Excerpt for L'Âge Immortel by Henri Debidour, available in its entirety at Smashwords











L’ÂGE IMMORTEL




Un Roman de

Henri Debidour




SMASHWORDS EDITION

ISBN: 978-1-4523-3643-5


* * * * *


L’Âge Immortel

Copyright © 2010 by Henri Debidour





















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1

(Été 1972)



Bien avant l’Amérique, il y en a eu le rêve.

J’avais cinq ans. Il m’en restait deux d’innocence. Deux années dans le Moulin de mon père, mon royaume. Là-bas, tout le monde m’aimait. Et même quand je n’en pouvais plus d’être aimé et que je fermais les yeux pour dormir, ils restaient là sagement à attendre mon réveil. J’étais le charmeur de serpent. J’étais Merlin l’enchanteur embrassant ma douzaine d’arbres qui s’alignaient au bord de la rivière, dressés vers l’infini. L’un d’eux était mon ami. C’était le plus grand, un peuplier géant. Un arbre si gros disait mon père, qu’il avait déjà plus de mille ans.

Un matin alors que le soleil se dessinait derrière son corps gargantuesque, je vis que ses branches avaient poussé jusqu’au ciel pour mieux me faire signe. Je le saluais. La masse lourde de son tronc luisait, couverte de rosée. L’arbre s’était penché sur les flots pour me parler. Je collai mon oreille contre son écorce et il me mit en garde contre les hordes d’oiseaux qui lui rendaient visite. Je levai la tête et vis un gros corbeau qui venait de se poser sur unes de ses branches. L’animal me toisait d’un air menaçant.

  • Aide-nous avant qu’ils nous attaquent ! fit-il en faisant trembler ses milliers de feuilles.

Pétrifié, je fixais le monstre perché. Ses yeux s’agrandissaient de seconde en seconde. Ils étaient ronds et noirs comme des balles de canon prêtes à jaillir de son plumage. Je lâchai le gros tronc et courus à toutes jambes me réfugier dans la maison.

C’est à partir de ce jour que je commençais à épier les rassemblements de corbeaux. Je découvris bien vite qu’ils ne parlaient que d’une seule chose : la grande attaque contre le royaume des arbres. Afin d’en savoir plus, je chaussai mes bottes de pêche et partis battre la campagne pour surprendre d’autres réunions d’oiseaux. Tous les piaillements que j’entendis semblaient participer à la terrible conspiration. Je guettai même ceux pour qui ma mère égrenait chaque matin des miettes de pain sur le balcon. Fomentaient-ils eux aussi une prise de pouvoir ? Je devais en avoir le cœur net.

J’allai jusqu’à la rivière à la recherche du couple d’alouettes amoureuses qui s’y baignait d’habitude. Je les trouvai perchées sur un poteau électrique et leur posai la grande question. L’attaque était-elle imminente ? Nerveuses, elles sautillèrent de fil en fil, feignant d’ignorer ma présence, et s’envolèrent subitement.

Le peuplier avait donc raison. En chef responsable, il me fallait agir.

Je retournai dans ma chambre, pliai mon pyjama dans la valise orange que mes parents m’avaient offerte pour Noël. J’y ajoutai la réserve de bonbons au caramel gagnés à la sueur de mon front : mon père m’en donnait un chaque fois que j’allais me coucher tout seul comme un grand. Je me rendis ensuite discrètement dans son bureau. Malgré l’obscurité, je trouvai facilement la clé du placard qui était cachée sous l’épaisse pile de fiches médicales. Je fis pivoter la table d’examen à roulettes en évitant soigneusement de la faire grincer et glissai la clé dans le trou de la serrure. Je dus m’y prendre à deux mains pour ouvrir la porte. Je tremblais. Si mon père était arrivé à ce moment-là, ç’aurait été une catastrophe. Mais je n’avais pas d’autre choix. Il me fallait aller jusqu’au fond du placard pour y trouver ce dont j’avais tant besoin pour sauver mes arbres : le casque d’aviateur de grand-père, ses lunettes de vol et sa boussole. Un Monsieur nommé Lindbergh, qui avait traversé l’Atlantique par les airs, les lui avait donnés m’avait expliqué mon père en me les montrant.

  • C’est quoi l’Atlantique? 

  • Un océan. 

  • Et après ? 

  • Après c’est L’Amérique. 

  • Et c’est quoi l’Amérique ? 

  • L’Amérique c’est le pays des héros, murmura mon père dans un demi-sourire, au moment où un de ses malades entrait dans son bureau en toussant.

Je saisis les lunettes en le suppliant de me les prêter. Embarrassé devant mon insistance, il me les reprit en riant .

  • Le jour où tu voleras tu pourras les prendre, ajouta-t-il en me fermant la porte au nez.


