que nous avons combattu côte à côte pour la dernière fois. »

Les représentants des trois races se regardèrent mutuellement : alors que les Hommes ne vivaient que soixante ou soixante-dix ans, les elfes et les nains demeuraient plusieurs siècles sur cette terre, et pour eux ce qui était en train de se produire devait résonner comme un soubresaut du passé, qui avait contre toute attente rejoint le présent. « A nos yeux, songea Glaide, Novak et Dzen sont comme une légende, et marcher sur leurs traces nous donne l’impression de marquer l’Histoire. Mais pour les autres races, les événements qui se produisent témoignent d’un éternel recommencement… »

Gardock, Rozak, Falonel et Glaide quittèrent alors l’enceinte de la palissade pour rejoindre la ville elle-même, sous les applaudissements et les cris de la foule en liesse. Le jeune homme remarqua plus d’une fois les regards incrédules que jetaient certains habitants de la cité au nain et à lui-même : de toute évidence ils n’en croyaient pas leurs yeux !

L’adolescent ne chercha pas à savoir ce que faisaient ses amis : vu le nombre de contacts qu’ils s’étaient faits dans le camp d’entraînement, à force d’y passer leur temps, on devait certainement leur avoir demandé un coup de main pour installer les guerriers nouvellement arrivés. Bientôt les gens feraient le rapprochement entre eux et le Destructeur, mais pour le moment l’euphorie générale leur garantissait paradoxalement un peu de tranquillité !

Les représentants de chaque race ainsi que Glaide lui-même passèrent un peu de temps dans la salle du trône à discuter des nouvelles que rapportaient les nains : leur voyage avait été relativement paisible, bien qu’ils aient par deux fois pris le temps de faire un détour pour massacrer quelques monstres, informant ainsi clairement Baras qu’il se heurterait à une réelle coalition… Gardock fut également mis au courant des derniers événements et de la manière dont les choses tournaient.

On discuta encore de divers sujets, sans toutefois aborder clairement la bataille à venir, et Glaide se désintéressa bien vite de la conversation. Il finit par s’excuser, puis s’éclipsa pour rejoindre ses compagnons.

Sur la route il croisa Ydref, Arline, Tyv et Paeh, désormais inséparables :

« Impressionnante cette arrivée, n’est-ce pas ? S’exclama Tyv. Je ne pensais pas rencontrer des nains de mon vivant !

- En outre la ville sait maintenant pour de bon que tu es le Destructeur, ajouta Ydref.

- Il fallait bien qu’elle l’apprenne tôt ou tard…, soupira Glaide. Au moins ai-je fais les choses de manière originale ! »

Ses quatre interlocuteurs éclatèrent de rire puis poursuivirent tranquillement leur chemin.

Lorsque le jeune homme atteignit la palissade il tomba nez-à-nez avec Jorek, qui tentait discrètement de quitter les lieux :

« Tu tires au flanc ? Lança le Protecteur.

- Tu n’imagines pas ce que je dois endurer : maintenant que tout le monde sait qui tu es et qu’ils ont remarqué que nous étions avec toi, nous sommes harcelés ! D’ailleurs, le simple fait de discuter ainsi va certainement me valoir d’innombrables questions !

- Alors qu’est-ce que ce sera lorsque les gens nous verrons marcher côte à côte : viens là ! »

Et Glaide attrapa le magicien par la manche et le força à l’accompagner, sans toutefois que celui-ci ne face montre d’une réelle résistance… Tout juste se lamenta-t-il sur sa malchance !

Ils arrivèrent à l’endroit désigné comme le quartier des nains, et tous les soldats présents, quelle que fût leur race, se mirent immédiatement au garde-à-vous en voyant Glaide s’approcher. Celui-ci poussa un soupir de résignation mais ne fit aucune remarque. A la place il offrit un grand sourire à ses compagnons, qui s’interrompirent pour venir discuter un moment.

« Ne vous préoccupez pas de moi, lança Glaide aux militaires. Poursuivez l’installation du campement. »

Et les Hommes, elfes et nains se remirent immédiatement au travail, non sans jeter de fréquents coups d’œil aux sept jeunes gens.

« Et bien, cette fois j’ai cru que la bataille était pour aujourd’hui ! S’exclama Gwenn. Il faut dire que depuis le temps que l’attendons…

- Ne soit pas trop empressée, conseilla Fendras de son éternelle voix calme et mesurée. Je ne pense pas que cet événement nous laissera de bons souvenirs…

- Cela dit l’attente est elle aussi insupportable », observa Renhaï.

Nul ne pouvait dire combien de temps celle-ci se poursuivrait, mais au moins l’arrivée des nains créait-elle un peu d’animation.

« Vous croyez qu’il y aura une autre grande fête ? Demanda avidement Jérémy.

- Et pourquoi pas ? Tant qu’il y a un bon buffet !

- Jorek, les célébrations ne sont pas forcément à base de nourriture ! Lança Emily.

- C’est vrai, mais les plus réussies le sont ! »

La Magg leva les yeux au ciel alors que son Protecteur ne pouvait s’empêcher de sourire.

« Bon, déclara-t-il plus sérieusement, il semble que nous soyons au complet. Ce soir nous mangerons tous en compagnie du roi et de nos alliés : ce sera pour vous l’occasion de les rencontrer. En attendant nous n’avons qu’à continuer à aider à l’installation les nains. »

Tout le monde acquiesça et se remit au travail. Les gens présents, voyant que le Destructeur leur prêtait main forte, le regardèrent avec de grands yeux surpris, sans pour autant oser lui adresser la parole.

