Excerpt for Nuits d'Extase by Rosamund Cole, available in its entirety at Smashwords

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NUITS D'EXTASE

 

Rosamund Cole

Smashwords Edition

Copyright © 2012 Nyx Editions

 

 

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Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

 

Élément photographique de couverture par Daily Sunny, sous licence Creative Commons.

PROPOSITION SECRETE

Depuis ses quatorze ans, des posters de l'acteur Joshua Chamberlain recouvraient les murs de la chambre de Mélissa. Elle avait craqué au premier coup d'œil sur ses grands yeux verts, ses épais cheveux noirs coupés très courts, et sa musculature presque animale. Il jouait à l'époque dans une série télévisée fantastique, à la qualité certes toute relative, mais dont les réalisateurs semblaient prendre un malin plaisir à iconiser le jeune acteur de tout juste vingt ans. Elle trouvait à l'époque que leur différence d'âge était trop importante, mais savait maintenant qu'il n'en était rien. Sa fascination pour cet acteur, pour les séries et films dans lesquels il jouait, et pour ses frasques amoureuses largement relayées par la presse people, étaient autant d'éléments qui lui avaient donné l'envie de devenir journaliste. Elle avait trimé dur pour en arriver là, mais à force de persévérance, la chance avait fini par lui sourire. Elle occupait depuis deux mois son premier poste de journaliste. Payée à la pige, d'accord, mais de journaliste malgré tout, et non pas d'éternelle stagiaire exploitée au maximum. Elle gagnait peu et avait toujours du mal à joindre les deux bouts, mais Mélissa était convaincue qu'elle ne pourrait que grimper les échelons, jusqu'à s'assurer une carrière un minimum confortable. Elle était perdue dans ses pensées lorsque le téléphone vibra sur la petite table Ikea qu'elle avait disposée à côté de son canapé bon marché. Elle ouvrit le clapet de l'appareil et vit s'afficher en lettres bleues le nom de sa supérieure, la responsable du département "Personnalités" de la chaîne du câble "Insiders". Mélissa prit l'appel sans attendre. Pas question de laisser échapper la moindre pige.

— Allô ? Mélissa Lostal à l'appareil.

— Je sais quand même qui j'appelle, répondit une voix sèche à l'autre bout du fil.

Mélissa grimaça et se retint de répondre. Elle changea de sujet.

— Comment allez-vous, Madame Kosta ?

— J'ai une interview pour vous, dit cette dernière sans se donner la peine d'échanger les amabilités d'usage. Êtes-vous disponible cette après-midi ?

— Cette après-midi ? demanda Mélissa, avant de réaliser que son ton pouvait trahir sa surprise, et d'enchaîner aussitôt : oui, oui, bien sûr, je suis disponible, aucun problème. Tout à fait disponible.

— Très bien, rendez-vous à l'hôtel "Pyramides", et dites que vous venez interviewer Mr Chamberlain.

Mélissa entrouvrit la bouche. Avait-elle bien entendu ?

— Ch... Chamberlain ?

— Oui. Qu'y-a-t-il ? Ça vous pose un problème ? Parce que je me fiche pas mal que vous trouviez que ces anciens acteurs pour midinettes en chaleur ne méritent pas qu'on leur consacre de l'encre, et encore moins du temps. Et...

— Non, non, la coupa Mélissa, il n'y a aucun problème, je suis... ravie.

— Parfait. Et, Mélissa ?

— Oui ?

— Cette fois-ci, essayez de nous trouver des questions plus originales que lors de vos interviews précédentes. Il s'agirait de remonter le niveau, sans quoi...

— D'accord, dit simplement Mélissa.

Elle était trop occupée à songer à Joshua Chamberlain pour se soucier dans l'immédiat des critiques de Mme Kosta. Cette vieille peau ne lui facilitait pas la tâche, mais Mélissa se disait que cela devait faire partie d'un rôle que cette femme jouait. Certainement dans le but d'être davantage crainte, sinon respectée, par ceux qu'elle dirigeait. Mélissa trouvait ce comportement méprisable, mais devait reconnaître que cette attitude portait ses fruits : absolument tout le monde craignait la vieille mégère et redoutait ses coups de colère.

Mélissa se cala au fond de son canapé, et sourit.

Je vais interviewer Joshua Chamberlain, se dit-elle.