Avant de partir, j’écrivis en grosses lettres bien dessinées sur son carnet d’ordonnances :

« Cher Papa, chère Maman, mes arbres et moi allons en Amérique. Je vous embrasse très fort. Albert »

Dehors, le soleil brillait haut et fort dans le ciel. Je passai devant le jardin de roses de mon père, le seul endroit du royaume où je n’avais pas le droit d’aller. Agrippé à ma valise, je les saluai et les fleurs penchèrent respectueusement la tête à mon passage. Puis je traversai le pont de pierre qui menait vers la Peupleraie. Je passai en revue chaque arbre et marchai jusqu’à mon fidèle ami. Lui on ne pouvait pas le rater, c’était le plus fort de tous. Je me plantai à ses pieds, croisai les bras fièrement sur ma poitrine et criai à mon Monde :

-  C’est votre Roi qui parle ! Je suis venu pour vous sauver ! 

J’attachai la valise sur mon dos à l’aide de quelques tendeurs, et grimpai sur la première branche qui s’offrit à moi. J’escaladai le corps de l’arbre géant, me hissant aussi haut que possible. Quand je m’arrêtai, je sus que j’étais arrivé au bout de l’univers car le Moulin, la rivière et mon royaume entier tenaient dans la paume de ma main. Je pouvais embrasser du regard tous les autres peupliers qui se dressaient vers moi comme une armée de bons petits soldats prêts à m’obéir.

  • Garde à vous ! criai-je

Le vent cessa subitement et les arbres se turent, attendant mes ordres. On n’entendait plus une feuille bruisser. J’enfilai le bonnet de cuir et les lunettes d’aviateur et les attachai le mieux possible sur ma petite tête. Devant moi s’étalait le champ de bataille, jusqu’au-delà du mur qui séparait la propriété de la route. Et derrière cette grande muraille, il y avait des enfants comme moi assis çà et là dans une vaste cour de ciment.

Mon père m’avait dit que c’était une « école spéciale ».

  • C’est quoi, une école spéciale ? 

  • Une pension pour des petits garçons qui n’ont pas ta chance. 

D’ici, on aurait dit des taches sombres. S’agissait-il de corbeaux ? Etait-ce leur quartier général ? Tout d’un coup la menace devint limpide

  • Ils viennent de l’autre monde ! criai-je à mes arbres.

Je formais un télescope à l’aide de mes mains pour mieux suivre leur mouvement, mais les enfants restaient désespérément immobiles. Une sonnerie retentit dans le lointain. Ils se levèrent alors tous en même temps pour former une longue file. Rien ne dépassait. Un parfait bataillon.

- Ils vont se transformer en oiseaux !   lançai-je à mes troupes.

Mais au lieu de s’envoler pour nous attaquer, les écoliers disparurent à la queue leu-leu, lentement happés à l’intérieur d’une longue baraque au toit de tôle ondulée.

  • Albert ! 

  • Maman ?

Je regardai vers le sol. Ma mère était devenue toute petite. Comment faisait-elle pour être aussi minuscule ? Je pris sa silhouette en sandwich entre mon pouce et mon index et satisfait, caressai sa tête du bout de mon doigt. Cette fois j’étais vraiment le roi car elle aussi m’appartenait. Un souffle d’air me caressa le dos. Le vent se levait de nouveau. Plus haut, les nuages m’appelaient annonçant le signal du grand départ. Les bras en éventail, je m’avançai en équilibre sur la mince branche, prêt à m’élancer : trois pieds, deux pieds, un pied…

  • Mon chéri, veux-tu descendre s’il te plaît ?

La voix de ma mère s’était faite toute douce.  

  • Je… J’ai fait une Marquise au chocolat. Je suis sûre que tu en veux un peu avant de… T’envoler ? 

Mon goûter favori. Je sentis la sauce au chocolat tiède me dégoulinant dans la bouche. Je ne pouvais pas partir en Amérique sans dire adieu à la Marquise. Basculant à califourchon sur la branche, j’ôtai mon casque et mes lunettes et les jetai au sol. Soudain la haute silhouette de mon père sortit des buissons. Il ramassa le bonnet et disparut à nouveau dans la verdure. Je pouvais voir la tache blanche de sa blouse entre les branches vertes. Pourquoi se cachait-il ? Voulait-il aussi me faire une surprise ?

  • Je vais manger du chocolat et je reviens, dis-je à mes arbres.

Branche après branche, je me laissais glisser lentement en prenant le temps de mesurer ma mère entre mes doigts à chaque instant. Elle grandissait à nouveau, et bientôt je dus m’y prendre à deux mains.

Une fois arrivé à quelques mètres du sol, j’hésitai à rejoindre la terre ferme. Mon monde d’en haut me manquait déjà, mais la vision du beau sourire de ma mère agit sur moi comme un aimant.