Durant tout l’après-midi, Glaide alterna entre parcourir le campement pour discuter avec diverses personnes et aider à l’installation de nouvelles tentes. Sans réelle surprise il constata qu’absolument tout le monde lui obéissait : la moindre de ses suggestions était perçue comme un ordre, et même les militaires gradés se taisaient en sa présence.

Bien entendu cette situation ne lui plaisait pas, mais il se consola en songeant qu’il était parvenu à garder son identité secrète suffisamment longtemps pour profiter de son séjour à la capitale. Et puis à ses yeux seuls importaient les moments passés avec ses amis : aider à l’organisation du camp n’était pour lui ni plus ni moins qu’un moyen de faire quelque chose en leur compagnie.

Il lui fallut pourtant les quitter une bonne heure avant le repas pour rejoindre la Tour de l’Aurore. Là il discuta longuement avec les nains et les elfes à propos du katana qu’il possédait et de ses prétendus pouvoirs, et lorsque l’heure du souper arriva, c’est avec plaisir que les dirigeants des deux races rencontrèrent Emily, bras droit du Destructeur, et le reste du groupe.





Chapitre 2

CELA faisait maintenant plusieurs minutes que le repas à proprement parler était terminé : les derniers plats avaient été débarrassés mais les convives restaient attablés et discutaient de choses et d’autres. Comme à leur habitude, Fendras, Renhaï et Jorek restaient discrets, en revanche les jeunes terriens ne se gênaient pas pour se renseigner sur leurs alliés et répondaient en retour volontiers aux questions concernant leur monde.

Alors que Glaide, silencieux, écoutait ces conversations, il eut soudain uns étrange sensation : ses pensées semblèrent s’envoler pour laisser place à un grand vide dans son esprit. Presque immédiatement il ressentit la nécessité de quitter ce lieu. Sur le coup il se refusa à bouger avant de connaître l’origine de son trouble, mais bien vite il lui apparut qu’en réalité Ayrokkan était en train de s’adresser à lui… Son message ne prenait pas la forme de mots dans sa tête, mais d’impressions, de sentiments. Et le dragon lui donnait rendez-vous sur la colline à l’est de la ville… immédiatement !

Sans perdre une seconde Glaide se leva et déclara :

« Je m’absente pour un moment, mais je pense être de retour sous peu. Ne vous dérangez pas pour moi et continuez vos discussions. »

Et avant que quiconque ne l’arrête ou ne lui pose la moindre question, il quitta la salle.

En quelques minutes il dévala les escaliers et déboucha dans la rue. L’appel était de plus en plus pressant : Ayrokkan approchait et il voulait rencontrer le jeune homme sans tarder…

Celui-ci hésita un moment entre prendre la direction de l’est ou sortir par la porte principale, moins encombrée. Finalement il opta pour cette solution et se dirigea au pas de course vers l’entrée sud de Shinozuka. A cette heure il n’y avait que quelques gardes qu’il dépassa en courant sans même savoir s’ils l’avaient reconnu ou non.

Il lui fallut ensuite rejoindre la colline, et pour ce faire contourner la cité. Ce ne fut pas une mince affaire à cause de la taille de la ville, mais il parvint finalement au pied de la butte. Sur sa gauche se trouvait la palissade, et lorsqu’il commença à grimper il ne douta pas un instant que les sentinelles l’avaient repéré, toutefois à cette distance, et avec la nuit noire, il douta qu’elles fussent capables de savoir qui il était. Il sourit en imaginait l’incrédulité se peindre sur le visage des soldats lorsqu’ils verraient s’approcher l’ombre d’un dragon !

L’adolescent parvint en haut de la colline, à bout de souffle. Il n’eut pas à attendre longtemps : avant même qu’il ne puisse calmer les battements de son cœur, Ayrokkan se posa à ses côtés, accompagné de sa traditionnelle bourrasque suivie d’un tremblement de terre et de divers éclats.

« Content de voir que tu vas bien, lança Glaide en guise de salut.

- Les nains vous ont finalement rejoints. Cela faisait plusieurs jours que nous les avions vu cheminer.

- Et tu ne m’as rien dit ?

- N’as-tu pas apprécié la surprise ? »

Et le dragon poussa un rugissement proche du rire.

« Je suis heureux de constater que tu sembles moins préoccupé que la dernière fois, déclara Glaide en souriant.

- La séparation est terminée : chacun a choisi son camp. Bien que je sache ce qui nous attend, j’ai désormais le cœur léger car les choix ont été faits. Ce ne sera certainement pas un plaisir de combattre mes semblables, mais au moins puis-je me concentrer sur la bataille à venir. »

Glaide acquiesça lentement.

« Nous sommes prêts, poursuivit Ayrokkan. Conformément à tes instructions nous surveillons les alentours de Shinozuka.

- Sais-tu ce qu’il est advenu des barbares ? Demanda aussitôt l’adolescent que le sort de Skelf inquiétait.

- Malheureusement non… Ils ne sont pas proches d’ici, mais veux-tu que je les cherche ? »

Glaide soupira mais hocha la tête, négatif.

« Inutile : nous devons nous focaliser sur le combat à venir… A ce propos : as-tu des informations ?

- Oui : l’armée de Baras est en marche. »

Glaide sentit un frisson le parcourir, sans trop savoir s’il s’agissait de peur ou d’excitation.

« Peux-tu m’en dire plus à ce sujet ?

- Maintenant que les nains vous ont rejoints, vous devez être à peu près aussi nombreux. Ces troupes sont une vision cauchemardesque… Elles s’étendent à perte de vue, masse noire grouillante détruisant tout sur son passage. Tous les monstres des Terres Connues sont réunis en un amas chaotique, mais malheureusement il y a énormément de trolls, et même des ogres… Je ne pensais pas que ces créatures se joindraient à Baras.