Elle sentit des picotements envahir sa poitrine, mélange d'excitation et de stress, et regarda l'horloge. Elle n'avait que deux heures pour se préparer et se rendre à l'hôtel que sa supérieure lui avait indiqué. Elle se leva du canapé et se rendit rapidement dans sa salle de bains étriquée. Il n'y avait pas de temps à perdre : elle devait être la plus désirable possible pour cet entretien. Et qui sait, avec un peu de chance, peut-être Joshua Chamberlain l'inviterait-il à prendre un verre, après ? Mélissa ne se faisait aucune illusion à ce sujet, mais se disait qu'il était bien permis de rêver un peu.


***


Mélissa descendit du taxi qui venait de la déposer devant l'hôtel "Pyramides", et s'engouffra dans le vaste hall richement décoré. Elle s'approcha de la réception et s'adressa au vieil homme au crâne dégarni qui s'y trouvait. Il était plongé dans des livres de compte et ne leva même pas les yeux en entendant Mélissa se racler la gorge.

— Bonjour, j'ai rendez-vous avec Mr Chamberlain, pour une interview.

— Ah, la presse, dit-il sans quitter des yeux les colonnes de chiffres qui recouvraient la page qu'il lisait. Prenez le premier couloir à gauche, montez au dernier, et vous y serez.

— Pas de numéro de chambre ?

— Il n'y a qu'une seule chambre au dernier étage, dit l'homme en se tournant légèrement vers la droite, comme s'il ne voulait même plus voir celle qui l'importunait, ne serait-ce que du coin de l'oeil.

Charmant, se dit Mélissa. Elle s'éloigna et suivit les indications que venait de lui donner ce type franchement désagréable.

Arrivée au dernier étage, elle se retrouva devant une large porte de bois blanc décoré d'arabesques gravées, et prit une profonde inspiration.

Allez, il a l'habitude des interviews, tu n'es qu'une journaliste parmi tant d'autres, ne sois pas impressionnée.

Elle poussa un léger soupir et leva la main pour frapper à la porte. Un instant d'hésitation, puis elle se lança, et toqua. Quelques instants s'écoulèrent avant que la porte ne s'ouvre et Mélissa retint son souffle en voyant Joshua Chamberlain en personne. Il était venu ouvrir la porte lui-même, une attitude digne d'un vrai gentleman, qui ne se laissait pas servir de la même manière que les personnalités qu'elle avait déjà eu l'occasion d'interviewer depuis sa prise de poste.

— Monsieur Chamberlain, dit-elle. Enchantée, vraiment, vraiment… Enchantée.

— Bonjour. Vous devez être Mademoiselle Lostal, de la chaîne "Insiders" ?

— Oui… Oui, c'est bien moi, dit-elle en émettant un petit rire qu'elle jugea aussitôt stupide et inapproprié. Elle se força à arrêter et suivit Joshua qui la devançait et se dirigeait vers les deux fauteuils en cuir marron sombre installés au milieu de la pièce, entourés de larges spots métalliques massifs, semblables à des éclairages de cinéma de la vieille époque.

— C'est pour le cas où l'interview serait filmée, dit Joshua comme s'il avait deviné que Mélissa observait ces lumières. Ça donne un certain cachet. Enfin, c'est ce que disent les attachés de presse. Si vous voulez mon avis, ça manque un peu de simplicité.

En prononçant ces derniers mots, il s'assit. Mélissa l'imita et prit place sur le confortable fauteuil, dont le cuir crissa.

Elle posa les questions qu'elle avait préparées, mais en deux heures à peine, elle n'avait pas le sentiment d'avoir pu se préparer au maximum. Ses questions étaient nécessairement peu originales, et Mélissa voyait d'ici la colère qu'allait piquer sa supérieure.

N'y pense pas, se dit-elle. Après tout, tu as devant toi Joshua Chamberlain. En chair et en os, pas simplement en poster sur ton mur.

En pensant à son admiration adolescente pour cet homme de maintenant 40 ans, elle sentit ses joues s'échauffer. Elle devait rougir méchamment, et espéra qu'il ne s'en rendrait pas compte. Mais le petit sourire qui se dessina à la commissure des lèvres de Joshua trahissait le fait qu'il avait dû s'apercevoir de l'effet qu'il produisait sur elle. Il répondit de bon cœur aux questions de Joshua, mais d'un ton un peu trop promotionnel à son goût, trahissant un discours bien rôdé... et donc sans aucune originalité. Puis Joshua se pencha vers Mélissa.