  • Attention tu es trop haut pour sauter, fit-elle, en me regardant d’un drôle d’air.

Confiant, je me laissai tomber de ma branche. Aussitôt un poids s’abattit sur mon crâne. Je crus un instant être tombé sur la tête. Mais quand je reçus un deuxième coup derrière la nuque, je compris que quelqu’un était en train de me frapper.

  • André, arrête! criait ma mère.

Mon père me surplombait de toute sa hauteur. Ses grandes mains me giflaient encore et encore. À bout de souffle, il finit par s’arrêter.

  • Petit misérable! cracha-t-il, alors que ma tête enflée par les baffes cuisait de douleur et d’incompréhension.

Le vent s’enfuit, effrayé par son visage rouge de colère.

Un épais silence s’abattit sur mon royaume.

Je ne savais pas que j’allais repenser à ce moment pendant des années chaque fois que je me cacherais dans les toilettes.

Je la revivrais encore et encore cette belle journée où j’aurais dû m’envoler de ma branche pour rejoindre l’Amérique.



2



Le Moulin ne ressemblait à aucun autre endroit. Isolé et silencieux, on y entendait que le bruit de l’eau qui parcourait le domaine, divisant la rivière en dizaines de petites artères. La maison avait une forme de serpent à laquelle mon père rajoutait régulièrement des nouvelles parties, comme dans un jeu de lego. Pour satisfaire ses rêves de château, il fit construire une tour à une extrémité, et ajouta plus tard une aile supplémentaire. À la fin, la grande bâtisse semblait être sorti des plans d’un architecte fou. L’intérieur se présentait de la même manière. C’était une enfilade de chambres, de salles de bains et de pièces pleines de coins et de recoins. Le tout était étrange, étroit et tourmenté, à l’image de l’esprit de mon père.


Je courais à toutes jambes, les oreilles bourdonnantes. Il m’avait tellement frappé que j’avais du mal à entendre. Le vent s’en était-il allé pour de bon ? Les corbeaux allaient-ils gagner ? J’entrai par la partie inférieure de la tour, là où se trouvait la buanderie, et je m’arrêtai net, paralysé par le bruit tonitruant de la machine à laver. Si elle était en route c’est que le monstre était revenu l’habiter. Je passais devant elle, plaqué contre le mur sans la quitter des yeux. Son gros corps blanc tremblait avec fureur, en plein essorage, prêt à éclater. Sauvé in extremis par les petits escaliers de guingois, j’escaladai les marches qui menaient vers la cuisine. J’espérais encore y trouver la Marquise que ma mère m’avait promise. Mais un terrifiant rôti d’agneau l’avait remplacé. La viande rougeâtre crépitait au milieu d’un lac de graisse bouillonnante et semblait elle aussi prête à exploser. Je me réfugiai derrière les doubles portes installées là pour éviter les courants d’air, puis me glissai dans le vaste salon. Le silence me rassura un instant jusqu’au moment où je levai les yeux vers la collection de porcelaines japonaises suspendues au mur. Alignées les unes à côté des autres, les assiettes multicolores étaient comme autant d’yeux de cyclopes qui me surveillaient. Pour arriver à fuir leur regard méprisant, je dus me faufiler jusque dans la salle d’attente.

C’est là que mon père recevait ses patients. Un lieu obscur rempli de créatures d’un autre temps. Il y avait rassemblé une collection offerte par un de ses clients, un explorateur des mers glacées. Deux gigantesques vertèbres de mammouth montaient la garde, de part et d’autre de l’entrée de la pièce. Comme je n’avais pas d’autre choix que de passer devant ces énormes os recouverts de minuscules mollusques millénaires, je décidai de traverser la salle dans le noir pour mieux les ignorer. Je me dirigeai sur la pointe des pieds vers la porte opposée, en faisant bien attention de ne pas respirer pour éviter de les réveiller. Je fis confiance à mon sens de l’orientation, mais je manquais la sortie de quelques centimètres. Juste à côté de la porte se trouvait un vieux coffre-fort sur lequel mon père avait disposé les restes d’un maxillaire de Tyrannosaure. Le jour ou son client était venu les lui offrir, il m’avait pris dans ses bras pour me montrer l’immense mâchoire.

  • Celui-là ne ferait qu’une seule bouchée d’Albert, avait-il dit en riant.

Je n’avais pas trouvé ça drôle du tout. Depuis, cet objet me causait la plus grande frayeur chaque fois que je le voyais.

À tâtons, je cherchai la poignée de la porte. Ma main moite se posa alors sur une des neuf molaires aussi grosse que mon crâne. Dans un geste de panique, je tournai l’interrupteur. Me trouvant face à l’énorme tête, je quittai la pièce en réprimant un cri.

J’arrivai enfin dans le couloir qui menait à ma chambre et m’y enfermai.