- Autrement dit nous sommes aussi nombreux, mais bien moins entraînés… »

A peine eut-il prononcé cette phrase que le jeune homme la trouva familière. Il ne lui fallut pas longtemps avant de se souvenir que c’était Drekhor lui-même, dirigeant de Rackk, qui l’avait prononcée peu avant la bataille… « C’était il y a près d’un an, songea l’adolescent. Une année entière s’est presque écoulée, et nous voilà revenus au même point : combattre les troupes de Baras, défendre une ville… »

Le jeune homme croisa le regard perçant du dragon et fut brutalement ramené à la réalité.

« De toute façon nous devrons faire front, déclara-t-il. Il est trop tard pour reculer et je crois que personne ne le souhaite. Pourtant je ne sais pas si c’est une bonne idée de révéler aux volontaires qu’ils devront affronter des trolls…

- Il vous faut l’aide des barbares, trancha Ayrokkan. Sans eux vous ne vaincrez jamais.

- Attend, nous avons tout de même les nains et les elfes avec nous ! Sans compter les Protecteurs et les Maggs qui nous ont rejoints !

- En face se trouvent des noruks et des satyres. »

Glaide haussa les épaules et afficha une nonchalance toute simulée :

« Il reste le Destructeur !

- Eux sont menés par un démon. »

Cette fois le sourire du jeune homme disparut immédiatement.

« Un… démon ? Répéta-t-il incrédule.

- Exact. Et, sans vouloir t’alarmer, dans la situation actuelle ce sera à toi de l’affronter. »

Glaide resta immobile, hagard.

« Je vais devoir… combattre un démon ? »

Ayrokkan hocha calmement la tête. Sur le coup le garçon éprouva l’envie de crier : il n’avait absolument pas prévu qu’il lui faudrait faire face à une telle créature… Les récits à leur propos, et le discours de Kezthrem lui-même, laissaient entendre qu’elles étaient incroyablement dangereuses : pourvues d’une force, d’une rapidité et d’une résistance hors du commun, elles étaient de plus équipées d’artefacts magiques décuplant leurs capacités.

« Mais je n’ai absolument aucune chance…, murmura Glaide atterré.

- Car tu crois vraiment que les paysans que tu as recrutés en ont une face aux orques ? »

Le jeune homme planta son regard dans les yeux jaunes du dragon sans être impressionné le moins du monde.

« Tu me reproches d’avoir mêlé ces gens à tout ça ? Demanda-t-il d’une voix où perçait la colère. Dois-je te rappeler qu’ils ont choisi leur destin par eux-mêmes ?

- Je ne te reproche rien, rétorqua le dragon calmement, mais tu dois prendre conscience que la guerre qui s’annonce ne sera pas facile, et rien n’est gagné d’avance. »

Le garçon se tut un moment et décida de faire abstraction du démon : cela ne servait à rien qu’il se mette à avoir peur maintenant. On avait encore besoin de son sang froid. Il serait bien assez tôt pour trembler lorsqu’il se retrouverait face à la créature…

« Combien de temps ? Finit-il par demander.

- Deux jours, trois tout au plus. Je te préviendrai lorsque nos ennemis seront à moins d’une journée de Shinozuka.

- Dans ce cas je suppose que fêter l’arrivée des nains n’est plus à l’ordre du jour… »

Les deux amis se turent et regardèrent en direction de la ville où brûlaient d’innombrables flambeaux. Il commençait à ce faire tard pourtant personne ne dormait : en réalité chacun devait être occupé à faire connaissance avec les membres des autres races. Après tout nombre d’humains n’avaient jamais vu de nains ou d’elfes, et réciproquement très probablement.

« Je dois prévenir le roi ce soir même, déclara finalement Glaide. Nous ne pourrons rien faire dans l’immédiat, mais demain à la première heure nous discuterons stratégie. Veux-tu te joindre à nous ?

- Je crois que j’aurais du mal à entrer dans la tour… », fit Ayrokkan non sans humour.

Toutefois il reprit vite son sérieux :

« Non, tu me diras ce que je dois savoir le moment venu. Nous autres dragons sommes très mobiles, et puisqu’il nous faudra affronter nos semblables nous n’avons pas vraiment besoin de stratégie : notre lutte se déroulera dans le ciel et la votre à terre. »

Glaide acquiesça.

« Entendu. En ce cas je retourne de ce pas voir le roi. Si tu veux que nous nous rencontrions à nouveau emploie le lien qui nous uni, comme tu l’as fait : cela fonctionne très bien !

- Je te retourne ce conseil. »

L’adolescent hocha la tête puis dévala la colline alors que, dans son dos, Ayrokkan prenait son envol.

Il décida d’éviter à nouveau la palissade et fut contraint de contourner la ville pour rejoindre la porte principale. Cette fois néanmoins les gardes ne le laissèrent pas entrer sans contrôle : un individu qui cherchait à s’introduire dans Shinozuka en pleine nuit avait tout de même quelque chose de suspect. Cependant il suffit que les torches brandies par les soldats illuminent le visage du jeune homme ainsi que le katana qu’il portait à sa ceinture pour qu’instantanément tout ce petit monde se mette au garde-à-vous.

Sans prendre le temps de leur adresser la parole, Glaide s’élança vers la Tour de l’Aurore.

A sa grande surprise il trouva tous les convives encore attablés ! Toutefois ils s’étaient rapprochés de la table et semblaient regarder avec intérêt un objet posé sur celle-ci. Un objet que Glaide ne voyait pas.

« Ah, te voilà ! Lança Jérémy lorsque son ami entra. Viens vite : nous discutions justement stratégie ! »

En s’approchant le jeune homme découvrit une carte représentant le futur champ de bataille : on avait schématisé la palissade ainsi que la colline et, placées sur le document, toutes sortes de pièces en bois représentaient les troupes alliées. Pour le moment tout ceci était totalement anarchique : on trouvait des troupes dispersées un peu partout et le plan de bataille ressemblait plutôt à un jeu de construction.

