Bilan 2011, perspectives 2012
Depuis
le lancement de La Lettre du Lundi
en janvier 2009, nous avons pris l’habitude de publier en fin
d’année un billet intitulé À
l’heure du bilan qui dresse un
état des lieux de l’année écoulée et confronte à la réalité
les prévisions effectuées 12 mois auparavant. Ce billet est
suivi d’un autre, Le temps des
perspectives, qui trace ce que nous
imaginons être les grandes lignes de l’année à venir (voir liste
de ces billets en fin d’article).
Compte tenu de la
publication de la série Après le
capitalisme en décembre 2011 puis
de « Coup
de gueule » la semaine
dernière, nous allons aujourd’hui faire d’une pierre deux coups,
en traitant à la fois du bilan 2011 et des perspectives 2012.
2011 : à l’heure
du bilan
Lorsque nous
écrivions, en janvier 2011, « on pourrait s’attendre à ce
que les marchés perdent confiance dans la "signature" du
gouvernement des États-Unis… ou d’autres États occidentaux »,
nous mettions alors (pardonnez la vanité d’auteur) en plein dans
le mille : le 6 août, les
États-Unis ont perdu leur triple A,
déclenchant une réaction en chaîne et des conséquences que nous
avons analysées le même jour dans Les
marches d’Odessa.
Deuxième perspective que nous envisagions : la
poussée d’un sentiment anti-occidental dans le monde. Il est moins
net que nous ne l’avions prévu.
Bien sûr, les tensions entre les USA (et certains de leurs alliés)
et l’Iran demeurent très fortes, du moins en apparence. Bien sûr,
le refus américain d’admettre la Palestine comme État membre des
Nations-Unies puis son retrait de
facto de l’Unesco, lorsque cette
organisation a invité cette même Palestine à rejoindre ses rangs,
n’ont guère amélioré – c’est une litote – les relations
entre les pays arabes et les États-Unis. Mais, au fond, rien de bien
neuf de ce côté-là : le lobby pro-israélien continue
d’orienter la politique étrangère des États-Unis sans que
l’attitude des pays et des peuples arabes ait évolué de façon
significative depuis plusieurs années.
Ce sentiment
anti-occidental, il faudrait plutôt le chercher en Asie, notamment
du côté de la Chine. Nous en traiterons plus loin.
2012 : le temps des
perspectives
Nous
n'évoquerons pas ici les élections présidentielles française puis
américaine qui ne sont pas véritablement des « perspectives »
mais plutôt des événements, évidemment prévisibles, dont vont se
délecter les éditorialistes et médias de tous ordres. Pour tracer
des perspectives plus pérennes, aux conséquences plus marquées,
nous préférons souligner quatre
facteurs-clés.
Le
premier, qui peut servir de « grille de lecture » pour
essayer de comprendre et d’anticiper quelque peu les événements,
c’est l’accélération croissante
de la vitesse d’évolution des sociétés, des rapports de force,
des mentalités, etc. Nous avons
déjà mentionné ce phénomène d’accélération dans plusieurs
billets mais sans l’analyser véritablement ; nous y
reviendrons donc probablement dans un article qui lui sera
spécifiquement consacré, car il s’agit là d’un élément-clé
de compréhension de l’évolution de notre civilisation.
Cette accélération a été
particulièrement visible en 2011 :
perte du triple A des États-Unis, mise sous tutelle financière et
économique de la Grèce, menaces d’éclatement de la zone euro,
voire mort de l’euro… autant d’événements que la
quasi-totalité des médias auraient jugé, il y a un an, loufoque et
irréaliste d’envisager.
En sera-t-il de même en 2012 ?
En d’autres termes, verrons-nous encore plus nettement en 2012 se
mettre en place le processus de « déconstruction » des
États-nations que nous avons décrit et analysé dans plusieurs
billets ? (voir liste en fin d’article)
Sur ce
point, nous ne prétendons pas jouer les Pythie à court terme.
Autant nous n’avons – hélas – guère de doute sur la direction
prise, autant en prévoir les étapes mois par mois relève de la
divination.
2012 pourrait donc voir aussi bien une
pause qu’une accélération du processus. Cependant, après une
année de secousses en Europe, les
troubles pourraient se déplacer de l’autre côté de l’Atlantique,
ce qui constituerait, à notre avis, le deuxième « facteur-clé »
: le déficit public américain continue de se creuser, ne manque
qu’une étincelle pour faire sauter le rafiot ! Le compteur
ci-dessous montre que, à l’heure où nous publions cet article, ce
déficit a dépassé les 15 000 milliards de dollars et
continue d'augmenter, alors qu’il n’était « que » de
10 800 milliards lorsque nous avons publié Le
jour où le dollar s’effondrera
en mars 2009…
Pour avoir une idée du volume de cette
dette qui correspond, pour employer la dénomination américaine, à
plus de 15 trillions de dollars, cliquez ici
pour « voir » un trillion de dollars, puis multipliez
ensuite par 15… Le lien est en anglais mais les images sont
éloquentes.
La planche à
billets américaine tourne donc à plein régime et nous continuons à
valider le scénario d’un effondrement du dollar
tel que nous l’avions annoncé dans le billet cité ci-dessus. À
cet égard, il est particulièrement significatif de noter que,
durant une année de crise grave où son existence a été remise en
cause, l’euro n’ait perdu que 12 ou 13 % de sa valeur face
au dollar : cette relative stabilité souligne, selon nous, plus
la faiblesse intrinsèque du dollar que celle de l’euro.
Cette possible « crise du dollar » pourrait se
doubler d’une « crise
chinoise » qui constitue notre troisième facteur-clé :
écarts de développement et de niveau de vie de plus en plus
spectaculaires entre la Chine urbanisée et proche des côtes d’une
part, la Chine paysanne « de l’intérieur » d’autre
part, poussée des inégalités, corruption croissante… Tous ces
phénomènes que nous avons analysés dans Quand
la Chine tremblera et Le
Second Empire, peuvent-ils
déboucher sur des jacqueries de grande ampleur ?
Pour
le moment, le système « tient » en combinant trois
paramètres : forte croissance économique liée aux
exportations, répression de toute forme de contestation politique et
culture d’un nationalisme revanchard anti-occidental.
Cet
équilibre précaire est donc basé sur la fuite en avant et un
rapport schizophrénique au monde occidental :
le mépris culturel vis-à-vis de l’Occident se mêle à la crainte
de voir le consommateur yankee
ou européen arrêter d’acheter les produits made
in China. Si cette crainte se révèle
fondée, comment canaliser alors le ressentiment de deux classes
sociales, d’un côté les laissés-pour-compte, ceux qui triment
pour un salaire de misère (voir Mourir
pour un iPhone), de l’autre
la classe moyenne qui s’est constituée à l’occasion du boom
économique ? Cette rancœur débouchera-t-elle sur des révoltes
internes ou le pouvoir chinois choisira-t-il l’option de la guerre
pour sauver sa tête et ses privilèges ?
Un
autre phénomène devrait s’accélérer en 2012 et constitue notre
quatrième facteur-clé :
prenant prétexte des plans de rigueur qu’ils ne manqueront pas de
mettre en œuvre, les États vont
continuer de se dépouiller de leurs attributs et missions
– les plus « rentables » évidemment – au
profit des TGE (très grandes
entreprises). Celles-ci vont alors se trouver confrontées à des
tendances contradictoires :