Celle de mon père était juste en face de la mienne.

Sa porte restait toujours verrouillée et personne n’était autorisé à y entrer.

Bien des années plus tard, après qu’il ait été obligé d’abandonner sa profession à cause du gâtisme qui le rongeait, ma mère m’expliqua que, depuis sa « retraite », mon père refusait de voir qui que ce soit. Il passait son temps à dormir devant la télé et ne vivait plus que la nuit, errant, comme une vieille taupe, dans le labyrinthe de sa maison. « Que fait-il ? Je me le demande bien, mais pour te dire la vérité je n’ose pas le surprendre. Tu connais ton père, il entrerait alors dans une de ces rages folles dont lui seul a le secret et son cœur ne le supporterait pas… » Ce fut pendant la journée que ma mère découvrit enfin ce qui occupait ses nuits. Dévorée par la curiosité, elle déroba son trousseau de clés pendant qu’il dormait devant la télé et pénétra dans son antre. À côté du lit impeccablement fait, se trouvaient deux grandes piles de vieux quotidiens qui montaient jusqu’au plafond : une de Paris-Soir et l’autre du Figaro,. Ils étaient soigneusement classés par date, les plus anciens remontant à 1909, année de la naissance de mon père. Ma mère resta interdite devant le petit escabeau sur lequel reposaient trois paires de ciseaux de chirurgie de différentes tailles dont il se servait pour découper les articles. Puis, se sentant soudain coupable d’avoir violé le secret de son mari, elle referma vite la porte avant qu’il ne se réveille. Plus tard, dans une nouvelle lettre, elle m’annonça : « Le jeune Docteur qui le surveille m’a dit que j’avais eu raison de ne pas parler à ton père de cette histoire de vieux journaux. D’après lui, ces bouts de papier lui serviraient à se constituer un substitut de mémoire. Mais où est-ce qu’il peut bien mettre toutes ces coupures ? »

Ce n’est qu’après sa mort qu’elle retrouva les fameux articles alors qu’elle essayait de vider l’immense maison de tous les objets qui l’encombraient. Mon père les avait dissimulés dans les endroits les plus bizarres : glissés  derrière le mécanisme d’une horloge qu’il remontait chaque jour, roulés à l’intérieur du bec verseur d’une théière Chinoise, ou encore enfouis dans une de ses paires de chaussures anglaises achetées avant-guerre. Quant à leurs sujets, ils étaient tout aussi étranges : « 1912, Un retour possible de la Monarchie aux Iles Galápagos », « 1918, Le maréchal Pétain notre héros national », « 1936, Vers une victoire indiscutable de l’équipe française de Rugby sur l’Allemagne? »

Le monde de mon père n’avait de sens que pour lui tout comme le mien n’en avait que pour moi. Lui aussi se prenait pour un roi. Un vieux monarque qui marchait lentement le long des berges buissonnantes de son mini-Versailles, dégageant à coups de canne argentée les branches mortes tombées des peupliers qui se trouvaient sur son chemin.

  • Ton grand-père les a plantés là, m’avait-il dit. Ils nous survivront tous, même à toi.

C’était une des premières fois où mon père m’emmenait visiter la Peupleraie. Je marchais à peine et il me tenait par la main. La journée pouvait être considérée comme exceptionnelle car il était très rare qu’il ne travaille pas à cette époque. Je le tirai par la manche de sa blouse blanche et nous approchâmes d’un grand arbre. Mon père ôta son gant de jardinier, celui qu’il n’utilisait que pour tailler ses rosiers, et plaça sa main parfaitement manucurée sur une large entaille qui fendait le tronc.

  • Tu vois, même à lui la foudre s’y est attaquée.

  • Est-ce qu’il a un nom ? 

  • Les arbres ne portent pas de nom, Albert.

  • Oui, mais celui-ci, c’est moi qui l’ai trouvé. Il faut lui donner un nom.

Devant mon insistance, il finit par perdre le sérieux qui le caractérisait. Son visage s’éclaira, il me sourit, et sortit son stylo de la poche de son veston. Mon père grava « Albert » dans la chair de l’arbre, là ou l’écorce avait éclaté. Il dut repasser sur chaque lettre de nombreuses fois pour que l’encre pénètre bien. Je le regardai faire, fier de savoir qu’un arbre allait porter mon nom.

  • Bientôt, l’écorce va se refermer et tu resteras à l’intérieur, fit-il d’un air amusé.

  • Pour toujours ?

  • Oui, pour toujours.

Toutes mes peurs d’enfant disparurent ce jour-là. Je ressentis une joie profonde. Mon destin était dorénavant scellé à celui de ce seigneur. J’avais enfin trouvé un frère.