« Où étais-tu passé ? Interrogea Emily avec une pointe d’énervement. Pourquoi as-tu disparu si soudainement ?

- Je viens de discuter avec Ayrokkan. »

A ces mots les jeunes gens levèrent la tête dans un bel ensemble, tandis que les différents dirigeants se regardaient sans comprendre.

« Il s’agit du chef des dragons, précisa le jeune homme. Il venait m’avertir que ses pairs et lui-même étaient en place, comme je le leur avais demandé : ils surveillent la ville et ses alentours et nous préviendront lorsque l’armée de Baras sera à nos portes. Pour le moment, il a déclaré qu’elle était encore à deux ou trois jours de marche… »

Cette nouvelle fut accueillie par un silence pesant. Les visages prirent un aspect grave alors que chacun se plongeait dans ses pensées… Glaide laissa passer quelques secondes avant d’ajouter :

« Selon les dragons nous sommes aussi nombreux que nos adversaires, toutefois il y a parmi eux des monstres redoutables. »

Les visages se creusèrent encore un peu alors que les interlocuteurs du jeune homme accusaient l’information. Ce dernier préféra en rester là : il aurait encore le temps de parler du démon…

« Bien, commença soudain Rozak, au moins sommes-nous avertis. Il est déjà tard et nous sommes fatigués : il est inutile de se réunir maintenant. Néanmoins demain à la première heure je convoquerai tous les généraux.

- Je ferai de même avec les elfes, ajouta Falonel.

- Et moi avec les nains », conclut Gardock.

Le monarque acquiesça lentement, puis Vizc prit la parole :

« Nous devrons préparer le combat en deux temps : tout d’abord il nous faudra déterminer le rôle de tous les individus présents lors de la bataille : les civils, qu’ils soient hommes, femmes ou enfants, et les combattants, tels les Maggs et les Protecteurs, ou les soldats. Si nos ennemis sont mieux entraînés que nous, au moins pouvons nous compter sur le soutient de toute la population. Avec une bonne organisation nous augmentons considérablement nos chances de victoire.

- Dans un deuxième temps, enchaîna Feren, nous construirons notre tactique de bataille : il s’agira de placer nos troupes de la meilleure manière qui soit et de se mettre d’accord sur un plan d’attaque et de défense. La présence des généraux sera là aussi indispensable : ce sera à eux d’aller ensuite expliquer aux soldats ce que nous décidons. En outre leur expérience du combat est inestimable.

- Faut-il avertir la population ? » Demanda Gwenn.

Les avis furent partagés, mais finalement on décida simplement d’annoncer que la bataille prendrait place d’ici deux ou trois jours, sans pour autant préciser la nature des adversaires. Glaide songea qu’agir ainsi revenait en quelque sorte à mentir à tous ceux qui s’étaient portés volontaires pour le combat… Bien que cette idée lui déplût, il était vrai que désormais le nombre était crucial : perdre des guerriers reviendrait sans aucun doute à perdre la guerre. En outre ces gens s’étaient engagés, et dorénavant il leur fallait assumer leur choix jusqu'au bout…

Le rendez-vous fut donc fixé au lendemain matin. Sur ce, les adolescents prirent congé de leurs hôtes.

Sur le chemin de l’auberge, Glaide prit le temps d’écouter les conversations de ses amis : Renhaï était inquiète, c’était évident, et Fendras restait silencieux, plongé dans ses propres pensées. Quant à Jorek, il déclara qu’il lui était tout simplement impossible d’imaginer une gigantesque armée avancer en ce moment même en direction de la capitale. C’était d’ailleurs un peu le sentiment partagé par Gwenn et Emily : elles prenaient les choses avec détachement, comme si tout cela ne les concernait pas. Au fond de lui, Glaide espéra qu’il en resterait ainsi : au moins n’étaient-elles pas mortes de peur !

Jérémy était en revanche beaucoup plus taciturne :

« Les nouvelles t’inquiètent ? Lui demanda doucement son ami de manière à ne pas être entendu par le reste de la bande devant eux.

- Un peu oui… Je me souviens de ce que j’ai éprouvé lors du combat d’Endre, et cette fois je sais que ce sera bien pire. »

Glaide se rappelait que son compagnon, lors des mois qu’ils avaient passés chacun de leur côté, avait pris part à une bataille pour la ville d’Endre, et avait était effrayé par le nombre d’ennemis et le combat lui-même.

« Je m’imagine déjà face aux troupes de Baras, au milieu de milliers d’autres combattants. Cette bataille sera titanesque…

- Ne réfléchis pas trop à l’avance, conseilla Glaide. Il y a trop de facteurs inconnus pour prévoir quelque chose sur le long terme : tout ce que tu vas réussir à faire c’est t’effrayer ! Pour le moment nous devons nous concentrer sur la stratégie et la répartition des rôles : lorsque cela sera fait nous aurons une meilleure idée de la tournure que prendront les événements. »

Lui-même avait mis le démon de côté.

« Et puis s’inventer toutes sortes de scénarios catastrophes ne conduit à rien : mieux vaut attendre d’observer la vérité de nos yeux.

- Tu as raison, murmura le jeune homme. Et n’oublions pas que les elfes et les nains sont avec nous ! Sans compter Renhaï et Fendras ! »





Chapitre 3

ALORS que l’aube s’était à peine levée, les sept amis étaient déjà tous réunis dans la salle du trône, en compagnie des différents dirigeants, de leurs conseillers respectifs ainsi que de généraux de toutes les races. Ces soldats expérimentés seraient amenés à coordonner les différents régiments de l’armée, et leurs conseils étaient indispensables.