— Je profite du fait que mes assistants ne soient pas là de la journée pour vous dire quelque chose. J'aurais une proposition à vous faire, mais arrêtez-moi si vous trouvez que c'est trop… Comment dire, vous voyez ce film, dont le titre commence par le mot "Proposition" ?

— Proposition… Indécente ? demanda Mélissa en regrettant aussitôt ses paroles, craignant d'être allée trop loin.

— Oui, exactement. Voulez-vous l'entendre ?

— Eh bien... dites toujours, dit Mélissa, de plus en plus gênée.

À présent, ses joues devaient être en feu. Elle ne sentait quasiment plus son visage, et craignait même de transpirer à grosses gouttes. Si c'était le cas, ça ne stoppait pas Joshua. Il fit sa proposition malgré tout. Et en effet, elle était bel et bien indécente.

— Tout ce que je vous ai dit pour cette interview, je l'ai déjà dit à des centaines d'autres journaux. Si vous publiez ça, ce sera pas mal, mais ce ne sera pas mieux que le reste. Ça vous intéresserait de sortir du lot ? Il n'attendit pas la réponse de Mélissa et continua aussitôt, ne tenant visiblement pas à lui laisser une seule chance de dire non trop vite. Voilà ce que je vous propose : vous et moi, nous passons une nuit ensemble, et je vous accorde l'interview du siècle. Toutes les questions intimes, tout ce que vous avez voulu savoir, tout ce que la presse a voulu savoir, je suis prêt à le déballer, à tout mettre sur la table, mais uniquement à condition de coucher avec vous.

— Vous êtes sérieux ? Demanda Mélissa.

— Extrêmement sérieux. Alors, qu'en pensez-vous ?

— Écoutez, je ne sais pas…

— C'est toujours mieux qu'un non.

— Je... Je ne sais pas quoi vous dire, Joshua… Je veux dire, M. Chamberlain.

— Oh, vous pouvez m'appeler Joshua, dit ce dernier en portant la main à la poche intérieure de sa veste.

Il en extirpa une petite carte satinée qu'il tendit à la journaliste.

— Tenez, pour quand vous serez fixée.

Mélissa accepta la carte, la prit, et la retourna. Au dos se trouvait le numéro de téléphone portable personnel de Joshua. Mélissa releva les yeux vers lui, mais il s'était déjà relevé. Il lui faisait signe de l'accompagner jusqu'à la sortie.

— Et, mon interview ?

— J'ai déjà répondu à beaucoup de vos questions. Je pense que ça peut faire un article correct. Si vous voulez mieux, appelez-moi, dit-il en l'accompagnant jusqu'à la sortie de la suite.


***


De retour chez elle, Mélissa n'alluma même pas la radio, chose qu'elle faisait pourtant systématiquement, de manière réflexe, à chaque fois qu'elle rentrait d'une journée de travail. Elle ne cessait de tourner et retourner dans sa tête la proposition indécente et secrète que venait de lui faire cet homme qui était autrefois son idole. Le serait-il toujours si elle acceptait ? Mélissa savait que l'interview qu'elle avait à disposition était de piètre qualité. Si elle rendait ça, c'était certain, elle allait se faire tomber dessus par Mme Kosta. Il en serait peut-être même fini de sa carrière de journaliste. Aussitôt commencée, aussitôt avortée. Aussitôt embauchée, aussitôt déboulée. Mélissa avait une légère envie d'accepter cette proposition. Après tout, elle avait fantasmé sur cet homme depuis qu'elle était adolescente, et s'était touchée à de nombreuses reprises en s'imaginant dans ses bras. Elle avait imaginé de nombreuses fois ce que cela lui ferait s'il entrait en elle et l'aimait toute une nuit. Elle secoua la tête et froissa la carte sur laquelle était imprimé le numéro de téléphone de Joshua Chamberlain. Elle traversa son salon et se dirigea vers la corbeille à papier qui se trouvait à côté de son petit bureau, sur lequel trônait un ordinateur portable en fin de vie. Elle jeta le papier et regarda par la fenêtre.

Non, elle ne pouvait pas accepter cette proposition. Pour qui se prenait-il ? Pour quoi cela la ferait-elle passer ? Une traînée ?

Coucher pour avoir une interview intéressante, ce serait comme coucher pour du fric, se dit-elle.