3



À partir du moment où mon père m’interdit de monter dans les arbres, les jambes de ma mère devinrent ma cachette favorite. Je restais accroupi sous ses longues jupes soyeuses pendant des heures à écouter la conversation qu’elle faisait aux malades arrivant pour leur rendez-vous. Cette nouvelle habitude fut aussi l’occasion pour elle et moi de passer notre premier pacte : je pouvais rester caché là autant que je le voulais sauf en cas de présence de mon père.

  • Je te préviens, s’il te trouve là, il te mettra une autre raclée et je ne lèverai pas le petit doigt pour te défendre

Un soir, malgré ses avertissements, je brisai notre accord secret pendant qu’elle prenait en note les lettres de la journée dans le bureau de mon père. Je me faufilai à quatre pattes sans qu’ils me voient et me glissai sous sa robe de chambre. Quand ma mère sentit mes petites mains froides se poser sur ses jambes nues, elle s’arrêta de respirer. Puis, sans bouger un cil, elle continua à griffonner en sténo les phrases que lui dictait mon père.

  • Mon cher confrère, j’ai reçu avec plaisir votre patient Monsieur Bellebouche…

Après quelques lignes, il s’interrompit brusquement et dit :

  • Il faut prendre une décision avec le gosse.

  • On arrivera bien à s’arranger pendant qu’on est à Paris, répondit ma mère à voix basse.

  • Il n’en est pas question.

  • Mais André…

- Madeleine, tu sais très bien à quel point Albert a besoin d’attention. Et puis, l’appartement est bien trop petit. J’aurais du mal à me reposer.

Les cuisses de ma mère se pressèrent contre moi comme si elle cherchait à me faire rentrer dans son ventre. J’eus alors l’impression d’entendre le reste de la conversation à travers un mur douillet.

Mon père continua sur un ton de sermon :

  • Je te rappelle notre accord le concernant.

  • Il n’a que six ans.

  • Son âge n’a rien à voir là-dedans. Quand Albert est arrivé, je l’ai accepté mais en posant mes conditions.

  • Cet enfant est mon fils, que tu le veuilles ou non.

  • C’est aussi le mien.

  • On ne le dirait pas.

  • Tais-toi ! aboya mon père. Bientôt il sera un homme et il est grand temps qu’il s’y prépare. Maintenant reprenons.

Les jambes de ma mère me relâchèrent et se mirent à trembler. Ce fut mon tour de me saisir d’elle. J’entourai ses chevilles de mes deux bras et je les plaquai contre moi aussi fort que je pouvais comme pour redresser la barre d’un bateau à la dérive. Les muscles de son corps se détendirent doucement et elle me répondit en patelinant ma tête à travers le fin tissu de sa robe jusqu’à ce que je m’endorme.

Quand mon père eut fini sa dictée, elle me fit sortir de ma tanière. Je la regardai en bâillant,  les yeux remplis d’incompréhension.

  • Qu’est ce qu’il y a Maman ? Tu as l’air triste.

  • Ne t’en fais pas mon chéri, tout va s’arranger.

Je me rappelai vaguement qu’ils avaient parlé de moi.

  • Ça veut dire quoi quand Papa dit : bientôt il sera un homme  ?

  • Ça veut dire que tu vas grandir très vite et que bientôt on te reconnaîtra plus.

  • Grandir comment ?

  • Comme tes arbres.

Elle me prit sur ses genoux.

  • Tu ne dois jamais dire à Papa que je te cache.

  • C’est un secret ?

  • Non mais si il le savait , il serait très jaloux.

Ma mère ne l’admettrait jamais, mais en se mariant, elle avait enterré au plus profond d’elle-même sa nature passionnée. Elle se rattrapait dans la lecture de romans qui entretenait au moins en imagination ses besoins d’amour. Dés qu’elle avait une minute de tranquillité elle se réfugiait dans son lit et se jetait corps et âme dans le monde de Tolstoï. Elle se mettait alors à vivre au rythme des personnages qui l’habitaient. Mon père devint « Papouchka » et moi « Alberichka ». Elle nous appelait ainsi lors de rares moments de tendresse familiale, comme à la fin d’un bon dîner quand mon père, fatigué mais heureux de sa journée, la remerciait du bon clafoutis aux pommes qu’elle avait réussi à confectionner entre deux consultations.

  • Dis Maman, je peux avoir un autre morceau ?

  • Finis d’abord celui-ci, Alberichka.

  • Mais il ne reste que la croûte.

  • Donne-la à ton Papouchka, il adore ça.

  • Madeleine, cesse de nous donner ces surnoms ridicules, s’il te plaît.

  • En tout cas le sien, je ne l’ai pas inventé, rétorqua ma mère.

  • Ça suffit !

Mon père repoussa l’assiette que je lui tendais, puis il fit claquer sa serviette avant de la plier et de la passer dans l’anneau d’argent qui portait ses initiales.

  • André, pourquoi ne manges-tu pas le clafoutis du petit ?

