Excerpt for Etranges Sensations by Rosamund Cole, available in its entirety at Smashwords

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ETRANGES SENSATIONS

 

Rosamund Cole

Smashwords Edition

Copyright © 2012 Nyx Editions

 

 

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Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

 

Elément photographique de couverture par Daily Sunny,sous licence Creative Commons.

MAGIE ET SENTIMENTS

La nuit commençait à tomber et Gloria s'approchait du cinéma de quartier où elle espérait voir un film d'auteur suédois dont elle avait entendu le plus grand bien dans la presse. Hélas pour elle, la séance affichait complet, et rien d'autre ne lui plaisait à l'affiche. Elle se retourna, la tête baissée, légèrement déçue, et ne vit pas l'homme qui se dirigeait vers elle sans la voir également. Ils se bousculèrent, et elle laissa tomber son sac à main, qui s'ouvrit en entrant en contact avec le sol, répandant son contenu par terre. L'homme, brun, même pas 40 ans, se baissa en bredouillant des excuses, et tâcha de ramasser le plus vite possible les petits objets éparpillés. Il les remit dans le sac et redressa la tête. Gloria était fascinée par ses grands yeux noirs, mais tenta de ne rien en montrer. Surtout, ne jamais perdre de vue l'idée qu'une grande partie du charme féminin provient du mystère que l'on peut dégager. Les hommes y étaient très sensibles. Du moins, c'était la théorie que Gloria avait élaborée au cours de ses quelques années d'expérience en séduction.

– Comment vous appelez-vous ? lui demanda l'homme à l'air mystérieux.

– Gloria, répondit-elle après un court instant d'hésitation.

– Jean, Jean Purefoy, enchanté de faire votre connaissance.

Elle se contenta de lui sourire en guise de réponse et tendit la main pour reprendre son sac. Mais il lui fit signe d'attendre en dressant son index devant elle, et fit de ses doigts quelques habiles mouvements qui attiraient le regard de Gloria.

– Il y a quelque chose d'autre dans votre sac, je crois, qui ne vous appartient pas, dit-il. Jetez-y un coup d'oeil, dit-il en tendant le sac.

Hésitant un instant, Gloria saisit son sac, l'air circonspect, et y jeta un coup d'œil comme on le lui demandait. Il n'avait rien surprenant dans son sac, rien d'inconnu. Tout était à sa place, et c'est ce qu'elle dit à Jean Purefoy.

– Vous êtes certaine ? Et ça alors, qu'est-ce que c'est ?

Il claqua des doigts, et entre son index et son pouce jaillit une carte de visite aux lettres dorées.

– Qu'est-ce ?

– Ma carte, dit-il en la lui tendant.

Il savait visiblement être tout aussi mystérieux qu'elle, se dit-elle. Elle la saisit du bout des doigts, la regarda, la tourna légèrement pour que les lettres dorées s'illuminent sous la lueur des néons. Sur la carte, on pouvait lire : Jean Purefoy, magicien.

– Magicien ? Sérieusement ?

– Je ne sais pas si c'est un métier très sérieux, mais en tout cas je le pratique du mieux que je peux.

– Ca rapporte bien ? demanda Gloria en se demandant si elle n'avait pas trop loin.

– L'argent n'est pas un problème.

– Pourquoi ça ? Vous faites salle comble tous les soirs ?

– À vrai dire, je me produis encore dans de toutes petites salles, mais ce n'est pas là ce que je voulais dire.

– Et que voulez-vous dire ?

– De la même manière que j'ai pu faire apparaître cette carte, je peux faire apparaître des sommes coquettes en un rien de temps.

– Vraiment ?

Il commençait à faire de nouveaux jeux demain, elle l'interrompit.

– Ça va, ça va, je vous crois.

– Eh bien quoi ? Vous n'appréciez pas la magie ?