Pour la première fois depuis des années, un véritable conseil de guerre était réuni, et Rozak ne perdit pas de temps et entra directement dans le vif du sujet :

« La bataille aura lieu dans deux jours. »

Il y eut quelques murmures de surprise mais ceux qui n’étaient pas présents la veille se doutaient bien que leur souverain ne les avait pas convoqués pour rien, aussi se contentèrent-ils de hocher lentement la tête.

« D’ici quelques heures, poursuivit le roi, lorsque cette réunion sera terminée, j’enverrai des messagers à travers toute la ville pour avertir la population. Aujourd’hui nous devons décider de l’organisation de la cité pendant le combat : puisque ce sujet touche absolument tous les individus qui vivent à Shinozuka, les hérauts détailleront le rôle de chacun, en précisant la zone dans laquelle ils devront être au moment de l’affrontement, et ce qu’ils devront y faire. En revanche tous ceux qui seront sur le champ de bataille seront envoyés au camp d’entraînement : ce sera alors à vous, généraux, de leur expliquer ce que nous attendons d’eux. »

Les militaires inclinèrent la tête sans un mot.

« Bien, déclara Feren. Commençons par ce dont nous parlions hier. »

Glaide haussa un sourcil interrogateur mais visiblement tout le monde savait déjà de quoi il retournait.

« Tout sera prêt conformément à ce que nous avons planifié, affirma Gardock. Mes hommes sont déjà sur le chantier et ils savent que le temps nous manque. Ce ne sera pas un travail exceptionnel, mais ce sera solide.

- Excusez-moi, intervint Glaide complètement perdu, mais de quoi parlez-vous ?

- Ah ! C’est vrai que tu n’étais pas avec nous hier soir lorsque nous avons mis au point cette idée ! S’exclama Feren.

- C’est très simple, poursuivit posément Vizc. Nous avons demandé aux nains s’il leur semblait possible de bâtir une extension de la muraille à l’arrière de la ville, en direction des montagnes. Nous comptons abriter là-bas tous ceux qui ne prendront pas part au combat. »

Le jeune homme fut surpris par cette déclaration.

« Mais je croyais que tout le monde se rendrait utile… Nous n’avons pas besoin que de guerriers !

- Quelle que soit la tâche, certaines personnes ne peuvent l’exécuter. Cette construction abritera les vieillards, les femmes enceintes ainsi que les enfants en bas âge. »

L’homme qui avait parlé, un militaire humain visiblement âgé, semblait stupéfait que le Destructeur n’ait pas compris par lui-même l’utilité de cette construction… Après tout il était supposé être un combattant. Toutefois on ne s’attarda pas sur l’événement : le principal était que tous ceux qui ne pouvaient participer au conflit, de manière directe ou indirecte, avaient désormais une zone attitrée.

« Tous les soldats et les volontaires prêts à se battre, qu’ils soient mages ou guerriers, seront sur le champ de bataille, déclara Falonel. Nous discuterons d’une tactique pour le combat demain. En revanche il nous faut déterminer quel rôle donner aux Maggs et aux Protecteurs.

- Je pense que tous les disciples de l’Iretane devraient être directement au cœur du conflit, annonça aussitôt Emily. Grâce à la Lame de Lumière nous pouvons faire d’énormes ravages dans les rangs adverses.

- C’est juste, approuva Glaide. Tous ceux qui connaissent l’Iretane doivent se focaliser sur l’attaque. »

Personne ne trouva rien à redire à cette idée. En revanche le rôle des autres Maggs fut plus difficile à définir :

« Leurs pouvoirs de soin sont un atout essentiel, observa l’un des généraux. Il nous faut impérativement exploiter ce don.

- Mais nous pouvons aussi créer des protections, précisa Gwenn. Or si nous restons derrière elles seront inutiles. »

Il y eut un long débat pour tenter de déterminer qu’elle place donner aux magiciennes blanches : après tout elles étaient sans aucun doute l’une des pièces maîtresses de l’affrontement à venir…

Finalement il fut décidé qu’en plus des Maggs des disciples de l’Iretane, celles qui accompagnaient les Protecteurs dont les styles de combat étaient les plus efficaces rejoindraient le champ de bataille. Il appartiendrait aux généraux présents de déterminer quelles écoles privilégier.

Les magiciennes restantes seraient quant à elle placées à l’intérieur des palissades.

Naturellement cette conclusion amena une réflexion sur les blessés : comment les soigner ?

« La magie blanche n’est pas illimitée, observa Vizc. Nous ne devons pas la gaspiller : même si les Maggs à nous avoir rejoints sont nombreuses, elles ne doivent utiliser leur pouvoir qu’en dernier recours.

- En ce cas peut-être pourrions-nous employer les gens qui ne combattent pas et qui ne seront pas à l’abri à l’arrière de la ville ? Proposa Renhaï.

- Autrement dit les femmes, les vieillards encore valides et solides, ainsi que les enfants un peu âgés, précisa un général nain.

- Exactement. Ces personnes pourraient assister les guérisseurs de métier qui seraient alors chargés des blessures légères, tandis que les Maggs ne s’occuperaient que des graves. Ainsi économiseraient-elles leur pouvoir pour les cas de force majeure. »

Tout le monde hocha la tête, puis Falonel ajouta :

« Avec la configuration actuelle de la ville, la palissade pourrait abriter les blessés graves, tandis que les autres se rendraient jusqu’à l’intérieur de la cité.