  • Parce que moi non plus je n’aime pas la croûte, grogna t-il.

Ma mère saisit le reste de mon gâteau et l’enfourna d’un coup sec dans sa bouche. Mon père remua la tête en la regardant faire d’un œil amusé. Puis il se leva de table. Dès qu’il eut passé la porte de la salle à manger, elle vint vers moi en souriant, et me couvrit le visage d’une pléthore de baisers slaves.

  • Alberichka, c’est toi mon secret.


4



  • On pourrait au moins lui expliquer, fit Madeleine.

  • Il n’en est pas question, répondit André.

  • Mais pourquoi ? Il a le droit de savoir.

  • Quel droit ? Tu racontes n’importe quoi.

Madeleine foudroya André du regard.

  • Tu te comportes comme un lâche.`

  • Mais enfin, comment veux-tu qu’il comprenne ? C’est trop difficile pour un enfant. Il va nous faire une comédie et ça risque de durer des heures. Tout ça est assez pénible comme ça… Georges ?

André se retourna vers son frère. Georges les observait depuis un moment, assis sur un petit canapé dans le coin du salon, attendant le moment propice pour intervenir. Il se leva, vint se mettre entre eux et les prit tendrement par les épaules.

  • Je crois qu’il s’agit ici de savoir ce qui est le plus important. Cette intervention doit se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Vous n’avez fait que travailler depuis que vous vous êtes rencontrés. Même si la raison de ce voyage est difficile, vous retrouver tous les deux ne peut vous faire que du bien.

Madeleine lança un regard larmoyant à Georges.

  • Je pensais que tu pourrais comprendre, tu as une fille.

  • C’est difficile pour toi à accepter, mais André a raison. Vous devez vous éloigner d’Albert pendant l’opération, ça sera mieux pour lui aussi. Je suis sûr qu’il s’adaptera au changement. Regarde, depuis mon divorce, ma fille est une semaine sur deux chez sa mère et ça se passe très bien.

  • Alors qu’allons nous lui dire ? demanda Madeleine, affolée.

  • Je m’en charge, murmura Georges.


L’oncle Georges était le diplomate de la famille. Il venait d’habitude à la maison pour les anniversaires, mais là ça n’était l’anniversaire de personne. Sans doute mon père se préparait-il à repartir à Paris avec lui pour une de ses interventions professionnelles, comme il disait.


C’était la fin de l’été. J’allais tous les matins saluer mon arbre. N’ayant plus le droit de l’escalader, je restais là, à ses pieds, le dos appuyé contre son tronc à l’écouter pendant des heures.

  • Quand partons-nous pour l’Amérique ? se lamentait-il.

  • Demain, répondais-je chaque fois.

Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Mon père m’avait prévenu que s’il me voyait remonter dans l’arbre, il m’interdirait de m’en approcher. Il me fallait donc attendre son départ, ce qui n’allait pas tarder. Alors ma mère me ferait une belle Marquise et nous pourrions enfin tous nous envoler.

C’est difficile d’expliquer tout ça à un Peuplier.

Pour calmer son impatience grandissante, je frottais inlassablement ma main sur son écorce. Une nouvelle croûte s’était déjà formée, recouvrant presque entièrement la cicatrice là où mon nom était gravé. Devant mon mutisme, l’arbre soufflait de grandes rafales de vent. À chacun de ses soupirs, il perdait un peu plus de ses feuilles. Jaunies par son désarroi, elles s’en allaient, tourbillonnantes, s’étaler à ses pieds. Je les ramassai en hâte. J’avais pris l’habitude de les rapporter à la maison pour les entasser dans ma petite valise orange. Chaque soir, après la visite nocturne de mon père, j’ouvrais la valise et je plongeais mes pieds dedans avec délectation. C’était la meilleure manière que j’avais trouvé pour que mon peuplier et moi restions en contact.

Ce soir-là mon père ne vint pas et je m’endormis en oubliant mon bain de pied dans les feuilles mortes.

Le lendemain ce fut l’oncle Georges qui me réveilla à la place de ma mère. Il s’assit sur le bord du lit et me tapota les joues gentiment.

  • Tonton ?

  • Comment vas-tu, Champion ?

  • Où est Maman ?

  • Elle est allée à Paris avec ton père.

  • Mais elle ne quitte jamais le Moulin

  • Cette fois c’est différent. Ils sont partis en voyage.

Je me dressai sur mon lit, furieux.

  • Elle ne m’a même pas dit au revoir !

  • Ils ont dû partir dans la nuit, elle n’a pas voulu te réveiller.

  • Quand reviendra-t-elle?

  • Bientôt.

  • Quand ?

Oncle Georges m’attrapa par les épaules et m’installa bien droit contre mon oreiller. Il me sourit, révélant des dents étincelantes de blancheur.