Gloria hésita quelques instants avant de répondre à cette question. Effectivement, elle était cartésienne au plus haut point, et s'il y avait bien quelque chose qu'elle avait, non pas en horreur, mais du moins en dédain, c'était les prestidigitateurs de tous poils. Elle adorait le cinéma, car même si cela pouvait être considéré comme une sorte d'acte magique – après tout, le cinéma trouvait bien son origine dans un appareil nommé la lanterne magique – elle avait toujours eu du mal à accepter l'idée que l'on puisse accepter que l'on profère des mensonges en personne, face à face avec leurs détracteurs. Le responsable des effets que l'on pouvait voir dans un film avait fait son tour une fois, une seule, et n'avait pas l'outrecuidance de le faire devant vous et de se gausser de votre émerveillement en votre présence.

– Disons que je ne m'y connais pas forcément beaucoup, dit-elle avec diplomatie.

L'homme se contenta de hocher la tête, et elle ne put déchiffrer s'il souriait ou non. Décidément mystérieux. Elle allait reprendre sa route, lorsqu'il la retint en lui saisissant délicatement le bras gauche. Elle frissonna un instant à ce contact, et se retourna, les yeux légèrement écarquillés. Qu'est-ce qui lui prenait ?

– Je peux peut-être faire apparaître une carte de restaurant, si vous voulez ?

– Vous m'invitez à dîner ?

– J'en ai bien peur, dit-il avec un léger sourire.

Elle secoua la tête en retenant un petit rire et réfléchit quelques instants. Cet homme n'avait pas l'air' bien dangereux, et même s'il pratiquait une profession qui n'était pas à son goût, il semblait avoir bien d'autres qualités. Pour commencer, il était extrêmement séduisant. Ensuite, il semblait afficher une certaine sensibilité, un certain humour, et surtout un certain côté mystérieux qui l'attirait au plus haut point.

– Allez, soyons fous, c'est d'accord.


***


Le repas se déroula magnifiquement bien. Pour ne pas dire de manière magique. Il l'avait raccompagné jusque chez elle, et il ne faisait rien de trop entreprenant. Il ne lui demanda pas de monter chez elle prendre un café dans l'espoir évident d'obtenir davantage, et n'essaya pas non plus de l'embrasser. Il restait là, immobile, à la regarder comme s'il la contemplait. Elle avait le sentiment qu'il jouait avec elle. Après tout, n'était-ce pas le but d'un magicien avec son public ?

Oh, au diable toutes ces considérations, se dit-elle.

Elle retint léger rire et s'approcha lentement de lui. Au début, il ne bougeait pas, puis il fit de même, et ce jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. Ils s'embrassèrent longuement, leurs langues se caressant délicatement, fouillant leurs bouches respectives. Elle sentait la passion monter en elle, et le plaqua contre le mur. Elle l'embrassa de plus belle, et il lui embrassa le cou en commençant à caresser ses formes féminines. Elle sentait la dureté de son membre s'élever contre sa cuisse. Sur ce, elle recula légèrement, et posa deux doigts sur la bouche de Jean.

– Ne faisons pas sortir trop vite le lapin du chapeau, lui dit-elle en riant, et puis Gloria s'éloigna et referma la porte doucement derrière elle.

Il la regardait partir, l'air toujours aussi mystérieux, un léger sourire aux lèvres.


Le lendemain matin, elle se réveilla en sursaut. Elle avait passé la nuit à cauchemarder. Dans son rêve terrible, Alfred se servait d'elle comme assistant, et la faisait léviter jusqu'à dépasser les cieux, jusqu'à traverser les nuages, jusqu'à quitter l'atmosphère et sentir l'air se raréfier dans ses poumons. Elle se retrouvait dans l'immensité obscure de l'espace, froide, silencieuse, morte. Elle se réveilla en sursaut au moment où le dernier souffle à sa disposition s'évadait de ses lèvres, et où elle se sentait mourir. Elle était en sueur, et son coeur battait la chamade. Elle avait l'impression qu'il allait bondir hors de sa poitrine, et elle but un grand verre d'eau qui ne l'aida pas autant qu'elle l'aurait voulu à reprendre ses esprits. Stupidement, elle fit le rapprochement entre ce cauchemar et sa rencontre avec Jean Purefoy, le magicien. Elle se demanda un instant s'il ne l'avait pas ensorcelée. Peut-être qu'il n'avait pas apprécié qu'elle lui refuse une nuit d'amour ?


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