- Oui…, murmura Jérémy. Nous épargnerions ainsi des déplacements longs aux combattants sérieusement touchés tout en conservant de l’espace à l’intérieur de la palissade. »

Les individus présents se sentaient gagnés par l’excitation alors que leur plan prenait forme, petit à petit. Fendras, silencieux jusque-là, suggéra :

« Lorsque les soldats seront guéris, le mieux serait de les rassembler par régiments qui rejoindront par vagues le champ de bataille. Ainsi, au lieu d’ouvrir sans cesse la porte de la palissade, nous ne le ferons qu’à des moments bien précis. Et dans le cas où certains ne pourraient pas immédiatement reprendre le combat, rien ne les empêcherait de se reposer un moment.

- Quant aux Protecteurs des Maggs chargées des soins, ils pourraient aller chercher puis ramener les blessés depuis le champ de bataille jusqu’au camp d’entraînement », conclut Jorek.

Toutes ces idées furent adoptées à l’unanimité : on décida donc de répartir les blessés en deux catégories, l’une confiée aux bons soins des Maggs, l’autre aux guérisseurs. Lorsqu’un nombre suffisant de combattant serait à nouveau prêt pour l’affrontement, ils se réuniraient devant la porte de la palissade pour rejoindre le champ de bataille par vagues.

« Maintenant que nous avons réglé la question des blessés ainsi que celle des personnes qui ne se battraient pas, parlons un peu des soldats, poursuivit Rozak. De quoi notre armée est-elle composée si nous ne tenons pas compte des races ?

- Nous avons des mages, des guerriers au corps à corps, des archers, des Protecteurs et des Maggs, répondit aussitôt un général. Le rôle de nos soldats à pied ou à cheval sera simple dans la mesure où ils affronteront directement l’adversaire. Toutefois l’utilisation d’arcs me semble peu avisée vu le combat qui nous attend : les flèches ne seront utiles que lors de la charge initiale, car elles risqueraient de blesser des alliés par la suite.

- Sans compter qu’il est impossible de toucher des cibles situées sur la colline : elles seront trop éloignées, marmonna Feren. Mieux vaut donc limiter le nombre d’archers. Nous les placerons directement sur la palissade.

- Pour ce qui est des magiciennes blanches, intervint Glaide, il me semble que celles qui seront au cœur du conflit devraient se focaliser sur la création de protections pour les troupes autour d’elles. Leurs Protecteurs veilleront sur elles. En revanche mon idée diffère pour l’Iretane : ses disciples devraient au contraire se lancer dans la mêlée, assistés par leur Magg. »

Emily approuva cette idée en ajoutant qu’il y avait suffisamment de magiciennes pour remplir ces deux rôles.

« Mais qu’en sera-t-il de la cité ? Questionna un général elfe. Ne serait-il pas avisé de charger quelques unes de ces Maggs de l’envelopper de leur protection ?

- Non, répondit Falonel. Elles auront déjà fort à faire. Les mages elfes s’occuperont de la défense de la ville. Même depuis la muraille de Shinozuka, derrière la palissade, nous pourrons attaquer les elfes noirs sur la colline et contrer leurs sorts.

- Ce seront donc les mages humains, apprentis ou confirmés, qui combattront dans la plaine, déduisit Vizc.

- Nous pourrons ainsi insuffler de la magie dans les armes de nos alliés ! » S’enthousiasma Jorek.

La discussion se poursuivit ainsi pendant encore une bonne heure. Les idées fusaient ça et là, et l’on discutait de chacune d’elles pour déterminer ce qu’il convenait de faire. L’assemblée prit le temps de définir de manière précise le rôle de chaque participant au combat, sans toutefois élaborer une tactique pour la bataille à proprement parler.

Juste avant que cette réunion ne prenne fin, Glaide tint à exposer une idée qu’il avait mûrement réfléchie :

« Serait-il possible que l’on me fournisse des éorens de lumière pour le jour du combat ? Je sais que la sphère principale, conservée avec le Livre du Crépuscule Infini, n’a jamais été exploitée, même par le premier Destructeur, toutefois il me semble que la bataille à venir serait l’occasion de voir ce que cet artefact peut faire. »

Cette demande fut accueillie avec une réelle surprise de la part des elfes et nains, qui ne semblaient pas savoir qu’il existait encore ce type d’éoren, et par le roi qui n’avait même pas songé que ce trésor pouvait finalement être utile.

Alors que tout le monde se mettait à discuter de la question, Emily glissa à l’oreille de son Protecteur :

« Tu prends des risques : ton katana est une arme mal connue, et l’éoren de lumière tout simplement un mystère !

- Je sais, mais les paroles de mon maître me suffisent : avec cet objet, mon sabre et toi, je pense que je pourrai expérimenter la véritable puissance du Destructeur… »

La jeune fille hocha la tête sans rien ajouter : à la vérité elle aussi était curieuse de voir ce que produirait ce mélange…

Finalement Rozak déclara que, cet après-midi même, il demanderait au tailleur d’éoren le plus réputé de la ville de créer quelques sphères utilisables en combat à partir de l’objet de base.

La réunion prit fin peu avant midi et Rozak annonça qu’il allait de ce pas ordonner à des hérauts de se rendre aux quatre coins de la ville pour annoncer à tous les décisions prises. Il fut convenu d’un nouveau rendez-vous le lendemain matin, pour discuter cette fois de la tactique de combat.

Les sept jeunes gens rejoignirent leur auberge, épuisés mais heureux : l’organisation dont faisaient preuve les dirigeants de l’armée chargée d’affronter Baras était rassurante. La bataille ne semblait plus si effrayante, lorsque l’on savait qu’absolument tout le monde serait là pour soutenir les combattants et leur apporter leur aide. « Mais tout de même, songea Glaide, je ne pense pas que je serai vraiment rassuré lorsque je ferai face aux troupes ennemies… »

Le groupe profita d’un excellent repas à l’auberge du "Ménestrel Enchanteur", durant lequel Ydref, Tyv, Paeh et Arline les rejoignirent. Toutefois, au grand dam des adolescents, ils ne s’attardèrent pas et ne partagèrent pas le menu :

« Vous êtes certainement déjà au courant, expliqua Arline, mais le roi a annoncé que la bataille aurait lieu après demain.