  • Mon petit Champion, il est temps que tu ailles à l’école te faire des amis.

  • J’ai déjà plein d’amis ici !

  • Je ne parle pas de ceux-là. Ne souhaites-tu pas avoir des camarades de classe comme toi, avec qui tu peux faire la course pour leur montrer que tu es le plus fort?

  • Non, eux ce ne sont pas de vrais enfants.

  • Pourquoi dit-tu ça ?

  • Ce sont des oiseaux, murmurais-je.

Mon oncle rit de bon cœur. Il me prit dans ses bras et me tapota le sommet du crâne.

  • Il s’en passe des choses là-dedans, petit rêveur ! J’espère que tu sauras t’en servir plus tard.

  • Je veux aller en Amérique, Tonton.

  • C’est un beau pays tu sais. `

  • Et est ce que tu crois que je pourrai voler jusque là-bas ?

  • Oui, un jour, peut-être si tu en as le courage… En Californie, il y a d’immenses ciels bleus.

  • Comme au Moulin ?

  • Plus grands encore. Remplis d’étoiles, qui brillent sans fin toutes les nuits au-dessus des arbres pour les protéger.

Je regardai mon oncle avec excitation. Son visage avait toujours quelque chose de rassurant. Derrière ses grosses lunettes aux montures dorées, ses yeux ronds brillaient comme ceux d’une chouette. Je ne le voyais pas souvent car il était toujours occupé ailleurs. Ses visites ne duraient guère plus de vingt-quatre heures, mais elles me comblaient toujours.

Lui m’écoutait. Je pouvais tout lui raconter.


MA FOI EST MA VERTU indiquait le panneau de bois peint au-dessus de l’entrée principale. Les lettres étaient bleu pâle, couleur d’un ciel d’hiver glacé. Pourtant, il faisait chaud ce jour-là. Une brise chargée d’un parfum sucré m’avait caressé les joues comme du caramel chaud juste avant de franchir le portail. Nous traversâmes une vaste cour en ciment. Plus nous avancions, plus je m’agrippai à la main d’oncle Georges, sans pouvoir quitter des yeux l’imposant immeuble qui s’approchait de nous. Je m’arrêtai, et tirai avec force sur sa manche pour lui signaler de faire demi-tour.

  • Avec moi, tu ne crains rien, fit-il.

Son sourire réconfortant effaça ma peur. Nous pénétrâmes dans le long bâtiment gris.

Le silence qui y régnait faisait bourdonner mes tympans. Pas le moindre gargouillis de rivière, pas de gémissements de vent, pas même un cri d’oiseau. C’était louche.

Nous arrivâmes au pied d’un grand escalier. Une grosse femme vêtue d’une blouse verte se tenait sur la première marche, me surplombant.

  • Albert, je te présente Madame Morteau. L’intendante.

  • Comment va-t-on, mon garçon ?

  • Bonjour, Madame, dis-je poliment.

  • A-t-on passé de bonnes vacances ? fit-elle avec un sourire rempli de dents toutes jaunes.

Comme je ne répondais pas, elle tourna brusquement les talons pour nous guider trois étages plus haut jusqu’à une porte marquée « dortoir ». Elle l’ouvrit à l’aide d’un gros trousseau de clés qu’elle sortit de dessous sa blouse. La pièce était aussi grande que la peupleraie. Des rangs de petits lits en fer avaient remplacé les arbres. Ils étaient alignés les uns à côté des autres comme les tombes du cimetière où Papa m’avait emmené porter des fleurs à Grand-Père. Madame Morteau s’arrêta devant l’un des derniers.

  • Celui-ci me semble parfait, fit–elle en tapotant le matelas.

Elle adressa un nouveau sourire jaune à mon oncle. 

  • La cellule du surveillant est juste à côté.

  • Vous connaissez les circonstances dans lesquelles Albert est ici, je compte sur vous pour en tenir compte.

  • Bien sûr, Monsieur. Cependant il est important que le garçon s’intègre rapidement, nous ne pouvons pas faire de favoritisme. Nous avons déjà soixante-quinze pensionnaires, rien que chez les petits.

  • Je comprends, fit mon oncle d’un air grave.

Puis il se tourna vers moi :

  • Tu vas te plaire, ici.

Soudain la grosse dame déposa ma valise orange sur le lit.

  • Je ne veux pas rester, oncle Georges.

Il me prit dans ses bras et m’adressa un regard bienveillant.

  • Cette école est un endroit formidable et tu vas y apprendre plein de choses !

Je collai ma bouche contre son oreille. Des petits poils blancs en sortaient comme des piques.

  • Ici c’est le Royaume des Corbeaux ! chuchotai-je.

  • Je te jure devant Madame Morteau qu’il n’y a pas le moindre corbeau ici, hormis ceux qui tournent dans ta tête.