Elle aurait tellement préféré qu'il l'invite à venir prendre un verre après l'interview. Et tant pis si elle avait été piètre qualité... Il aurait peut-être pu lui donner quelques informations supplémentaires dignes d'intérêt au cours d'un rendez-vous galant. Bon sang, pourquoi les choses ne se déroulaient-elles jamais comme on l'espérait ? Pourquoi est-ce que tout était toujours si surprenant, et presque toujours si décevant ?


***


Mélissa regardait la télévision depuis maintenant deux heures d'affilée, absorbant des programmes tous plus ineptes les uns que les autres. À vrai dire, elle faisait même exprès de choisir les émissions les plus pathétiques et les moins stimulantes intellectuellement, tout ça dans le but d'essayer de ne plus penser à la proposition que lui avait faite Joshua. Des coups frappés à la porte la firent sursauter. Elle baissa le volume de la télévision, se leva, et se dirigea vers la porte d'entrée. Elle s'approcha de l'œil-de-bœuf et sourit en voyant qui se tenait sur le pallier.

C'était son vieil ami Simon.

Elle le connaissait depuis l'enfance, et il était l'un des rares hommes dont elle était particulièrement proche sans avoir jamais eu le moindre sentiment amoureux. Elle s'en était une fois ouverte à lui, et il lui avait assuré, en toute franchise, qu'il en était de même pour lui. Elle lui expliqua brièvement la situation, car il sentait qu'elle était troublée et ne cessait de la questionner. Elle n'avait pas réellement envie de lui en parler. Rien qu'évoquer cette idée lui donnait le sentiment d'être une prostituée. Elle s'attendait à ce qu'il trouve cette proposition répugnante, mais sa réaction la surprit au plus haut point.

— Tu ne l'as pas encore rappelé ? lui demanda-t-il.

— Non, et je ne le ferai pas. Je ne suis pas une pute.

— Mais si tu l'appelais, tu n'en serais pas une.

— Ah oui, et pourquoi ça ?

— Pour une simple et bonne raison : les putes n'ont jamais la chance de coucher avec un homme qu'elles désirent réellement. Il te veut, mais tu le veux aussi. Ce n'est pas une situation de prostitution, ça. C'est une situation de désir réciproque. Si tu oublies un petit peu le contexte, si tu oublies la façon dont tu aurais voulu que ça se passe de manière idéalisée, tout ce que tu as au final, ce sont deux adultes consentants qui ont envie de passer du bon temps ensemble.

Mélissa le regarda, la bouche ouverte, sans rien dire. Elle ne s'était pas attendue à ça de la part de Simon, mais il venait de lui avancer un argument imparable.

Pourquoi n'y avait-elle pensé ? Au fond, c'était aussi simple que ça. Ce n'était pas un homme répugnant qui lui avait fait cette demande ; ce n'était pas quelqu'un pour qui elle n'éprouvait aucun intérêt. Non, c'était Joshua Chamberlain, l'homme de ses fantasmes depuis maintenant 20 ans. Elle et Simon passèrent la soirée à discuter de choses et d'autres et ne remirent pas le sujet sur le tapis. Ils regardèrent encore quelques émissions, puis Simon, commençant à être fatigué par sa longue journée de travail en tant que cuisinier, rentra chez lui, la laissant seule chez elle.

Mélissa était encore en train de réfléchir à la proposition de Joshua et à ce que lui avait dit son ami Simon. Elle était presque intimement convaincue qu'il avait raison, et se demandait pourquoi elle n'avait pas adopté ce même point de vue dès le départ. Quelque part, c'était mieux d'attendre. Elle n'était pas encore tout à fait sûre et certaine de vouloir le faire. Elle avait toujours cette envie de vivre quelque chose de purement romantique en lieu et place de quelque chose d'uniquement sexuel. Son téléphone vibra de nouveau. Elle l'ouvrit sans même regarder quel était le nom qui s'affichait, espérant un instant qu'il s'agirait de Joshua. À peine eut-elle décroché qu'elle se rappela qu'il n'avait pas son numéro. Ce ne pouvait être que sa supérieure. Sa voix irritante s'éleva à l'autre bout du fil, et Mélissa ferma les yeux et se retint de soupirer.

— Votre interview s'est bien passée ? demanda Mme Kosta.

— Oui, oui, bien… Je veux dire, très bien…


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