- Tous les habitants de Shinozuka doivent rejoindre au plus vite l’un des hérauts parcourant la ville pour apprendre quel rôle leur a été assigné », ajouta Paeh.

Les jeunes gens se regardèrent non sans un sourire, et pendant un instant Glaide fut même tenté d’expliquer à ses amis quel serait ce fameux rôle. Mais il n’en fit rien, préférant les laisser se mêler à la foule et découvrir par eux-mêmes ce qui avait été prévu.

« Si je ne suis pas satisfait je reviendrai m’occuper de vous ! » Lança Tyv en riant avant de quitter l’auberge en compagnie des deux Maggs et du Protecteur.

« Je suis curieux de savoir ce qu’ils vont penser de nos idées », lança Jérémy lorsqu’ils furent partis.

Puisque personne n’avait quoi que ce soit de prévu l’après-midi, la troupe décida d’un commun accord de se rendre aux écuries. Au fil des nombreuses leçons d’équitation qu’avaient suivies les jeunes gens ces derniers jours, ils s’étaient petit à petit rapprochés chacun d’un cheval en particulier. Celui de Glaide était un alezan vif mais obéissant. Bien que le cœur du jeune homme fût toujours attaché à l’animal qu’il avait monté en rentrant d’Ojilon, en compagnie de son maître, il s’entendait bien avec cette bête.

A cette heure les écuries étaient parfaitement vides : l’annonce de la bataille retentissait dans toute la ville et tout le monde se pressait pour savoir quel rôle avait été assigné à chacun. Cela dit les adolescents n’eurent aucun mal à seller leurs montures, s’impressionnant eux-mêmes des connaissances qu’ils avaient acquises ! Jorek, Fendras et Renhaï choisirent à leur tour un cheval et l’équipèrent, puis tout le monde rejoignit l’extérieur de la ville.

Pendant près d’une heure, les jeunes gens galopèrent par monts et par vaux pour le simple plaisir. Ils longèrent la muraille de Shinozuka, se rendirent jusqu’à la colline, la dépassèrent avant de revenir sur leurs pas pour rejoindre la Route de l’Espoir qu’ils suivirent un moment avant de s’en écarter pour traverser les plaines alentour. Leur promenade était des plus anarchiques, et il n’était pas rare que l’un des membres s’éloigne du groupe pour aller où bon lui semblait.

Cette liberté soulagea tout le monde, que la discussion du matin et l’agitation de la ville avaient rendu nerveux. En outre, Emily, Gwenn, Jérémy et Glaide furent confortés dans leur idée qu’ils avaient désormais suffisamment de connaissances pour employer des montures durant la bataille, bien qu’aucun d’entre eux ne comptât se battre à cheval.

Alors que les sept compagnons se rejoignaient et se mettaient au pas, Glaide proposa :

« Et si nous allions voir à quoi ressemble la construction des nains ? »

Cette suggestion fut accueillie par l’enthousiasme général, et l’on se dirigea vers l’arrière de la capitale, en direction des montagnes.

Sur le coup les adolescents furent impressionnés par le travail accompli en si peu de temps : d’imposantes murailles de pierre étaient déjà dressées. Elles partaient des murs de Shinozuka pour se coller au pied de la montagne. Bien que leur hauteur ne soit encore que de la moitié de celle de la ville, et leur qualité moindre comme en témoignaient la roche inégale et la couleur grisâtre, cette construction restait un exploit.

« D’ici quelques années on composera des chansons qui raconteront comment ont été dressées les Murailles de l’Espoir en seulement deux jours ! Lança Jorek.

- Les "Murailles de l’Espoir" ? Fit Fendras sceptique. J’espère qu’ils auront un peu plus d’imagination… »

Et la troupe éclata de rire tout en reprenant la direction des écuries.





Chapitre 4

GLAIDE se réveilla avant même que le soleil ne soit apparu. Sur le coup il ne comprit pas d’où lui venait cette soudaine insomnie, puis petit à petit il lui sembla que quelqu’un lui demandait de quitter l’auberge. Il ne fut pas long à reconnaître le moyen de communication caractéristique d’Ayrokkan !

Pestant contre ce compagnon qui le dérangeait avant même l’aurore, il s’habilla néanmoins, sans déranger ses amis, et rejoignit la salle commune parfaitement vide et silencieuse. Pendant un instant il savoura cette quiétude, puis il sortit.

Le ciel était déjà clair : le soleil ne tarderait plus. Pourtant on discernait encore quelques étoiles, en partie cachées par les nuages.

Le jeune homme décida à nouveau d’emprunter la porte principale pour sortir, et éviter ainsi de se faire remarquer. Il croisa la route de quelques promeneurs solitaires et insomniaques mais ne leur laissa pas le temps de le saluer : alors qu’ils s’inclinaient il était déjà loin.

Sur le chemin il trouva une échoppe qui avait tout de la boulangerie, et à cette heure la délicieuse odeur du pain cuit lui chatouilla les narines. Incapable de résister il alla s’acheter une bonne baguette. Le commerçant voulut la lui offrir, mais Glaide refusa. Comme l’homme insistait, il prit la nourriture et lui laissa une poignée de dras avant de s’en aller.

Les gardes devant la porte se mirent au garde-à-vous dès qu’ils aperçurent le jeune homme. Celui-ci les salua de la main et sortit.