Mon oncle m’embrassa tendrement et Madame Morteau me sourit jaune.

  • Voilà. Tu me crois maintenant ?

  • Quand est-ce que Maman va revenir ?

  • Demain, fit mon oncle en regardant au loin.

Oncle Georges me déposa au sol.

  • Est-ce qu’il y a un téléphone ici ?

  • Oui, Monsieur, dans le bureau des inscriptions.

  • Bon, tu restes là, je vais appeler ta mère et je reviens, OK, Champion ?

Il me regarda droit dans les yeux de son air le plus convaincant.

Madame Morteau pointa du doigt vers une pile de draps.

  • Nous allons en profiter pour faire le lit du garçon, dit-elle en souriant à mon oncle.

Oncle Georges se mit à marcher vers la sortie et je le regardai partir sans pouvoir bouger.

  • Tonton ? parvins-je à murmurer.

Il était déjà trop loin pour m’entendre. Il venait de me laisser seul dans un océan de lits en fer et je ne savais pas encore nager. Et si c’était des tombes ? Tout d’un coup l’air devint épais comme du ciment. J’avais du mal à l’avaler. Madame Morteau se tenait devant moi en me toisant comme un corbeau. Il n’y avait plus le moindre sourire sur son visage, ni jaune, ni rien du tout.

  • Aide-moi à ranger tes affaires.

Elle fit sauter le loquet de ma valise d’un coup sec et je regardai, terrifié : toutes les feuilles avaient disparu, remplacées par une pile de vêtements soigneusement pliés.

  • J’attends mon oncle, fis-je, sur la défensive.

Elle saisit ma paire de pyjamas et les ficha dans la petite table de nuit en fer blanc.

  • Tu peux l’attendre tant que tu veux. Il ne reviendra pas.

Les draps étaient glacés. J’essayais tant bien que mal de les décoller l’un de l’autre. Elle me les arracha des mains en sifflant comme un serpent puis elle les fit claquer d’un coup sec pour les déplier. Chaque fois qu’elle se baissait pour les glisser sous le matelas, son énorme derrière tendait les coutures de sa jupe. Je l’observais, sur mes gardes, comme on regarde un animal dangereux.

  • Je n’ai pas que ça à faire ! cria-t-elle.

Devant mon mutisme, elle leva la main comme pour me frapper puis retint son geste.

  • Les autres auront bien le temps de te montrer la marche à suivre, soupira-t-elle.

  • Où est ma Maman ?

Elle ne dit rien. Je paniquai. Je voulus courir. Fuir cet endroit. Mais mes jambes ne me répondaient pas. Mes deux pieds s’étaient rivés dans le sol et me gardaient enraciné. Puis quand le claquement des gros talons de Madame Morteau s’éloigna, le silence m’envahit et des gouttes d’eau se mirent à tomber.

Je baissai les yeux et vis mes larmes s’écraser sur le plancher.

  • Demain, fit la voix de ma mère. Demain…



5



L’obscurité avait fini par tomber, avalant avec elle la lumière du jour.

Des heures entières s’étaient écoulées. J’étais resté là, debout, immobile à côté de mon nouveau lit. Les yeux fermés, je pensai à mon arbre. Je m’étais glissé sous son tronc à la recherche de mon nom et quand enfin je l’avais trouvé, sa sève puissante m’avait propulsé vers la cime et j’étais devenu une feuille.

  • Bon voyage !  me dit le peuplier dans un souffle de vent.

Une rafale m’arracha à sa branche, m’emportant vers un ciel orageux. Bientôt je surplombais un immense océan noir. La nuit était tombée, il me fallait dormir, me laisser porter.

Demain quand mes yeux s’ouvriront, je serai en Amérique…

Le clic de l’interrupteur précéda la violente lumière blanche des néons. Elle s’abattit sur moi comme une pluie de grêlons glacée. Des pas précipités résonnèrent sur le plancher du dortoir.

  • C’est toi, le nouveau ?

Ils étaient trois, tous beaucoup plus grands que moi.

Celui qui avait pris la parole était le plus costaud. Il avait des cheveux roux et un visage joufflu constellé de taches. Ses yeux étaient ronds et perçants. Il parlait doucement d’une voix pincée.

  • Tu viens de l’assistance ? demanda t-il.

Comme je n’osais lever la tête pour le regarder dans les yeux de peur qu’il se transforme en corbeau, le deuxième garçon, un grand maigre à la face couverte de boutons, m’écrasa le pied.

  • Ben, réponds quand on te parle!

Le rouquin poussa son camarade de côté.

  • Laisse le. Il vient juste d’arriver. Il lui faudra bien le temps de s’habituer.

Je compris tout de suite que c’était leur chef. Je lui souris. Il me prit par la main. Je le suivis avec son escorte jusqu’au réfectoire.


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