En quelques minutes il contourna la ville, prenant plaisir à humer les odeurs matinales, à profiter de la brise fraîche et, surtout, à déguster son pain ! Puis il rejoignit la colline qu’il escalada avec agilité. Au sommet il tomba nez-à-nez avec Ayrokkan, confortablement installé, le regard tourné vers l’est.

« Tu ne t’es pas fait remarquer ? S’étonna Glaide.

- Je pense que les sentinelles placées sur la palissade m’ont vu, mais peut-être ont-elles reçues des ordres. A moins qu’elles ne voient pas l’intérêt de s’approcher tant que je ne me montre pas belliqueux. »

Le dragon bougea sa gueule pour former ce qui s’apparentait à un sourire.

« As-tu mentionné notre alliance ? Reprit-il.

- Uniquement auprès des dirigeants de chaque race : je préfère que la population l’ignore.

- Mmm… Cela va leur faire un choc lorsqu’ils nous verront.

- Je pense pouvoir jouer sur le fait que, dans le feu de l’action, les soldats n’auront pas le temps de se poser trop de questions : en vous voyant arriver peut-être seront-ils effrayés sur le coup, mais bien vite ils comprendront que nous sommes ensemble et alors, au lieu de chercher le pourquoi du comment, ils seront simplement grisés par ces alliés hors du commun ! »

Ayrokkan ne répondit pas mais inclina doucement son long cou.

« Je suis venu t’apporter les dernières nouvelles », finit-il par déclarer.

Glaide, resté debout jusque-là, s’assit aux côtés de son compagnon, directement à même le sol.

« Je t’écoute.

- L’armée adverse a énormément progressé : ils seront là demain. Etes-vous prêts ?

- Nous avons agi dans l’urgence, et aujourd’hui nous devons discuter de la stratégie pour le combat. Hier la population a été mise au courant de la répartition des tâches que nous avions choisie, et si tout se poursuit selon les plans nous serons parés le moment venu.

- Voilà une bonne nouvelle. Qu’as-tu prévu pour nous ? »

A la vérité les dragons n’avaient même pas été mentionnés lors de la réunion : leur aide était certes précieuse, mais chacun savait qu’ils seraient trop occupés à combattre leurs semblables pour devenir des unités stratégiques. Toutefois Ayrokkan modifia légèrement cette situation en déclarant :

« Les dragons qui te sont dévoués sont tous proches de la ville tandis que ceux qui suivent Baras sont dispersés aux quatre coins des Terres Connues. Pendant un bref instant, lorsque le combat débutera, nous devrions pouvoir vous aider à combattre au sol, avant de commencer l’affrontement aérien.

- Excellent ! » S’enthousiasma Glaide.

Il prit ensuite le temps de réfléchir pour exploiter au mieux cet avantage et, ne trouvant pas d’idée géniale, décida un peu par dépit de garder dans un premier temps les dragons cachés :

« Vous irez vous installer derrière les montagnes de Shinozuka, de manière à ce que nul ne vous voit. Nos ennemis ne savent pas où vous êtes actuellement, et lorsqu’ils arriveront je veux qu’ils nous croient seuls. Au moment où je jugerai la situation adéquate, je t’enverrai un appel pour que toi et tes semblables nous rejoigniez : si je me débrouille bien vous causerez de gros dommages parmi nos adversaires tout en remontant le moral de nos troupes !

- Alors qu’il en soit ainsi. »

C’est l’instant que choisit le soleil pour apparaître à l’horizon. Les deux compagnons se turent et laissèrent leur regard se perdre parmi les rayons naissants.

La lumière douce, les couleurs pastelles et les ombres démesurées qui rétrécissaient petit à petit étaient un spectacle dont Glaide ne se lassait décidément pas. Contrairement au crépuscule qui ne durait que peu de temps dans la mesure où l’astre du jour disparaissait bien vite derrière les montagnes à l’ouest de la cité, l’aube paraissait éternelle… Il n’y avait rien pour raccourcir sa durée, simplement des plaines avides de se gorger de soleil.

Tout était calme, paisible. Cette sérénité contrastait étrangement avec l’agitation frénétique et permanente de Shinozuka ces derniers temps. « Peut-être est-ce le dernier levé de soleil qu’il m’est donné de voir ? Songea Glaide avec un frisson. Et sinon, qui peut dire dans combien de temps je pourrai à nouveau m’installer confortablement au sommet d’une colline pour profiter simplement de ce spectacle, sans rien pour m’encombrer l’esprit ? »

A contrecœur, le jeune homme fut bientôt forcé de dire au revoir à son ami car la réunion était sur le point de débuter.

Il rejoignit la ville encore endormie en passant par l’entrée principale et ne fut pas long à trouver le chemin de la Tour de l’Aurore. Sur la route il rencontra ses amis et leur résuma brièvement son entretient avec le dragon, puis tous ensemble ils pénétrèrent dans la tour.

« Conseil de guerre deuxième partie, murmura Fendras avant que le groupe n’entre dans la salle du trône où se trouvaient déjà dirigeants et généraux de toutes races.

- Bienvenu ! S’exclama Rozak. Maintenant que nous sommes au complet nous pouvons commencer ! »

Cet entrain finit de réveiller les jeunes gens, qui ne furent pas longs à se remettre dans l’ambiance particulière de la préparation du combat.

Glaide confirma que la bataille aurait lieu le lendemain, puis demanda comment se présentaient les préparatifs et quelles étaient les réactions de la foule.

« Les gens nous ont écoutés avec attention, rapporta l’un des militaires. Certains ont demandé à changer de poste par rapport à ce que nous avions prévu, mais nous avons traité chaque cas séparément et tout est réglé. Toutefois les hérauts continueront de parcourir la ville aujourd’hui encore pour répondre aux questions et diffuser l’information.


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